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Suivi et évaluation des plans de développement communal au Sahel

De
251 pages
Cet ouvrage décrit les modalités d'introduction des plans de développement au Burkina Faso, au Mali, en Mautitanie, au Niger et au Sénégal, pour analyser ensuite le cas de la commune de Téra (Niger).
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.
‘La Città del Terzo Mondo’
collection dirigée par Carlo Carozzi, Alfredo Mela et Maurizio Tiepolo
(les ouvrages publiés sont soumis au comité de lecture de la collection)










La traduction et l’impression de ce volume a été cofinancée par
le Ministère italien de l’Université et de la recherche
(Programme de recherche d’intérêt national 2007154PE4_2)
la Province de Turin, le Politecnico di Torino et la Région Piémont



Maurizio Tiepolo





SUIVI ET ÉVALUATION DES PLANS


DE DÉVELOPPEMENT COMMUNAL

AU SAHEL
avec le cas d’étude de Téra (Niger)



















L’Harmattan Italia L’Harmattan
via Degli Artisti 15 5-7 rue de L’École Polytechnique
10124 Torino 75005 Paris Traduction de l’italien au français de Thierry Chambron
avec la collaboration d’Elisa Pelizzari



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ISBN (Italia) 978-88-7892-180-1 ISBN (France) 978-2-296-13690-8

© L’Harmattan Italia srl (Torino), L’Harmattan sas (Paris), 2011 SOMMAIRE



Présentation, Antonio Saitta et Marco D’Acri 7

Préface, Simonetta Alberico et Paolo Foietta 10

Introduction, Maurizio Tiepolo 13

PREMIÈRE PARTIE 19
Préparation, suivi et évaluation des plans

1. Les plans de développement communal 21
au Sahel, Mario Artuso et Maurizio Tiepolo
1.1. Origine et diffusion du plan 22
1.2. Contenu, formation et méthodes du plan 32
1.3. La mise en œuvre du plan 39
1.4. Les problèmes du plan 40
1.5. Conclusions 43

2. Suivi et évaluation des plans de développement 45
communal, Maurizio Tiepolo
2.1. Principes généraux 46
2.2. Le suivi 47
2.3. L’évaluation 52
2.4. Conclusions 76
SECONDE PARTIE 77
Le plan de développement de Téra (Niger), 2007-2010

3. La commune de Téra et son plan de 79
développement, Moumouni Wankoye
3.1. Caractéristiques générales 80
3.2. Organisation de la commune 85
3.3. Données économiques 86
3.4. Le plan communal de développement 87
3.5. Conclusions 97

4. Suivi et évaluation du plan communal de 99
développement de Téra (un essai), Maurizio Tiepolo
4.1. Le suivi 100
4.2. L’évaluation 108
4.3. Conclusions 149

Conclusion générale, Maurizio Tiepolo 157

Annexes
Liste des abréviations 163
Sources et méthodes, Sarah Braccio et Enrico Ponte 169
Tableaux 189
Glossaire 223
Bibliographie 235
Table des figures et des encadrés 243

Postface, Andrea Ballocca 245

Les auteurs 247

English summary 249
Présentation

∗Antonio Saitta et Marco D’Acri



Au Sahel le plan de développement communal a été
conçu par les acteurs locaux, pendant le mandat du
conseil municipal, pour améliorer les conditions de vie
des communautés auxquelles ils appartiennent.
Ce plan prévoit la réalisation de travaux d’importance
variable : de l’érection d’un nouveau centre de santé
intégré, à la construction de puits pour l’agriculture.
Depuis la fin des années 90, des centaines de communes
sahéliennes se sont fournies de cet instrument de
planification locale, en dépit de l’exiguïté des appareils
administratifs et du manque d’expérience.
La Province de Turin, le Politecnico di Torino et la
Ville de Chieri, avec la participation de la Région
Piémont, ont offert leur collaboration à l’administration
communale de Téra dans le but de définir une méthode
d’évaluation du plan 2007-2010. De cette manière, à la
fin de l’année 2008, en vue du renforcement de la
structure administrative nigérienne, nous avons assisté à la
naissance du projet de coopération décentralisée, ce que
cet ouvrage analyse.
La présence de partenaires italiens – non homologues à
ceux du Niger – requiert une explication. La commune
de Téra est une structure comparable aux réalités
administratives italiennes uniquement sous le profil de ses

∗ Antonio Saitta est le président de la Provincia di Torino.
Marco D’Acri est adjoint au président de la Provincia di Torino en
charge du budget, du personnel et des relations internationales.
7 2tâches institutionnelles. Avec son territoire de 2 380 km
et ses 128 localités habitées, Téra présente des problèmes
complexes semblables à ceux que l’on retrouve au sein
de structures territoriales de niveau intermédiaire,
typiques du système administratif italien. L’expérience de
constitution et de gestion du système d’information pour
la planification territoriale de la Province de Turin a
donc pu s’avérer utile dans le suivi et l’évaluation du
plan de développement de Téra au Niger, commune aux
vastes dimensions.
Ce serait velléitaire d’offrir une aide sans maîtriser les
méthodologies d’intervention. Pour cela, La Province de
Turin a renouvelé le partenariat qui, depuis une dizaine
d’années déjà, la lie au Politecnico di Torino en ce qui
concerne la mise en place des projets d’aide au
développement dans le Sahel. Dans cet esprit, La Province a
demandé à M. Maurizio Tiepolo, professeur universitaire et
directeur du « Centre Ville du Tiers Monde » du
Politecnico di Torino, de mettre à notre disposition ses
compétences d’ordre méthodologique concernant l’évaluation
des plans de développement et la formation continue du
personnel des collectivités locales en Afrique.
Malgré les échéances réduites, les modestes ressources
disponibles et les problèmes institutionnels qui ont
bouleversé le Niger récemment, les résultats ont été au
niveau des attentes.
Dans les pages qui suivent, le maire de Téra, M.
Moumouni Wankoye, explique en détail les étapes de la mise
en place du plan de développement et approfondie non
seulement les expectatives, mais aussi les difficultés
rencontrées tout au long de cette première expérience.
Décrite par M. Maurizio Tiepolo – d’abord en termes
généraux et, ensuite, sur la base de son application à
Téra – la méthode d’évaluation du plan de
développe8 ment résulte des échanges continus entretenus avec les
techniciens nigériens et cela pourrait s’avérer utile pour
d’autres administrations communales au Sahel.
Le projet a accompli un cycle complet : de la
détermination de la méthode de suivi et évaluation, à sa
discussion et adaptation aux nécessités de Téra, pour arriver
non seulement à la réalisation du système d’information
géographique de la commune, à la formation du
personnel qui devra tirer profit de ce système, mais aussi à
l’essai d’évaluation.
La commune de Téra dispose aujourd’hui des
instruments et des connaissances nécessaires à mettre en place
le dispositif de suivi et d’évaluation du plan de
développement de deuxième génération.
9 Préface

∗Simonetta Alberico et Paolo Foietta



Cet ouvrage présente les résultats obtenus par le projet
de coopération décentralisée « Suivi et évaluation des
actions pour la sécurité alimentaire et la lutte contre la
pauvreté du plan de développement communal de Téra
(Niger), 2007-2010 ».
Bénéficiant d’une aide financière de la Région Piémont,
ce projet a été réalisé par la Province de Turin, le
Politecnico di Torino et la Ville de Chieri, en collaboration avec
l’administration communale de Téra, au sein du
programme « Sécurité alimentaire et lutte contre la pauvreté
au Sahel et dans la Corne de l’Afrique ».
Ce projet a été rédigé à la fin de l’année 2008. À
l’époque, non seulement le Politecnico di Torino était en
train d’élaborer une méthode d’évaluation des plans de
développement local, dans le cadre d’une recherche
d’intérêt national, mais avait également signé un accord
avec l’administration de Téra pour tester sur le terrain la
méthodologie.
Dès les premiers essais de vérification, il a été clair que
nombre d’informations, cruciales pour l’évaluation,
faisaient défaut car, lors de la mise en œuvre du plan de
développement communal, on n’avait ni prévu, ni
aménagé un dispositif de suivi solide. Par conséquent, la
Province de Turin a jugé utile de partager avec Téra

∗ Simonetta Alberico est architecte au Service d’aménagement du
territoire de la Provincia di Torino.
Paolo Foietta dirige le Secteur territoire, transports et protection
civile de la Provincia di Torino.
10 l’expérience acquise à travers son système d’information,
voué au suivi et à la planification territoriale. Le projet
ainsi conçu prévoyait la constitution d’un système
d’information géographique, en mesure de produire la
carte de Téra à l’échelle de 1 : 100 000, avec des détails à
l’échelle de 1 : 25 000. Cette carte aurait permis de
représenter tous les centres habités, le réseau routier, le réseau
hydrographique, la capacité des terres et les zones sans
végétation. En outre, elle aurait permis de rattacher à
chaque localité les données, concernant la population,
enregistrées lors du recensement général de 2001.
Une fois ce projet approuvé et financé, c’est le travail
des techniciens de la commune de Téra – auprès des
bureaux compétents et des directions départementales –
qui a permis d’obtenir d’autres renseignements relatifs
aux écoles, aux équipements sanitaires, à l’adduction
d’eau potable, aux banques des céréales, aux marchés,
au périmètre des aires protégées et aux différentes
mesures adoptées auparavant.
Il n’était pas possible de reprendre ces éléments dans
la cartographie disponible, en raison de l’ancienneté des
cartes de référence (remontant parfois aux années 1955,
1956 ou 1975) et de leur échelle réduite (une partie du
territoire était couverte à l’échelle de 1 : 50 000 et l’autre
à l’échelle de 1 : 200 000). Il fallait donc acquérir et
interpréter toute une série d’images satellitales.
En employant un logiciel de cartographie libre
(Quantum GIS), ce travail a pu être effectué par le « Centre
Ville du Tiers Monde », avec l’appui de l’ex-maire de
Téra et d’un fonctionnaire de la commune, au cours
d’une formation d’un mois qui a eu lieu au laboratoire
d’analyses et de représentations territoriales et urbaines
du Politecnico di Torino. Les données de base ont été
recueillies pendant une mission à Téra en juin 2010, alors
11 que le logiciel, les ordonnateurs, imprimantes, GPS,
scanner, appareils de photographie digitale et les images
satellitales ont été fournis par le projet en vue de
constituer le SIG communal.
La méthode d’évaluation du plan a repris celle
employée ex post par les grands projets d’aide au
développement, bien qu’ajustée au fur et à mesure, suite aux
débats qui se sont déroulés, de manière systématique,
avec les partenaires de Téra en juin et en septembre
2010 ; ces discussions ont concerné les spécificités du
plan et les échéances à respecter.
On a limité au minimum les interviews sur le terrain, en
2raison de la taille de la commune (2 380 km , 128 localités,
66 000 habitants), qui empêchait – nonobstant le recours à
une méthode expéditive – de réaliser les entretiens de
façon suffisamment rigoureuse.
Je crois que la méthode d’évaluation proposée
apparaîtra intéressante non seulement aux yeux des
administrateurs et des fonctionnaires locaux, mais aussi des experts
des programmes d’aide au développement. Le plan de
Téra reprend en fait les problèmes propres d’autres
communes. Pourtant le travail fait offre nombre d’idées
pour évaluer le plan de développement local au Sahel.
Voilà les raisons qui ont poussé la Province de Turin et
le Politecnico di Torino à publier les résultats du projet
mis en place.
12 Introduction

Maurizio Tiepolo



Le plan de développement communal a été introduit au
Sahel suite au processus de décentralisation ébauché à la
fin des années 90. Les premières élections administratives
ont eu lieu au Cap Vert en 1991, au Mali en 1995, puis au
Sénégal en 1996, au Burkina Faso en 2000, en Gambie en
2002, au Niger en 2004 et, par la suite, en Mauritanie en
2001-2006. En Guinée-Bissau et au Tchad le processus de
décentralisation n’a pas encore vraiment démarré.
Le plan identifie les stratégies et les actions réalisables
pendant un seul mandat du conseil municipal. Il naît
d’un diagnostic conduit selon les règles de l’analyse
rapide participée et sur la base d’une planification
participée. Ce type de plan aboutit à l’établissement d’un
programme annuel des activités à accomplir, à leur
validation et à leur adoption de la part du conseil municipal,
avec l’approbation de l’autorité garante.
Souvent, les communes sahéliennes se caractérisent
par un territoire vaste et une population nombreuse. Par
conséquent, les plans qui les concernent ont une
dimension financière supérieure à celle d’autres projets d’aide
au développement et impliquent plusieurs partenaires.
La région sahélienne se partage en 1 965 administrations
communales environ, mais on ne sait pas exactement,
parmi elles, combien disposent d’un plan de
développement local. Toutefois, elles doivent être nombreuses.
Au Sénégal et au Mali des plans de deuxième
génération sont déjà en vigueur, tandis que d’autres sont en
préparation. Cela a conduit à la révision des guides
na13 tionaux à l’élaboration des plans pour assurer la
poursuite des objectifs du Millénaire (au Mali) ou pour
garantir la biodiversité (au Burkina Faso).
Les informations dont nous disposons ne nous
permettent ni d’apprécier le sérieux avec lequel la première
génération de projets a été évaluée par le ministère
compétent, ni de savoir combien de communes ont procédé
au suivi et à l’évaluation de leurs plans, ainsi que les
guides nationaux le prévoient.
En ce qui concerne les projets de développement, les
pivots pour une évaluation correcte ont été définis (ou bien
repris) par la Banque mondiale, les banques régionales de
développement, l’OCDE et, plus récemment, par la
Commission européenne. À ce jour, il n’y a pas d’agences
d’aide au développement qui ne disposent pas d’un
manuel interne pour le suivi et l’évaluation. Cependant, le
plan de développement communal – instrument à la
disposition des administrations publiques, conçu avec la
participation de tous les acteurs locaux – représente un
cas exceptionnel dans le cadre des projets, programmes,
politiques et stratégies qui sont à la base de la plus grande
partie des expériences d’évaluation.
Ce plan est géré par des administrations locales qui,
sauf exception, ont cinq ou dix ans de vie et ne disposent
pas encore de l’ensemble d’éléments qu’on exploite
habituellement pour suivre et évaluer les plans locaux dans
les Pays à économie avancée.
Au Sahel, le plan est en outre évalué par une
administration qui n’est pas nécessairement celle qui l’a produit
et mis en place, alors que, dans les projets de
développement, le chargé de l’évaluation appartient à
l’organisation qui les a menés à bout.
Cet ouvrage décrit la méthode de suivi et d’évaluation,
mais il offre aussi un exemple de son application au
ni14 veau communal. Il est structuré en deux parties, chacune
se composant de deux chapitres.
La première partie retrace les contenus et les
problèmes liés au plan de développement communal au Sahel
et introduit la question du suivi et de l’évaluation. On y
détaille les origines, les mécanismes de diffusion et les
traits typiques du plan de développement au Burkina
Faso, au Mali, en Mauritanie, au Niger et au Sénégal,
jusqu’à l’affirmation d’une deuxième génération de
plans (voir chapitre 1). Par la suite, on expose les
concepts-clés, tout comme les méthodes les plus
courantes de suivi et évaluation qui ont été sélectionnées par les
organisations se consacrant à ce type d’activité depuis
longtemps (voir chapitre 2).
La seconde partie de cet ouvrage décrit l’expérience de
suivi et évaluation relative au plan 2007-2010 de la
commune de Téra (Niger). Cet exemple représente bien
les conditions moyennes des communes sahéliennes :
2présence d’un territoire vaste (2 380 km ), d’une
population nombreuse (66 000 habitants) et éparpillée dans
plusieurs localités rurales (128 ; dont 1/3 est très éloigné car
situé à plus de 50 km du chef-lieu). À l’encontre d’autres
communes, Téra se caractérise par des potentialités de
développement liées non seulement à l’axe routier entre
le Burkina Faso et le Niger qui, depuis 2010, traverse la
ville, mais aussi aux initiatives promues par les autorités
de la région transfrontalière Liptako/Gourma. La
seconde partie du livre se compose, elle aussi, de deux
chapitres. L’un analyse l’élaboration du plan de
développement communal, sans résumer le document relatif, mais
en ayant recours à un récit qui s’enrichit de considérations
et de réflexions rédigées par le maire en fonction lors de la
conception et de la mise en œuvre du plan. L’autre
chapitre est consacré à l’essai de suivi et d’évaluation. On y
15 propose une méthode simple et fondée sur les pivots de
l’évaluation qui ont été anticipés dans la première partie
du volume. On a adapté cette méthode aux sources
d’informations disponibles et dignes de foi.
La première phase de l’évaluation correspond à
l’examen des sources et au test de leur qualité, afin d’en
exploiter au maximum le potentiel. Par ailleurs,
l’annexe « Sources et méthodes » y est consacré : il
pourra s’avérer utile à ceux qui suivront un parcours
analogue au nôtre dans d’autres communes sahéliennes.
Les 39 tableaux en annexe reconstruisent l’ensemble
des données à la base du livre même.
L’évaluation a prévu l’emploi de méthodes et
techniques qui appartiennent à plusieurs domaines
scientifiques : de l’analyse régionale (indicateurs, indices,
graphes), au développement rural, à la géomatique
(photointerprétation, indices, SIG). Nonobstant notre effort de
simplifier le langage technique, le texte garde une
terminologie qui n’est pas courante, mais une aide au lecteur
est proposée dans le glossaire final, comprenant 81
entrées (pp. 223-234). La bibliographie se compose de 108
titres cités dans le texte (en grande partie téléchargeables
sur le web), ainsi que de la liste des sources
cartographiques et satellitales.

Remerciements
Se situant à cheval entre un projet de recherche et
l’application de ses résultats, la rédaction de cet ouvrage m’a
conduit à contracter une série de dettes de reconnaissance
visà-vis de beaucoup de gens.
Par rapport à la recherche, j’exprime ma gratitude à M.
Angelo Turco (Université de L’Aquila), le coordonnateur du
projet de recherche d’intérêt national au sein duquel j’ai dirigé
l’équipe du Politecnico di Torino. M. Filiberto Chiabrando et
Mme Sarah Braccio m’ont aidé à identifier les images
satellita16 les et ceux-ci ont été des interlocuteurs valables pour la
définition des méthodes d’analyse. M. Enrico Ponte a réalisé les
photos-interprétations (à partir des images satellitales à haute
résolution, prises dans la zone de Bégorou Tondo), ainsi que
presque toutes les cartes de ce livre. Voilà pourquoi Enrico et
Sarah ont été chargés de la rédaction de l’annexe « Sources et
méthodes ». M. Mario Artuso a dirigé la reconnaissance des
plans de développement local. Toute évaluation aurait été
partielle sans l’appui compétent de M. Andrea Giordano,
notamment par rapport à la détermination des capacités des
terres, sur la base d’une carte pédologique et des inspections
effectuées ad hoc dans certains villages. Avec adresse, M.
Alessandro Zanzo et Paolo Cantamessa ont – respectivement –
photo interprété les transects et numérisé le territoire de Téra,
à partir de la carte 1 : 200 000 de l’Institut géographique
national du Niger.
En passant à la phase d’application, j’exprime ma
reconnaissance à M. Paolo Foietta, qui nous a permis de soumettre le
projet de coopération décentralisée intitulé « Suivi et évaluation
du plan de développement communal de Téra (2007-2010) » au
cofinancement régional. Mme Simonetta Alberico a géré le
projet à Turin et au Niger, en concrétisant nos raisonnements et en
créant une ambiance de travail paisible, malgré la lourde charge
des dossiers administratifs et le nombre d’imprévus. La
formation Q-GIS et la photo-interprétation des images satellitales à
haute résolution ont représenté des moments importants de la
phase applicative. M. Antonio Cittadino a dirigé et intégré la
formation offerte par Mme Sarah Braccio et M. Enrico Ponte à
M. Moumouni Wankoye et à M. Yonoussou Ousseini. Le rôle
de M. Moumouni Wankoye n’a pas correspondu à celui d’un
stagiaire mais, en sa qualité d’ex-maire de Téra, il a constitué
une sorte de mémoire vivante du plan de développement
communal. Il a été en outre le partenaire de notre accord de
collaboration et un interlocuteur idéal dans la définition des
contenus et des buts du système d’information ; cela grâce à sa
capacité d’adapter la méthode de suivi et évaluation au
contexte spécifique de Téra. Par rapport à son engagement au
17 sein du projet, depuis sa conception, ma dette de
reconnaissance vis-à-vis de lui est loin d’être éteinte. M. Yonoussou
Ousseini aussi, en sa qualité de fonctionnaire chargé de la
viabilité urbaine de Téra, a joué un rôle bien plus élevé que
celui d’un simple destinataire d’une formation Q-GIS. Je lui
suis redevable non seulement des données recueillies sur le
terrain, grâce aux interviews réalisées sur place, mais aussi des
renseignements préalables à l’essai d’évaluation du plan.
L’évaluation a impliqué une mission sur le terrain et je suis
reconnaissant à M. Gennaro Gentile, responsable à Niamey de
l’Unité technique locale de la Direction générale à la
coopération au développement du Ministère italien des Affaires
Étrangères. L’administrateur délegué, M. Mamane Dandakoye, a
facilité la logistique à Téra et l’accès au terrain. Nous avons pu
bénéficier de l’aide de M. Oumarou Yayé et des compétences de
M. Ibrahim Abdourahamane, chef du service communal de
l’environnement, lors des inspections conduites à Bégorou
Tondo. Je souhaite enfin souligner la disponibilité de M. Harouna
Mato, chef d’études à l’Institut géographique national du Niger,
lors du repérage des cartes (à l’échelle 1 : 50 000) et des photos
aériennes de Téra, qui sont conservées dans les archives.
M. Andrea Ballocca a représenté une source inépuisable de
solutions à laquelle je me suis souvent abreuvé. Nous avons
examiné ensemble les questions relatives à la mise en chantier du SIG, à
la sélection des images satellitales et – avec Mme Simonetta
Alberico – à la réalisation de la mission sur le terrain. Je remercie enfin
Aba Mahaman (MATUH), M. Alfredo Mela et Mme Sandra
Stefani pour avoir lu et commenté le manuscrit original, et je les
assure d’avoir mis à profit leurs observations attentives et très
utiles.
18



PREMIÈRE PARTIE

Préparation, suivi et évaluation des plans


1. Les plans de développement communal
au Sahel

∗Mario Artuso et Maurizio Tiepolo



Le plan de développement communal représente l’un
des instruments principaux pour l’amélioration des
conditions de vie des gens du Sahel. Ses origines
remontent à la moitié des années 80, lorsque s’affirme une
nouvelle manière d’aborder l’aide au développement.
Ses éléments caractéristiques concernent la participation
des bénéficiaires au diagnostic et à la planification
villageoise. À contre-courant des expériences précédentes, on
espère ainsi favoriser le processus d’appropriation des
projets de la part des citoyens. Dans les années 90, la
diffusion de la planification locale reçoit une forte
impulsion par le processus de décentralisation politique,
fiscale et administrative qui implique la
communalisation intégrale du territoire. Les nouvelles communes
doivent désormais définir et programmer leurs actions.
C’est le soutien méthodologique et financier offert par
leurs partenaires qui permet à nombre d’administrations
locales d’adopter un plan. La valeur de celui-ci est
d’ailleurs reconnue par les bailleurs de fonds, qui
souhaitent répondre aux besoins effectivement ressentis par
les populations.
Dans les pages suivantes, on analysera les origines et
l’évolution du plan de développement communal, en
prêtant attention à ses contenus, à son processus

∗ Mario Artuso est auteur des paragraphes 1.2 et 1.3. M. Tiepolo a
écrit les paragraphes 1.1, 1.4 et 1.5.
21 d’élaboration, ainsi qu’aux méthodes appliquées et aux
modalités de sa mise en œuvre. On consacrera une
attention particulière aux problèmes de la planification locale,
mises en évidence dans les rapports d’évaluation des
projets lancés au Burkina Faso, au Mali, en Mauritanie,
au Niger et au Sénégal.


1.1. Origine et diffusion du plan

Le plan de développement communal est un instrument
qui identifie les actions à accomplir à bref et moyen terme
(3-5 ans), afin de promouvoir la croissance et des
conditions de vie plus dignes. Dans le cas du Sénégal, son
élaboration, application et évaluation suivent la loi, qui précise le
cadre de la planification communale (Gueye 2008).
Bien que le plan concerne plusieurs communes
urbaines, son domaine d’utilisation est essentiellement la
réalité rurale. En effet, au Sahel, entre 46% (Mauritanie) et
95% (Mali) des communes ont un caractère rural et, en
outre, parmi celles urbaines, plusieurs ont une
population et un hinterland ruraux importants.
C’est dans la moitié des années 80, que le plan de
développement local est introduit au Sénégal, grâce au soutien
de la Fondation Konrad Adenauer. Déjà à l’époque, ce
Pays comprend un certain nombre de communes rurales ;
ailleurs, le territoire est découpé en unités vastes,
administré par des préfets nommés par les gouvernements
nationaux : on compte 12 wilayas (régions) en Mauritanie,
36 arrondissements au Niger, 50 cercles au Mali, 350
départements au Burkina Faso. Difficile d’imaginer des
structures plus éloignées du quotidien des gens. Face à
ces réalités, le plan de développement local est appliqué à
l’échelle villageoise ou de plusieurs villages regroupés.
22

Fig. 1 – Sahel, 2010. Découpage en communes / départements des Pays
membres du CILSS. La Commune de Téra (Niger) est représentée en noir et son
cas sera traité dans la seconde partie de cet ouvrage (élaboration d’E. Ponte)

Au Sahel, la communalisation intégrale découle des bons
résultats de la décentralisation administrative non
seulement dans les Pays à économie avancée, mais aussi en
Amérique latine et dans l’Asie du Sud-est. La
décentralisation semble garantir une participation plus vaste de la
population aux décisions et cela est crucial dans le processus
de réduction de la pauvreté, entamé au Sahel. Tout au long
des années 90, à Rio comme à Istanbul, ce sujet rentre de
plein droit dans les déclarations finales des sommets des
Nations Unies et il est repris par la Banque mondiale, le
Club du Sahel, la FAO, le FIDA et le PNUD, qui entament
des programmes spécifiques à cet égard (encadré 1). La
décentralisation est invoquée par de nombreux sommets
africains (tels qu’AfricCities ou le Programme de
développement municipal) et enfin rentre dans les politiques de
coopération bilatérale (USAID, GTZ…). Entre les idées et
leur réalisation, on le sait bien, le pas est long et, par
ailleurs, les résultats ne respectent pas toujours les attentes.
23 E1 - Pierres milliaires pro–décentralisation
des partenaires au développement

2001 Banque Mondiale, Local institution reduce poverty
2001 FIDA, Rapport 2001 sur la pauvreté rurale
USAID’s experience in decentralization & democratic local governance 2000
2000 FMI, Conférence sur la décentralisation fiscale
2000 Victoria Falls declaration
1997 Banque mondiale, The State in a changing World
1997 UNDP, Decentralized governance program
1997 FAO, Technical consultation on decentralization
1996 UN Habitat Agenda section IV D - Capacity building and
institutional development
1992 “The Earth Summit”, Local government declaration
1987 FAO, Decentralization and rural development: FAO’s experience

Johnson (2001), Crook (2003), Corsi, Jütting et
Stockmayer (2005) et bien d’autres nous rappellent ce fait en
parlant de l’Afrique anglophone.
Suite à la communalisation intégrale prévue par la
décentralisation politique, fiscale et administrative, le plan
de développement local a changé son appellation, pour
assumer le nom de PDSEC ou PDESC (plan de
développement social, économique et culturel) au Mali, celui de
PDC (plan de développement communal) au Burkina
Faso, en Mauritanie et au Niger.
Mais il n’y a pas eu uniquement une modification des
sigles employées : alors que le plan de développement
local s’adressait au village ou aux grappes de villages,
les PDSEC ou PDC s’adressent à un territoire bien plus
vaste, comprenant parfois une centaine des villages.
Les financements octroyés par les bailleurs de fonds
changent donc de destinataire, par rapport aux conseils
villageois de gestion du territoire (CVGT). Ce passage
implique la reconnaissance, de la part des différents
intervenants (donateurs, ONG, associations), d’un énième
acteur local : la commune.

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Période Programme Bailleur Action Bénéficiaire

Burkina Faso
2009-14 ACRIC UN PDC Boucle de Mouhoun
2009-13 PABG DK PDL MATD
2005-17 PDDC GTZ Renforcement 2 régions S, S-O
2003-07 PACGL PNUD PDL(12)+Guide 8 provinces
2002-07 PNGT FIDA PGT (2 986) 8 provinces
2000-08 PAPNA FENU PDL (14)+Guide Province Nomantenga
2000-07 CBRDP II Banque Mond. LDP

Mali
2009-10 I166 PNUD FENU PDSEC 166 communes
2008-11 PADDER BADPlans gest. ter. 5 regions, 610 communes
2002-13 PACT GTZ Guide PDSEC Rég. Koulikoro, Ségou
PAD CTBAppui 3 cercles rég. Koulikoro
2000-05 PADC CE CCC, PDSEC Entier Pays
1999-04 PACR-M PNUD-FENU Manuel PDC 107 communes PACR-T PNUD-FENU PDSEC 27 communes rurales
1998-01 FDL Kedougou FENU PDL (13) 13 communes rurales

Mauritanie
1999-04 PAIDEL AFD PAP 24 collectivités
2005-09 PACA PNUD-FENU Guide+PCD (21)Région Assaba
2003-08 PADL PC UNICEF PLD

Niger
2009-12 IRDAR-RCI FIDA PDC-SRAT 56 communes Maradi
2007-09 PDL ADM Coop. italienne PDC+SDADK Département Keita
2005-09 Luxcoop ADTDD PDC Région Dosso PACUD FENU Commune Diffa
2003-07 PAC 1 Banque Mond. PDC 54 Communes
2000-05 PADL-MN PNUD FENU PDC (13) D. Mayahi- Nguigmi

Sénégal
2007-11 PNDL État PLD (92), PIC 133 communes
200?-10 PRODDEL GTZ Guide, PDL Kaolack, Fatick, Kaffrine
2000-07 PADMIR PNUD FENU PLD Louga, Kaolack

Fig. 2 – Sahel, 1999-2010, Sélection de projets et programmes qui prévoient la
préparation du PDC

La réorientation la plus rapide des actions est effectuée
par les programmes du PNUD-FENU, qui agissent en
lien étroit avec des organisations multilatérales
promotrices de la décentralisation (fig. 2).
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