Suite des mémoires pour servir à l'histoire et à l'établissement du magnétisme animal

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La découverte du somnambulisme provoqué avait débuté avec le traitement du fameux cas Victor ; le récit en avait été donné avec ses premiers Mémoires datés de 1784. L'année suivante, Puységur décide de donner la "Suite des Mémoires pour servir à l'histoire et l'établissement du magnétisme animal" afin de faire connaître plus en détail sa nouvelle doctrine, quelque peu différente de celle de son ancien maître Mesmer. Il insiste sur le rôle de la circulation de l'électricité dans le corps.
Publié le : mardi 1 juin 2010
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EAN13 : 9782296224032
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SUITE DES MÉMOIRES POUR SERVIR À L'HISTOIRE ET À L'ÉTABLISSEMENT DU MAGNÉTISME ANIMAL

2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris

@ L'Harmattan,

http://www.Iibrairiehannattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr hannattan l@wanadoo.ft ISBN: 978-2-296-08215-1 EAN: 9782296082151

Armand Marie-Jacques de Chastenet Marquis de PUYSÉGUR

SUITE DES

MÉMOIRES POUR SERVIR À L'HISTOIRE ET À L'ÉTABLISSEMENT DU MAGNÉTISME ANIMAL
(1785)

Introduction

de Serge NICOLAS

L'Harmattan

Collection Encyclopédie Psychologique dirigée par Serge Nicolas La psychologie est aujourd'hui la science fondamentale de l'homme moral. Son histoire a réellement commencé à être écrite au cours du XIX. siècle par des pionniers dont les œuvres sont encore souvent citées mais bien trop rarement lues et étudiées. L'objectif de cette encyclopédie est de rendre accessible au plus grand nombre ces écrits d'un autre siècle qui ont contribué à l'autonomie de la psychologie en tant que discipline scientifique. Cette collection, rassemblant les textes majeurs des plus grands psychologues, est orientée vers la réédition des ouvrages classiques de psychologie qu'il est difficile de se procurer aujourd'hui. Dernières parutions Joseph TISSOT, Théodore Jouffroy, fondateur de la psychologie, 2007. Pierre JANET, Névroses et idées fixes (vol. 1,1898),2007. RAYMOND, & P. JANET, Névroses et idées fixes (vol. Il, 1898),2007. D. STEWART, Philosophie des facultés actives et morales (2 voL), 2007. Th. RIBOT, Essai sur les passions (1907), 2007. Th. RIBOT, Problèmes de psychologie affective (1910), 2007. Th. RIBOT, Psychologie de l'attention (1889), 2007. P. JANET, L'état mental des hystériques (3 vol., 1893, 1894, 1911),2007 Hippolyte BERNHEIM, De la suggestion (1911),2007. Th. REID, Essais sur les facultés intellectuelles de l'homme (1785),2007. H. SPENCER, Principes de psychologie (2 volumes, 1872),2007. E. COLSENET, Études sur la vie inconsciente de l'esprit (1880), 2007. Th. RIBOT,Essai sur l'imagination créatrice(1900), 2007. Ch. BENARD, Précis d'un cours élémentairede philosophie(1845), 2007 E. LITTRE, Auguste Comte et la philosophie positive (1863), 2008. A. BINET & Th. SIMON, Les enfants anormaux (1907), 2008. A. F. GA TIEN ARNOUL T, Programme d'un cours de philosophie (1830) V. BECHTEREV, La psychologie objective (1913), 2008. A.M.J. PUYSÉGUR, Mémoires... du magnétisme animal (1784), 2008. S. NICOLAS & L. FED!, Un débat sur l'inconscient avant Freud, 2008. F. PAULHAN, Les phénomènes affectifs (1887), 2008. E. von HARTMANN, Philosophie de l'inconscient (1877,2 voL), 2008. H. HELMHOLTZ, Conférences populaires I (1865), 2008. H. HELMHOLTZ, Conférences populaires Il (1871), 2008. Pierre JANET, De l'angoisse à l'extase (1926-1928) (2 voL), 2008. S. NICOLAS, Études d'histoire de la psychologie, 2009. J.-M. CHARCOT, Leçons sur les maladies du système nerveux (1872) H. HELMHOLTZ, Optique physiologique (1856-1866) (3 voL), 2008. A. COMTE, Cours de philosophie positive (1830-1842) (6 voL), 2008.

PRÉFACE DE L'ÉDITEUR

SUITE DE LA DÉCOUVERTE DU SOMNAMBULISME MAGNÉTIQUE.

En 1784, Armand-Marie-Jacques de Chastenet, marquis de Puységur (1751-1825), alors Colonel au Corps royal d'artillerie, venait de publier pour ses amis une longue brochure faisant l'état de ses premières découvertes!. La réputation médicale de son auteur se répandit en France, mais avait du mal à atteindre Paris après la condamnation (1784) de l'Académie des Sciences et de la Société de médecine. Si pour Mesmer la cure thérapeutique passe nécessairement par les convulsions de ses malades, pour Puységur elles ne sont pas nécessaires car « la cure passe par l'état somnambulique et par l'échange verbal entre magnétiseurs et somnambules2 ». La « découverte» à Buzancy, par le marquis de Puységur, du somnambulisme provoqué (sommeil magnétique) a débuté avec l'observation du fameux cas Victor; en le magnétisant le marquis constate qu'au lieu de développer des convulsions il tombe dans un sommeil calme. C'est le récit de cette découverte que Puységur avait surtout proposé avec ses premiers Mémoires pour servir à l 'histoire et à l'établissement du magnétisme animal3 daté de 17844.
I [Puységur, AM.J.] (1784). Mémoires pour servir à l'histoire et à l'établissement du magnétisme animal. s.1. : s.n. Ce livre vient d'être réédité (2008) dans sa version d'origine (1784) chez L'Harmattan dans la même collection avec une introduction historique de l'éditeur. 2 Comme ceci a été souligné p. XIll par Lapassade, G. (1986). Les somnambules de Buzancy. ln Puységur, AM.J. Mémoires pour servir à l'histoire et à l'établissement du magnétisme animal. Toulouse: Privat. [il s'agit du texte de la seconde édition de 1786] 3 [Puységur, AM.J.] (1784). Mémoires pour servir à l'histoire et à l'établissement du magnétisme animal. s.1. : s.n. 4 Ce livre vient d'être réédité (2008) dans sa version d'origine (1784) chez L'Harmattan dans la même collection avec une introduction historique de l'éditeur. Cette édition est la

En 1785, Puységur, alors Major du régiment de Metz en garnison à Strasbourg, décide de donner la Suite des mémoires pour servir à ['histoire et à ['établissement du magnétisme anima[5. Sa décision est motivée par le fait qu'il pense ne pas avoir assez expliqué les moyens employés pour procurer aux malades le somnambulisme magnétique (p. 7). Il fallait aussi apporter plus de faits aux magnétiseurs pour établir la connaissance de l'agent magnétique (p. 8). L'auteur indique d'ailleurs que dans plusieurs traitements magnétiques, il s'est rencontré les mêmes phénomènes qu'à Buzancy (même état magnétique, même crise magnétique, même somnambulisme magnétique6, même pressensation dans les maladies, etc.). Il donne ainsi un récit historique des cures opérées par le passage du somnambulisme en présentant les cas de Madeleine (p. Il & p. 46), Denis (p. 30), Quentin (p. 68), Thuillier (p. 79), Caron (p. 84), Amé (p. 96), Charlotte (p. 107), Catherine Montenécourt (p. 116), Viélee (p. 135), Agnès Remont (p. 152), Louis de Prieux (p. 179), Dupré (p. 204). Puységur décrit même sa propre guérison après être tombé malade le 20 juin 1785 : « J'attribuais les dérangements de ma santé à la fatigue que j'avais essuyés à Paris, dans les séances si infructueusement multipliées du somnambulisme de Madeleine» (p. 167). Il présentait ainsi une mélancolie affreuse, de la fièvre, des vomissements et des coliques (pp. 168-170). C'est à Viélet qu'il dût sa guérison (p. 172) car il était devenu clairvoyant et habile dans la connaissance des maladies. Mais au-delà de la description des cures opérées, ce sont les réflexions théoriques qui attisent la curiosité du lecteur. Puységur note que les commissaires se sont trompés sur le jugement du magnétisme (p. 23). Il considère l'électricité, le magnétisme minéral et le magnétisme animal, non comme l'effet d'une circulation de fluide (comme le soutient Mesmer), mais comme un effet très simple de mouvement (p. 24).
première et la plus complète. Une édition ultérieure, qui ne contient pas tous les éléments de la première, est actuellement disponible chez d'autres éditeurs; il s'agit de la seconde édition de 1786 qui a connu de nombreux retirages. Pour les plus récents: - Puységur, A.M.J. de Chastenet de (2003). Mémoires pour servir à l'histoire et à l'établissement du magnétisme animal (Ed. Didier Michaux). Paris: Imago. - Puységur, A.M.J. de Chastenet Marquis de (1986). Mémoires pour servir à l'histoire et à l'établissement du magnétisme animal (Ed. G. Lapassade & P. Pédelahore). Toulouse: Privat. Ces deux éditions sont agrémentées de préfaces et de postfaces qu'il est utile de lire. 5 [Puységur, A.M.J.] (1785). Suite des Mémoires pour servir à l'histoire et à l'établissement du magnétisme
6

animal. Londres:

s.n. de 1784 (pp. 68-80).

7

voir p. 220.
Le cas avait déjà commencé à être décrit dans les Mémoires

VI

« Lorsque je magnétise un malade, je produis en lui un effet qui s'empare de toutes ses facultés physiques, et se propage jusqu'aux extrémités de son corps. Je vois encore dans ceci un effet du mouvement (...) Parmi tous les synonymes du mot mouvement, celui d'électricité me paraît, à moi, celui qu'il faudrait choisir» (pp. 25-26). Mais l'électricité artificielle et l'aimant minéral ne doivent pas être employés pour les traitements (p. 27). On peut dire « que les nerfs sont électriques, et qu'aucun corps dans la nature ne manifeste cette propriété à un aussi haut degré. Voilà, si je ne me trompe, la véritable clé des phénomènes physiques que présente le magnétisme animal» (p. 54). Le seul effet créateur que les magnétiseurs ont le pouvoir de produire est celui d'accélérer le mouvement dans les corps, en les frappant d'une manière quelconque (p. 54). «Les nerfs électriques au suprême degré, sont les canaux susceptibles de recevoir et propager cette accélération prodigieuse de mouvement: il ne faut que vouloir user d'une partie de notre puissance physique et naturelle, pour mettre enjeu cette propriété» (p. 55). Il existe une source de vie d'où part l'expansion du mouvement; et c'est ce qu'on désigne en général sous le nom de principe vital, qui est le foyer expanseur du mouvement (p. 56). Les nerfs sont les conducteurs passifs de ce mouvement ou électricité naturelle (p. 57). Si le principe vital vient à s'appauvrir, on sent qu'il en doit résulter un désordre apparent dans une des parties du corps; c'est alors que se manifeste la maladie (p. 57). « Si on ne parvient pas, par les remèdes convenables ou autres moyens quelconques, à rendre au principe vital la quantité d'électricité dont il a besoin pour alimenter toutes ses branches, l'équilibre dans tout le système animé se rompra totalement, et la mort s'ensuivra» (p. 57). La maladie vient uniquement de ce défaut d'équilibre ou de circulation de l'électricité animale. Pour rétablir cet équilibre il n'y a que deux manières de s'y prendre. 10 Il faut débarrasser la partie malade des obstacles qui nuisent à la circulation de l'électricité animale; c'est le rôle de la médecine traditionnelle. 20 Il faut agir sur le principe vital luimême, en lui donnant les moyens de chasser lui-même les obstacles qui nuisent à son cours; c'est le rôle de la médecine magnétique. « Le principe vital étant un foyer d'électricité, ne peut être renforcé que par une électricité qui lui soit analogue; et c'est ce qui arrive dans l'application du magnétisme animal» (p. 58). Le rôle du magnétiseur est de lui impulser du mouvement, et la circulation d'électricité chez le patient finit par maîtriser et chasser totalement l'obstacle qui gênait son VII

cours, et la santé se manifeste en même temps que l'équilibre électrique s'établit entre le magnétiseur et la magnétisé (p. 58-59). L'homme a le pouvoir de renforcer son principe vital à sa volonté, et de réparer, par son action, celui de ses semblables. C'est la volonté qui exerce une action sur le principe vital; elle est en communication directe avec lui (p. 62). L'homme possède donc en lui la source la plus féconde de mouvements, et les meilleurs conducteurs possibles pour porter son électricité bienfaisante sur ses semblables. La science qui met en jeu l'électricité nerveuse est le magnétisme animal (p. 63). « Quand, dans mes premiers Mémoires, j'ai dit que nous pouvions nous considérer comme des machines électriques parfaites, voilà ce que je désirais faire entendre, et ce que sûrement beaucoup de magnétiseurs ont très bien compris» (p. 63). Il ne faut souvent, à la maladie la plus grave en apparence, que la plus petite commotion électrique animale, pour en arrêter tous les symptômes fâcheux. À elle seule, l'imagination du sujet ne peut expliquer les résultats positifs obtenus. « Lorsque l'on comprend la cause des effets salutaires que procure la puissance électrique ou magnétique animale, on en conclut tout naturellement que l'imagination confiante du magnétisé ne doit pas y ajouter beaucoup, mais bien celle du magnétiseur» (p. 64-65). Tout corps quelconque peut également nous servir de conducteurs; mais il en est entre eux de plus ou moins puissants. Parmi les plus puissants on trouve les animaux, les arbres, le verre et l'aimant. « L'électricité de ces divers corps est certainement moins forte que celle que nous possédons; ce qui fait que nous pouvons agir en plus à leur égard» (pp. 65-66). «Lorsque donc je magnétise un arbre, par exemple, je lui communique mon ton de mouvement, et je le mets en équilibre avec moi, comme le plateau électrique met un conducteur métallique en équilibre pour un moment avec lui. Tant que cet équilibre durera entre l'arbre et moi, il devra résulter, à son approche, les mêmes effets à peu près que ceux que je produirais moi-même: c'est aussi ce que l'expérience prouve à la lettre. L'arbre de Buzancy a le pouvoir de mettre et d'ôter de crise magnétique tous les êtres sur lesquels j'ai déjà produit cet effet: c'est une conséquence très simple de ce que je viens d'établir. Comme ensuite cét équilibre de l'arbre avec moi dépend absolument de ma volonté, il doit subsister autant et si longtemps que je voudrais l'entretenir; ce qui, de ma part, n'exige pas de grands efforts, vu l'état passif où il est à mon égard, et l'espèce d'analogie qui existe naturellement entre son électricité végétale et la mienne. Je pourrais en dire autant du verre et de l'aimant, et VIII

par suite, de tous les autres corps dont on pourrait se servir comme conducteurs du magnétisme animal» (p. 66). Mais l'auteur ne poussera pas plus loin son raisonnement sur les causes des effets magnétiques car il admet qu'il est encore impossible de résoudre aujourd'hui cette question, d'autant plus qu'il observe des phénomènes inexplicables comme le magnétisme à distance. Il développera cette question dans d'autres écrits dont nous aurons l'occasion de reparler.

Serge NICOLAS Professeur en histoire de la psychologie et en psychologie expérimentale Université Paris Descartes. Directeur de L'Année psychologique Institut de psychologie Laboratoire Psychologie et Neurosciences Cognitives, UMR CRNS 8189 71, avenue Edouard Vaillant 92774 Boulogne-Billancourt Cedex, France

IX

SUITE
DES

MÉMOIRES
POUR

SERf/IR

A L'HISTOIRE ET AL'ÉTABLISSEMENT ,
Spiritus incus alie; tot.1ml}ueinrufa per artus /Ir.iens agitac moum , fi n1ûgnoJi: corpore mifet. VIRG. ENÉiD. Liv. VI.

DU MAGNETISME ANIMAL.
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Phyfique, un fait prouve plus que tOUS raifonnemens po1Iibles ; c'eft-là, les je penfe, lin axiome que perfonne ne peut contredire. Les effets produits par le lYJagllétifme animal font phyfiques : ce n'eR:donc que par la multiplicité des faits & des expériences répétées, tou, . '' r' JOurs avec le meme wcces , qu on peut prétendre convaincre le Public de l'exiftence de l' agent qu'on lui annonce. L,a plus féc1uifant~théorie fur le Ma:gnétifme animal, fi elle n'eft pas appuyée de faits qui en conftatent la vérité, ne fera reçue qu'avec indifférence, ou fera regardée comme un fyfiême nouveau, cancre lequel on fe tiendra tOujours en garde: car à des raiConnemens 011peut toujours oppoCer des raiConnemens, & l'indécifion eft pour 1'ordinaire A ij

EN

4

.AT/AN T- PRO P 0 S.

la fuitt: des combats d"opinions. Mais qu'oppofer à des faits qui, s'ils ont été conftatés avec foin, peuvent fe repro~ duire à chaque inftant? La préventiol:1 a beau les nier d'abord, il faut que tôt ou tard elle cède à l'évidence. La vérité ne peut perdre fes droits, & la conflt~ lion eft toujours le parcage de ceux qui, par mauvaife foi, ne la veulent pas
A

reconnOitre.

La pratique du Magl1étifme animal eft bien nouvelle; nous n'avons jufqu'à préfent qu'une petite quantité de faits qui en conftatent futilité. Que notre but foÏt donc de multiplier ces faits; que le Public, avant de recevoir une théorie du Magnétifme, apprenne que de tous côtés les mêmes phénomènes fe préfement; que ce n'eft pas feulement quelques individus privilégiés qui les oprèeot

, mais

que tOus les

hommes, de quelque état & condition

A VAN T.P R OPOS.

)

qu'ils foient, font plus ou moins capables de les opér~r, par la feule raifol1 qu'ils ont tOuSles mê'mes liairons avec la nature, & le~ mêmes droits au maintien de leur exiftence.
Une choCe bien importante encore
J

pour fàciliter la croyance univerfelle ferait de mettre la plus grande uniformité dans nos opérations; car alors elle <turoit auffi lieu dans nos ré1ùltats. Nous fommes bien loin de cet accord fi néceffaire & fi défirable. Il eft pourtant vrai qu'il n'y a qu'une manière de faire le mieux poffible; peut-être, au refte, ne l'avons-nous pas encore découverte: je fuis tenté de le croire, & c'eft ce qui me fait appuyer davantage fur la néceffité d'accumuler des faits, avant que d'entreprendre d.tétabiir une théorie définitive. Depuis l'impreffio!1 de mes premiers A iij

'6
j'ai vu

A VA NT-P R 0 POS.

Mémoires fiJf le Magnétifme animal,

, par

les nouvelles cures que j'ai eu

la fatisfaaion d'opérer, combien j'étais loin alors des conl1oiIfances que j'ai ac~ quifes depuis. Plus je vais en avant, plus j'apperçois mes fautes premières, & plus je me perfuade qu'il y a beaucoup à acquérir encore. Je fuivrai, au refte, dans ces nouveaux Mémoires, la marche que j'ai déjà tenue: quand je dirai que je crois que telle chofe exifl:e, ou que tel effet fe produit par tel mO)ten , je n'affirmerai pas qu'il ne puiffe fe reproduire par d'autres procédés; & me contentant {implement de narrer les faies tels qu'ils fe fom paffés chez moi, je rendrai compte des procédés que j'ai employés pour les obtenir. De la comparaifon des réfultats pro-

APANT-PROPOS.

7

duits par différens lvIagnéti[eurs ~ doit s'écabIir-néce£rairement la meilleure pratique des procédés; & c'eft:en nous rendant compte, les uns 2UX autres, de nos différentes cures magnétiques, que nous parviendrons peu à peu à pouvoir former des matériaux folides pour l'établiifemenc d'une doB:rine réelle de Ma. gnétifme animal. Beaucoup de perfonnes, convaincues de l'exifience du Magnétifme animal, après avoir lu mes premiers 1\lémaires, ont prétendu que j-e n'avais pas affez expliqué les moyens que j'employais pour procurer aux malades le Somnamhulifme magnétique: cela peut être; n'é. crivant pas pour le Public, j'ai dû croire: être entendu à demi. mot par les Ma.. gnétiflllrs.

En préfentanc d'ailleurs la volomë tomme le principe moteurdu Magné.. A iv.

B

AVANT.PROPOS.

tifme , il fallait plus de fi\its encore que
je n'en avais pour ofer me livrer à la démonftration de cette vérité. La connoi (fance de ragent magnétique écoit fans contredit le premier pas à faire; ce n'était que par res effets (l{'at) u pouvait la prendre, puifque cet agent;J par fa nature, n'efl: ni vifible ni palpable à aucun de nos fens. Mais une fois cet agent reconnu, il eft pIUSfacile d'entrer dans tous les dé... tails des moyens à prendre pour le mettre en jeu. Je ne prétends écrire au refte que pour les Magnéxifturs. Aujourd'hui que les faits ont été multipliés; que, dans plufieurs craitemens magnétiques , il s'eft rencontré les mêmes phénomènes qu'à Bufancy, même état magnétique. même jàmnambulifme, même preffinfa:liondans les maladies, &c. ; aujourd'hui, dis-je ~ que jene puis penfer qu'on doute

AVANT-P

R OP08~

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encore de l' exiftence d~un moyen quelconque produifant. ces- effets finguliers 1 je pourrai m~ttre plus de clarté dans mes explications: mon feul défir eft de voir touS les parcifans du Magnétifme animal auffi perfuadés que je le fuis de l'exiftence &. des effets utiles de cet agent.

Je fens très-bien en même temps, par mon expérience propre, que l'on ne peut acquérir Cette èonviS:ion intime que par des fuccès. Je ferois donc tl'OPheureux, fi, par tous les éclaircilTemens dont je fuis capable, ~ je parvenois à donner à chacun d'eux la confiance qu'ils doivent p'rendre dans leurs moyens: ce feroit un grand pas de fait; car une fois perfuadé de fon pouvoir pour produire un ejfit quelconque, il n'eft plus queftion que de vouloir l"'em.. ployer; chofe très- facile affurément, & que chacun fera libre d'exercer dans tous les temps.

(0

.AV.A. NT-P R 0 POSe

Afin de faire des applications plus précifes & plus juftes aux différens genreS' de maladie que j'ai eu à traiter, je commencerai d"'abord par le récit hiftorique des cures opérées par le paffage du fOmlZambulifine, &. je les ferai fuivre des réflexions que les dif... férentes particularités de la maladie me: ditteront.. Cette marche, en 6tant la monotonie de la letture, me facilitera les moyens de ne rien omettre de tout ce que je croirai utile au développe.ment des procédés que j'emploie.

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M.E MOIRES
POUR SERVIR

A L'HISTOIR DU ltfAGNÉTIS11'1E

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ET A L'ÉT ABLISSEMENT

ANIMAL.

a trop entendu parIer des phénomène~ que préfentoit à Paris, l'hiver dernier, le flmnambulifine de la nommée Madeleine, &:. l'opinion que l'on a priCede l'état fingulier de cette fille, a été trop erronée pour pouvoir me difpenfer de donner quelques détails des faits dont tant de per[oanes ont ét~ témoins. Mon récit pourra bien ne pas f.ltisfaire le Public prévenu; mais, encore une fois, je ne prétends en aucune manière le convaincre: mon feul but ell:de m'entretenir avec les per[onnes

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12

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auiII convaincues que moi de l'ex!O:ence SC des propriétés du Magnétifme animal. Madeleine avait à Bufancy, l'automne dernier, [uivi le traitement magnhique pendant trois [emaines : comme je n'avais pas vu alors s'opérer en elle de changement avantageux, déièfpérant de la pouvoir guérir, je l'avais ren-' voyée dans fan pays. J'étais loin d'imaginer que quatte mois après cette fil!e [erviroit à des expériences of1:enfihIes à Paris, puifque, de tous tes malades cité~ dans mes Mémoires, c'était fans contredit ceHe qui préfentoit les phénomènes les moins fatisfaifa1l5: point de fenfatÎons difiinéi:es [ur fan éi:at, aucune preffenfation, n'entendant rien aux maladies des autres, & une inteHigence très-bornée dans fes criCes; mais confidérée comme aimant animal, il était impoilible d'en voir un plus parfait. Après avoir donc fait part à quelques-uns de mes amis des différens événemens arrivés à mon traitement de Bu[ancy, plufieurs déiirant voir quelque:; effets analogues à ceux que Je citois, je me déterminai à faire venir cette fiUe ,.à laquelle , fans cela, je n'cuffe probablement plus fongé. Mon projet étoit qu'ils fuiTent [euh fpetta...

( 13 ) teurs de mes expériences; prévoyant bien quc, malgré l'opinion que je pouvais me flatter dè mériter, l'efpèce de merveilleux que pré. fentent les crifts magrtétiques , effilroucheroit plus les efprits qu'il ne les difpaferoit à la croyance. MalheureuCement on fut que M. SœJfer(Me. decin) était venu chez moi, & qu'il convenait -avoir vu un fait extraordinaire dont il ne pouvoit douter. Bientôt M. le Bailly de Suffren répandit le même bruit de fa croyance. D~ux autorités aut1i fortes venant à Cerépandre dans le monde, quantité de perfonnes voulu rem être auffi témoins des mêmes phé. nomènes. Je me refufai d'abord à toutes les
demandes qui me furent faites; mais éhfln ,

obligé de céder, je me vis (àrcé d'ouvrir ma porte: ma maifôn devint bientôt un lieu public. où l'on arrivoit avec les difpoGtions qu'on eût apportées chez un Joueur de gobelets; car ]a plupart, j'oCele dire, apportaient chez moi plus de difpQ[itions à douter de tout ce qu'ils verraient, qu'ils n'en apportaient à examiner -avec foin la carie de l'effet fingulier qui leur était annoncé. Bientôt il Cerépandit dans Paris que je pré-

( 14 ) tendols faire deviner à Madeleine la pen(ée de çhacun (]): c'était-là du moins l'interprétation erronée qu'on donnoit légèrement à-Ia mobilité lnagnétique de cette fille. Cette fuppofition abfUl'de paŒnt de bouche en bouche, on vint chez moi avec des doutes plus fondés; & tout le temps fe paffoit à chercher plutôt les moyens de faire tomber la Somnambule en défaut, que de jouir de bonne foi de la fingularité de fa pofition. Les premiers témoins de mes expériences , . 1" croY01ent, Qapres ma parole ci' ]1onneur, que A1adeleincn'yvoyait pas, ou que, fieUey voyait, ce n'était que comme lloyent les Somr..c.mbules; ce qui n'dl: pas plus concevable. Sur la hn on trancha le mot, on dit qu'elle y voyait. Je mis un bandeau fur fes yeux; on prétendit qu'elle voyait par-detrus le bandeau. E!lun . il arriva ce que j'avais très-bien pref.. fenti; c'eO: que l'opinion des mécréans l'emp.Jrta fur le petit nombre de gens qui, croyant à ma probité, croyoient au fomnambulifme de , . M ' !emc. Les J O\.1rnallX "egaytrent. laoe s Un d'eux rapporta une expérience faite. difait-il, par lInc Dame de haute conCidération, & plci:1e de lumières, qui confondit Ja Som1I.ar;;bule apparemment moi a.uq,i, chez qui (& ceh fe paJTûic).

( I) ) L'hi'floire rapportée ne m'dl: pas connue, mais cependant peut for~ bien être arrivée. Je crois autant que la Dame en queflion n'a pa~ réuffi danS' fan expérience. que le JournaJifie à qui elle a fait part de [es conclufions. Si, au lieu de la multitude, je n'euffe reçu chez .moi, comme je le défirois. qu'une certaine quantité de gens difpo(és à examiner) fans prévention, Jes effets que je leur annonçais; fi, conduits par eux, il étoit venu peu à peu quelques Médecins, puis un petit nombre de gens éclairés, à qui j'euffe pu faire obferver pendant huit ou quinze jours de fuite les mêmes phénomènes; à qui j'euffe pu indiquer les moyens dé les produire eux-mêmes. fait en mettant Madeleine dans l'état de JOmnambuZiJinefoit C[1' , l'en retirant, [oit en nous fervant enfembIç de différens moyens de renforcemens, à l'aide du verre, de l'aimant, de la réflexion des glaces, &c., qui, par leurs effets [econdaires , préfentent des caraa.ères d'évidence plus frappans encore que ceux du fimple flmnambllliflne magnétique: alors il s'en fût fUlvi une conviétion raifonnée dans tous les efprits. Le£ perfonnes fimplement curieufes , arrivant en1ùite) perfuadées de l'exifience r~eIle des effets magnétiques, o'eu{fent plus contredit, contra-

( 16 ) rié toutes tes données, & le Masnétifme ani. mat eût pris dès-lors tout l'empire qu'il fau.. dra toujours finir par lui donner. Quoique les chofes n'aient point eu alors le cours que je m'en étois promis, le [art du Magnétifme animal n'en ef\: pas moins affuré. Une vérité eO:toujours une v'érité, & t6t OU
tard fon flambean perce les nuages de l'erreur
JI

de l'ignorance, ou de l'envie. Si la fcience du Magnétifme animal n'était qu'un fyRême, je fentirois toute mon infuffifance à la faire adopter. Un fyO:êmen'eO:fouvent que le fruit d'une imagination exaltée, dont le fuccès ne tient qu'au plus ou moins d'éloquence de fan auteur : mais ici c'eO: une pratique à la portée des hommes les plus bornés; Tou s ont la puiffance de l'exercer, par celafeul qu'ils font lzomme5. Il en eO:heureufement déj.à plufieurs qui, ayant le courage de braver le ridicule momentané que l'on jettt> fur le Magnétifme animal, s'en fervent avec fuccès pour foulager leurs femblables. Peu à peu il s'en trouvera d'autres qui marcheront fur leurs traces. La conviaion g6néralc n'eR pas près de s'étendre, je le fais
bien; peut

- être

eO:

- ce

l'affaire de plus d'un

frèr.le: mais enfin, la doéh-ine du Magndtifme animal,

( 17 ) 4nJmal : ce {ecret fi fimple & Ji meryeilleu:I ne peut plus à préfent Ce perdre; il ell entre les mains de trop de gens déiÏntére(fés, pour que le charlatanlfmepuHfejamais venir en altérer la.pureté, & par- là le f<lirebannir de la fociécé. Quant à Madeleine, pour fe faire une juf!:e idée de l'effet fingulier que le Magnétifme ani.. mal produifoit en eUe, il faut fe rappeler ce que j'a,i dé)à dit de l'état complet de fomnamlnllifmemagnétique(*). Le malade, dans cet ératt entre dans un rapport fi intime avecfOrJMagné.. tifiur, qu'on pourrait prefque dire qu'il en fait partie Lors donc que, par la {imple volonté, l'on parvient à faire mouvoir un 2tre magnétique, il ne Ce patfe alors rien de plus étonnant que dans l'opération ordinaire de nos genes. Je veux prendre un papier fur une table, j'or.. donne à mon bras & à ma main de le prendre. Comme Je rapport ell des plus intimes entre mon principe moteur qui ell ma 'J'olome~ ~ ma main, l'effet de ma volonté fe manifef!:e d'une manière fi momentanée, que je n'ai pas bcfoin de réflexion pour l'opérer. On a beau dire qu'un tel effet eH machinal, cette expreffion' ef} vide de fens: qu'on refléchitfe un moment, &
(fi)' V. la no~e,6., p. J.93 de mes ,premiers Mémf,)i~. B

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