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Structures sociales et politiques de l'Irak contemporain

De
316 pages
Par sa position géopolitique de premier plan au cœur du Moyen-Orient et à cause de ses importantes ressources naturelles agricoles, industrielles et pétrolières, l'Irak s'est trouvé, à la suite de l'effondrement de l'Empire ottoman en 1918, être l'enjeu d'intérêts étrangers qui n'ont pas tenu compte de la grande diversité ethnique et religieuse de sa population.
La non prise en considération de cette diversité explique l'établissement par la puissance mandataire britannique de structures politiques inadaptées qui ont mené à un système dictatorial dont découlent la situation intérieure critique du pays et les graves conséquences sur le plan régional et international.
Cet ouvrage apporte une contribution générale de l'Etat irakien depuis sa création en 1921 et éclaire les drames successifs que vivent les habitants de la Mésopotamie.
Pour sortir de cet engrenage de violence, on peut espérer qu'une mise en place d'un Etat fondé sur des structures politiques équilibrées puisse voir le jour.
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Habib ISHOW

LES STRUCTURES SOCIALES ET POLITIQUES DE L'IRAK CONTEMPORAIN
Pourquoi un Etat en crise?

L'Harmattan 5-7, nIe de l'École-Polyteclmique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Collection Comprendre le Moyen-Orient dirigée par lean-Paul Chagnollaud
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à Alexander et Estelle ISHOW

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Abréviations

Ar. M. A. E.

Archives du Ministère Français des Affaires Etrangères (sur l'Irak, Paris, Quai d'Orsay).
Conseil de commandement Central Intelligence de la révolution.

CCR CIA CSRII PDK PKK RAF RAU SDN UPK

Agency (USA)

Conseil suprême de la révolution islamique en Irak Parti démocratique du Kurdistan. Parti des travailleurs du Kurdistan turc. Royal Air Force (britannique). République arabe unie (Egypte et Syrie à I'origine).
Société des Nations Union patriotique du Kurdistan.

Introduction
Contrairement à l'opinion générale tendant à la simplification des réalités
1,

sociologiques et politiques complexes et à l'uniformisation du peuplement, l'Irak

comme les autres pays du Moyen-Orient, se caractérise par une très grande diversité ~ peuples et de groupes religieux. Ceux-ci forment des sociétés multiples ayant chacune sa langue, sa culture, ses traditions, sa religion, son histoire, des espaces qui lui sont propres et la conscience profonde de son identité distincte. Ainsi, au début du XXe siècle, les habitants de la Mésopotamie ne formaient pas un seul peuple. Certes, ils faisaient partie de l'Empire ottoman 2. Mais, l'Empire ottoman était à lui seul un vaste monde qui englobait des peuples très divers et des communautés religieuses hétérogènes. La Mésopotamie, qui constitue le nouvel Etat, créé en 1921, comprend des Arabes, des Kurdes, des Chaldéens, des Iraniens, des Turcs et des Turcomans, des Arméniens, des Juifs, des Yézidis, des Sabéens, des Chabaks et bien d'autres groupes moins importants. Tous ces groupes, marqués par des rivalités et des antagonismes séculaires pour des raisons économiques, politiques, sociales ou personnelles, allaient être impliqués, d'une façon ou d'une autre, dans la politique de la Grande-Bretagne. En effet, après la conquête de la Mésopotamie par les troupes britanniques durant la première guerre mondiale et le démembrement de l'Empire ottoman, la Grande-Bretagne, pour sauvegarder ses intérêts économiques et stratégiques, en particulier le pétrole et la protection de la route des Indes, créa en 1921, l'Etat irakien contemporain avec des éléments qu'elle estimait acquis à sa politique, à savoir le roi Faïsal I, fils de l'émir Hussein du Hijaz (péninsule Arabique), et ses partisans provenant principalement d'un groupe minoritaire d'Arabophones sunnites. En agissant ainsi, elle aviva encore plus les antagonismes entre les peuples et les groupes religieux qui composent la population. Depuis, toute la vie politique et économique du pays est profondément marquée par cet acte créateur du drame irakien, que l'on peut qualifier à juste titre de " mal originel". Cette étude vise à mettre en perspective ces différents facteurs. Aussi, dans la première partie, nous essaierons de présenter les peuples et les groupes religieux, de les situer dans l'espace, d'étudier leurs structures sociales et leurs traits culturels, linguistiques et religieux. Dans la deuxième partie, nous examinerons les structures politiques du nouvel Etat et les soumettrons à une analyse critique au regard des réalités sociologiques du pays. Enfin, nous exposerons, dans la troisième partie, d'une façon méthodique et historique les rapports entre l'Etat et les peuples et groupes religieux en les appréciant au regard des droits fondamentaux, basés sur le principe d'égalité.

1 Dans les années 1920, le terme d'Irak est la dénomination officielle adoptée par les Anglais de la grande partie de la région connue généralement sous le vocable de Mésopotamie et placée sous mandat britannique, regroupant les trois vilayets ottomans de Mossoul, de Bagdad et de Basra. Une partie de la haute Mésopotamie fut rattachée à la Syrie et à la Turquie par les traités et accords conclus entre les grandes Puissances dans les années qui ont suivi la fin de la première guerre mondiale. 2 Conquise par les Turcs en 1534, la Mésopotamie fit partie intégrante de l'Empire ottoman jusqu'en 1918.

L'ensemble de cette étude contribuera à saisir l'évolution générale de l'Irak contemporain depuis sa création et les drames successifs que vivront les habitants de ce pays tout au long de cette période. Nous signalons que nous avons consulté, avec beaucoup d'intérêt, les archives diplomatiques du Ministère Français des Affaires Etrangères pour la période 1918-1940. Nous tenons ici à exprimer nos vifs remerciements aux personnes responsables des Archives du Quai d'Orsay à Paris pour leur gentillesse, leur amabilité et leur sérieux.

12

PREMIERE

PARTIE SOCIALES

LES STRUCTURES

Introduction
Plusieurs peuples et groupes religieux composent la population irakienne. Les plus importants sont dans l'ordre décroissant: les Arabophones, les Kurdes, les Chaldéens, les Iraniens et les Turcomans. En allant du Nord vers le Sud, on essaiera de présenter chaque groupe, de le situer dans l'espace, de le caractériser sur le plan linguistique, culturel, religieux et social. Il est utile d'exposer les données géographiques, économiques et humaines du vilayet de Mossoul, car ce vilayet concerne des peuples différents et présente une importance capitale pour des acteurs politiques divers nationaux et étrangers. A la fin de la première guerre mondiale, ce vilayet ottoman comprenait tout le nord de la Mésopotamie, c'est-à-dire les provinces actuelles de l'Irak contemporain: Ninive (Mossoul), Dohok, Arbil, Tamim (Kirkuk) et Sulaïmaniya. Sur le plan géographique, il se divise en deux régions nettement distinctes. 1) La région montagneuse~ insérée entre les chaînes du Taurus au nord et à l'ouest et du Zagros à l'est, a des frontières communes avec la Syrie à l'ouest, la Turquie au nord et

l'Iran à l'est. Elle s'étend sur 23 000 km2, soit 5,2 % de la superficietotale de l'Irak 3.
Elle est la région la plus haute de l'Irak, avec des sommets variant entre 1000 et 3000 mètres d'altitude. Le mont Hisarwost, au nord-est sur la frontière irako-iranienne, culmine à 3607 mètres. Cette région reçoit en moyenne annuelle entre 500 et 600 mm. d'eau. Elle est la plus arrosée constituant ainsi le château d'eau du pays fournissant plus de 20 milliards de m3 par an. Elle est couverte de neige en hiver pendant près de trois mois. Les températures peuvent descendre jusqu'à 15 degrés sous zéro en hiver et monter à 35-40 degrés à l'ombre en été. Les chaînes de montagnes englobent une série de vallées encaissées et de plaines intérieures qui forment les principales zones agricoles de la région. Les plaines les plus importantes sont: celles de Shahrazor, situées au nord du barrage de Darbandi Khân, près de la frontière iranienne; de Sulaîmaniya ; de Rania; de Harir et Patas, au nord ce la ville de Shaqlawa ; de Sapna qui commence à l'est d'Amadiya au niveau de Déré et Comâné (deux villages chaldéens) et qui se prolonge le long de la rivière du Sapna vers l'ouest; de Zakho, appelée aussi plaine du Sindi, traversée par le Khabour 4.
On cultive dans l'ensemble de cette région qui se prête bien à une culture polyvalente: le blé, l'orge, le riz, les lentilles, les pois chiches, le tabac, les légumes et les arbres fruitiers qu'on trouve dans le bassin méditerranéen.
3 Central Statistical Organization (Irak) : Annual abstract of statistics 1978. Bagdad, Ministry of Planning, 1978, p. 5. 4 Il ne faut pas confondre le Khabour irakien qui est un affluent du Tigre avec le Khabour syrien qui est un affluent de l'Euphrate et qui s'y jette au sud de Deir ez-Zor. Alors que le Khabour irakien, après avoir rencontré la rivière Rizal à 9 km à 110uest de Zakho, se jette dans le Tigre au nord de Pish Khabour, un gros village chaldéen situé sur le Tigre même.

A part la vigne, l'amandier, certaines espèces de pommiers, de poiriers et de figuiers, les cultures d'été, qui sont très limitées, et les autres arbres fruitiers nécessitent l'irrigation. Celle-ci est effectuée à partir des rivières et surtout des sources d'eau qui sont très nombreuses dans la région. On y pratique aussi l'élevage extensif de moutons et œ chèvres. Traditionnellement, la transhumance et l'estivage entre la région montagneuse et les plaines accidentées du Nord étaient pratiqués jusqu'au début des années 1960. Ces activités ont cessé depuis, car les affrontements armés entre les mouvements kurdes et le gouvernement irakien, qui ont commencé en septembre 1961 et qui durent toujours, ont détruit les structures économiques et sociales des communautés rurales et créé une insécurité générale dans la région montagneuse. En outre, cette région comprend la zone forestière du pays qui s'étend sur environ 1,5 million d'hectares. Les forêts qui subsistent se localisent principalement dans le nord et le nord-est de cette région. Elles sont formées surtout de différentes variétés de chênes et de conifères. 2) La région des plaines accidentées du Nord, celles de Mossoul, d'Arbil et de Kirkuk, s'étend de la frontière syrienne à l'ouest, à la frontière iranienne à l'est sur 67 000 km2, soit 15,3 % de la surface de l'Irak 5. La pluviosité annuelle y varie entre 250 mm. d'eau au sud de ces plaines et 500 mm au nord en bordures des chaînes de la région montagneuse. Quant aux températures, elles se situent entre moins 5 degrés en hiver et plus de 40 à l'ombre en été. La période de sécheresse dure de mai à octobre. Ces trois plaines constituent le grenier à céréales (blé et orge) de l'Irak d'aujourd'hui. On y cultive aussi les lentilles, les pois chiches, les fèves, le coton, etc. Les cultures d'hiver dépendent de la pluviosité qui subit des variations très importantes d'une année à l'autre. Les années déficitaires en eau sont nombreuses et entraînent de mauvaises récoltes. Quant aux cultures d'été, constituées principalement de légumes et d'arbres fruitiers de type méditerranéen, elles nécessitent l'irrigation. Etant donné l'aridité prolongée de l'été, elles sont limitées autour des points d'eau et à proximité des villes. Cette région comprend également les plus vastes pâturages du pays où prédomine l'élevage extensif de troupeaux d'ovins et de caprins. Par contre, elle est dépourvue œ forêts: l'homme a pratiqué un déboisement systématique, depuis des siècles, sans organiser le reboisement appauvrissant ainsi ces plaines et exposant les sols à l'érosion. Le vilayet de Mossoul comprend 4 millions d'hectares de terres cultivables. L'artisanat traditionnel est essentiellement destiné à la satisfaction des besoins agricoles et domestiques. Quant à l'industrie moderne, à part l'industrie pétrolière, elle est peu développée. En outre, ce vilayet possède les grands gisements pétrolifères de Mossoul et surtout ceux de Kirkuk qui furent l'objet de convoitises des grandes puissances avant et après la première guerre mondiale (1914-1918). Son sous-sol contient aussi d'autres matières premières, dont le soufre. Il est aussi à signaler que les oléoducs qui transportent le pétrole irakien vers la Méditerranée à travers la Syrie, le Liban et la Turquie passent nécessairement par ce

5 Central Statistical Op. cit. , pp. 5-6.

Organization

(Irak) : Annual abstracts of statistics

1978.

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vilayet. D'où son importance économique et stratégique pour l'Irak, pour les Kurdes et aussi pour la Turquie qui continue d'avoir des visées sur ce vilayet. Sur le plan humain, la région montagneuse est habitée uniquement par les Kurdes et les Chaldéens. Les premiers sont majoritaires; les seconds forment environ 25 % de la population totale. Quant aux plaines accidentées du Nord, elles comprennent une très grande diversité de populations. Les groupes ethniques et linguistiques les plus importants dans l'ordre décroissant sont les Kurdes, les Chaldéens, les Arabophones et les Turcomans. A ce propos, il est nécessaire d'apporter quelques précisions sur la répartition ethnique et religieuse de la population irakienne. Pour des raisons politiques, il n'existe pas de statistiques officielles fiables sur ces deux aspects. Les recensements généraux œ la population sont systématiquement falsifiés, car les Arabophones principalement sunnites, largement minoritaires dans l'ensemble national (représentant environ 15 %), qui contrôlent l'appareil de l'Etat depuis sa création en 1921, grâce à la politique britannique, ne veulent pas rendre vulnérable leur position privilégiée en dévoilant la composition ethnique et religieuse exacte de la population. C'est pourquoi toutes les données qui existent sur ces aspects sont manipulées. Pour montrer la falsification des statistiques, on peut prendre le recensement général de la population de 1965 qui était fondé sur la répartition des habitants selon la langue maternelle des personnes recensées. Deux faits permettent de constater l'inexactitude de ce recensement. D'abord, ce recensement eut lieu sous le gouvernement d'Abd al-Salam Aref qui après avoir renversé le régime du général Kassem par un coup d'Etat militaire avec le concours de la CIA, le 8 février 1963, dirigea le pays du 8 février 1963 au 13 avril 1966. Or, Aref, officier de carrière, arabophone sunnite, prônait un nationalisme arabe ultra-chauvin. Il était impensable que ce recensement pût se dérouler dans des conditions correctes reflétant la composition ethnique et linguistique exacte de la population. On sait que les personnes chargées de recenser les habitants reçoivent des instructions gouvernementales visant à manipuler les données démographiques afin de favoriser l'élément arabophone sunnite. L'exemple de la commune (nahiya) d'Alqosh permet de confirmer ces manipulations. Le recensement de 1965 répartit ainsi sa population: 9 648 Kurdes, 4 475 Arabes, 2 007 Chaldéens et 15 Turcomans 6. Or, Alqosh est un gros village entièrement chaldéen, situé au sud du mont du même, à l'est du Tigre et au nord de la ville de Mossoul. Il compte à lui seul plus de 5 000 personnes, sans parler d'autres villages chaldéens de cette localité qui en font partie. En Irak, plusieurs villages sont regroupés administrativement dans la même commune avec un village érigé en chef-lieu. Dans cette région, il n'y a pas de villages arabes. Tous les villages sont uniquement chaldéens ou kurdes 7. Ensuite, lors de ce recensement, le gouvernement était en guerre contre le mouvement kurde du Mollah Mustafa Barzani qui contrôlait la majeure partie du Kurdistan irakien. De ce fait, le recensement ne pouvait pas être valablement effectué.
6 KHESBAK (Shakir) : Al-Iraq al-chimali. Dirasa Ii nawahihi al-tabi'iya wa al-bachariya. (L'Irak du Nord. Etude de ses aspects naturels et humains) . Bagdad, Matba'at Chafiq, 1973, p. 126. 7 Sur les manipulations des données démographiques, voir aussi ADAMS (Doris Goodrich): Iraq's people and resources. Berkley and Los Angeles, USA, University of California Press, 1958, p. 15 ; BOIS (Th.) : "Les Kurdes et leur pays: "Le Kurdistan". Encyclopédie de l'Islam, Paris, G. P. Maisonneuve ;Leiden, E. J. Brill, Nouvelle Edition, vol. V, 1986, p. 443. et Larose S. A.

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Dans ces conditions, on ne peut pas se fier aux statistiques officielles qui sont délibérément erronées. La plupart des auteurs qui travaillent sur l'Irak les utilisent comme données de base sans apporter les appréciations critiques nécessaires et font consciemment ou inconsciemment le jeu des gouvernements irakiens successifs qui sont contrôlés par des Arabophones sunnites. Afin d'avoir une vue d'ensemble sur cette question, en tenant compte des différentes sources d'information, on se propose de répartir approximativement, sur plan ethnique et religieux, la population irakienne, estimée à 22 millions de personnes par le recensement

généralde 1997 8, de la façon suivante:
Groupes ethniques et religieux
Arabophones Arabophones Kurdes chiites Kurdes yézidi Chaldéens catholiques Chaldéens nestoriens Chaldéens jacobites Iraniens chiites Turcomans Turcomans sunnites chiites chiites sunnites

Nombre

Pourcentage

par totale

rapport à la population

Kurdes sunnites

7 700 000 3 300 000 4 400 000 880 000 220 000 1 980 000 110 000 110 000 1 760 000 1 100 000 220 000 220 000 22 000 000

35 15 20 4 1 9 0,5 0,5 8 5 1 1 100

Juifs, Sabéens, Arméniens, Chabaks et autres Total

Il apparaît ainsi qu'aucun groupe n'est majoritaire. Toutefois, sur le plan religieux, les musulmans représentent 88 % de la population 9, dont la grande majorité est chiite, mais un Kurde musulman se sent avant tout Kurde. De même, un chiite ,arabophone se considère différent d'un sunnite arabophone et vice-versa; c'est encore plus vrai pour un Iranien ou un Turcoman. Chaque groupe a son identité propre, comme nous le verrons au cours de cette étude. Après l'exposé de ces deux aspects (religieux et ethnique), on essaiera de caractériser ci-dessous les divers groupes qui composent la population irakienne.
8 En 2002, la population irakienne est évaluée à 23 millions de personnes. 9 Dans les années 1930, les musulmans étaient estimés à 80 % de la population. Le départ de la quasi-totalité des Juifs pour Israël et pour d'autres pays dans les années 1948-1951 et l'émigration d'une partie importante des Chaldéens expliquent l'augmentation du pourcentage des musulmans entre les deux dates. Voir à ce propos BOUCHEMAN (Albert de) : L'Iraq contemporain, 1934-1938. Etude rédigée pour le Centre d'Etudes de Politique Etrangère, Paris, dactylographiée, septembre 1938, p. 48. Le parti national turcoman irakien évalue le nombre des Turcomans en Irak à plus de 2,5 millions de personnes.

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I-Les Kurdes

Les origines et la répartition géographique
Les Kurdes sont classés, en raison de la parenté linguistique et des données historiques, dans le groupe indo-européen, en particulier dans le groupe persan (iranien). Ils sont venus de l'Asie centrale, au cours des siècles, par vagues successives, se déplaçant de l'est vers l'ouest et le sud-ouest de la région montagneuse et des plaines accidentées du nord de la Mésopotamie occupant, en grande partie, le pays des Chaldéens 10. Historiquement, le mot" Kurdistan "n'apparaît comme une appellation géographique qu'au XIIe siècle de l'ère chrétienne, sous le règne de Sandjar de la dynastie seldjoukide
Il,

qui créa la province

du Kurdistan

ayant pour chef-lieu

Bahâr, au nord-ouest

ce

Hamadan, en Iran, dans laquelle vivait une population ayant en majorité la même origine ethnique. Cette province comprenait alors les vilayets (régions) suivants: Hamadan, Dinawar, Kermanchah et Senna à l'est du Zagros; Chehrizor et Sinjar à l'ouest de cette chaîne de montagnes 12.Ces régions avaient localement des noms propres connus des autochtones. Si l'élément kurde y était important, d'autres peuples y habitaient aussi, surtout des Perses, des Chaldéens, des Arméniens, des Turcomans. Aujourd'hui, seul l'Iran reconnaît une province du nom de Kurdistan. Dans les autres pays de la région, le terme "Kurdistan" est banni du langage de l'administration et des cartes. En Turquie, on parle de l'Anatolie orientale ou des Turcs montagnards, en Irak, des provinces du Nord et en Syrie de la province de Jazira. Depuis la fin de la première guerre mondiale, les Kurdes sont répartis principalement dans quatre Etats du Moyen-Orient: Turquie, Iran, Irak et Syrie. De nos jours, il y a aussi d'importantes communautés d'immigrés kurdes dans d'autres pays, notamment en Europe occidentale, surtout en Allemagne.

10 Voir sur ces données MINORSKY (V. ) : "Origines et histoire préislamique". Encyclopédie de l'Islam, vol. V, 1986, op. cit. , pp. 450-451 ; KHESBAK (Shakir) : Op. cit. , p. 165 ; EDMONDS (C. J.) : Kurds, Turks (Basile) : and Arabs. London, New York, Toronto, Oxford University Press, 1957, pp. 7, 10-11 ; NIKITINE Les Kurdes. Etude sociologique et historique. Paris, Imprimerie Nationale, Librairie Klincksieck, 1956, pp. 1-23 ; MCDOW ALL (David) : A modern history of the Kurds. London, New york, 1. B. Tauris, 1996, pp. St 8-9 ; LERCH (Peter) : Recherches sur les Kurdes iraniens et leurs ancêtres les Chaldéens septentrionaux. Pétersbourg, 1856. Il Les Seldjoukides, régnèrent dont le nom provient du fondateur de leur dynastie Seldjouk, sont des Turcomans qui en Asie occidentale du XIe au XIIIe siècle de l'ère chrétienne. Ils font partie du même groupe et Kurdistan". Encyclopédie

(ue les Turcs. 2 NIKITINE (Basile) : Op. cit. , pp. 23-24. Voir aussi BOIS (Th. ) : "Kurdes de l'Islam, vol. V, 1986, op. cit. , pp. 441-442.

En Irak, les Kurdes habitent traditionnellement l'ancien vilayet ottoman de Mossoul, soit les provinces actuelles du nord de l'Irak: Ninive (Mossoul), Dohok, Arbil, Kirkuk et Sulaïmaniya. Mais, depuis la création de l'Etat en 1921, nombre d'entre eux habitent aussi les différentes villes du pays, en particulier Bagdad et Mossoul. En importance numérique, les Kurdes irakiens constituent le deuxième groupe après les Arabophones. Ils représentent environ 25 % de la population totale du pays.

La langue et la culture kurdes
Apparentés au persan, les parlers kurdes se regroupent dans deux langues principales: le kourmanji et le sorani. Chacune de ces deux langues comprend une diversité œ dialectes propres à chaque région. Le kourmanji est parlé en Turquie, au nord et à l'ouest du lac d'Ourmia en Iran, en Syrie et dans le nord et le nord-ouest de l'Irak dans les provinces actuelles de Ninive (Mossoul) et de Dohok. Par contre, le sorani est pratiqué dans les provinces irakiennes d'Arbil, de Kirkuk, de Sulaïmaniya et dans les régions voisines du Kurdistan iranien 13. Ceux qui parlent ces deux langues se disent respectivement kourmanji et sorani. Cette division linguistique régionale correspond en Irak, aujourd'hui, en grande partie, à la rivalité et à la division politique entre le parti démocratique du Kurdistan de Massoud Barzani qui contrôle les zones où le kourmanji est parlé et l'union patriotique du Kurdistan de Jalal Talabani qui domine dans les régions où le sorani est utilisé. En outre, il y a deux autres langues parlées par des groupes minoritaires kurdes: le gorani et le zaza. Le premier, assez proche du persan, est pratiqué dans certaines régions du sud du Kurdistan ; le second est utilisé dans le nord-ouest du Kurdistan à la fois par les Kurdes sunnites et les Turcs alévites 14. Les dialectes kurdes ont emprunté beaucoup de mots à des langues diverses, notamment au persan, au chaldéen, à l'arabe et au turc. Le kurde est resté une langue orale pratiquement jusqu'à la fin du XIXe siècle 15. La division des Kurdes en tribus généralement antagonistes où les intérêts claniques priment sur toutes les autres considérations, leur dispersion dans des Etats divers souvent hostiles à leur égard n'ont pas permis ou tout au moins facilité la généralisation d'une langue commune écrite et codifiée. Pour la transcription du kurde, on utilise différents alphabets, notamment l'arabe et le latin. Ce dernier s'adapte mieux. Mais, l'alphabet arabe, légèrement modifié, est le plus souvent choisi pour des raisons religieuses. Les Kurdes, étant musulmans dans leur immense majorité, doivent étudier et apprendre le Coran en arabe. Donc, il y a chez eux un grand respect pour l'arabe considéré comme une langue sacrée. De plus, en Irak, s'ajoute le facteur politique: les Arabophones sunnites, qui contrôlent l'appareil œ l'Etat, considéreraient comme une trahison l'emploi de l'alphabet latin par les Kurdes. On divise aussi le kurde écrit en kourmanji et en sorani. Ce dernier est mieux structuré et plus développé pour les raisons suivantes. D'abord, l'urbanisation de son aire
13 MACKENZIE (D. N.) : "Langue". Encyclopédie de l1Islam, op. cit. , vol. V, 1986, p.482. MCDOWALL (David) : Op. cit. , pp. 9-10. 14 Les Alévites font partie des chiites, adeptes d'Ali, cousin et gendre de Mahomet. 15 KHESBAK (Shakir): Op. cit. , p. 166. Voir aussi

20

géographique est plus importante. Les grandes villes kurdes s'y trouvent: Arbil, Kirkuk et Sulaïmaniya. Les centres urbains ont toujours et partout élaboré et développé la culture savante. Ensuite, l'importance urbaine de la ville de Sulaïmaniya amena les Turcs à y créer une école militaire, dont certains élèves continuèrent leur formation dans le collège et l'académie militaires de Constantinople, ce qui permit l'existence d'officiers supérieurs qui contribuèrent à la prise de conscience de l'identité kurde au moment même où les Jeunes Turcs, très influencés par les nationalismes européens, mettaient l'accent sur un nationalisme turc chauvin dans un empire multinational. Enfin, en 1918, les autorités britanniques promurent, à Sulaïmaniya, le kurde sorani langue officielle œ l'administration. Par la suite, Sulaïmaniya fournit la plupart des cadres administratifs aux autres régions kurdes 16. Les Kurdes disposent aussi, dans d'autres langues, d'oeuvres écrites littéraires, poétiques et historiques antérieures au XIXe siècle. Mais, à des rares exceptions, les auteurs kurdes, constitués de cercles restreints d'hommes lettrés autour des féodaux, ont préf~ré rédiger leurs ouvrages en arabe, en turc et surtout en persan. Souvent, ils ont imité en particulier les auteurs arabes et persans. Par exemple, le poète Ahmed Khani (1591-1652) et Charif Khan Bidlici, auteur de Cheref Nameh (histoire des Kurdes,1596), ont écrit en persan. Cette tradition continua dans les siècles suivants, même au XXe siècle, où nombre d'auteurs écrivent aussi en langues européennes: anglais, français, allemand, russe. L'emploi du kurde, transcrit en alphabet arabe ou latin, se répand de plus en plus. Des périodiques, souvent bilingues, à durée de vie variable, sont également publiés dans les différents pays. L'Irak est aujourd'hui devenu l'un des centres importants du mouvement culturel kurde. Les thèmes traités par les écrivains kurdes portent principalement sur: la religion, la théologie, la morale, le Coran, la littérature, la poésie, la grammaire, l'histoire, la géographie, la pédagogie; depuis la seconde moitié du XIXe siècle, apparaissent aussi des études sur les aspects politiques, économiques et sociaux 17.

La religion
Sur ce plan, les Kurdes se divisent aujourd'hui en musulmans et yézidis 18. La plupart d'entre eux, musulmans, se divisent à leur tour en sunnites et chiites 19. Les premiers constituent la grande majorité et les seconds représentent environ 10 à 15 % des Kurdes musulmans. A l'avènement de l'islam, la plupart des Kurdes étaient inclus dans l'Empire sassanide, dont la religion officielle était le zoroastrisme. Ils avaient, en grande partie, embrassé cette religion et, en partie, le christianisme. La conversion des Kurdes à l'islam fut favorisée par la chute de l'Empire sassanide entre les mains des armées arabes sous la

16 EDMONDS (C. J.) : Op. cit. , p. 11. 17 BOIS (Th. ) : "Folklore et littérature". Encyclopédie de l'Islam, op. cit. , vol. v, 1986, pp. 483-- 488. Voir aussi NIKITINE (Basile) : op. cit. , pp. 281-287. 18 On consacrera aux Y ézidis une étude distincte dans les pages suivantes. 19 On définira ces deux catégories de musulmans, lorsqu'on traitera des Arabophones.

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bannière de l'islam (633-651) 20. Après des combats multiples et des hésitations se ralliant tantôt aux Kharijites 21 , tantôt aux sunnites, les Kurdes se convertirent dans leur ensemble à l'islam sunnite. Ils suivent surtout le rite chafiite 22, fondée par Mohammed Ibn eIdris al-Chafi'i (820). Sont aussi assimilés aux Kurdes par conversion à l'islam, des groupes locaux qui appartenaient à d'autres peuples, notamment arménien et chaldéen, car sous les différents Etats musulmans, dont l'Empire ottoman, les Kurdes pal1aient toujours en guerre sainte Gihad) contre les peuples chrétiens du Moyen-Orient 23. Il existe aussi chez les Kurdes des confréries mystiques, reconnues par l'islam sunnite, répandues surtout parmi des petites gens, paysans et artisans, souvent analphabètes. Chaque confrérie est dirigée par un cheikh qui prospère grâce à ses adeptes et dont la fonction devient héréditaire dans la lignée mâle de sa descendance. Chaque cheikh prétend détenir la vraie doctrine, l'enseigne dans sa résidence (takia ou tekké qu'on appelle zaouïa en Afrique du Nord) à ses disciples, dont les meilleurs deviennent ensuite ses représentants auprès des communautés tribales rurales et urbaines. Les confréries les plus répandues parmi les Kurdes sont la qadiriya et la naqchbandiya. Les cheikhs qadirites font remonter la fondation de leur confrérie à Abd alQadir al-Gaïlani, persan d'origine, mort à Bagdad (1078- 1166). Par contre, les cheikhs naqchbandites se rattachent à Mohammed Baha aI-Din de Bukhara (1317-1389), fondateur de cette confrérie. Ces deux confréries sont aussi répandues dans d'autres pays, notamment en Iran et en Turquie. On appelle, en général, les disciples qadirites derviches et les naqchbandites soufis, ce qui veut dire ceux qui sont ascètes et portent des vêtements en laine. D'ailleurs, le mot "soufi" vient du terme arabe" souf" qui signifie la laine. A ce propos, on peut signaler que ces confréries ont imité, en partie, la vie des moines chrétiens orientaux. L'installation des takia entraîne partout des tensions, car les cheikhs mystiques, riches et puissants, entrent en conflit avec les notables et les chefs de tribus qui y voient nécessairement une concurrence pour leur autorité. Les cheikhs des confréries ont aussi des ambitions visant à jouer un rôle politique. Dans leurs soucis de contrôler le pays, les gouvernements locaux utilisent ces derniers contre les tribus et les pouvoirs communautaires. Ainsi, les autorités ottomanes avaient accordé au chef de la confrérie des Qadirites le titre de naqib al-achraf (honorable notable de la ville de Bagdad) et œ gardien du tombeau du fondateur qui se trouve à Bagdad. De même, les autorités
20 MANTRAN (Robert) : L'expansion musulmane VIle-XIe siècle. Paris, PUF, 4e éd. , 1991, p. 101. coll. " Nouvelle Clio: L'histoire et ses problèmes ". 21 Les Kharijites étaient les adeptes d'Ali, cousin et gendre de Mahomet, qui prétendaient que le califat revenait de droit à Ali et à ses descendants. Pour plus de détails sur eux, voir la partie consacrée aux Arabophones sunnites et chiites. 22 L'islam sunnite a quatre rites ou écoles juridique: chafiite, hanafite, hanbalite et malikite. 23 V ALOGNES (Jean-Pierre) : Vie et mort des chrétiens d'Orient. Des origines à nos jours. Paris, Fayard, 1994, p. 96 ; BILLIOUD (Jean-Michel) : Histoire des chrétiens d'Orient. Paris, L'Harmattan, 1995, p.124 ; ISHAQ (Raphaël Babu) : Tarikh nassara al-Iraq mundu intichar al-nasraniya fi al-aqtar al-iraqiya ila ayamina. (Histoire des chrétiens de l'Irak de l'expansion du christianisme dans les contrées irakiennes à nos (1ère éd. , jous). DETROIT, USA, AI-Muassassa al-Charqiya Liltasmim wa al-Tiba'a, 1989, pp.135-136, Bagdad, Matba'at aI-Mansour, 1948); NIKITINE (Basile) : Op. cit. , pp. 218-219.

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britanniques avaient reconnu, en 1920, le cheikh de cette confrérie, Sayid Abd al-Rahman al-Gaïlani, comme le naqib de Bagdad et le chef sunnite de l'Irak. Elles l'avaient chargé œ présider le premier gouvernement national24. En outre, les cheikhs et leurs disciples se comportent souvent en illuminés se prenant pour le guide suprême et pour des réformateurs zélés. Leur fanatisme auprès des gens simples, illettrés et crédules peut mener à des excès graves et à des troubles sociaux et politiques, voire à des révoltes 25. Il existe aussi parmi les Kurdes une confrérie très particulière ou plutôt une secte religieuse ésotérique qu'on appelle "Kakaï" , terme qui vient du mot kurde sorani "kaka" signifiant frère. Effectivement, les membres de cette secte se disent frères en s'adressant les uns aux autres. Cette secte, d'origine iranienne, comprend des éléments de l'islam, reconnaît le Coran et sanctifie l'imam et calife Ali, cousin de Mahomet. Ses membres jeûnent trois jours par an, célèbrent la fête du jeûne, la fête du sacrifice et le nouvel an (nawrouz). Ils révèrent le vendredi et le lundi. Ils ont aussi d'autres pratiques religieuses: le port de la moustache, le respect de la parole donnée et celui d'autres religions. Ils gardent le secret sur leur doctrine et leurs rites. Ils sont monogames et n'autorisent le divorce qu'avec l'accord des deux parties. Sur le plan social, les membres de cette secte sont solidaires, s'entraident et manifestent une grande fraternité entre eux. Cette solidarité s'étend aussi à l'aspect politique. Leurs voisins les accusent de pratiques déviantes, notamment de libertinage qui est associé à l'une de leur cérémonie, appelée "banquet de l'amour". Les Kakaïs ont une organisation sociale pyramidale se divisant en trois castes. Au sommet, se trouve le chef religieux suprême, nommé Pir, obéi et respecté par les autres membres de la secte. Après le chef suprême, vient la caste supérieure des guides religieux comprenant un petit nombre de membres, mais disposant d'un grand prestige social. Puis, arrive la caste moyenne qui porte le titre de "Mam" qui provient probablement du mot "oncle" en kurde. Ses membres, appelés aussi guides ou baba, sont des auxiliaires de la caste précédente. La troisième caste comprend la masse des fidèles. Les chefs de tribus kakaïs jouent un grand rôle politique et social au sein de leur tribu. Leur succession est héréditaire. La plupart des Kakaïs vivent dans les régions de Kirkuk, de Khanaqin sur la frontière irako-iranienne, et de Sulaïmaniya 26. Enfin, comme les autres peuples d'Orient avec lesquels ils ont eu des contacts et subi leurs influences, les Kurdes ont de nombreuses croyances et superstitions populaires, dont les origines diverses remontent à des temps immémoriaux. Ces croyances couvrent des domaines très variés: culte des arbres, des pierres et des tombeaux; astrologie; êtres malfaisants et mauvais esprits; pratiques magiques etc. 27. La religion, les pratiques et les superstitions marquent profondément la mentalité et le comportement des gens et exercent une grande influence sur la société kurde.

24 EDMONDS (C. J. ) : Op. cit., 25 NIKITINE (Basile) : Op. cit., 26 Voir sur les différents aspects J. ) : Op. cit. , pp. 182-201. 27 KHESBAK (Shakir) : OP. cit.

p. 63. pp. 221-218. Voir aussi BOIS (Th. ) : Op. cit. , p. 478. des Kakaï : KHESBAK (Shakir) : Op. cit. , pp. 187-189 , pp. 180-181. Voir aussi NIKITINE

; EDMONDS

(C.

(Basile) : Op. cit. pp. 244-247.

23

La société Kurde
Qu'elle soit nomade ou sédentaire, la société kurde est essentiellement tribale dans son organisation, sa mentalité et son comportement. La famille, qui est la cellule de base du clan, désigne à la fois la famille patriarcale et la famille clanique qui lie étroitement plusieurs dizaines, plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de personnes à un ancêtre commun. Le père est le maître absolu. Il détient et exerce l'autorité sur tous les membres de la famille jusqu'à son décès. Après sa

mort, l'autorité revient au fils aîné en ligne directe 28.
La famille est donc le centre des valeurs. Elle passe avant la patrie et l'Etat. Ses membres sont solidaires pour le meilleur et pour le pire. Dans la campagne, elle constitue aussi l'unité de base de l'exploitation agricole, comme dans les autres groupes. D'ailleurs, en règle générale, les familles les plus nombreuses sont également les plus aisées et les plus puissantes. Cette importance primordiale accordée à la famille s'explique par les conditions de vie difficiles, l'insécurité permanente et l'absence ou la quasi-absence de l'Etat au sens moderne du terme. De plus, quand ce dernier est présent, il se caractérise par les abus et l'oppression. Dans ces conditions, c'est préférable qu'il 29 n'existe point . La polygamie, le droit de préemption du cousin agnatique sur sa cousine germaine. dans le mariage, la dot, la répudiation, la ségrégation entre les hommes et les femmes ainsi que le port du voile persistent toujours. La ségrégation et le voile sont plus marqués dans les milieux citadins aisés et chez les notables ruraux. Egalement, la polygamie se rencontre surtout dans les couches sociales riches. La validité du mariage est conditionnée par le versement du montant de la dot, quelle que soit son importance. Théoriquement, la dot est destinée à la future épouse, mais elle est fréquemment confisquée par ses parents, en particulier dans les milieux modestes. Dans ces milieux, l'importance de son montant, en espèces ou en nature, peut désespérer le prétendant, le ruiner ou constituer un obstacle au mariage. De même, la virginité de la fiancée est exigée et la preuve doit en être donnée pendant la première nuit nuptiale. Celle qui a perdu sa virginité avant le mariage est assassinée, dans la plupart des cas, par l'un de ses parents. Egalement, la femme coupable d'adultère, ou simplement soupçonnée de l'être, est non seulement répudiée, mais elle risque d'être tuée par son mari, son père, son frère ou l'un de ses parents pour laver le supposé déshonneurde la famille 30. Ces pratiques barbares, dérivant essentiellement de l'inégalité entre l'homme et la femme, confirmée par l'islam, existent aussi chez les autres communautés musulmanes chiites et sunnites.
28 KHESBAK (Shakir) : Op. cit. , pp. 178-180. Voir aussi NIKITINE (Basile) : O~. citpp. 104-105. 2 Voir sur ces différents aspects WEULERSSE (Jacques) : Paysans de Syrie et du Proche-Orient. Paris, Gallimard, 6e éd. , 1946, pp. 216-217 ; AZZA WI (Abbas al-) : Achaïr al-Iraq. Ahl al-ariyâf. (Les tribus de J1Irak. Les ruraux). Bagdad, Charikat al-Tijara wa al-Tiba'a al-Mahdouda, t. 3, 1955, p. 288 ; 1. 4, 1956, pp. 263-264 ; BRAZI (Nuri Khalil al-) : Al-baddâwa wa al-istiqrar fi al-Iraq. (Le nomadisme et la sédentarisation en Irak). Le Caire, Matba'at al-Jablâwi, 1969, pp. 91-95. 30 NIKITINE (Basile) : Op. cit. ,p. 109. Voir aussi BOIS (Th. ) : Op. ci1. , p. 473.

24

Les Kurdes ont développé un folklore très riche. Un des thèmes répandus dans la tradition culturelle orale kurde est celui qui traite des trésors cachés par des démons pour lesquels des héros vont entreprendre des actions périlleuses afin de les découvrir et de les

libérer de l'emprise du mal . Le vêtement traditionnel kurde, typique, varie d'une région à l'autre. D'une façon générale, les hommes portent un pantalon serré ou ample, une veste courte ceinturée d'une étoffe plus ou moins large, enroulée plusieurs fois au tour de la taille, denière laquelle on glisse d'habitude un poignard, un turban de formes diverses et une sorte d'espadrilles en peau. Le vêtement des femmes comprend une écharpe ou un turban plus ou moins épais qui couvre les cheveux tressés, une robe ceinturée ou non qui descend jusqu'aux chevilles sur une longue culotte, une veste ou un caftan. Evidemment, les vêtements de fête sont plus riches. Pour ces occasions, les femmes s'ornent aussi de bijoux en argent ou en or, colliers, bracelets, boucles d'oreille, bagues, ceintures, etc. Mais, les Kurdes, comme les autres peuples du Moyen-Orient, s'habillent de plus en plus à l'européenne, surtout dans les villes. Depuis les années 1950, le nouvel an (nawrouz), qui a lieu le 21 mars, est devenu une fête populaire et nationale kurde, marquée par des festivités, des chants et des danses. Il a été toujours célébré par les Yézidis. Cette fête, qui symbolise le "mythe de l'éternel printemps", était célébrée dans le monde persan 32. Elle fut fort probablementempruntée aux Chaldéens qui commençaient l'année au mois d'avril avec la renaissance de la nature au printemps 33. De nos jours, les Chaldéens chrétiens commémorent religieusement cette fête, le 15 mai, qui est dédiée à la protection des cultures des champs. Le folklore constitue un fonds précieux dans lequel les auteurs modernes pourraient puiser pour développer une culture écrite de haut niveau. A ce folklore s'ajoutent des traditions locales et de nombreuses manifestations de réjouissances (fêtes religieuses musulmanes, mariages, naissances) qui marquent profondément la vie sociale du groupe. Quant à la tribu kurde, elle est, en général, formée d'un groupe de clans plus ou moins nombreux provenant d'origine diverse, bien que certaines tribus prétendent descendre d'un ancêtre commun. Pour donner plus de prestige à leur dynastie, d'autres invoquent une origine remontant à des héros mythiques, aux Abbassides de Bagdad ou

31

aux Omeyyadesde Damas,voire à Mahometlui-même .
En réalité, ce qui caractérise la tribu kurde, c'est qu'elle est fondée sur l'unité politique des clans qui la composent et non sur les liens du sang. A son tour, chaque clan est composé d'un groupe de familles unies par des liens de parenté. Ses membres ont des responsabilités communes dans le domaine politique, économique et social. Afin œ préserver leurs intérêts et se défendre contre les dangers extérieurs, les familles isolées doivent faire partie d'un clan et s'intégrer ainsi dans la grande unité qu'est la tribu dont la mission essentielle est non seulement de protéger ses membres, leurs biens et leur
31 NIKITINE (Basile): Op. cit. , pp. 275-281. 32 BOIS (Th. ) : Op. cit. , pp. 479-480. 33 CONTENAU (G. ) : La civilisation d'Assur et de Babylone. 100. 34 MCDOWALL (David) : Op. cit. ,p. 13.

34

Paris, Payot, nouvelle

éd. refondue,

1951, p.

25

territoire contre l'incursion et les menaces d'autres tribus, mais aussi d'attaquer et de piller les autres communautés tribales ou non tribales. Parfois, plusieurs tribus s'allient en vue de former une grande confédération comprenant plusieurs dizaines de milliers de membres et constituant ainsi une force redoutable, capable de mobiliser plusieurs milliers de guerriers 35. Le chef de la tribu qu'on appelle agha en général 36 accède à cette fonction par hérédité, par élection ou par l'intervention de l'autorité gouvernementale, selon les circonstances. Mais, d'habitude, c'est le chef du clan le plus puissant qui arrive à s'imposer par la force aux autres clans. Sa fonction devient par la suite héréditaire. A son décès, en principe, c'est son fils aîné qui lui succède. Dans le cas d'incapacité ou de faiblesse de ce dernier, le fils cadet peut prendre sa place avec le soutien des clans qui lui sont favorables. Ainsi, la force constitue le fondement de la présidence de la tribu. Le chef qui détient le pouvoir doit aussi disposer, en permanence, d'une force armée suffisante afin d'être en mesure de le conserver, d'imposer sa domination et son autorité sur les autres clans. C'est pourquoi, dans ce système, le chef de la tribu est un dictateur et dispose d'un pouvoir absolu dans toutes les affaires qui concernent la tribu 37. D'ordinaire, il n'a pas le pouvoir religieux, mais il arrive qu'il cumule les deux pouvoirs. Dans ce cas, son autorité et son prestige sont encore plus grands. Le chef de la tribu est supposé être courageux, généreux et sage. Il a le droit œ prélever des taxes variées sur les membres de sa tribu, ce qui permet de subvenir aux besoins de sa famille, de ses gardes et de son diouan, conseil où il reçoit les chefs des clans, les membres de la tribu et autres visiteurs. Il existe aussi un conseil consultatif composé des chefs de clans pour discuter et donner des avis sur les différentes questions qui concernent la vie du groupe. Ce conseil tempère quelque peu l'autoritarisme du chef de la tribu. Ce dernier reçoit également dans son diouan les membres qui viennent débattre des questions communes et exposer leurs plaintes et leurs litiges dans les différents domaines. Il se comporte alors en juge suprême et tranche les différends selon les traditions et les coutumes tribales. Ses décisions sont sans appel au niveau de la tribu. La représentation extérieure est aussi du ressort du chef de la tribu qui représente la tribu aussi bien vis-à-vis de l'administration gouvernementale que vis-à-vis des autres communautés. Ce rôle lui permet d'exercer une grande influence sur les autres membres de la tribu et d'en tirer des avantages appréciables sur le plan politique et économique. D'ailleurs, incapable de lever directement les impôts, l'Etat chargeait, la plupart du temps, les chefs de tribus de leur collecte auprès des membres œ leur tribu respective. Ils en versaient au Trésor public environ un dixième et gardaient le reste. Mais, ce système tribal est soumis, comme tous les systèmes sociaux, à une dynamique qui, sous l'impact des facteurs internes et externes, le transforme en permanence. En effet, la tribu est assujettie à une dialectique compliquée d'alliances et œ
35 EDMONDS (C. J. ) : Op. cit. , p. 12. Voir aussi NIKITINE «Basile) : Op. cit. , p.17!. 36 D'autres titres sont aussi utilisés: le titre de cheikh, d'origine arabe, est employé surtout par les chefs de tribus qui ont aussi une fonction religieuse, comme les chefs de confréries. Les titres honorifiques de beg et de pacha, d'origine turque, étaient conférés par les autorités ottomanes à des chefs de tribus afin de les honorer et de les récompenser pour les services rendus à l'Empire. 37 KHESBAK (Shakir) : Op. cil. "p. 176.

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relations avec les chefs des clans, les chefs religieux et les acteurs politiques extérieurs constitués par les autres tribus et les autorités gouvernementales. Aidée au départ par des circonstances favorables, elle suit une phase ascendante, puis se heurte aux ambitions d'autres acteurs plus puissants, périclite et disparaît remplacée par une autre plus vigoureuse et le cycle recommence ainsi aussi bien pour le chef de la tribu que pour la tribu elle-même. Effectivement, des dissensions peuvent naître à l'intérieur de la famille même du chef de la tribu comme entre ce dernier et les chefs de clans pour des raisons diverses. Parfois, les chefs de tribus, bien qu'ils soient souvent en rivalité avec les chefs religieux, s'allient à ceux-ci en vue d'asseoir leur autorité sur les membres de leur tribu et de maintenir leur domination, car les clans peuvent faire défection ou mener une révolte. Les chefs de tribus sont aussi fréquemment en conflits armés les uns contre les autres pour des motifs divers: politiques, économiques, sociaux ou de rivalités personnelles. L'Etat profite de leur antagonisme pour accentuer leur division, aider et récompenser, selon les circonstances, les uns contre les autres, renforçant ainsi, grâce à ce jeu, son autorité 38, ce qui aboutit à l'affaiblissement, voire à l'élimination des tribus en disgrâce auprès du pouvoir central 39 . En agissant de la sorte, ces différents acteurs perpétuent des structures politiques précaires, des troubles sociaux et, partant, des difficultés économiques et le sousdéveloppement de la région.

38 L'Empire ottoman avait systématiquement pratiqué cette politique à l'égard des tribus. A leur tour, la Grande-Bretagne et l'Irak l'ont aussi adoptée. 39 Voir sur ces différents aspects MCDOWALL (David) : Op. cit. , pp. 14-16 ; NIKITINE (Basile) : Op. cit. pp. 130-133 ; CHEVALIER (Michel) : Les montagnards chrétiens du Hakkari et du Kurdistan septentrional. Paris, Publications du Département de Géographie de l'Université de Paris-Sorbonne, 1985, p. 60.

27

II -Les Y ézidis

Les origines et la répartition géographique
Le nom des Yézidis ou Yazidis est récent. Ces derniers se nomment eux-mêmes Dasin, Dasni, Daseni, pluriel Dawasin, appellation qui provient peut-être du nom d'un ancien diocèse chaldéen nestorien 40. D'ailleurs, les Chaldéens du nord de l'Irak les appellent "Dasnâyé", pluriel du terme "Dasnâya". Le mot "y ézidi" vient probablement du persan moderne "ized" qui signifie ange, Dieu. Dans ce cas, les Yézidis seraient, comme ils se désignent eux-mêmes, "adorateurs de Dieu ". Mais, le terme "Yézidi" n'a pas de rapport avec le calife Yazid fils de Mu'awya, fondateur de la dynastie des Omeyyades de Damas dont le règne dura de 661 à 750, ni avec Yazid Ben Unaïsa, ni avec la ville iranienne de Yezd, comme le laissent entendre certains auteurs 41. Le surnom qu'on donne injustement aux Yézidis, pour les diffamer, est celui d"'adorateurs de Satan ". En général, on classe les Yézidis dans le groupe kurde, mais comme ces derniers, ils comprennent aussi d'autres éléments, notamment des Chaldéens et des Arméniens. Ils parlent des dialectes qui se rapprochent du kurde kurmanji et certaines tribus du Sinjar utilisent l'arabe 42 .

La religion et la société
Quant à leur origine religieuse, il y a plusieurs hypothèses, dont deux sont le plus fréquemment invoquées. Pour les uns, les Yézidis constitueraient une secte musulmane qui, poussant sa doctrine à l'extrême, serait sortie de l'islam orthodoxe sunnite 43. Selon cette hypothèse, leur secte aurait été fondée par le cheikh Adi Ben Musafir, né au village de Khirbet Qanafar (Beit Far), au sud de Baalbek au Liban, entre 1073 et 1078 et décédé en 1162. Il était effectivement venu à Bagdad où il passa la première partie de sa vie. Il y rencontra, entre autres personnalités religieuses, le cheikh Abd al-Qadir al-Gaïlani, fondateur de la confrérie qadiriya, comme on l'a déjà indiqué. Toutefois, les traités du cheikh Adi ne

40 MENZEL (Th. ) : "Yazidi" . Encyclopédie de l'Islam, Paris, Librairie C.Klincksieck Imprimerie E. J. Brill S. A. , vol. IV, 1934, p. 1228. 41 Ibid. Voir aussi KHESBAK (Shakir) : Op. cit. , pp. 181-182. 42 Ibid. pp. 1228-29. 43 BOIS (Th. ) : "La société kurde". Encyclopédie de l'Islam, vol. V, 1986, o. p. cit. , p. 478.

; Leyde

Librairie

et

s'écartent pas des principes de l'islam orthodoxe

et ne contiennent

aucune
44.

particularité

qui

permettrait

d'influencer

la

naissance

du

dogme yézidi

Le yézidisme serait né après la mort du cheikh Adi qui s'était retiré dans une mosquée en ruine 45 du village de Lalesh, situé au nord de l'Irak, dans la région montagneuse. Là, ses disciples avaient fondé une confrérie, appelée "Adawiya", relative à son nom. Ils se divisèrent en deux groupes rivaux, dès la mort de leur maître. Ils continuèrent leurs controverses religieuses pendant près d'un siècle. L'un, peut-être minoritaire, comprenait des éléments qui restaient fidèles à l'islam. L'autre rassemblait des disciples zélés qui exagéraient la doctrine du maître. Cette lutte se serait terminée par le triomphe des extrémistes et par la fondation du yézidisme 46. Donc, selon cette hypothèse, le yézidisme serait né dans la seconde moitié du 13e siècle de l'ère chrétienne. D'après la seconde hypothèse, qui paraît plus plausible, le yézidisme serait né d'un fonds zoroastrien 47, auquel se seraient ajoutées d'autres doctrines de provenances diverses, sous l'influence de facteurs politiques et religieux multiples au cours des siècles. Ainsi, il devient une religion syncrétique. En effet, il comprend des éléments du zoroastrisme et du manichéisme (le dualisme des deux principes opposés: le bien et le mal en lutte perpétuelle), du christianisme (glorification du Christ, baptême, fraction du pain, une sorte d'eucharistie, visite des églises chrétiennes aux mariages, consommation du vin 48), de l'islam et du judaïsme (circoncision, jeûne, sacrifices, pèlerinage, inscriptions musulmanes sur les tombeaux, prescriptions alimentaires) et d'autres apports (caractère secret de la doctrine, vénération d'un grand nombre de cheikhs mystiques, soufis, métempsycose, oniromancie, danses extatiques, transes collectives, etc. ).

44 LESCOT

(Roger)

: Enquêtes

sur les Y ézidis

de Syrie et du Djabel

Sindjar.

Beyrouth,

Mémoires

de

l'Institut Français de Damas, t. V, 1938, p. 19. 45 Cette mosquée, reconstruite, est devenue le temple du cheikh Adi qui est à moins de deux kilomètres du village de Lalesh. D'après M. Sa'id al-Déwahgi, ancien directeur du musée de Mossoul, cette ruine était, dès l'origine, une mosquée. Par conséquent, le temple du cheikh Adi n'était ni une église, ni un monastère en ruine, comme l'affirment nombre d'auteurs orientaux et occidentaux. Voir à ce propos FIEY (J. - M. ) : Assyrie chrétienne. Contribution à l'étude de l'histoire et de la géographie ecclésiastiques et monastiques du Nord de l'Iraq. Beyrouth, Imprimerie Catholique, Vol. II, 1965, p. 814. 46 LESCOT (Roger) : Op. cil. , pp. 32-37. Voir aussi DIOn (Saïd al-) : Al-yazidiya. (Le yézidisme). Mossoul, Université de Mossoul, Dar al-Kutub Liltiba'a wa al-Nachr, 1973, pp. 109-116. 47 Le zoroastrisme est une religion iranienne fondée par Zarathustra, prêtre extatique du type chamane, dont la date de naissance n'est pas connue avec exactitude, elle se situe entre 1000 et 600 ans avo J.-C. Voir à ce sujet RINGGREN (H. ) et STRÔM (A. V. ) : Les religions du monde. Paris, Payot, 1960, pp. 173-174. (Traduit de l'allemand par René Jouan). Le zoroastrisme était devenu la religion officielle de l'Empire sassanide (224-652 ap. J.-C. ) et la religion de la plupart des Kurdes avant leur conversion, en grande partie, à l'islam. 48 D'après d'autres, les Y ézidis seraient d'anciens chrétiens, ayant fondu la doctrine nestorienne, le manichéisme, des éléments du judaïsme et de l'islam. Voir à ce propos HARRY (Myriam) : Les adorateurs de Satan. Paris, Flammarion, 1937, p. 34. D'autres encore considèrent que le yézidisme est une hérésie séparée de l'Eglise arménienne. Voir à ce sujet NIKITINE (Basile) : Op. cil. , p. 230.

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Les Yézidis croient en un seul Dieu créateur de l'univers, des sept Anges et d'Adam. Dans leur croyance, Dieu n'est que le créateur mais non le mainteneur du monde, il est inactif et ne s'en soucie pas. Par contre, le rôle de l'organe actif et exécutif de la volonté divine est dévolu au premier des sept Anges, appelé l'Ange-Paon (l'Ange-Taous) qui est considéré comme le roi des anges. Tombé en disgrâce, parce qu'il a refusé d'obéir à l'ordre de Dieu d'adorer Adam, affirmant que seul Dieu est objet d'adoration, il a été, en raison ce son repentir, reçu de nouveau en grâce par Dieu. D'essence divine, il régit le monde et punit les mauvaises actions des hommes. Le mal apparaît ainsi comme une manifestation de la liberté de l'homme. Les Yézidis sanctifient aussi la lune et surtout le soleil, auquel ils sacrifient tous les ans un taureau blanc. Ils interdisent de profaner les trois éléments, lesquels sont l'eau, le feu et le vent et recommandent particulièrement le respect du quatrième élément: la terre. Contrairement à l'opinion générale, les Yézidis ne vénèrent pas Satan et ne le reconnaissent pas. Ils expliquent leur interdiction de prononcer son nom et de le maudire par le fait que les adeptes des autres religions associent Paon (Taous) et Satan, ce qui est pour eux un blasphème 49. C'est pourquoi ils détestent le mot" satan = chaïtan" et interdisent sa prononciation. Les religieux extrémistes interdisent aussi la prononciation de tous les mots qui commencent par le son" ch". Les Yézidis ont deux livres sacrés qui auraient été composés avant la création ce l'univers: le livre de la Révélation et le livre Noir. Quant à leurs pratiques religieuses, ils jeûnent trois jours par an du 12 au 15 décembre 50. Ils fêtent avec beaucoup de solennité le nouvel an (nawrouz) qui a lieu le premier mercredi d'avril. A l'occasion de cette fête religieuse, ils sacrifient des animaux (moutons, chèvres, poulets). Ils vénèrent aussi le mercredi qui est leur jour de repos hebdomadaire. Ils effectuent, le premier octobre, le pèlerinage au tombeau du cheikh Adi qui se trouve dans la vallée de Lalesh. Le cheikh Adi occupe, chez eux, une très grande place. Ils baptisent leurs enfants dans une source d'eau dans Lalesh, qu'ils appellent "Zemzem". Pour ceux qui vivent ailleurs, on utilise de l'eau bénite apportée par les religieux. Ils prient tournés vers le soleil. Ils ont aussi de nombreuses croyances et superstitions populaires, comme tous les peuples d'Orient: vénération de tombeaux des saints, d'arbres sacrés, croyance aux génies. ..51. Sur le plan social, les Yézidis sont organisés en tribus autonomes, mais très solidaires, formées de clans d'origine diverse, la famille patriarcale constituant la cellule de base. Comme chez les Kurdes musulmans, la vendetta occupe chez eux une place importante. Ayant une organisation théocratique divisée en castes, ils se répartissent cependant en deux grandes catégories: les civils et les religieux.
49 Effectivement, en Orient, par ignorance, les chrétiens, les juifs et les musulmans confondent l'Ange-Paon avec Satan et considèrent les Y ézidis comme les adorateurs de Satan. 50 Curieusement, ce jeûne coïncide avec le jeûne arménien Aradjavorats, ce qui laisse supposer des raFPorts entre le yézidisme et le christianisme arménien. 5 Pour plus de détails sur les différents aspects de la religion des Y ézidis, voir les sources suivantes: MENZEL (Th. ) : Op. cil. , pp. 1229-1231 ; KHESBAK (Shakir) : Op. cil. , pp. 182-186 ; LESCOT (Roger): Op. cil. , pp. 45-82 ; GUEST (John) : Survival among the Kurds. A historie of the Yezidis. London, New York, Kegan Paul International, éd. révisée, 1993, pp. 29-43. (1ère éd. , 1987).

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Les castes, comme le nom l'indique, sont fermées, en ce sens qu'il est défendu ce passer d'une caste à une autre. De même, les mariages entre les membres de castes différentes sont interdits. Chaque individu doit vivre et mourir dans la caste où .il est né, ce qui est pour les Yézidis un article de leur dogme qui fonde la pureté de leur religion. Egalement, les mariages des Yézidis avec des membres d'autres religions sont formellement interdits. On est là dans un système d'endogamie stricte. Mais, la polygamie est autorisée 52. Comme chez les musulmans, la répudiation existe aussi chez les Yézidis. Pour que la répudiation soit valable, le mari doit répudier sa femme devant trois témoins; après avoir prononcé la formule rituelle, il place trois petites pierres dans la main de sa femme. Dès lors, il est séparé d'elle pour toujours et ne pourra plus la reprendre. Mais, l'épouse, sans être répudiée, peut quitter son mari et aller chez ses parents et, après un certain temps, se remarier avec un autre homme. Le premier mari a alors droit à la moitié de la dot versée par le second mari au beau-père 53. Quant à la femme adultère ou supposée l'être, elle est punie de mort comme chez les musulmans 54. La catégorie des civils comprend la majeure partie de la population, c'est-à-dire l'ensemble des fidèles. Malgré leur division en Yézidis communs et en Yézidis notables, des mariages sont permis entre eux, puisqu'il n'existe aucune distinction de principe. Chaque fidèle doit être disciple ou novice d'un cheikh ou d'un pir 55, dont il dépend de la naissance à sa mort. En principe, la coutume interdit aux Yézidis civils de lire et d'écrire 56. Toutefois, depuis la création de l'Etat irakien en 1921, des écoles ont été installées dans les villages yézidis, fréquentées par des enfants de cette catégorie. Quant à la catégorie des religieux, elle se répartit en quatre castes 57. La plus haute des castes est celle des cheikhs qui proviennent de cinq familles ou de la famille du cheikh Adi. leur habit est blanc avec un turban entouré de noir. Des privilèges importants accompagnent les fonctions des cheikhs. Chacun de ces derniers a ses disciples. A sa mort, ses héritiers se les partagent ainsi que ses biens. Le cheikh accomplit des devoirs religieux. Il sert de guide spirituel à ses disciples et célèbre à leur intention les rites à l'occasion des circonstances diverses: naissances, mariages, jeûnes, divinations, décès. Par contre, ses disciples doivent lui payer le tribut annuel en espèces ou en nature. De plus, les cheikhs perçoivent des honoraires à l'occasion de la célébration des mariages et des cérémonies funéraires. Ceux qui assurent la garde d'un pèlerinage reçoivent également des honoraires. Ils bénéficient enfin, auprès des fidèles, de nombreux autres avantages. Les familles des cheikhs choisissent parmi leurs membres mâles l'émir qui occupe la première place au sommet de cette hiérarchie, appelé l'émir de Cheikhan 58.
52 KHESBAK 53 Le mariage ~ar l'homme 4 LESCOT 05' 5 56 57 58 Shakir) : Op. cil. , pp. 185-286. chez les Y ézidis, comme chez les musulmans,

est fondé sur le contrat (Th. ) :

d'achat

de la femme

qui lui verse une dot, marque de son (Roger) : Op. cil. , pp. 153-154, Voir cil. , p. 1231. Le pir a en kurde le même sens que le cheikh MENZEL (Th. ) : Op. cil. , p. 1232. KHESBAK (Shakir) : Op. cil. , p.185. Cheikhan est située au nord de Mossoul, à l'est

appropriation. aussi MENZEL en arabe.

du Tigre, dans la région du mont Alqosh.

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L'émir détient à la fois l'autorité suprême religieuse et temporelle et dispose d'un prestige considérable auprès de tous les Yézidis. Il réside dans le village de Ba'adra, situé également au nord de Mossoul, à l'est du Tigre. Les revenus de la fondation religieuse du Cheikh Adi lui assurent une situation matérielle confortable. Sa fonction est héréditaire. Mais, il arrive souvent que des héritiers ambitieux cherchent à éliminer l'émir en l'assassinant en vue de s'emparer du pouvoir suprême 59. Les pirs 60 forment la deuxième caste religieuse d'un niveau inférieur à celle des cheikhs. Ils proviennent d'un petit nombre de familles, originaires aussi de Cheikhan. Ils portent des vêtements noirs et un turban blanc. Leur rôle est à peu de chose près identique à celui des cheikhs. La différence de rang et de titre qui distingue ces deux castes viendrait de leur origine religieuse: les cheikhs seraient issus des descendants du cheikh Adi et les pirs des disciples de ce dernier. Les pirs reçoivent des revenus de sources analogues à celles des cheikhs, mais plus faibles. Les faveurs des fidèles et les bénéfices qui les accompagnent vont surtout aux cheikhs 61. Les qawwals (récitateurs) constituent la troisième caste. Ils portent des vêtements blancs et un turban noir. Ils forment un corps de musiciens qui participent, en chantant des cantiques, en récitant des hymnes, en jouant de la flûte, du tambourin et du tambour, à toutes les fêtes religieuses. Leur rôle principal consiste à aller, chaque année, par petit groupe, visiter les communautés yézidies, exposer les statues de l'Ange-Paon (Taous) à la vénération des fidèles et ranimer la foi de ces derniers. Leurs tournées peuvent être longues et périlleuses dans un environnement hostile, car ils sont très mal vus par les musulmans kurdes et arabophones. Sur l'ordre de l'émir, les revenus collectés, lors de ces voyages, sont ainsi répartis 62 : la moitié va au tombeau du cheikh Adi, un quart à l'émir et un quart aux qawwals pour subvenir à leurs besoins.Afin d'accomplir leur mission, les qawwals doivent recevoir une éducation religieuse assez poussée, sanctionnée par un examen sous le contrôle d'un cheikh, chargé de leur formation. Enfin, les pauvres, appelés "feqirans" 63, forment une caste particulière. Ils sont recrutés parmi les familles des cheikhs et des pirs et placés sous l'autorité d'un maître. Jusqu'à leur majorité, les jeunes feqirans ne se distinguent en rien des autres Yézidis et ne jouissent d'aucun privilège. C'est seulement lorsqu'ils arrivent à l'âge de la puberté qu'ils sont admis à porter le costume rituel qui fait leur originalité et qui leur confère un statut spécial. Ils le reçoivent au cours d'une cérémonie initiatique particulière. Après cette initiation, ils participent à tous les privilèges de leur caste. Cependant, ils n'accomplissent aucune fonction religieuse. Ils jouent un rôle de médiateur. Ils pratiquent une discipline rigoureuse: ils sont obligés de jeûner 92 jours par an, ce
59 LESCOT (Roger) : Op. cit. , pp. 85-86. 60 Le mot "pir" a en kurde le même sens que le cheikh en arabe. Mais, en arabe, le mot "cheikh" a un sens tlus large, il désigne à la fois le religieux et le chef d'une tribu. 1 LESCOT (Roger) : Op. cit. , p. 90. 62 MENZEL (Th. ): Op. cit. , p. 232. 63 Feqirans est le pluriel du mot arabe "faqir" qui signifie pauvre. Faqir est aussi un titre, comme le derviche que portent les disciples des confréries musulmanes.

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s'abstenir toujours de tabac et d'alcool ~ils couchent sur de grossières étoffes de laine. Ils ne doivent pas se raser ou se tailler la barbe. Ils sont coiffés d'un bonnet de feutre noir entouré d'un turban également noir, portent une tunique de laine rustique noire, ourlée de rouge, ceinturée de corde tressée rouge ou blanche, un large pantalon blanc serré à la cheville et une veste de laine blanche, ourlée, elle aussi de rouge. Enfin, ils sont tenus de porter, à même la peau, un collier en forme de corde, rouge et noir. Ils ne doivent jamais se séparer ni de ce collier, ni de la ceinture. Ce costume singulier est l'insigne de la dignité des feqirans. Il leur donne, parmi les y ézidis, un statut élevé à la fois respecté et craint et le droit à la mendicité comme le droit de réquisitionner les biens des autres Yézidis 64. Ils sont voués au célibat. En raison de leurs croyances, des accusations malveillantes de leurs adversaires les traitant d' "adorateurs de Satan" 65 et de l'absence de livres sacrés reconnus par l'islam 66, les y ézidis ont été périodiquement massacrés, réduits en esclavage ou obligés de se convertir à l'islam, leurs biens pillés par les tribus arabes et kurdes musulmanes et les Etats également musulmans arabes, mongols, turcs et persans. Pour justifier ces persécutions, les autorités religieuses musulmanes ont pris des fatwas (décrets fondés sur des considérations basées sur l'interprétation du Coran et de la loi musulmane) déclarant le territoire des Yézidis "foyer de la guerre, dar al-harb" faisant de l'extermination des

y ézidis et du pillage de leurs biens un acte légitimeet méritoiresur le plan religieux 67.

Sur le plan géographique, les Yézidis vivaient jusqu'au début du XXe siècle dans les différentes parties asiatiques de l'Empire ottoman, dans le Caucase et en Iran. Aujourd'hui, à cause des persécutions perpétrées à leur encontre, ils ont pratiquement quitté la région de Mardin et de Diyarbekir, dans le sud-est anatolien où ils étaient nombreux pour émigrer vers l'Allemagne afin d'échapper aux discriminations et aux oppressions exercées à leur égard par la république turque "laïque et démocratique" 68. En Arménie, ils sont reconnus comme une minorité nationale séparée ~ le terme "kurde" s'applique uniquement aux Kurdes musulmans 69. Il en existe aussi un petit nombre en Syrie et en Iran. Mais, la plupart d'entre eux habitent le nord de l'Irak, dans la région du mont Sinjar, près de la frontière syrienne, à l'ouest de Mossoul, qui représente le foyer principal de leurs aspirations de liberté et d'autonomie, et dans la région ce Cheikhan, au nord de Mossoul, à l'est du Tigre, où se trouve le tombeau de leur
64LESCOT (Roger): Op. cit., pp.92-95. Voir aussi MENZEL (Th. ) : Op. cit. ,p. 1232. 65 A ce propos, d'après Abd al-Razzaq al-HASSANI, auteur de l'histoire des gouvernements irakiens, y a, dit-il, dans la province de Mossoul un groupe de population, dont le nombre selon le recensement

" Il de

1965 était de 65 715 personnes, est adepte de la religion yézidie. Il invoque le satan dans ses activités et a des rites religieux et des coutumes que n'adoptent pas les autres communautés de la province" . Il contribue donc à propager des idées malveillantes à l'encontre des Yézidis. Voir Abd al-Razzaq al-HASSAN!, op.
cit. , vol. 4, 1988, p. 146.

66 Dans l'islam, seuls les chrétiens et les juifs sont reconnus comme gens du Livre, auxquels sont aussi assimilés les zoroastriens et les Sabéens. Par conséquent, les adeptes des autres religions ont, en principe, le choix entre l'islam et l'épée. 67 Voir sur ces différents aspects MENZEL (Th. ) : Op. cit. , p.1233 ; NIKITINE (Basile) : Op. cit. , p. 225 ; CHABRY (Annie et Laurent) : Politique et minorités au Proche-Orient. Paris, Ed. Maisonneuve et Larose, 1987, pp. 103-104,107. 68 MCDOWALL (David) : Op. cit. , p. Il. 69 GUEST (John S. ) : Op. cit. , p. XIII.

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saint le plus vénéré, le cheikh Adi, centre de leur vie religieuse et aussi politique. Comme les autres groupes ethniques et religieux, en dépit de leur vie religieuse et sociale particulière, nombre de Yézidis ont migré vers les centres urbains de l'Irak. Quant à leur nombre dans ce dernier pays, il peut être évalué à environ 200 000 personnes.

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