Télévision française La saison 2010

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La saison 2010 propose un panorama critique d'une année de télévision à travers fictions et documentaires, avec de nombreuses photos en noir et blanc. On y trouve aussi une rubrique télévision en livres, revues et DVD, les coups de cœurs cinéma, et les listes et index des fictions et documentaires traités.
Publié le : samedi 1 mai 2010
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EAN13 : 9782336259055
Nombre de pages : 423
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télévision française : la saison 2010
une analyse des programmes du 1er septembre 2008 au 31 août 2009

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29.04.2010 19:42:00

Légende des photos de couverture de 1 à 12 (de gauche à droite et de haut en bas) 1. La Journée de la jupe, © Jean-Marie Marion, Arte 2. London River, © Tadrart films, Arte 3. Le Voyage de la veuve, © Jacques Morell, France 2 4. Nicolas Le Floch, © Bernard Barbereau, France 2 5. Jacques Prévert : paroles d’un insoumis, © Albert Courand, France 5 6. Mafiosa,© Pauce/ Canal + 7. Un village français, © Charlotte Schousboe, France 3 8. Françoise Dolto : le désir de vivre, © Patrick Rocen, TF1 9. Tirez sur le caviste, © Agora Films, France 2 10. Little Wenzhou, © Luc Mouleux, France 3 11. Déformations professionnelles, © J.P Robin/Storybox-photos, M6 12. De sang et d’encre, © Julien Cauvin, TF1

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Dirigé par Christian Bosséno

Télévision française : la saison 2010
une analyse des programmes du 1er septembre 2008 au 31 août 2009

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La Saison Télévision, édition 2010

© Jean-Marie Marion, Arte

La Journée de la jupe de Jean-Paul Lilienfeld

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• « Après une année floue qui nous a mis la tête à l’envers »
C’est par cet euphémisme que le Groupe 25 images qui réunit la fine fleur des réalisateurs de fiction de la télévision française qualifiait, sur sa carte de vœux, l’année 2009, avant de former, ses souhaits pour 2010. Tout avait plutôt bien commencé. L’interdiction de la publicité après 20 heures sur les chaînes publiques a marqué l’année 2009. Avec une version inédite de L’Arroseur arrosé : le tarissement de la manne publicitaire pour la télévision publique aurait dû en effet profiter aux chaînes privées. Or – divine surprise ! – dans un contexte globalement morose où les chaînes privées ont souffert d’un tassement de leurs ressources publicitaires, les annonceurs se sont bousculés pour occuper les heures restant autorisées sur France Télévisions qui a enregistré 400 millions de recettes contre une prévision de 260 millions. Pourtant, toute publicité n’a pas tout à fait disparu des antennes publiques dans l’espace horaire désormais interdit. En effet la pratique du « parrainage » des différents programmes permet l’introduction de brefs messages publicitaires tels cette séquence de patients agités, gesticulant en musique dans un couloir d’hôpital pour vanter les mérites de la Mutuelle Générale. En outre, depuis septembre 2009, l’application en France d’une directive européenne autorise le « placement de produits », c’est-à-dire l’autorisation de la lisibilité des marques sur les œuvres audiovisuelles et les clips musicaux. Pour l’essentiel cependant on ne peut que se féliciter de la disparition de ces longs tunnels publicitaires alignant une dizaine de spots et souvent redoublés, voire triplés, grâce à l’introduction de programmes courts venus s’intercaler dans cette insupportable litanie de réclames. Cette réforme a eu un effet immédiatement bénéfique en permettant le retour d’une véritable seconde partie de soirée à 22 h 30. Une déception en revanche : la suppression de la primauté de l’audimat (les audiences conditionnant les investissements des annonceurs quand la publicité représentait 50 % des ressources des chaînes publiques) eut dû générer plus d’audace et une plus grande liberté vis-à-vis de l’audience. Permettre, par exemple, de programmer des œuvres étrangères couronnés dans les grands festivals de télévision. Ne déplorait-il pas en effet que plus de 80 % des programmes récompensés au FIPA depuis 22 ans soient restés inédits ? Favoriser aussi une création française plus coruscante. Certes, France Télévisions n’avait pas attendu pour inscrire dans ses programmes des productions courageuses comme la série documentaire L’Apocalypse, et du côté des fictions, Un village français ou, mais aussitôt abandonnée, la surprenante collection Suite noire, ou plus récemment une collection prometteuse Identités. Nous eussions pu, cependant, espérer plus d’audace. Notamment pour les programmes de fêtes, particulièrement navrants. L’inquiétude sourd avec, à partir du 4 janvier 2010, la disparition de 46 unités indépendantes qui constituaient France Télévisions (dont France 2, France 3, France 4 et France 5) aujourd’hui regroupées en une entité unique. En matière de décisions éditoriales, un « guichet unique » remplace désormais le pôle de décision autonome que constituait chaque chaîne. Un projet de documentaire ou de fiction, naguère refusé par une des chaînes publiques, pouvait espérer en intéresser une autre. Aujourd’hui ce recours n’existe plus. Conjugué avec l’arrêt de quelques 50 projets de fiction dont la production a été abandonnée, cette centralisation de la décision est ressentie comme une très grave menace par les producteurs, les scénaristes, les réalisateurs et les compositeurs de musique de films. Sans oublier, bien évidemment, la légitime inquiétude qui peut être ressentie chez les 11.000 agents qui constituent le personnel de France Télévisions et qui peuvent, en matière de politique du personnel, redouter l’application abrupte de ratios brutalement « économiques », comme le rapport entre les heures de programmes d’une chaîne et ses effectifs, apprécié sans considération qualitative. Ainsi la mission régionale et culturelle de France 3, son implication dans le documentaire de création et la fiction distingue cette antenne d’une chaîne commerciale. Inquiétude aussi avec la privatisation précipitée de la régie publicitaire de France Télévisions.

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Autre donnée du PAF, le développement des chaînes gratuites de la TNT, dont certaines ambitieuses, notamment dans le documentaire (LCP-Assemblée Nationale, Public Sénat, France O, etc.). Globalement ces chaînes qui viennent modifier le paysage audiovisuel français représentaient en 2009 15,4 % de l’audience. Le Web connaît de son côté, dans le secteur de la fiction et du documentaire, une croissance notable conjuguée avec le goût d’un public jeune, celui là même que la télévision voudrait (re)conquérir. Du côté des œuvres et comme on l’analysera dans les chapitres dédiés à la fiction et au documentaire, on constate que la télévision dans ce qu’elle propose de meilleur n’a pas à nourrir de complexe vis-à-vis du cinéma. Le crû 2008-2009 a apporté, comme les années précédentes, son lot de programmes de qualité, tant sur le plan de la diversité thématique que de l’écriture. Lors des délibérations pour l’attribution des Prix de la Critique décernés par le Syndicat Français de la Critique de la Cinéma et de films de Télévision, on distingue chaque année, autant (voire plus) d’œuvres fortes, originales, courageuses, audacieuses et créatives pour la télévision que pour le cinéma. Mais il convient de rester en alerte : la frilosité, le formatage, le lissage des projets, quelquefois aggravés par l’autocensure des auteurs redoutant de voir leurs projets refusés, compromettent gravement la santé de la création. Dans une météo instable, le rôle de la critique est plus que jamais important. Elle peut être la meilleure alliée d’une télévision ambitieuse. Cet ouvrage en est une modeste contribution. Christian BOSSÉNO

© DR France 5

L’Enfer de Matignon de Philippe Kohly

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L’écume des jours

L’ÉCUME DES JOURS Petite chronologie du 1er septembre 2008 au 31 août 2009
par Christian Bosséno

2008
4 septembre. Fronde. Ambiance houleuse à la Salle des Fêtes de la mairie du IIIème arrondissement de Paris où les dirigeants d’Endemol, société productrice de Star Academy étaient venus tenter de rassurer les habitants du quartier, avant l’installation en plein Paris, dans leur nouveau « château », des pensionnaires de cette émission de téléréalité de TF1. Démarrage de la nouvelle saison : le 19 septembre. 5 septembre. Littérature. Après Café littéraire (France 2), naissance sur France 5, d’un nouveau magazine littéraire, La Grande librairie, de François Busnel, rédacteur en chef du mensuel Lire et qui avait fait ses premières armes à la télévision sur Direct 8. Dialogue avec des écrivains, en majorité des romanciers et reportages. Bon vent ! 8 septembre. Mistral. Démarrage de la cinquième saison de Plus belle la vie, le feuilleton à succès de France 3. Quotidien du lundi au vendredi. 8 au 12 septembre. Export. TV France International, représentant 140 sociétés françaises d’exportation de programmes audiovisuels organise, à Biarritz, ses Rencontres entre producteurs français et acheteurs venus de pays étrangers. Grâce à un partenariat avec Daily motion, une cinémathèque de 800 titres est accessible aux acheteurs internationaux accrédités 15 septembre. Résistance. Soirée au Théâtre du Châtelet, à Paris, pour la défense de la télévision publique. 5 octobre. Choc. Découverte, grâce aux séquences de Maisons de retraite, du scandale à l’espoir (France 3), d’Hervé Brèque, le documentaire de long métrage, tourné le plus souvent en caméra cachée, des situations scandaleuses, indignes et cruelles dont sont victimes les personnes âgées, dans certains établissements

8 octobre. Bougies. Planète, chaîne du câble et du satellite, entièrement dédiée au documentaire, célèbre ses 20 ans. C’est en effet le 24 septembre 1988 qu’elle avait commencé à émettre sur le réseau câblé parisien. Furent ensuite créées Planète Thalassa (2002), Planète No Limit (2004), Planète Justice (2007). 19 octobre. Socrate. Première sur Arte d’un nouveau magazine hebdomadaire et dominical, Philosophie (voir fiche), concocté et présenté par Raphaël Enthoven, amoureux de la philosophie, professeur, et animateur sur France culture. 22 octobre. Feuilleton (1). Présentation en Conseil des Ministres du projet de Loi relative à la communication audiovisuelle et au nouveau service public de télévision par Christine Albanel, Ministre de la Culture et de la communication (interdiction en deux étapes à compter du 5 janvier 2009 de la publicité sur les chaînes publiques, réorganisation de la société France Télévisions en une entreprise unique avec plusieurs antennes). Caméra cachée. Présentateur du JT de 20 heures sur France 2, Daniel Pujadas flirte avec la ligne jaune en lançant Les Infiltrés (France 2) un magazine bimensuel d’un genre nouveau puisque entièrement tourné en camera cachée par des journalistes de l’agence Capa. Le dispositif consiste à s’introduire dans la place pour mieux dénoncer les dysfonctionnements d’une institution, d’une entreprise, d’un organisme. Pour le premier numéro, c’est en infiltrant une maison de retraite, qu’une journaliste qui s’était fait recruter comme aide soignante et était équipée d’une caméra miniature bien dissimulée, a pu enregistrer des exemples inacceptables de maltraitance envers des pensionnaires. Journalisme ou espionnage ? La controverse s’installe. Il y avait d’ailleurs eu un précédent, de courte durée, en 1995, La Preuve par l’image (France 2) présenté par Annie Lemoine. Un magazine alors très critiqué et où certains avaient cru voir du bidonnage. À suivre… 25 octobre. Laurier. Gaza/Sderot est récompensé à Berlin par le Prix Europa. Arte, pionnier sur la toile,

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La Saison Télévision, édition 2010

diffuse, jusqu’au 23 décembre, ce web documentaire (voir note) en 40 épisodes, chroniquant la vie quotidienne des habitants de deux villages que séparent la frontière israélo-palestinienne. 4 novembre. Cold case. Surfant sur la vogue des magazines consacrés aux faits divers et affaires criminelles en tous genres, mise à l’antenne, sur France 2 de Non élucidé, nouvelle émission de seconde partie de soirée, concoctée et présentée par Jean-Marc Bloch, ancien patron du SRPJ de Versailles et Arnaud Poivre d’Arvor. Le premier numéro revient sur L’Affaire Jonathan, le cas non résolu d’un enfant disparu en avril 2004, à Saint Brévin-les-Pins. 10 novembre. Ire. Grosse colère de Jean-Claude Junker, Premier ministre du Grand Duché du Luxembourg, après que son pays ait été épinglé sur le secret bancaire dans le JT de David Pujadas (France 2). 17 novembre. Lauriers. Trois documentaires de France 5 primés au 19ème Festival du film d’histoire de Lussac : L’Enfer de Matignon (voir fiche), Prix du jury, Cameroun, autopsie d’une indépendance de Valérie Ozouf, Gaëlle Leroy (Voir note saison 2009), Prix du public, Parts de Marchais, d’Yves Jeuland, Prix du jury des lycées. 18 novembre. Et de trois. Plus belle la vie (France 3) fait un tabac avec sa troisième soirée en prime time réunissant quatre épisodes et brossant une histoire singulière dans le maelström de ce feuilleton quotidien aux rebondissements renouvelés. Il faut avouer que la nouvelle est inouïe ! Le lieutenant de police Nicolas Barrel qui avait été assassiné par son père, voici une bonne année, et dont les cendres avaient été dispersées dans la grande bleue, en présence de son compagnon Thomas, anéanti de chagrin, réapparaît, bien vivant… 19 novembre. Grand écran. J’irai dormir à Hollywood, long métrage (100 min.) d’Antoine de Maximy, tourné pour le cinéma, sort en salles. On connaît la série de documentaires que ce globe-trotter de l’image, parti avec un caméscope, deux caméras miniatures et le dessein de venir dormir chez les gens qu’il rencontre, a réalisé, depuis 2005, pour France 5, 30 épisodes de 52 min et 30 pays visités. 24 novembre. Pic. Nouveau record sur la TNT avec les 1,3 millions de téléspectateurs qui ont regardé le film Crocodile dundee sur TMC. 30 novembre. Bougies. Célébration de l’émission la plus ancienne du PAF, Le Jour du Seigneur, créée

en 1948, devenue hebdomadaire en 1949, et qui célèbre son 60ème anniversaire. La messe dominicale, enregistrée à l’origine dans un studio de Cognac Jay est diffusée chaque fois depuis une église différente. C’est le moment fort du magazine religieux, suivi par un million de téléspectateurs, une audience en diminution régulière. Quatre documentaires retraceront les moments forts de l’émission, du 30 novembre au 21 décembre. 1er décembre. Retour. Arrêt sur images revient avec arrêtssurimage tv, une chaîne du bouquet ADSL FreeBoxTV. Elle propose une émission hebdomadaire rediffusée en boucle et la reprise des émissions réalisées sur la toile depuis la suppression du magazine de France 5, en 2007. 3 décembre. Excellence. Début sur Arte de L’Apocalypse (voir fiche), la nouvelle série savante et passionnante, après Corpus Christi (1997) et L’Origine du christianisme (2004), concoctée par Gérard Mordillat et Jérôme Prieur. 5 décembre. Lieu. Réouverture dans le complexe du Forum des Halles à Paris, d’un lieu de culture essentiel, le Forum des Images (ex Vidéothèque de Paris). 6 décembre. Spéciale. Le magazine hebdomadaire Reportage (Arte), créé en 1998, célébre le 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme (ONU, 1948), en montrant plusieurs pays où ces droits sont bafoués et que, au péril de leur vie, des habitants tentent de fuir, ainsi ces Somaliens, filmés par Gwenlaouen Le Gouil dans Somalie, partir ou mourir. 8 décembre. Prod. Soirée au Showcase de Paris des Prix du Producteur français de télévision (quinzième édition) remis par la PROCIREP. Il échoit à Zadig Productions (Paul Rozenberg, Bruno Nahon, Félicie Robin). Le Prix du Jeune Producteur est décerné à Normaal Animation (Alexis Lavillard). Lors de la même soirée sont décernés par TV France International les Prix Export (cinquième édition). Gag. Troisième édition des Gérard de la télévision au Théâtre Michel, imités des Razzie Awards aux États-Unis. Retransmise sur Paris Première, c’est une cérémonie parodique, lancée par Frédéric Boyer, Arnaud Demanche et Frédéric Roche, durant laquelle sont décernés des Prix (les « parpaings d’or ») aux plus navrants des programmes et des animateurs. Entre dix et vingt récompenses plus farfelues les unes que les autres sont décernées chaque année parmi cinq à dix nominés par catégorie. Exemples de « lauréats ». 2006 : « Gérard du pire animateur ou chroniqueur aux capacités intellectuelles contrariées » : Steevy Boulay dans On a tout essayé de Laurent Ruquier ;

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L’écume des jours

2007 : « Gérard de l’animateur qu’on sait pas comment il s’appelle même si sa tête nous dit quelque chose » : le monsieur qui fait le journal de la nuit sur France 2, qui a les cheveux gris et qui a l’air tout gentil ; 2008 : « Gérard du chroniqueur qui cire le plus les bottes de son animateur vedette, et quand on dit les bottes c’est pour rester poli ». Ex æquo : Isabelle Martinet,Thomas Hervé, Sophie Pignal, Frédéric Gersal, Yann Lavoix, Brigitte Fanny Cohen, les chroniqueurs qui cirent le plus les bottes de William Lemergie. 9 décembre. Lauriers. Le grand prix Sacem de l’audiovisuel pour 2008 est attribué à Alexandre Desplats, et le grand prix de l’auteur réalisateur de l’audiovisuel à Jean-Pierre Spiero. 13 décembre. Débat. L’Europe au centre du débat organisé entre Daniel Cohn Bendit et Valéry Giscard d’Estaing sur LCP. 16 décembre. ORTS. Dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, les députés socialistes brandissent des affiches sur lesquelles est inscrit, parodiant celui de l’ancienne ORTF, le sigle ORTS (pour Office de radiodiffusion télévision Sarkozy). 17 décembre. Feuilleton (3).Adoption en première lecture et en déclaration d’urgence, par l’Assemblée nationale du projet de Loi relative à la communication audiovisuelle et au nouveau service public de télévision. 18 décembre. Semonce. Un mauvais point pour TF1. Mise en garde de la grande chaîne commerciale par le CSA pour avoir diffusé dans des émissions de « télé-réalité » et notamment Secret Story 2, des images fréquentes de candidat pétunant ou consommant de l’alcool de manière excessive. 20 décembre. Coucher (de soleil). Dernier épisode de la quatorzième et dernière saison de Sous le soleil, feuilleton hebdomadaire (le samedi) et « culte » de TF1, créé par Olivier Brémond et Pascal Breton, produit par Marathon, TF1 et la SFP, mis à l’antenne le 13 mars 1996 et tourné à Saint Tropez. 480 épisodes ont été diffusés et cette production suivie en France par des millions d’« accros » (principalement des ados, mais nombre d’adultes se sont laissé « scotchés »), a connu un exceptionnel succès à l’exportation : Sous le soleil a été vendu, le plus souvent sous le titre Saint Tropez, à plus de 100 pays ! Les péripéties mettent en scène un nombre considérable de personnages, du « parrain » et autres malfrats et trafiquants divers, aux policiers, hôteliers, médecins, industriel(e)s, professeurs, hommes et

femmes d’affaires, musiciens, artistes en tous genres, vedettes du show-bizz, escrocs, psychiatres, etc, dans une inextricable suite de mésaventures romantiques ou dramatiques, sentimentales ou professionnelles. Avec comme point central, le bar d’une plage (Le premier épisode s’intitule Plage à vendre) achetée par trois amies, Jessica (Tonyia Kunziger), animatrice radio et maire, Laure, une médecin (Bénédicte Delmas) et Caroline, une musicienne devenue avocate (Adeline Blondieau). Cette dernière, ne pouvant jouer dans la toute dernière saison, sera pour les besoins du scénario, enterrée (Snif !). 23 décembre. Nul n’est (prophète en son pays). Il fallait bien ce formidable documentaire de James Marsh, Le Funambule, diffusé sur Canal+, pour que les Français se familiarisent avec l’un de leurs plus extraordinaires concitoyens, Philippe Petit, aujourd’hui âgé de 59 ans, célébrissime outre-Atlantique, pour avoir le 7 août 1974, traversé sur un fil, bravant le vide et le vent, avec un balancier de 35 kilos et de 8 mètres de long, à 400 mètres de hauteur, l’espace séparant les deux tours jumelles du World Trade Center de New York. Il avait aussi, le 26 août 1989, marché sur une corde du Trocadéro au second étage de la Tour Eiffel et, une autre fois, exploit ô combien symbolique, marché sur un autre fil reliant, à Jérusalem, le quartier juif au quartier arabe, applaudi par les deux communautés. 25 décembre. Regret. On aura eu ce soir en regardant la navrante version d’Oscar (comédie de Claude Magnier, naguère interprétée par de Funès), revisitée par Bernard Tapie qui y règle ses comptes, la nostalgie des programmes que Claude Santelli nous concoctait, au temps de l’ORTF pour les fêtes de fin d’année. Avec le culot qui le caractérise, Nanard imposait ensuite Joséphine, sa fille, débutante dans la chansonnette ! Il n’est pas du tout impossible que Tapie ait été la victime du Crédit Lyonnais mais qu’est-ce que cette histoire a à voir avec cet Oscar, très approximativement interprété, et qui fit un bide d’audience (mérité) ? 29 décembre. Découverte. Retour dans la grille de Canal+ du magazine Les Nouveaux explorateurs pour un spécial Thaïlande.

2009
1er janvier. Prime. Décidemment France 2 met le paquet. Après Tapie glissé dans nos souliers pour Noël voici la « première dame de France » pour les vœux :

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La Saison Télévision, édition 2010

Carla Bruni quelqu’un m’a dit, documentaire de George Scott. Avec en prime son amoureux, pas loin la regardant tendrement. Mâtin quelle « com » ! 2 janvier. Pommade. Autocélébration, par France 3, de la star de France 2, avec ce portrait, plutôt bien fait, mais trop complaisant et hagiographique, de celui qui fut surnommé « le gendre idéal » : Michel Drucker : itinéraire d’un enfant de la télé, documentaire de JeanFrançois Kervéan. 5 janvier. Rendez-vous en terre inconnue. C’est malicieusement avec ce programme apprécié et au titre de circonstance que France 2 inaugure les nouveaux horaires de prime, maintenant que la publicité est supprimée après 20 heures sur France Télévisions. Un début de soirée vers 20 heures 35 (et, sur France 3, Plus belle la vie dès 20 heures 10 !), voilà qui vient bousculer les habitudes cathodiques hexagonales. Carton rouge. France 2 présente comme des images toutes récentes, à l’occasion d’un sujet du JT de 13 heures sur l’offensive israélienne à Gaza, des documents tournés en… 2005. 8 janvier. Flic et tueur. Début, sur Canal+, pour les amateurs de séries de la seconde saison (12 épisodes) de Dexter. Tueur impitoyable, Dexter, flic le jour se transforme la nuit en tueur en série pour châtier les criminels. 11 janvier. PPDA. Six mois après son éviction de TF1, PPDA débute, sur France 5, un nouveau magazine hebdomadaire : La Traversée du miroir. Dans une chambre noire, il reçoit successivement deux invités. 15 janvier. Ralliement. Adoubé par Nicolas Sarkozy, Marin Karmitz, producteur audacieux et ancien militant de la Gauche prolétarienne, a été nommé Délégué général du Conseil pour la création artistique, créé et présidé par… Nicolas Sarkozy et présenté par certains, comme un « ministère bis de la culture » (ce que nie la principale intéressée Christine Albanel). Il avait auparavant approuvé, revenant sur sa position antérieure, la Loi sur l’audiovisuel. Séries. Début sur Canal+, de la septième et dernière saison de la très décapante série américaine The Shield narrant les aventures de l’inspecteur Mackey (Michael Chiklis), champion des flics criminels et sans scrupules de Los Angeles. Une série culte à ne pas manquer. Pic pour M6 ! On l’apprend maintenant, la meilleure audience d’une chaîne de télévision a été obtenue par M6 pour la retransmission en direct, le 17 juin de la rencontre de football FranceItalie, dans le cadre de l’Euro, avec 13,2 millions de téléspectateurs.

16 janvier. Feuilleton (4). Adoption par le Sénat du projet de Loi relative à la communication audiovisuelle et au nouveau service public de télévision. Environnement. Globalmag (Arte), le nouveau magazine hebdomadaire (26 min., coproduit par Capa) consacré à l’écologie, d’Emilie Aubry, dresse, à travers les principaux sujets qui intéressent le grand public, une manière de diagnostic de la santé de notre planète. 20 janvier. Direct. Cérémonie d’investiture de Barack Obama à Washington. Un évènement télévisuel planétaire…comme si vous y étiez. Avec, après les cérémonies, dès 16 heures 30, le discours très attendu du nouveau Président devant le Capitole. 25 janvier. Grilles. Suite à la suppression de la publicité après 20 heures, les soirées débutent à 20 heures 35 sur les chaînes de France Télévisions. 26 janvier. Refondation. Assemblée générale au Théâtre de l’Odéon du Comité d’Histoire de la Télévision (CHTV) et élection du nouveau conseil d’administration. Pujadas. Sous le titre Infomane, le quotidien Libération consacre un portrait d’une page au présentateur du 20 heures de France 2. 31 janvier. Oasis. Bien rares sont aujourd’hui les émissions de variétés sur le petit écran, et a fortiori si elles sont dédiées à la chanson française. Louons donc l’initiative de France 2 et de Daniela Lumbroso, pour cette Fête de la chanson française. Pour la cinquième année, ce divertissement permet d’écouter quelques « vedettes », mais aussi de découvrir quelques archives rares. Plus convenu est l’exercice qui consiste à faire « revisiter » par des artistes d’aujourd’hui des succès d’hier. Point très positif, la « nouvelle scène » n’est pas oubliée et de « jeunes pousses » peuvent (enfin) accéder au petit écran. 7 février. Feuilleton. Énième saison du traditionnel feuilleton sportif de France 2 pour sportifs en charentaises, le Tournoi des 6 Nations (rugby à XV) démarre avec Angleterre-Italie et Irlande France. 11 février. « Entreprise commune ». Au Palais de la Mutualité à Paris, Patrick de Carolis présente devant les cadres de France Télévisions, la nouvelle structure de « l’entreprise unique qui va succéder aux chaînes actuelles, à une quarantaine de filiales, etc. Des responsables de pôles thématiques sont désignés : Patrice Duhamel, François Guilbeau, Claude-Yves Robin, Geneviève Giard… ; Trente et un coordinateurs seront d’autre part désignés pour les assister. Bref, le retour de la centralisation ? Géopolitique. Journée spéciale Iran

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L’écume des jours

sur Arte. Avec notamment le documentaire de Jean-Michel Vecchiet, Iran : une puissance dévoilée. 12 février. CDD. La cour d’appel de Paris confirme le jugement du conseil de prud’hommes de Paris (du 30 novembre 2005 qui requalifiait, suite à la détermination (six ans de procédure) de leur jeune avocat Jérémie Assous, en contrat de travail la situation des participants à l’émission de télé réalité L’Île de la tentation produite pour TF1 par sa filiale Glem. Acteurs et non simples candidats, la nouvelle condition reconnue aux participants annonce la fin de l’imposture que constituait le concept de « télé-réalité » dont les émissions seraient plutôt à classer, désormais, comme de (piètres) sitcoms. 13 février. Bling bling. Ségala s’exprime à Télématin (France 2) : « Un homme qui n’a pas de Rolex à 50 ans est un homme raté ». Esthéticiennes. Seconde saison, sur Arte, de l’excellente série Vénus et Apollon (voir fiche) de Tonie Marshall. Beaucoup s’accordent, le fait est rare et mérite d’être signalé, que cette seconde saison est meilleure encore que la première ! 16 février. Remise des Prix télévision de la critique au Théâtre du Rond-Point, voir Que la fête commence. 1er mars. Dithyrambes. Un nouveau magazine consacré à l’art, on apprécie. Voici donc Grand’Art (Arte, voir fiche) d’Hector Obalk dont le premier numéro est dédié à Lucian Freud. Cet essai, très subjectif, laisse un peu circonspect : que de superlatifs et de répétitions ! Certes cela nous change des habituels propos savants et convenus, doctement délivrés. Le bonhomme est inspiré, cultivé, tonique, mais péremptoire et aurait une fâcheuse tendance à se regarder parler. On demande à voir la suite. 3 mars. Feuilleton (5). Validation par le Conseil constitutionnel qui avait été saisi par plus de 60 députés et plus de 60 sénateurs du projet de Loi relative à la communication audiovisuelle et au nouveau service public de télévision. 7 mars. Feuilleton (6). Publication au JO n 56 du 7 mars 2009 du texte de la Loi du 3 mars 2009 relative à la communication audiovisuelle et au nouveau service public de télévision. Bougies et phylactères. Public Sénat est une chaîne formidable qui nous concocte des documentaires inédits et des magazines à nuls autres pareils. Ainsi Un monde de bulles, présentée par Philippe Lefèvre, qui fête son quatrième anniversaire et est la seule émission du PAF entièrement consacrée à la bande dessinée (BD).

16 mars. Bougies. Les Guignols de l’info ont 20 ans. Pour l’occasion le réalisateur Nicolas Hourès a dédié un documentaire de 26 minutes aux célèbres marionnettes. 17 mars. Naissance. Le nouveau magazine mensuel Global Résistance (France 4), présenté par Daphné Hézard, est dédié au mouvement alter mondialiste et à ses militants. 20 mars. Pic. Record d’audience pour Arte avec les 9,6 % de part d’audience réalisé par La Journée de la jupe (v. fiche) de Jean-Paul Lilienfeld, avec Isabelle Adjani dans le rôle principal. 24 mars. Centième. Faites entrer l’accusé. Pour la centième fois, selon un rituel immuable, Christophe Hondelatte revêtira son blouson de cuir avant de sortir en refermant la porte du local dans lequel, avec ses témoins, il autopsie une affaire criminelle récente ; il a choisi de revenir sur l’abominable affaire du couple diabolique formé par Michel Fourniret et Monique Olivier. 25 mars. Casquettes. Suite à l’assemblée générale du Groupe 25 images du 11 mars, les membres du conseil ont élu le nouveau bureau. Présidents : Laurent Jaoui et François Luciani ; secrétaires généraux : Luc Béraud, Roger Kahane ; Trésorier : William Gotesman ; Présidents d’honneur : Maurice Frydland, Jean-Pierre Marchand. 26 au 31 mars. Ubiquité ? Affreux dilemme, sauf à se partager en deux, il faudra choisir entre Le Touquet, où se déroule, du 26 au 31 mars, la dix-septième édition du Festival international des grands Reportages d’Actualité et du documentaire de société (Figra) et Bourges où se tient une autre manifestation passionnante, le 12ème festival International des Scénaristes (26 au 29 mars). Finalement, j’opte pour le Festival de cinéma de Tétouan, au Maroc où je suis invité à participer à une table ronde sur le grand cinéaste égyptien Youssef Chahine. 1er avril. Exit. Départ du producteur canadien André Béraud, éphémère directeur de la fiction de TF1, poste auquel il avait été nommé en mars 2008, succédant alors au « règne » de Takis Candilis (1999-2008). 2 mai. Ovni. Arte lance une série documentaire très originale, Cut up. Ce magazine hebdomadaire cornaqué par Jackie Berroyer (13 numéros jusqu’au 13 juin), regroupe autour d’un thème une série de courts documentaires, de la « pilule » d’une minute jusqu’à des films de 7 minutes. (voir fiche)

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9 mai. Guingamp ! On eût pu croire que la vaillante petite équipe de football de Guingamp (10.000 habitants, Côtes d’Armor) allait, comme en 1997, quand elle était déjà parvenue en finale, manquer son rendez-vous avec la Coupe de France. En effet, à quelques 20 minutes de la fin, dans un stade de France envahi par près de 100.000 Bretons, le petit Poucet (Ligue 2) était mené 1 à 0 par la solide équipe de Rennes (Ligue 1). Et puis, coup de théâtre, Guingamp marque un, puis deux buts ! Et remporte le trophée tant désiré. Une formidable soirée de suspense sur France 2 ! 12 mai. Lauriers. Remise, depuis l’Alliance Française de Sao Paulo du Prix Albert Londres audiovisuel à Alexandre Dereims pour Han le prix de la liberté, diffusé par Public Sénat et produit par Première Nouvelle, Java Films. (voir fiche) 1er juin. Casquette. Gilles Leclerc succède à JeanPierre Elkabbach à la tête de la chaîne Public Sénat. Il a été préféré à un autre talentueux candidat, Claude Sérillon. 3 juin. Confirmation. Un arrêt de la cour de cassation confirme que la participation à une émission de télé-réalité comme L’Ile de la tentation (v. 12 février) doit être assimilée à un véritable travail et implique l’élaboration d’un contrat de travail. Grand branle-bas dans l’univers de ce sous-genre de la télévision. 4 juin. Série. Un Village français (v. fiche). Début de l’ambitieuse entreprise de France 3 qui, sur quatre années, à raison de six épisodes de 52 min par an, propose, à travers toute une série de personnages représentatifs, la chronique fictionnelle de ce que furent, dans une petite ville de France, dans le Jura, les années d’occupation allemande. 5 juin. Casquettes. Guy Seligmann est réélu président du conseil d’administration de la Scam, Société civile des Auteurs Multimédia. . 8 juin. Adami. Assemblée générale au Théatre du Trianon de la Société civile pour l’Administration des Droits des Artistes et Musiciens (Adami) dont le conseil d’administration est présidé par le comédien Philippe Ogouz. 11 juin. PPDA. Nouveau magazine pour Patrick Poivre d’Arvor sur Arte, Horizons lointains, consacré à un pays à travers ses écrivains. Première étape de cette nouvelle émission littéraire au long cours, l’Afrique du Sud où nous suivons PPDA, au fil de ses rencontres

avec les écrivains qui l’invitent à la connaissance de leur pays, de Johannesburg à Soweto. 14 juin. Bougies. 100ème numéro du magazine d’Arte, L’Art et la manière. 15 juin. Fête des prix 2009 de la SACD (v. Que la fête commence). Casquette Xavier Gouyou-Beauchamps, ex-président de France Télévisions et de TDF, est élu à la présidence de TV France International (TVFI) où il succède à Jean-Louis Guillaud, nommé président d’honneur. TVFI (par ailleurs fidèle soutien de notre saison), est une association dynamique qui promeut, à l’étranger, les programmes audiovisuels français (22.000 programmes sur son site). TVFI accompagne les exportateurs français, participe à des marchés à l’étranger ou les organise. Casquette. Malmené par la conjoncture économique (régie publicitaire en baisse, dégradation des parts d’audience), TF1 muscle son état major, avec l’arrivée d’Axel Duroux qui a dirigé avec succès RTL depuis avril 2005 et qui, par ailleurs, était administrateur de la rivale M6. Numéro 2 de TF1, avec le titre de directeur général, Axel Duroux épaule désormais Nonce Paolini, numéro 1, nommé à la tête de la chaîne depuis mai 2007. Ce « débauchage » est vivement contesté à RTL et à M6. 16 juin. Galère (mais qu’allait on faire dans cette). 54ème édition de ce spectacle consternant et interminable que s’acharne à être le Prix de l’Eurovision. Nouveau fiasco pour la France, en dépit des efforts méritoires de Patricia Kaas, la victime d’un plantage désormais rituel. 18 juin. Lauriers. Philippe Collin remporte le Grand prix Scam audiovisuel 2009, pour l’ensemble de son œuvre. Claudio Pazienza, le Prix du meilleur documentaire pour Scènes de chasse au sanglier (TSR, Arte, v. fiche in saison 2009, p 305 et 306). Le Prix découverte revenant à Georgi Lazarevski pour Le Jardin de Jad, coréalisé avec Arturo Mio (Arte). 19 juin. Casquettes. A la suite de son assemblée générale, la SACD a élu 13 nouveaux administrateurs. Jacques Fansten a été réélu président. Pour la télévision, Christine Miller et Bernard Stora ont été réélus vice-présidente et vice-président ; Siègent également au conseil Joëlle Goron, Nicole Jamet, Sophie Deschamps, Caroline Huppert, Michel Favart, Laurent Heynemann (cinéma), Jean-Louis Lorenzi, Eric Kristy. Bertrand Tavernier est élu vice-président pour le cinéma. 22 juin. 2009 Sixième Journée de la création TV. Cette manifestation annuelle qui réunit la profession et qui se tenait pour la première fois au Studio Gabriel,

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dans une ambiance « plateau », a débattu du thème de la fiction française, en crise de croissance en dépit de quelques réussites incontestables. Dans le « top 100 » des plus fortes audiences 2008, la fiction américaine se taillait la part du lion avec 57 programmes (séries) contre 13 fictions françaises. Dans un ensemble de communications plutôt morose, celle de Mathieu Bejot (TVFI), tranchait sur le pessimisme général en insistant sur le succès à l’exportation de séries françaises comme Engrenages ou Mafiosa. Casquette. Radu Mihaileanu (Le Concert), succède à Paul Salomé à la présidence de l’ARP, société civile des Auteurs Réalisateurs Producteurs dont Claude Lelouch est nommé président d’honneur. 24 juin. Koniec. 552ème et dernière émission de Ça se discute (France 2), le magazine animé par Jean-Luc Delarue, après quinze ans d’antenne. 29 juin. Tabac. Pour célébrer ses 20 ans, le magazine populaire et estival Fort Boyard (France 2) a tapé fort, s’inscrivant loin en tête des audiences de la soirée : 4,4 millions de téléspectateurs et 25,6 % de part d’audience contre 20,6 pour TF1. Il faut dire que le plateau était relevé dans l’équipe championne de l’association Make a wish France dont l’objet est de réaliser les vœux d’enfants gravement malades. Avec, à sa tête, et ne rechignant pas à l’effort, la star française de la NBA américaine, le basketteur français Tony Parker et son épouse, la comédienne Eva Longoria, universellement connue pour son rôle de Gabrielle Solis, dans la série à succès Desperate housewives. Payant de sa personne, l’actrice, n’a pas hésité à plonger dans le vide pour récupérer une clef sur un filet tendu en travers de la cour du Fort Boyard. Grâce à leurs performances spectaculaires, 22.340 euros ont été gagné pour leur association. 30 juin. Écologie. Démarrage sur France 5, de la seconde saison (onze volets) de « Report-Terre », dix aspirants journalistes parcourent les 27 pays de l’Union Européenne pour repérer les initiatives les plus exemplaires pour le développement durable. Ecoutons la terre ! 3 juillet. Rideau. Dernier et quarante quatrième épisode (exceptionnellement 90 min. au lieu de 52 min.), après sept saisons, de l’excellente série policière de France 2, Central nuit (voir fiche), mise à l’antenne en 2001. On regrettera la fin de ce rendez-vous avec les nuiteuses et nuiteux que dirigeait Franklin (Michel Creton). Avec Clovis Cornillac (Viking), Vanessa Demouy (Anne), Lucie Jeanne (Blanche), Franck Jolly (Vincent), Mathieu Rozé (Lulu), Antoine Coesens (Corboz), etc. 4 juillet. Grand-messe. Le Tour de France cycliste est parti pour trois semaines de direct. Tarabiscoté, son

parcours jette cette année des pseudopodes en Espagne et en Suisse et ignore l’Aquitaine, les Charentes, la Bretagne, la Normandie et le Nord. Pour tracer son curieux parcours, Il emprunte le TGV et l’avion… Pourtant, quatorze millions de spectateurs, massés sur le parcours, participeront à cette grande fête populaire et France 2, qui assure plusieurs heures de direct chaque jour, réunira des millions de téléspectateurs. Une occasion aussi, tout au long du parcours, de faire un peu d’histoire et de découvrir les sites et monuments qui jalonnent les étapes. Rattrapage. Canal+ propose, chaque samedi de l’été les meilleures enquêtes diffusées pendant l’année écoulée dans son magazine Spécial Investigation. 5 juillet. « Les gaz du sang ! »… Et de quinze ! France 2 diffuse la 15ème et dernière saison de la série Urgences, made in USA, un monument cathodique. (v. également au 23 aôut). 7 juillet. Deux milliards. C’est le nombre de téléspectateurs ayant regardé, en direct (et en boucle) les cérémonies organisées à la suite du décès de Michael Jackson. Qualifié, sur TF1, par Jean-Claude Narcy (cité par Télérama, n 3105) de « plus grand évènement télévisuel depuis la naissance du petit écran » ! En tout cas, difficile d’échapper à ce matraquage cathodique… 9 juillet. Rideau. Dernier 19/20 d’Audrey Pulvar sur France 3. Cette édition a pulvérisé les audiences en réunissant 24,6 % des téléspectateurs. Depuis 5 ans, la journaliste était à ce poste. Très appréciée, intelligente, elle assurait à ce JT une excellente audience, pouvant aller jusqu’à 23 % de moyenne hebdomadaire. Courageuse et militante, la journaliste s’était engagée avec détermination dans les manifestations de défense de la télévision publique après l’annonce par Nicolas Sarkozy de la suppression de la publicité sur les chaînes publiques. N’ayant pas été choisie pour le poste de correspondante de France 2 à Washington auquel elle avait postulé, elle a choisi de rejoindre i-télé, la chaîne d’information en continu de Canal+ sur laquelle elle présentera la tranche 18-20. 18 juillet. Poil (dans le sens du). Encore un document, réalisé par Ludovic Frossard (rédacteur en chef, Magali Forestier) pour servir à l’hagiographie cathodique de Nicolas Sarkozy, avec ce numéro d’A visage découvert, un espace ouvert voici deux ans et demi sur France 5 et qui accueille la présentation de personnalités du monde politique (neuf émissions à ce jour). Une écoute passablement complaisante du président questionné notamment par Christian Mallard dont on n’attendait guère, il est vrai, de pugnacité critique. Nouvelle manifestation d’une télévision politique lisse et faire valoir.

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10 août. Nous deux. Neuvième et dernier épisode de la quatrième saison du magazine de téléréalité de M6, L’Amour est dans le pré, qui est à la télévision ce que la presse du cœur est à l’écrit. Cette émission, sous le noble prétexte de faire reculer le célibat dans nos belles campagnes, enregistre un assez stupéfiant succès (4,6 millions de téléspectateurs en moyenne et une PDA de 20,9 %). Mais le dispositif de ce magazine de rencontres est plutôt odieux : chaque candidat à la vie de couple reçoit en effet deux postulantes et le processus d’élimination, deus ex machina de la « téléréalité » commence, sous couvert de romance. Mais vite, bonjour l’ambiance ! Avec son lot de nuages roses suivi de « râteaux » cathodiques. Petite précision : depuis le début du programme, en 2006, un seul des couples « formés à l’écran » perdure. 15 au 25 août. Mondiaux. Championnats du monde d’athlétisme à Berlin. Sportifs, à vos pantoufles ! 18 août. Filmer la musique. Journée Sacem aux Rencontres de Lussas. C’est une tradition désormais, la Sacem organise, la veille de remettre son prix, une journée lors de ces rencontres dédiées au documentaire (v. compte rendu des Rencontres 2009 dans le chapitre Que la fête commence). A l’affiche notamment,

un programme de documentaires sur la musique (Trois strophes sur le nom de Sacher, de Henry Dutilleux, de Chantal Akerman, Le madrigal des amants, de Gesualdo, de Michel Follin et Anne Hoang, Pardesi, de Michel Follin ; une rétrospective de films sélectionnés par François Porcile sur la thématique Images et musiques de propagande, etc. Le lendemain, remise à Philippe Kohly, pour son film Boris Vian, la vie jazz (voir fiche), du Prix Sacem du documentaire musical de création. 23 août. 327. Après 327 épisodes, c’est la fin de la série américaine Urgences (ER) sur les petits écrans français (hors, bien sur, de vraisemblables rediffusions). Série culte, créée par Michael Crichton, qui a lancé Georges Clooney (docteur Doug Ross), Urgences (Emergency Room, ou ER) a été diffusé aux États-Unis, sur NBC, du 19 septembre 1994 au 2 avril 2009, et en France, sur France 2, du 27 juin 1996 à ce soir. Cette série médicale a imposé une réalisation nerveuse, tourbillonnante et des scénarios réalistes, truffés de termes techniques et où, entre deux interventions dramatiques (cocasse parfois : ce patient arrivant avec une flèche fichée dans le dos !) se nouaient de torrides intrigues amoureuses. Cette quinzième et ultime saison a vu ressurgir les grands anciens qui firent les beaux jours de la série : Noah Wyle (John Carter), Anthony Edwards (Doc Mark Green), Sherry Springfield (Susan Lewis), etc.

© Michèle Léglise

Boris Vian, la vie jazz de Philippe Kohly

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L’écume des jours

© France 2, Laurent Denis

Un homme d’honneur de Laurent Heynemann

© Canal+, Thierry Ozil

Adieu de Gaulle, adieu de Laurent Herbiet

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La Saison Télévision, édition 2010

© Photo SFCC.DR

16 février 2009, Sandrine Bonnaire reçoit le Prix Télévision de la Critique (Documentaire)

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Que la fête commence

QUE LA FÊTE COMMENCE Chronique des festivals et manifestations du 1er septembre 2008 au 7 décembre 2009
par Catherine Humblot et Christian Bosséno

17 au 21 septembre 2008. 10ème Festival de la Fiction TV. La Rochelle. Voir saison 2009. 14 au 16 novembre 2008. Second Festival européen des 4 écrans. « Entre le Web, le mobile, la télévision et le cinéma, les cloisons sont en train de disparaître » constate Hervé Chabalier, directeur de l’agence Capa, qui organise pour la seconde année, la confrontation d’une sélection d’images enregistrées sur ces différents supports. Les projections et les débats se déroulent à la Bibliothèque François Mitterrand et aux cinémas MK2 voisins. 11 au 17 novembre 2008. 19ème Festival international du Film d’Histoire de Pessac. Au palmarès de cette manifestation exemplaire qui mobilise chaque année, historiens et cinéastes, L’Enfer de Matignon (voir fiche) de Philippe Kohly (Prix du jury). Comme chaque année, projection d’une sélection de films choisis par Pierre-Henri Deleau et approfondissement, autour de rencontres et de débats, d’un thème : cette année, le 90ème anniversaire de l’armistice de 1918. 8 décembre 2008. Prix Export. Récompensant des programmes français qui se sont particulièrement bien exportés, les prix EXPORT sont décernés par TVFrance International (TVFI). Dans la catégorie Animation, la palme est revenue à Ozie Bown. Apprendre à vivre ensemble, série de Billy, Olivier Lelardoux et Pierre Sissmann.Vendue à plus de 150 pays, elle est distribuée par Cyber Group Animalier. Pour les Documentaires, Jaglavak, prince des insectes de Jérôme Raynaud, diffusé sur 50 chaînes dans le monde et distribué par ZED productions a été couronné. Enfin le Prix Fiction a été attribué à Engrenages, la série de Canal+, réalisée par Philippe Triboit, produite par Son et Lumière. 20 au 24 janvier 2009. 22ème Festival International des Programmes Audiovisuels à Biarritz (voir également saison 2009, p. 24). Bourrasques de vent, pluies violentes, chutes de tuiles et d’éléments divers de toiture ont accompagné un FIPA à ce plan exceptionnel. Voie

de chemin de fer coupée, routes impraticables… Pour beaucoup regagner Paris fut un parcours de combattant, à travers une campagne dévastée. Dédiée à la mémoire de Pierre-André Boutang, cette édition, la dernière cornaquée par Pierre-Henri Deleau, Délégué général qui, cofondateur de la manifestation avec le regretté Michel Mitrani, avait choisi après 22 ans aux commandes, de tirer sa révérence, a apporté un lot habituel de découvertes dans une sélection comme devant, intéressante. Le Festival s’ouvrait par un hommage à Jacques Doniol-Valcroze avec Jacques Doniol-Valcroze, Les Cahiers d’un cinéaste, un documentaire de Nicole Berckman Doniol-Valcroze. Gérard Mordillat était honoré. Auteur pour la télévision d’une œuvre considérable dont La Voix de son maître (1978), La véritable histoire d’Artaud le Mômo (1993), co-réalisé avec Jérôme Prieur, en compagnie d’Antonin Artaud, co-écrit avec Jérôme Prieur ; Corpus Christi (12 x 52 min., 1997), L’origine du Christianisme (10 x 52 min., 2003) et L’Apocalypse (12 x 52 min., 2008, voir fiche), formidable décryptage, co-réalisé avec le même Jérôme Prieur ; L’Ile atlantique (2005) ; La Forteresse assiégée (2007, Prix Télévision de la Critique 2007) il recevait l’Eurofipa d’honneur pour l’ensemble de son œuvre. Au palmarès dans le domaine français étaient récompensés Un homme d’honneur (voir fiche) de Laurent Heynemann, Fipa d’argent, fiction sur la vie et le suicide de Pierre Bérégovoy ; Angélique et Jean-Claude Nachon, Fipa d’or de la musique originale pour L’affaire Salengro (voir fiche) d’Yves Boisset, sur le suicide d’une autre victime de la rumeur, ministre du Front Populaire, Roger Salengro. Dans la catégorie documentaires, William Karel recevait le Fipa d’argent pour Qui a tué Maggie (voir fiche) cependant que Jean-Marc Sinclair et Jean Crousillac étaient récompensés par un Fipa d’argent pour Umoja, le village interdit aux hommes, dans la catégorie Grands Reportages et faits de société. Dans le Nord du Kenya, des femmes sumburus ont décidé de se protéger dans le village interdit aux hommes, fondé par l’une d’elles, Rebecca Lolosoli et où femmes violées, battues, répudiées trouvent un refuge précaire car toujours menacées par la jalousie des hommes. A Bruno Monsaingeon était

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décerné le Fipa d’or de la catégorie musique et spectacle pour Piotr Anderszewski, voyageur intranquille (voir fiche). La Belgique a été particulièrement à l’honneur en remportant le Fipa d’or de la sélection séries et feuilletons (cinq séries en compétition) avec De Smaak van De Keyser (L’Empereur du Goût) de Frank Van Assel et Jan Matlys, sur un scénario de Marc Didden (la quête de la vérité sur George, 80 ans qui vient de mourir et dont le frère « Alfred » avait prématurément disparu en camp de concentration, durant la seconde Guerre Mondiale). Le Fipa d’argent de la catégorie récompensant le film canadien français Les Lavigneur, la vraie histoire de Sylvain Archambault (scénario de Jacques Savoie), l’histoire d’une famille dont la destin a basculé à la suite d’un gain fabuleux au « loto-Québec ». Au total 71 programmes étaient en compétition répartis en 6 sections : fictions (9 films), séries et feuilletons (5), documentaires de création et essais (18), grands reportages et faits de société (16), musique et spectacles (14), programmes courts (9). Ces films représentaient un total de 23 pays (Nouvelle Zélande, Sénégal, Australie, Canada, Japon, Chine, Liban, Palestine, Hongrie, Estonie, Espagne, Hongrie, Roumanie, Grèce, Pologne, Pays Bas, Royaume-Uni, Suisse, Belgique, Allemagne, Irlande, Suède et France). Une section Situations de la création française regroupait (documentaires et fictions) 34 programmes, et une section Situations de la création européenne, 13 programmes. Au total, toutes projections confondues, mais hors programmes présentés au FIPATEL, plus de 200 programmes étaient présentés. Contrairement aux autres années, il n’y eut pas de révélation fracassante mais une présentation de programmes de grande qualité pour cinq jours de « télévision idéale » (ou presque), fruit d’une sélection indépendante. Le FIPA constitue une occasion tout à fait exceptionnelle de découvrir des programmes du monde entier. En revanche, on peut toutefois déplorer, comme l’a souligné Pierre-Henri Deleau, que 80 % des programmes étrangers primés par le FIPA depuis l’origine soient restés inédits en France. Le FIPA est aussi l’occasion de profiter de la présence de très nombreux invités pour organiser débats et confrontations publiques. Cette année le « grand débat » co-organisé par la SACD et la SCAM était très lié à l’actualité puisqu’il proposait de dresser un premier constat des premiers jours de soirées sans publicité sur France Télévisions : « 18 jours sans pub et alors ? » ChB 4 au 8 février 2009. Création télévisuelle. Festival International de Luchon. Nous avons déjà consacré un compte rendu de cette manifestation, alors dans l’œil d’un (mini) cyclone juridique dans la précédente saison (saison 2009, p 25). Le Festival repris en main par l’Association Festival TV Comminges Pyrénées

(AFTVCP), ardemment soutenu par Serge Moati (président) et Quentin Raspail (Festival de la fiction de La Rochelle), poursuivait une indispensable refondation. Celle-ci avait été amorcée l’année précédente par Jean Cressant qui contestait, pour l’édition 2009, la réappropriation par l’AFTVCP du festival dont il estimait avoir la propriété commerciale. En dépit de ce contexte houleux, et ce en l’absence de TF1 et de France Télévisions incertaines sur la tenue du festival, le cru 2009 avait été particulièrement goûteux. Belle performance ! Le jury professionnel présidé par un Claude Lelouch qui avouait ne rien connaître à la fiction télévisée, mais qui eut ainsi l’opportunité d’en découvrir la qualité et la créativité, avait récompensé Adieu de Gaulle, adieu (Canal+, voir fiche) de Laurent Herbiet, Grand Prix du festival (Pyrénées d’or). Son principal interprète, Pierre Vernier (le général de Gaulle) obtenait le Prix d’interprétation masculine. Beau carton également pour Les Poissons marteaux (voir fiche) d’André Chandelle qui obtenait le Prix du Public, ex aequo avec Revivre (Arte, voir fiche) d’Haïm Bouzaglo, le Prix d’interprétation féminine décerné conjointement à la jeune (et époustouflante) Sara Giraudeau et à Michèle Bernier (sa mère dans le film), et enfin, pour Willy Gouders, le Prix de la meilleure musique. Le film de Pierre Boutron, La Reine morte (France 2, voir fiche) d’après la pièce de Montherlant, engrangeait le Pyrénées d’argent, cependant que son interprète Gaëlle Bona (pour son rôle d’Inès de Castro) recevait, ex aequo avec Mehdi Nebbou, pour son rôle dans Le Choix de Myriam (mini série de Malik Chibane (France 3, voir fiche), le Prix « révélation ». Le Prix de la série récompensait Fais pas ci fais pas ça de Pascal Chaumeil (France 2, seconde saison, voir fiche). Une série épatante que la Saison avait ardemment défendue en dépit d’une audience très modeste à sa mise à l’antenne (mais qui, fort heureusement, avait été ensuite popularisée par des multi diffusions sur France 4). Festival franco-français comme celui de La Rochelle, vitrine du meilleur de la production hexagonale, Luchon revendique cependant le qualificatif d’« international ». L’ouverture d’une section spéciale, avec compétition ouverte à la production télévisuelle espagnole, l’y autorisait. Série populaire au-delà des Pyrénées, Amar, en tiempos revueltos de Juan Noguera remportait le prix spécialement dévolu à la sélection ibérique. Parmi les autres grands moments du festival, Désobéir. Aristides de Sousa Mendes (France 2, voir fiche) de Joël Santoni (avec, dans le rôle principal, son complice de 20 ans, Bernard Le Coq, héros de la série Une famille formidable sur TF1). et encore Clara, une passion française (France 2) de Sébastien Grall, retraçant la saga de la famille des Servan-Schreiber établie en France depuis la fin du XIXème siècle et qui devait s’illustrer dans le monde de la presse (Les Echos, L’Express, Psychologie)

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et dans celui de la politique avec Jean-Jacques ServanSchreiber (cette mini série sera analysée dans la saison 2011). Et parmi les programmes hors compétition Un souvenir (France 2, voir fiche) de Jacques Renard, Une ombre derrière la porte de Pierre Joassin avec la lumineuse Carole Richert et Bernard Yerlès (fera l’objet d’une fiche dans la saison 2011). Dans une section « Coups de cœur » on a pu apprécier (voir ou revoir) L’Affaire de Bruay-en-Artois (TF1, voir fiche) de Charlotte Brandström Villa Marguerite (France 3, voir fiche) de Denis Malleval et Sous les bombes (Arte, voir fiche in saison 2009) de Philippe Aractingi. Une section Nettalents était réservée à la Web fiction, avec une sélection de six films dont Sida, culotte et polichinelle in the box de Sophie Garric et Camille Ghanassu qui remportait le prix Spécial réservé pour cette catégorie en progression et qui voit s’exprimer de nouveaux talents. A noter qu’Arte et Canal+ (notamment) ont pris l’initiative de produire des séries documentaires ou fictionnelles sur ce nouveau « support ». Un temps exécrable s’était fait l’allié du festival, évitant toute « montagne buissonnière » et assurant des salles combles ! Longue vie au nouveau festival de Luchon (la prochaine édition, en février 2010, a pris l’appellation de Festival des Créations télévisuelles). ChB 16 février 2009. Prix télévision de la Critique. Décernés en même temps que les Prix cinéma, les Prix Télévision de la critique du Syndicat Français de la Critique de Cinéma et des films de télévision, refondés voici quatre ans après une absurde interruption de trente ans, ont couronné cette année, au cours d’une soirée conviviale et festive au Théatre du Rond-Point en présence de son directeur Jean-Michel Ribes qui nous y accueillait pour la sixième année : le Prix de la Meilleure fiction est revenu à Maman est folle (voir fiche saison 2009, p. 123 et 124) de Jean-Pierre Améris, un film dont le thème est la solidarité, l’exclusion et la solitude, avec, pour interprète, l’éblouissante Isabelle Carré ; le Prix du Meilleur documentaire récompensait Elle s’appelle Sabine (voir fiche saison 2009, p. 250 et 253) réalisé par la comédienne Sandrine Bonnaire, passé avec brio derrière la camera et qui dresse, dans ce film, le portrait émouvant de sa jeune sœur autiste, trop longtemps mal soignée faute de bon diagnostic et de structure adaptée, tout en rendant un vibrant hommage à cette petite unité spécialisée dans l’accueil de patients frappés de déficiences mentales et au dévouement de son personnel. Un film indispensable pour alerter l’opinion sur des infrastructures dramatiquement trop rares. Ce film qui avait été réalisé pour la télévision mais étant ensuite sorti en salles, a également, c’est une grande première dans la longue histoire des Prix de la critique, obtenu dans la catégorie cinéma le Prix récompensant le

Meilleur premier film français. Ont assisté à cette belle soirée animée par Charlotte Lipinska, Agnès Varda, Sandrine Bonnaire, Thierry Frémaux, Bertrand Tavernier, etc.. sans oublier, la fine fleur de la critique dont Henry Chapier, Michel Ciment, et une cinquantaine de leurs labadens. 5 au 21 mars 2009. 31ème édition du Cinéma du réel, Festival international des films documentaires. Autour du Centre Pompidou, principal lieu de projection avec le Centre Wallonie Bruxelles et le MK2 Beaubourg, près de 300 films ont été présentés dans cette manifestation qui est en France, le rendez vous de référence du cinéma documentaire. Le Grand Prix de la compétition a été décerné à Below Sea Level, de Gianfranco Rosi (Etats-Unis, Italie), sur une communauté très pauvres de marginaux, en Californie. Parmi les rétrospectives, un hommage au cinéaste Gilles Perrault et une présentation du travail de Denis Gheerbrant sur Marseille. En collaboration avec l’Ina, un hommage était rendu à la télévision publique française « lorsqu’elle était un véritable laboratoire de création dans sa représentation du monde ». 25 au 29 mars 2009. FIGRA. Festival international Grands Reportages d’Actualité et Documentaire de Société. Le Touquet-Paris-Plage. Festival dédié aux « écrans de la réalité », documentaires et reportages produits pour la télévision, le FIGRA a notamment distingué : Grand Prix : Les Femmes de la Brukman (Québec) d’Isaac Isitan (réalisateur argentin). Prix du jeune public et Prix de l’investigation : Han, le prix de la liberté d’Alexandre Dereims (voir fiche), ex aequo avec Trafic d’armes et raisons d’Etat de Paul Moreira. Prix du Public et mention spéciale du jury : Clavel, l’enfant n° 13 (voir fiche, saison 2009, p. 241 à 243). Prix spécial du jury : Les héros sacrifiés du 11 septembre de Xavier Deleu. 4 mai 2009. Lauriers de la télévision du Club audiovisuel de Paris. La 14ème édition, a récompensé, dans le cadre prestigieux du Sénat, au Palais du Luxembourg, pour la fiction, Seule (voir fiche) de Fabrice Cazeneuve et son interprète féminine Barbara Schulz, ainsi que Rien dans les poches (voir fiche) de Marion Vernoux et son interprète féminine Emma de Caunes. Le laurier du docufiction a été décerné à Versailles, le rêve d’un roi de Thierry Binisti et celui du documentaire à 14-18, le bruit et la fureur (voir fiche) de Jean-François Delassus. Un Laurier Musique est revenu à Jean-François Zygel pour La Boite à musique. Serge le Péron et son interprète féminine Josiane Balasko ont obtenu le Laurier du Portrait pour Françoise Dolto, le désir de vivre (v. fiche)

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15 juin 2009. Remise des Prix SACD 2009. La petite rue Ballu ouverte au milieu du XIXème siècle (à l’occasion on y découvrit une quarantaine de tombes gallo-romaines) semble vouée aux Arts. Elle porte le nom de Théodore Ballu, architecte de l’église de La Trinité. Emile Zola, Alexandre Dumas fils et le compositeur Roger Planquette (mais si, souvenez vous, Les Cloches de Corneville et cet air fameux : Va, petit mousse !) y ont résidé. Enfin s’y trouvent aujourd’hui les sièges de l’ADAMI, de la SACEM (direction culturelle) et de la SACD (et de sa Maison des auteurs). et c’est précisément dans l’hôtel particulier de la SACD, au numéro 11 bis, qu’a traditionnellement lieu, au milieu du mois de juin, en fin d’après midi, une cérémonie sympathique, conviviale et très attendue : la remise des Prix de la SACD. Le Grand Prix a couronné, cette année, Agnès Varda pour l’ensemble de son œuvre. Toujours jeune à 81 ans, la réalisatrice, maintes fois récompensée cette année pour son dernier opus (le 47ème), Les Plages d’Agnès. Le Prix Télévision récompense Serge Meynard, un auteur réalisateur que nous apprécions beaucoup à la saison pour son style original et très caractéristique qui fait la part belle à l’étrange et à l’illustration onirique et fantastique et qui excelle dans l’exercice du thriller. On lui doit notamment Miroir, mon beau miroir (voir fiche, saison 2009, p. 133 et 134), Passés troubles (voir fiche, saison 2008, p. 79 et 80), L’Hôpital souterrain (voir fiche, saison 2002, p. 94 et 95), pour ne citer que quelques œuvres sur une filmographie riche de 19 téléfilms et de 3 films de cinéma. Le Prix Nouveau Talent Télévision revient à Sarah Lévy qui avait réalisé pour le cinéma Bleu jusqu’en Amérique (1999), coproduit par ARTE cinéma. Pour la télévision on lui doit Au crépuscules des temps, une fable d’anticipation sur la manipulation génétique, mariant humour, gravité, effets spéciaux, etc…, en un cocktail inventif, autour du personnage du Docteur Warlack (Edouard Montoute), savant fou dans la tradition du cinéma B (voir, fiche saison 2008, p. 49 et 50). Et également Un petit garçon silencieux (réal. et sc.), son premier téléfilm (voir fiche, saison 2006, p. 172 et 175). Elle avait également écrit le scénario de De gré ou de force, film cruel sur le monde moderne du travail, réalisé par Fabrice Cazeneuve (voir fiche, saison 1999, p. 155). En 2008, elle signait un téléfilm pour lequel toute la rédaction de la saison a eu un coup de cœur et qui avait été l’un des événements du Festival de la Rochelle 2008 : Little Wenzou (voir fiche) met en scène une jeune immigrée chinoise délurée dans le quartier asiatique d’une ville du Nord de la France. Quelques parapluies se sont ouverts dans le jardin où était servi le buffet, mais la pluie (légère) eut la discrétion de ne pas insister ! ChB

16-22 août 2009. 21ème édition des États Généraux du film documentaire de Lussas. Lussas, ce sont deux rues qui se croisent. Qui se vident (au moment des projections) et se remplissent (à l’heure des repas). La foule déboule d’un coup des salles de cinéma improvisées pour s’asseoir autour des tables alignées dehors. Lussas, petit village agricole, se transforme, le temps d’une heure, en restaurant. Cela fait plus de vingt ans que le petit monde du documentaire – cinéastes connus, réalisateurs débutants, producteurs, historiens, critiques– se rassemble chaque été dans ce village de l’Ardèche pour visionner jusqu’à plus soif et discuter de la forme et du fond d’un genre qui a bien failli disparaître dans les années 1980, s’est renouvelé jusqu’à exploser sur les chaînes de télévision, grandes consommatrices du genre, avant de se retrouver menacé par de nouveaux dangers, dont la standardisation. Les Etats Généraux du film documentaire de Lussas défendent une conception engagée du cinéma, c’est-à-dire qu’ils privilégient le point de vue d’auteur. Soutenue par le Centre National du Cinéma (CNC), la Direction régionale des affaires culturelles, le Conseil régional Rhône-Alpes et le Conseil général de l’Ardèche, cette manifestation qui offre la particularité de ne pas être compétitive se veut d’abord un lieu de réflexion, voire de résistance. Les séances sont l’occasion d’interroger un réalisateur sur sa démarche. La programmation, élaborée par Pascale Paulet et Christophe Postic, cherche les regards singuliers, les jeunes auteurs en même temps qu’elle contribue à la constitution d’une culture du documentaire. Chaque année, le public (croissant) s’énerve à courir d’une salle à l’autre, face à des choix impossibles. Près de deux cent films sont montrés en une semaine, jusqu’à seize films par jour et parfois six au même moment, répartis selon des thématiques que l’on retrouve d’une fois sur l’autre : journée SCAM, journée Sacem, un évènement dans l’évènement (voir notre rubrique L’Ecume des jours à la date du 18 août), fenêtres ouvertes sur un pays étranger (cette année la Pologne, la Roumanie), sur un réalisateur (Peter Hutton), etc. Projections spéciales, à ciel ouvert, chez l’habitant, ateliers, séminaires, viennent compléter ces Etats Généraux soucieux de ne pas s’endormir et de renouveler ses approches. On s’inquiète du retrait de l’Etat. La manifestation s’est ouverte pour la première fois cette année à d’autres formes d’expression que le cinéma : la photographie et les arts plastiques. L’association « Les Amis des Etats généraux du film documentaire de Lussas » a prolongé le séminaire inauguré en 2008 sous le titre « les Formes de luttes et luttes de formes » en invitant deux artistes plasticiens aux côtés du réalisateur Marcel Trillat, pour réfléchir philosophiquement et politiquement autour du thème « Investir l’espace public ». Coordonnée par Jean-Louis Comolli

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et Marie-José Mondzain, cette journée tonique a permis de mettre en lien des modes d’intervention très différents. Ernest Pignon-Ernest, qui réalise depuis trente ans des sérigraphies non signées qu’il colle de nuit sur les murs des villes. Gérard Paris-Clavel, cofondateur de Grapus, qui a pratiqué l’affichage d’interventions graphiques dans les années 1960 et dirige aujourd’hui l’association Ne pas Plier. Tous deux ont montré qu’on pouvait ouvrir de nouvelles brèches dans l’archaïsme des figures de lutte politique. La projection le soir du film Les Yes Men refont le monde, a permis d’apprécier (diversement) deux figures iconoclastes du militantisme anglo-saxon, Andy Bichlbaum et Mike Bonanno. Ce duo perturbateur entreprend des actions corrosives sur le terrain du pouvoir. En infiltrant les grands rassemblements économico-politiques, ces deux « faussaires », déguisés en industriels bon teint, poussent jusqu’à l’absurde la logique capitaliste, dévoilant au passage le cynisme de leurs confrères. Le documentaire, coréalisé par eux et Kurt Engfehr, offre l’exemple d’opérations de retournement. Film à voir pour connaître leur mode particulier d’intervention, entre canular bricolage et subversion, il a surtout valeur de témoignage. La journée des Amis de Lussas a fait partie des moments forts de ces rencontres. Comme la programmation « Afrique ». Le continent africain occupe une place privilégiée depuis quelques années à Lussas. Grâce au travail impulsé par JeanMarie Barbe, l’enfant du pays, qui après avoir créé et dirigé les Etats Généraux, a passé la main pour se consacrer à sa nouvelle passion, contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération de documentaristes africains. En 2003, Jean-Marie Barbe a lancé le projet Africadoc, un programme sur dix ans, destiné à favoriser la constitution d’un pool de producteurs et de réalisateurs à travers la mise en réseau de compétences via des guichets Nord-Sud. Résidences d’écriture dans différents pays d’Afrique à tour de rôle, recherche de partenariats européo-africains concernant la production et la diffusion télévisuelle… Lâchée par le ministère français des affaires étrangères en cours de route, cette initiative a pu se maintenir grâce à la région RhôneAlpes et la Francophonie. Cette année, une petite dizaine de documentaires ont été montrés. Des oeuvres plus ou moins abouties, qui offrent l’intérêt de montrer cette génération émergente et son désir nouveau de se coltiner l’actualité politique du continent noir, de décrypter la société, de bousculer quelques tabous. Ainsi Boul Fallé, la voie de la lutte, de la réalisatrice sénégalaise Rama Thiaw, sur la lutte traditionnelle dans les banlieues de Dakar (images très travaillées, beauté formelle, éloge du corps mais ambiguïté de cette ode à la virilité). On préfère La Gardienne des étoiles, de Mamadou Sellou Diallo, cinéaste également

sénégalais, qui filme le corps féminin à travers celui de sa femme enceinte (douceur, douleur, sensualité cosmique). Et surtout La Tumultueuse Vie d’un déflaté, portrait poignant, drôle, d’un personnage hors norme, Z, conducteur pendant vingt ans de la locomotive Abidjan-Ouagadougou, licencié en 1995 par la Société des chemins de fer du Burkina Faso suite à la privatisation imposée par la Banque mondiale. Un film rebelle, de Camille Plagnet, résultat d’un étonnant travail à deux. Moins réussi, Autopsie d’une succession, de Augustin Talakeana et Luc Abaki, qui témoigne de ce désir justement chez un certain nombre de cinéastes de tenir la chronique de leur pays malgré la censure. Comment écrire l’histoire du Togo dans les limites de ce qu’il est possible de dire… L’expérience a littéralement passionné les cinéastes africains. Sur un thème cher à Lussas – comment filmer l’ennemi ? –, un documentaire iranien a apporté une réponse particulièrement intéressante. Bassidji ou le dialogue entre trois bassidji (défenseurs parmi les plus extrêmes de la République islamique) et le cinéaste Mehran Tamadon. Une sorte de partie d’échecs idéologique éprouvante. Un face à face courageux, à l’issue incertaine. Fascinant. CH 16 au 20 septembre 2009. 11ème Festival de la Fiction TV (La Rochelle). Pour sa 11ème édition, le Festival de la Fiction TV créé par Quentin Raspail et désormais solidement établi à La Rochelle, a encore pris de l’importance et est devenue l’incontournable vitrine où se confrontent les meilleures fictions françaises (pratiquement toutes inédites lors du Festival). Mais l’arbre aussi beau soit-il, ne saurait cacher la forêt et cette année, face au vieillissement du public de la fiction française (à 60 % constitué de téléspectateurs de plus de 60 ans ans) et un désintérêt corrélatif et particulièrement marqué du public plus jeune (les moins de 35 ans ne représentent plus que 15 % de ce public), un grand débat extrêmement riche et auquel s’était joint Frédéric Mitterrand, Ministre de la Culture, était organisé sur la crise actuelle de notre fiction, battue en brèche par les productions américaines (notamment les séries particulièrement prisées par le jeune public), à la recherche d’un financement plus sécurisé, notamment pour la création, appelée enfin à mettre en œuvre un renouvellement éditorial indispensable. De même la création d’un « guichet unique », c’est-à-dire d’une direction unique de la fiction de France Télévisions, toutes chaînes confondues, soulevait l’inquiétude des producteurs, des réalisateurs et des scénaristes. Franco-français, le festival multiplie cependant des ouvertures internationales. Ainsi, à côté de la sélection européenne qui réunissait cette année huit fictions (Allemagne, Angleterre, Espagne, Italie, Pologne, Portugal, République Tchèque et Suède), étaient présen-

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tées, en partenariat avec le Festival Panafricain de Cinéma de Ouagadougou (FESPACO) et TV5 Monde, une sélection de films africains : Une femme pas comme les autres d’Abdoulaye Dau, (Burkina Faso) et Paris à tout prix de Joséphine Ndagnou, (Cameroun), primés au FESPACO 2009 et Fada de Magagi Issoufou Sani, (Niger). Sans oublier des productions québécoises avec les séries Aveux de Claude Desrosiers et Serge Boucher et Tout sur moi de Stéphane Lapointe et Stéphane Bourguignon, toutes deux diffusées par Radio Canada. Plusieurs films étaient présentés hors compétition ou en projections spéciales. Déchaînées, projeté en première mondiale, a été réalisé par Raymond Vouillamoz, un artisan majeur du Festival de la Rochelle puisque c’est lui qui, depuis 5 ans, préside le comité de sélection. Déchaînées, film très actuel illustre l’éclectisme du talent de son réalisateur dont on trouve dans ce volume, la relation d’une fiction historique et romanesque (Les Amants de la Dent Blanche, voir fiche). Comme chaque année, on peut s’étonner de voir présenter, hors compétition des réalisations inédites. Ainsi côté téléfilms Un singe sur le dos de Jacques Maillot sur le combat d’un alcoolique contre son addiction et, après sa chute, sa difficile rédemption. Avec un Gilles Lellouche tout à fait impressionnant. Côté séries, Braquo d’Olivier Marchal, produit par CAPA Drama, avec Jean-Hugues Anglade dans le rôle principal et qui, après Mafiosa et Engrenages, marque une nouvelle fois la volonté de Canal+ d’innover dans le domaine de la série policière avec une mise en scène sans complexe de la violence et la création de personnages ambivalents, loin des « héros citoyens » et consensuels. Côté comédie, Mes Amis, mes amours, mes emmerdes de Sylvain Aymé, illustre l’effort de TF1 pour développer une comédie chorale renouvelée. Moins convaincante et toujours hors compétition, L’Internat, série de M 6, avait l’intérêt de toucher au genre fantastique. Très grand moment du festival, Des gens qui passent (France 2) d’Alain Nahum sur un scénario de Jacques Santamaria, réalisait la gageure de restituer à l’écran ce qui restait jusqu’ici considéré comme une mission impossible : l’esprit des romans de Modiano. Adapté du roman Un cirque passe, ce téléfilm qui apporte quelques compléments scénaristiques au livre, est une formidable réussite. Impressionnant et magistralement interprété par Marianne Basler et Daniel Russo, Un viol (France 2) de Marion Sarraut fit une grande impression. A noter encore une belle réalisation d’Olivier Lecot, pour Arte, dans la collection d’aventures lointaines, Une aventure new-yorkaise. Très novateur et nouvelle illustration de la représentation de la communauté chinoise dans la fiction française, après Little Wenzhou (découvert lors de la 10ème édition) de Sarah Lévy et l’excellent La Folle au fond du verre à saké (Canal+) de Nicolas Tackian, également en com-

pétition quoique déjà diffué (voir fiches), Belleville Story (Arte) d’Arnaud Malherbe « décoiffe » et mélange violence et humour dans un polar pas comme les autres. On a pu le constater depuis longtemps (cf Les Shadoks ou La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède), les programmes courts sont un espace privilégié pour l’invention et l’originalité. Le cru 2009 n’a pas failli à cette tradition avec plusieurs séries : Ca vous est déjà arrivé… (« d’imiter votre patron », « d’avoir une crise de gastro », etc), suite de « pilules » d’une minute trente dédiées à des situations embarrassantes ; Victor Poussin bricoleur, série belge de sujets tournant autour de 2 min., réalisés par J.F. Eedekens et interprétés par Dominic Brumagne (également coscénaristes) ; Les Bonobobos d’Alain Berliner, ou mésaventures de couples de bourgeois bohêmes, tenant des fameux grands singes particulièrement portés sur le sexe. Enfin Déformations professionnelles de Benjamin Guedj, diffusé sur M 6 (voir fiche). Parmi les pistes à explorer pour redonner au jeune public le goût de la fiction française, les « Web fictions » ont été évoquées. Le Festival ayant d’ailleurs crée pour elles une catégorie particulière dans laquelle des formats très courts (Les Bonobobos voir supra), Le Conseil du jour, L’histoire racontée par des chaussettes, Kaïra shopping (Canal+) de Franck Gastambide, seconde saison d’une série remarquée, « caillera » et particulièrement déjantée. Chaque année une projection spéciale constitue pour le public le « clou » du Festival. Ce fut l’année dernière celle de La journée de la jupe (voir fiche) longuement ovationnée en dépit de l’absence de son interprète Isabelle Adjani. La vedette revenait cette année à Mourir d’aimer, en présence de Muriel Robin, l’interprète (présente au Festival) de cette nouvelle variation, signée Josée Dayan, après le Mourir d’aimer (1971), d’André Cayatte avec l’inoubliable Annie Girardot, du drame qui avait conduit une professeur éprise de son élève mineur, au suicide. En dépit de la performance de Muriel Robin (qui s’apparentait à une mission impossible) et au talent du jeune Sandor Funteck, le téléfilm (très applaudi), tourné à Angoulême et dans l’île de Ré, est moins convaincant que la première version. Le jury présidé cette année par Robin Renucci a récompensé les programmes suivants : Meilleur téléfilm : Belleville Story (Arte) d’Arnaud Malherbe) ; Meilleure mini série : Paradis crimninel (France 3) de Serge Meynard ; Meilleure série de Prime time : Kaamelott d’Alexandre Astier (nouveau format de 45 min.) ; meilleure fiction de seconde partie de soirée : Azad (France 2) de Nicolas Tackian, dans la nouvelle collection de France 2, Identités ; Meilleur programme court : Déformations professionnelles (M 6) de Benjamin Guedj ; Meilleure fiction du Web : L’histoire racontée par des chaussettes de Dédo et Yoane ; Meilleure interprétation féminine : Anne-Lise Hesme dans Entre deux

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ombres (France 3) de Philippe Venault (réal.), Marc Herpoux, Sébastien Thibaudeau (sc.) ; Meilleure interprétation masculine : Mehdi Nebbou dans Douce France (France 2) de Stéphane Giusti (réal.), Régis Warnier, Raphaëlle Valbrune (sc.) ; Meilleur scénario : Hervé Korian pour Les Associés d’Alain Berliner (réal.) ; Meilleure musique : Nicolas Jorelle pour Un viol de Marion Sarraut (réal.), Conte de la frustration (France 2) d’Akhenaton et Didier Daarwin, obtenait un prix dont l’intitulé a plongé les critiques et le public dans un abîme de perplexité : « Prix de la meilleure contribution technique ». Prix spécial du jury de la ville de la Rochelle : Grands reporters (Arte) de Gilles de Maistre (réal. et cosc.) et Christophe Graizon (cosc.), intéressant essai de fiction dans un contexte quasi documentaire. Prix des collégiens de Charente Maritime : La Saison des immortelles de Henri Helman (réal. et cosc.) et Catherine Borgella (cosc.), thriller sur fond de Résistance en mars 1944. Inini c’est fini ma jolie (et j’en ai peut-être oubliés !). Au total 37 programmes avaient été présentés en compétition, 6 hors compétition, 8 faisaient l’objet de « projections spéciales ». Un festival qui illustre la très grande qualité du meilleur de la fiction française. Le Festival des créations télévisuelles de Luchon (3 au 7 février 2010), suite naturelle pour le début de l’année 2010, du Festival de la Fiction de La Rochelle, dont Quentin Raspail et Serge Moati ont appuyé la refondation, est appelé à relayer en février cette vitrine raisonnée d’une fiction française ambitieuse. En attendant, en septembre 2010, la douzième édition rochelaise. ChB 9 au 16 novembre 2009. 20ème Festival international du Film d’histoire de Pessac. Pour son vingtième anniversaire, qui coïncidait cette année avec les 20 ans de la chute du Mur de Berlin, le Festival de Pessac a choisi comme thème « Il était une fois le communisme ». On sait l’intérêt de cette manifestation créée et conduite par Pierre-Henri Deleau, responsable également de la sélection des films présentés et de l’organisation des débats avec les plus éminents historiens. Au palmarès : Vincere de Marco Bellochio (Prix du jury fiction) et L’Important c’est de rester vivant-Au cœur de la folie khmère, de Roshane Saidnattan. 18 au 20 novembre 2009. Troisième édition du Festival européen des 4 écrans (cinéma, télévision, internet, téléphone mobile), organisé au MK2 Bibliothèque et à la Bibliothèque François Mitterrand. Plus de 50 programmes étaient présentés en compétition et le grand Prix a été attribué à Burma VJ : reporting from a closed country, documentaire danois tourné en Birmanie par Anders Ostergaard. Créé et animé par Hervé Chabalier, son délégué général, cette manifestation qui

« donne à voir la révolution numérique » a été suivi par un public nombreux et jeune. 7 décembre 2009. Prix Export 2009 de TVFI ; Prix du Producteur Français 2009 de la Procirep. Dans un lieu mythique retrouvé, la salle Wagram à Paris, riche de 150 ans d’histoire, ancien bal populaire puis temple de la boxe, lieu de spectacle et de concert, entièrement restaurée à l’identique de ce qu’elle fut au temps de sa splendeur, se sont tenues, à l’occasion d’une soirée festive où se pressait une foule nombreuse de « professionnels de la profession », les remises des Prix EXPORT décernés par TVFI et les Prix du Producteur Français, attribués par la Procirep. Les 6èmes Prix Export ont couronné : pour l’animation Sam Sam distribué par Moonscoop, série qui connaît un grand succès en Grande-Bretagne, en Australie et au Canada. C’est un programme que nous avions particulièrement apprécié à la saison. Sam Sam est produit par Bayard Jeunesse Animation, Araneo, France 5, etc. Pour le documentaire Devenir femme au Zanskar a été distingué, ce film de Jean-Michel Corillon est distribué et produit par ZED et coproduit avec France 5, la RTBF, RTSI, etc. Pour la fiction, Mafiosa (voir fiche), série diffusée sur Canal+, distribué par AB International, et présente dans une soixantaine de pays, a triomphé. Traditionnellement la Procirep décernait deux prix, le Prix du Producteur Français et le Prix du Jeune Producteur Français. Elle en distribue désormais trois, à l’exemple de TVFI, le Prix Animation revenant à Blue Spirit Animation qui a notamment produit en 2008-2009 Sam Sam, Ovni, Les P’tites Poules. Maha qui présentait le soir même sur France 3 son docufiction sur les époux Courjault, Parcours d’une mère ordinaire, réalisé par Jean-Xavier de Lestrade, a reçu le Prix du documentaire. Et c’est CAPA Drama d’Hervé Chabalier qui recevait le Prix Fiction. Nous lui devons cette année L’Ecole du Pouvoir (voir fiche) de Raoul Peck. Sur Canal+, CAPA renouvelle la série policière avec Braquo d’Olivier Marchal et Frédéric Schoendorffer, une série qui n’a rien à envier, côté flics expéditifs et violence, au modèle américain, The Shield. ChB

Dernière minute !
26-31 janvier 2010. 23ème Festival International des Programmes audiovisuels (FIPA) à Biarritz. On trouvera un compte rendu détaillé de cette 23ème édition du FIPA dans la Saison 2011. Année de transition après 22 ans de Pierre-Henri Deleau aux commandes, la manifestation, désormais conduite par Teresa Cavina, sa déléguée générale, a présenté 120 programmes en compétition et quelques 300 programmes au FI-

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PATEL. Au palmarès le grand vainqueur a été Arnaud Bédouet, réalisateur et auteur du scénario, qui signait avec Clandestin (fiction) son premier film, récompensé par quatre prix. Il remporte le Prix Michel Mitrani qui distingue, toutes sections confondues, une première, seconde ou troisième œuvre française, le FIPA d’argent de la section fictions, le FIPA d’or du meilleur scénario et le FIPA d’or de la musique originale (Philippe Miller). Un jeune Mauritanien, après un périple clandestin, débarque à Barbès, à Paris, à la recherche de son frère disparu dont les mandats permettent à toute la famille de subsister. Le FIPA d’or de la section fiction récompense Anvers de Martin Maria Smits (Pays Bas), un autre film engagé retraçant la tragédie d’une famille sombrant dans la pauvreté. Dans la section Séries et feuilletons, Occupation de Nick Murphy reçoit le FIPA d’or. Le sujet, politique, est très contemporain puisqu’il retrace, à travers l’histoire de trois soldats engagés en Irak, les magouilles et les trafics qui se pratiquent. Une nouvelle fois, la télévision britannique a démontré son audace à s’emparer de sujets tirés de l’actualité la plus brûlante. Le FIPA d’argent revient à l’Italie avec Lo Scandalo della Banca Romana de Stefano Reali. Un film chinois, Fuq Hin He Ezi, d’une durée exceptionnelle de 209 minutes dont Yuan He est l’auteur complet (réal., aut., photo et montage !), est distingué par le FIPA d’or de la section Documentaires de création et essais : la chronique de l’existence quotidienne d’un père vieux et malade et de son fils, déficient mental, dans une communauté montagnarde. Le FIPA d’argent récompensant Los Caminos de la memoria , encore un film engagé, de José-Luis Peñafuerte (Belgique), hommage aux républicains anti-franquistes, défenseurs de la liberté et acteurs majeurs dans la résistance française sous l’occupation. Main basse sur le riz de Jean Crépu, a reçu le FIPA d’or de la section Grands reportages et faits de société : une dénonciation des spéculations sur une culture qui nourrit la moitié de l’humanité. Sihat Hutz (Israël) d’Amikam Godman obtenait le second prix. Cédric Klapisch a été récompensé pour son film Aurélie Dupont, l’espace d’un instant, par le FIPA d’or de la catégorie Musique et spectacle. Beaucoup de films engagés dans ce palmarès qui a fait la part belle à la générosité et au courage de ceux qui ont lutté ou luttent aujourd’hui, tout en dénonçant les injustices et les dérives de la société contemporaine. Bref des films qui dérangent et qui sont le contraire de cette routine qu’évoque la spirituelle affiche du festival signée Thomas Bossaro. Métaphore d’une télévision « plan-plan » et formatée, elle représente deux fortes ménagères qui se croisent, tête baissée et indifférentes l’une pour l’autre, leurs cabas à la main, sur un passage pour piétons bien balisé. Elles traînent chacune, un petit chien identique. Les deux quadrupèdes tentent vainement de

se humer en tirant sur leur laisse. Parmi les moments forts de cette édition, la désormais traditionnelle séance de pitches lus par leurs auteurs (5 minutes chrono, chacun !) organisée par le SACD ; le très émouvant Souvenirs d’un vieil enfant, sur la rafle du Vél’ d’hiv’ d’Alain Guesnier, avec Philippe Ogouz ; le désopilant Politique à table (dans la nouvelle collection Identités, France 2) de Valérie Minetto, etc. Au réalisateur Benoît Jacquot, dont l’œuvre se partage entre grand et petit écran et qui présentait un téléfilm inédit Les Faux monnayeurs (France 2, réal. et adapt.), d’après le roman d’André Gide, était attribué un FIPA d’honneur pour l’ensemble de son œuvre. Oublié au palmarès, Voisins de Tahani Rached, Mona Assaad ou l’histoire récente de l’Egypte, lue à travers celle d’un quartier huppé du Caire, Garden City. ChB 3 au 7 février 2010. Festival des créations audiovisuelles de Luchon. Cette manifestation débonnaire et populaire, avec son petit côté « pipole » bon enfant, a pris le titre ambitieux, pour sa douzième édition de Festival des créations audiovisuelles. Propulsé par le très militant Serge Moati, une « locomotive », sans laquelle cette manifestation eut risqué, l’année dernière, d’être condamnée, et servi par l’exceptionnelle contribution de 300 bénévoles, le festival propose une sélection de programmes français. Une petite section de cinq programmes espagnols (voisinage du tras el pirineo oblige) lui donnant une ouverture internationale. 19 programmes français étaient en compétition, dont quinze « unitaires », deux mini-séries et deux séries ; une vingtaine d’autres films étaient présentés hors compétition. Nous ferons, dans la prochaine édition de la saison le compte rendu détaillé de cette manifestation. Au palmarès, un enthousiasmant premier film, produit par Arte, La Tueuse de Rodolphe Tissot, remporte le grand prix du festival, le « Pyrénées d’or » : l’histoire d’une jeune mère de famille dont l’addiction au jeu (le poker) détruira la vie de famille. Adrienne Pauly, une comédienne surprenante, qui interprète le rôle principal, reçoit le prix d’interprétation féminine. On se souvient que le scénario de ce film avait été lu au Festival de la fiction de La Rochelle par Florence Pernel et Robin Ranucci (voir saison 2009, p. 24). Fabrice Aboulker remporte le prix de la musique originale pour Notre-Dame des barjots, d’Arnaud Sélignac (réal.) et Dominique Garnier (sc.). Le prix de la meilleure photo récompense Aleksander Kaufmann, « chef op’ » de La Marquise des ombres, (mini-série, France 2), film historique d’Édouard Niermans sur Marie-Madeleine d’Albray, la vénéneuse marquise de Brinvilliers. Le prix du scénario échoit à Didier Decoin pour Le Roi, l’écureuil et la couleuvre (mini-série, France 3), remarquable fresque historique de Laurent Heynemann sur la rivalité qui

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Que la fête commence

opposa Fouquet et Colbert. Deux « films d’époque » en costumes sont ainsi couronnés. Autre événement, Fais danser la poussière (France 2) de Christian Faure (réal.), d’après le roman éponyme et d’inspiration autobiographique de la danseuse et chorégraphe Marie Dô qui cosigne le scénario avec Bruno Tardon, obtient deux prix, le Prix du public et le Prix spécial du jury. Ce film sur la résilience, le racisme et la revanche des mal aimés a été programmé le 10 février 2010. Parmi les autres films en compétition, Mensonges (oublié au palmarès) de Fabrice Cazeneuve, un très beau et très complexe portrait de femme, cadre de banque de province, dévouée au confort et au train de vie des siens, qui a pris l’habitude d’escroquer ses clients âgés et fortunés. et encore Le Troisième jour de Bernard Stora (réal. et cosc. avec le commissaire Mathieu Fabiani, célèbre « flic » passé à l’écriture). Sans oublier une nouveauté dans la fiction produite par Arte, Les Invincibles, une série jeune, cocasse et enlevée qui devrait contribuer à cette reconquête du public des moins de 35 ans, au centre aujourd’hui de tous les débats. À noter que les organisateurs du festival (ignorance ou mémoire défaillante ?) avait « oublié » d’inviter la saison. Il a fallu l’intervention personnelle de Serge Moati, un fidèle de notre annuel qu’il avait plusieurs fois brandi sur le petit écran dans les magazines qu’il animait, pour que

cette omission soit réparée, partiellement et in extremis. ChB 8 février 2010. Remise des Prix Télévision de la Critique 2009 (compte rendu détaillé dans la prochaine saison) ; Dans le cadre de la cérémonie annuelle de remise des Prix de la critique décerné par le Syndicat Français de la Critique de cinéma et des films de télévision, votre serviteur, par ailleurs délégué du SFCC pour la télévision, a eu l’honneur de remettre, sur la scène du Théâtre du Rond Point, à Paris, les Prix Télévision de la Critique. Le Prix de l’Audace, exceptionnellement créé cette année, a récompensé le roboratif brûlot d’Emmanuelle Bercot, Tirez sur le caviste (collection Suite noire, France 2, Arte, produite par Alain Guesnier, Agora Films). Le Prix de la Meilleure Fiction a été attribué au film de Jean-Paul Lilienfeld, La Journée de la jupe (Arte) et celui du Meilleur Documentaire, à L’Enfer de Matignon (France 5), de Philippe Kohly (réal. et cosc.) et Raphaëlle Bacqué (cosc.). On pouvait dès le lendemain trouver sur le site ouvert ce 9 février par le SFCC, la substantifique moelle de cette mémorable journée (discours d’ouverture de Jean-Jacques Bernard, palmarès détaillé, photos, etc.). Les trois œuvres primées sont, bien entendu, analysées dans le présent ouvrage.

© Sacd

Fête des Prix Sacd, 15 juin 2009

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© Hermance Triay, Le Seuil

Thierry Jonquet

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Adieu l’ami !

ADIEU L’AMI ! Personnalités du petit écran disparues entre le 1er septembre 2008 et le 31 août 2009
Par Jean-Pierre Piton, Christian Bosséno

André Badin (1932-2009) : comédien. Troisième couteau voire simple silhouette d’innombrables comédies « à la française » souvent aux côtés de Louis de Funès (Le Grand restaurant, 1966 ; La Zizanie, 1978) sans pour autant être toujours mentionné au générique, André Badin fit aussi de très nombreuses apparitions fugitives sur le petit écran entre 1959 dans Les Maris de Léontine d’André Leroux) jusqu’à Une Histoire de démission (1999) de William Crépin dans la série H. On le vit aussi dans de nombreux films publicitaires. Il est mort le 23 janvier 2009. Jacques Bar (1921-2009) : producteur. Disparu le 19 janvier 2009 à l’âge de 88 ans, Jacques Bar s’était essentiellement consacré à la production de films de cinéma, partageant sa carrière entre des auteurs comme Luis Buñuel (La Fièvre monte à El Pao, 1959), Louis Malle (Vie privée, 1962) ou Alain Cavalier (L’Insoumis, 1964) et des films plus « grand public » : policiers de bonne facture comme Dernier domicile connu (1970) et Un aller simple (1971) de José Giovanni, Un homme est mort (1972) de Jacques Deray ou marqués par des numéros d’acteurs : Les vieux de la vieille (1960) et Le cave se rebiffe (1961) de Gilles Grangier, Le Président (1961) et Un singe en hiver d’Henri Verneuil (1962). Il ne fit qu’une seule incursion sur le petit écran en tant que producteur associé du Comte de Monte Cristo réalisé par Josée Dayan en 1998 avec Gérard Depardieu. Albert Barillé (1921-2009) : scénariste, réalisateur, producteur. Créateur de la série d’animation Les Aventures de l’ours Colargol (1970), d’après le personnage créé en 1950 par Olga Pouchine et qui a inspiré à Mireille sa célèbre chanson, reprise par le générique, « C’est moi qui suis Colargol, l’ours qui chante en fa en sol, en do dièse en mi bémol, en gilet et en faux col… », Albert Barillé est aussi l’auteur de la vaste saga pédagogique et ludique, Il était une fois…, (7 séries d’animation, en 26 épisodes de 26 minutes). Les enfants mais aussi les adultes se souviennent avec émotion de la série Il était une fois… l’Homme (1978) qui retraçait l’évolution humaine depuis l’Antiquité jusqu’à la fin du XXème siècle.

Une musique de Jean-Sébastien Bach accompagnait le générique demeuré dans toutes les mémoires. Roger Carel était à la fois la voix off et celle de Maestro, un vieux sage barbu excentrique que l’on retrouva dans six autres séries dérivées : Il était une fois… l’espace (1982), Il était une fois… la Vie » (1986), Il était une fois… les Amériques (1991), Il était une fois… les Découvreurs (1994), Il était une fois… les Explorateurs (1997). Sa dernière production, au graphisme modernisé, fut Il était une fois… notre Terre (1999) entièrement dédiée à la préservation de la nature. Albert Barillé qui apportait un soin jaloux à écrire lui-même les dialogues de ces grands classiques de la série éducative avait été maintes fois récompensé, notamment par le Sept d’Or de la meilleure émission pour la jeunesse pour Il était une fois… la Vie, en 1986. Albert Barillé a quitté cette vie à 88 ans, le 11 février 2009 à Neuilly sur Seine. Alain Bashung (1947-2009) : chanteur, comédien. Disparu le 14 mars 2009 à Paris, Alain Bashung restera essentiellement comme l’un des chanteurs les plus marquants de sa génération. En regard, sa carrière au cinéma (une quinzaine de films) et sur le petit écran dans Des cornichons au chocolat (1991) de Magali Clément d’après le roman de Philippe Labro, Déshabillés fatals (1992) de Jean Marboeuf ou Attends-moi (1996) de François Luciani, est restée un peu marginale. Un documentaire lui a récemment été consacré, dans la collection Un jour, un destin (France 2) : Alain Bashung, dernier rappel, de Marie Zarka et Kahina Kaci. Jacqueline Baudrier (1922-2009). Journaliste. Pionnière de la radio et de la télévision, Jacqueline Baudrier est née à Beaufai (Orne) le 6 septembre 1922. Diplômée de la faculté de lettres de Paris, elle débute sa carrière de journaliste en 1948 à Radio Guadeloupe. Chroniqueuse politique à la RTF (Radio Télévision Française) en 1950, elle est, en 1960, rédactrice en chef du journal parlé de l’ORTF. En 1969, elle est nommée directrice de l’information de la deuxième chaîne. Elle avait été choisie, avec le journaliste Alain Duhamel, pour animer le premier débat jamais organi-

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sé entre les deux tours d’une élection présidentielle, le 10 mai 1974. Réalisé par Roger Benamou, et introduit par Jacqueline Baudrier, le débat oppose Valery Giscard d’Estaing à François Mitterrand. Les journalistes n’ont pas le droit de poser de questions, ils doivent seulement veiller à ce que chaque candidat ne dépasse pas son temps de parole (45 min. pour chacun). Un tirage au sort donne la parole en premier à VGE, en revanche, c’est François Mitterrand qui aura le mot de la fin. Deux énormes chronomètres, particulièrement disgracieux, sont bien visibles à l’image. Cet évènement diffusé sur les deux chaînes reste une grande date dans l’histoire de notre télévision. Après l’éclatement de l’ORTF, en 1975, Jacqueline Baudrier, devient la première femme Président directeur général de Radio France, la nouvelle structure de la radio publique où elle s’illustre notamment par le gain d’audience spectaculaire de France Inter. Après la victoire de François Mitterrand, étant réputée de sympathie pour la droite, elle doit quitter cette place stratégique, alors qu’elle n’avait pas été au terme de son troisième mandat. Michèle Cotta lui succède. Jacqueline Baudrier est aussitôt nommée ambassadrice à l’UNESCO. Elle est nommée en 1986 membre de la Commission nationale de la communication et des libertés qui succédait à la Haute autorité de l’audiovisuel et qui deviendra le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). En 1995, elle avait été nommée présidente du comité d’orientation des programmes de la Cinq qui fusionnera avec La Sept – Arte. Cette grande dame de l’audiovisuel, couronnée pendant sa riche carrière de nombreux prix prestigieux, s’est éteinte à Paris, le 2 avril 2009. Pina Bausch (1940-2009) : danseuse, chorégraphe. Cette célèbre chorégraphe allemande née le 27 juillet 1940, disparue le 30 juin 2009, quelques jours avant sa soixante-neuvième année, était, depuis 1973, à la tête de la compagnie Tanztheater de Wuppertal. On l’a vue au cinéma dans Et vogue le navire (1982) de Fellini (rôle d’une princesse aveugle) et au début de Parle avec elle (2002) de Pedro Almodóvar où elle dansait son célèbre Café Müller. En 1983, Chantal Akerman lui avait consacré un documentaire : Un jour Pina m’a demandé. André Bellec (1914-2008) : chanteur. Né le 12 février 1914 à Saint-Nazaire, André Bellec était l’un des Frères Jacques, et avait à ce titre participé à de nombreuses émissions de variétés. Vêtu d’un justaucorps vert, il était l’aîné du quatuor vocal fondé en 1945 et qui se produisit sur scène jusqu’en 1982. Depuis Senlis, le doyen des frères Jacques, 94 ans a rejoint, le 3 octobre 2008, son frère François, au paradis des saltimbanques. Il avait joué dans Les Empaillés (1969) d’Alberto Cavalcanti.

Béatrix Beck (1914-2008) : écrivain. Son ouvrage Léon Morin, prêtre fut porté deux fois à l’écran, d’abord par Jean-Pierre Melville en 1961 avec Jean-Paul Belmondo puis par Pierre Boutron en 1991 avec Robin Renucci. Née le 30 juillet 1914, Béatrix Beck est morte le 30 novembre 2008. Macha Béranger (1941-2009) : animatrice de radio, comédienne. De son vrai nom Michèle Riond, Macha Béranger anima sur France Inter, Allo ? Macha, une émission pour les couche-tard et les noctambules en difficultés sentimentales, financières ou professionnelles auxquels elle prêtait toujours une oreille attentive. Elle était avant tout une « voix » inimitable, une voix chaude et rauque, rongée par le tabac. Remerciée en 2006, après presque trente ans d’antenne et malgré un véritable tollé des auditeurs et le soutien de personnalités comme Alain Delon, elle avait trouvé refuge sur l’antenne de MFM dans Bonsoir Macha. Née le 22 juillet 1941 à Vichy et morte le 26 avril 2009, elle avait débuté comme comédienne après avoir suivi les cours de l’école de théâtre de Charles Dullin et tenu de petits rôles dans plusieurs films (Le Glandeur, 2000, Jean-Pierre Mocky ; Ce jour-là, 2003, Raoul Ruiz ; Vipère au poing, 2004, Philippe de Broca) et des séries télévisées telles que Les Brigades du Tigre et Sous le soleil où elle jouait le rôle de Béatrice Mondino. Guy Breton (1919-2008) : journaliste, écrivain, producteur. Décédé le 21 octobre 2008 à Antibes à l’âge de 89 ans, Guy Breton débuta comme journaliste et correspondant de guerre. Dans les dix volumes réunis sous le titre Histoires d’amour de l’histoire de France, il s’attacha à l’Histoire vue sous l’angle de l’amour, de l’humour et de l’insolite. Pour l’ORTF, il produisit et anima Le Cabaret de l’insolite (1959-1960) et Le Cabaret de l’Histoire (1969-1974). Jean Canolle (1919-2009) : Romancier, scénariste, réalisateur, auteur dramatique. Né à Toulon le 25 mai 1919, Jean Canolle, est l’auteur de nombreux romans (42 rue Courte ; Le Jaguar ; La Sauvageonne ; Les Demoiselles de Suresnes, etc.) et de comédies pour le théâtre (Petite Phèdre, Lady Godiva, Oï Pepina, etc.) dont certaines ont été également jouées dans l’émission de Pierre Sabbagh, Au Théâtre ce soir. A la télévision, il est l’auteur de nombreux scénarios. Son œuvre la plus célèbre reste un grand feuilleton quotidien qui connut une immense popularité et est resté dans les mémoires, Le Temps des copains (1961, 115 épisodes de 13 min, réalisé par Robert Guez). Il racontait la vie de trois étudiants provinciaux à Paris, Lucien Gonfaron (Henri Tisot), Etienne Chantournel (Jacques Ruisseau) et Jean Delabre (Claude Rollet). Jean Canolle a signé aussi un

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autre feuilleton quotidien, Sylvie des Trois ormes (1968, réalisé par André Pergament), à la gloire du Crédit agricole, bon génie d’un couple de jeunes agriculteurs qui modernisent leur exploitation. Autre succès avec Maurin des Maures (1970, 26 épisodes, qu’il a co-réalisé avec Claude Dagues), interprété par Armand Meffre, Jean Gaven, etc. Il est l’auteur réalisateur de La Jument du roi (1973) ; avec Françoise Seigner, Jean Le Poulain. Sa participation à la série La Vie des autres a été sa dernière prestation (auteur de deux épisodes) au petit écran. Jean Canolle dont le nom restera associé à la grande époque de la télévision française avait également réalisé, Une drôle de bourrique (1969), avec Jean Lefebvre. Il s’était retiré en Seine et Marne à Blandyles-Tours et s’est éteint nonagénaire, à Melun. Madeleine Cheminat (1908-2008) : comédienne. Morte centenaire, Madeleine Cheminat a tourné dans une trentaine de films et téléfilms depuis ses débuts à la télévision en 1958 dans Adélaïde de Philippe Ducrest. On l’a vu ensuite dans Au Théâtre ce soir, Commissaire Moulin, Madame et ses flics et dans des téléfilms comme Au bout du chemin (1981) de Daniel Martineau, Des Yeux pour pleurer (1982) d’André Cayatte, Les Sœurs du nord (1989) de Joël Santoni et Un été glacé (1992) de Bernard Giraudeau, sa dernière apparition à l’écran. Magali Clément : comédienne, réalisatrice. À la fois actrice et réalisatrice, Magali Clément, disparue le 15 novembre 2008, avait été dirigée à la télévision par Stellio Lorenzi dans Crime et châtiment (1971) et La Cerisaie et par Jacques ertaud dans Sans famille (1981). En tant que réalisatrice, on lui doit Comme nous serons heureux et Des Cornichons au chocolat réalisés en 1991. André Delacroix : journaliste, scénariste, réalisateur, ancien directeur du service cinéma du ministère de l’agriculture. André Delacroix, avait entamé sa carrière artistique en 1961 comme régisseur du Théâtre National Populaire (TNP) à Paris. Réalisateur en 1976, il tourne des documentaires comme Tony Blair, je veux (1978), portrait du jeune chef travailliste ou, Bernard Shaw, pour la série Un siècle d’écrivains de Bernard Rapp. C’est dans le domaine de la musique classique que ce grand mélomane a pu particulièrement s’exprimer. Il a notamment collaboré aux magazines Musicales (France 3) d’Alain Duault ou Musiques au cœur (France 2, Mezzo), d’Eve Ruggieri et a notamment filmé les master classes de prestigieux musiciens. Ayant, de 2000 à 2003, dirigé le SCMA (Service Cinéma du Ministère de l’Agriculture), il en a exploité le riche catalogue et, dans un triptyque, La Clef des champs (2003) retrouvant des documents anciens (Tanglewood,

Joshua Heifez, Premier Festival panaméricain), remet en perspectives ces images rares. Le SCMA qui gère une exceptionnelle Cinémathèque n’était pas en effet seulement une structure chargée de conserver et de produire des films de vulgarisation agricole mais avait aussi reçu, en tous domaines, mission d’animation culturelle par le cinéma, des villes et villages de France. A la demande de la Direction de la Musique, il a été l’auteur en 1992 d’un rapport intitulé Musique et Télévision. Comme critique, il a collaboré, depuis 1994, au supplément télévision du Nouvel Observateur et a régulièrement donné des papiers au guide quotidien de musique en ligne, Res musica. Dans le domaine de la fiction, il a réalisé, pour TF1, un film très personnel, La Mémoire (v. saison 1992, p. 115 et 116) : Henri Lemercier (Guy Marchand), un ancien résistant, employé chez un grand antiquaire, reconnaît, par le plus grand des hasards, chez un client, Valtour, devenu un bourgeois nanti, l’agent français de la Gestapo, qui l’avait, il y a 22 ans, ainsi que son ami Charles (Darry Cowl, superbe dans ce rôle), envoyé en camp de concentration. Sans en parler à ses proches il ourdit sa vengeance, mais après avoir débusqué le traître, choisira le mépris. A travers ce film, André Delacroix rend hommage à son père, mort en 1981, résistant et déporté, qui avait découvert le sous préfet qui l’avait, sous l’occupation, dénoncé. Lui aussi, au moment d’accomplir sa vengeance, y avait renoncé. André Delacroix était aussi l’auteur d’un moyen métrage, avec Michel Galabru, Roger Pierre et Roger Muni, Les Mentons bleus (1977). Lauréat d’un Prix de la SCAM, il avait milité au sein de cette société d’auteurs. C’est un homme généreux, modeste et d’une vaste culture qui disparaissait le 5 janvier 2009. Guillaume Depardieu (1971-2008) : comédien. Fils de Gérard et Élisabeth Depardieu, frère de Julie Depardieu, Guillaume Depardieu, né le 7 avril 1971, mort le 13 octobre 2008 alors qu’il tournait un film en Hongrie, avait fait ses débuts de comédien à la télévision dans un épisode de l’excellente série policière (1989-1997) Le Lyonnais. : Velvet, 1990, réalisé par Cyril Collard. L’année suivante, il joue au cinéma le violoniste et compositeur Marin Marais jeune, le personnage qu’incarne son père dans Tous les matins du monde d’Alain Corneau, un rôle qui lui vaut sa première nomination au César du meilleur espoir masculin. Il en aura deux autres pour Cible émouvante (1993) et Les Apprentis (1995), tous deux signés Pierre Salvadori avec qui il tournera encore à deux autres reprises. Entre temps, il sera encore l’interprète de Jean-Pierre Mocky (Alliance cherche doigt, 1997), Jean-Loup Hubert (Marthe, 1997), Leos Carax (Pola X, 1999), Jacques Rivette (Ne touchez pas la hache, 2007), Pierre Schöller (Versailles, 2008).Sur les 43 films auxquels il a participé, dix ont été tournés pour

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la télévision dont six sous la direction de Josée Dayan, il y est souvent partenaire de son père et de sa sœur Julie. Il a notamment joué dans Le Comte de Monte Cristo (1998), et Les Misérables (2000), deux films dont les génériques réunissent les trois Depardieu et dans lesquels il interprète, jeune, les personnages joués par son père, Edmond Dantès pour le premier et Jean Valjean pour le second. On le retrouve dans Château en Suède (2008) d’après Françoise Sagan, Zaïde un petit air de vengeance (2001), Milady (2004, rôle d’Athos, Julie interprétant celui de Constance Bonacieux), Les Rois maudits (2005, rôle de Louis XI). Il tourne aussi dans Ricky de Philippe Setbon (1997, rôle titre), Napoléon d’Yves Simoneau (2002). Victime d’une infection contractée à la suite d’un accident de moto, il avait du être amputé d’une jambe en 2003. Claude Desailly (1922-2009) : scénariste, dialoguiste. En dépit de quelques scénarios pour Jean-Paul Le Chanois (Mandrin, 1962) et Robert Hossein (Le Vampire de Düsseldorf, 1965 ; J’ai tué Raspoutine, 1967 ; Une corde, un colt, 1969), Claude Desailly demeurera avant tout comme le créateur des célèbres Brigades du Tigre (1974-1983) qui, tout au long de ses 36 épisodes largement diffusés et rediffusés, racontaient l’histoire de ces fameuses unités mobiles créées par Georges Clémenceau et destinées à lutter contre la criminalité. Tout naturellement, il en écrivit une adaptation cinématographique signée Jérôme Cornuau en 2006. Il adapta également Jules Verne avec Mathias Sandorf (1979) réalisé par Jean-Pierre Decourt et Michel Strogoff (1975). Il nous a quittés le 26 avril 2009. Henri Djanik (1926-2008) : comédien. De son vrai nom Henri Djanikian, ce comédien disparu le 18 août 2008 était surtout connu pour sa voix grave qu’il prêta à nombre d’acteurs américains, en particulier Anthony Quinn et Ernst Borgnine, etc. On le vit aussi dans une quarantaine de films, téléfilms et séries télévisées dont Les Brigades du Tigre et L’Heure Simenon. Maurice Druon (1918-2009) : romancier, homme politique. Sa suite historico-romanesque Les Rois maudits, récit des conflits politiques et sentimentaux des cours royales de France et d’Angleterre à la veille de la guerre de Cent Ans, fut adapté deux fois sur le petit écran, d’abord par Claude Barma en 1972, puis par Josée Dayan en 2005. Dernier ministre des affaires culturelles de Georges Pompidou entre 1973 et 1974, Maurice Druon fut aussi l’auteur de plusieurs romans dont La Dernière brigade (1946) et Les Grandes familles qui lui valut le prix Goncourt en 1948 et fut transposé dix ans plus tard au cinéma par Denys de La Patellière avec Jean Gabin dans le rôle principal. Avec le général Fran-

çois d’Astier de la Vigerie, il avait composé le célèbre Chant des partisans, devenu l’hymne des mouvements de résistance au nazisme. Maurice Druon est mort à Paris le 14 avril 2009. Secrétaire perpétuel de l’Académie française pendant quatorze ans, il en était le doyen d’élection. André Falcon (1924-2009) : comédien. Né le 28 novembre 1924 à Lyon, André Falcon fut, à 25 ans, le plus jeune sociétaire de la Comédie Française où il interpréta les plus grands auteurs français et étrangers : Racine, Corneille, Molière, Shakespeare, Sophocle, Victor Hugo, etc. sous la direction de Jean-Louis Barrault, Maurice Escande ou Julien Bertheau. Après avoir joué Louis XIV dans Le Vicomte de Bragelonne (1954) de Fernando Cerchio, il disparaît du grand écran pour y revenir une dizaine d’années plus tard dans l’adaptation des Deux orphelines (1965) de Riccardo Freda. Dès lors, il se partage entre grand et petit écran sans pour autant abandonner les planches où il connaît le succès avec Ruy Blas mis en scène par Raymond Rouleau. Au cinéma, ses réalisateurs se nomment François Truffaut (Baisers volés, 1968), Claude Lelouch (L’Aventure, c’est l’aventure, 1972 ; La Bonne année, 1973 ; Toute une vie, 1974, Le Bon et les méchants, 1976), Costa Gavras (État de siège, 1972), Claude Chabrol (Nada, 1974), Bertrand Tavernier (Capitaine Conan, 1996) avec une prédisposition pour les rôles d’ hommes d’Etat, de policiers, d’avocats ou de médecins tandis qu’à la télévision, il participe à de nombreuses œuvres de qualité parmi lesquelles les collections Le Tribunal de l’impossible (1968), En votre âme et conscience (1968), le feuilleton Françoise Gaillard (1972), la première version des Rois maudits (1972), les séries Messieurs les jurés (1975), Les Brigades du Tigre (1978), Les Enquêtes du commissaire Maigret (1975-1980), Les Cinq dernières minutes (1974-1981), Julien Fontanes, magistrat (1980-1989), L’Affaire Seznec (1993), Ce Cochon de Morin réalisé par Laurent Heynemann pour la série Chez Maupassant (2008), sa dernière apparition à l’écran. André Falcon est mort le 22 juillet 2009 à Paris. Marc Fayolle (1928-2008) : comédien. Mort à 80 ans, Marc Fayolle participa à une cinquantaine de films dont beaucoup pour le petit écran. Parmi eux, Les Thibault (1972) d’Alain Boudet et André Michel, Jean-Christophe (1978) de François Villiers, Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut (1978) de Jean Delannoy, Papa poule (1980) de Roger Kahane ou encore Les Alsaciens ou les deux Mathilde (1996) de Michel Favart. Christian Fechner (1944-2008) : producteur. Célèbre producteur du cinéma français, à l’origine de

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quelques grands succès commerciaux (L’Aile ou la cuisse, 1976 ; La Soupe aux choux, 1981 ; Papy fait de la résistance, 1983, la série des Charlots, etc.) et, plus rarement, de films d’auteurs (Calmos, 1976 ; Les Amants du Pont-Neuf, 1991), il était aussi, pour le petit écran, l’un des producteurs de la série Sueurs froides (1988) et de la désopilante série Palace (1988) de JeanMichel Ribes. Il est décédé le 26 novembre 2008. Jean-André Fieschi (1942-2009) : scénariste, réalisateur. Critique aux Cahiers du cinéma, Jean-André Fieschi était également l’auteur d’un téléfilm, Le Tueur assis (1985) interprété par Jean-Pierre Léaud et le réalisateur de deux numéros de la série Cinéastes de notre temps : La première vague (1968) et Pasolini, l’enragé (1966) ainsi que d’une émission sur Jean Rouch dans Cinéma, de notre temps. Il a posé son stylo le 1er juillet 2009. Bernard Haller (1933-2009) : humoriste, comédien. Après des études de vétérinaire, Bernard Haller s’oriente vers le théâtre. Au cabaret, il donne un premier one man show en 1971 intitulé Et alors…. Le public découvre un comique au bégaiement prononcé et qui joue avec les mots. Au cinéma, il figure surtout dans des comédies aux côtés de Pierre Richard, Francis Perrin ou Les Charlots et plus curieusement, on le trouve aussi à l’affiche de Max, mon amour (1986) du Japonais Nagisa Oshima. À la télévision, il est, dans les années 1960, la voix de Pollux, le chien très british du Manège enchanté et celle de Rantanplan dans Lucky Luke (1984) avant d’apparaître une bonne vingtaine de fois dans des téléfilms dont il cosigne parfois le scénario avec JeanClaude Carrière : Le Bouffon (1981) de Guy Jorré et L’Accompagnateur (1982) de Pierre Boutron. Il joue encore dans L’Age bête (1980) de Jacques ertaud, Ce monde est merveilleux (1981) et Le Prix d’un homme (1987), tous deux signés Guy Jorré, La Dame de cœur (1982) de Jean Sagols, Credo (1983) de Jacques Deray, Le Sexe faible (1984) de Lazare Iglésis, Eugénie Grandet (1984) de Jean-Daniel Verhaeghe, L’Alambic (1998) de Jean Marboeuf, Les Thibault (2003) et Galilée (2005) de Jean-Daniel Verhaeghe. Bernard Haller est décédé le 24 avril 2009 à Genève, la ville où il était né le 5 décembre 1933. Henri-Jacques Huet (1930-2009) : comédien. Théâtre, cinéma, télévision se partagent la carrière de ce comédien né le 27 mars 1930, décédé le 4 juin 2009. Sur les planches, il se fit remarquer en jouant en 1950 le rôle du capitaine des pompiers dans La Cantatrice chauve de Ionesco. Entre 1956 où il débuta à l’écran dans Le Cas du Docteur Laurent de Jean-Paul Le Chanois et 1994 dans la version des Misérables de Claude

Lelouch, il apparut dans une quarantaine de films. Menant parallèlement une carrière sur le petit écran, on le vit notamment dans Poly (1965) et Belle et Sébastien (1965), écrits l’un et l’autre par Cécile Aubry, plusieurs épisodes des Cinq dernières minutes et Les Brigades du Tigre. Thierry Jonquet (1954-2009) : romancier, essayiste, militant politique, scénariste de télévision et de BD. Né à Paris, d’un père ouvrier, il fait ses études au lycée Charlemagne et, lecteur boulimique, fréquente assidûment la bibliothèque municipale du 19e arrondissement de Paris et les salles obscures. Très jeune, il milite à Lutte Ouvrière, puis à la Ligue Communiste révolutionnaire Il abandonne assez vite les études de philosophie qu’il avait entreprises à l’université de Créteil pour se lancer dans la vie active, s’essayant d’abord à des métiers divers avant de travailler au service de gériatrie d’un hôpital de Draveil dans l’Essonne, un mouroir pour beaucoup, puis dans un autre établissement dans une unité de pédiatrie accueillant des bébés congénitalement et très gravement malades ; enfin, il assure un poste d’instituteur dans un hôpital psychiatrique. Quel apprentissage de la mort, des souffrances, des misères humaines, des détresses et perversions mentales ! C’est dans ce terreau mortifère qu’il va puiser l’inspiration macabre et violente de ses romans, ainsi que dans la lecture des faits divers les plus sordides. Il écrira d’ailleurs dans Rouge c’est la vie (un titre hommage au personnage de Rose Sélavy de Robert Desnos, chère aux surréalistes), publié au Seuil en 1998 : « J’écris des romans noirs ; des intrigues où la haine, le désespoir se taillent la part du lion en n’en finissant plus de broyer de pauvres personnages auxquels je n’accorde aucune chance de salut ». Auteur de romans noirs (très noirs) dont certains sous le pseudonyme de Ramon Mercader, nom de l’assassin de Trotsky (Cours camarade, le vieux monde est devant toi dans lequel il ne ménage pas le PC, Le Seuil 1984), ou sous celui de Martin Eden, personnage semiautobiographique créé par Jack London. Thierry Jonquet met surtout en scène des vieux, des enfants perdus, des psychopathes : Mémoire en cage et Du passé faisons table rase (édition sanguine, 1982), Le vieux débris (Fleuve Noir, 1984), Mygale (série noire n 1949, 1984), La Bête et la belle (série noire n 2000, Gallimard), Le Manoir des immortelles (série noire n 2066, 1986), La Vie de ma mère (série noire n 2364, 1994), Les Orpailleurs (série noire, n 2313, 1998), Moloch (série noire n 2489, 1998). Il a par ailleurs écrit de jolis livres pour la jeunesse comme la série Lapoigne (4 romans, Lune noire, Nathan), des romans pour la collection Souris noire, dont On a volé le Nkoro Nkoro, « novellisé » deux épisodes de la série télévisée David Lansky interprétée par Johnny Hallyday, écrit de très nombreuses

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nouvelles, des récits Jours tranquilles à Belleville,1999. En tant que scénariste, il collabora également à des séries policières comme Le Juge est une femme (épisode L’enfant de l’absente, 1996), Souris noire (épisode On a volé le Nkoro-Nkoro) Il a créé les personnages de l’excellente série Boulevard du Palais (1999 à aujourd’hui, 35 épisodes pour 11 saisons), d’après son roman Les Orpailleurs (publié dans la Série noire), et a écrit le scénario du premier épisode de cette décapante série interprétée, dans les deux rôles principaux par Anne Richard (la jeune juge Nadia Lintz, provinciale nommée à Paris et dont la vie est hantée par le souvenir honni de son père un collaborateur qui, pendant la guerre avait participé à la spoliation des Juifs), et Jean-François Balmer (le commandant de police Rovère, alcoolique rongé par la perte de son fils et son divorce). Les personnages secondaires sont également réussis, comme Dimiglio l’adjoint de Rovère (Philippe Ambrosini), le docteur Pluvinage (Olivier Saladin), légiste et poète, Madame Rivière, la greffière de Nadia (Marion Game), qui veut absolument trouver une âme sœur à la juge, le procureur homosexuel et grand ami de Nadia, le vieux déporté au grand coeur confident de Nadia (Michel Robin), etc. (v. notamment saison 2009, p. 79 à 81). L’un de ses romans Mygale pourrait être adapté à l’écran par Pedro Almodóvar, qui en a acquis les droits, sous le titre La Piel que habito. Thierry Jonquet est l’un des auteurs « phares » (avec Didier Daeninckx, Maurice G.Dantec, Jean-Bernard Pouy ou Frédéric Foujardie, récemment disparu) du néo polar, qui a revivifié la littérature policière en France avec des récits dans lesquels s’exprime une critique sociale au sein d’un univers violent et réaliste. Il a abandonné ses personnages le 9 août 2009, à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Daniel Langlet (1945-2008) : comédien. À la télévision, cet acteur également remarqué au théâtre et au cinéma dans des films de François Leterrier, Bertrand Tavernier ou Robert Enrico, tint de petits rôles entre 1975 et 2004 dans plus d’une vingtaine de films et séries comme Dom Juan (1978) d’Alexandre Arcady, Colette (1985) de Gérard Poitou-Weber et les séries Julie Lescaut et Une femme d’honneur. Il est mort le 27 avril 2008. Mireille Lanteri : scénariste. Mireille Lanteri s’est éteinte le 3 avril 2008, à Bonifacio, en Corse, dans cette région qu’elle aimait tant, où elle venait souvent se ressourcer et travailler et où ses parents résidaient. Elle a écrit, pour la télévision un nombre imposant de scénarios, de dialogues et d’adaptations. Ainsi pour des séries comme Président Ferrare, une série originale dont le héros est un président de cour d’assises (joué par JeanClaude Brialy, réalisé par Alain Nahum, 2004), Julie

Lescaut (Double rousse, 1995, Elisabeth Rappeneau), Commissaire Moulin, (Lady in blue), Cellule identité. Elle a créé, avec Bernard Marié, et en a écrit deux épisodes, la série Un homme en colère, (1997, 12 épisodes), avec Richard Bohringer, et la série La Louve (2007, pilote réalisé par Philippe Venault, les épisodes suivants par Bruno Bontzolakis). Parmi ses œuvres on peut distinguer la mini série en 6 épisodes Une femme en blanc, avec Sandrine Bonnaire (1997), réalisée par Aline Issermann, Villa Vanille, (1991) de Jean Sagols, les scénarios réalisés par David Delrieux (Les Amants du Tage, Jour de colère, 1991). On citera encore, La Milliardaire (1991) de Jacques ertaud, L’Affaire Kergale (2000) de Laurent Jaoui), Sandra princesse rebelle (1995) de Didier Albert, La Blonde au Bois dormant (2008), réalisé par Sébastien Grall, Le Cœur étincelant (1996), réalisé par Henri Helman, La Dernière des romantiques (1998), de Joyce Buñuel. François Leccia (1948-2009) : comédien. Même s’il est présent dans une trentaine de films (Les Amitiés particulières, 1964, Jean Delannoy ; Les Grandes vacances, 1967, Jean Girault) et téléfilms, (Les Lettres de mon moulin, 1970, Pierre Badel ; Le Cœur au ventre, 1976, Robert Mazoyer ; L’Homme de Suez, 1983, Christian-Jaque), François Leccia est avant tout connu pour avoir doublé James Woods, John Travolta, Harvey Keitel, Tom Hanks, Dennis Quaid et Michael Keaton et prêté sa voix à des séries à succès comme Les Rues de San Francisco, Dynastie, La Loi de Los Angeles et à des personnages tels qu’Albator. Il est mort le 12 juillet 2009 à Paris. Jean-Guillaume Le Dantec : comédien. Décédé le 8 juillet 2009, Jean-Guillaume Le Dantec était apparu dans une vingtaine de films et téléfilms dont Les Brigades du Tigre, Une journée au Luxembourg (1994) de Jean Baronnet, D’amour et d’eau salée (1996) d’ edwin Bailly, Commissaire Moulin, Le Juge est une femme. Bernard Lenteric (1944-2009) : producteur, scénariste. Producteur de Spermula (1976), Le Dernier amant romantique (1978) et Le Cœur à l’envers (1980), Bernard Lenteric fut aussi l’un des scénaristes des célèbres Maîtres du pain réalisé par Hervé Baslé en 1993. Il est mort le 24 mars 2009. Roland Lesaffre (1927-2009) : comédien. Un peu plus d’une dizaine d’apparitions sur le petit écran parmi lesquelles Les Survivants (1965) de Dominique Genée d’après Boileau et Narcejac, Les Grands détectives (1975) de Jean Herman, Eugène Sue (1974) de Jacques Nahum écrit par Jean-Louis Bory, Venise attendra (1983) de Daniel Martineau ou deux épisodes du

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Retour d’Arsène Lupin (1989) portant la signature de Francis Lacassin et Michel Subiéla, ne feront pas oublier la carrière cinématographique de Roland Lesaffre, sympathique second rôle du cinéma français pendant au moins deux décennies. Né le 26 juin 1927 à ClermontFerrand, il débute, après-guerre au cinéma grâce à Jean Gabin qui le fait engager par Marcel Carné pour un petit rôle dans La Marie du port (1949). En dépit d’autres rôles sous la direction de Jean Grémillon (L’Étrange Madame X, 1950), Jacques Becker (Casque d’or, 1951), Jean-Pierre Melville (Quand tu liras cette lettre, 1953) et même Alfred Hitchcock (La Main au collet, 1954), sa carrière est essentiellement marquée par ceux que lui confie Marcel Carné dont il est encore l’interprète une dizaine de fois. Parmi ses emplois les plus mémorables, figurent le maître-chanteur de Thérèse Raquin (1953), le boxeur de L’Air de Paris (1954) et le voyou des Tricheurs (1958). Roland Lesaffre participa aussi à la création d’un musée à Boston consacré à Marcel Carné et publia en 1991, son autobiographie, Le Mataf. Il nous a quitté le 3 février 2009 à Paris. Jean Leuvrais (1925-2009) : comédien. Disparu à 83 ans le 22 avril 2009, Jean Leuvrais s’était, pendant trente ans, partagé entre cinéma et télévision. Parmi une quarantaine de films, il était apparu au cinéma dans Traitement de choc (1973) d’Alain Jessua, L’Argent des autres (1978) de Christian de Chalonge, I… comme Icare (1979) d’Henri Verneuil ou Les Fantômes du chapelier (1982) de Claude Chabrol et, à la télévision, dans Mademoiselle Molière (1964, Jean-Paul Sassy) où il jouait Louis XIV, Morgane ou le prétendant (1965) d’Alain Boudet, La Machine à écrire (1966) de Gilbert Pineau d’après Jean Cocteau, Nostradamus ou le prophète en son pays (1968) de Michel Subiéla pour Le Tribunal de l’impossible, La Mort d’un touriste (1975) d’Abder Isker ou Bajazet (1986) de Pierre Cavassilas. Jean Martin (1922-2009) : comédien. On l’a vu de nombreuses fois sur le petit écran entre 1965 et 2003 dans des feuilletons, téléfilms ou épisodes de séries comme David Copperfield (1965) de Marcel Cravenne, Le Chevalier des Touches (1966) et L’Invention de Morel (1967), tous deux signés Jean-Claude Bonnardot ou encore les célèbres Compagnons de Baal (1968) de Pierre Prévert et La Duchesse d’Avila (1973) de Philippe Ducrest. Non moins importante fut la carrière théâtrale et cinématographique de ce comédien exigeant au visage dominé par des yeux exorbités dont on se souviendra. Né le 6 mars 1922, Jean Martin était monté sur les planches dès 1953 aux côtés de Roger Blin dans En attendant Godot où, selon les témoignages, il était « proprement hallucinant » au point – dit-on – que certains spectateurs quittèrent la salle. Pour, le théâtre, il

fut encore l’interprète, en 1957, de Fin de partie de Samuel Beckett qui le dirigea lui-même dans La Dernière bande en 1970. De sa carrière cinématographique, se détache surtout le rôle du commandant Mathieu dans La Bataille d’Alger (1966) de Gillo Pontecorvo. Il joua souvent les prêtres, les évêques et les personnages officiels, travaillant notamment avec Jacques Rivette (Paris nous appartient, 1960 ; La Religieuse, 1966). Il fut aussi dirigé par Tonino Valerii dans un western-spaghetti (Mon nom est Personne, 1973), Roberto Rossellini (Le Messie, 1975 où il était Ponce Pilate), Fred Zinnemann (Chacal, 1973) et Otto Preminger (Rosebud, 1975). Jean Martin a quitté les planches le 2 février 2009 à Paris, à l’âge de 86 ans. Yves-Marie Maurin (1944-2009) : comédien. Frère de Patrick Dewaere, Yves-Marie Maurin, mort à Gentilly le 14 juin 2009, était l’un des nombreux gamins des Diaboliques (1955) de Clouzot. Plus tard, il joua souvent à la télévision : dans Une nuit orageuse (1959) de Marcel Bluwal, dans les séries En votre âme et conscience, Ardéchois cœur fidèle, Les 400 coups de Virginie. Albert Medina (1920-2009) : comédien. Acteur de théâtre, de cinéma et de télévision, Albert Medina, né le 3 février 1920 est mort le 5 août 2009. Sur les planches, il a interprété des pièces d’Albert Camus, Adamov, Shakespeare, Sartre. Au cinéma, on le vit chez Julien Duvivier (Voici le temps des assassins, 1956), Henri Decoin (La Chatte sort ses griffes, 1960) ou Alain Resnais (Mon oncle d’Amérique, 1980). Le petit écran le sollicita notamment pour En votre âme et conscience (19591960), Les Cinq dernières minutes (1962), Koenigsmark (1968, Jean Kerchbron), Thibaud (1969), Les Brigades du Tigre (1977) ou Commissaire Moulin (1981). Armand Meffre (1929-2009) : comédien. Mort le 22 janvier 2009 à l’âge de 80 ans, Armand Meffre avait quitté le métier d’agriculteur pour débuter aux côtés de Roger Planchon dans la troupe du Théâtre de la Comédie où il joua Molière, Adamov, Ionesco, Brecht, Beckett, etc. Sans jamais quitter le théâtre, il travailla aussi pour le cinéma, la radio et la télévision. On peut l’apprécier dans plusieurs films du Théâtre de la jeunesse dont L’Ile mystérieuse (1963) de Pierre Badel où il était Pencroft. On se souvient de son personnage dans Maurin des Maures (1970) de Jean Canolle (disparu lui aussi cette année) et Claude Dagues et de ses prestations pour Le Tribunal de l’impossible, Les Lettres de mon moulin (1970) de Pierre Badel, Les nouvelles aventures de Vidocq (1971) de Pierre Goutas, et Quentin Durward (1971) de Gilles Grangier. Il avait signé l’adaptation de La fin du marquisat d’Aurel (1980) de Guy Lessertisseur.

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Roger Mollien (1931-2009) : comédien. Né le 18 juin 1931 à Paris, Roger Mollien découvrit l’art dramatique au Conservatoire avec Louis Jouvet. Dès 1954, il rejoint le TNP de Jean Vilar, jouant Brecht, Corneille, Shakespeare, Molière et Victor Hugo. À la Comédie Française, il tint encore de nombreux seconds rôles et en 2007, apparut dans La Mégère apprivoisée. À la télévision, il eut encore l’occasion de se mesurer au répertoire classique avec des adaptations de Britannicus (1959) de Jean Kerchbron, Don Quichotte (1961) de Marcel Cravenne et Louis Grospierre, Le Bourgeois gentilhomme (2001) d’Yves-André Hubert, Dom Juan (2003) d’Agnès Delarive. Il est mort le 16 août 2009 à l’âge de 78 ans. George Nguyen Van Loc (1933-2008) : scénariste, comédien. Mort d’une crise cardiaque dans la nuit du 6 au 7 décembre 2008 à Cannes, ce commissaire divisionnaire surnommé Le Chinois par le milieu, est l’auteur d’ouvrages autobiographiques transposés dans une série télévisée de huit épisodes diffusés entre 1992 et 1998, Van Loc : un grand flic de Marseille dans lequel il tenait son propre rôle. Philippe Nicaud (1926-2008) : comédien. En 1962, il fut le héros de L’Inspecteur Leclerc enquête, une série de 39 épisodes de 26 minutes chacun ; portant la signature de quelques réalisateurs parmi les plus illustres du petit écran : Marcel Bluwal, Claude Barma, Pierre Badel, etc. et dans lesquels jouèrent également Philippe Noiret, Jean-Pierre Marielle, Françoise Fabian et Mireille Darc. Il fut aussi Gideon Spilett dans L’île mystérieuse de Juan Antonio Bardem et Henri Colpi distribué dans les salles de cinéma. Né le 27 juin 1926, Philippe Nicaud, élève du cours Simon s’illustra également au théâtre et au cinéma, le plus souvent dans des rôles fantaisistes où il servit de faire-valoir à Louis de Funès (Pouic-Pouic, 1969, Jean Girault), Line Renaud (Mademoiselle et son gang, 1956) ou Sophie Desmarets (Les trois font la paire, 1957, Sacha Guitry). Mort le 19 avril 2009 à Nice, il était l’époux de la comédienne Christine Carère disparue le 13 décembre 2008. Claude Nollier (1919-2009) : comédienne. Pensionnaire de la Comédie Française de 1946 à 1951, Claude Nollier était surtout une actrice de théâtre qui, en 1950, créa avec Jean Vilar, Jeanne au bûcher à l’Opéra de Paris. Au cinéma elle fut dirigée par André Cayatte dans Justice est faite (1950), par John Huston dans Moulin Rouge (1952) et Sacha Guitry dans Si Versailles m’était conté (1954) et Si Paris nous était conté (1956). Sa carrière télévisée se distingue surtout par Les Trois mousquetaires (1959) de Claude Barma dans lequel JeanPaul Belmondo interprétait d’Artagnan. Claude Nollier est morte le 12 février 2009.

Guy Pelleaert (1934-2008) : illustrateur, affichiste. Après des débuts dans la bande dessinée, Guy Pellaert qui était né le 6 avril 1934 dans une famille de riches bourgeois bruxellois, s’oriente vers les affiches de films concevant notamment celles de Wim Wenders, Robert Altman, Francis Ford Coppola et Robert Bresson. Aux côtés de Jean-Christophe Averty, il travaille sur des génériques de télévision. C’est à lui qu’on doit celui, admirable et fameux, de Cinéma, cinémas, l’émission de Claude Ventura, Anne Andreu et Michel Boujut où, sur la musique de Franz Waxman, la caméra se promenait sur un panneau de dessins en couleurs à la gloire du cinéma hollywoodien. Une récente édition en coffret DVD de sujets de ce formidable magazine permet de revoir ce générique. Guy Pelleaert a posé ses pinceaux le 7 novembre 2008. Marie Pillet (1941-2009) : comédienne. Décédée le 13 février 2009, Marie Pillet était l’épouse du comédien Albert Delpy et la mère de Julie Delpy, tous deux à l’affiche de Two Days in Paris (2007) mis en scène par Julie (v. saison 2009, coups de cœur cinéma). Ils avaient été aussi au générique de L’An 01 (1973) de Jacques Doillon. Marie Pillet figura dans plus d’une soixantaine d’autres films et téléfilms. Pour le petit écran, citons notamment les séries Les 400 coups de Virginie (1980), Les Cinq dernières minutes (1981), L’Ami Maupassant (1986), et les téléfilms Marie la louve (1991) de Daniel Wronecki, Le Château des oliviers (1993) de Nicolas Gessner, L’Oncle de Russie (2006) de Francis Girod, Hautot père et fils (Chez Maupassant, 2007) de Marc Rivière. Roger Planchon (1931-2009) : réalisateur, scénariste, comédien. Homme de théâtre avant tout, Roger Planchon disparu le 12 mai 2009 était né le 12 septembre 1931. Héritier de Jean Vilar, il a été une figure importante de la décentralisation théâtrale. Ses mises en scène de Molière, Shakespeare, Calderón ont inspiré de grands metteurs en scène comme Patrice Chéreau. Parfois acteur dans ses propres mises en scène, il a joué notamment Tartuffe, Georges Dandin, L’Avare, Les Trois mousquetaires, etc. Créateur du Théâtre de la Comédie à Lyon en 1952, il est également à l’origine du Théâtre de la Cité ouvrière de Villeurbanne qu’il dirige à partir de 1972. Auteur de trois longs métrages pour le cinéma (Dandin, 1987 ; Louis, enfant roi, 1993 et Lautrec, 1998), il ne fit, à notre connaissance qu’une seule apparition sur le petit écran dans Leclerc, un rêve d’Indochine (2003) de Marco Pico où il tenait le rôle de l’amiral Argenlieu. Jean-Paul Roussillon (1931-2009) : comédien. Son nom est avant tout lié au théâtre et à la Comédie Fran-

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Adieu l’ami !

çaise où il fit son entrée le 1er septembre 1950 après l’école de la rue Blanche et le Conservatoire où il obtint le premier prix de comédie. Né le 5 mars 1931 à Paris, il interpréta une centaine de rôles appartenant aussi bien au répertoire classique que moderne et fut couronné par trois Molière du meilleur acteur, en 1991, 1996 et 2002. Metteur en scène, il dirigea une vingtaine de pièces signées Molière, Marivaux, Sophocle ou Courteline. Marié à Catherine Deneuve dans Un Conte de Noël (2007), sa dernière apparition à l’écran sous la direction d’Arnaud Desplechin, il avait débuté au cinéma en 1953 mais s’y consacra surtout à partir des années 1980, tournant avec Joseph Losey (La Truite, 1982), Patrice Chéreau (Hôtel de France, 1986), Bertrand Tavernier (La Fille de d’Artagnan, 1993) et Alain Resnais (On connaît la chanson). Outre de nombreuses captations de pièces de la Comédie Française, il fit quelques incursions sur le petit écran dans L’Argent (1988) de Jacques Rouffio, Les Grandes familles (1989) d’Édouard Molinaro et les séries Nestor Burma, Novacek et Maigret. Jean-Paul Roussillon est mort le 31 juillet 2009. Françoise Seigner (1928-2008) : comédienne. Fille de Louis Seigner, tante d’Emmanuelle et Mathilde Seigner, Françoise Seigner s’est éteinte le 13 octobre 2008 à Paris. Sociétaire de la Comédie Française, elle y fit l’essentiel de sa carrière même si elle quitta la « Maison de Molière » en 1956 pour jouer aux côtés de Michel Simon dans une pièce de René de Obaldia, Du vent dans les branches de sassafras. Elle y revint en 1967 pour jouer une grande partie du répertoire classique français et mettre en scène des pièces de Corneille, Racine, Molière. Au cinéma, elle avait joué sous la direction de François Truffaut dans L’Enfant sauvage (1970) et fidèle à quelques auteurs, apparut de temps à autre à la télévision dans L’Avare (1973) de René Lucot, Tartuffe (1975) de Pierre Badel, Le Médecin malgré lui (1975) de Lazare Iglésis, La Double inconstance (1982) de Jean-Roger Cadet mais aussi dans la série Les Maîtres du pain (1993) d’Hervé Baslé. Henri Spade (1927-2008) : journaliste, romancier, producteur, scénariste, réalisateur. Henri Spade est né à Paris, le 16 juillet 1921. Après avoir entrepris des études de Lettres et de Droit, il rejoint à 18 ans, la France Libre. En 1949 ; il entre à la toute jeune RTF (Radio Télévision française) et participe aux toutes premières émissions de la première année de la télévision française, notamment au JT de Pierre Sabbagh. Il s’illustre ensuite en créant, en 1962, avec Jean Nohain, une des émissions restées les plus populaires de l’histoire de notre télévision, La Joie de vivre, dans laquelle les variétés occupent une large place. Emission radio télévisée (beaucoup à l’époque la suivent à la radio), réalisée

par André Hugues, La Joie de vivre, animée par Henri Spade, et Jacqueline Joubert, est construite autour d’une personnalité dont, avec ses amis et autres invités, on évoque la carrière, les goûts, etc. Parmi les premiers numéros, La Joie de vivre d’Yves Montand, de Gaby Morlay, de Maurice Chevalier, de Gilbert Bécaud. La même année, il crée Grand Orchestre, enregistré comme La Joie de vivre à l’Alhambra, célèbre cinéma et musichall parisien. Il participe également à une autre grande émission de variétés 36 chandelles, de Jean Nohain, elle aussi initiée en 1962. Un an auparavant, il avait, dans Théâtre de l’XYZ, fait débuter Edith Piaf (qui sera une fidèle de La Joie de vivre) sur le petit écran. Il écrit et/ou réalise plusieurs dramatiques, souvent adaptées des nombreux romans qu’il publie, notamment pour la jeunesse. Ce seront Vincent Scotto (1962), Pierrot des alouettes (1964), coécrit avec Michel Duran, La Misère et la gloire, sur un scénario de Juliette SaintGiniez, d’après André Maurois, avec Claude Brasseur dans le rôle d’Alexandre Dumas, La Polonaise (1971), La Berthe (1975), réalisé par Philippe Julia, La Grimpe (1977), réalisé par Roland-Bernard. On lui doit encore une série Les Amours de la Belle Epoque et un feuilleton sur la construction des lignes de chemin de fer au XIXème siècle, La Princesse du rail (1967), coécrit avec Juliette Saint-Giniez qui vient d’être édité en DVD (v. La télévision en DVD), dans la collection Mémoires de la télévision (Koba). Henri Spade a été un précurseur de la dramatique lyrique à la télévision et a notamment réalisé La damnation de Faust de Berlioz et Carmen de Bizet. Il a publié en 1978, un précieux ouvrage, essentiellement un album de photos accompagnés de textes courts et retraçant, année après année, les dix premières années de la télévision : L’Album de famille de la télévision française : 1950-1959 (314 pages, 450 photos, Robert Laffont, Editions des Alouettes). Henri Spade a été directeur adjoint de l’ORTF, chargé de la vidéo mobile. Il a été directeur à la Société française de production (SFP). Quand il s’éteint, à 87 ans, le 12 novembre 2008, c’est un grand pionnier de notre télévision qui disparaît. Magali de Vendeuil (1927-2009) : comédienne. Disparue le 12 janvier 2009, Magali de Vendeuil fut l’épouse de Robert Lamoureux qui l’avait dirigée dans Mais où est donc passée la 7ème compagnie ? en 1973. Pensionnaire de la Comédie Française, elle avait débuté à l’écran en 1951 et l’année suivante, finissait, après en avoir rêvé, par épouser Gérard Philipe dans Les Belles de nuit (1952) de René Clair. C’est essentiellement au théâtre qu’elle poursuivit sa carrière, surtout grâce aux pièces de son mari, parfois adaptées au petit écran. En 1957, elle fut encore Marie Walewska dans un numéro de La Caméra explore le temps de Stellio Lorenzi qui la dirigea à nouveau en 1980 dans Le Sacrifice de Madame de Lavalette.

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La Saison Télévision, édition 2010

Michel Vianey (1930-2008) : scénariste, réalisateur. D’abord journaliste à L’Express puis au Nouvel Observateur, Michel Vianey consacra une étude à Jean-Luc Godard avant d’écrire et de réaliser les comédies Un Type comme moi ne devrait pas mourir (1976) et Plus ça va moins ça va (1977) et les films policiers, Un Assassin qui passe (1981) avec JeanLouis Trintignant et Richard Berry, Un dimanche de flic (1983) avec Victor Lanoux et Jean Rochefort et Spécial Police (1985) avec de nouveau Richard Berry. Il se tourna ensuite vers la télévision, signant La Porte d’or (1990), À deux pas du paradis (1992), deux épisodes de la série Les Bœufs carottes avec Jean Rochefort dans le rôle du commissaire Venturi et Le Matador (1999). Vania Vilers (1938-2009) : comédien. Né en Suisse en 1938, Vania Vilers est mort le 22 février 2009. Interprète de Victor Castelli dans Plus belle la vie, il avait participé à de très nombreux films et téléfilms depuis 1968 où il avait fait ses débuts dans Drôle de jeu de Pierre Kast. Habitué aux seconds rôles, il faisait partie de ces comédiens indispensables dont on connaît le visage mais pas toujours le nom. Parmi ses nombreuses apparitions sur le petit écran, figurent des épisodes des Cinq dernières minutes, Nestor Burma, Marie-Pervenche, Docteur Sylvestre, Joséphine, ange gardien, Femmes de loi, etc.

François Villiers (1920-2009) : réalisateur. Né le 2 mars 1920, disparu le 29 janvier 2009, François Emile Salomons dit Villiers était le frère du comédien Jean-Pierre Aumont auquel il avait consacré un portrait en 1999 : Jean-Pierre Aumont, charme et fou-rires. En 40 ans de carrière, il signa une bonne vingtaine de films sur les deux écrans. Au cinéma, il dirigea Maria Montez dans Hans le marin (1949), Pascale Audret dans L’Eau vive (1956), Michel Simon dans Pierrot la Tendresse (1960) et Michèle Morgan dans Le Puits aux trois vérités (1961) et Constance aux enfers (1963). À la télévision, il débuta en 1966 avec l’adaptation d’une pièce de son frère, Un Beau dimanche qu’interprétait Claude Dauphin. Suivirent Les Chevaliers du ciel (1967), Marie-Galante (1974), L’Idiote (1975) d’après Marcel Achard, C’est arrivé à Paris (1977) avec Philippe Nicaud, et surtout Les Chevaux du soleil (1980, 12 x 55 min)., vaste fresque sur l’histoire de l’Algérie, d’après la saga de Jules Roy (1980). Lu à travers les histoires singulières de plusieurs familles alliées ou rivales, l’histoire de l’Algérie française, du débarquement de Sidi Ferruch (épisode 1, La Prise d’Alger, 1830), aux derniers mois de la présence française avant l’indépendance (épisode 12, Le paradis perdu,1961), 120 ans d’Histoire. Avec Catherine Rouvier, Maurice Barrier, Gilles Segal, Geneviève Fontanel, Marie Dea, Denis Manuel. Sans oublier Quelques hommes de bonne volonté (1983) où il eut l’occasion de diriger son frère.

© Gilles Scarella

Guillaume Depardieu

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Fictions

I.FICTIONS

© France 2, Jacques Morell

Aïcha de Yamina Benguigui

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La Saison Télévision, édition 2010

© Pierre Javaux Productions, Arte

Almasty, la dernière expédition de Jacques Mitsch

© Bernard Barbereau

Elles et moi de Bernard Stora

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Fictions

• Nuages sur la fiction ?
Le meilleur de la fiction française, on ne cesse, de saison en saison, de marteler cette évidence, n’a aucun complexe à nourrir vis à vis du meilleur du cinéma français. Chaque année, ce sont de trente à quarante programmes remarquables, qu’il s’agisse de fictions unitaires, de séries ou de mini-séries, qui se distinguent de l’ordinaire d’une production courante souvent vieillissante, voire fossilisée. Chaque année les débats du jury du Prix Télévision de la Critique sont « cornéliens » (j’exagère à peine) pour ne retenir parmi les programmes sélectionnés, par un premier tour de scrutin (51 titres cette année), les douze les plus cités qui restent en lice pour le second tour du scrutin. Dura lex sed lex, c’est ainsi cette année, que des œuvres aussi fortes qu’A droite toute de Marcel Bluwal, Little Wenzou de Sarah Lévy, La reine des connes (Collection Suite noire) de Guillaume Nicloux, Revivre de Haïm Bouzaglo, Désobéir : Aristides de Souza Mendes de Joël Santoni, etc. (voir fiches les concernant), constituant un impressionnant gruppetto, ont été battus au sprint et sur le fil, par les douze programmes arrivés en tête. Ont ainsi participé au second tour de scrutin : Almasty, la dernière expédition de Jacques Mitsch (Arte), Elles et moi de Bernard Stora, (France 2), Fais pas ci fais pas ça (seconde saison) de Pascal Chaumeil, Anne Giafferi (France 2), La Journée de la jupe de Jean-Paul Lilienfeld (Arte), London River de Rachid Bouchareb (Arte), La Reine et le Cardinal de Marc Rivière (France 2), Seule de Fabrice Cazeneuve (France 2), Tirez sur le caviste (Collection Suite Noire) d’Emmanuelle Bercot (France 2, Arte), Un village français (première saison) de Philippe Triboit (France 3), Une femme à abattre d’Olivier Langlois (Arte), Le Voyage de la veuve de Philippe Laïk (France 2). Après vote et délibération du jury le Prix Télévision de la Critique couronnant la Meilleure Fiction pour 2009, a été attribué à La journée de la jupe. Exceptionnellement cette année, un autre Prix fiction a été décerné et baptisé Prix de l’audace. Il récompense Tirez sur le caviste (Suite noire) d’Emmanuelle Bercot, le film arrivé en seconde position lors du scrutin mais que le jury, à l’unanimité, tenait farouchement à voir au palmarès. Il lui était apparu en effet essentiel, dans une période où la fiction française est au centre de nombreux débats, de distinguer, pour sa très grande liberté, sa nouveauté et ses qualités d’écriture, un programme exemplaire de ce que peut oser une télévision diversifiée, créative, courageuse et affranchie de toute normalisation frileuse (on trouvera la relation détaillée de ces quatrièmes Prix Télévision de la Critique décernés par le Syndicat Français de la Critique dans la saison 2011). Ces beaux arbres, cependant ne sauraient cacher la forêt. En 2009, la fiction française a été, en effet, remise en question et au centre de nombreux débats. Qu’il s’agisse de la Journée de la Création organisée par L’Association pour la Promotion de l’Audiovisuel (ASPA), le 22 juin 2009, du grand débat organisé par le Festival de la Fiction de La Rochelle le 18 septembre 2009 ou de la « Rencontre » entre réalisateurs et critiques, organisée sur le thème de la fiction française le 29 septembre 2009 par le groupe 25 images. Plusieurs indicateurs en effet sont préoccupants. Le fait par exemple que le volume de la fiction américaine diffusée en France, soit plus important que celui de la fiction française. Au contraire en Allemagne et en Grande Bretagne, les fictions nationales dominent sur la fiction américaine. Ces pays qui produisent beaucoup plus d’heures de fictions que la France, se distinguent également par la réalisation de feuilletons et séries à forte valeur identitaire. On observe d’autre part le vieillissement, dans notre pays, du public de la fiction française. 15 % seulement des jeunes de moins de 35 ans, férus notamment de séries américaines, regardent la fiction française dont l’audience est constituée à plus de 50 % par les plus de 60 ans (enquête NPA réalisée pour le grand débat de La Rochelle). Comment reconquérir ce jeune public, absolument réfractaire aux locomotives de la fiction traditionnelle prisée par les plus anciens, toujours en tête des audiences (Julie Lescaut, Louis la brocante, etc.), toutes séries sympathiques mais consensuelles et formatées dans lesquelles tout finit bien et dont les formidables héros sans défauts, aussi récurrents que « citoyens », résolvent tous les problèmes de société. Idyllique non ? Heureusement, d’autres personnages, beaucoup plus complexes, ambigus, voire « carrément méchants », commencent à prendre la relève dans des séries comme Enquêtes réservées (v. fiche, France 3), et, sur Canal+, après Engrenages, La Commune, et Mafiosa, voici Braquo. La collection Suite Noire amorçait, sur France 2, une roborative avancée (mais la chaîne, sans doute effrayée par sa propre audace décidait de ne pas poursuive la belle aventure car cette série « développait une esthétique de films de cinéma » ( ! ?). Au vrai, cette collection, diffusée vers 23 h 30, en été, n’avait pas été particulièrement

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La Saison Télévision, édition 2010

favorisée ! Espérons qu’Arte, second diffuseur, voudra poursuivre le projet. Dans le genre comédie sociale, la critique unanime a salué la série Fais pas ci, fais pas ça. Il reste, côté séries et après quelques tentatives trop vite abandonnées (on se souvient, par exemple de Thierry Nolande) des genres à explorer, comme le fantastique et la SF. Encore faut-il ne pas s’ingénier à les saboter par une diffusion aberrante. En effet, genre télévisuel par excellence, la série ou la collection reposent sur une fidélisation du public. Or, premier handicap et pour des problèmes de budget, le nombre d’épisodes d’une saison pour une série française est réduit. De 6 à 12 (exceptionnellement) contre 12 à 24 pour les séries américaines. Et pour mieux saboter le genre et empêcher la fidélisation, l’usage est de programmer deux ou trois épisodes le même soir, ce qui aboutit à épuiser souvent une nouvelle saison en 2 ou 3 semaines ! Un gâchis ! Sans parler du sacrifice de la série si quelque événement sportif survient le jour habituel de sa diffusion. Une bonne preuve que les séries françaises peuvent être de bonne qualité, est leur succès à l’international. Mathieu Béjot, le dynamique délégué général de TV France International ne cesse de répéter, battant en cela en brèche la tendance trop fréquente chez nous, à l’auto-flagellation, que nos séries les plus novatrices ou populaires (Mafiosa, Fais pas ci, fais pas ça, Plus belle la vie, etc.) se vendent de mieux en mieux à l’étranger, jusqu’aux États-Unis ou au Japon ! Attention cependant, à ne pas donner la priorité à une logique marchande. Le critère strictement économique conduirait en effet à préférer l’achat d’un épisode d’une série américaine à la production d’une œuvre originale française. Le développement de la comédie peut doper la fiction française, encore convient-il là aussi de privilégier l’originalité. Si l’inaltérable Une famille formidable (TF1) du fécond Joël Santoni reste une valeur sure, le genre doit être renouvelé. TF1, grand pourvoyeur de comédies familiales (hélas trop souvent convenues, interchangeables et aussi vite oubliées que vues) a proposé de nouvelles mini séries chorales de bonne tenue comme Vive les vacances (voir fiche) et Mes amours, mes amis, mes emmerdes. Héro Corp (France 4, v. fiche), tranche avec les productions habituelles. Enfin Arte investit dans la comédie avec la prometteuse série Les Invincibles, mise à l’antenne très récemment. Au plan thématique, on aura noté cette année (cette observation concerne aussi le documentaire) un grand nombre de films sur la guerre et la Résistance. Ou encore la mise en fiction des communautés chinoises avec Little Wenzhou (de Sarah Lévy, voir fiche), La fille au fond du verre à saké (d’Emmanuel Sapolsky, Canal+, voir fiche), Belleville Story d’Arnaud Malherbe (voir saison 2011) ou La Taupe 2 (TF1, v. fiche). Certes les fictions patrimoniales en costumes déjà entreprises avant la réforme (Chez Maupassant, puis Contes et nouvelles du XXème siècle) participent à la mission éducative de la télévision mais leur réalisation, de bonne facture, reste souvent académique. En revanche l’exploitation d’un patrimoine plus récent lancée notamment avec Tous ceux qui passent d’Alain Nahum d’après Un cirque passe de Modiano ou le Camus de Laurent Jaoui, jettent les jalons, plus « risqués » mais témoignant d’une véritable ambition, d’une conquête d’un public encore peu familier à ce type de fictions. Ces programmes devraient prendre leur place dans le paysage audiovisuel et développer une nouvelle audience, plus exigeante. Du moins si les « beaux » discours dont on abreuve s’avèraient sincères. De même peut-on saluer l’arrivée d’une collection riche en promesse, Identités (France 2), avec Clandestin, premier film d’Arnaud Bédouet, plébiscité au dernier Fipa (Prix Mitrani ; Fipa d’argent catégorie fictions ; Fipa d’or du meilleur scénario ; Fipa d’or de la musique originale !), Azad de Nicolas Tackian, Prix de la meilleure fiction de seconde partie de soirée au Festival de la Fiction 2010 de La Rochelle, etc. Du côté des programmes courts, terreau privilégié d’expérimentation et d’originalité, on notera en particulier cette année, la désopilante série de M6 Déformations professionnelles (v. fiche). On observe aussi le développement des web fictions, encouragé par les chaînes comme Canal+ et Arte, et présentes désormais dans une section spéciale de la plupart des festivals. Elles développent un double avantage : réconcilier les jeunes, très férus de ce nouveau support, avec le petit écran, constituer un espace privilégié de liberté, d’expérimentation et de créativité, banc d’essai idéal pour explorer de nouvelles pistes. Après des avis de gros temps pour la fiction française et une ouverture plutôt frileuse en dépit de la liberté nouvelle retrouvée grâce à la fin de la pression des annonceurs publicitaires sur les soirées des chaînes publiques, on voudrait croire à de belles éclaircies et surtout à une plus grande audace. Christian BOSSÉNO

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Fictions

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La Saison Télévision, édition 2010

© Bernard Barbereau

A Droite toute de Marcel Bluwal

© Stéphane Masson

L’Affaire de Bruay en Artois de Charlotte Brandström

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