//img.uscri.be/pth/feab03d461855741418bc0d6a773b31962fc994c
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 9,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Sur mes deux oreilles

De
120 pages
Lorsque vous êtes diagnostiqué très jeune sourd profond, vous vous dîtes que vous n'êtes pas bien parti dans la vie. Comment surmonter la surdité et les obstacles qu'elle met sur votre chemin ? Alternant humour et moments d'émotion, anecdotes savoureuses et réflexions, l'auteur nous raconte les aventures et les mésaventures, les difficultés et les cocasseries du handicap.
Voir plus Voir moins
Jacques Bardin
Sur mes deux oreilles Récit
Les impliqués É d i t e u r
Les Impliqués Éditeur
Structure éditoriale récente fondée par L’Harmattan, Les Impliqués Éditeur a pour ambition de proposer au public des ouvrages de tous horizons, essentiellement dans les domaines des sciences humaines et de la création littéraire.
Déjà parus
Piecyk (Maryse),Troubles sexuels et mariages arrangés, récits, 2015.
Guetta (David),Raid sur l’Afrique, roman, 2015.
Nguedam (Christophe),Pour un monde nouveau, poésie, 2015.
Nguedam (Christophe),Grains de philosophie, poésie, 2015.
De la Caffinière (Jean-Yves),Une journée de plus, récit, 2015. Kakaye (Léopold N. Napo),Réflexions spirituelles sur la démocratie, essai, 2015. Etou Obami (Voltaire Brice),Comptabilisation et audit des coûts pétroliers dans une société non opératrice, essai, 2015. Jantcheu (Germain),Notre vie mathématique, essai, 2015. Chaudenson (Robert),Putain ! Trois ans !, chroniques, 2015.
Albanel (Philippe), Juilliard (Vincent),Destination Iran, récit, 2015.
Ces dix derniers titres de ce secteur sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site : www.lesimpliques.fr
SUR MES DEUX OREILLES
© Les impliqués Éditeur, 2015 21 bis, rue des écoles, 75005 Paris
www.lesimpliques.fr contact@lesimpliques.fr
ISBN : 978-2-343-07965-3 EAN : 9782343079653
Jacques Bardin
Sur mes deux oreilles
Récit
Les impliqués Éditeur
Du même auteur :
Pas de vieux oséditions du Masque
La belle et la malleéditions Bénévent
« De tous les hommes que nous avons vus, celui que nous nous rappellerions le moins, c’est nous-même. Nous n’étudionsles visages que pour reconnaître les personnes ; et si nous ne retenons pas le nôtre, c’est que nous serons jamais exposés à nous prendre pour un autre, ni un autre pour nous ». Diderot,Lettre sur les Aveugles
«Tu n’as pas été assez malheureux». C’est ainsi que, plusieurs fois, des amis ont accueilli l’idéed’un texteautobiographique sur mon handicap.
Pas de chance.
Je suis, depuis l’enfance, ce que l’on appelle un sourd profond. C’est comme si l’on voyait le monde par le trou d’une serrure. Etencore, la clé est restée dans la serrure. La particularitéde la surdité est d’être invisible; elle crée au quotidien de multiples difficultés, et, évidemment, beaucoup de malentendus : vos interlocuteurs ne comprennent pas que vous n’ayez pas compris, que vous ne répondiez pas à leurs remarques, ou complètement à côté: ils s’agacent et se détournenten vous traitant, intérieurement, d’abruti. L’outil
7
indispensable de notre monde est le téléphone : comment réussir, comment communiquersans l’aide du téléphone? Comment prendre rendez-vous chez le médecin ou avec des clients, des fournisseurs ? Quel métier se pratique sans le téléphone ?
Mais voilà :j’ai fait mon possible pour mener une vie normale, pour participer au monde qui m’entoure. J’ai fait des études, j’ai depuis plus de vingt ans un métier qui me plaît, même si au premier abord il semble peu compatible avec cette surdité profonde. Une femme adorable partage ma vie.J’aime le rire,livres, les voyages, les flâneries. Je les suis heureux autant qu’on peut l’être.
Pour ces raisons justement, mon témoignage peut être de quelque intérêt et avoir son utilité. Il peut suggérer quelques erreurs à éviter, des solutions à mettre en place.
Le handicap n’est pas nécessairement une tragédie exceptionnelle.
*
Être un sourd profond signifie que la perte auditive est supérieure à 90 décibels. On dit encore « déficient auditif ». Cette périphrase (cet euphémisme correct que je n’aime pas) fait plus administratif, plus médical.
On appelle handicap la relation qu’une personne atteinte d’une déficience(totale ou partielle) entretient avec son environnement. La Loi Handicap 2005 dit ceci : « constitue un handicap au sens de la présente loi toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société, subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive, d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques ou d’un trouble de santé invalidant ».
8
La médecine définit la déficience, ce que cette Loi 2005 nomme «l’altération substantielle, durable ou définitive», ou le « trouble de santé invalidant ». Elle les mesure. La société civile, en collaboration avec la médecine, définit ensuite les « limitations » ou les « restrictions de participation à la vie en société», c’est-à-dire le taux de handicap que ces « altérations » et ces « troubles » provoquent. Elle répertorie, d’ailleurs de plus en plus largement, le nombre de ces handicaps, et détermine les compensations qu’elle veut ou peut apporter aux personnes handicapées.
Il me semble, et ce livre aimerait en témoigner, que la déficience comme le handicap sont en grande partie subjectifs. L’âge, la culture, le milieu social, l’époque, le tempérament modifient la perception de la déficience comme celle du handicap. La surdité, la cécité, la paraplégie par exemple, peuvent être vécues en soi de façons très différentes. Par ailleurs, la relation entretenue avec «l’environnement» par une personne déficiente dépend de nombreux facteurs. Certains seront accablés par leur mal, estimeront les difficultés quotidiennes insurmontables, là où d’autres, souffrant du même mal, apprendront à contourner ces difficultés, à mettre en place des stratégies, à vivre le mieux possible et en accord avec eux-mêmes.
L’essentiel, à mon sens, est de vivre avec les autres. Voilà comment s’accepter. Depuis l’adolescence, j’ai tâché de me servir des outils et des aides que j’ai trouvés en vue de cette vie sociale. J’évoquerai la lecture labiale, les appareils auditifs, les implants cochléaires, les nouvelles technologies comme les mails et les textos. À cet égard, même si médicalement aujourd’hui j’entends moins bien, je me sens moins handicapé qu’il y a vingt ans. Le soutienconstant, la gentillesse de mes parents et de ma famille, de mes amis, de mes compagnes, de mes collègues, de mes élèves est décisif. Grâce aux efforts de l’État, aux bonifications pour raisons médicales, j’ai pu exercer mon métier dans des
9