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« Ta Bourse et ta Vie…! »

De
112 pages

Chacun de nous s'est trouvé confronté à des situations de vie faisant surgir des désirs de vengeance, parfois de crimes... comme un cri venu d'ailleurs. La frontière entre cette folie et notre personnage journalier se veut parfois bien étroite... Du rêve utopique de gagner des millions à des jeux de télé - réalité et de pouvoir faire ensuite la nique à tout, à celui de ces paris stupides et dangereux du monde des parieurs invétérés, de l'entêtement obsessionnel à voir se concrétiser une utopie vaille que vaille, à des amours inconcevables dont l'issue ne peut décidément qu'être tragique... Mac Wiler nous entraîne dans « Ta Bourse et ta Vie...! » à l'extrême de ces situations où la folie, mais surtout notre folie, peut être atteinte, et peut aller loin, très loin...


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Copyright
Cet ouvrage a été composé par Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
www.edilivre.com
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-332-96452-6
© Edilivre, 2014
Introduction
Je suis cet homme identique à tant d’autres, avec ses forces, ses faiblesses, ses désirs, ses rêves, ses utopies même, qui avance sur terre avec ce cheminement tout prêt sur lequel je ne suis pas persuadé avoir une quelconque incidence… Il n’y a de journées sans être côtoyé par ces actes involontaires qui sont partie intégrante de chacun de nous : tics, tocs, gestes non réfléchis, mots lancés sans analyse aucune, sans réflexions, et ce, jusqu’à des actes décrits comme de la pure folie par d’autres, les autres… Je ne suis ni mieux, ni pire que vous et j’ai également eu ces flashs de désir de vengeance, d’actes irréfléchis l’espace d’une seconde, d’une toute petite seconde qui peut tout faire basculer, tout changer, tout redessiner de notre-votre destin futur. Je suis cet étrange étranger qui se terre en chacun de vous, quitte à vous déplaire…
Ta bourse et ta vie…
« Si le fou persistait dans sa folie, il deviendrait sage » (William Blake – Le mariage ciel et de l’enfer)
– Bertrand, avoue-le, tu ne t’attendais pas à une telle réussite, n’est-ce pas ? Cette question d’un « rating » exceptionnel quant à ce nouveau concept d’émission télévisée m’avait travaillé, tracassé durant de longs mois que je passais à peaufiner l’idée, à me questionner quant à la faisabilité de la chose, à son succès, et… Que j’avais eu raison de m’entêter ! Cela faisait une bonne année que l’idée m’avait traversé l’esprit : et si l’on concevait une émission-jeu par laquelle nous amènerions indubitablement les candidats au suicide financier ? Plus je m’étais investi dans ce que je considérais comme la « trouvaille du siècle » et plus j’envisageais le potentiel énorme d’une telle émission. Après de nombreuses réflexions, une visualisation mentale quant à l’organisation, puis à la concrétisation, j’ébauchais le tout par écrit et demandais un rendez-vous avec Bertrand : le responsable des émissions de la chaîne en termes de nouveaux concepts. Celui-ci comme à son habitude m’avait reçu en-dehors de son bureau, dans le café du coin, comme si l’atmosphère des clients allant et venant, le bruit des tasses et verres s’entrechoquant, les odeurs de cafés avec ou sans marc, de bières pression ou pas… lui excitaient les neurones liés à la programmation, aux investissements futurs… – Salut Hervé, alors que me proposes-tu cette fois ? C’est un des traits de caractère que j’appréciais particulièrement chez Bertrand : cette manière d’aborder franchement les choses, sans aucun détour, et d’en général me donner, déjà au terme de ces rencontres informelles, le feu vert ou pas pour avancer dans les projets. Il est vrai que je le connaissais depuis quelques bonnes années, depuis les rangs de la fac où celui-ci suivait un cursus de cinéma-production alors que moi-même j’avais opté pour la psychologie humaine. Nos destins s’étaient éloignés durant quelques années dont il avait profité pour se hisser dans la hiérarchie d’une chaîne de télévision « grand public » alors que moi-même m’étais essayé à professer en indépendant jusqu’à un lassement de la chose qui m’avait dirigé tout naturellement vers des propositions d’idées d’émissions, et ainsi, de fil en aiguilles, vers notre renouvellement de relationnel. – Bertrand, ce que je te propose aujourd’hui c’est l’innovation dans toute sa splendeur, c’est l’Émission avec un immense E qui va littéralement couler les concepts gnangnans des autres chaînes, c’est la cerise sur le gâteau à la crème, le chocolat lisse, brillant, appelant à le lécher au plus tôt… Voilà : nous nous positionnons dans le cadre des émissions-jeux par lesquelles jusqu’à présent les candidats pouvaient remporter des sommes assez rondelettes ou repartir chez eux comme ils étaient venus. Aucun risque pour personne, les statistiques de visionnement se positionnaient sur l’ignorance ou les connaissances des candidats, sur la sympathie ou à l’opposé l’antipathie qui rayonnait d’eux… Ce que je te présente c’est de la bombe télévisée, un jeu que l’on nommerait : « Ta Bourse et Ta Vie ! » par lequel non seulement les candidats n’auraient qu’un pourcentage minime de chance de gagner de l’argent mais en perdraient et pourraient même continuer à jouer jusqu’à leur faillite. Ça y est j’avais jeté ma bombe (car j’avais bien présumé que tel serait le cas) qui mettait directement à mal nos acquis judéo-chrétiens et par lesquelles personne ne désirait user de méchanceté envers son voisin, n’est-ce pas ?.Bien évidemment que j’avais tourné et retourné dans tous les sens la manière la plus adéquate de proposer le concept lancé directement dans la mare de son éducation. Un grand PLOUF semblait avoir retenti…
Sciemment j’avais prévu de ne pas lui laisser le temps de la réaction et je repris ainsi de plus belle mes explications : – Bertrand, avant que tu ne répondes je désire que tu t’installes bien tranquillement, que tu fermes les yeux et que tu imagines avec moi… Les émissions de jeux télévisés sont vendeuses ; je présume que tu acquiesceras sur ce point, ne serait-ce qu’en te penchant quelque peu sur les statistiques d’augmentation de ce type de programmes. Les chiffres montrent également que des candidats qui gagnent vont entraîner une sympathie aux yeux du public, sympathie (d’où indice de visionnement) qui s’étiolera avec le temps si ces mêmes concurrents ne chutent pas un jour ou l’autre, tu es bien d’accord avec moi ? Un léger balancement de tête répondit à mon interrogation. – Tu seras également en accord avec moi lorsque je te dirai que le but de ta chaîne est d’augmenter ses profits autour de productions phares qui permettront également de couvrir les pertes d’autres programmations pas aussi réussies que les prévisionnels ne le laissaient présager. Je t’apporte ici un concept par lequel non seulement les pourcentages de suivi seront aux astres, mais en outre vont te rapporter des centaines de milliers d’euros. Je fis ici une pause volontaire afin de le laisser s’imprégner de ces dernières paroles qui devaient très certainement (enfin, je l’espérais) faire leur chemin dans les entrailles spéculatives de ses neurones… – Maintenant j’en arrive aux explications, aux détails : Tout d’abord les qualifications afin de pouvoir participer au jeu : les connaissances générales n’auront que peu d’importance. Le point essentiel pour nous sera de connaitre quels actifs ont les candidats potentiels : appartement, maison, magasin, P.M.E ou plus. De-même qu’il nous faudra savoir si ces candidats ont des habitudes de jeux : loterie, loto, tiercé, casinos… Les questions posées à ce stade des éliminatoires triant les candidats qui participeront de facto à l’émission seront d’un niveau relativement facile du style : – quelle est la hauteur du Mt Blanc à 10 mètres près – quelle mer jouxte la ville de St Malo… ? Donc, pas de difficulté véritable quant à la sélection afin de pouvoir participer à l’émission. Nous proposerons des paliers de gains ou pertes possibles allant de -100.000 euros jusqu’à + 100.000 euros. Bien évidemment que les candidats commenceront le jeu sur le 0. Les paliers iront comme ceci : de 0 à 1000 euros, de 1000 à 10.000 euros, de 10.000 à 20.000 euros, et ainsi des échelons de 10.000 euros à chaque étape du jeu jusqu’à l’ultime question à 100.000 euros qui, si jamais un quelconque quidam parvenait à cette question et y répondait correctement, lui seraient effectivement acquis. Les deux, trois premières questions se voudront volontairement des plus banales et aisées afin de laisser l’espoir de gains énormes, mais par la suite (et ce à moins d’une culture générale immense), elles se transformeront en pratiquement impossibles à assurer, du style : – donnez-nous le chiffre à 1000 âmes près de la population du Lot – quel est le pourcentage actuel de cas de claustrophobies en France. ? Il n’y aura par la force des choses aucun choix de réponses possibles et ainsi les candidats auront ou pas ces connaissances. A partir du moment où un participant n’aura pas la bonne réponse à une question il chutera vers le zéro, et tant que celui-ci se trouvera entre le zéro et plus il ne pourra pas quitter le jeu. Par contre à partir du moment où le candidat se retrouvera en moins (-10.000 euros – moins 20.000 euros…), il pourra décréter qu’il sort du jeu pour laisser la place au suivant. Le piège se trouvera dans le fait qu’il n’aura aucun choix réel et sera ainsi dans l’obligation de signer une reconnaissance de dettes… Maintenant que je t’ai présenté le concept d’une manière assez élargie je vais te dire, Bertrand, pourquoi celui-là marchera, et ce, au profit de ta chaîne : Imaginons le candidat Tartenpion, propriétaire de sa maison et employé dans une grande surface. Imaginons-le ayant bien répondu aux 3 premières questions donc se trouvant avec un acquis de quelques 20.000 euros mais sans possibilité de quitter le jeu. A ce stade que se
passe-t-il dans sa tête ? Il jubile, trop heureux d’en être arrivé là et persuadé qu’il peut parvenir aux 100.000 euros convoités… Mais là commence le mouvement inverse avec des questions du style : Donnez-nous le nom du second sommet de la chaîne des Andes ainsi que la hauteur de son point culminant – quelle est la dénomination française de cet animal appelé en hébreu « la vache de Moïse » ?… De + 20.000 euros il descend à + 10.000, puis à + 1000, puis se retrouve à nouveau au stade zéro. Un candidat ayant déjà répondu à des questions considérées comme faciles ne va pas avoir une seconde chance et donc celles-ci seront dorénavant d’un niveau bien plus difficile. Et voilà que Tartenpion se retrouve à – 10.000 euros… Imaginons ce qui va se passer dans son esprit à ce stade là… Va-t-il signer une reconnaissance de dettes ? Est-il prêt à en rester là avec une défaite sur la conscience ? Cette somme perdue de 10.000 euros peut-il la sortir le cas échéant de son compte en banque ou devra-t-il vendre sa voiture, sa caravane. ? N’a-t-il pas une chance de pouvoir non seulement ne rien avoir à payer mais de bel et bien gagner le gros lot ?? Le public qui se trouvera dans le studio comme dans ce type d’émissions aura-t-il une influence sur sa décision de continuer ? J’aime à croire qu’effectivement Tartenpion voudra « se refaire » et ainsi décidera de persévérer. Bertrand, tu imagines aisément la suite, n’est-ce pas ? Un seul candidat et la chaîne a déjà récupéré au minimum 10.000 euros… Partant de là il ne faudra que 10 candidats pour dans tous les cas récupérer le gros lot qui pourrait être donné, mais j’ai bien dit « pourrait » au conditionnel. L’émission devra être programmée sur la plage horaire des dix-neuf – vingt, d’une durée d’une heure maximum et je pense qu’il serait intelligent de la proposer deux fois par semaine. N’oublions pas la promo qu’il nous faudra impérativement faire, par laquelle nous montrerons des familles recevant le chèque de 100.000 euros. A l’opposé nous suivrons les pas d’un candidat malheureux signant un chèque libellé à la chaîne mais disant qu’il retentera sa chance… D’où aucune animosité anti-chaîne, au contraire, une envie de re-participer. Le faciès de Bertrand qui semblait des plus outrés alors que je commençais mes explications (à le regarder j’imaginais aisément ses pensées considérant que j’étais totalement tombé sur la tête, que mon ego faisait des siennes…), qui était passé par diverses expressions (les sourcils relevés de l’interrogation, la bouche ouverte de l’ébahissement…) paraissait dorénavant intéressé, prêt à, en quelque sorte : dans ma poche. Presque un an déjà que l’émission est programmée quotidiennement en grande pompe avec en plus plusieurs clips-rappels journaliers, semaine après semaine, que les pourcentages ne baissent aucunement (bien au contraire !), que la chaîne s’est enrichie ô combien… Et voilà notre Bertrand aux anges, me tapant dans le dos en signe de contentement, son éternel ninas éteint aux lèvres. Moi pour ma part et après toutes les difficultés de la mise en place, de la concrétisation, j’ai empoché un chèque des plus substantiels, j’ai vendu les droits dans divers pays qui eux aussi peuvent témoigner de la réussite du concept… Certes l’être humain reste bien le même : cet assoiffé de sensations, de sang que ce soit en Arabie Saoudite, au Mexique ou en Allemagne. ! A propos « sang », quel suspense lors de la dernière émission ! Nous avions une candidate, Catherine, plutôt douée et sympathique, qui après avoir avancé jusqu’au gain de 30.000 euros a totalement perdu les pédales. Ainsi, de question en question, la voilà qui ne sait pas, se trompe et tombe, chute… Quel silence sur le plateau ! On aurait entendu les mouches voler, les caméras chauffer, plus aucun murmure sur les gradins… Nous sommes parvenus à la question de moins 30.000 euros somme toute assez simple à mes yeux : « citez nous les noms et prénoms de l’équipage qui composait la fusée Apollo 11 » (Neil Armstrong, Edwin Aldrin et Mike Collins). Au visage soudainement illuminé et souriant de Catherine nous avions tous compris qu’elle détenait la réponse et celle-ci de sa petite voix timide commença : « Neil Armstrong, Jim Lovell
et Edwin Aldrin ». Notre présentateur Jean-Louis eut quelques secondes d’hésitation avant que d’annoncer l’erreur expliquant qu’elle avait mélangé les noms des astronautes des missions Apollo 11 et Apollo 13… Il n’eut aucunement le temps d’annoncer que la candidate se trouvait désormais au stade du – 40.000 euros que celle-ci sorti un couteau de sa poche et se taillada le poignet… Quel remue-ménage ! Jean-Louis qui se précipite, la prend dans ses bras, le public qui après un Ohhhhh de circonstance ne quitte pas la scène des yeux, la sécurité, le brancard qui enlève le corps… Heureux ! Un lundi parmi tant d’autres. Six heures du matin, mon réveil me rappelle au journalier : « allez, debout, une nouvelle journée de gratte-papier dans le service comptable d’une grande banque t’attend ! » Je me frotte les yeux encore emplis de ce rêve-cauchemard, calme tant bien que mal le tremblement involontaire qui m’étreint, me relève quelque peu le dos adossé à l’oreiller, tente de me reconstituer, de récupérer l’enveloppe charnelle qui n’appartient qu’à moi et me souviens que ce soir Albert Toussin, en l’occurrence moi, je participe au jeu télévisé du moment : « Je veux gagner des milliers d’euros » après avoir franchi le mur des qualifications en ayant répondu à des questions plutôt faciles et, quelle chance ! Je ne pourrai pas perdre un centime, au pire j’allais gagner un super chèque qui me servira pour concrétiser mes rêves… Mes rêves de tout quitter de cette vie monotone, de faire la nique à tous ceux qui m’ont mis des bâtons dans les roues, de leur brandir devant les yeux des milliers de billets gagnés, mes rêves de pouvoir, de prendre les rênes de ma vie bien à moi, de me pencher enfin sur des idées à promouvoir, sur des investissements sans aucun danger auxquels je pense depuis quelques années déjà… Et pourquoi pas sur une idée novatrice de jeux où qui que ce soit pourrait gagner des sommes folles, mais également en perdre… ?
Fin