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Subjectivités et rapports sociaux

De
272 pages

Quels sont les effets des rapports sociaux de genre, de classe et de race sur les subjectivités ? Comment celles-ci se frayent-elles des voies pour résister et permettre à un savoir collectif d'émerger ? Autant de questions qui empruntent les chemins reliant le sujet individuel au sujet collectif.

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Ajouté le : 01 janvier 2013
Lecture(s) : 43
EAN13 : 9782296513464
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Cahiers
duSubjectivités et Coordonné par Maxime Cervulle, Genre
Danièle Kergoat et Armelle Testenoirerapports sociaux

Coordonné par
Maxime Cervulle, Danièle Kergoat et Armelle Testenoire
Quels sont les effets des rapports sociaux de genre, de classe et de race sur Subjectivités et les subjectivités ? Comment celles-ci se frayent-elles des voies pour résister et
permettre à un savoir collectif d’émerger ? Autant de questions qui empruntent
les chemins reliant le sujet individuel au sujet collectif.
rapports sociaux
Maxime Cervulle et Armelle Testenoire – Du sujet collectif au sujet individuel,
et retour (Introduction)
Armelle Testenoire – Quand les femmes ne cèdent plus... L’accès des
femmes kanak à la formation continue
Maxime Cervulle – La conscience dominante. Rapports sociaux de race et
subjectivation
Salima Amari – Des lesbiennes en devenir. Coming-out, loyauté fliale et hétéro-
normativité chez des descendantes d’immigrant·e·s maghrébin·e·s
Sara Ahmed – Les rabat-joie féministes (et autres sujets obstinés)
Artemisa Flores Espínola – Subjectivité et connaissance : réfexions sur les
épistémologies ‘du point de vue’
Hors-champ
Maria José Casa-Nova – Citoyenneté, ethnicité et dialecticité du pouvoir dans
les relations de genre
Lamia Missaoui – Les couples transfuges des territoires gitans et la scolarisation
de leurs enfants
Caroline Fayolle – Le sens de l’aiguille. Travaux domestiques, genre et
citoyenneté (1789-1799)
Document et hommage
Eleni Varikas – Françoise Collin. Philosophe et féministe, philosophe féministe
(1928-2012)
Françoise Collin – Donner par ‘nature’, est-ce donner ? (Entretien avec Philippe
Chanial et Sylvie Duverger)
Notes de lecture
ISSN : 1165-3558
53 ISBN : 978-2-336-29072-0
201224,50 €
Cahiers du Genre
53 / 2012
Subjectivités et rapports sociaux
Cahiers du GenreCahiers du Genre
53 / 2012
Subjectivités et
rapports sociaux
Coordonné par
Maxime Cervulle, Danièle Kergoat et Armelle Testenoire



Revue soutenue par l’Institut
des Sciences Humaines et Sociales du CNRS
Ce numéro a été publié avec le concours
de la Drees/MiRe
du Centre de recherches sociologiques et politiques de
Paris (CRESPPA), équipe Genre, travail, mobilités
(GTM, CNRS – universités Paris 8 et Paris 10)
du Service des droits des femmes et de l’égalité
xxxDirectrice de publication
Anne-Marie Devreux
Secrétaire de rédaction
Danièle Senotier
Comité de lecture
Madeleine Akrich, Béatrice Appay, José Calderón,
Danielle Chabaud-Rychter, Isabelle Clair, Sandrine Dauphin,
Virginie Descoutures, Anne-Marie Devreux, Jules Falquet,
Estelle Ferrarese, Maxime Forest, Dominique Fougeyrollas-Schwebel,
Nacira Guénif-Souilamas, Jacqueline Heinen (directrice de 1997 à 2008),
Helena Hirata, Danièle Kergoat, Bruno Lautier, Éléonore Lépinard,
Ilana Löwy, Hélène Yvonne Meynaud, Pascale Molinier,
Delphine Naudier, Roland Pfefferkorn, Wilfried Rault,
Josette Trat, Pierre Tripier, Eleni Varikas
Bureau du Comité de lecture
Isabelle Clair, Anne-Marie Devreux,
Dominique Fougeyrollas-Schwebel, Helena Hirata,
Wilfried Rault, Danièle Senotier
Comité scientifique
Christian Baudelot, Alain Bihr, Françoise Collin,
Christophe Dejours, Annie Fouquet, Geneviève Fraisse,
Maurice Godelier, Monique Haicault, Françoise Héritier,
Jean-Claude Kaufmann, Christiane Klapisch-Zuber,
Nicole-Claude Mathieu, Michelle Perrot, Serge Volkoff
Correspondant·e·s à l’étranger
Carme Alemany Gómez (Espagne), Boel Berner (Suède),
Paola Cappellin-Giuliani (Brésil),
Cynthia Cockburn (Grande-Bretagne), Alisa Del Re (Italie),
Virgínia Ferreira (Portugal), Ute Gerhard (Allemagne),
Jane Jenson (Canada), Diane Lamoureux (Canada)
Sara Lara (Mexique), Bérengère Marques-Pereira (Belgique),
Andjelka Milic (Serbie), Machiko Osawa (Japon),
Renata Siemienska (Pologne), Birte Siim (Danemark),
Fatou Sow (Sénégal), Angelo Soares (Canada),
Diane Tremblay (Canada), Louise Vandelac (Canada),
Katia Vladimirova (Bulgarie)
Abonnements et ventes
Voir conditions à la rubrique « Abonnements » en fin de volume
© L’Harmattan, 2012
5, rue de l’École Polytechnique, 75005 Paris
ISBN : 978-2-336-29072-0
EAN : 9782336290720
ISSN : 1165-3558
Couverture © Violette
http://cahiers_du_genre.pouchet.cnrs.fr/
http://www.cairn.info/revue-cahiers-du-genre.htm Cahiers du Genre, n° 53/2012
Sommaire
Dossier Subjectivités et rapports sociaux
5 Maxime Cervulle et Armelle Testenoire
Du sujet collectif au sujet individuel, et retour (Introduction)
19 Armelle Testenoire
Quand les femmes ne cèdent plus... L’accès des femmes kanak à
la formation continue
37 Maxime Cervulle
La conscience dominante. Rapports sociaux de race et subjectivation
55 Salima Amari
Des lesbiennes en devenir. Coming-out, loyauté filiale et hétéro-
normativité chez des descendantes d’immigrant·e·s maghrébin·e·s
77 Sara Ahmed
Les rabat-joie féministes (et autres sujets obstinés)
99 Artemisa Flores Espínola
Subjectivité et connaissance : réflexions sur les épistémologies
‘du point de vue’
Hors-champ
121 Maria José Casa-Nova
Citoyenneté, ethnicité et dialecticité du pouvoir dans les relations
de genre. Discours et pratiques dans une communauté tsigane du
Portugal
145 Lamia Missaoui
Les couples transfuges des territoires gitans et la scolarisation de
leurs enfants
165 Caroline Fayolle
Le sens de l’aiguille. Travaux domestiques, genre et citoyenneté
(1789-1799) Cahiers du Genre, n° 53/2012
Document et hommage
Eleni Varikas 189
Françoise Collin. Philosophe et féministe, philosophe féministe
(1928-2012)
Françoise Collin 193
Donner par ‘nature’, est-ce donner ? (Entretien avec Philippe
Chanial et Sylvie Duverger)
211 Notes de lecture
— Hélène Rouch. Les corps, ces objets encombrants.
Contribution à la critique féministe des sciences (Priscille
Touraille) — Danielle Chabaud-Rychter, Virginie Descoutures,
Anne-Marie Devreux et Eleni Varikas (eds). Sous les sciences
sociales, le genre. Relectures critiques de Max Weber à Bruno
Latour (Cornelia Möser) — Delphine Naudier et Maud Simonet
(eds). Des sociologues sans qualités ? Pratiques de recherche et
engagements (Isabelle Mayaud) — Alain Corbin, Jean-Jacques
Courtine et Georges Vigarello (eds). Histoire de la virilité. Tome
1. L’invention de la virilité. De l’Antiquité aux Lumières (Cinzia
eGreco) ; Tome 2. Le triomphe de la virilité. Le XIX siècle (Malek
e eBouyahia) ; Tome 3. La virilité en crise ? XX -XXI siècle (Pascale
Molinier) — Marylène Lieber, Janine Dahinden et Ellen Hertz
(eds). Cachez ce travail que je ne saurais voir. Ethnographies du
travail du sexe (Pierre Tripier) — Audrey Guiller et Nolwenn
Weiler. Le viol, un crime presque ordinaire (Gwenaëlle Perrier)
— Xavier Dunezat et Roland Pfefferkorn (eds). Raison présente
« Articuler les rapports sociaux : classes, sexes, races » (Y.
Marcela Garcia) — Natacha Borgeaud-Garciandía. Dans les
failles de la domination (Roland Pfefferkorn) — Catherine Delcroix
(ed). Éducation(s) et réseaux de sociabilité. Parcours de jeunes en
difficulté (Pierre Tripier)
249 Abstracts
253 Resúmenes
257 Auteur·e·s
261 Les Cahiers du Genre ont reçu Cahiers du Genre, n° 53/2012
Du sujet collectif au sujet individuel, et retour
Introduction
Ce numéro est consacré aux effets de la domination sur les
subjectivités, appréhendés à partir d’une perspective inter-
sectionnelle, entendue au sens où les rapports sociaux de race,
de genre et de classe se co-construisent de manière dynamique.
Si l’on en croit Gudrun-Alexi Knapp (2005), les usages du
concept d’‘intersectionnalité’ dans la théorie féministe refléte-
raient une tension entre les niveaux micro- et macro-sociaux de
l’analyse et auraient parfois tendance à surévaluer les dimensions
soit structurelles soit personnelles qui sont en jeu dans la for-
mation des subjectivités au détriment d’une approche embrassant
leur codétermination (Bilge 2009). En interrogeant la question
de la subjectivation, il s’agit donc d’appréhender la relation de
dépendance et d’autonomie qu’entretiennent les subjectivités vis-
à-vis des rapports sociaux. Si le sujet est toujours situé à la fois
dans et hors de l’idéologie propre aux rapports sociaux au sein
desquels il émerge (Lauretis 1987), comment considérer alors ses
capacités de résistance, aussi bien politiques qu’affectives ou
épistémiques ? Dans le sillage de Monique Wittig (1980) qui,
contre la tradition marxiste, souligna la dimension singulière
d’une subjectivité socialement constituée, les contributions de
ce numéro ont pour objet d’appréhender les subjectivités dont la
singularité manifeste autant l’emprise des rapports sociaux que
l’incapacité de ceux-ci à limiter pleinement les sujets qui en
sont le produit. Ce dossier reprend certaines communications
eprésentées lors du IV congrès de l’Association française de
sociologie dans le Réseau thématique 24, « Genre, classe, race. 6 Maxime Cervulle et Armelle Testenoire
Rapports sociaux et construction de l’altérité », ou lors du
séminaire 2011-2012 de ce réseau, complétées par la traduction
d’un article de Sara Ahmed initialement publié en 2010 dans The
Scholar and Feminist Online. Au travers de travaux empiriques
et théoriques portant sur les aspects matériels et épistémiques de
la subjectivation, ce dossier pose à nouveaux frais la question de
l’assujettissement et de la formation du sujet dans les rapports
sociaux.
Une conscience de classe de sexe
Penser en termes de rapports sociaux signifie qu’au-delà des
relations sociales entre les individu·e·s concret·e·s, il existe une
opposition systémique entre des groupes sociaux qui s’opposent
autour d’enjeux matériels et idéels étroitement associés
(Godelier 1984 ; Kergoat 2000, 2009). Cette tension constitue le
cadre sous-jacent au sein duquel se déroulent les relations inter-
personnelles ; que les individu·e·s concerné·e·s en aient ou non
conscience. C’est à partir de cette notion de conscience et des
conditions de son émergence que s’est posée la question de la
subjectivation au cours des années 1970 et 1980.
La notion de violence symbolique (Godelier 1982 ; Bourdieu
1998) s’appuie sur l’hypothèse que la violence exercée par les
dominant·e·s se reproduit du fait du consentement des dominé·e·s.
Outre son caractère implacable qui ne laisse pas d’espace aux
résistances individuelles ou collectives, le consentement postule
une symétrie de conscience entre dominant·e·s et dominé·e·s.
Nicole-Claude Mathieu critiquera cette thèse en mettant en évi-
dence les limitations de la conscience induites par la situation
d’oppression. Celles-ci sont dues au poids des contraintes maté-
rielles mais aussi à la médiatisation de la conscience des femmes
par le pouvoir des hommes qui forme un écran entre elles et le
monde. Il en résulte des connaissances et des pratiques frag-
mentées et contradictoires (Mathieu 1985, 1999), ce que relève
également Colette Guillaumin lorsqu’elle affirme que « dans ce
cas, il n’y a pas de lieu où s’énonce socialement le JE ; le JE
signifiant l’unité propre de la décision » (1979, p. 10). La sub-
jectivation des minoritaires, entendue au sens d’accès à une
position de sujet de ses propres actes, est conditionnée à une Du sujet collectif au sujet individuel, et retour (Introduction) 7
prise de conscience, proprement politique, de la nature des
rapports sociaux dans leur double dimension matérielle et idéelle.
Cette conscience s’apparente à (est) une conscience de classe, au
sens où elle repose sur une identification du rapport d’exploi-
tation et d’oppression d’un groupe par l’autre. Dans le cas des
rapports sociaux de sexe, elle implique une dénaturalisation du
groupe ‘femmes’ qui n’existe qu’en vertu de sa position minori-
taire dans le rapport social, et non en fonction d’une quelconque
essence féminine, que celle-ci soit référée à la biologie ou à la
culture (Guillaumin 1979). Il en est de même pour les rapports
de race qui mobilisent des marqueurs physiques ou culturels
pour asseoir la domination d’un groupe sur l’autre (Guillaumin
1972). La subjectivation se comprend donc en référence à un
sujet collectif dont l’action vise à subvertir les fondements du
rapport social (Mathieu 1991). Toutes les revendications ou tous
les mouvements sociaux des minoritaires ne se situent pas né-
cessairement dans ce registre. Certains d’entre eux relèvent d’une
expérience douloureuse des inégalités sans pour autant remettre
en cause le rapport social qui distribue les positions. Colette
Guillaumin (1979) qualifie cette dernière de « fausse conscience »,
ou de conscience « proto-politique », pour signifier qu’elle peut
être une étape, ou non, vers une véritable analyse des rapports
de pouvoir. Danièle Kergoat montre comment elle se construit
dans et par la dynamique des mouvements sociaux, tel celui des
infirmières coordonnées (Kergoat 1991). Cette conception de la
subjectivation a deux enjeux étroitement associés : la consti-
tution politique et épistémologique du sujet du féminisme.
Diverses voix se sont élevées contre une telle conception jugée
homogénéisante du sujet collectif. Celles-ci ont émané d’une part
du féminisme lesbien, d’autre part du féminisme postcolonial,
chicana et du black feminism qui dénoncent le « solipsisme
blanc », c’est-à-dire l’imposition de la situation spécifique des
femmes blanches occidentales comme une situation universelle
(Rich 1979). À ces critiques, Danielle Juteau répond qu’il convient
de distinguer ce qui relève d’une part des expériences concrètes
des femmes et d’autre part des rapports sociaux. À cette
condition, le concept de classe de sexe serait conciliable avec le
constat de la diversité empirique des situations des femmes liée
à l’articulation des rapports de sexe aux rapports de classe ou de 8 Maxime Cervulle et Armelle Testenoire
race (Juteau 1994, 2010). Alors que l’oppression des femmes revêt
des formes concrètes hétérogènes (Guillaumin 1979), l’homo-
généité ne peut être qu’un objectif politique que Danielle Juteau
propose de conceptualiser comme « une coalition entre femmes
de race, de classe et d’orientations sexuelles différentes » (Juteau
2010, p. 79).
Dynamiques de la capacité d’agir
Les travaux issus du féminisme poststructuraliste, et les re-
lectures des conceptions du sujet de Monique Wittig (1992) et
de Michel Foucault (1975, 1984) qu’ils ont notamment initiées,
ont également interrogé les modes de construction politique et
les conditions d’émergence épistémologiques du sujet féministe
dans le sillage des contestations portées à l’encontre des préten-
tions universalisantes ou unifiantes. Judith Butler en particulier
a critiqué le fondement de ce sujet sur une catégorie ‘femme’
qu’elle perçoit comme en elle-même « produite et contenue dans
les structures du pouvoir, au moyen desquelles l’on s’efforce
précisément de s’émanciper » (1990, p. 62), là où Teresa de
Lauretis a plaidé en faveur d’un sujet théorique permettant de
«rendre compte de certains processus et non des femmes »
(1987, p. 57). Dans une perspective foucaldienne comprenant le
pouvoir comme ‘positif’, au sens où le gouvernement des
conduites qu’il implique participe de la formation d’un sujet
simultanément assujetti et excédant le contrôle disciplinaire,
toutes deux ont toutefois mis en relief combien le sujet se situe
toujours en partie en excès de l’opération du pouvoir. Ainsi
Butler a-t-elle souligné dans Trouble dans le genre (1990) ce
que Slavoj Žižek appelle « l’effet de prolifération […] de
l’activité disciplinaire » (1999, p. 338), engendrant des subjec-
tivités échappant en partie à ce qu’elle entend réguler. Loin
d’empêcher toute conceptualisation de la résistance, ou d’affir-
mer que celle-ci serait toujours déjà contenue dans l’opération
du pouvoir, cette perspective, selon laquelle l’émergence des
subjectivités comme du sujet politique serait indissociable du
procès d’assujettissement, pose la question de la structuration
sociale de la résistance. Si ce questionnement n’est en lui-même
pas entièrement neuf — Marx ayant relevé la capacité des anta-Du sujet collectif au sujet individuel, et retour (Introduction) 9
gonismes internes du capitalisme à susciter une résistance pou-
vant être fatale au capital —, il constitue l’une des dimensions
nécessaires à l’appréhension de la façon dont les rapports
sociaux traversent et constituent les individu·e·s. Car il invite à
l’étude des façons par lesquelles la construction sociale du sujet
ouvre en soi à la capacité d’agir.
La question de la ‘capacité d’agir’ (ou agency) porte sur les
conditions et la logique de l’action — de l’action proprement
politique, collective, mais également ‘micro-politique’, située au
niveau de ces pratiques de soi par lesquelles se reproduit le sujet.
Principalement théorisée par le féminisme poststructuraliste, la
capacité d’agir a été initialement pensée en termes de résistance
aux normes et aux rapports de domination (Vidal 2006). C’est
dans cette perspective qu’Armelle Testenoire étudie dans ces
pages la formation de femmes calédoniennes au métier de
conductrice d’engin minier. Elle situe son analyse au point de
tension entre détermination sociale et capacité d’autonomisation
de l’individue. Elle décrit en particulier le processus de subjec-
tivation par lequel ces femmes « s’éprouvent sujets de leurs
actes », comme étant permis par la conjonction de dynamiques
matérielles et subjectives. La mise en œuvre d’une politique
publique de discrimination positive ouvre la voie à la réalisation
de scenarii transgressifs qui relevaient jusqu’alors de l’imagi-
naire. Pour Armelle Testenoire, la subjectivation peut alors être
comprise comme une accession au statut de sujet autonome
impulsée à la fois par une imagination socialement structurée et
des conditions matérielles fournissant à l’action un cadre
d’expression.
Les usages de la notion de capacité d’agir au sein du féminisme
semblent toutefois aujourd’hui faire débat. Saba Mahmood (2005)
en particulier a opposé au féminisme poststructuraliste une cri-
tique selon laquelle la compréhension de la capacité d’agir en
tant qu’elle serait nécessairement synonyme de résistance ou
d’expression d’autonomie renverrait à un modèle binaire oppo-
sant subordination et subversion, qui, en cantonnant la critique
féministe à une conception du politique comme libération,
dessinerait une véritable téléologie occidentale du progrès. Saba
Mahmood suggère ainsi que la notion d’agency pourrait être
comprise non comme « un simple synonyme de la résistance aux 10 Maxime Cervulle et Armelle Testenoire
rapports de domination, mais [en tant que] produit de rapports
de subjectivation spécifiques » (2009, p. 37). La critique de
Saba Mahmood porte en particulier sur les failles d’un modèle
féministe poststructuraliste qu’elle décrit comme incapable de
penser l’action des sujets qui habitent les normes sans leur oppo-
ser de résistance (Waggoner 2005, p. 251). Cette compréhen-
sion de la capacité d’agir échouerait donc à penser le sujet hors
de la dimension de l’émancipation. La capacité d’agir ne saurait
toutefois être réduite aux pratiques oppositionnelles, à la dés-
obéissance ou à la résistance : elle s’exprime parfois dans des
pratiques visant la continuité, la stabilité et la reproduction
sociale. Cette question d’importance oriente notre regard vers
un horizon situé au-delà de la conscience féministe, au-delà du
sujet politique émancipé et vers les formes d’adhésion aux normes,
de participation active au maintien des rapports sociaux, ou
encore vers des situations ambivalentes. Sans doute le modèle
marxiste de la ‘fausse conscience’, d’un sujet entièrement pris
dans la toile de l’idéologie, ne permet-il pas de rendre pleine-
ment compte de ces processus de subjectivation particuliers par
lesquels se constitue un sujet animé par une logique de re-
production sociale.
C’est sur un tel sujet que se penche Maxime Cervulle, dont la
contribution à ce numéro porte sur ‘la conscience dominante’ et
en particulier sur les pratiques du savoir par lesquelles émergent
des sujets blancs au sein de sociétés caractérisées par le racisme
systémique. Revenant sur la façon dont fut conceptualisée la
‘blanchité’ au sein des Critical White Studies et de la théorie
féministe, il dessine ainsi les contours d’un processus de subjec-
tivation porté à la reproduction des structures sociales et d’une
capacité d’agir caractérisée à la fois par une perpétuation objec-
tive de la domination et par des faits de conscience marqués par
une naturalisation de l’ignorance du racisme. Maxime Cervulle
interroge ainsi l’inaction et l’ignorance ordinaires face au racisme
qui, tout en limitant la conscience du sujet de la domination,
soutiendraient la reproduction du racisme systémique. Revenant
sur la question de la subjectivation minoritaire, l’article ici
publié de Salima Amari fait également écho aux réflexions de
Saba Mahmood sur la qualification exclusive de la capacité d’agir
comme émancipation vis-à-vis des normes sociales. La descrip-Du sujet collectif au sujet individuel, et retour (Introduction) 11
tion que propose Salima Amari du rapport qu’entretiennent les
lesbiennes françaises d’origine maghrébine vis-à-vis du
coming-out met en relief une certaine ambivalence des pratiques
et une dynamique de subjectivation au croisement de
l’autonomisation et de la loyauté à la famille. Dans l’article de
Salima Amari, les « lesbiennes racisées » apparaissent comme
des « sujets tacites » (Decena 2008) dont le silence sur leur
homosexualité ne saurait être lu comme une simple subordi-
nation aux traditions et valeurs familiales, mais qui renverrait
également à une certaine résistance au coming-out et à la visibi-
lité désormais devenus de véritables injonctions dans le sillage
de la mondialisation des identités sexuelles par laquelle s’est
diffusé le modèle états-unien de la politque LGBT (Lesbiennes,
gays, bi, trans) (Cervulle, Rees-Roberts 2010, p. 1-50). Cette
capacité d’agir singulière, caractérisée par l’ambivalence, met
toutefois en relief les impasses conceptuelles dans lesquelles
peuvent conduire une réduction de cette notion à une simple
puissance d’émancipation. Ainsi, ces contributions enjoignent
toutes deux, selon des voies différentes, à considérer les dimen-
sions dynamiques de la capacité d’agir du sujet par laquelle il
s’actualise et s’éprouve dans les interactions sociales, à l’écart
d’une préconception de l’action situant son origine de façon
univoque ou réduisant ses effets à une nécessaire subversion des
structures sociales.
Des émotions aux savoirs féministes
Les travaux sur la subjectivation ont par ailleurs donné lieu à
de nouvelles formes d’interrogation de la dimension politique
des affects ou des émotions. Aux côtés d’auteur·e·s telles que
Marianne Liljeström et Susanna Paasonen (2010) ou Melissa
Gregg et Gregory J. Seigworth (2010), Sara Ahmed interroge la
matérialité sensible du sujet qui oriente son action. Sa contri-
bution à ce numéro se situe à l’intersection entre ses travaux sur
les émotions et ses recherches actuelles sur ce qu’elle appelle
« les sujets obstinés », figures rhétoriques de résistance engagées
dans des pratiques de contestation aussi bien actives qu’ins-
crites dans des silences stratégiquement disséminés. Son article,
qui mêle habilement l’écriture théorique et autobiographique, 12 Maxime Cervulle et Armelle Testenoire
interroge la caractérisation des féministes en tant que « rabat-
joie » et évoque la puissance critique de la position de refus d’un
bonheur employé pour justifier un certain ordre social. Sara
Ahmed dépeint ainsi l’obstination du « sujet rabat-joie » à
refuser le bonheur patriarcal, ou à refuser de sourire sur les
brochures vantant les mérites de la ‘diversité’, comme une
forme de ‘déloyauté’ au sens d’Adrienne Rich, une politique de
«soustraction du sujet des structures et des valeurs
dominantes » (Braidotti 2009, p. 129).
Analysant les affects qui guident et orientent la pratique et la
théorie féministes, notamment la souffrance ou la colère que
provoque la confrontation aux mécanismes de la domination,
Sara Ahmed souligne toutefois l’opération de traduction néces-
saire à ce projet politique et épistémologique, par laquelle une
émotion ‘individualisante’ devient le lieu d’un investissement
collectif (2004, p. 168-190). Ainsi, loin de plaider en faveur d’un
recentrement sur le sujet épistémique individuel et les affects
qui traversent et constituent sa pratique du savoir, elle évoque
plutôt les risques liés à une « fétichisation de la souffrance des
femmes [qui] peut contribuer à délégitimer les entreprises fémi-
nistes de compréhension de la complexité de la vie sociale et
psychique » (Ahmed 2004, p. 173). Ces risques seraient notam-
ment encourus lorsque l’assise émotionnelle du discours sert un
but de légitimation de la parole et de prétention à l’authenticité
ou à la ‘vérité’. Loin de participer d’un renouvellement épis-
témologique soulignant la dimension sensible et située de la
connaissance, ces assertions émotionnelles tendraient plutôt à
disqualifier toute expérience ou perception discordante, dissol-
vant l’épistémologie féministe dans un relativisme empêchant la
modélisation des rapports de pouvoir. Un relativisme qui s’ex-
primerait notamment avec force lorsque le discours féministe se
trouve réduit à une fonction de représentation directe de la
souffrance et de la colère des femmes, sans prise en compte de
la dimension interprétative et de la médiation qu’il implique.
Cette question du passage d’un sujet individuel à un sujet
épistémique collectif est également au cœur de l’article
d’Artemisa Flores Espínola. Retraçant les dynamiques des dé-
bats autour des épistémologies féministes du point de vue, elle
conteste l’attribution d’un privilège épistémique aux sujets Du sujet collectif au sujet individuel, et retour (Introduction) 13
minoritaires, une position notamment défendue par Nancy
Hartsock (1983) à partir de la conception marxiste. Sa réflexion
sur les enjeux relatifs à la subjectivation du savoir, soit aux
modalités d’incarnation pratique et sensible de la connaissance,
ouvre la voie à une critique de la notion de ‘neutralité’ scien-
tifique autant qu’à une interrogation de certains des paradoxes
propres à l’épistémologie féministe, en particulier celui de la
tension entre ‘privilège épistémique’ et partialité. S’inspirant de
l’empirisme contextuel d’Helen Longino (1990), elle en appelle
à une posture réflexive quant aux valeurs et croyances qui fon-
dent les procédures scientifiques et les prétentions au savoir.
Ainsi, si les épistémologies féministes s’opposent au prisme
objectiviste niant le caractère situé de la connaissance, il ne s’agit
pas pour autant de renoncer à toute objectivité. Les approches
féministes empiristes permettent de sortir de cette aporie. Elles
postulent la nécessaire reconnaissance du caractère partiel et
partial de toute connaissance (Juteau-Lee 1981 ; Haraway
1986/2007). Dès lors la question de l’objectivité se déplace.
Elle ne relève plus du sujet épistémique individuel mais des
pratiques de la communauté scientifique selon qu’elle autorise
ou non l’expression de la pluralité des points de vue.
Partie d’un sujet collectif émancipateur et d’une interrogation
des formes et des modalités de la conscience minoritaire, la
notion de subjectivation a opéré un détour par les sujets indivi-
duels en prenant en compte leurs capacités cognitives et
émotionnelles. Comment dès lors renouer avec une vision
collective de l’action, sans pour autant écarter sa nécessaire
dimension subjective et l’incertitude politique propre à son
devenir, son caractère potentiellement ambivalent par rapport à
l’émancipation ? Puissent les contributions à ce numéro tracer
quelques-unes des voies pour repenser un sujet collectif en
devenir, inscrit dans des dynamiques pleinement situées au sein
des rapports sociaux mais auxquelles il ne saurait être réduit.
Dans le sillage de la critique poststructuraliste du sujet unifié et
de la désillusion sociale à l’égard du sujet de l’émancipation, un
détour par les expériences singulières permet peut-être de déga-
ger de nouveaux fondements pour un sujet féministe collectif
issu de la confrontation des points de vue situés. 14 Maxime Cervulle et Armelle Testenoire
* *
*
À leur manière, les trois articles présentés en « hors-champ »
illustrent, par delà les différences de contextes et de situations,
l’action incessante des femmes pour se faire reconnaître comme
citoyennes. Deux articles parlent des rapports de genre chez les
Tsiganes. Maria José Casa-Nova nous introduit dans une
communauté tsigane d’un quartier périphérique de Porto. Les
rapports de pouvoir entre les sexes, prescrits par la loi commu-
nautaire, s’y confrontent à l’exercice de la citoyenneté portu-
gaise par des femmes qui, par leurs pratiques de résistance,
témoignent de la possibilité d’agir en jouant des paradoxes d’un
double statut de dominées. Quant à elle, Lamia Missaoui part de
la question scolaire, notamment de l’absentéisme et de la
déscolarisation, pour montrer qu’au-delà des principes républi-
cains d’égalité entre tous les élèves, les parcours scolaires des
enfants tsiganes sont marqués d’inégalités, non seulement
sociales et ethniques, par rapport aux autres enfants, mais aussi
de sexe. Dans ce contexte, le rôle des mères est crucial, tant
dans les rapports avec l’institution scolaire et ses normes que
dans les périodes de crise familiale.
Par ailleurs, à partir de l’apprentissage de la couture dans les
écoles de filles de la Révolution française, l’article de Caroline
Fayolle s’interroge sur « le sens de l’aiguille » : on y voit
comment, au regard d’ambitions pédagogiques révolutionnaires, le
maintien de cette activité domestique ô combien traditionnelle
dans les programmes d’éducation a été justifié par la nature et,
surtout, par les besoins des citoyens (mâles) en matière de
gestion de la vie quotidienne. Déjà, des citoyennes, pour parti-
ciper à la vie de la Cité en dépit de cette division sexuelle du
travail récalcitrante à tout bouleversement, tentaient de concilier
action politique et charges domestiques.
Enfin, en hommage à Françoise Collin, philosophe féministe
erdécédée le 1 septembre 2012, nous publions un entretien que
Philippe Chanial et Sylvie Duverger ont mené avec celle-ci en
février 2012.
Maxime Cervulle et Armelle Testenoire Du sujet collectif au sujet individuel, et retour (Introduction) 15
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Quand les femmes ne cèdent plus...
L’accès des femmes kanak à la formation continue
Armelle Testenoire
Résumé
Cet article a pour objet d’analyser le processus de subjectivation im-
pulsé par une politique de discrimination positive en Nouvelle-Calédonie.
Il est centré sur les parcours de femmes kanak de plus de 30 ans qui sont
engagées dans des formations au métier de conductrice d’engin minier. La
politique de formation continue crée des conditions matérielles qui per-
mettent aux femmes de prendre conscience que les rapports de domination
ne sont pas inéluctables. Elles s’appuient sur leurs rêves d’enfance pour
oser postuler à des formations qui subvertissent la division sexuelle du
travail à laquelle elles ont jusqu’alors été assujetties. Dans un second temps,
l’activité de travail, parce qu’elle est socialement valorisée, entraîne une
transformation du rapport à soi et aux autres dans l’action.
NOUVELLE-CALÉDONIE — MÉTIERS MASCULINS — FORMATION CONTINUE —
POLITIQUES PUBLIQUES — DISCRIMINATIONS POSITIVES — SUBJECTIVATION
« — [Grand-père] de quoi est faite cette force intérieure ?
— De tout ce qui est en toi qui n’est pas soumis à tout ce qui t’est imposé.
— Mais tout m’est imposé : mon humanité, mon sexe, ma couleur, ma
condition sociale, ma coutume, ma religion, mon pays. Et plein d’autres
choses encore.
— Justement, c’est cette force-là qui peut t’en libérer.
— En restant en marge, comme vous grand-père ?
— Pas forcément. Le pouvoir ne s’exerce qu’avec les autres. »
Déwé Gorodé, L’épave (2007, p. 56).
La séparation stricte des espaces masculin et féminin et leur
hiérarchisation sont des principes structurants au niveau symbo-20 Armelle Testenoire
lique et matériel des sociétés kanak. Depuis les années 1980,
celles-ci sont cependant le théâtre de changements importants
dans l’ordre de genre liés à l’engagement des femmes dans le
mouvement indépendantiste, le développement des associations
féminines et la scolarisation. Les résistances féminines qui se
déployaient jusqu’alors dans l’espace domestique commencent
à s’exprimer publiquement (Salomon 1998). L’identification par
les femmes des relations de pouvoir est néanmoins complexe
car elle suppose de pouvoir se penser comme sujet alors que ces
relations de pouvoir ont précisément pour effet de les empêcher
d’accéder au statut de sujet en les limitant matériellement et en
les dévalorisant socialement. La situation de dépendance maté-
rielle et d’envahissement de la conscience des femmes par le
pouvoir des hommes (Mathieu 1985) se conjugue à la racisation
des Kanak. Cet article a pour objet d’analyser un processus de
subjectivation impulsé par une politique publique dans le contexte
de décolonisation en cours en Nouvelle-Calédonie. La subjecti-
vation sera appréhendée comme une dynamique qui se construit
dans le cours de l’action.
Après les événements violents des années 1980, les accords de
Matignon (1988) puis ceux de Nouméa (1998) ont ouvert une
nouvelle page de l’histoire de la Nouvelle-Calédonie et de ses
rapports avec l’État français. Les accords de Nouméa reconnais-
sent dans leur préambule le fait colonial et initient un processus
inédit de décolonisation. Par cet accord, les Européens et les Kanak
se sont engagés dans la construction d’un ‘destin commun’ en
mettant en place des institutions locales et une politique de ré-
équilibrage au profit de la communauté kanak. Celle-ci a un
impact sur l’offre de formation. La politique de formation continue
incite les femmes à s’inscrire dans des formations à des métiers
jusqu’alors masculins, et en particulier au métier de conductrice
d’engin minier. L’analyse portera sur les parcours de femmes de
plus de 30 ans (nées entre 1960 et 1980), vivant à l’extérieur du
grand Nouméa, qui s’orientent vers ces métiers.
Une hypothèse sous-tendra l’analyse. La possibilité d’accéder
à une position de sujet repose sur un double mouvement exté-
rieur et intérieur où le contexte historique offre une opportunité
matérielle dont les femmes peuvent ou non s’emparer selon leur Quand les femmes ne cèdent plus... 21
rapport subjectif au métier, leur rang social et leur statut
conjugal.
Une politique de discrimination positive
Le gouvernement de Nouvelle-Calédonie a mis en œuvre un
programme ambitieux de formation continue pour lequel il a
ebénéficié d’un financement conséquent du IX Fonds européen
de développement (FED) conditionné au respect de certains prin-
cipes transversaux, notamment celui d’égalité professionnelle entre
hommes et femmes. Ce financement a entraîné un véritable
essor de la formation et un rééquilibrage par la construction de
centres de formation assortis d’internats masculins et féminins
1en Province Nord et dans celle des Îles . La programmation cible
prioritairement les emplois attendus au cours des prochaines
années qui concernent les secteurs suivants : bâtiment-travaux
publics (BTP), mines et métallurgie, mécanique et électricité,
transport et logistique (IDC-NC 2009). Ces métiers sont majori-
tairement masculins et identifiés comme tels, alors que les
femmes sont surreprésentées dans les secteurs des services aux
personnes et aux collectivités où le taux de chômage est le plus
élevé et les rémunérations les plus faibles. Dans ce contexte, les
objectifs d’ajustement de la formation à l’emploi passent par la
mixité des formations. Ces objectifs convergent avec ceux
d’égalité professionnelle portés par le FED et localement par les
associations féminines, le ministère de la Condition féminine et
les Services aux droits des femmes des trois Provinces. Depuis
2006, une politique volontariste incite les femmes à se diriger
vers des formations à des métiers jusqu’alors masculins. Cette
politique s’est traduite par une importante campagne de commu-
nication visant à sensibiliser tant les femmes que les profession-
nels de l’orientation à la mixité des formations. C’est dans ce
contexte institutionnel que s’est déroulée la recherche sur
l’accès des femmes à la formation continue.

1 La Nouvelle-Calédonie est constituée de trois provinces : les Provinces Nord
et des Îles Loyauté, indépendantistes, et la Province Sud, anti-indépendantiste,
au sein de laquelle le grand Nouméa concentre l’essentiel des activités
marchandes.22 Armelle Testenoire
Quelques précisions méthodologiques
Cette recherche, financée par le gouvernement de Nouvelle-
Calédonie, a comporté plusieurs volets dont une enquête par entre-
tiens biographiques menée auprès des femmes en formation qui
sera l’objet de la présente analyse. L’objectif a été de cerner ce qui
dans leur parcours antérieur les a conduites à s’inscrire dans ces
formations. Des entretiens biographiques ont été menés auprès de
quarante femmes kanak ou océaniennes originaires des trois pro-
vinces. Leur âge varie de 18 à 44 ans. Parallèlement, ma présence à
l’internat et lors de séances de travail a permis d’établir des rela-
tions informelles et d’effectuer des observations de l’activité de
travail et de la vie à l’internat.
Cet article ne portera que sur les récits des femmes kanak âgées de
30 à 44 ans mères de famille qui sont inscrites dans des formations
au métier de conductrice d’engin minier sur le site de Poro en
Province Nord. L’extraction du nickel s’effectue sur la montagne à
ciel ouvert à l’aide de différents engins de chantier d’une dimension
supérieure à ceux qui sont utilisés dans le BTP. Le relatif isolement
du site de Poro nécessite un hébergement sur place.
2Les accords de Bercy (1998), qualifiés par le FLNKS de pré-
alable minier aux accords de Nouméa, ont organisé le transfert
du massif de Koniambo à la Province Nord en vue de la cons-
truction d’une usine de traitement du minerai. Sa construction
impulse aujourd’hui un développement rapide de la région de
Voh-Koné avec de nombreux emplois induits (Horowitz 2004 ;
Grochain 2008). Les métiers de la mine bénéficient d’un prestige
évident. Le nickel est érigé en symbole de richesse et d’indé-
pendance économique, notamment en Province Nord où l’on
dénombre pas moins d’une douzaine de sites miniers. Les for-
mations aux métiers de la mine sont attractives et de fait relati-
vement sélectives. Lors de la période de l’enquête, les délais
d’attente après sélection des candidatures variaient de six mois
à un an. La féminisation des candidatures, qui était insignifiante
avant la mise en place de la politique incitative, croît à partir de
2006. Au fil des ans, l’engouement des femmes pour le métier
de conductrice d’engin ne fléchit pas, alors que ce n’est pas le
cas pour d’autres formations.

2 Front de libération nationale kanak et socialiste. Quand les femmes ne cèdent plus... 23
Des femmes sans jeunesse
En l’espace d’une génération les destinées des femmes se sont
profondément modifiées. Le processus de décolonisation engagé
à partir de 1988 a entraîné un développement de l’offre scolaire
qui s’accompagne d’un changement d’attitude des familles face
à la scolarité de leurs filles. Leur formation devient même un
enjeu social et matrimonial pour les familles (Nicolas 2010).
Les femmes scolarisées avant cette période ont eu une scolarité
qui s’est arrêtée au collège, parfois précocement, alors que ce ne
sera pas le cas de leurs filles.
Maïlys est retirée à 14 ans de l’école par son futur conjoint. « Je
ne m’attendais pas à ça, je pensais que ce ne serait qu’un flirt !
3Dès qu’il a su que j’étais enceinte, il a emmené une ‘coutume’
chez mes parents et je suis partie vivre dans sa famille. Comme
il avait un peu peur pour moi et le bébé, il m’a fait sortir de
l’école ! Je me suis mariée, après j’ai eu des regrets. J’avais
envie de faire l’école, j’en avais tellement envie ! »
D’autres femmes ont été désignées par leur famille pour gar-
der des parents âgés ou malades. La destinée des filles était le
mariage et la maternité. Elles ont quitté le monde de l’enfance pour
intégrer le groupe des femmes sans transition par la période inter-
médiaire de la jeunesse, alors que ce temps était accordé aux
garçons. De fait pour les femmes enquêtées les plus âgées, nées
entre 1960 et 1970, l’écart d’âge moyen entre conjoints est de sept
ans (ISE 2009). Cet écart, qui traduit des modes de transition
masculins et féminins différents à l’âge adulte, est un des effets de
la domination masculine (Bozon, Héran 2006). Les trentenaires
enquêtées, nées entre 1975 et 1980, ont connu des situations
intermédiaires. Elles ont poursuivi leur scolarité jusqu’à l’âge
légal (16 ans), parfois une ou deux années de plus. L’écart d’âge
avec le conjoint tend à se réduire à quatre ou cinq ans. Pour
autant leur accès au statut de femme adulte, s’il fut quelque peu
plus tardif, a été scandé par les transitions familiales (mise en
couple, décohabitation et maternité) comme ce fut le cas de
leurs aînées.

3 Échange cérémoniel. 24 Armelle Testenoire
4Dans le monde rural , les femmes sont soumises à une double
emprise matérielle et subjective. Au niveau matériel, elles n’ont
pas accès à la propriété des terres qu’elles cultivent. Celles-ci
sont transmises héréditairement aux hommes. Les tâches domes-
tiques et communautaires leur incombent ; ces dernières sont
amplifiées lorsque le mari occupe une position importante
5(chefferie) au sein du lignage, de la localité ou du district, car
ces positions nécessitent un travail relationnel et d’accueil qui
requiert en coulisse un travail important de l’épouse. Certaines
femmes ont exercé de manière discontinue des emplois peu
rémunérateurs, d’autres n’ont pas eu d’activité salariée avant
l’entrée en formation, ce qui est le cas des femmes de chefs ou
des mères de famille nombreuse. La hiérarchisation sociale
s’effectue entre familles et lignages selon leur ancienneté d’im-
plantation sur un terroir et non en fonction de l’accumulation de
biens ou de terres. Les rangs élevés sont identifiés par des noms
mais les positions ne sont pas figées. Les hommes tentent
d’accroître le rang de leur famille par des stratégies d’entretien
de leur capital de relations et des alliances (Bensa 1995). Les
femmes définies par rapport aux hommes, père ou mari, sont
non seulement exclues de ces jeux de pouvoir mais leur travail
sert la famille et les stratégies masculines. Elles sont soumises à
6un contrôle social qui empêche la contestation publique. Dans
ce mode d’organisation sociale, tel qu’il prévaut en milieu rural,
les femmes n’existent pas en tant que sujet de leurs actes
(Mathieu 1985). Des conditions matérielles nouvelles sont
nécessaires pour qu’elles puissent s’émanciper du pouvoir
masculin ; l’offre de formation continue relayée par les médias
en est une. Il reste à comprendre le processus par lequel des

4 C’est-à-dire principalement à l’extérieur du grand Nouméa.
5 Le ‘chef’ est une personne de haut rang qui bénéficie d’un grand respect. Il
ne dispose pas d’autorité, du moins sur la Grande Terre, mais est le négo-
ciateur et le garant des accords du groupe. Il existe trois types de chefferie qui
sont hiérarchisés : la grande chefferie qui correspond au district, le chef du
lignage et enfin le chef de ‘tribu’ (localité), les ‘tribus’ étant les circonscrip-
tions géographiques créées par la colonisation dans le cadre du cantonnement
des anak dans les réserves. Quelques femmes sont aujourd’hui cheffes de
‘tribu’ mais les positions de chef de district et de lignage sont exclusivement
masculines.
6 Y compris par l’exercice de violences physiques (Salomon 2000).
.Quand les femmes ne cèdent plus... 25
femmes, âgées de 30 à 45 ans, vivant en milieu rural subver-
tissent la division sexuelle du travail.
Le travail de l’imaginaire
De nombreuses femmes ont vécu pendant leur enfance dans
un univers minier. Elles sont d’anciennes petites filles qui re-
gardaient la montagne, observaient les chargements de minerai
à Kouaoua, Tiebaghi… et étaient fascinées par cet univers. Lors
des entretiens, Malia évoque son rêve d’enfance :
Quand j’étais petite, à chaque fois que je voyais un camion je
m’imaginais dedans, c’était un petit rêve, un rêve quand je re-
gardais les camions [Malia habitait sur un site minier]. C’était
les gros camions qui étaient sur mine, je voulais voir comment
c’était dedans. C’était surtout la pelle que je regardais quand
j’étais petite, c’était la pelle qui me fascinait !
Par l’imagination les femmes échappent au réel. Elles le
tiennent à distance, le supportent en gardant par-devers elles la
conscience de ne pas coïncider avec ce que les autres pensent
qu’elles sont. L’imagination maintient un potentiel de résistance
qui demeure intérieur tant que des conditions matérielles ne
permettent pas de l’actualiser. Lorsque le contexte historique
évolue, l’imagination devient un outil de transformation de la
réalité car elle prépare à une activité hypothétique par la mise
en scène de soi selon un scenario inédit (Strauss 1992). Norbert
Elias a mis en évidence l’aspect créatif du rêve éveillé qui pro-
duit des fantasmes novateurs :
Qui écrit le scenario de nos rêves ? Une part semi-automatique
de nous-mêmes, mi-metteur en scène mi-acteur, qui transforme
le matériau de la mémoire pour donner naissance à quelque
chose de nouveau, le réunit pour créer des scènes que nous
n’avons jamais vécues (Elias 1991, p. 94).
L’imagination ne travaille pas ex nihilo ; elle s’inscrit dans des
cadres sociaux par la matérialité des images qu’elle mobilise
mais aussi plus fondamentalement par la structure sociale qu’elle
révèle ou qu’elle transgresse (Bastide 1967). Les rêves des femmes
s’appuient sur des souvenirs d’enfance qui correspondent au
monde social qui fut le leur : les sites miniers et le prestige
attaché aux hommes qui y travaillaient. Elles relatent leur émer-26 Armelle Testenoire
veillement d’enfant face à la dimension impressionnante des
engins, l’envie à l’égard des frères et cousins qui donnaient un
coup de main aux hommes pour les chargements. Les expé-
riences émotionnelles les plus fortes sont incontestablement
celles qui ont trait à leur père. Nombreuses sont les femmes qui
comme Josiane ont accompagné leur père au travail, sont par-
fois montées à ses côtés dans les engins de travaux publics ou
miniers.
À l’âge de 7/8 ans, j’étais déjà sur les pelles avec lui. J’avais
quoi 8/9 ans… et là je n’ai pas oublié ! C’est marqué, tout ce
que j’ai fait avec mon père, c’est resté marqué !
Elles font état d’une relation privilégiée avec ce père soit en
raison de leur place dans la fratrie (frères plus jeunes), soit tout
simplement parce qu’elles étaient les seules parmi les enfants à
manifester de l’intérêt pour son activité.
Mon rêve c’était que quand j’étais petite, mon père il travaillait
en quarts, alors des fois je me réveillais, je le regardais se
préparer, mettre ses habits et voilà mettre ses chaussures de
sécurité et tout. Après il allait faire chauffer son car parce qu’en
même temps qu’il montait sur mine, il ramassait les mecs au
village. Je le regardais et parfois quand je n’avais pas école, il
me prenait avec lui dans son car. Alors j’étais assise devant, je
mettais ma ceinture et je montais jusqu’à la mine avec lui et je
voyais mon père dans son bull, les anciens bulls d’avant. Je
pouvais rester des heures assise à regarder. Il me demandait :
« Est-ce que tu es fatiguée ? », moi je faisais : « Non ». Parce
7qu’en plus on faisait le roulage ; donc ça faisait un sacré
trajet, mais j’aimais, quoi !
Cette proximité entre père et fille ne correspond pas à une
socialisation inversée où les filles occuperaient la place d’un
garçon manquant réellement ou symboliquement (Saladin
d’Anglure 1992). Elles ont bien été socialisées en tant que filles.
La puberté signe la fin de leurs escapades dans l’espace mas-
culin. Les filles rejoignent les espaces féminins où elles seront
éduquées à leur futur rôle de mère-épouse, à distance des lieux
où se fabrique du masculin. L’éducation à la division sexuelle
du travail et à la séparation des espaces masculins et féminins
est pensée par les ‘anciens’ comme étant un garant de l’ordre

7 Acheminement du minerai jusqu’au port d’embarquement.