Suis-je normal, Docteur ?

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Depuis des décennies, se pose dans nos pays une question lancinante, véhiculée par les radios, les magazines, mais aussi par l'inconscient collectif : "Suis-je normal, Docteur ?". Il s'agit, avant tout, d'une angoisse existentielle et de la peur grandissante de ne pas entrer dans le moule proposé, imposé, par les médias, la mode et le conformisme. L'auteur essaie d'apporter des réponses à des questions que nous nous sommes tous posées pour aider à trouver des pistes dans un domaine où l'on a dit tout et son contraire.
Publié le : lundi 1 février 2010
Lecture(s) : 306
EAN13 : 9782296249936
Nombre de pages : 183
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Avertissement

Cespagesontété dictées à LaureRUFFETjournaliste qui
posaitlesquestions,ily a une dizaine d’années.
Ellesontété oubliéesdans untiroir.Exhuméesily a
quelques semaines,lesvoilàtelles quelles, brutes de
décoffrage.
Le plan etlesintertitres sontdeLaure.

Ce livre estpolémique.Il ne prétend pasdétenirlavérité.
Ce n’estque le pointdevue d’un professionnelaguerri.
Toutecritiqueserala bienvenue.

INTRODUCTION

Que l’ons’adresseà un médecin ounon,la recherche,
l’inquiétudesurnotre normalité,faitpartie de nos
questionnementsquotidiens,particulièrementen matière
psychique.

Notrecerveauestlapartie laplusnoble de notre individu.
Le moindre dérèglementdecetordinateurintime nous
plonge dansla crainte etle désarroi.Il n’estpasmauvais
de «baliser »les interrogationsque nousnousposonset
d’essayerde distinguerlesfaussesfrayeurs sans
fondementdesinquiétudeslégitimes.Ce n’estpas chose
facile. Nous sommesen effet submergésd’informations
souventcontradictoiresetpour toutdire,nous sommes très
souvent surinformésetmal informés.

Comme l’aditle philosophe:« l’être humain estfaillible,
maisperfectible ».Cetouvrage peut ycontribuer.

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Qu’est-ce qu’être normalaujourd’hui ?

Y voir clair dans son psychisme

«Suis-je normal,docteur? »
En matière d’équilibre psychique,il n’existe pasde
normes.Seul le déséquilibre psychique peutêtre
diagnostiqué par un médecin.Ce déséquilibre psychique
se manifeste par une pathologie:des signes, une
souffrance.
Notrerecherchecontemporaine de l’équilibre forme –
santécacheune question fondamentale: celle de
l’angoisse.Se poserdesquestions tellesque: combien de
foisfaire l’amourpar semaine, combien de foisfaire du
sportoumangerde laviande,revient à affirmer :″je ne
veuxpasêtre déséquilibré″.Chaqueréponseappartient à
chaque individu,etdans ce domaine,non plus,il n’y apas
de normes.
Il est certain que la sociétéactuelle nousimpose des
diktatsqui peuventinfluencernotrecomportement.Le
crjeedo «une/beau/bronzeé »st une véritabletarteàla
crème de notresociété.Ugn «âteau» quireprésente
d’énormesintérêtsfinanciers.Les contradictions sont
pourtantflagrantes :être «bronzé »dans un mondetenté
parleracisme, seruinerpour son look, avoir les seins
hauts,les cuissesgalbéesetle nezd’unestar, tout cela
témoigne d’un grand déséquilibre,d’une grandeangoisse

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desindividusetnerecouvre enrien lavéritablesanté
physique etpsychique.
Lamorale judéo-chrétienne maisaussibouddhiste et
musulmane influence notre monde en pleine mutation.
Qu’est-ce quecette moralea apportéaucoursdesâges?
Lesdixcommandements, bonne moraletraditionnelle de
touslespays.La Bible l’a codifiée.Ce n’estpas un hasard
si la Bible estle livre le plus vendudansle monde.C’est
qu’effectivement, cescommandements sontle débutde
toutce qui estmorale,règlesdeconduite:tunetueras
point,tunevoleraspas,tune piqueraspaslafemme de
tonvoisin,tuhonoreraspère etmère. Maiscesexcellents
préceptesont toujoursété enfreints.Onvoletoutletemps,
ontuetoutletemps,on «pique »toujourslafemme du
voisin -c’estmêmetoutàfaitdélicieux.
Latransgression faitpartie de notre plaisir. Maisil était
bon quecesoiténoncé parce que l’on ne peut transgresser,
doncfinalement savoir s’arrêterquesi l’onsaitjusqu’à
quel pointona« dépassé » laloi.C’estle problème de la
ligne jaunesur 25 km.Vousallezla brûler surquelques
mètres,maispas sur 25 km.C’estdéjàtrop,mais votre
bonneconsciencevavousdire dereveniràlaloi.S’il n’y
avaitpasde ligne jaune,vouspourriez rouler surlagauche
toutletemps.C’estlecasde lamorale.
Qu’est-elle devenueaujourd’hui ?A Quimperouà
Brest se déroule le procèsd’unadolescentde 16ansqui,
enseptembre 1994, adescenduà coupsde pistoletà
grenaillesoncopain declasse.Pourquoi ?
Lecopain declassetué passaitpourêtreun jeunesans
problèmes.Alasortie ducoursde gymnastique,le jeune
meurtrieraditàl’autre:″tuesgrand etfort.Je
t’emmerde″.L’autrearépondu:″Toi,tuespetit,laid et
con″.C’estpourcelaqu’ilyeu un meurtre.Aujourd’hui,
enacceptantlaviolence partout, àlatélé,danslesfilms,
danslarue,lamorale estcertainementbattue enbrèche,

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sansparlerdes règlementsdecompte entre jeunes,du
coup decouteauen plein ventre de l’enseignante par un
élève de 13ans,pire encore dumeurtreantisémite etfou
deIlan parles«Barbares».
Il en estde même pourlesvaleurs traditionnelles.
Prenons àl’heureactuelle lesprocès :l’opération mains
propresenItalie,prenons son pendantenFranceavec
plusieursministresen prison,oudesmairesen fuite en
Uruguay.
Tout celaintervientpour casserlamorale publique et
pour casserlamorale individuelle quiaufond,enFrance
particulièrement, aété prônée, aété le phare dumonde,
notamment avecla Déclaration des Droitsde l’Homme et
du Citoyen du26août1789.OnarêvéauXIXèmesiècle.
Ona cruque lascienceallait tout résoudre.
C’étaitmagnifique.Comme onarêvé que la
psychanalyse,quand elle estapparue, allait tout résoudre.
CommeEinsteinavecses théories.Depuis toujoursla
nature humaine penseavoir tout résoludumomentqu’une
nouveautéapparaît.Ensuite ons’aperçoitquecelan’est
pas toutàfait vrai.Aujourd’hui on estdésenchanté,onvit
dans un monde d’horoscopomanie,un monde de
fantasmagorie,un monde de numérologie,un monde de
tarot.Un monde d’excès.Etl’excèsentoutestnuisible.
Lesconduitesd’aujourd’hui nousamènentàdouterde
toutesles valeurs.Jadis,les rois se permettaientdes
excentricités.Aujourd’huice nesontpas seulementles
rois.Cesontnosgouvernements,nosprésidents,le monde
du show-businessqui est souventdéstructurantpournos
jeunes.Quand onadmire quelqu’uncommeJohnny
Halliday,c’estpour sesentirjeune, beauetbronzé, ce que
l’on n’estpas.RegardezMickaelJackson et seshistoires,
ouMadonna qui lancesapetiteculotteà JacquesChirac.
Comment voulez-vousque l’ouvrierducoin,lecadre

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moyen ne perde pas un peula boule ?On en perd
complètementnos repères.

Quandtombe-t-on malade psychiquement ?
Alaquestion:″ai-jeunréel problème psychique″et
″suis-je malade″?La réponse estdélicate:ontombe
malade,quand ily a un dépassementévidentde normes
qui pourtant…n’existentpas.Le normal n’existe pasmais
il estvrai que l’anormal existe etquesi l’équilibre n’existe
pas,le déséquilibre existe etobéit à uncertain nombre de
critères.Le″normal″comporte de nombreusesvariations
etnuances.L’″anormal″,parexemple, c’estlecasdecelui
qui vadélirer,objectivement,etqui vase sentirpersécuté.
Vouspouvovez «us sentir»un peupersécuté parvotre
voisin en «disant»qu’il vousennuie,qu’il vous claque la
porte etenresterlà.Etpuis brusquement si vousimaginez
qu’il vousenvoie de mauvaises odeurs,desondesnéfastes
ouqu’il vousparleà travers la télé, c’est anormal..
Il est toujoursintéressantdese poserlaquestion:
«Ai-jeun problème psy? ».Carelle induit toute la
différence entre «être » dans un étatpathologique et avoir
uncaractère pathologique.En effet, uncaractère
paranoïaque,parexemple,n’estpaslaparanoïa.C’est
simplement un individuqui parle fort,qui parlebeaucoup
qui penseavoirtoujours raison.Ce qui est très courant.
Mais s’ilse met àdevenirun jalouxpathologique,on entre
danslaparanoïa…Prenonsl’exemple de lajalousie.C’est
normal d’être jalouxquand onaime.Mais si par contre
vousvousmettez àminutervotrefemme, à scruter sa
petiteculotte,làeffectivement,vousdevenezanormal.
Pourtantlesprémicespeuvent semblerlogiques.Les
prémices, cesontlesdonnéesduproblème.
Prenonsparexemple,le délire érotomaniaque des
vieillesfilles.C’est un délire dangereuxparce que lesujet

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peutenarriverà tuer.Telle vieille filleareçu unsourire
deson voisin.Elle vase faire le raisonnement suivant :il
m’afait unsourire,doncil m’aime.Elle pense:ve« ilut
coucher avecmoi mais il n’ose pas me le dire etil fautque
cesoitmoi qui lui dise ».Voicicomment, àpartird’un
sourire mal interprété,prémicesfaux,elle «conduit»tout
unraisonnementextrêmementlogique, complètementfou
et complètementmalade.Il existe d’autresdéliresqui ne
sontpas autant systématisésqueceuxlà :desdélires
mystiquesoù l’on se prend pourNapoléon, pourleChrist.
Desdélires cosmiquesquisontplutôtde l’ordre des
délires schizophréniques.
Il estdifficile deréaliserque l’ona un problème
psychique et yfaire facesoi-même.Classiquement,dans
lanévrose,lesujetest conscientdeses troubles.
Danslapsychose,il ne l’estpas.Ily apourtant
certainesnévroses quisontplusgraves etplusdifficiles à
traiterquecertainespsychoses.
Exemple de psychose:laparanoïa,la schizophrénie,
lapsychose hallucinatoirechronique.Exemple de
névrose:lanévrose hystérique, un problème épineux,
parce que l’on n’estpasforcément conscientd’être
hystérique,lanévrose obsessionnelle,lanévrose
d’angoisse.
Dans lanévrose,d’aprèsune définitionancienne qui
estencore valable dans 80% des cas,vousêtes conscient,
doncvous souffrez.Prenons une névrose obsessionnelle,
c’est àdire les TOC,les troublesobsessionnels compulsifs
où vous souffrezd’être obligé detoucherdixfoisla rampe
de l’escalierdans unsensoude marcher surlesjointsde
trottoirdetelle façon et si vous avez ratéun joint,vous
refaites toutlechemin de lagare jusqu’à chezvous(cela
peut allerjusqu’àdixfois,vingtfois).C’estépouvantable.
Lapersonneva consulter,d’elle même,pouressayer
d’allermieux.Etellevamieux,notammentgrâceàdes

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thérapiescomportementalesouaussiuncertain nombre de
médicaments,extrêmementadaptésquesontcertains
antidépresseurs.
Danslapsychose, c’est toutdifférent.Vousn’êtes
globalementpasconscient.Qu’ils’agisse d’une grande
manie délirante, c’estàdire d’un étatd’excitation dans
lequelvousallez vendrevotre maisontroisfoisdansla
même journée ou vousallezfaire desdépenses
somptuairesdecentmillionsalorsquevousenavezà
peineunsur votrecompte,ouqu’ils’agisse d’une grande
psychoseschizophrénique oud’un délire de jalousie
paranoïaque qui encoreune foispeutameneràtuer, àla
finvous vousénervezetcelapeutmal finir.Toutesces
psychoses,toutescesmaladiespsychiquesnécessitentbien
évidemmentque quelqu’un devotre entouragevous
prenne en main et vousemmène,soitchezle psychiatre
psychothérapeute enville,et siçanesuffitpas,
éventuellementen hôpital.Ilvautmieuxinterner
quelqu’un plutôtque d’assisteràun drameauto ouhétéro
agressif.
Apporter uneaide encasdesouffrance psychique
n’estpasfacile.Ce n’estpasque lapersonneconcernée
refuse forcément,maiselle nie l’étatdanslequel ellese
trouve.Alors, commentfaire ?Faut-il être neutre ?
Commentl’aborder?
C’est trèsdifficile derépondreà cesinterrogations.Il
fautque lafamille,leconjointoudesamis trèsdoués,
avec beaucoup de doigté etde prudence, arriventà aborder
le problèmeavec cette personne:f« ilautquand même
que jet’emmènevoir un médecinspécialiste ».Insister sur
lesmotsde médecin,despécialiste. N’utilisezpasle mot
psychiatre qui faitpeuralorsqu’ils’agitbien évidemment
d’allerconsulter un psychiatre ou un neuropsychiatre.
Dans unautrecasil ne fautpasavoirpeurderecourirà
votre médecin généraliste quiverrale malaise,feraun

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certificatd’internement, ce que l’onappelleuncertificat
d’hospitalisationsurdemande d’untiers(loi de 1990qui
estvenueremplacerlafameuse loi du 30juin 1838sur
laquelle onavécujusqu’en 1990.)
Dans cecaslàon procèdeà ce que l’onappelleun
internement,qu’ilsoitprononcé par untiersou alorsqu’il
soit« d’office », c’est àdire prononcé parl’autorité,parle
maire oule préfet auvud’uncertificatmédical
circonstancié.
On parle ici des troublesgraves. Maisl’on peut se
poserd’autresquestionslorsqu’onvoitquelqu’un qui est
en difficulté psychique:est-ilbien dans sapeau, at-il des
troubles,fait-il desdélires?Y at-il desmots utiles,oune
doit-onrien faire et rien dire ?
A cette question,uneseuleréponse:il n’yapasde
petitsdélires.On délire ouon ne délire pas.Si on délireun
peu,on peut, àlalimiteaccepterdese fairesoigner.C’est
plusoumoinspossible grâceàlapression douce,souple
maisferme de l’entourage.Etresouple etferme, c’est
beaucoup plusfacileàdire qu’àfaire.Quantau« mal dans
sapeau»,le problème estdifférent:8 fois sur10ona
envie d’en sortireton le fait soi-même.

L’angoisse etlebonheuur :ncoupledifficileà
réaliser
Souvent bien desgens secomplaisentdans uncertain
étatdesouffrance ensetrouvantparticulièrement
intelligentougénial.
On entendsouventdanslesconversations:«c’est un
imbécile heureux,il n’apasde problèmes,il n’apas
d’angoisses».Oucertainsaffirment:« l’angoisse ?
Connaispas».
Etpourtantl’homme n’existe que parce qu’il est
angoissé.Le professeurDelayaditque:« l’angoisse est

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le moteurdetoutesles réussites».C’estdonc
consubstantielànotre essence.Celui qui ditqu’il n’est
jamais angoissé ou celui qui ditquje «amais» des
problèmesoudesdifficultéspsychiquesne peuventlui
arriver,est un ignorantou un matamore.Un problème
psychique,petitougrand,peutarriver strictementà
n’importe qui.
Il n’yapasde petitsproblèmespsy, c’est vrai.Ilya
de grosproblèmespsy.Leurgravité n’estpasforcément
fonction d’étiquettes« diagnostic».Vouspouvezavoir
une épouvantable névrose obsessionnelle,quivousamène
àvouslaverlesmainscentfoisparjour, ce qui est
strictementinvivable etçasesoigne.
Etpuis vouspouvezavoir,en effet,unevague
impression paranoïaque:untelvousfaitdesprocèspour
n’importe quoi.C’est un peuencontradictionavecpetits
déliresetgrandsdélires.Entoutétatdecause,toutcela,
qu’ils’agisse du trouble obsessionnelcompulsif ouqu’il
s’agisse dudélire paranoïaque, çademandevraimentàêtre
soigné. Maisilyatout un autreversantqui estle fait
d’être mal dans sa peau. Mal dans sa peau,c’estlà aussi
queserejoignentlesfonctionsetlesdéfinitions vues toutà
l’heure:équilibre/déséquilibre,normal/anormal.C’estlà
où le rôle de l’entourage estprimordial.Un entourage
constitué d’écoute et aussi,il faut bien le dire, constitué
d’amour.Alors,lanotion debonheur,
aujourd’hui,qu’estce quec’est?Est ce que lesgens sontplusheureuxquand
ils sont àla campagne ou au bord de lamer, avec unebelle
maison et unbateau?
Extérieurement,visàvis decelui qui ne l’apas,
certes.Plusheureuxintérieurement, absolumentpas.Les
troublespsychiques,les troublespsychologiques,les
difficultés sont aussi grandes àla campagne qu’àlaville,
au bord de lamerqu’au sommetduMont Blanc.Quand on
aenvie de setuer àla campagne on monte dansle grenier,

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