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Télévision française La saison 2011

De
432 pages
La saison 2011 propose un panorama critique d'une année de télévision à travers fictions et documentaires, avec de nombreuses photos en noir et blanc. On y trouve aussi une rubrique télévision en livres, revues et DVD, les coups de cœurs cinéma, et les listes et index des fictions et documentaires traités.
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acheve:Mise en page 1 20/06/11 13:40 Page 1acheve:Mise en page 1 20/06/11 13:40 Page 1télévision française :
la saison 2010
une analyse des programmes
erdu 1 septembre 2009 au 31 août 2010
76039_TVFr_2011.indb 1 18/06/11 22:52Cette saison est dédiée à la mémoire de Jean-Claude Bringuier,
immense auteur et réalisateur, et notre ami
Légende des photos de couverture de 1 à 12 (de gauche à droite et de haut en bas)
1.  Un viol, © Bernard Barbereau, France 2
2.  Souvenir d’un vieil enfant, © TV5 Monde
3.  Braquo, © Tibo & Anouchka, France 2
4.  Des gens qui passent, © Aurélie Grimaldi, France 2
5.  Mes amis, mes amours, mes emmer des, © Étienne Chognard, TF1
6.  Belleville story, © Valérie Dayan Canal+
7.  Blanche-Neige, © J.C. Carbonne, Arte
8.  Claude Chabr ol, l’enfant libr e, © DR, France 5
9.  Beaur egar d, © Laurent Denis, France 3
10.  Barbe-Bleue, © Flach flms/Laurent Bourlier, Arte
1 1.  Scènes de ménage, © Cécile Rogue, M6
12.  Un singe sur le dos, © Jessica Forde, Arte
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© Jean RabinoviciDirigé par
Christian Bosséno
Télévision française :
la saison 2011
une analyse des programmes
erdu 1 septembre 2009 au 31 août 2010
76039_TVFr_2011.indb 3 18/06/11 22:52La Saison Télévision, édition 201 1
Beauregard
4
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© Laurent Denis/France 2 
•   20 ans (et 40 centimètr es) après : 
la saison a 20 ans !
La saison est née en 1991. Son premier opus qui ne comportait alors que 200 pages, réunissait les
textes de critiques de cinéma et d’enseignants, lassés de voir la télévision méprisée, en dépit des œuvres
fortes qu’elle produisait régulièrement mais qui disparaissaient, noyées dans le fot ininterrompu des
images. Arrêter ce fux , et considérer, pour l’analyser, un programme de télévision (fction ou docu -
mentaire) avec la même attention et la même grille critique qu’un flm produit pour le grand écran a
été l’ambition de la saison. L’absence de littérature critique sur les flms de télévision rendait certes
l’exercice plus diffcile mais enthousiasmant. Vingt ans après le pari est en voie d’être gagné ! Mais
que de chemin parcouru par notre Belle équipe, toujours soutenue par la SACD, la SACEM, TV France 
International et Arte que nous ne remercierons jamais assez pour leur confance et leur fdélité.
Avec l’édition 2011, TÉLÉVISION  FRANÇAISE  :  la  saison célèbre son vingtième anniversaire.
Ouvrage unique et original, la saison, qui a bénéfcié depuis sa création en 1991 de textes de 83 auteurs
(universitaires, professeurs, critiques de cinéma ou/et de télévision, etc.) a publié plus de 4.500 fches
critiques détaillées  (fctions et documentaires),  donnant ainsi au petit écran qui, au contraire du grand,
en manquait cruellement, une base de références critiques et historiques. Elle est devenue indispensable
à tous les professionnels, enseignants et étudiants de l’audiovisuel, ainsi qu’aux téléspectateurs exi-
geants. Mais, aussi paradoxal que cela paraisse et en dépit des très nombreux articles qui saluent chaque
année dans la presse notre publication, malgré notre présence dans tous les grands festivals et les tables
rondes, il nous arrive encore de rencontrer quelques professionnels qui découvrent seulement l’exis-
tence de la saison, vingt ans après sa première édition ! D’autres, au contraire, sont ravis d’exposer
dans leur bibliothèque – sur 40 centimètres linéaires ! – les vingt volumes de l a   s a i s o n, soigneusement
rangés et souvent consultés. Comme eux et comme les cinéphiles attentifs à la création télévisuelle qui
découvrent sur le petit écran des œuvres et des auteurs, lisez et faites connaître la saison !
À côté des fches qui constituent le corps principal de l’ouvrage et passent au crible d’une analyse
sans complaisance des fctions et documentaires français en première diffusion, la saison propose aussi,
dans ses 400 pages abondamment illustrées : un hommage aux disparus, Adieu l’ami ; une petite chro-
nologie d’une année de PAF, L’Écume des jours ; la chronique des festivals, Que la fête commence ; un
chapitre dédié aux livres et aux DVD ; des listes développées de fctions et de documentaires en pre -
ermière diffusion pendant la période considérée (du 1 septembre 2009 au 31 août 2010) avec quelques
indications minimales (titre, date et chaîne de diffusion, réalisateur, scénariste et compositeur de la
musique).
Quelques repères
Quelques points forts situent l’année 2010 qui enregistre une hausse de 7 minutes de la durée
moyenne du temps passé chaque jour devant la télévision par toute personne de plus de quatre ans. Elle
s’établit, en 2010 à 3 heures et 32 minutes. La télévision est donc la principale occupation des Français
qui passent devant leur écran moins de temps qu’à dormir, mais moins qu’à travailler si l’on considère
toute une vie !
The world moves on.  Télévision Numérique  T err estr e pour  tous
Notre bonne vieille télévision analogique a vécu, et la généralisation des écrans plats mettra au ban
de nos critiques l’adjectif « cathodique », tant utilisé comme synonyme de télévisuel ! Disponible en
France depuis mars 2005, la télévision numérique terrestre (TNT) a progressivement élargi sa zone de
5
76039_TVFr_2011.indb 5 18/06/11 22:52La Saison Télévision, édition 201 1
couverture à tout le territoire, dont 66 % était déjà couvert en octobre 2006. D’autre part, et selon un
calendrier de basculement préétabli, la télévision numérique terrestre remplace, région après région, la
télévision analogique (dite aussi hertzienne). Après un premier essai dans le Cotentin, l’Alsace a été, le
2 février 2010, la première région de France à passer au tout numérique. Après la Bretagne, et quelques
autres régions, c’était, la nuit du 8 mars 2011, le basculement pour l’Île de France. Coïncidence que
nous ne manquâmes pas de relever, c’était la nuit où nous « bouclions », avant relectures, le manuscrit
de cette édition de la saison ! Le 30 novembre 2011, la télévision analogique s’éteindra défnitivement
partout en France. L’opération, bien encadrée, s’est globalement fort bien passée avec le déploiement
d’un réseau d’assistance performant, notamment pour les téléspectateurs les plus âgés.
La principale conséquence de l’avènement de la TNT a été une offre de chaînes gratuites plus impor-
tante, 18 au total, dont les six chaînes « historiques nationales ». Cette concurrence nouvelle a eu pour
conséquence le grignotage régulier de l’audience de ces dernières (TF1 est ainsi passé d’une part d’au-
dience moyenne de 26,1 % en 2009, à 24,5 % en 2010). Le mediamat annuel, observé par Médiamétrie,
la société anonyme et interprofessionnelle qui mesure, en France, l’audience des médias, chiffrait, au
31 décembre 2010, à 19,7 % l’audience des nouvelles chaînes auprès des téléspectateurs de plus de
quatre ans. On enregistrait même des pics plus importants à l’occasion de relevés hebdomadaires (par
exemple 21,2 %, en moyenne, pour la semaine du 3 au 9 janvier 2010).
L’audience des nouvelles chaînes de la TNT s’établissait ainsi (source Médiamétrie) fn 2010 : TMC,
3,3 % ; W9, 3 % ; Gulli, 2,2 % ; Direct 8, 2,0 % ; NRJ 12, 1,9 % ; France 4, 1,6 %. Les chaînes d’infor-
emation permanente ne recueillent encore qu’une audience relativement modeste : BFMTV (9 ), 0,9 % ;
ei>Télé (10 ), 0,7 %. On peut observer en ce domaine des évolutions rapides, ainsi la chaîne parlemen-
taire LCP Public Sénat, qui aurait vu son audience croître de 40 % au dernier trimestre 2010.
For whom the bell tolls .  Audiences 2010
L’année a été une nouvelle fois dominée par les séries américaines qui caracolent en tête des au-
diences, hors grands événements sportifs et pics d’audience des JT !  Médiamétrie a publié comme
chaque année son Top 100, la liste des 100 meilleures audiences de l’année. Sans surprise, TF1 rafe la
mise avec 97 des meilleures audiences. Du côté des programmes les plus regardés, on observe les scores
impressionnants enregistrés pour le football, lors de la Coupe du monde 2010 de la FIFA (calamiteux
souvenir !), avec les deux plus fortes audiences de l’année obtenues pour les matches France-Mexique 
(TF1), le 17 juin 2010, avec 15,15 millions de téléspectateurs, et France-Uruguay (TF1), le 11 juin
2010, avec 14,99 millions de téléspectateurs. Comme au cinéma, le flm Bienvenue chez les Ch’tis a fait
un carton, lors de sa première diffusion à la télévision (TF1), réunissant 14,10 millions de téléspecta-
teurs et prend la troisième place.
Toujours sur TF1, la meilleure audience pour une fction est enregistrée par un épisode de la sé -
rie américaine The Mentalist, qui avait réuni le 3 novembre 2010 10 millions de téléspectateurs. Ce
feuilleton cumule 38 des meilleures audiences de l’année, devant d’autres séries venues d’outre-at-
lantique, dont, Docteur House, avec 11 des meilleures audiences. La première fction française, Clem 
e(TF1, voir fche ), réalise une très belle performance avec une 17 place et 9,4 millions de téléspec-
etateurs. F r a n c e   2 n’apparaît que deux fois dans ce Top 100 : à la 64 place grâce aux 6,3 millions de
supporters installés devant leur poste pour le match de rugby France-Angleterre, dans le cadre du
Tournoi des Six Nations ; et surtout, car c’est une excellente performance pour une série documentaire,
e à la 83 place pour Rendez-vous en terre inconnue : Virginie Efra  chez les Tsaatans qui avait fédéré,
le 14 décembre 2010, 8,1 millions de curieux. Une seule entrée, dans ce classement, pour M6, avec le
match de football qualifcatif pour l’Euro 2012, France-Bosnie Herzégovine. Au total, 57 épisodes de
séries américaines ; 18 matches de football et seulement 7 fctions françaises, dans les cent meilleures
audiences de l’année.
6
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High noon
Devant cette déferlante américaine, la situation est alarmante mais non désespérée. On verra, au fl
de ces pages, les actions qu’il serait indispensable de mettre en place et sur lesquelles, singulièrement
edans le domaine de la fction, on a beaucoup échangé : 7 Journée de la création TV organisée par l’APA 
(Association de Promotion de l’Audiovisuel), le 28 juin 2010 ; Réfexions  et propositions sur la relance de 
la fction  française rédigée par l’Association Galilée ; tables rondes dans les festivals, réfexions conduites
par la SACD, le Gr oupe 25 images, etc. Mais à quand la mise en chantier ?
Singin’ in the rain. La fn du « guichet unique »
Après une période de régression institutionnelle marquée notamment par le retour vers une télévision
sous contrôle (nomination du PDG de France Télévisions par le chef de l’État), c’est avec soulagement
qu’à été reçue, au FIPA 2011, la confrmation, par la bouche d’Emmanuelle Guilbart, directrice générale
de France Télévisions, et déléguée aux programmes, de la fn du « guichet unique » institué récemment
et qui avait été plusieurs mois durant, le cauchemar des auteurs et des producteurs. En effet, il instaurait,
quant au choix des sujets, un seul décideur, toutes chaînes confondues. Un projet « retoqué » n’avait alors
aucune chance d’être produit par l’une des chaînes publiques. Désormais, est stipulé le retour d’un respon-
sable fctions et d’un responsable documentaires pour chacune des chaînes. Mais pour importante qu’elle
soit cette mesure reste très insuffsante quand on sait la lourdeur d’un parcours du combattant durant
lequel tant de « responsables » intermédiaires, (parfois hélas peu compétents au plan artistique), intervien-
nent, modifent le projet initial, en retardent la préparation, traumatisent les producteurs qui, eux-mêmes
tétanisés par tant d’obstacles, mettent la pression sur les auteurs et sont conduits, pour tenter d’avancer, à
pratiquer une autocensure nuisible à la création et risquant d’aboutir in fne à un produit banalisé et sans
substance. Un réalisateur, non sans un humour teinté d’amertume, s’amusait à énumérer les formules
toutes faites dont se délectent les différents « décideurs » : « Quel est le point de vue ? ». « Quels sont les
enjeux ? », etc. Sans oublier bien entendu les interventions des chefs de grilles de programmes qui ont, eux
aussi, leurs exigences ! Il faut dire aussi que la valse des responsables à France Télévisions, les réorgani-
sations successives, la confusion quasi-généralisée et l’absence de ligne éditoriale n’avaient pas contribué
à simplifer le problème. La suppression de la publicité après 20 heures sur les chaînes publiques n’a pas
encore ouvert les vannes escomptées pour une création décomplexée et libérée de la sacro-sainte audience.
It happened tomorrow. Les nouveaux modes de consommation de la télévision
A côté du mode traditionnel consistant à regarder les programmes de télévision sur un récepteur de télé-
vision, se développe de plus en plus la réception sur un écran d’ordinateur, voire, et cette pratique est déjà
importante chez les 15-24 ans (13 %), sur un téléphone portable. Parallèlement se développe la télévision
dite de rattrapage, permettant par exemple de regarder un programme mis gratuitement à disposition
par une chaîne pendant la semaine qui suit la diffusion à l’antenne. On observe également sur Internet,
l’audience et la montée en puissance des web documentaires et web fctions qui cassent le récit linéaire
traditionnel pour proposer, avec une écriture nouvelle, une vision interactive « à la carte » sur laquelle
nous aurons l’occasion de revenir. Se multiplient aussi, sur la toile, des blogs et sites spécifques, organisés
autour d’un programme ou d’une série souvent dans un dessein promotionnel. Ainsi, facteur de débats et
de fdélisation, le site de Clem (TF1), qui avait anticipé, en le favorisant, le lancement de cette fction puis,
avec les débats ultérieurs, la fdélisation d’un public. Ce blog a été visité par 2,5 millions d’internautes.
C’étaient, en guise d’introduction et « au fl de la plume » (anachronisme), quelques considérations
très générales.
Bonne saison !
Christian BOSSÉNO
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76039_TVFr_2011.indb 7 18/06/11 22:5276039_TVFr_2011.indb 8 18/06/11 22:52Fictions
I. fIctIons
Entre mère et flle
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PHOTO
© Gilles Schrempp/France 2La Saison Télévision, édition 201 1
Des gens qui passent
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© Bernard Barbereau/France 2Fictions
•   Une année de fctions françaises
Une fction française sinistrée ?…
Une part congrue au « Top 100 »
Depuis 2007, et cette tendance ne cesse de s’accélérer de façon alarmante, le nombre des fctions
françaises dans le T op  100 des audiences observé par Médiamétrie, s’effondre devant l’engouement pour
les séries américaines. En 2005, on relevait dans ce classement, 56 fctions françaises contre 4 seulement
made  in  USA  ; 39 encore en 2006 contre 4. Puis cette audience des hexagonales s’effondre, avec
48 occurrences américaines contre 12 pour la France en 2007, 57 contre 13 en 2008, 64 contre 4 en 2009,
enfn (petit progrès) 57 contre 7 en 2010.
Trop longtemps, le succès ronronnant des grandes séries familiales françaises ou policières, avec héros
sympathiques et récurrents comme Navarr o ou la toujours fdèle au poste Julie  Lescaut, etc., ont masqué
une véritable absence de remise en cause et de renouvellement. L’arbre d’ailleurs cache toujours la forêt
et, si l’on excepte une nouveauté (Clem), les 5 fctions françaises inscrites au palmarès des audiences du
T op  100 pour 2010 sont des épisodes inédits de Joséphine  ange  gar dien et la dernière saison d’Une  famille 
formidable, des séries consensuelles de comédie, diffusées par TF1, souvent de très honnête facture, dont
les gentils héros sont très appréciés par un public traditionnel et vieillissant, mais qui ne sauraient résister,
sur la même chaîne, en cela éclectique, à un équivoque et cynique personnage comme le Docteur  House
capable, lui, de mobiliser un public jeune.
Une production en baisse régulière
Mais il n’y a pas que le critère d’ailleurs souvent très spécieux de l’audience pour illustrer le « dé-
clin » de la fction française. Plus préoccupante s’avère la baisse de la production. En 2008, la production
française de fctions représentait 912 heures d’antenne. Elle ne se chiffrait plus qu’à 752 heures en 2009
et 732 heures en 2010. Aussi la France est-elle aujourd’hui le seul pays européen dans lequel le nombre
d’heures d’antenne de la fction nationale est inférieur à celui d’œuvres étrangères. Or la fction est l’un
des signes marquants d’une identité culturelle nationale. La principale lacune est l’absence en France des
fctions de journée et des feuilletons quotidiens de pré-prime time, à l’exception bien entendu de Plus  belle 
la  vie  (France  3) au succès aussi insolent que durable   (PBL V  restant encore très loin de l’incroyable du-
rée du feuilleton quotidien britannique   Cor onation  Str eet, diffusé outre Manche depuis décembre  1960). 
Ajoutons encore que cette décrue est paradoxale et dangereuse quand on sait, comme le confrme une
étude récente, réalisée par l’institut Médiamétrie avec Eur odata  TV W orldwide, diffusée lors du Festival 
de  la  création  audiovisuelle de Luchon en 2010, que la fction est le genre préféré des français qui y
consacrent plus du quart du temps passé devant le petit écran. Les séries représentant 70 % de ce temps.
Une fction française boudée par les jeunes
La fction française reste majoritairement boudée par les jeunes qui ne se reconnaissent pas dans les
séries familiales traditionnelles (sauf les plus petits pour l’inoxydable Joséphine  ange  gar dien). La moitié
du public de la fction française est constituée par les téléspectateurs âgés de plus de 60 ans et 15 % seu-
lement par les moins de 35 ans. C’est un public à reconquérir. La production de séries de web  fctions et
de web  documentair es est une piste explorée par  Arte et  Canal+, très dynamiques en ce domaine. La toile
est en effet le principal concurrent de la télévision pour les jeunes. Dans le même esprit se développe le
marché de la vidéo à la demande proposant une consommation délinéarisée.
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76039_TVFr_2011.indb 11 18/06/11 22:52La Saison Télévision, édition 201 1
…Ou de bonnes raisons de r ester  optimistes ?
Des œuvres fortes qui n’ont rien à envier aux meilleurs flms du cinéma français
C’est devenu une antienne à la saison, mais la comparaison le confrme, notamment chaque année
lors de l’attribution des Prix  Cinéma et des Prix télévision par le Syndicat  Français  de la  Critique  de 
cinéma  et  des  flms  de  télévision . Non seulement les téléflms français (et les nouvelles séries télévisées)
soutiennent sans problème la comparaison avec les flms de cinéma mais, bien souvent, par leur audace
thématique et parfois par leur écriture, ils peuvent les surpasser. Comme chaque année encore, je ne résiste
pas au plaisir de rappeler les dix fctions télévisées sélectionnées, après un premier tour de scrutin et sou-
mises au jury pour l’attribution du Prix  Télévision  de  la  Critique  (Fictions). Ont été élus les programmes
suivants (voir fches par ordre alphabétique : Azad (Histoir es  de  vies) de Nicolas Tackian, France  2 ;
Belleville  Story d’Arnaud Malherbe, Arte ; Braquo, d’Olivier Marchal, Frédéric Schoendoerffer, Canal+ ;
Clandestin (Histoir es  de  vie s), d’Arnaud Bedouët, France  2 ; Des  gens  qui  passent, d’Alain Nahum,
Jacques Santamaria, d’après Un  cir que  passe de Patrick Modiano France  2 ; Engr enages (saison  2) de
Manuel Boursinhac, Anne Landois, Éric de Barahir, Canal  + ; Les  Invincibles, d’Alexandre Castagnetti,
Pierre Gantelmi d’Ille, Arte ; Pigalle,  la  nuit, d’Hervé Hadmar, Marc Herpoux, Canal+ ; Un  village  fran-
çais, (saison  2) de Philippe Triboit, Emmanuel Daucé, Frédéric Krivine, Olivier Guignard, Jean-Marc
Brondolo, France  3 ; Un  singe  sur  le  dos, de Jacques Maillot, Pierre Chosson, Arte. Au moins une dizaine
d’autres dont Carlos d’Olivier Assayas ont obtenu un bon score.
Des séries remarquables
Il y avait eu de beaux précédents comme la série À  Cran (2004) et À  Cran,  deux  ans après (2006),
d’Alain Tasma ou encore Boulev ar d  du  Palais, série initiée en 1999 et toujours à l’antenne, inspirée par
des personnages de Thierry Jonquet. Ces séries choisissaient délibérément de tourner le dos aux person-
nages lisses et de mettre à l’écran des personnages complexes, bor derline, cassés par la vie, poursuivis
parfois par un passé douloureux comme la jeune juge Linz qui traîne avec elle la honte d’un père honni
depuis qu’elle avait découvert qu’il avait prospéré en spoliant les Juifs durant la seconde guerre mondiale.
Dans le domaine éminemment stratégique des séries on observe ces deux dernières années, impulsée par
le succès des séries américaines, la production de séries française de très grande qualité, aux antipodes
du redoutable « politiquement correct » : ainsi (voir fches), la seconde saison d’Engr enages (Canal+)  ;
Carlos, d’Olivier Assayas et Dan Frank, sélectionné hors compétition au Festival de Cannes 2010 ; Braquo 
(Canal+) et son quintette de fics dont les pratiques ne diffèrent point de celles des truands qu’ils traquent,
ou Pigal le,  la  nuit. Il est symptomatique de cette évolution de constater que, parmi les cinq programmes
arrivés en tête pour le second tour de scrutin du Prix télévision de la critique, fctions, 2010, fguraient
quatre séries : Pigalle  la  nuit, Braquo, Carlos, et la seconde saison d’Un  village  français. Et, pour la
première fois dans l’histoire de ce prix, c’est à une série, Pigalle   la  nuit, qu’il a été attribué. Historique !
Mieux, les séries françaises commencent à bien se vendre à l’étranger ( Mafosa, par exemple).
Canal+, rappelons-le encore, joue un rôle moteur dans la production de séries françaises non conven-
tionnelles et de bonne qualité. Révolution, Arte engage en 2011, une politique très ambitieuse de produc-
tion de séries françaises.
Côté comédie, on a apprécié les séries L e s   I n v i n c i b l e s ( A r t e), F a i s   p a s   c i ,   f a i s   p a s   ç a (seconde saison,
F r a n c e   2), M e s   a m i s ,   m e s   a m o u r s ,   m e s   e m m e r d e s ( T F 1), sans oublier bien sûr l’irremplaçable K a a m e l o t t   ( M 6 )   ;
P l u s   b e l l e   l a   v i e ( F r a n c e   3),  seul feuilleton de pré-prime time confrme son étonnant succès, basé sur l’ac -
tualité (la date de l’action de l’épisode du jour coïncidant avec celle de sa diffusion) et, en dépit du caractère
rocambolesque de ses improbables péripéties (qui n’a jamais été mis en examen dans le petit microcosme du
Mistral ?), son accroche bien réelle sur une société dont il est un miroir, avec sa diversité et ses problèmes.
Mais pour gagner cette bataille des séries et redonner aux séries françaises la place qu’occupent les
séries du crû dans les autres pays d’Europe, encore faudrait-il ne pas les sacrifer. Comment parvenir
à fdéliser un public avec des séries dont le faible nombre d’épisodes (6 ou 8) constitue déjà un sévère
handicap de départ, si l’on s’emploie, en outre, à les « saboter » : ainsi, la saison 3 de la série policière
12
76039_TVFr_2011.indb 12 18/06/11 22:52Fictions
bor derline et bien enlevée Sur  le  fl (6 épisodes, France  2), « liquidée » en deux soirées de 3 épisodes
chacune les 9 et 16 avril, comme la saison 3 de La  Cour  des  grands (6 épisodes, France  2), tarie en deux
soirées les 5 et 12 mai.
Quelques pistes sont dessinées pour améliorer encore la qualité des séries en France : accès à une
formation permanente des scénaristes et amélioration de leur statut précaire ; fabrication et tests de pi-
lotes plus nombreux, ateliers d’écriture (comme cela est réalisé pour PBL V ou, sous la direction d’Alain
Krivine, pour Un V illage Français).
Beaucoup plus académiques et « léchées », dans la veine dite « patrimoniale » de la fction française,
après le succès de la collection Maupassant (France  2), le producteur Gérard Jourd’hui avait lancé, avec
ele scénariste Jacques Santamaria, directeur littéraire, la collection Contes  et  nouvelles  du  X1X   siècle re-
groupant quatre premiers titres en mars 2009 (voir saison  2010). Cette première saison s’est poursuivie en
septembre 2009 avec quatre nouvelles adaptations (voir fches) : Le  Petit  vieux  des  Batignolles, d’après
Émile Gaboriau, réalisé par Claude Chabrol, suivi par Une  Nuit  d’amour , d’après Émile Zola, réalisé par
Gérard Jourd’hui, Boubour oche d’après Courteline réalisé par Laurent Heynemann et Les  T r ois messes 
basses d’après Alphonse Daudet. En mars 2010, une seconde saison regroupant huit nouveaux titres était
mise à l’antenne (voir fches) ; une nouvelle (et dernière ?) collection adaptant des contes de Guy de
Maupassant était lancée en 2011, Chez Maupassant.
Biopics, un genre en vogue
Les biographies flmées (biopics) ont le vent en poupe. Honneur d’abord au général de Gaulle qui n’y
échappe pas l’année de la célébration du cinquantenaire de l’Appel du 18 juin 1940. On se souvenait de
l’étonnante composition de Bernard Farcy, dans Le  Grand  Charles (2005) de Bernard Stora. D’autres ac-
teurs se sont attaqués au rôle : Patrick Chesnay dans Je  vous  ai  compris,  De  Gaulle  1958-1962, docu-fction  
de Serge Moati (France  2) ; Pierre Vernier dans Adieu  de  Gaulle,  adieu, (France  2) de Laurent Herbiet,
Michel Vuillermoz, dans L ’Appel  du 18  juin de Félix Olivier ; On a vu Bruno Solo (Mendès France),
dans Accusé  Mendès  France (France  2), de Laurent Heynemann (voir fche saison  2012) Stéphane Freiss
dans Camus de Laurent Jaoui (voir fche). On verra bientôt Jacques Weber (Père Joseph Wrésinsky), dans
Joseph  l’insoumis de Caroline Glorion (France  3)  ; Jean-François Balmer (Georges Pompidou), dans
Mort  d’un  président de Pierre Aknine (France  3). Et encore, Clémentine Célarié (Marthe Richard), dans le
flm éponyme de Thierry Binisti (France  3), Laurent Lucas (Boris Vian) dans V   comme  V ian, de Philippe
Le Guay (France 2), etc.
L’Histoire plus ancienne n’échappe pas à cette vogue : parmi les fgures illustres, on a vu Ariane
Ascaride (George Sand), dans Geor ge  et  Fanchette (voir fche), de Jean-Daniel Verhaeghe ; Frédéric
Diefenthal (Chateaubriand) dans le téléflm du même nom (voir fche) ; Lorant Deutsch (Fouquet) et
Thierry Frémont (Colbert), dans Le  Roi,  l’écur euil  et  la  couleuvr e, de Laurent Heynemann, Sylvie Testud
(Louise Michel), dans Louise  Michel,  la  r ebelle (voir fche), de Solveig Anspach, Julien Boisselier dans
Henri  IV, de Jo Baier. On verra Jacques Perrin (Louis XI) dans Louis  XI,  le  pouvoir  français d’Henri
Helman (France  3), etc. Des personnages plus modestes, mais ayant joué un rôle dans l’histoire, comme
Blanche  Maupas, interprétée par Romane Bohringer, dans le flm éponyme (voir fche), de Patrick Jamain
inspirent aussi les biopics.
À noter encore, parmi les thématiques en vogue, les fctions inspirées par la seconde guerre mondiale,
par exemple, Les  Amants  de  l’ombr e (France  3, voir fche), de Philippe Niang qui réussit l’exploit de
devancer TF1 qui programmait le même soir des épisodes de la série américaine Les  Experts,  Miami.
Cocorico ! Et, bien entendu, la formidable et ambitieuse série de France  3, Un  village  français, chronique
de la guerre de 1940-1945, vue à travers la vie d’une petite vile du Jura.
Des créneaux pour la création : programmes courts et animation
Comme chaque années ces deux catégories sont un creuset de liberté et d’invention. Ainsi avons-
nous goûté, côté courts, la série Scènes  de  ménage d’Alain Kappauf, Laurent Tiphaine, Françis Duquet,
Stéphane Kopecky  (M6). Les séries d’animation nous réservent aussi de très agréables surprises et c’est
un genre dans lequel brille particulièrement la production française. Une mention particulière cette année
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pour la très cocasse série  Léon  (t)err eur  de  la  jungle (voir fche) d’Alexandre So, dont nous avions déjà
tant aimé La  Chouette (voir saison  2009, p. 210) ;  Le  Monde  de  Pahé  de Patrick Essono, Christophe
Guignement (France  3, voir fche)  ;  et encore  Angelo  la  débr ouille  (France  3, voir note) de Sylvie
Mathuisieulx et Sébastien Diologent.
Initiatives
La période estivale sied à France  2 pour lancer des collections dédiées à la création. Nous avions ap-
précié, en 2009, l’excellente collection Suite  noir e (qu’Arte, second diffuseur, reprogramme à compter de
mars 2011). La bonne surprise de l’été 2010 a été une collection, d’abord nommée Identités, puis rebapti-
sée Histoir es  de  vie (pour de frileuses raisons politiques). Un appel d’offres avait été lancé en 2007 dans
le dessein de favoriser l’innovation et d’offrir un espace de liberté à destination de nouveaux auteurs et
impliquant des producteurs avec lesquels la chaîne n’avait jamais encore travaillé, enfn des réalisateurs
issus de tous les milieux de la création (musique, cinéma). Onze projets ont été retenus et réalisés avec
des budgets serrés, diffusés pendant l’été 2010, en seconde partie de soirée, dont (voir fches) : Azad, 
du dessinateur de BD Nicolas Tackian ; Conte  de  la  frustration  du musicien Akhenaton ; Clandestin
du comédien et metteur en scène de théâtre  Arnaud  Bedouët  ; T enir  tête, premier long métrage de Julia
Cordonnier ; Préliminair es, de Jean-Marc Rudnicki ; Pas  de  politique  à  table, de Valérie Minetto ; Ceux 
qui  aiment  la  France, de l’actrice Ariane Ascaride, etc. Dommage de les avoir systématiquement écartés
de la première partie de soirée car l’absence de budget n’a pas été ici synonyme de manque d’ambition.
Bien au contraire. Alors pourquoi réserver – même question qu’en 2009 pour Suite  noir e – à un public
restreint ces initiatives ?
Comme chaque année une mention toute particulière rend hommage à l’excellente et courageuse po-
litique d’Arte. Avec, par exemple cette année,  Barbe  Bleue (voir fche) de Catherine Breillat ; Blanche 
Neige (voir fche), d’Angelin Preljocaj, qui a lui-même adapté et porté à l’écran son ballet ; Déchainées
(voir fche), de Raymond Vouillamoz, une réfexion sur les images et le temps ; La  T ueuse (voir fche),
de Rodolphe Tissot, ou le destin d’une jeune mère de famille gagnée par une irrésistible addiction pour le
poker ; et aussi, déjà citée, la série Les Invincibles.
Théâtre, opéra
Un effort méritoire a été cette année encore accompli pour la captation et la diffusion en prime time de
pièces de théâtre et d’opéra. Belle soirée cette année avec Colombe (France  2, voir fche), de Jean Anouilh
retransmise en direct depuis le Théâtr e  des  Champs  Élysées. Pour l’opéra, on a bien noté avec satisfaction
la signature d’un accord, portant sur les saisons 2010 à 2012, entre France  Télévisions et l’Opéra  de 
Paris afn de rendre le spectacle lyrique et chorégraphique accessible au plus grand nombre, prévoyant
l’enregistrement annuel de 6 spectacles par an (opéras et ballets).
Christian BOSSÉNO
À titre d’information (source Écran  T otal, 8 septembre), voici les meilleures audiences des différentes chaînes, en 2010.
TF1 : Clem (9.417.000 téléspectateurs) ; Joséphine,  ange  gar dien : 8.478.000 (meilleure audience d’un épisode de l’année) ; Une 
famille  formidable : 8.400.000. France 2 : Jusqu’à  l’enfer (6.013.000) ; Fais  danser  la  poussièr e (5.721.000) ; Mourir  d’aimer
(5.546.000). France 3 : PBL V  (meilleure audience d’un épisode de l’année) : 5.550.000 ; Louis  la  br ocante (meilleure audience
d’un épisode de l’année) : 5 5501.000, suivi d’un autre (5.207. 000). Arte : À  deux,  c’est  plus  facile (1.626.000) ; Lady 
Chaterley  et  l’homme  des  bois (rediff.) : 1.214.000 ; V ive  la  bombe (957.000) ; M6 : V ictoir e  Bonnot (4.700.000) ; L ’Amour 
vache (4.700.000) ; XIII (3.500.000). Canal+ : Braquo (meilleure audience d’un épisode de l’année) : 1.362.000 ; Pigalle,  la  nuit
(meilleure audience d’un épisode de l’année) : 1.185.000 ; Engr enages (meilleure audience d’un épisode de l’année) : 1.005.000.
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dire qu’il a une importante révélation à lui faire ; ils
4 garçons dans la nuit se rencontrent au bord d’une écluse ; la scène, flmée
de loin, nourrit le mystère. Le commissaire semble
furieux, il pousse le jeune homme à l’eau puis plonge
Quatre amis étudiants, Alex Guilbert, David pour le sauver ; mais il est emporté par le courant
Carron, Thomas Vernet et Sébastien Sarris, tandis que le jeune homme est secouru. Ce premier
passablement éméchés, découvrent sur un terrain épisode se termine sur la fermeture de l’enquête mais
vague, en rentrant d’une soirée, agonisante sur un nous savons qu’elle aura une suite 15 ans plus tard,
talus, Rose Dugain, 19 ans, une jeune beauté de la l’explosion, première séquence du flm l’annonçait.
ville, serveuse dans le bar qu’ils viennent de quitter. Le deuxième épisode ne tient malheureusement pas
Elle décède. Ils alertent la police, sans réaliser les promesses du premier. On attendait un approfon-
qu’ils sont les premiers suspects. Paul Morin, le dissement de cette psychologie de groupe, un retour
commissaire chargé de l’enquête les soupçonne dans le soupçon minant la grande amitié qui unissait
et tente de les faire se contredire pour circonvenir les quatre et qui avait si bien créé et soutenu la ten-
celui d’entre eux qui serait l’assassin. Faute de sion du premier épisode ; mais nous voilà désormais
preuves, ils sont libérés. Le commissaire se noie confronté à une histoire mélodramatique avec une
en tentant de sauver David qu’il avait lui-même fâcheuse tendance à accumuler les poncifs du genre.
poussé à l’eau. L’enquête n’aboutit pas. Quinze ans Les quatre anciens amis sont beaux, sont bien établis
plus tard, le jour anniversaire du meurtre, Sébastien dans la vie: Sébastien est médecin, David professeur
Sarris est assassiné dans l’explosion d’une bombe d’université, Alex imprimeur. Le dernier, Tomas,
qui pulvérise son appartement. David, est à son est prêtre ; deux sont bien mariés (Alex et David) et
tour égorgé. Le fls de Rose Dugain, dont tous l’un deux, Sébastien, est homosexuel et vit en couple
ignoraient l’existence, est revenu et veut connaître avec Olivier. On apprend que Rose, assassinée il y a
la vérité sur la mort de sa mère. Il est abattu par 15 ans, avait un fls, Yann, qui, aujourd’hui âgé de
un policier alors qu’il avait pris en otage la famille 18 ans, est revenu dans la ville pour connaître toute
d’Alex pour obliger la police à reprendre l’enquête. la vérité sur la mort de sa mère. On a vite compris
Les deux rescapés, Alex et Thomas, de suspects, que le commissaire principal de police est le meur-
étaient devenus cibles. Ils enquêtent à leur tour et trier, à voir son acharnement à faire disparaître les
découvrent qu’Antoine Lanson, le commissaire preuves et les témoins. Les péripéties inclinent alors
principal, lieutenant de police à l’époque du premier franchement vers le mélo ; la femme d’Alex est prise
crime, est l’auteur de tous ces meurtres. en otage avec son enfant (nous l’avons vue aupara-
vant accoucher dans une scène dramatique). L’auteur
La réalisation du premier épisode, construit en de l’enlèvement n’est autre que Yann, le fls de Rose
fashback, démarre sur les chapeaux de roue. Une ex- qui envoie, à chaque enterrement, une couronne de
plosion criminelle tue un jeune homme et l’on ap- feurs avec l’inscription : « Pour ne pas oublier ». Il
prend qu’il a été soupçonné il y a 15 ans avec trois sera abattu par un tireur de la police et s’écroulera
de ses amis, de l’assassinat d’une jeune flle. L’histoire dans son sang devant la jeune femme. L’épouse de
se déplace alors 15 ans auparavant lorsque les quatre David se rend chez son amant juste au moment où
amis avaient découvert le cadavre de Rose, l’une des son mari est assassiné (elle l’entend au téléphone) ;
jeunes flles les plus courtisées de la ville. Débute elle ne se le pardonnera pas et sera recueillie par le
alors la meilleure partie du flm avec le stratagème couple avec l’enfant (celui pris en otage, vous sui-
du commissaire qui, soupçonnant le quatuor d’être vez ?) et elle admire le bébé. Enfn la jeune Karine,
solidaire pour lui cacher le nom du meurtrier, les lieutenant de police, en stage au commissariat, qui
place dans quatre cellules diférentes et les interroge croit à son métier aidera à l’enquête et piégera son
séparément. Chacun de ces quatre témoins (car ils patron, l’infâme commissaire meurtrier. Mais, me
ne sont encore que témoins) ne peut s’empêcher de direz-vous, n’avez vous pas décelé dans cette seconde
soupçonner à son tour l’un ou l’autre de ses amis et partie une once de distanciation, un second degré,
adapte ses réponses au commissaire en fonction de une amorce de parodie ? Eh bien non ! J’aurais aimé,
ses doutes. La belle amitié ne résiste pas à l’épreuve. j’ai bien cherché mais rien n’a pu me le laisse penser.
Si le rythme est un peu lent, ce huis clos reste néan- En conclusion puis-je vous recommander de ne vous
moins très prenant par la qualité de jeu des acteurs, le souvenir que du premier épisode, d’une incontes-
commissaire comme les quatre suspects. Relâchés, les table qualité ?
quatre font face à d’autres soupçons, ceux des amis Film  sélectionné  au  Festival de la Création télévisuelle
de la victime. Alex rappelle le commissaire pour lui de Luchon  (3  au  7  février  2010)  où  les  quatr e  principaux 
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interprètes  du  flm  ont  r eçu  collectiveme nt,  le  Prix  d’interpré- mer depuis des décennies et en rêve va choisir une
tation masculine maison de retraite au bord de l’océan.
Réal.  : Edwin Baily  ;  sc.  : Bernard Marié,  d’après  Ce sont deux apatrides de la vie qui se côtoient.
le  r oman  éponyme  de  V al  McDemid  ;  mus.  : Stéphane Joseph refuse la vieillesse dans ce qu’elle a de pire,
Moucha  ;  photo  :  Gérar d  de  Battis ta  ;  mont.  :  Isabelle  la maison de retraite ; Marilyn, la provinciale éga-
Dedieu  ;  son  :  Laur ent  Lafran,  Ludovic  Mauduit  ;  rée, nargue le monde avec son look provocateur.
pr od.  :  GTV   ;  int.  :  Julien  Baumgartner  (Alex  Guilbert),  On l’aura compris, entre le vieil ours célibataire et
Dimitri  Stor oge  (David  Carr on),  Pascal  Cervo  (Thomas  la jeune biche qui n’attend que le premier chasseur
V ernet),  Antoine  Hamel  (Sébastien  Sarris),  Y ann  pour assouvir ses émois, il n’y a apparemment guère
T r ecquet  (Robin  Morin),  Jean-Pierr e  Lorit  (Antoine  de sympathie et surtout aucun point commun. Tout
Lanson),  Jean-Pie rr e  Malo  (Paul  Morin),  Mia  Delmaë  le jeu de ce flm attendrissant et savoureux consiste
(lieutenant  Karine),  Élise  Diaman  (Rose  Dugain),  à se délecter des petits cailloux que ces deux vont
Raphaël  Dufour  (Y ann  Dugain),  Lena  Brieban  (Marine  peu à peu semer au fl de leur vie quotidienne pour
Guibert),  Sara  Mortensen  (Hélène  Carr on),  Olivier  remonter le chemin qui mène de l’un à l’autre. Après
Collinet (Paul) ; France 2, 18 mai 2010, 2 x 90 min. un temps d’observation et des premiers jours dif-
Thierry  AUDRIC ciles, une extrême tendresse va naître, voire même,
de la part du bonhomme, quelques désirs qu’il
n’aura pas la moindre velléité de concrétiser. Tout
cela est montré par petites touches, avec retenue À deux c’est plus facile et force soupirs. Peu à peu, le couple improbable
se découvre des points communs, comme l’intérêt
Joseph a 80 ans. Il vit à Paris dans un pour le même soap  opera quotidien qu’ils suivent
appartement régi par la loi de 1948 qui est un tous les deux sur le petit écran. Chacun des deux
cauchemar pour les propriétaires et un moyen de protagonistes a une raison de s’approcher de l’autre.
survie pour les occupants, souvent pauvres, qui La jeune flle cherche un aïeul, quand le vieux bon-
n’acquittent qu’un loyer dérisoire. Sa demi-sœur, homme quête une fammèche de vie à travers les fa-
Madeleine, aimerait bien revendre les lieux au céties de sa nièce imaginaire. Le couple s’allie pour
prix du marché. Mais pour cela il faut que Joseph faire front aux velléités fratricides de Madeleine, la
plie bagages. S’il libérait l’appartement celui-ci demi-sœur indigne. Et, un soir où sa protégée dé-
retrouverait en effet sa vraie valeur. Madeleine, couche, Joseph taraudé de crainte, va traverser Paris
qui a bien lu la loi, se dit prête à engager en pantoufes pour alerter un commissariat. Le texte
une procédure d’expulsion pour « occupation est millimétré, émaillé de délicieuses réfexions : « Il
insuffsante des lieux ». Mais Joseph ne s’en laisse marche comme le père de la petite dans La  Nuit 
pas compter. Il adhère à un programme permettant des  morts  vivants », pleure Marilyn, au téléphone
à des étudiants désargentés de se loger en échange avant de d’implorer sa mère : « J’ai envie de changer
de menus services. Tout cela est géré par une de vieux  ». «  Non poussin  » rétorque la génitrice.
association qui joue les intermédiaires. À la «  Vous étiez comment en plus jeune  ?  » demande
veille de la rentrée scolaire, surprise, ce n’est pas plus loin Marilyn à Joseph qui ne se démonte pas et
« un » mais « une » étudiante, une jolie Marilyn, réplique « Pareil, en plus jeune ». On n’est pourtant
16 ans à peine, dont les parents sont éleveurs de pas là dans le monde d’Amélie Poulain. Cette proxi-
volailles, qui s’installe dans l’appartement. Joseph mité d’ado/octo n’est pas rêvée. En outre, avant que
accueille sombrement cette colocataire. La jeune naisse toute afection, ce sont bien des problèmes de
flle commence par téléphoner à sa mère pour niveau de vie qui amènent ces deux êtres à cohabiter.
« changer de vieux ». Il faudra donc du temps pour Le flm refète une réalité contemporaine : jeunes et
que ces deux là se parlent. Mais, au fur et à mesure vieux ne semblent pas les bienvenus dans ce monde
des péripéties, une complicité va se nouer entre les où la réussite se mesure à la couleur de la carte de
deux protagonistes. Joseph va d’ailleurs demander crédit. Dans leur appartement miséreux, à la limite
à Marilyn de jouer le rôle d’une imaginaire nièce de l’insalubrité, ces deux-là sont aussi réunis par une
pour justifer sa présence dans l’appartement. Ses conscience de classe, un semblable souci des fn de
sorties tardives – elle a un amoureux – rendent mois, une même crainte des lendemains. La réalisa-
Joseph jaloux. Et, lorsqu’à la rentrée suivante, il trice montre aussi, dès le générique, la vie, rarement
apprend que Marilyn ne sera pas là, la vie à Paris révélée, des humbles retraités parisiens  : courses à
ne lui semble plus possible. Lui qui n’a pas vu la petits pas, rendez-vous bistrotiers, enterrement d’un
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plus vieux. Presque fantômes, ils survivent dans ce gens du voyage » comme elle dit. Au contraire
Paris qui n’est plus le leur. S’ils se retrouvent c’est à Saint-Germain, Rodrigo Ramirez, son épouse
dans les foyers municipaux pour quelques fêtes avec Chimène et leurs deux ados, Samantha et Hugo,
fonfons et mousseux ; s’ils se croisent c’est au hasard mènent grande vie dans la villa des Lemoulec au
des courses sur les marchés. Ils sont les survivants grand dam des voisins vétilleux, les Dubois qui
du monde englouti de ceux qui ont connu Paname. ont la mauvaise idée de venir protester quand les
On l’aura compris, c’est aussi cette mélancolie de Ramirez s’éclatent nuitamment à la musique des
l’évocation d’une capitale où se confondaient les Gipsy  King ! Charles Lemoulec, venu se présenter
générations et les classes sociales, qu’aborde Émilie au chef du camp, un certain Manolo, plutôt
Deleuze. Michel Galabru est époustoufant d’af- impressionnant, pour lui suggérer, fort civilement,
fection bridée dans ce rôle d’aïeul ronchon à qui la de mettre un bémol aux fêtes nocturnes autour du
jeune flle montre une vie qu’il n’a jamais connue. La feu de bois, doit (piteusement) battre en retraite.
débutante Luce Radot incarne la parfaite provinciale À Saint-Germain, Rodrigo (dit Roro ou « bébé »),
rebelle, faussement déniaisée. Voici un beau conte pille la cave de grands crus des Lemoulec et décide,
d’aujourd’hui qui se nourrit de comédie. Et la poésie pour agrandir la salle de séjour d’abattre une
du Paris populaire n’est pas pour rien dans le charme cloison. Il se tire fort bien de la venue des policiers
qui le distingue. appelés par les voisins chafouins. Au camp des
Gitans, les Lemoulec découvrent le charme de
Réal.,  cosc.  : Émilie Deleuze  ;  cosc.  : Maïté Maille   ;  cette vie nouvelle et de la plage déserte à laquelle
mus.  : Gast Waltzing  ;  photo  :  Jean-Philippe  Bouyer  ;  ils accèdent avec une petite voiture tirée par un âne.
son  ;  Alain  Sir onval  ;  mont.  :  Martine  Gior dano  ;  cost.  :  Apprenant que les Manouches vont être expulsés,
Magdalena  Labuz  ;  pr od.  :  Sylvie  Pialat,  Be-Films,  Les  ils activent Jean-Luc, un ami avocat, qui trouve
Films  du  W orso,  T arantula  Luxembour g,  ARTE  France  ;  une solution durable pour leur assurer le maintien
int.  :  Michel  Galabru  (Joseph),  Luce  Radot  (Marilyn),  sur les lieux. À Saint-Germain, des huissiers
Alexandra  Stewart  (Madeleine),  Mar cial  Di  Fonzo  sont venus saisir les meubles des Lemoulec (qui
Bo  (Éric  Lesage),  René  Schér er ,  V enantino  V enantini,  avaient été dénoncés au fsc par les Dubois).
Abraham  Belaga,  Abraham  Leber ,  Agathe  Bonitzer .  Quand il apprend ce que Charles a fait pour les
Arte, 4 juin 2010, 79 min. Jean-Paul T AILLARDAS gitans, Roro mobilise tous les manouches de la
capitale (garagistes, ferrailleurs, commerçants,
etc.) et leur demande de souscrire désormais leur
assurance chez Lemoulec, ainsi remis en selle. À 10 minutes de la plage Parallèlement, il dépêche des hommes de main
pour terroriser les Dubois qu’ils emploient, avant
Charles Lemoulec, 47 ans, deux enfants ados le retour des Lemoulec, à remettre en état le gazon
(Constance et Benjamin), directeur de la société lacéré par leur voiture et refaire la cloison détruite.
familiale d’assurances fondée par son grand- En Camargue c’est la fête : Françoise, ancienne
père, est au bord de la faillite. Impossible pour les championne d’équitation qui avait tout arrêté
vacances de louer, comme les années précédentes, après une mauvaise chute voici quelques années,
une coûteuse villa à l’Île de Ré. Son assistante a retrouvé, grâce à Manolo qui lui a prêté ses
lui suggère une formule nouvelle : l’échange de chevaux, le goût des chevauchées. Une nouvelle
son pavillon, le temps des vacances. Une offre lune de miel réunit Françoise et Charles, après des
est alléchante : contre la mise à disposition de années de morosité.
la luxueuse résidence des Lemoulec à Saint-
Germain en Laye, il pourra disposer, d’une belle Sympathique comédie familiale, À  10  minutes 
hacienda en Camargue « à 10 minutes de la de  la  plage est une excellente surprise qu’il convient
plage ». Plutôt pleutre, le brave Lemoulec n’a pas de signaler tant la comédie est un exercice difcile et
osé annoncer à son épouse qu’il avait procédé à tant aussi, la plupart des copies livrées par TF1 en
un échange mais a prétendu avoir loué l’hacienda la matière (malgré de belles exceptions), sont en gé-
à un célèbre chirurgien mexicain (du mollet !), néral poussives et interchangeables. Cette aimable
Rodrigo Ramirez. Déconvenue à l’arrivée : pochade bien rythmée, est construite en miroir avec
« l’hacienda » ne paye pas de mine et cela sent des séquences (Lemoulec/Ramirez) qui se répondent
l’arnaque. Françoise Lemoulec, l’épouse un peu (pas d’électricité à l’hacienda mais plus tard coupure
coincée, découvre avec angoisse que l’hacienda générale à Saint-Germain, vite rétablie, il est vrai,
est construite au milieu d’un camp de Gitans, « de au dépens des Dubois par le débrouillard Roro  ;
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problèmes fnanciers des Lemoulec, menace d’expu-l Jonathan  Joss  (Benjamin  Lemoulec),  Juliette  Lopes-
sion des gitans). Ce parti pris s’avérant un excellent Benites  (Samantha  Ramir ez),  Anthony  Sonigo  (Hugo 
moteur comique. Un petit fond romantique s’inscrit Ramir ez),  Alice  Pol  (Lupita),  Cédric  V ieira  (Monsieur 
dans la comédie quand cette mésaventure révèle pour Sanchez). TF1, 31 mai 2010, 95 min.
les Lemoulec l’occasion de se retrouver. À sa femme Christian BOSSÉNO
déprimée par leur arrivée piteuse à l’hacienda, il ose
enfn (le courage n’est pas pourtant sa principale qua-
lité) parler : « Ce n’est pas seulement parce que nous L’Affaire Blaireau (Au siècle sommes dans un lieu comme ça que tu me traites ainsi.
Depuis ta chute de cheval tout s’est arrêté. Nos enfants de Maupassant: contes et
vont partir, ils vont faire leur vie. On va continuer à se enouvelles du XIX siècle)faire la tête ? J’ai besoin de toi ». Certes les retrouvailles
du couple seront d’une improbable rapidité et la co-
médie ne développe pas une analyse psychologique À Montpaillard, un petit village trop paisible au
approfondie. Au moins, le thème du vieillissement goût de ses habitants, seul le facétieux braconnier
d’un couple est abordé. Enfn et surtout, et les évé- Blaireau donne du fl à retordre au garde-
nements survenus depuis donnent un intérêt supplé- champêtre, le benêt Parju. Ce dernier rêve de le
mentaire, à cette comédie enlevée, le flm bousculant « coffrer », mais toutes ses tentatives grossières
les idées reçues propose, de la fère société manouche, ont jusque-là échoué. Un prétexte semble tout
si mal connue (voir sur ce thème fche sur le documen- trouvé lorsqu’il se retrouve assommé, au cours
taire de John Paul Lepers, Q u i   a   p e u r   d e s   G i t a n s), un d’une ronde nocturne ordonnée par le maire qui
portrait chaleureux. Les séquences fnales, fraternelles, veut en découdre aussi avec le trublion. Mais le
apparaissent ainsi en contraste avec celles, caricatura- vrai coupable de ce méfait se trouve être Armand
lement « oppressantes » du début. Sur la forme, on Fléchard, jeune professeur de piano et amoureux
a apprécié particulièrement les séquences parodiant, transi et d’Arabella de Chaville, surpris alors qu’il
musique à l’appui, les codes du western. Règlements escaladait le mur qui le séparait de sa bien-aimée.
de compte au Grau du Roi ! Stéphane Kappès qui a
déjà, dans une flmographie abondante, réalisé des Alphonse Allais, ce fls de pharmacien, certes plus
comédies bien tournées (par exemple la mini série doué pour les pochades de bizuth déjanté que pour
T o m b é   d u   c i e l  en 2006 , mariant rire et émotion, sur les préparations dans l’arrière-boutique de l’ofcine
un scénario de Claude Scasso), signe ici une comédie paternelle, se considérait comme « un auteur pour
plaisante, sans prétention, un divertissement fam -i commis-voyageurs ». Trublion lui-même, le membre
lial qui cependant aborde avec légèreté, presque par farfelu de l’inénarrable «  Club des hydropathes  »
prétérition, des thèmes forts comme celui de la d-é ou du « Chat noir » n’a cessé de se gausser grasse-
couverte de l’autre et de la tolérance. Toute bonne co- ment, bruyamment, sa vie durant. S’ébrouant avec
médie repose sur la qualité de la distribution. Laurent mordant dans l’absurdité d’une logique improbable,
Gamelon, Catherine Marchal, Michel Vuillermoz et firtant outrageusement avec le ridicule, il fustigeait
Lionel Astier contribuent à cette réussite. Cette nou- toute autorité, justice, loi… Il n’hésitait pas dans le
velle variation sur le thème du contraste social exploité dosage, à l’excès de louche parfois, pour nourrir une
notamment par Étienne Chatiliez dans son flm réf -é satire sociale plutôt grinçante sous couvert de loufo-
rence L a   V i e   e s t   u n   l o n g   f e u v e   t r a n q u i l l e,  vaut bien querie. Il dégoupillait le bouchon explosif du déri-
un détour. soire jusque À  se  tor dr e comme le titre donné à l’un
de ses fameux recueils. Écrite six ans avant sa mort,
Réal.  :  Stéphane Kappes  ;  sc.  et  dial.  :  Laurent cette Aff air e  Blair eau publiée sous le titre initial Ni 
Junca  ;  mus.  : Xavier Berthelot   ;  photo  :  W illy  Stassen  ;  vu  ni  connu, prend ici l’erreur judiciaire pour cible
mont.  :  Bénédicte  Gellé  ;  déc.  :  Benoî t  Pfauvadel  ;  pr od.  :  risible. Un prétexte rêvé pour égratigner des notables
Vér onique  Mar chat,  GMT   ;  int.  :  Laur ent  Gamelon  veules, imbéciles et pitoyables, face à l’ennemi public
(Charles  Lemoulec),  Catherine  Mar chal  (Françoise  numéro° 1, Blaireau, le gai luron, l’énergumène libre
Lemoulec),  Michel  V uillermoz  (Rodrigo  Ramir ez),  qui se joue d’eux et pirouette. Christophe Alévêque
Guilaine  Londez  (Chimène  Ramir ez),  Lionel  Astier  lui prête un regard amusé comme un lampion de
(Manolo),  Liane  Foly  (Rita),  Pierr e  Palmade  (Jean- retraite au fambeau qui brillerait en plein jour.
Luc,  l’avocat),  François  Mor el  (Monsieur  Dubois),  Lise  Dominique Pinon, en maire énervé, empêtré de
Lamétrie  (Madame  Dubois),  Genevi ève  Fontanel  (mèr e  sufsance, gonfé d’autoritarisme forme un tandem
de  Charles),  Anne  Duverneuil  (Constance  Lemoulec),  agité avec le borné Parju, interprété par François
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Toumarkine. La languissante Arabella, en proie à devenu commissaire, supervise la police locale.
un romantisme échevelé, a l’élégance de Bénédicte Mathieu Lindert, professeur, chronique chaque
Loyen. La jubilation du raisonnement par l’absurde matin, à la radio, dans un court billet très écouté
prend sa vraie authenticité dans l’échange impayable et corrosif, l’actualité judiciaire. Florence a confé
du directeur de prison, Monsieur Bluette, servi par à son avocat stagiaire, Nicolas, la défense d’une
le très inspiré Simon Bakhouche, en manque de pen- Tunisienne, émigrée récemment en Belgique, Leila
sionnaire et son présumé coupable Blaireau. Tout Kacem qui vient de recevoir un avis de reconduite
cela fait une pochade plutôt juteuse. L’ombre mali- à la frontière sans que cette injonction concerne son
cieuse de Louis de Funès plane quelque peu dans la fls Mourad, âgé de 4 ans. Elle est l’épouse d’Ahmed
mémoire. Il campait Blaireau dans ce rôle régalant Kacem actuellement recherché par les autorités car
qu’Yves Robert avait tourné pour le cinéma, sous le on le soupçonne d’être le chef d’un réseau islamiste
titre original Ni  vu  ni  connu. Un regret que le chien dormant. Cyril Van Est, commissaire de la police
« Foul’camp » ne soit pas du casting ! Vu mais pas fédérale veut arrêter Leila (ignorante de toute cette
surpris ! affaire) pour le faire sortir de son repaire. En effet,
depuis 15 jours, Ahmed est introuvable. Comme
Réal.,  cosc.  : Jacques Santamaria ;  cosc.,  adapt.  et  bientôt sa femme dont Nicolas constate la disparition
dial  : Anne Queinnec  d’après  Alphonse  Allais  ;  mus.  :  après sa convocation au bureau des étrangers où elle
Louis Dunoyer de Segonzac, œuvr es  de  Bach,  Rossini,  devait être entendue. Florence se saisit de l’affaire à
Scarlatti  ;  photo  :  W illiam  W atterlot  ;  son  :  Frédéric  laquelle Mathieu consacre un billet matinal. Le fls
Ullmann  ;  mont.  :  Pascal  Latil  ;  déc.  :  Régis  Nicolino  ;  d’Ahmed a été placé dans un foyer où Nicolas lui
cost.  :  Agnès  Nègr e  ;  pr od.  :  JM  Pr oductions  ;  int.  :  rend visite. Mais il est enlevé par un complice de
Christophe  Alévê que  (Blair eau),  Dominique  Pinon  son père qui avait suivi Nicolas. La police fédérale
(Dubenoit),  Béné dicte  Loyen  (Arabella  de  Chaville),  a repéré l’appartement où le petit Mourad réside
Ser ge  Larivièr e  (Hubert  de  Chaville),  François  désormais. Ils pensent y piéger Ahmed mais c’est
T oumarkine  (Parju),  Gérar d  Caillaud  (Monsieur  une jeune femme grimée qui est arrêtée dans le
Ler echigneux),  Laur ent  Chandemerle  (Gandebois),  traquenard tendu par les fédéraux. Yvan est parvenu
Benoit  Gr os  (Guilloche),  Simon  Bakhouche  (Monsieur  à connaître les noms de ceux qui avaient conduit
Bluette),  Christiane  Bopp  (Laur entine  de  Chaville),  Leila à l’aéroport, les agents Demoen, Lemaire
Micha  Lescot  (Jules  Fléchar d),  Mademoiselle  Foin  et Martinez, auxiliaires de Van Est, lui-même
(Nathalie Kanoui). France 2, 3 novembre, 58 min. obéissant à Michel Billen qui travaille pour le
Colette CHADUTEAU ministre de l’intérieur. On découvre que Leila a été
tuée accidentellement, étouffée par les trois hommes
qui l’avaient interpellée. Elle repose à la morgue de
l’aéroport. Joëlle Lens, qui a compris que l’affaire L’Affaire Leila (À tort ou à raison) avait une dimension politique, voudrait dissuader
Florence et Yvan de poursuivre leurs investigations.
Noir et blanc. Une main saisit un revolver dans le Mais le scandale éclate lorsque Mathieu lui consacre
tiroir d’un bureau et charge le barillet. On découvre un nouveau billet. Le procureur ne peut alors que
un jeune homme qui descend un escalier, l’arme céder et Billen, ainsi que les policiers fédéraux,
au poing. Arrivé au rez-de-chaussée, il se tire une sont jugés et condamnés à des peines de prison avec
balle dans la tempe. Il s’appelait Jérôme Lens et sursis ou acquittés, cependant que le ministre de
se savait médicalement condamné. Horrifés, sa l’intérieur démissionne. Joëlle est amère car elle sait
sœur Joëlle, Florence, Yvan et Mathieu, ses amis, que l’action de ses amis « défenseurs de la veuve et
étudiants, découvrent le drame dont le souvenir de l’orphelin » a « planté » l’une des plus grosses
restera prégnant. Des années plus tard, les quatre opérations antiterroristes d’Europe. Adieu l’utopie
amis cultivent toujours le souvenir de Jérôme. généreuse. Quelques semaines plus tard, en effet, on
Conformément au vœu qu’il avait exprimé, Joëlle apprend qu’un attentat au Pakistan a fait 82 morts et
Lens, sa sœur, aujourd’hui juge d’instruction, a 11 blessés. Il est attribué à un groupuscule islamiste
mis à la disposition du petit groupe, comme l’avait dirigé par Ahmed Kacem « qui a échappé aux
voulu son frère, la maison de la famille qu’elle avait recherches de la police belge ». Joëlle décide alors
héritée avec lui, pour la transformer en maison de céder à la demande d’un agent immobilier qui
de quartier, dispensant l’aide sociale notamment faisait son siège pour acheter la maison de quartier
juridique. Florence Scola est devenue une avocate afn de construire un supermarché. Le projet de
reconnue et habile. Yvan Maransart, un fonceur, Jérôme est brisé.
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L’Afaire Leila, deux épisodes d’une nouvelle col- cette mini-série est soutenu, le récit fuide, la réali-
lection belge À tort ou à raison, s’attaque à un grand sation et le montage (notamment réminiscences du
débat  : la fn justife-t-elle les moyens  ? La justice passé) habiles, les personnages sufsamment tracés
doit-elle céder devant la raison d’état  ? Le scéna- et accrocheurs. Certes quelques procédés sont clas-
rio, inspiré par une afaire récente (1998), qui dé- siques (les retours en arrière flmés en noir et blanc),
fraya la chronique outre-Quiévrain, est dense et mais dans ce registre du thriller politico-sentimenta-
bien construit. Il traite du problème en le situant lo-policier, Pierre Joassin exprime maîtrise et sensibi-
dans les rapports, qui deviendront confictuels, de lité. Ce premier opus augure bien de ce qui s’annonce
quatre amis inséparables, ceux-là même qui, gérant comme une collection prometteuse, bien ancrée
la maison de quartier, afrmaient quotidienne- dans les particularismes du système judiciaire belge,
ment leur adhésion au généreux projet de Jérôme. lus à travers les points de vue de quatre personnalités
Chaque personnage développe une vie personnelle bien campées.
parfois compliquée : la juge ayant par exemple été
l’amante d’Yvan pour lequel elle éprouve une atti- Réal.  :  Pierre Joassin,  Marc Uyttendaele   (créat. 
rance physique encore très forte. Yvan restant, quant série),  Rosanne Van Haesenbrouck  (id.or .)  ;  sc.  et 
à lui, partagé entre cette vieille passion et celle qu’il dial: Marc Uyttendaele , Sophie Kouess-Brun , Erwan
nourrit pour Kenza, sa jeune et nouvelle compagne. Augoyard  ;  conseil  sc.  :  Ed  V anderweyden  ;  mus.  or .  : 
Interfèrent dans cette histoire qui sacrife alors à Christophe Vervoort  ;  photo  :  Philippe  Lenouvel  ; 
la comédie sentimentale, les enfants : Sébastien, le son  :  Jean-François  Priester ,  Laur ent  Mazzolin  ; 
grand fls cabochard de Joëlle qu’il n’hésite pas de mont.  :  Dominique  Martin,  Sandrine  Deegen  (image), 
traiter de « fic en robe noire » ou de « fonctionnaire Jérôme  Berlaïment  (générique  série)  ;  cost.  :  Catherine 
de merde », est attiré par Florence qui le repousse, Mar chand  ;  déc.  :  Perrine  Rulens  ;  pr od.  :  Arlette 
mais sourit de l’incident, quelque part fattée ; la flle Zylberber g,  RTBF ,  Rosanne  V an  Haesenbr ouck,  T o  Do 
de Florence, très « téléphone portable », « ordi » et T o  Day  Pr oductions,  Christophe  Mar gerie,  T elFrance, 
Nouvelle star, est en pleine révolte adolescente  ; et France  3  ;  int.  :  Marianne  Basler  (Joëlle  Lens), 
aussi, Tibaut, le jeune frère de Sébastien ; Carole, Alexandra  V andernoot  (Flor ence  Scola),  Olivier  Minne 
etc. La trame policière est bien fcelée avec –  in- (Mathieu  Linder),  Bernar d  Y erlès  (Y van  Maransart), 
grédient spécifque du flm qui ausculte la société Jonathan  Robert  (Jérôme  Lens),  Benjamin  Ramon 
belge – la guerre des polices (police locale versus po- (Nicolas),  Clément  Manuel  (Luc),  Y ves  Claesens 
lice fédérale), lue à travers la confrontation brutale (Gérar d),  Thomas  Coumans  (Sébastien),  Thibault 
d’Yvan et de Van Est. D’autres thèmes nourrissent V er haeghe  (Thibaud),  Bernar d  Eylenbosch  (Cyril 
l’histoire. La satire politique avec la propension de V an  Est),  Nawal  Nafl  (Kenza),  Christian  Crahay 
l’État pour les coups tordus, en marge de la loi et de (le  pr ocur eur),  Y amina  T akkatz  (Leila  Kacem),  Adel 
ses tergiversations et reculades quand le scandale me- Akim  Louk’Man  (Ahmed  Kacem),  Philippe  V an  Kessel 
nace, puis éclate ; le confit entre l’intérêt égoïste (les (ministr e  de  l’int érieur),  Jean-Michel  V ovk  (Michel 
85.000 euros que Grimaud, agent immobilier, pro- Billen),  Hugues  Hausman  (l’agent  Demoen),  Emmaniel 
pose à Joëlle pour acquérir sa maison et la poursuite T exeraud  (l’agent  Lemair e),  Achille  Ridolf  (l’agent 
du projet de Jérôme, etc.) Poussée par son époux qui Martinez),  Éric  Goden  (pr ocur eur  Orban),  Pierr e 
voit dans ce pactole l’occasion de réaliser son rêve, Lekeux  (fonctionnair e  à  l’offce   des  étrangers). 
l’achat d’une résidence secondaire à Ostende, Joëlle, France 3, 24 octobre 2009, 2 x 45 min.  
en dépit de l’opposition de ses trois amis « profte » Christian BOSSÉNO
de son désaccord avec eux pour se décider à vendre.
Enfn L’Afaire Leila rejoint une thématique drama-
tique qui développe dans d’autres flms : comment Albert camus,
une belle amitié de jeunesse peut perdurer au cours
ombres et lumièresdes années, ou, plus fréquemment, est battue en
brèche et se lézarde. Nous retrouvons cette année ce
dispositif dans – version optimiste – la série de TF1, 31 décembre 1959, quelques jours avant sa
Mes amis, mes amours, mes emmerdes (v. fche) et sur mort, Albert Camus fête le réveillon en compagnie
M6, Au bonheur des hommes (v. fche) et – version de son épouse, Francine, de ses enfants et d’un
pessimiste – 4 garçons dans la nuit (v. fche). La veine couple d’amis, Michel et Jeanine Gallimard. Cette
de Nous nous sommes tant aimés – d’Ettore Scola, en fête éveille en lui de multiples souvenirs : ainsi
1974, modèle du genre, n’est pas prête d’être tarie, le moment où son instituteur, en 1924, persuada
en ses innombrables déclinaisons  ! Le rythme de sa grand-mère de le laisser entrer au lycée ; puis
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les événements de l’année 1949 : sa rupture en Espagnole, évidemment brûlante). Les scènes
avec Sartre et la gauche intellectuelle à la suite d’intimité sonnent souvent très justes, qu’il s’agisse
de la parution de L ’Homme  révolté  ; les crises des tête-à-tête entre Camus et Francine ou des repas
de neurasthénie de Francine, qui ne supporte familiaux avec sa belle-mère et sa belle-sœur. On
pas ses nombreuses aventures amoureuses et évite alors le pittoresque un peu facile dans lequel
surtout sa liaison passionnée avec Maria Casarès. tombent les séquences attendues sur les caves de
Francine est d’ailleurs internée en hôpital Saint Germain des prés. Le flm est un peu moins
psychiatrique et tente de se suicider. Sept ans à l’aise pour évoquer la rupture avec Sartre ou les
plus tard, la guerre d’Algérie conduit Camus à prises de position sur l’Algérie., On n’échappe pas
un véritable déchirement : tout en comprenant les alors au passage en revue des citations et situations
revendications des indépendantistes, il ne peut devenues célèbres comme si les auteurs étaient alors
renoncer à l’idée d’une Algérie liée à la France. tenus à un parcours obligé dans lequel le spectateur
Ses tentatives pour tenter de rapprocher les deux ne pouvait manquer de retrouver les classiques di-
communautés en présence n’aboutissent pas et lui lemmes camusiens : doit-on en toute circonstance
valent des haines farouches dans les deux camps. rester fdèle à ses convictions  ?  ; fallait-il déses-
En 1957, sa rencontre avec une jeune Danoise pérer la classe ouvrière ou ne pas transiger sur la
lui donne l’espoir d’un renouveau amoureux et morale ? Pouvait-on condamner à la fois le terro-
littéraire ; c’est à ce moment que lui est décerné risme du FLN et l’attitude de la France en Algérie ?
le Prix Nobel de littérature. Toujours attaché à Confronté à la réalité historique, le flm tombe dans
Francine, malade, Camus tente de rompre avec sa l’illustration un peu scolaire ou dans la reconstitu-
dernière conquête, beaucoup plus jeune que lui. tion à deux sous. Il parvient en revanche, bien servi
Mais ressentant la force de cette nouvelle passion, par Stéphane Freiss, à donner chair à un Camus
il décide de tout avouer à Francine et de se séparer souvent opaque, à lui ôter son vernis d’icône bien-
d’elle. Francine, qui connaît déjà la vérité, accepte pensante pour mettre à jour ses soufrances, ses an-
la rupture. Mais le 4 janvier 1960, Camus meurt goisses et ses contradictions.
dans un accident de voiture.
Réal.  : Laurent Jaoui ;  sc.  : Philippe Madral, Laurent
Pour évoquer la fgure de Camus, Laurent Jaoui Jaoui,  d’après  l’ouvrage  d’Olivier  T odd  Albert  Camus, 
et son coscénariste Philippe Madral, ont pris le une  vie  ;  mus.  :  François Staal  ;  photo  :  Jean-Louis 
sage parti d’éviter la biographie intégrale et linéaire Sonzogni  ;  son  :  Philippe  Donnefort  ;  mont.  :  Claudine 
que l’on pouvait redouter ; l’enfance algérienne est Dumoulin  ;  déc.  :  Christian  Sir et  ;  pr od.  :  Quentin 
certes discrètement évoquée en une séquence d’ou- Raspail,  Raspail  Pr oduction,  France  2  ;  int.  :  Stéphane 
verture, mais le flm passe sous silence l’adolescence Fr eiss  (Camus),  Anouk  Grinber g  (Francine  Camus), 
de Camus, ses années de guerre et ses premiers Gaëlle  Bona  (la  Danoise),  Guillaume  de  T onquedec 
succès littéraires. Utilisant une construction assez (Michel  Gallimar d),  Agathe  Dr onne  (Jeannine 
classique en fashbacks, il se concentre sur les dix Gallimar d),  Juliet te  Pioli  (Catherine  Camus  à  14  ans), 
dernières années de la vie de l’écrivain. Camus est Augustin  Lepinay  (Jean  Camus  à  14  ans),  Chantal 
alors un romancier et un philosophe reconnu et Mutel  (Fernande),  Isabelle  Rougerie  (Christiane), 
célébré, voire adulé ; il constitue une véritable au- Camille  de  Sablet  (Maria  Casarès),  Clémence  Thioly 
torité intellectuelle. Mais le flm insiste surtout sur (la  comédienne),  Mermoz  Melchior  (Camus  à  12  ans). 
les déchirements et les confits qui accompagnent France 2, le 6 janvier 2010, 101 min. Pierr e  SIV AN
cette gloire. Déchirements intimes tout d’abord  :
Camus, épris de Maria Casarès, ne supporte pas de
voir son épouse soufrir de cette liaison (et de toutes
Les Amants de l’ombreles autres). Le flm se centre souvent – et ce sont ses
meilleurs moments  – sur les relations intimes du
couple Camus, faites de tendresse, de complicité an- Fontenay, petite bourgade du Centre, est à la
cienne, mais aussi de non-dits constants et de frus- veille d’être libérée. Arrivant au dispensaire où elle
trations. Anouk Grinberg parvient à faire exister de travaille avec son amie Nicole, Louise, infrmière,
façon très convaincante le personnage de Francine croise un groupe de FFI, traînant, suivies par
Camus et à la rendre attachante pour le spectateur la populace, deux femmes, dont Marguerite la
(on se demande même parfois ce que Camus peut patronne du bistrot, accusées d’avoir couché avec
aller chercher chez les insipides maîtresses que lui des « Boches ». Louise s’interpose avec courage
prête le flm ou chez une Maria Casarès caricaturée et apostrophe deux maquisards de la dernière
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heure, Marcel et Georges. Les choses eussent nombre de Françaises, notamment en Normandie.
pu s’envenimer sans l’intervention du docteur Devant le scandale, l’état-major américain avait été
Mercier, patron du dispensaire et maire du village. particulièrement sévère et de nombreuses condam-
Mathilde Venturi, dont Louise a épousé le fls nations à mort furent alors prononcées. Mais comme
Pierre, en captivité en Allemagne, vient chercher l’avait rappelé un récent documentaire, la ségréga-
de l’aide pour son mari, Georges Venturi, qui tion avait là encore sévi et les GI noirs, pourtant
s’est grièvement blessé en coupant du bois dont souvent étrangers aux forfaits qu’on leur imputait
il fait commerce. Mercier demande à Jeanne de avaient fourni le plus gros contingent de pendus. Les
s’installer à la ferme où elle n’est pas revenue Blancs bénéfciant de plus de clémence. Le procès,
depuis des années, les Venturi accusant leur belle- expéditif, en quelque sorte un lynchage ofciel, de
flle d’avoir voulu dissuader Pierre de succéder à Sydney, innocent du crime dont on l’accusait et sa
son père sur l’exploitation agricole. Sur le chemin pendaison témoignent d’un acharnement raciste. Le
elle croise Blanche. Bouleversée, la toute jeune flle flm montre également combien les GI noirs étaient
des Venturi, agressait avec rage un GI noir auquel souvent victimes de vexations et de mépris de la
elle reproche d’avoir abattu son jeune amant, part de certains soldats blancs. Plus classique est la
Carl, un très jeune soldat allemand dont elle était condamnation des excès, rappelés ici, commis à la
follement éprise. Pour éviter un drame et sachant Libération, envers des femmes soupçonnées de « col-
le sort réservé aux femmes ayant couché avec des laboration horizontale », notamment par ceux qui, à
Allemands, Louise fait promettre à Blanche de taire bon compte et in extremis, souhaitaient se donner un
ce drame. Gary Larochelle, le GI qui avait tiré ne certifcat de résistance. Tout en jouant sur les compo-
l’avait fait qu’en légitime défense. Mais Blanche santes habituelles du mélodrame, le flm donne aussi
promet de venger Carl. Louise ne reçoit plus de un visage assez réaliste de la période. Les costumes et
lettres de Pierre car sa belle-mère, qui réceptionne le les décors, en particulier, ont été travaillés et l’ana-
courrier, les lui cache. Confrontée aux travaux de la chronisme proscrit. La fn, certes, peut paraître un
ferme, Louise est malhabile, mais Gary, originaire peu trop « morale ». Louise, épouse infdèle, retrou-
de Nouvelle Orléans, la surprend en lui apprenant à vera après son coup de foudre, un époux aimant et
traire une vache. Gary et son ami, Sydney Jackson, magnanime. Quant à Gary, qui était marié en pays
noir lui aussi, sont affectés à la ferme pour aider cajun et père d’un enfant, il n’a pas été autorisé à
Georges qui doit couper et livrer du bois. Louise cultiver plus avant sa belle histoire d’amour. Pas de
est devenue l’amante de Gary, lui-même très épris suite donc pour cette union « mixte », et « retour
d’elle depuis que l’infrmière l’avait soigné après à la normale ». Ce que souligne la musique guille-
un accident, provoqué par Blanche. Sydney, lui, rette accompagnant les dernières images du flm.
fréquente assidûment Marguerite qui se révèle une Coscénariste et réalisateur, Philippe Niang est aussi
amante insatiable. Un jour pourtant, elle prétend l’auteur de l’idée originale du flm. Après Le Fantôme
qu’il a abusé d’elle et, après un jugement expéditif, du lac (2007), Vous êtes de la région (2004), Un bébé
Sydney est pendu. Blanche, qui a trouvé là un noir dans un coufn blanc (2003), etc., il confrme
moyen de se venger, accuse alors Gary de l’avoir son goût pour les sujets originaux. Ses réalisations
violée mais Jeanne défend son amant en révélant sont soignées avec une mention, dans ces Amants de
leur liaison. De son côté, pour justifer que Blanche l’ombre, pour la photo signée Dominique Bouilleret,
ne soit plus vierge, son aventure avec Carl est habile, par exemple à cadrer et à saisir les paysages
dénoncée. En voulant empêcher que sa belle-sœur ruraux.
soit tondue, Louise, pour avoir trompé son époux
avec un Noir, déchaîne la haine de la populace et R é a l . ,   c o s c   :   Philippe Niang   ;   c o s c .   :   Aude
subit le même sort. Elle quitte la ferme et se réfugie Blanchard  ;  mus.  or .  : Christophe Monthieux  ;  photo  : 
dans le bistrot de Marguerite. Les Américains Dominique  Bouiller et  ;  son  :  Laur ent  Doucet  ;  mont.  : 
empêchent toute initiative de Louise ou de Gary Didier  V anderwattine  ;  cost.  :  Cécile  Dulac  ;  déc.  : 
pour se retrouver. Louise se découvre enceinte. Son Jimmy  V ansteenkiste  ;  pr od.  :  France  Zobda,  Jean-Lou 
époux, Pierre Venturi, est de retour. Louise veut Monthieux,  Eloa  Pr oductions,  France  Télévisions  ; 
quitter le village, mais Pierre accepte l’enfant et i n t .   :   J u l i e   D e b a z a c   ( L o u i s e   V e n t u r i ) ,   A n t h o n y 
part avec Louise à Paris. K a v a n a g h   ( G a r y   L a r o c h e l l e ) ,   G e o r g e s   C o r r a f a c e 
(Ange  V enturi),  Delphine  Rich  (Mathilde  V enturi), 
Ce mélodrame retrace un épisode mal connu de Édouar d  Montoute  (Sydney  Jackson),  Lilly  Fleur 
la Libération, les exactions (viols et violences allant Pointeaux  (Blanche  V enturi),  Mike  Powers  (Arthur 
quelquefois jusqu’au meurtre) dont furent victimes Kennedy),  Bruno  Slagmulder  (Pierr e  V enturi),  Daniel 
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Martin  (docteur  Mer cier),  Shirley  Bousquet  (Nicole),  De nombreuses séquences sont les mêmes, par-
M i c h è l e   T a ï e b   ( M a r g u e r i t e ) ,   A n t h o n y   B r u t i l l o t  fois flmées sous un autre angle. Cet artifce rend
(Mar cel),  Christian  Gar el  (Geor ges). France 3 et 8 oc- le spectateur subtilement plus proche de l’un, puis
tobre 2010, 90 min. de l’autre. La fn est amère, mais les auteurs sem-
Christian BOSSÉNO blent avoir voulu éviter une trop grande dramati-
sation. laissant au spectateur le soin de conclure.
Melissa et Bruce réussiront vraisemblablement à se
remettre d’une expérience douloureuse…L’Amour c’est la honte
(Histoires de vies) Réal.,  cosc.  :  Bruno Bontzolakis  ;  cosc.  :  Melina
Jochum  ;  mus.  : Nicolas Bogue, Loïc Cavenet   ;  photo  : 
Pendant les vacances d’été, Melissa, 15 ans, Mar c  T evanian  ;  mont.  :  Matyas  V er ess  ;  pr od.  :  Flor ence 
invite dans le pavillon de ses parents deux flles Dormoy ,  Dominique  V iellar d,  Scarlett  Pr oduction,  SFP , 
qu’elle vient de rencontrer, Océane et Jessie. France  Télévision s  ;  int.  Nina  Ambar d  (Melissa),  Roby 
« Pour voir », elles font entrer cinq garçons, la Schinasi  (Bruce),  Julian  Ciais  (Fr ed),  Y oav  Per etz 
petite bande de Fred, qui se fait un peu d’argent (T om),  Thylda  Barès  (Jessie),  Keryan  Fitoussi  (Omar), 
en vendant de l’herbe et du haschisch. Melissa et Malik  Nait  Djoudi  (Arthur),  Marie  de  Biasio  (Océane). 
erBruce sont attirés l’un vers l’autre. Bien qu’ils se France 2, 1 août 2010, 85 min.
targuent d’une belle expérience sexuelle, ils sont Philippe GAUTREAU
puceaux et la peur de ne pas être à la hauteur coupe
leurs élans. Bruce se sent aussi obligé de cacher
ses sentiments : être amoureux est une marque de L’Amour vache
faiblesse aux yeux de Fred, que Melissa ne laisse
pas indifférent. Lors d’une soirée bien arrosée, en
l’absence de ses parents, Melissa se fait violer par Un couple bobo et aisé, la trentaine, arrive
Fred, sous les yeux de Bruce. sans enthousiasme particulier dans la campagne
agenaise : Éric, homme d’affaires surmené, sans
Bruno Bontzolakis et Melina Jochum avaient cesse happé par son téléphone portable, revient
déjà collaboré, en 1998, à l’écriture du scénario et dans la ferme familiale où il ne met les pieds qu’une
à la réalisation d’un premier flm salué par le prix fois l’an, pour assister au mariage de son frère
de la SACD, Chacun pour soi, la première et dou- Mathieu qui a repris l’exploitation de ses parents
loureuse histoire d’amour de deux jeunes hommes, et de Sandra, sa fancée. La fancée d’Éric, Lili,
puis d’un second, Je t’aime, je t’adore, sorti en 2004. pimpante et brunette, une executive  woman, abhorre
Réalisé pour la collection Histoires de vie, cet autre la campagne. Végétarienne convaincue et allergique
volet, également réussi, traite des incertitudes des aux produits laitiers, elle est directrice du marketing
adolescents qui les poussent à paraître ce qu’ils ne dans une grosse société. Peu motivés, ils n’arrivent
sont pas, pour se conformer au stéréotype du blasé, qu’après le mariage et la cérémonie civile. Ils sont
qui sait tout sur l’amour, en tentant, maladroite- aussi venus pour prospecter – la chose est à la
ment, de cacher leur peur viscérale à ouvrir cette mode – un lieu campagnard bien chic et dans le vent
porte qui les sépare d’un monde encore inconnu. pour éventuellement préparer leur propre mariage
Si les dialogues sonnent plutôt juste, ils sont, ça et dans un an. Lors de la réception champêtre et bon
là, malheureusement à peine compréhensibles, en enfant, Lili croise le regard de Luc, un bel homme
raison d’une diction un peu embrouillée et d’une ténébreux qui l’invite à danser. Délaissée par Éric,
prise de son qui laisse à désirer. La vie du petit toujours pendu à son téléphone et qui s’apprête à
groupe est montrée sans fard, faite d’une suite de partir à New York, Lili se rapproche de Luc. C’est
transgressions qui semblent n’apporter que peu de avec lui, son époux étant trop occupé, qu’elle
plaisir : consommation d’alcool et « fumettes » se commence sa prospection. Eméchée après un repas
terminent parfois au-dessus du siège des toilettes. arrosé, elle se laisse séduire. Mais lorsqu’elle se
La première partie du récit est intitulée « Melissa », réveille le matin, dégrisée, elle rencontre lapins
la seconde « Bruce », la même histoire, aux côtés et poules et réalise que son amant d’un soir est
de la flle, puis aux côtés du garçon. « Aux côtés », agriculteur. Elle s’empresse alors de faire marche
mais pas «  vue par  » l’un et par l’autre, comme arrière. Elle a aussi la surprise de retrouver Éric
dans le double flm d’André Cayatte, Françoise et qui a raté son avion. Pas de chance, Éric fait une
la vie conjugale et Jean-Marc ou la vie conjugale. mauvaise chute et est hospitalisé dans la petite ville
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voisine. Il demande à Lili de rester non loin de lui. «  unitaire  ». À suivre… L’accompagnement musical
Lili habitera seule dans la ferme de Mathieu avec, souvent tonitruant de certaines séquences longuettes
pour voisin, Luc, père célibataire qui vit avec son fls et le cabotinage du jeune Antoine sont à inscrire parmi
Antoine, 10 ans. Peu à peu, l’allergie à la campagne les points faibles de cette comédie sentimentale plai-
de Lili cède la place à une accoutumance à la vie sante mais – ô combien !– superfcielle.
rurale. Après les cris d’orfraie et les mimiques du
début, elle se plait à dormir avec un chevreau dans Réal.  : Christophe Douchand  ;  sc.,  adapt  et  dial  ; 
les bras, à s’occuper tant bien que mal de la basse Camille Pouzol  ;  mus.  : Laurent Sauvagnac, Stéphane
cour, etc. Guéri, Éric, comprenant que Lili avait Zidi   ;  photo  :  Pascal  Caubèr e  ;  son  :  Pierr e  Antoine 
changé, a décidé de repartir seul. Et ce qui devait Coutant  ;  mont.  :  Joëlle  Hache  (images),  Maud 
advenir surviendra, Luc et Lili acceptent l’évidence Lambart,  Alexandr e  Hernandez  (son)  ;  déc.  :  Christophe 
de leur amour, à la grande joie d’Antoine, qui rêvait Thiollier  ;  cost.  :  Evelyne  Corr ear d-T r ompier  ;  pr od.  : 
d’une compagne pour son père. Lili, qui a racheté Bankizz,  Effervescences  Pr od.,  B.E.  Films,  RTBF 
la maison dont François, l’ami de Luc, a hérité de (Télévision  Belge) ,  M  6  ;  int.  :  Thierry  Neuvic  (Luc), 
ses parents, crée avec Fred et Carole, des amis de Delphine  Chaneac  (Lili),  Emmanuel  Patr on  (Eric), 
travail parisiens, une entreprise pour organiser des Laur e  Marsac  (Car ole),  Stéphane  Metzge  (Fr ed),  Regis 
mariages champêtres et festifs. François, qui avait Lux  (Mathieu),  Laur ent  Collombert  (François),  Gérar d 
soutenu son ami Luc, en plein désarroi amoureux, Cr oce  (Patrice),  Céline  Bernat  Justine),  Hugo  Moan 
participe à l’aventure. (Antoine),  Céciles   Carles  (Nathalie),  Lucile  Barbier 
(Sandra),  Stéphane  Braneafort  (médecin). M 6, 14 jan-
Fidèle à son addiction pour les rencontres entre vier 2010, 100 min. Christian  BOSSÉNO
le monde des villes et des campagnes, M6 proposait
cette bluette tout juste avant, plus tard dans la soirée,
le démarrage de la sixième saison de son feuilleton L’Appel du 18 juin
à succès de télé-réalité L’Amour est dans le pré (une
(ce jour-là, tout a changé)douzaine d’agriculteurs et d’agricultrices célibataires
tentant la recherche de l’âme sœur). Roman photo
invraisemblable, mais joliment interprété, cette comé- Les extraordinaires aventures du général
die sentimentale est servie par des dialogues cocasses, De Gaulle qui, après avoir été l’un des rares
égratignant gentiment les citadins comme les ruraux. généraux français victorieux de la campagne de
On appréciera le bel exercice de style du sympathique 1940, fut promu secrétaire d’état à la défense en
Tierry Neuvic (Clara Sheller, Mafosa) dans une pleine débâcle et tenta, bien en vain, d’organiser
brillante interprétation de la gamme du jeu mélodra- la défense du territoire envers et contre un état-
matique (scène où il dépose les armes et demande à Lili major de défaitistes et autres « j’en foutre »,
de rester, etc.). On se prend à sourire à cette nouvelle Pétain et Weygand en tête. Envoyé se faire voir
variation d’un dispositif dramatique classique confron- à Londres pour y négocier une improbable
tant (puis réunissant) deux personnes que tout, a priori, alliance avec l’Angleterre, il y reçoit le soutien,
devrait opposer : comment une citadine pur jus que la aussi inconditionnel qu’inattendu, de Churchill
campagne révulse et terrife, végétarienne de surcroît, qui, alors que Pétain étouffe la République et
peut-elle s’éprendre d’un frustre paysan bourru dans ce accepte l’infamie d’un armistice avec Hitler, aide
Lot-et-Garonne, terroir gastronomique s’il en est. Et, De Gaulle, général inconnu, à devenir la famme
« lycée de Versailles », comment un solide paysan peut- de la résistance française, en ce beau et terrible
il tomber amoureux d’une mijaurée ? Un beau succès jour du 18 juin 1940.
d’audience (4,7 millions de téléspectateurs, mieux que
Julie Lescaut, le même soir sur TF1) qui laissait augurer Poursuivant l’évocation des grandes journées de
d’une suite, difusée en janvier 2011, L’Amour encore l’Histoire de France, la série de docu-fctions Ce
plus vache. La campagne est belle et ce genre de facé- jour-là, tout à changé produite par Jacques Malaterre,
tie a l’avantage de ne pas donner mal à la tête, ce qui s’intéresse ici aux sombres journées de juin 1940
peut être quelquefois reposant. Christophe Douchant, (commémoration des 70  ans de l’Appel oblige  !)
rompu depuis 2005 à la réalisation d’épisodes de sé- pendant lesquelles la France subit l’une de ses plus
ries (Éloïse Rome, Commissaire Cordier, Fargas, Sœur humiliantes défaites, sans que s’éteigne pour autant
Térèse.Com, R.I.S., sans oublier bien sûr six épisodes l’esprit de résistance. Le réalisateur Félix Olivier
de l’excellente série Les Bleus, premiers pas dans la po- adopte un ton résolument martial visant à montrer
lice), signe là, du moins à ma connaissance, son premier une France, certes battue, mais résistante dans l’âme,
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À deux, c’est plus facile de Émilie Deleuze
L’Affaire Leila (À tort ou à raison)
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© Vinciane Pierat/To Do To Day/RTBF/TelFrance © Julien Depaix/ArteLa Saison Télévision, édition 201 1
Les Amants de l’ombre
Albert Camus, ombres et lumières
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© Gilles Gustine/France 3 © Gilles Zobda/France 3Fictions
et dont De  Gaulle serait l’incarnation, par oppo- Le  V an  ;  cost.  :  Cyril  Fontaine  ;  étal.  :  Isabelle  Laclau  ; 
sition à des dirigeants pleutres et magouilleurs. La pr od.  :  Fréderic  Fougea  ;  dir .  Pr od.  :  J.M.  Deschamps  ; 
séance introductive, montrant des colonnes de pri- Copr od.  :  Boréale s,  FIT   Pr oductio n,  France  2  ;  Int.  : 
sonniers allemands quittant le front après la bataille Michel  V uillermoz  (De  Gaulle),  Christian  Rodska 
de Montcornet (gagnée par De Gaulle), sous la garde (Chur chill),  Clément  Roussier  (Geoffr oy  de  Cour cel), 
de soldats français fringants et motivés, est révélatrice Peter  Hudson  (Edwar d  Spears),  David  Lowe  (Lor d 
de cet état d’esprit. La suite est à l’avenant, colonnes Halifax),  Michel  Bompoil  (Paul  Reynaud),  Alain  Mottet 
de réfugiés acclamant Reynaud et De  Gaulle, en (Pétain),  André  Penvern  (W eygand). France 2, 8 juin
leur demandant de continuer la guerre, ou Français 2010, 95 min. Philippe  COLOMBANI
à l’écoute du fameux appel. Sur cette base, le flm
reprend heure par heure le processus qui conduit
De  Gaulle à se rendre à Londres en renonçant à
Les Associésl’obéissance due par le soldat, au nom de son devoir
de résistance. « C’est le devoir qui crée le droit et non
le droit qui crée le devoir  » rappelle sa vieille ma- Un homme, épuisé et couvert de sang, déambule
man au général un peu désorienté. On touche ici à dans un quartier résidentiel avec un sac rempli
une des limites de ce docu-fction. Si les événements d’argent dans une main, un pistolet dans l’autre et
décrits sont scrupuleusement exacts et méticuleuse- un ours en peluche sous le bras. Réalisant que la
ment rapportés, ils le sont par De Gaulle lui-même, police a bouclé le quartier, il s’assied, résigné, sur
qui sert de voix of, livrant donc sa propre vision de une borne à incendie. Un fashback nous ramène
l’Histoire. En cela le documentaire participe pleine- trois jours plus tôt tandis que Kaminski, l’homme
ment au processus d’iconisation de notre père fon- blessé de la première séquence, Rosen et Molina,
dateur, présenté ici comme une sorte de héros idéal, trois truands aux personnalités antagonistes,
courageux, désintéressé, un peu hautain certes mais s’apprêtent à monter un coup pour récupérer le
tellement humain dans ses doutes et ses secrets. La montant d’une importante transaction de drogue
mise en scène de la visite du général à sa famille et en qui doit se dérouler dans une maison appartenant
particulier à sa flle handicapée, posant doucement la à l’ex femme d’un caïd de la drogue, Miller. Se
tête sur l’épaule de tante Yvonne pour y trouver un faisant passer pour un professeur à la retraite,
peu de réconfort est un modèle du genre. De Gaulle Rosen, qui a besoin de l’argent pour faire opérer
apparaît, avec Churchill il est vrai, comme le moteur sa petite-flle atteinte d’une maladie rare, a loué
de l’Histoire, inspiré et visionnaire. Le tout se ter- une maison voisine. En surveillant la maison de
mine comme un flm de guerre américain : après un Miller où doit se passer le deal, les trois hommes
suspense bien ménagé sur l’incertitude de la difusion sont témoins de la misère humaine qui touche
de l’Appel, De Gaulle parle enfn et les patriotes fran- les habitants du quartier. Kaminski se prend de
çais entendent sa voix, sur fond de musique martiale sympathie pour Lorraine, la voisine battue par
et d’annonce : « Ce jour-là tout a changé, la France son mari, un policier qu’elle vient de quitter.
Libre est née.  » On peut donc considérer cet opus Une relation s’instaure peu à peu avec la jeune
de la série comme un morceau de bravoure d’His- maman. Molina abat accidentellement un agent
toire ofcielle, bien construit et solidement réalisé, immobilier entré par malchance dans le repaire
dans le but de montrer à un large public les vertus des trois hommes alors qu’il pensait se rendre
de celui que les Français considèrent comme le plus chez Lorraine dont le mari à mis la maison en
egrand homme du XX  siècle. Une dernière critique vente. Miller envoie ses hommes visiter la maison
mesquine, on ne peut que compatir au sort difcile de Rosen alors que celui-ci est sorti. Kaminski et
de Michel Vuillermoz, qui incarne avec conviction Molina, contraints de se cacher dans les combles
de rôle du grand Charles mais que l’on a afublé pour échapper aux deux hommes, y découvrent
d’un maquillage particulièrement disgracieux qui que Rosen est, en fait, un ancien gardien de prison.
force le trait, au mauvais sens du terme. L’équipe de Kaminski parvient habilement à tirer Lorraine
Malaterre nous avait habitué à mieux avec les néan- des griffes de son mari mais celui-ci reconnaît
dertaliens, mais les documents d’époque manquent le gangster. Ce dernier apprend également que
pour se faire une idée de la comparaison ! Denis, le fls de Lorraine, un adolescent proche de
son père, envisage de braquer le bar dans lequel
Réal. : Félix Olivier ; sc. et dial. : Philippe Madral,  travaille sa mère. Avant de faire le coup chez
Laurent Herbiet ;  mus.  :  Laurent Ferlet  ;  photo  :  Miller, Kaminski prévient Lorraine des coupables
Dominique  Colin  ;  son  :  Bruno  Charrier  ;  mont.  :  Y en  projets de son fls qui, de son côté, les surprend se
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donnant le baiser qui scelle leur amour. Endossant choses ne sont pas toujours telles que nous pensons
la jalousie maladive de son père, le jeune homme qu’elles sont  : les criminels ne sont pas forcément
suit la voiture dans laquelle se trouvent Kaminski des monstres sanguinaires et peuvent être des per-
et Rosen et, à un feu rouge, ouvre le feu sur les sonnes sensibles motivés par une soif de justice so-
deux hommes avec l’arme de service de son père. ciale à laquelle il n’ont jamais droit, de même que les
Tous deux sont touchés. Blessé, Rosen n’est plus bourgeois des beaux quartiers ne sont pas toujours
en condition pour intervenir chez Miller. Ses deux aussi innocents qu’on le pense et peuvent être ca-
complices y vont seuls mais le mari de Lorraine, pable des pires exactions. Même la fction que nous
averti par son fls, les surveille. Kaninski et regardons n’est pas celle que nous croyons car, après
Molina parviennent à récupérer l’argent de Miller, une première demi-heure enlevée qui laisse présager
entassé dans un sac et dans un ours en peluche. À une intrigue policière au rythme soutenu, le scénario
leur retour, Rosen est mort et le mari de Lorraine dérive progressivement vers une sorte de chronique
les attend. Il tire sur eux et touche Molina avant de mœurs contemporaines, favorisée par le huis-clos
de se faire abattre par Kaminski. Avant de mourir, entre les trois personnages principaux, isolés dans un
Molina se rend chez une voisine, épouse infdèle monde qui leur est étranger et qu’ils découvrent peu
et mauvaise mère qu’il observe avec dégout depuis à peu. Les  Associés est un téléflm bien plus malin
le début, et lui fait promettre de bien s’occuper qu’il n’y paraît au premier abord, basé sur une in-
de son bébé. Kaminski se retrouve dehors avec trigue originale qui valut d’ailleurs à TF1 d’être ré-
la totalité du butin, exactement comme dans la compensée par le Prix du meilleur scénario, attribué
èmeséquence proleptique du début. C’est alors que à Hervé Korian lors de la 11 édition du Festival
Lorraine et sa flle, qui sont parvenues à échapper à de la Fiction TV deLa Rochelle (v. Que la fête com-
Denis devenu aussi violent que son père, s’arrêtent mence, saison 2010, p. 23). Outre la trame générale
à sa hauteur et que Lorraine lui propose de monter. de l’intrigue, il faut aussi saluer la grande qualité des
Kaminski refuse mais leur confe l’argent et fait personnages et des comédiens qui les incarnent. Si
promettre à Lorraine d’en donner une partie (celle François Berléand, Tierry Frémont et Sophie Duez
cachée dans la peluche) à la flle de Rosen afn que sont des habitués des fctions télévisuelles, il n’en est
sa petite-flle puisse être sauvée. Après une ellipse pas de même pour Christophe Lambert, que nous
de trois jours, on retrouve Lorraine au chevet avions un peu perdu de vue depuis quelque temps,
de la petite flle où elle parvient à faire accepter et qui revient ici dans un rôle que l’on jurerait spé-
l’argent à la flle de Rosen. À sa sortie de l’hôpital, cialement écrit pour lui. « Ce rôle m’a comblé car j’ai
Lorraine et sa flle prennent place dans une voiture adoré jouer un gangster ayant une vraie intégrité »,
dont le conducteur n’est autre que… Kaminski. explique l’acteur. «  Kaminski est un homme rem-
pli d’émotions : ce qu’il a vécu en prison l’a fragi-
La dramaturgie du flm est fondée sur le pos- lisé et sensibilisé mais il garde néanmoins ses codes
tulat que, derrière «  la vie normale des gens sans d’honneur. C’est ce qui m’a plu. C’est un gangster
histoires », se trament en réalité des choses peu re- qui n’a jamais voulu entrer dans le système. Il a tou-
commandables. Les trois guetteurs gagnés par l’en- jours eu beaucoup de mal à accepter ce qui est im-
nui les observent de derrière les stores ; alors qu’ils posé ainsi que toutes les restrictions de la vie. Il a
devraient surtout ne rien faire, ils décident d’interve- désormais envie d’une vie normale, c’est pourquoi
nir. Kaminski s’attache ainsi à Lorraine, une femme il a décidé que ce coup serait le dernier. Soit il réus-
qui élève seule sa flle d’une dizaine d’années et son sit et va vers une vie meilleure ; soit il rate et c’est
fls adolescent, Molina à la femme d’un autre voi- la mort, puisqu’il a décidé qu’il ne retournera pas
sin qui s’occupe mal de son bébé… Au-delà de l’in- en prison. C’est aussi un homme de cœur, attentif
trigue policière qui n’est fnalement qu’une simple à l’être humain, à l’instar des grands de ce monde,
toile de fond, Les Associés est avant tout une habile tournés vers les autres comme les grands docteurs
critique sociale de la France d’aujourd’hui. Ce qui ou les grands avocats, par exemple. Même s’il est
est particulièrement intéressant dans cette fction gangster, il possède un code d’honneur qu’il ne tra-
unitaire, c’est la façon dont le scénario rend compte hira jamais.  » François Berléand est, pour sa part,
de la double confrontation entre ces trois hommes, parfait dans la peau de Rosen, un homme fatigué,
contraints pour des raisons tout à fait diférentes de secret et taciturne dont le seul objectif est de réunir
vivre hors de la norme, en même temps qu’ils sont la somme qui lui permettra de sauver sa petite-flle
placés face à une certaine idée de la normalité qui, atteinte d’une maladie orpheline. Bien que son passé
petit à petit, fnira par voler en éclats. Le téléflm de gardien de prison le rende antipathique aux yeux
nous montre de façon habile et progressive que les de ses « associés », les trois hommes fniront par se
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rendre compte qu’ils sont tous des « victimes de la Réal.  : Alain Berliner  ;  sc.  : Hervé Korian  ;  mus.  : 
vie » et partagent la même motivation : échapper à Guillaume Roussel  ;  photo  :  Philippe  Lar don  ;  son  : 
un destin injuste. Cette injustice leur apparait d’au- Pierr e  Mertens  ;  mont.  :  Chantal  Hymans  et  Jean-
tant plus grande au regard de leurs voisins nantis, à Daniel  Fernandez-Qundez  pr od.  :  Christophe  Carmona 
qui tout semble avoir souri mais qui sont pourtant et  François  Charlent,  Little  Big,  A T   Pr oduction, 
loin d’être exemplaires : Gérard, le mari de Lorraine, RTBF ,  TF1  ;  int.  :  Christophe  Lambert  (Kaminski), 
est un policier violent et corrompu qui a détruit sa François  Berléand  (Rosen),  Thierry  Frémont  (Molina), 
famille ; Émilie est une femme infdèle qui néglige Sophie  Duez  (Lorraine),  Geor ges  Corraface  (Gérald), 
et maltraite ses enfants pour assouvir ses pulsions Edouar d  Giar d  (Denis),  Milan  Mauger  (François), 
sexuelles  ; Miller est un dangereux et riche traf - Mélusine  Mayance  (Emilie) ,  Julie-Anne  Roth  (Anna), 
quant de drogue qui vit en toute impunité dans les Clémence  Thioly  (Annie),  Thierry  Simon  (Daniel), 
beaux quartiers ; l’un des habitants, un vieil homme Claude  Duneton  (le  voisin  aux  cheveux  blancs),  W illiam 
a-dessus de tout soupçon, se révèle être au voyeur Roberts (le bébé). TF1, 10 décembre 2009, 90 min .
attiré par les enfants. Même Molina (excellent sous Stéphane BENASSI
les traits de Tierry Frémont) est plus droit et plus
honnête qu’eux, car derrière le petit malfrat impulsif
et sanguinaire se cache en fait un cœur pur et sen-
Au bonheur des hommessible qui n’accepte pas que l’on fasse de mal à un in-
nocent. Lorraine est elle aussi une victime de la vie,
terrorisée par un mari violent et jaloux auquel elle ne Sur une plage, trois amis, la quarantaine :
parvient pas à échapper. D’un point de vue narra- Frédéric, professeur de philosophie à l’université,
tif, on saluera l’utilisation de la prolepse inaugurale, Marc Petrovin, marié à Hélène qu’il trompe
cette première séquence qui semble nous donner notamment avec une directrice de communication
par anticipation le dénouement de l’histoire en nous avec laquelle il est en affaires et Nicolas Leroy,
montrant un Kaminski résigné, prêt à se faire arrêter cadre, époux de Béatrice avec laquelle il forme
par la police. Cette fgure mérite d’autant plus d’être un couple bobo proposant à leur fls Jonas qu’ils
signalée qu’elle est assez peu courante dans fction soumettent à une éducation stricte, des menus
unitaire française qui privilégie généralement les r-é aussi folichons que purée de brocolis et galette
cits linéaires classiques. Mais là encore, le scénario de kinoa, ont la pénible mission d’annoncer à un
se joue de nous. Car alors que nous suivons toute quatrième larron, leur vieux copain Picha Duval,
la fction en étant persuadé d’en connaitre déjà la la mort de son père, terrassé par un infarctus.
fn et en cherchant à comprendre non pas quelle Quinze ans auparavant, celui-ci avait chassé son
en sera l’issue mais quels sont les événements qui y fls, aujourd’hui son héritier, du vieux domaine
conduiront, un ultime rebondissement, totalement avec vue sur la mer où les quatre complices
inattendu, débouchera sur un semi happy-end. Car avaient, durant leur jeunesse dissipée, fait les
Les Associés ne fait pas dans le consensuel : le coup 400 coups, proftant des nombreux séjours à
fomenté par Rosen a fonctionné, mais au prix de l’étranger du père de Picha. Ils se souviennent
sa mort et de celle de Molina. Toutefois, leur sacr-i avoir, alors, quand leur ami venait d’être chassé de
fce ne sera pas vain dans la mesure où tous deux ce petit paradis, être venus pour le consoler, avoir
seront parvenu à atteindre leur véritable objectif  : eu la surprise alors qu’ils pensaient qu’il honorait
rétablir un peu de justice dans un monde corrompu une maîtresse, de le surprendre en train de faire
par l’argent, la violence et l’intérêt personnel. La fn l’amour avec un homme, Otis, qui, depuis lors,
est certes immorale », mais franchement réjouissante s’est joint aux quatre inséparables. La situation
car on s’était attaché à Kaminski. Sans retrouver l’in- successorale s’avère catastrophique et le domaine
vention visuelle de ses premiers flms, Alain Berliner va être vendu aux enchères par adjudication pour
parvient ici à mettre en scène l’excellent scénario compenser le défcit de la succession. Auparavant
d’Hervé Korian avec un brio certain. Le trio central, immensément riche, le père de Picha avait été,
incarné par des comédiens qui collent parfaitement après sa retraite, ruiné par des placements en
à la peau de leurs personnages, fonctionne à me-r fonds d’investissements réduits à zéro par la
veille. Sans être révolutionnaire, cette production de crise. Quant à Picha, sans situation au contraire
prestige se situe largement au-dessus des téléflms de ses amis, il doit se contenter, engoncé dans un
médiocres que TF1 nous propose souvent. Une encombrant costume de pingouin, de promouvoir
preuve (trop rare) que la chaîne commerciale est sur la plage une marque de crèmes glacées, le
aussi capable du meilleur. seul emploi que Marc a pu lui dégotter. Navrés
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de voir partir le paradis de leur jeunesse, les trois et présent s’entremêlent et ces allers et retours sont
amis décident, sur une proposition de Nicolas, bien intégrés à l’action. Les quiproquos, l’un des
passablement enivré, et sans en informer Picha, fondements de toute comédie (comme le comique
de participer aux enchères et d’acheter le de situation), abondent : ainsi est-ce à son collègue,
domaine, chacun pour un tiers, Nicolas s’étant un autre « pingouin » que les trois amis annoncent
fait fort de fnancer sa part avec l’héritage d’une la mort du père de Picha, leur ami survenant, alors
tante dont son épouse a bénéfcié, les deux que son homologue, efondré, sanglote  ; maître
autres n’ayant pas de problème particulier pour Santi, le notaire, avant d’annoncer à Picha une si-
fnancer leur part respective. Mais les enchères tuation successorale catastrophique, confond deux
fambent et c’est un certain François Carlier, dossiers et lui a d’abord fait miroiter celle, fas-
fanqué d’une épouse insupportable, Cristal, tueuse d’un homonyme ; Stéphane, le complexé de
qui devient propriétaire. En vain Marc tente de la bande, se méprend sur les intentions de la très
corrompre le notaire (président de la commission belle étudiante qui veut absolument le rencontrer et
de déontologie notariale !) pour faire annuler la à laquelle, en dépit de ses fantasmes, il redoute de
vente pour vice de forme. On imagine alors toutes céder ; quand l’un d’entre eux prétend qu’il ne peut
sortes de stratagèmes et notamment l’achat de répondre au téléphone car il passe dans un tunnel,
milliers de termites que les amis déversent dans il a oublié qu’il ne parlait pas sur son portable mais
le grenier du domaine. Encore en vain. Mais c’est sur son téléphone fxe, etc. Le scénario abonde en
fnalement Carlier qui, ivre de rage, après avoir méprises de ce genre. La dernière survenant quand
découvert que Cristal le trompait avec Mario, Nicolas avoue à son épouse qu’il a menti à ses amis,
son professeur de yoga (qui a également séduit en afrmant qu’elle était d’accord pour consacrer
brièvement Béatrice Leroy), renonce à cet achat. l’héritage de sa tante à l’achat du quart du domaine.
Les quatre amis récupèrent alors le domaine Celle-ci redoutant qu’il soit au courant de sa brève
en payant le passif de la succession et festoient infdélité avec Mario, son professeur de yoga, et qui
avec le notaire quand, rongé par les termites, allait tenter, en l’avouant, de minimiser l’aventure,
le plafond du galetas s’effondre, provoquant la est tellement soulagée qu’elle accepte, cet investis-
consternation des nouveaux propriétaires, puis sement qu’elle avait toujours refusé ! Les situations
leurs éclats de rire. Car le principal était de et les personnages sont savoureux (les rapports de
conserver, tous les quatre, le domaine de leur Stéphane et de son psychologue ; les multiples ten-
jeunesse. Quant à Frédéric, il découvre que la tatives des trois amis de convaincre François Carlier
splendide jeune flle qui le poursuivait et suscitait de renoncer à son achat, la pitoyable attitude de ce
en lui, comme toutes ses étudiantes, un désir dernier, traité de meurtrier par son épouse pour
refoulé, n’était autre que sa propre flle qu’il ne avoir écrasé un hérisson, etc.) Plus subtilement, est
connaissait pas ! décrite la complicité entre Nicolas et son fls Jonas
quand l’adolescent découvre, grâce à de vieilles
Vincent Monnet, réalisateur, de 2001 à 2007, de photos de son père, aujourd’hui si strict et mora-
nombreux épisodes de séries (Les Bleus, premiers pas liste, qu’il était, vingt ans auparavant, un joyeux
dans la police ; Joséphine, ange gardien ; Les Enquêtes drille et un punk. Sympathique, bien que conve-
d’Eloïse Rome ; Boulevard du Palais ; Julie Lescaut) a nue, cette histoire dans l’histoire se conclut par la
aussi signé un téléflm remarqué, traitant du sida, courte séquence dans laquelle Nicolas exhume la
L’Amour dans le sang (v. saison 2010, p. 60) dont guitare de ses jeunes années, pour la montrer à son
le scénario, qu’il avait adapté du livre de Charlotte fls. Il ne faut pas attendre, sur la psychologie des
Valandrey, retraçait la propre histoire de la comé- quatre amis, une analyse un peu approfondie, mais
dienne. La comédie, cette fois, l’a inspiré avec cette les personnages sont sufsamment croqués et les in-
sympathique pochade, cultivant nostalgie et hu- terprètes, tous excellents (quel plaisir de retrouver,
mour et mettant en scène, 20 ans après leurs mé- entre autres, Julien Boisselier !) pour enlever cette
morables aventures de jeunesse, le combat de quatre comédie agréablement troussée et que l’on regar-
amis inséparables pour sauver le domaine où, plus dera avec amusement. N’est-ce pas là l’essentiel ?
jeunes ils s’étaient tant amusés. On retrouve ainsi
un thème souvent visité, le parcours de vieux amis, Réal.  : Vincent Monnet  ;  sc.,  adapt.  et  dial.  : Vincent 
confrontés à une situation nouvelle (cette année, par David, Gilles Fareau  ;  collab.  : Karine Angeli  ;  mus. 
exemple, plusieurs fctions le déclinent : Les Frileux, or .  :  François Castello  ;  photo  :  Philippe  Guilbert, 
Mes amis, mes amours, mes emmerdes, L’afaire Leila, Jean-François  Baumaud  ;  son  :  Laur ent  Lafran  ;  mont.  : 
4 garçons dans la nuit ; v. fches). Retours en arrière Brian  Schmitt  (images),  David  Goldenber g  (son)  ;  déc.  : 
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François  Salisch  ;  cost.  :  Élisabeth  Rousseau  ;  pr od.  :  l’invite visiter le bel appartement que, riche
Thalie  Images  (Marathon  Films),  Ser ge  Moati,  M6  ;  désormais, il se propose d’acheter pour eux deux.
pr od.  exec.  :  Erika  W ick  ;  int.  :  Julien  Boisselier  (Nicolas  Mais un jour, alors qu’elle l’attendait devant chez
Ler oy),  Philippe  Lefebvr e  (Mar c  Petr ovic),  Guy  Lecluyse  lui, elle le voit, sans canne, ni lunettes noires,
(Frédéric  Ker guelin),  Jean-Luc  Couchar d  (Picha),  entrer chez le feuriste, acheter un bouquet de
Jean-Michel  Lakmi  Otis),  Noémie  Delattr e  (Béatrice  roses (pour elle) et promener le labrador dressé
Ler oy),  Jeanne  Savary  (Hélène  Petr ovic),  Lionel  Astier  qu’elle avait obtenu pour lui. Ulcérée par son
(François  Carlier),  Reem  Kherici  (Cristal  Carlier),  mensonge, elle refuse désormais de le voir.
Pierr e  de  Loriol  (Jonas  Ler oy),  Franck  Adrien  (Maîtr e  Comprenant son erreur, Vincent déchire le
Santi),  Linda  Bouhemi  (Carmen  Morales),  Carla  Martins  chèque. Il a demandé à Albert de revenir vivre
(Maria),  Lionel  Robert  (le  psy),  Stéphanie  Fatout  (le  chez lui et, sur un simulateur, jouant le rôle
médecin),  Loïc  Gar cia  (Manu),  Mathieu  Bonfls  (Eddie),  de copilote, il le familiarise avec la conduite
Soleine  T alis  (la  dir com.),  David  Faur e  (le  livr eur). M6, sur l’anneau de Montlhéry. Puis, déjouant la
17 mars 2010, 105 min. Christian  BOSSÉNO surveillance, il l’installe à côté de lui, au volant
d’une voiture de rallye sur l’anneau de vitesse.
En dépit d’un accrochage sans conséquence
après l’arrivée, le pari est réussi : Alfred a réalisé Aveugle mais pas trop son rêve. Et Emma, à qui Alfred avait demandé
de les rejoindre, tombe dans les bras de Vincent.
Vincent Bommel, photographe, la cinquantaine,
égoïste, dragueur, se repose souvent fnancièrement Le métier de Charlotte Brandström, la qualité
sur sa femme Hélène dont il va d’ailleurs très des comédiens et l’originalité du sujet de ce Parfum
bientôt divorcer. Au cours d’une soirée, il avale de femmes à la mode télévision en font une comédie
une palourde (avariée). Plus tard, la nuit, sur sentimentale sans surprise, mais agréable à suivre.
la route, il éprouve des malaises et sa vision Quelques répliques amusantes émaillent le récit
est malaisée. Un camion qui arrivait en face le comme lorsque les deux aveugles (Vincent et Alex
percute. Au réveil à l’hôpital, il réalise qu’il est qui viennent de se heurter) s’excusent mutuelle-
aveugle. Sa cécité serait due à un traumatisme ment : « Excusez moi, je ne vous ai pas vu. – Ce n’est
crânien et elle est irréversible. Désespéré, pas grave, moi non plus.  » Quelques jolies scènes
Vincent rudoie tout le monde dans le centre de aussi comme celle où, en dépit de sa cécité, Vincent,
rééducation pour aveugles et malvoyants où guidé par la seule voix d’Emma, prend dans Paris
Hélène, sa future ex-femme, l’a conduit. René une série de photos d’elle. Et c’est dans son labora-
prend en charge sa rééducation, sans grand toire, en les développant grâce à des automatismes
succès. Vincent ne cesse d’écouter les poèmes professionnels retrouvés, qu’ils échangent, baignés
enregistrés sur le magnétophone qu’on lui a de lumière rouge, leur premier baiser. Quelques
prêté, séduit par la voix de femme qui les dit. plans montrent aussi la manière dont, sur un terrain
Cette voix, il la reconnaît bientôt dans celle spécialement aménagé, les non-voyants jouent au
d’Emma, sa monitrice de motricité. Accompagné football. La chanteuse, compositrice et actrice Elsa
par le malicieux Alfred, aveugle de naissance, et Lunghini interprète ici avec sensibilité un joli per-
avec qui il a sympathisé, il se rend chez elle, dans sonnage. Quant au « boulimique » Bernard Le Coq
une cité, avant d’entreprend une cour assidue. (148 rôles pour la télévision et le cinéma !) que l’on
Marc s’est installé chez lui et lui fait part de son retrouve, depuis des années, au générique de moult
rêve : piloter sur le circuit de Montlhéry. Emma flms, téléflms et séries en tous genres, il témoigne
s’est laissé séduire par Vincent et ils flent un de son talentueux éclectisme, passant par exemple
amour très tendre. Assisté de Marc, son avocat et du thriller dramatique, avec Une cible dans le dos de
ami, il négocie avec l’assurance du camionneur Bernard Uzan, à la comédie avec Une famille formi-
une indemnité pour le préjudice subi. Et c’est le dable, etc. Sollicité aussi pour interpréter des person-
pactole, puisqu’on lui attribue un million d’euros. nages historiques, on l’avait apprécié dans le rôle du
Mais en taxi, alors qu’il rentrait tout seul chez consul du Portugal, dans Désobéir (Aristides de Souza
lui, il réalise qu’il vient de recouvrer la vue. Ce Mendes) de Joël Santoni (saison 2010, p. 92), on le
qui lui permet de découvrir que Marc et Hélène retrouvera dans V comme Vian de Philippe Le Guay
sont amants et qu’en retardant le divorce, Hélène (rôle de Raymond Queneau) et dans La Conquête
aurait une part de la prime. Vincent continue à de Xavier Durringer, sur un scénario de Patrick
jouer l’aveugle, y compris auprès d’Emma. Il Rotman (rôle de Jacques Chirac). Grâce à une
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technique particulière, ce téléflm est la première fc- tardivement conscience de ses « racines » en tom-
tion française à bénéfcier de « l’audiodescription », bant sur le manuscrit de son grand-père, Krékor
une technique destinée aux aveugles et mal-voyants, Kandarian. Hanté par la volonté de transmettre
leur permettant de suivre un flm dans les meilleures ce passé longtemps occulté, le dessinateur a tenu à
conditions possibles. apporter sa pierre. Azad, qui est à la fois le titre du
téléflm et celui du « roman graphique » sur lequel
Réal.  :  Charlotte Brandström  ;  sc.  :  Jean-Carol travaille Mayak, son héros et son double (Virgile
Larrivé  ;  adapt.  et  dial.  : Marie Du Roy, Jean-Carol Bramly, excellent), se veut une œuvre « engagée » , Pierre Monjanel  ;  mus.  : Yvan Cassar  ;  son  :  mais « pas partisane ». Azad (« liberté » en armé-
Jean-Mar c  Lentr etien  ;  pr od.  :  Joël  Santoni,  Panama  nien) est un roman d’initiation en même temps
Pr oductions  ;  int.  :  Bernar d  Le  Coq  (V incent),  Elsa  qu’une chronique de mœurs qui décrit l’évolution
Lunghini  (Emma),  Stéphane  Debrac  (Alfr ed),  Christine  d’un jeune homme à vif qui se confronte à l’H-is
Millet  (Hélène),  Michel  Bompoil  (Mar c),  Jean-Pierr e  toire. Très attaché à son «  pépé  » que son carac-
Durand  (René),  Cécile  Bois  (Ninon),  Melchior  Der ouet  tère de poète enchante, Mayak se radicalise au fur
(François),  Sandra  Mor eno  (Élodie),  Jean-Philippe  et à mesure qu’il découvre les horreurs commises
Puymartin  (l’avocat),  Mar c  Blondeau  (Martin),  etc.  pendant le génocide. Non seulement il s’engueule
TF1, 14 septembre 2009, 95 min. avec son père (auquel il reproche de côtoyer des
Christian BOSSÉNO Turcs dans le kebab où il travaille) mais il cherche
constamment querelle à tout le monde, y compris
ses colocataires qui l’aiment bien mais ont d’autres
chats à fouetter. Tandis que la blonde et explosive Azad (Histoires de vie)
Yolande écrit des romans érotiques plutôt chauds
et poursuit ses activités d’homosexuelle militante et
Histoire d’un jeune Français d’origine que le grand Beucé est plongé sur un mystérieux
arménienne qui réalise une bande dessinée retraçant projet intitulé « Top secret », Mayak pourrit la vie
le passé de son grand-père au moment du génocide de tout le monde. Et il va carrément déraper avec
perpétré par les Turcs. Mayak, trente ans, partage l’arrivée d’une nouvelle locataire, Mina, d’origine
un appartement avec deux autres colocataires, turque. Persuadé que la jeune flle fait forcément
célibataires comme lui, et la vie s’organise assez partie des «  négationnistes  », il décide d’entamer
librement. Chaque jour, le jeune artiste rend visite à la guerre, ignorant que celle-ci est d’origine kurde
son « pépé » auquel il voue une immense affection et qu’elle a aussi des comptes à régler avec le passé.
et le fait parler de son enfance en Anatolie jusqu’au En même temps que le jeune homme écoute le ré-
massacre de 1915 auquel il a pu miraculeusement cit livré par bribes, au gré des souvenirs et de la
échapper. Révolté par l’ampleur de la tragédie pudeur du grand-père –  l’enfance heureuse dans
et le silence qui pèse encore sur la question des un petit village d’Anatolie jusqu’au génocide du
responsables, Mayak dont le caractère s’assombrit peuple arménien en 1915 – il se montre de plus
commence à se disputer avec son entourage. Les en plus grossier avec Mina. Le « pépé » comprend
choses s’aggravent avec l’arrivée d’une nouvelle alors qu’il a un message à transmettre à son petit-
colocataire, Mina, d’origine turque. Inquiet de fls et il va lui révéler les circonstances particulières
l’intolérance croissante de son petit-fls, le grand- qui lui ont permis, adolescent, d’échapper au mas-
père va aider Mayak à découvrir les complexités sacre. D’abord caché dans un parc, se nourrissant
de l’Histoire et à retrouver la paix. la nuit d’abricots, puis trouvant refuge dans la
boutique d’un marchand de tapis, caché par ce-
Un joli téléflm qui revivife la manière d’aborder lui-ci et sa flle. Mayak découvre ainsi par la voix
le « devoir de mémoire » dans la fction télévisée. de son grand-père que des Turcs ont eu le courage
Adapté d’un récit laissé par son propre grand-père, de le sauver, comme il apprendra par la voix de
témoignant de son trajet douloureux, ce long mé- Mina que les Kurdes peuvent être également des
trage de Nicolas Tackian, journaliste, dessinateur victimes. On ne racontera pas les détails de ce télé-
de BD et scénariste, peut surprendre par le style flm sensible qui joue sur diférents registres, passe
choisi. Azad commence sur le ton d’une de ces co- du passé au présent, tricotant avec intelligence les
médies qui mettent en scène la vie d’un groupe de séquences du flm avec les images d’animation (co-
colocataires branchés à Paris, prétexte à d’ironiques réalisées avec Jean-Jacques Prunes). Construit sur
tableaux de mœurs. Nicolas Tackian, très versé dans un récit à plusieurs étages, ce roman d’apprentis-
l’univers de la BD fantastique ou ésotérique, a pris sage qui tisse avec fnesse l’histoire singulière d’un
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jeune homme (ses rapports difciles avec son père)
Barbe bleueet la «  grande  » Histoire, s’intéresse au passage à
d’autres thèmes et tabous (l’homosexualité, les mi-
norités, les confits culturels, l’intégration). Azad La supérieure d’un couvent annonce à deux
est un plaidoyer en douceur pour la reconnaissance écolières, Anne et Marie-Catherine, la mort
du génocide, mais aussi un éloge de la tolérance. accidentelle de leur père, sous les roues d’une
Tout se termine bien pour nos personnages, un peu charrette, sous lesquelles il s’est jeté pour sauver
trop même ! Mais si l’angélisme du happy end peut la vie d’une fllette. Sur la route qui les ramène
agacer, on ne peut qu’applaudir à cette initiative de chez elles, Marie-Catherine remarque un beau
donner vie et mémoire à cette génération de resca- château, celui d’un gentilhomme appelé « la
pés qui ont trouvé refuge en France, se sont intégrés Barbe bleue », qui aurait tué toutes ses femmes
en silence. Les comédiens sont excellents. Jacques et d’autres jeunes flles. Marie-Catherine se jure
Herlin campe un pépé émouvant (même s’il est un qu’elle sera riche un jour. Deux fllettes dans un
peu fgé dans son rôle), Virgile Bramly est nerveux, grenier ; Catherine lit à Marie-Anne, l’aînée, le
sombre avec ce qu’il faut d’irritant  ! Les person- conte de la Barbe bleue : le sieur Barbe bleue
nages secondaires sont, fait plus rare, traités avec dépêche un émissaire pour convier les flles en
l’attention nécessaire. Personnages d’aujourd’hui âge de se marier parmi lesquelles il choisira sa
avec leur radicalité, défauts, mauvaise humeur. nouvelle épouse. Sans le sou, Anne et Marie-
Sans être véritablement audacieux, Azad fait partie Catherine répondent à l’invitation. Barbe bleue
des réussites de la collection Histoires de vie lancée remarque Marie-Catherine, la plus jeune, restée
par France 2, confées à des auteurs appartenant à à l’écart des autres. Le soir des noces, Marie-
des univers diférents (musique, bande dessinée, Catherine rappelle à Barbe bleue la promesse de
cinéma) pour raconter des histoires plus libres ne pas coucher avec elle avant qu’elle ne soit en
de ton qu’à l’ordinaire telles Clandestin (v. fche), âge. Il part en voyage en lui confant les clefs
d’Arnaud Bedouet, Conte de la frustration (v. fche), du château : elle pourra ouvrir toutes les portes,
d’Akhenaton ou Ceux qui aiment la France (v. sauf celle d’un cabinet. Poussée par la curiosité,
fche) ,d’Ariane Ascaride. On retient ici la très belle Marie-Catherine ouvre la porte et découvre les
relation entre un grand-père et son petit-fls, cette corps de trois femmes suspendus à des crocs de
manière légère d’aborder par la marge l’histoire boucher au-dessus d’une mare de sang ; la petite
du génocide de 1915 et de soulever la question, ô clef d’or tombe, le sang ne peut s’effacer. Barbe
combien épineuse, de la mémoire, en refusant tout bleue dit à Marie-Catherine que sa désobéissance
manichéisme. Dommage que cette collection soit la condamne à mourir. Marie-Anne, terrorisée par
difusé à heure si tardive (22 h 40). la fn tragique du conte, tombe du grenier. Marie-
Catherine implore son époux de lui accorder un
Ce téléflm a reçu le Prix  de  la  meilleu r e  fction  de  deuxième  petit répit, suffsant pour que des mousquetaires
epartie  de  soirée au 11 Festival de télévision de La Rochelle arrivent juste à temps pour tuer la Barbe bleue.
de 2009.
Parallèlement à une lecture relativement fdèle
Réal.,  sc.  et  dial.  : Nicolas Tackian ;  mus. : Papier du conte de Perrault, qui tient sur cinq à six pages,
d’Arménie, Macha Charibiaon ;  photo  :  Dominique  Catherine Breillat a eu la bonne idée de le faire lire
Delapierr e  ;  mont.  :  Sarah  T ur oche  ;  déc.  :  Julien  par deux fllettes d’aujourd’hui dont l’une fait une
Faber es  ;  cost.  :  Pascaline  Suty  ;  son  :  Michel  Lesaffr e,  chute mortelle au moment où la jeune épouse de
Jocelyn  Stader oli,  Christophe  Ferrandon  ;  séquences  « la Barbe bleue » va être égorgée ; on voit l’autre,
animées  écrites  par  Nicolas  T ackian  ;  réal  anim.  :  Jean- la lectrice, se substituant à l’héroïne du conte, des-
Jacques  Prunes  et   T  ;  pr od.  Animation  :  cendre l’escalier de la tour et pénétrer dans le cabinet
Les  Films  de  l’Arlequin  ;  pr od.  :  Kien  Pr oduction  interdit. Cette liberté prise avec le modèle répond
(David  Kosdi),  Fil  de  br oc,  France  2,  Agence  natio- au désir, que Catherine Breillat confesse dans un
nale  pour  la  cohésion  sociale  et  l’égalité  des  chances  entretien au festival de Berlin, d’évoquer son en-
(ACSE),  Fonds  Image  de  la  diversit é  de  l’ACSE  ;  int.  :  fance, la fascination qu’exerçait sur elle l’horreur du
V ir gile  Bramly  (Mayak),  Jacques  Herlin  (Krékor),  récit, la délicieuse terreur que sa lecture provoquait
Alexandra  Bienve nu  (Mina),  Anne  Suar ez  (Y olande),  chez Marie-Hélène, sa sœur plus âgée d’un an  ;
Mikaël  Abiteboul  (Beucé),  Jacky  Ner cessian  (Lévone). c’est pour cela que l’héroïne, que Charles Perrault
France 2, 25 juillet 2010, 70 min. se contentait d’appeler «  la cadette  », a été bapti-
Catherine HUMBLOT sée Catherine/Marie-Catherine. La violence faite
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eraux femmes, souvent explicite dans les flms de lui a consacré une rétrospective du 1 au 20  sep-
Catherine Breillat, est ici sous-jacente, évoquée par tembre 2010. Espérons que ses premiers flms, Une
l’inquiétante opposition entre l’apparence physique vraie jeune flle et Tapage nocturne, avec l’inoubliable
des deux personnages, celui de la Barbe bleue – sorte Dominique Lafn (difusé par CinéCinéma en mai
d’Ivan le Terrible monstrueux – homme mûr, gigan- 2009), seront bientôt disponibles sur DVD, de
tesque, massif, hirsute et la jeune flle, encore une même que Barbe bleue, que tant de téléspectateurs
enfant, petite, frêle et lisse ; apparence trompeuse, ont dû manquer.
la Barbe bleue est un érudit rafné, mélancolique
– à l’instar de l’adaptation du personnage faite par Réal.,  sc.  :  Catherine Breillat  ;  mus.  :  Groupe
Béla Bartók, sur le livret de Béla Balázs, pour son Sikinis  ;  photo  :  V ilko  Filac  ;  mont.  :  Pascale  Chavance  ; 
opéra Le Château de Barbe bleue –, presque soumis à son  :  Y ves  Osmu  ;  déc.  :  Olivier  Jacquet  ;  cost.  :  Rose-
la jeune flle qui se révèlera plus forte que l’ogre : elle Marie  Melka  ;  pr od.  :  Jean-François  Lepetit,  Sylvette 
réussit, la cérémonie du mariage aussitôt célébrée, à Frydman,  Flach  flm-CB  Films,  ARTE  France  ;  int.  : 
échapper à son « devoir conjugal » en interdisant à Dominique  Thomas  (Barbe  Bleue),  Lola  Créton  (Marie-
son époux l’accès à sa chambre et à obtenir de lui le Catherine),  Daphné  Baïwir  (Anne),  Marilou  Lopes-
répit à son exécution, qui lui sera fatal. Catherine Benites  (Catherine),  Lola  Giovannetti  (Marie-Anne), 
Breillat brouille ainsi les cartes : l’adolescente, pas si Farida  Khelfa  (la  mèr e  supérieur e),  Isabelle  Lapouge 
innocente qu’elle en a l’air, est extatique quand un (la  mèr e),  Suzanne  Foulquier  (sœur  Barbe),  Laur e 
prêtre, lors de la célébration des noces, fait tomber Lapeyr e  (Ida),  Luc  Bailly  (le  minot),  Adrien  Ledoux 
sur elle une pluie de pièces d’or ; elle paraît fasci- (l’émissair e  de  Barbe  Bleue),  Jacques  T riau  (l’évêque), 
née par son maléfque époux auquel elle confesse Jean  Bourlot  (le  cocher),  Rose-Line  Fric  (la  coutu-
qu’elle aime la couleur de sa barbe, qu’elle caressera rièr e),  Christian  Urbain  (le  créancier). Arte, 6 octobre
délicatement, dans la dernière image, qui montre 2009, 78 min. Philippe GAUTREAU
la tête de la Barbe bleue qui lui est oferte sur un
plat d’argent, comme celle de Jean-Baptiste le fut à
Salomé. L’adolescente, magiquement incarnée par Beauregard
Lola Créton – 16 ans, déjà remarquée dans le conte
insolite Les Enfants de Timpelbach, premier long mé-
trage de Nicolas Bary – rappelle beaucoup Caroline En 1961 en Savoie, entre le Pic du Diable et le
Ducey, la Marie de Romance. On retrouve, encore Mont Valère, dans un paysage jusque-là inviolé,
ici, exploités de manière subtile, les thèmes de la re- le collège de garçons, privé et religieux (la messe
lation dominant/dominé, de l’attraction/répulsion, est obligatoire, mais pas de croire en Dieu) de
de la violence faite aux femmes, de l’initiation jeunes Beauregard, dirigé par Pierre Hautefort, également
flles, leitmotive des œuvres de Catherine Breillat. La professeur de lettres, accueille une centaine de
photographie est d’une beauté rare, jouant avec les garçons, tous pensionnaires. La discipline est
contre-jours de la lumière d’automne quand la car- assurée par Bras de fer, mutilé lors du débarquement
riole qui ramène les deux sœurs au chevet de leur en Normandie. Une jeune femme, Agnès Lalande,
père traverse une forêt, ou encore quand elle s’at- assure l’intendance et tient les cordons de la
tarde sur les riches brocards des habits de la Barbe (chiche) bourse de cet établissement fauché et
bleue et de son épouse-enfant, trouvés par Catherine vieillot. Un jeune polytechnicien, Julien Ferrer
Breillat dans sa collection personnelle. Un plan, plus est présenté par Agnès pour remplacer l’ancien
beau que tous les autres, sensuel à donner des fris- professeur de sciences. Sa venue révolutionne
sons, est celui où la jeune épousée, comme si elle al- le collège. Si Pierre Hautefort se complaît dans
lait enfn s’abandonner complètement à lui, ofre à la le culte des grands esprits et des grands auteurs
Barbe bleue son cou qui commence à peine à saigner classiques qui élèvent l’âme, offcie avec sévérité
sous l’efeurement d’un grand coutelas. Remercions et prône l’exigence, Julien Ferrer captive ses élèves
Arte d’avoir accepté de coproduire ce magnifque en multipliant les expériences et l’observation,
flm, sans réserve, si ce n’est de ne l’avoir difusé tout en apportant un souffe de liberté. Hautefort
qu’à 23  heures  ! Rappelons-nous, aussi, qu’Arte s’inquiète du projet d’aménagement d’une station
avait coproduit le remarquable Brève traversée (v. sai- de ski que défend l’élégante et moderne Jeanne
son 2003, p. 66). Catherine Breillat démontre, une Grammont, appuyée par le maire du village.
fois de plus, qu’elle se place au tout premier rang Pour stimuler les élèves et préparer la fête de fn
des cinéastes français, capable de belles réussites avec d’année deux projets sont en concurrence, une
des tous petits budgets. La Cinémathèque française représentation du Cid  de Corneille à l’initiative
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Belleville story
Azad
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© Gilles Gustine/France 2 © Valérie Dayan/ArteLa Saison Télévision, édition 201 1
Les Associés
Braquo
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© Tibo et Anouchka/Canal + © Julien Cauvin/TF1Fictions
de Hautefort et la construction, dirigée par Ferrer, bricolé avec si peu de moyens et pourtant – séquence
d’une machine volante. Le professeur de sciences fnale  – si maniable et performant  !) L’opposition
est amené à collaborer avec l’institutrice laïque – de personnes (le tenant d’une éducation austère et
Élisabeth Marlière. Celle-ci qui a appris par la classique et le jeune réformateur qui préfgure déjà
rumeur publique le succès des expériences de mai 1968) et leur évolution sont bien maîtrisées. On
Julien, l’invite pour en faire profter ses écoliers, devine que le repli de Hautefort, réfugié dans ses
en effet captivés. Ferrer n’est pas indifférent aux chères lectures est susceptible d’évolution : grâce à
charmes de la jeune institutrice, provoquant la Ferrer d’abord en qui il peut revoir son fls qui l’avait
jalousie d’Agnès, dont il était l’ami et avec laquelle quitté très tôt pour émigrer aux États-Unis et s’en-
il partage un secret. Hautefort, intrigué par le fait gager dans la voie qu’il désirait. Grâce aussi à Jeanne
que Ferrer n’ait pas été mobilisé à la sortie de l’X, Grammont, une des bienfaitrices du vieux collège
a appris que ce dernier avait été effectivement reçu qui, venant bousculer une vie fgée, le sort peu à peu
au concours d’entrée de la grande école mais ne de l’isolement où il se complaisait depuis la dispari-
l’a pas intégré. En fait, recherché par la police, il tion de son épouse, puis le départ de son fls. Cette
appartient à un réseau d’aide au FLN et a trouvé évolution psychologique d’un personnage, son ou-
à Beauregard une planque sûre avant d’effectuer verture, fait l’intérêt (et le charme) de ce flm. La vie
une mission : porter de l’argent en Suisse pour la du pensionnat évoque un peu Zéro de conduite ou Les
cause algérienne. Agnès a retrouvé la valise pleine Disparus de Saint Agil. Certaines scènes sont fraîches
de billets de banque qu’il avait dissimulée chez et plaisantes (la transposition, en comédie musicale
elle. Après l’avoir cachée, puis rendue, elle brûle rock’n’roll, du Cid ; le retour précipité d’une classe
l’argent, désespérée de voir Julien épris d’Élisabeth. de nature sous l’orage, etc.). La rivalité de deux ado-
Lorsqu’ils apprennent l’engagement de Julien, les lescents épris de la même jeune flle inspire aussi
élèves quittent la classe ; mais bientôt, ils reviennent quelques jolis moments. La guerre d’Algérie, sur la-
sur ce rejet quand ils reçoivent la lettre d’un quelle repose l’intrigue, est, sans jamais donner lieu
appelé narrant les exactions de l’armée française à une véritable analyse, assez pertinemment évoquée
en Algérie. Tout le monde ici, y compris Bras de (notamment avec la lecture de la lettre de l’appelé ;
fer pourtant réactionnaire, s’emploie à protéger quelques bribes d’informations à la radio et, bien
Julien contre les gendarmes qui le recherchent entendu, la mission de Ferrer, «  porteur de va-
et les deux envoyés du FLN qui pensent qu’il a lises ».). Invraisemblables en revanche sont les réac-
détourné l’argent. Avec « la machine volante », que tions avec les deux émissaires du FLN qui n’eussent
la classe avait réussi à fabriquer mais qui, après sans doute point, après la disparition de l’argent,
l’accident du tout jeune Jules qui l’avait empruntée renoncé à des représailles. La trame sentimentale
pour aller au ciel voir le « paradis » où devait se évoquant les amours de Ferrer (Agnès se refusant à
trouver sa mère décédée, avait été remisée dans lui, puis s’ofrant à lui quand elle comprend qu’elle
la vallée où l’avait réparée un mécanicien. Julien le perd, et l’idylle du jeune homme avec l’institu-
va pouvoir s’envoler pour la Suisse. Le petit avion trice laïque), reste anecdotique et esquissée. En fait
ayant atterri dans un pré où attendait le déserteur, le scénario, très dense, n’autorisait pas, en dépit du
qui avait réussi, grâce à la solidarité de tous, à choix du format mini-série, l’approfondissement de
échapper aux gendarmes. Hautefort, lui, a retrouvé toutes les pistes ouvertes par le récit. L’interprétation
l’amour, après ses longues années de veuvage et de est souvent épatante, notamment pour la manière
repli sur lui-même, auprès de la pimpante Jeanne dont Jean-François Balmer a investi son personnage
qui l’arrache à sa vie contemplative et passéiste. auquel il a su donner une véritable épaisseur, ou en-
Avant de partir avec lui à Venise, elle l’emmène core, côté pittoresque, pour l’excellente composition
aux États-Unis où il va, après de longues années de Bruno Lochet dans le rôle du surveillant général.
d’absence, retrouver son fls pour lequel il eut Les enfants sont la plupart du temps crédibles même
voulu Normale  Sup’   lettres mais qui a préféré la si certaines séquences sont trop mécaniquement
liberté et est ingénieur à la NASA. Agnès, une jouées (quand par exemple les enfants réprouvent la
fois guérie de sa désillusion amoureuse, prend la désertion de Ferrer et quittent un à un la classe). On
direction du collège, abandonnée par Hautefort. aime aussi le bol de nature et de fraîcheur que pr-o
cure Beauregard avec une roborative immersion dans
Cette longue fction qui nous replonge dans l’at- les admirables paysages de la montagne savoyarde,
mosphère des années 1960, si proches et si lointaines flmés longuement par Serge Dell’Amico. À noter
à la fois, est agréable à suivre en dépit de ses invra-i aussi, pendant le déroulé de générique de fn (facilité
semblances scénaristiques (on imagine mal un avion souvent employée), une information sur le sort, le
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devenir des personnes dans les années qui ont suivi. elle travaillait au service clientèle d’une grande
Au départ d’Hautefort, Agnès, comme prévu, d-i société de cosmétique. Consciente de sa laideur,
rige le pensionnat. Trois années après son évasion et jamais elle n’aurait osé se produire en public et
après le vote de la loi d’amnistie, Julien enseigne au elle vivait ainsi, apparemment résignée. Son
lycée Bufon à Paris et Élisabeth dans une école de existence bascule lorsque, candidate à un poste
la ville. Hautefort a retrouvé son fls. Quant aux g-a important à Orlange, la société qui l’emploie,
mins, tous ont un destin qui pourrait laisser pressen- elle se voit préférer une très jolie femme, pourtant
tir leurs inclinations : Daniel est devenu ingénieur bien moins qualifée qu’elle. Encouragée par son
dans la construction aéronautique, Jules rejoint leur ami Laurent, piégée par sa flle Julia, elle fnit par
père à Buenos Aires, André est en seconde année accepter l’opération qui va changer sa vie, malgré
de lettres, Victor est professeur de français, Arthur l’opposition de son mari. Pour Christophe, le
élève des chèvres en Ardèche, etc. Looping the loop ! retour d’Alice, sublime et radieuse, va marquer
Tout est dit. L’imagination (du spectateur) n’est pas le début d’une descente en enfer. Malgré l’amour
au pouvoir, mais l’histoire est bouclée. À noter, au sincère d’Alice, Christophe, fou de jalousie, va
cinéma comme à la télévision, l’usage assez fréquent s’enfoncer dans la dépression et faire payer à
de cette facilité qui « rassasie » la curiosité du public, Alice ce qu’il vit comme une trahison. Jusqu’à
au détriment peut-être de son imagination. commettre l’irréparable : tuer le professeur Francis
Bosc, grand ponte de la chirurgie esthétique qui a
Réal.  : Jean-Louis Lorenzi  ;  sc.  et  dial.  : Catherine opéré sa femme.
Hertault , Didier Dolna  ;  id.  or .  : Didier Dolna, Jean-
Luc  Michaux  ;  mus.  :  Marc Marder  ;  photo  :  Ser ge  La télévision, ces dernières années, trouve une
Dell’Amico  ;  mont.  :  Michel  Jugnet  ;  déc.  :  Emmanuel  source d’inspiration en revisitant quelques clas-
Sorin  ;  cost.  :  Patricia  T alandier  ;  pr od.  :  Native,  siques du cinéma. Ainsi Beauté fatale, adaptation
Jean-Luc  Michaux,  Chantal  Michaux  ;  int.  :  Jean- télévisuelle contemporaine du célèbre flm d’André
François  Balmer  (Pierr e  Hautefort),  Pierr e  Boulanger  Cayatte, Le miroir à deux faces (1958), avec Michèle
(Julien  Ferr er),  Anne  Jacquemin  (Jeanne  Grammont),  Morgan et Bourvil dans les rôles principaux. L’issue
Joyce  Bibring  (Agnès  Lalande),  Bruno  Lochet  (Bras  de l’intrigue est donc donnée d’avance, le récit décri-
de  fer),  Julie  Maraval  (Elisabeth  Marlièr e),  Julien  vant le processus qui conduira au drame. Dès lors,
Barbier  (René),  Jean  Sénéjoux  (Arthur),  V incent  les mécanismes narratifs sont quelque peu tronqués
V alladon  (Daniel),  Jules  Sadoughi  (V incent),  Jérémy  et l’histoire perd de l’intensité psychologique du pre-
Sitbon  (Louis),  Jean-Charles  Deval  (André),  Leo-Paul  mier flm qui dévoilait peu à peu les changements de
Salmain  (V i c t o r ) ,   T i t o u a n   L a p o r t e   ( J u l e s ) ,   C a m i l l e   F a n c e a  comportement des protagonistes, jusqu’au dénoue-
( M a r i e - J o s é ) ,   B r i g i t t e   B e l l e   ( m a d a m e   C o r y s s o n ) ,   J e a n - ment fnal. Le long-métrage d’André Cayatte et de
L o u i s   L o r e n z i   ( l e   m a i r e ) .  France 3, 16 et 23 janvier 2010, Gérard Oury contait l’histoire, très voisine, de Pierre
2 x 90 min. Christian BOSSÉNO Tardivet, petit professeur besogneux qui a épousé
Marie-José Vauzange, jeune flle intelligente et sen-
sible mais au visage disgracieux. Bien vite la mesqui-
nerie de Tardivet apparaît et Marie-José se résout à
une vie monotone. Deux enfants naissent. Dix ans Beauté fatale
passent. Victime d’un accident de la route, Marie-
José est soigné par le docteur Bosc (Gérard Oury),
Sur la scène du grand théâtre lyrique, une célèbre chirurgien esthétique : la métamorphose est
femme interprète magistralement le Concerto  totale. Devant cette femme très belle qu’il ne cons-i
n°2 de Chopin, devant le jury du Concours  dère plus comme la sienne, Tardivet, amer et haineux,
International  Franz  Liszt. Elle s’appelle Alice tue le docteur Bosc au moment où Marie-José voulait
et a 32 ans. Vêtue de sa robe de soirée, elle est refaire sa vie avec Gérard Durieu, l’époux de sa sœur
suprêmement belle. C’est alors que surgit son Véronique. Consciente de ses devoirs, elle renonce à
mari, Christophe, le visage fatigué et marqué par son bonheur pour se consacrer à ses enfants et à leur
la souffrance, une arme à la main. Un an avant père. Alors que le flm de Cayatte mettait en évidence
cela, tous deux, avec leur adorable petite flle Julia, de façon assez intelligente la condition des femmes
flaient le parfait amour. Alice Grant était encore dans les années cinquante, leur dépendance à leurs
une illustre inconnue, entourée et choyée par son époux et le diktat de l’apparence physique, Beauté fa-
époux qui l’aimait telle qu’elle était, malgré son tale développe un axiome assez simpliste selon lequel,
visage ingrat. Loin d’oser s’imaginer concertiste, aujourd’hui, on ne peut réussir dans la vie que si l’on
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est beau. Après son opération, en efet, Alice voit sa
Belleville storyvie transformée : les hommes se retournent sur elle,
et elle devient l’égérie d’Orlange. Mais sa vie conju-
gale s’en trouve également bouleversée car son mari, Monsieur Zhu débarque à Paris pour ramener
dévoré par une jalousie obsessionnelle, ira jusqu’à la la jeune Hibiscus à ses parents en Chine, qu’elle a
faire suivre par un détective privé, la séquestrer et à quittée voilà dix ans pour tomber sous l’emprise
tuer celui qu’il tient pour responsable de son mal- de Wang, un gangster chinois. Celui-ci oblige
heur. Mais peut importe puisqu’Alice, devenue belle, Freddy, un jeune voyou, à tuer Zhu. Mais Freddy
fnira par accomplir son rêve d’enfant en embrassant fraternise avec Zhu. Tous les deux fnissent par
une carrière de soliste. S’il s’empare d’un sujet à la retrouver Hibiscus. Wang promet de tuer Larna,
fois intemporel et d’actualité, celui de l’acceptation la petite amie de Freddy s’il n’élimine par Zhu
de soi dans une société où l’apparence compte plus et Hibiscus. Larna est délivrée par Jadzec, le
que tout, Beauté fatale n’a pas grand-chose à voir avec partenaire de Freddy. Mais tout se complique
son modèle et frôle même parfois la caricature. La quand Hibiscus dit à Zhu qu’elle veut rester
plupart des échanges ne font que valoriser le culte de à Paris et s’enfuit. Avec à leurs trousses des
l’apparence alors même qu’ils entendent le dénoncer. hommes de Wang. Zhu meurt en voulant protéger
Le téléflm est un mélodrame cynique où la beauté est Freddy.
fnalement vécue comme un enfer, une sorte de m -a
lédiction qui pourtant ouvre toutes les portes. Alice Le temps d’une nuit, nous courons à perdre haleine
ne regrette rien, ni la mort qu’elle a indirectement dans les rues de Belleville sur les talons de Zhu et
causée, ni sa rupture avec Christophe et l’emprison- Freddy, deux personnages hauts en couleurs. Zhu, un
nement de ce dernier, ni la tristesse de sa flle. Elle est vieux tueur à gages qui ne passe pas inaperçu – pull
parvenue à ses fns : être une sorte d’icône public-i rouge vif sous une veste prince de Galles, tête couverte
taire, admirée et convoitée, lisse et superfcielle, sans d’un bob, fume-cigarette aux lèvres – avare de paroles
d’autres états d’âme que l’obsession permanente de mais pas de grimaces, tranche avec Freddy, jeune
la réussite coûte que coûte concrétisée par sa recon- voyou écervelé, tête rasée et blouson de cuir noir, pas
naissance comme grande concertiste. Mais là n’est si méchant qu’il en a l’air malgré ses provocations qui
pas l’essentiel dans ce flm écrit comme un thriller, lui rapportent quelques volées de bois vert. Ils n’ont que
servi sans complexe par une écriture et une musique peu d’occasions de s’arrêter, poursuivis par une caméra
ad hoc et dans lequel s’exprime le talent de Stéphane portée à l’épaule, mais sufsamment contrôlée. Néons,
Freiss impressionnant dans la montée irrésistible de murs graftés, boutiques aux étagères garnies de mille
sa jalousie meurtrière. produits, éclats stroboscopiques d’une discothèque,
donnent des touches vives qui contrastent avec les
Réal.  : Claude-Michel Rome  ;  sc.,  ad.  et  dial.  : Claude- murs gris et les cages d’escalier lépreuses, toute une
Michel Rome, d’après  le  scénario  du  flm  Le Miroir à palette oferte au chef opérateur Jako Raybaut. En
deux faces,  écrit  par  André  Cayatte  et  Gérar d  Oury ;  dépit d’une certaine violence –  Jadzec se fait couper
mus.  : Frédéric Porte  ;  photo  :  Bernar d  Dechet  ;  son  :  un doigt au sécateur plutôt que de révéler le repaire
Stéphane  Bucher  ;  mont.  :  Stéphanie   Majet  ;  pr od.  :  Ber - de Freddy  – Arnaud Malherbe a choisi le ton de la
trand  de  la  Fontaine,  Les  Pr oducti ons  Franco  Ameri- comédie  ; la poursuite fnale est du pur slapstick,
can,  Grand  Lar ge  Pr oductions,  TF1  ;  int.  :  Clair e  Keim  Hibiscus échappe à Zhu, qui lui emboîte le pas,
(Alice  Grant),  Stéphane  Fr eiss  (Christophe  Grant),  suivi par Freddy qui veut aider la belle à rester à Paris
Éric  Caravaca  (Laur ent  Monastier),  Nicole  Cr oisille  entraînant sur ses talons les tueurs de Wang. Le ton est
(Solange  Grant),  François-Éric  Gendr on  (Francis  donné dès le début du flm quand Zhu saute sur un
Bosc),  Jean-Pierr e  Malo  (commandant  Meyer),  Pauline  toit pour échapper à la police qu’il nargue en singeant
Serieys  (Julia  Grant),  Moon  Dailly  (Alexandra  Baldi),  un personnage du théâtre chinois. Une petite touche
Thierry  Baumann  (Carl),  Michel  Degand  (Michel  De- de poésie humoristique aussi dans la dernière scène
gand),  Anne  Loir et  (Linda  V ar gas),  Julien  Cafar o  (dé- où, dans le jour naissant, Zhu peut voir, juste avant
tective),  Didier  Agostini  (chef  de  chantier),  Éric  Nag- de mourir, la tour Eifel que Freddy lui avait assuré
gar  (Richar d  Ashkenasi),  Maud  Le  Guenedal  (vendeuse  avoir été récemment détruite parce qu’insufsamment
de  lingerie),  Hervé  Falloux  (amide  de  tennis),  Sissi  «  écologique  ». Belleville story est le premier long
Dupar c  (agent  d’accueil),  Xavier  Letourneur  (président  métrage, très original, d’Arnaud Malherbe, que nous
du  jury),  Noémie  Kocher  (candidate  Orlange),  Laeti- avions découvert comme coscénariste de Harkis, réalisé
tia  Four cade  (présentatrice). TF1, 14 décembre 2009, par Alain Tasma en 2006 (v. saison 2008, p. 108). Paco
90 min. Stéphane  BENASSI Boublard, vu dans de nombreuses séries policières
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est un jeune voyou très crédible  ; on reverrait aussi donnera que le lendemain : Théophile a été tué.
avec plaisir Tien Shue, alias Zhu qui, « sauf erreur ou Mais lorsque le cercueil arrive au village, point
omission », n’est apparu devant la caméra qu’une seule de glas et point d’honneurs militaires. Le caporal
autre fois dans Le Mac de Pascal Bourdiaux, où Paco Maupas a été fusillé, avec trois autres caporaux
Boublard tenait également le rôle de « Doggy Bag ». combattants dans la région de Sovain, tirés au
Nous avons aussi apprécié la belle musique originale sort « pour l’exemple », à la suite d’un procès
pour violon et fûte de François-Eudes Chanfrault et expéditif. Brisés de fatigue, dans l’impossibilité
les percussions de Nicolas Baloche. de sortir des tranchées, sauf à être immédiatement
fauchés, nombre de soldats n’ont pu, ou ont
Réal.,  sc.  :  Arnaud Malherbe  ;  mus.  :  François- refusé de monter à l’assaut. La répression a été
Eudes Chanfrault, Nicolas Baloche  ;  photo  :  Jako  féroce et aveugle. Dès lors, une partie du village
R a y b a u t   ;   s o n   :   V i n c e n t   P i p o n n i e r   ;   m o n t .   :   S c o t t  se détourne de Blanche et des parents n’envoient
S t e v e n s o n   ;   p r o d .   :   L a u r e n t   L a v o l é ,   G l o r i a   F i l m s ,  plus leurs enfants à l’école. Blanche fait face,
ARTE  France  ;  int.  :  Paco  Boublar d  (Fr eddy),  T ien  refuse l’indisponibilité administrative que lui
Shue  (Zhu),  Shanhui  Piao  (Hibiscus),  Philippe  Kr hajac  propose un inspecteur d’académie, refuse d’être
(Jadzec),  Longmon  W ang  (W ang),  Anca  Radici  (Larna),  mutée et entame alors ce qui sera désormais le
Olga  Pihiliangeg edera  (Sacha),  Otis  Ba  (Bamako),  combat de sa vie : réhabiliter son mari. Elle écrit
Xing  Xing  Cheng  (Mian),  Maryam  Daho  (femme  de  à tous ceux qui étaient dans la tranchée avec
Bamako),  Nikolai   Kakhanovich  (Lech). Arte, 26 mars lui, à toutes les familles de fusillés et accumule
2010, 86 min. Philippe GAUTREAU les témoignages. Les réponses affuent et elle
reçoit l’appui du syndicat des instituteurs, de la
Ligue des droits de l’homme et de nombreuses
associations d’anciens combattants. Blanche
combat pour que l’honneur soit rendu aux Blanche Maupas
martyrs et que soient jugés le général Reilhac
et les conseils de guerre ayant condamné des
1914. L’année scolaire est achevée et Théophile soldats pris au hasard à être sacrifés, assassinés,
Maupas, instituteur, et son épouse, Blanche pour des fautes qu’ils n’avaient pas commises. institutrice dans le département de la En 1922, victime d’une mutation disciplinaire,
Manche, emmènent leurs deux flles Suzanne pour avoir tenu une réunion politique à l’école,
et Jeanne, la plus petite, en pique-nique. Mais elle avait crée le premier Comité  Maupas. Ces
bientôt le village est en émoi. Après l’assassinat associations allaient se multiplier sous le nom de
de Jaurès, la guerre contre l’Allemagne est Comités  de  réhabilitation  des  victimes  de  guerr e.
déclarée, à la veille des moissons. Théophile est Finalement nommée dans un autre village, elle
mobilisé et très vite envoyé sur le front, comme persévère dans sa lutte. Première grande victoire :
caporal. Blanche enseigne maintenant dans devant la mobilisation des avocats, des écrivains,
les deux classes réunies et remplace également des enseignants et de nombreux citoyens, la
son époux comme secrétaire de mairie. Sa joie cour d’appel de Rennes rend un avis favorable
est grande lorsque le facteur lui apporte les à une révision que la cour de cassation rejette.
lettres de Théophile qui lui écrit beaucoup et En 1931, alors que le général Reilhac s’apprête
qu’elle lit et relit pour ses flles. À l’école on à recevoir les insignes de grand chevalier de la
commente les lettres des pères mobilisés. 1915. Légion d’honneur, Blanche, qui a tout sacrifé
Un enfant du village, Justin, est mort au front, pour son combat, demande, appuyée par la
le premier d’une série hélas longue. Dans les Fraternelle des parlementaires, la création d’un
tranchées les combats sont de plus en plus durs tribunal spécial composé d’anciens combattants
et les assauts souvent suicidaires se succèdent et chargé d’examiner les décisions du conseil de
pour les fantassins épuisés. Assauts meurtriers guerre. Il faudra attendre le 3 mars 1934 pour que
ème èmepour récupérer une position perdue, reconquise les 4 caporaux de la 21 compagnie du 336
puis perdue à nouveau, baïonnette au canon, régiment d’infanterie, soient réhabilités par une
sous les obus et la mitraille. Depuis 15 jours, nouvelle juridiction, le T ribunal  spécial  de  justice 
Blanche n’a plus de courrier. C’est une « journée militair e  pour  la  révision  des  sentences  du  conseil 
patriotique » : on lit à l’école une déclaration du de  guerr e dont les Comités  Maupas avaient
maréchal Joffre. Le maire n’a pas osé annoncer demandé la création. Blanche qui a sacrifé sa
à Blanche la mauvaise nouvelle qu’il ne lui vie pour cette cause, contrainte notamment de ne
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pas se consacrer, comme elle l’eut souhaité, à ses dépouilles des poilus tombés au combat, s’ils étaient
flles, a réussi ce qui paraissait impossible. inhumés, l’étaient près du front dans les cimetières
militaires improvisés ou dans les tombes creusées à
Ce très beau flm retrace la biographie exemplaire proximité des tranchées. Au contraire c’est avec exac-
de Blanche Maupas, disparue en 1962, qui avait titude et minutie que le flm retrace les diférentes
épousé en seconde noces Téophile Maupas, alors péripéties des 20  années du combat de Blanche
qu’elle avait déjà une flle, Suzanne. Après qu’il eût Maupas, les désillusions comme les victoires et
inspiré dans l’entre-deux guerres nombre de flms montre bien les enjeux d’une réhabilitation et le rôle
patriotiques, quelques flms évoquent beaucoup des alliés de l’héroïne (le syndicat des agriculteurs
plus tardivement, tant au cinéma qu’à la télévision, de la Manche, la Ligue des droits de l’homme, les
le souvenir (longtemps occulté et tabou) des fusillés associations d’anciens combattants, la franc-m-a
pour l’exemple de 1915. On se souvient en parti- çonnerie, etc.). Il montre bien aussi, qu’avant la fn
culier du flm réalisé en 1957 (mais sorti en France des hostilités, il était très difcile d’agir. Ainsi, un
en 1973 seulement) par Stanley Kubrick Paths of soldat grièvement blessé promet son témoignage à
glory (Les Sentiers de la gloire), difusé pour la pre- Blanche mais s’excuse de ne pas pouvoir, par crainte
mière fois à la télévision française en 1982, et inspiré de représailles, par exemple d’être renvoyé au front
par l’histoire des 4 caporaux de Suain ou encore de en toute première ligne, l’aider avant que ne s’achève
King and country (Pour l’exemple), de Joseph Losey la guerre. Et de fait, il sera dès l’armistice un fdèle
(1964), histoire d’un soldat britannique fusillé en et constant soutien de celle qui écrivait sur ses cartes
1917. À noter, dans une thématique proche, Un de visite « veuve d’un soldat fusillé pour l’exemple ».
long dimanche de fançailles (2004) de Jean-Pierre Outre l’honneur retrouvé (si l’on peut dire qu’il
Jeunet d’après le roman de Sébastien Japrisot, Joyeux était perdu !), nombre de victimes de cette répres-
Noël de Christian Carion (2005). À la télévision, sion aveugle (qui étaient notamment interdits de
l’hécatombe sanglante les villages de France de 1914 monuments aux morts), retrouveront leurs droits.
à 1918 avait notamment inspiré le flm de Denis Économiquement plus grave, aucune pension
Malleval. On se souvient aussi de La Tranchée des n’était allouée aux veuves et leurs enfants se voyaient
Espoirs de Jean-Louis Lorenzi  ; Patrick Cabouat interdire la « qualité » de pupille de la Nation. Le
avait de son côté réalisé avec Alain Moreau et Tardi, flm n’oublie pas de stigmatiser l’attitude misérable
un documentaire Fusillés pour l’exemple (2003). Le de ceux qui se sont acharnés contre Blanche Maupas
cas particulier de Jean-Baptiste Bersot, fusillé parce (le curé qui refuse le glas, le fer à bras réformé- af
qu’il avait refusé de mettre un vieux pantalon rouge fchant un patriotisme revanchard) et ont tenté,
déchiré et tâché de sang, avait inspiré le livre d’Alain mais c’était mal la connaître, d’empêcher sa croisade
Scof, puis le téléflm Le Pantalon rouge d’Yves pour la justice et la dénonciation d’une boucherie
Boisset. Le scandale était énorme et Bersot avait été tragique. Que le flm ait été projeté un 11 novembre
dès 1922 réhabilité, son épouse se voyant accorder indique, qu’après une longue période d’opprobres et
une pension de veuve de guerre et sa flle étant re- en dépit des réhabilitations et des prises de positions
connue comme pupille de la Nation. Premier flm courageuses (Jospin, Sarkozy, etc.), les choses ont
consacré au combat exemplaire de Blanche Maupas, enfn évolué et le scandale des quelques 600 « mu-
Blanche Maupas vient enrichir une thématique par- tins » français fusillés, dénoncé avec vigueur. Il était
cimonieusement exploitée. Filmé avec d’importants temps et beaucoup reste à faire.
moyens et mettant en œuvre des efets spéciaux, per-
mettant notamment de multiplier les personnages, Réal.  :  Patrick Jamain  ;  sc.,  adapt.,  et  dial.  : 
Blanche Maupas, présente une reconstitution réaliste Alain Moreau  ;  photo  :  Jean-Pierr e  Hervé  ;  son  : 
et crédible du front de la Grande guerre. Romane Y ves  Osmu  ;  mont.  :  Robert  Rongier  ;  déc.  :  Mar c 
Bohringer campe le personnage de Blanche, f-a Thiebault  ;  cost.  :  Christine  Guégan  ;  pr od.  :  Bel 
rouche, déterminée jusqu’à l’épuisement, avec Ombr e  Films,  France  Télévisions,  Be-Films,  RTBF  ; 
une intensité et une subtilité marquantes. Tierry int.  :  Romane  Bohringer  (Blanche  Maupas),  Thierry 
Frémont donne de son côté beaucoup d’épaisseur Frémont  (Théophile  Maupas),  Sör en  Prévost  (Vétar d), 
et de sensibilité au rôle de l’instituteur sacrifé. Pour Jean-François  Garr eaud  (le  mair e),  Sean  Guégan  (sol-
développer le caractère dramatique de cette his- dat  Julien),  Y ves  Afonso  (le  facteur),  Xavier  Maly  (le 
toire, le scénario comporte quelques inexactitudes, curé),  Ser ge  Dupuy  (Mauricet),  Michel  Bompoil  (Paul 
comme le retour au village, quelques jours après Budet),  Mathieu  Rozé  (le  lieutenant),  Mathieu  Busson 
leurs décès des corps des soldats tombés au front (Robinson),  Loudia  Gentil  (Léone  Manièr e),  Romain 
(Justin, Téophile) et leurs funérailles au pays. Les Redler  (Justin  Manièr e),  Ségolène  Point  (Germaine 
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