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TELEVISION : LA PART DE L'ART

205 pages
Dès ses débuts la télévision française affiche une ambition artistique. Ses promoteurs, presque tous venus du cinéma veulent explorer les possibilités d'un art spécifiquement télévisuel. Un demi siècle plus tard des festivals de programmes audiovisuels où dominent fiction et approche documentaire s'attachant à défendre une conception artistique de la télévision. Un ensemble de contributions sur la création télévisuelle.
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Sous la direction de

Gilles Delavaud

Télévision
La part de jJart

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris (France)

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest (Hongrie)

L'Harmattan
Via Bava, 37 10214 Turin (Italie)

Italie

MEI

((

MÉDIATION
internationale

& INFORMATION
de communication

)).

fuvue

de Paris I) et UNE« REVUE-LIVRE». - Créée en 1993 par Bernard Darras (Université (( Médiation et information)) est une revue Marie Thonon (Université de Paris VIII), ME! thématique bi-annuelle présentée sous forme d'ouvrage de référence. La responsabilité éditoriale et scientifique de chaque numéro thématique est confiée à une Direction invitée, qui coordonne les travaux d'une dizaine de chercheurs. Son travail est soutenu par le Comité de rédaction et le Comité de lecture. (( Médiation et information)) est une puUNE« REVUE-LIVRE» INTERNATIONALE. - ME! blication internationale destinée à promouvoir et diffuser la recherche en médiation, communication e~ sciences de l'information. Onze universités françaises, belges, suisses ou canadiennes so~t représentées dans le Comité de rédaction et le Comité scientifique. UN DISPOSITIF ÉDITORIAL THÉMATIQUE. - Autour d'un thème ou d'une problématique, )) chaque numéro de ME! (( Médiation et information est composé de trois parties. La première est consacrée à un entretien avec les acteurs du domaine abordé. La seconde est composée d'une dizaine d'articles de recherche. La troisième présente la synthèse des travaux de jeunes chercheurs.

Médiation et information, tel est le titre de notre publication. Un titre dont l'abréviation MEI correspond aux trois lettres de l'une des plus riches racines des langues indo-européennes. Une racine si riche qu'elle ne pouvait être que divine. C'est ainsi que le dieu védique Mitra en fut le premier dépositaire. Mettra témoigne de l'alliance conclue entre les hommes et les dieux. Son nom évoque l'alliance fondée sur un contrat. Il est l'ami des hommes et de façon plus générale de toute la création. Dans l'ordre cosmique, il préside au jour en gardant la lumière. Il devient Mithra le garant, divin et solaire pour les Perses et il engendre le Mithraïsme dans le monde grec et romain.

Retenir un tel titre pour une revue de communication et de médiation était inévitable. Dans l'univers du verbe, le riche espace sémantique de mei est abondamment exploité par de nombreuses langues fondatrices. En védique, mitra signifie "ami ou contrat". En grec ameibein signifie "échanger" ce qui donne naissance à amoibaios "qui change et se répond". En latin, quatre grandes familles seront déclinées: mutare "muter, changer, mutuel.. .", munus "qui appartient à plusieurs personnes", mais aussi "cadeau" et "communiquer", meare "passer, circuler, permission, perméable, traverser..." et enfin migrare"changer de place".

cg Auteurs & Éditions de l'Harmattan, 2002
ISBN: 2-7475-3274-7

Direction

de publication

Bernard Darras Rédactionen chef Marie Thonon Édition Pascal Froissart
Secrétariat de rédaction

Gisèle Boulzaguet Comité scientifique Jean Risette (UQÀM, Québec) Pierre Fresnault-Deruelle (paris I) Geneviève .Jacquinot (paris VIII) Marc .Jimenez (Paris I) Gérard Loiseau (CNRS,Toulouse) Armand Mattelart (paris VIII) .J.-P. Meunier (Louvain-la-Neuve) Bernard Miège (Grenoble) Jean Mouchon (paris x) Comité de rédaction Dominique Chateau (paris I) Bernard Darras (paris I) Gérard Leblanc (paris III) Pierre Moeglin (paris XIII) Alain Mons (Bordeaux III) Jean Mottet cr ours) Marie Thonon (paris VIII) Patricio Tupper (paris VIII) Guy Lochard (paris III)

Correspondants Robert Boure cr oulouse III) Alain Payeur (Université du Littoral) Daniel Peraya, Université de Genève Serge Proulx (UQÀM, Québec) M.-Claude Vettraino-Soulard (paris VII) Les articles n'engagent que leurs auteurs; tous droits réservés. Toute reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de son auteur ou de ses ayants droits, est illicite.

Université de Paris VIII UFR-SAT de communication, Revue ME! « Médiation et information ))

2, rue de la Liberté 93526 Saint-Denis cedex 02 (France) Tél. & fax: 33 (0) 1 49 40 66 57
Courriel:
revuemei@univ-paris8.fr

I-tÎ \ri~'e
Revue publiée avec le concours du Centre national du livre

Photo

de couverture: Avec l'aimable

mire de la RTF (coll. INA) autorisation de l'INA

SOMMAIRE

Présentation par Gilles Delavaud

7

ENTRETIENS
Questions à Claude Guisard, Jean-Paul Fargier, Pierre Chevalier et Pierre S orlin par Gilles Delavaud

11

DOSSIER
La télévision au défi de l'art par Don1inique Chateau La télévision entre « grand art )) et pop art

27

par François

Jost

..

...

39

La Jonction artistique de la télévision. Réalités et limites
par Noël N el. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . .. 49

Un « huitième art )) ? Formes etJonctions du discours sur l'art télévisuel par Marie-Claude T aranger Un art de la réalité: les premières fictions de « télé-vérité )) ou la télévision par excellence par Gilles Delavaud L 'inventivité à la chaine: formule des séries télévisées par Jean-Pierre Esquenazi Glacis d'actualité, effet clip et design télévisuel. Fragments d'une esthétique du petit écran par Philippe Marion

63

75

95

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ME!

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n° 16, 2002

(( L'art de la télévision comme art brut )). A partir d'une correspondance entre Dubuffit

et P. Schaeffer

par Gillllaume Sawez
La culture et la communication face à la concentration industrielle et à la ftnanciarisation par Philippe Bauqillllian.

129

155

HYPOTHÈSES
La télévision comme (( scène de la mémoire )) : les images du Procès des dictateurs argentins par Claudia F eld Évolution d'un média : naissance d'une troisième génération de télévision

171

par Hélène Fihey- Jaud

187

Conditionsdepublication.. Numérosparus Bulletin d'abonnement

201 202 204

6

Présentatio

n

par Gilles Delavaud
Université de Paris VIII & GREDAC Maison des Sciences de l'Homme « Paris-Nord))

Dès ses débuts expérimentaux, la Télévision française affiche une ambition artistique. Ses promoteurs, puis les réalisateurs de la première décennie (années 1950), presque tous venus du cinéma, se donnent pour tâche d'explorer les possibilités d'un art spécifiquement télévisuel. Dans le même temps, théoriciens et critiques tentent de définir l'esthétique propre du nouveau moyen d'expression et s'efforcent d'anticiper sur ses développements possibles. Tâche d'autant plus délicate que, comme le note alors André Bazin dans un article sur « l'avenir esthétique de la télévision» (<< plus humain des arts mécaniques »), la téléle vision, contrairement au théâtre ou à la peinture, « n'existe pas en soi, non plus que le cinéma: elle n'est qu'une forme peut-être provisoire du spectacle moderne» 1. Un demi-siècle plus tard, envers du discrédit dont souffre le média, des festivals de programmes audiovisuels, où dominent la fiction et l'approche documentaire, s'attachent à défendre, sur le modèle des festivals de cinéma, une conception artistique de la télévision, dès lors revendiquée comme une utopie nécessaire (voir l'article de Marie-Claude Taranger) : valorisation d'une télévision d'auteur qui, dans une certaine mesure, disqualifie de fait le reste de la production. Se situant dans le sillage de recherches entreprises depuis quelques années 2, l'ambition de l'ensemble de textes rassemblés ici est de renouer avec des interrogations anciennes et d'en reformuler les termes: soit en envisageant frontalement la question même de l'art télévisuel (Dominique Chateau, François Jost, Noël Nel), soit en abordant la création télévisuelle à travers l'étude de productions particulières (Gilles Delavaud, Jean-Pierre Esquenazi, Philippe Marion, Guillaume Soulez), soit encore, indirectement, en montrant sur un exemple

Riforme, 17 septembre 1955. Notamment celles suscitées par le colloque de Cerisy Penser la télévision(dir. J. Bourdon et F. Jost, INA-Nathan, 1998) et par les colloques d'Aix-enProvence dirigés par R. Gardies et M.-C. Taranger : Télévision: questions de formes (L'Harmattan, 2001), Télévision: questions deformes 2. Rhétoriques télévisuelles(L'Harmattan, 2002), Télévision: notion d'œuvre,notion d'auteur (à paraître fin 2002).

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singulier (Claudia Feld) comment le travail des images télévisées contribuer à la construction d'une mémoire collective.

peut

Toutes ces contributions concernent ce que Noël Nel appelle « la télévision de première époque », c'est-à-dire celle qui, après les années expérimentales, s'étend du milieu du xxe siècle jusqu'à la période présente (décrite par Hélène Fibey-Jaud) où la perspective de la « numérisation intégrale» laisse peut-être présager un « nouvel art audiovisuel », tandis que les mutations en cours dans les industries de la culture et de la communication (analysées par Philippe Bouquillion) transforment profondément le cadre général dans lequel se développent les activités de création. En ouverture à ces différentes études, on lira les points de vue de plusieurs observateurs privilégiés de la télévision d'aujourd'hui: Claude Guisard, Jean-Paul Fargier, Pierre Chevalier et Pierre Sorlin; nous les remercions d'avoir bien voulu répondre à nos questions.

Nos remerciementségalementà Chn.stine Barbier-Bouvet (Inathèque de France), AnneSophie Cunin (Unité Fictions, Arte), Marie-Françoise Grange (Université de SaintÉtienneJ.

8

~ h

~

Questions à Claude Guisarcl, Jean-Paul Fargier, Pierre Chevalier et Pierre Sorlin
par Gilles Delavaud
Claude Guisard a dinil de 1980 à 1999 le Département des Programmes de création et de recherchede 11NA.

Jean-Paul Fargier est réalisateur et auteur d'essais sur le cinéma, la télévisionet l'art vidéo.Il enseigne lUniversité de Paris VIII. à
Pierre Chevalier est directeur de l'Unité de programmes Fictions d'Arte France. Il a coproduit depuis 1991 près de 350 titres avec 285 réalisateurs différents.

Pierre S orlin est professeur émérite à l'Université de Paris III. Il est notammentl'auteurde Esthétiques de l'audiovisuel (Nathan, 1992).

Claude Guisard
(( L'inventivité n'est pas .rynonyme d'élitisme, elle peut s'exercer sur toute la gamme des programmes ))

ME!. -

Pensez-vous que la télévision puisse (encore), de quelque manière,

prétendre à l'art ?

La télévision, considérée par beaucoup à sa naissance comme le 8e art, est à peine entrée dans son âge adulte et déjà se pose la question de son déclin comme mode d'expression artistique. Curieux paradoxe; alors qu'avec l'évolution des techniques sont apparues au fil des années quantités de possibilités nouvelles dans le domaine de la production comme de la diffusion, possibilités que le numérique est encore venu renforcer. Pourquoi? Tout simplement parce que dans notre société dite de l'information, la télévision est devenue un enjeu économique considérable qui fascine les publicitaires et les grands groupes de communication. L'art n'est pas une source de profit suffisante, alors tant pis pour les téléspectateurs intéressés ou ceux susceptibles de l'être, pour les créateurs et pour les artistes. Oui,

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les moyens existent peu ou mal utilisés, rarement mis au service de la véritable inventivité. Il y a plus de trente ans, avec un outil encore rudimentaire, Jean-Christophe Averty a créé des œuvres d'une originalité absolue, ouvrant la voie d'une nouvelle écriture dont on peut déplorer qu'elle ne se soit pas développée parallèlement aux progrès de la technique. De la même façon, on peut regretter que le documentaire d'auteur qui avait explosé à la télévision avec l'allègement des caméras dans les années 1960 n'ait pas pu poursuivre sur sa lancée alors que la miniaturisation du matériel offre des possibilités d'appréhension du réel décuplées. Pourtant les talents sont là qui piaffent, assistant impuissants ment régulier vers du divertissement de plus en plus discutable. au glisse-

Il n'y a pas de fatalité à cela, mais encore faut-il se donner les moyens de résister à l'emprise des marchands et réhabiliter la télévision comme lieu de création à part entière. La puissance publique doit définir une politique qui détermine un cadre général exigeant à l'intérieur duquel cohabitent une télévision publique et des télévisions privées commerciales qui ne sauraient pour autant être exonérées de toute obligation. Sur ces bases doit être envisagé de financer la télévision publique pour qu'elle échappe à la 'pression publicitaire qui la contraint.

ME!. - Sur quellespropriétés du médium, ou sur quellespuissances expressives spécifiques, estimez-vous qu'une pratique de la télévision comme art puisse se fonder? Parce qu'elle s'adresse au plus grand nombre, parce que sa capacité de diffusion est considérable, la télévision a naturellement à répondre à des obligations en termes de responsabilité vis à vis du public, du monde artistique et du pluralisme des expressions, ce qui est à l'opposé du nivellement accentué des programmes. Par ailleurs, la télévision n'est pas seulement un vecteur noble de diffusion mais un outil de création qui a sa propre spécificité. Les conditions de réception, par exemple, (proximité du spectateur, dimension de l'écran...) avaient engendré dans son premier âge le développement d'une écriture de fiction privilégiant le texte et les plans rapprochés. De là est née à la BBC une véritable école d'où sont issus Pinter, Saunders... Moins volontariste, la télévision française a rapidement obligé les auteurs comme Jean-Claude Brisville, entre autres, à l'abandonner pour le théâtre. La Controversede Valladolid, qui s'inscrivait dans cette filiation, malgré son succès, n'a pas redonné vie au genre. De toute façon, on est loin du temps où l'influence de la télévision sur l'écriture cinématographique étonnait les critiques. Je ne développerai pas les apports irremplaçables de la télévision dans la médiation des différentes disciplines artistiques et dans les découvertes du réel pour insister sur les œuvres de création spécifiques et autonomes qu'elle peut permettre. Moyen d'expression contemporain, la télévision se doit à la fois de créer du répertoire et de rénover l'existant en

12

Questions à Claude Guisard, Jean-Paul Fargier, Pierre Chevalier, Pierre Sorlin

utilisant des atouts qui lui sont propres en tournage comme en postproduction. La commande d'écritures originales pour des films de fiction différents, des films-opéras, des «vidéodanse », en sont l'illustration comme les films de théâtre plus adaptés à l'écran et à l'esprit des mises en scène que les captations proposées. La raréfaction de ces œuvres est malheureusement mondiale. La récente Conférence internationale d'INPUT 1 (mai 2002), lieu de confrontation des innovations par excellence, tenue à Rotterdam, a vu sa session « Art et télévision» graviter autour de la question des films sur l'art, n'abordant que marginalement celle de la télévision comme art.

ME!.

- Si (o,t!quand) la télévision relève de l'art, diriez-vous qu'il s'agit d'un art de la production? de la réalisation? de la programmation?

Quand on parle de télévision, il semble difficile de dissocier les trois stades du processus. Bien sûr, le soin et la qualité de la réalisation sont essentiels, mais la programmation est un continuum au sein duquel s'inscrivent des œuvres. Il paraît donc indispensable qu'existent un lien, une concertation entre ceux qui produisent, ceux qui réalisent et ceux qui programment. Or ce lien existe fort peu; réalisateurs et producteurs travaillent dans l'ignorance du devenir de leurs programmes à l'antenne, sinon qu'ils vont s'inscrire dans des lignes éditoriales étroites et discutables et dans des « cases ».

La programmation, naturellement au service de la direction des programmes, est devenue le centre névralgique puisque c'est là que s'affirme la seule chose qui compte vraiment, l'audience. Déjà, la suppression par la loi de 1986 des diffusions garanties à l'INA pour ses programmes s'inscrivait dans cette logique de rupture du lien entre production et programmation. Jusque là, la mission de création et de recherche de l'INA s'exerçait sur l'ensemble du processus allant de l'origine de l'idée au passage à l'antenne. Cela a permis entre autre l'agencement de mini-soirées présentant les initiatives de renouvellement du programme de façon cohérente ou la production de soirées nourries de créations originale de genres multiples: feuilleton, documentaire, entretien, animation..., autour de thèmes comme celui de l'image (Pleinelune, 1983) ou de personnages comme Diderot (1984) à l'occasion de son bicentenaire. Il y avait là une anticipation très élaborée des Thema d'Arte.

INPUT (Conférence internationale des télévisions de service public) est une association de professionnels - réalisateurs, producteurs, diffuseurs - qui réunit chaque année pendant une semaine un millier de participants du monde entier pour visionner une sélection de 80 programmes et discuter des questions qu'ils posent sur tous les aspects de leur profession.

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Les programmations originales et audacieuses sont rares, elles sont pourtant stimulantes pour le public; aussi faut-il applaudir à des initiatives comme celles d'Histoire diffusant la quasi-intégralité des procès Barbie et Touvier, ce qui n'était pas évident même pour une chaîne thématique. ME!. Où situer aU)'ourd'hui l'inventivité télévisuelle? (Dans l'héritage du cinéma? Dans les (( vertiges de la déclinaison sérielle)) ? Dans les ressources de l'audiovision ? Dans les stratégies d'adresse directe? Dans de nouveaux dispositifs de captation du réel? Dans le travail de l'archive ?..) Quels programmes ont récemment retenu votre attention?

y en a-t-il ençpre une autre marginale? Peut-on qualifier d'inventivité la multiplication des talk-shows où les animateurs successifs vont toujours un peu plus loin dans l'exhibition de l'intime? Le comble de l'imagination serait le passage des « reality shows» à la « télé-réalité ». Dans le domaine de la fiction, peut-on considérer qu'il y ait vraiment innovation lorsqu'on ajoute un héros récurrent supplémentaire à une liste déjà bien longue, au détriment des fums d'auteur devenus exceptionnels, sauf sur Arte ? La télévision de l'offre a progressivement cédé la place à une télévision de la demande, au moins supposée telle. Donc pas de risques, pas de surprises qui dérangent les habitudes, pas question de prendre le temps d'essayer et d'imposer des formes nouvelles. Pour autant, l'inventivité n'est pas synonyme d'élitisme, elle peut s'exercer SU! toute la gamme des programmes; on se souvient de Droit de réponse, armes égales..., La A Chasseau trésorjouant des dernières avancées techniques du moment. La mise au point de dispositifs inventifs, qui est une des spécificités de la télévision, n'est plus à l'ordre du jour. Les astucieuses séries de Jean Frappat, Tac au tac, Les Grandespersonnes, Les Enthousiastes.. .ne trouveraient plus leur place à l'antenne et n'ont pas d'équivalent. Les seuls programmes réellement originaux dans leur conception et stimulants pour l'esprit parce qu'ils abordent les choses de façon différente n'existent encore quelquefois que sur Arte ou France 5 : Palettes, Pqysages, Le Journal de la créationet très récemment La Revue qui s'ouvre à l'art contemporain sur un mode qui peut être discuté, mais la télévision n' ~st-elle pas faite aussi pour cela? ME!. Quelles peuvent être les instances de légitimation de la télévision

comme art ?

Elles sont multiples et peuvent s'organiser sur trois plans à trois niveaux principaux: au niveau politique, artistique et professionnel; et interférant avec le premier, au niveau des téléspectateurs, c'est-à-dire des citoyens. C'est en premier lieu la responsabilité du politique de restaurer la télévision dans ses missions originelles, informer, éduquer, distraire, aujour-

14

Questions

à Claude Guisard,

Jean-Paul

Far;gier, Pierre Chevalier, Pierre Sorlin

d'hui gravement déséquilibrées. Compte tenu de s9n rôle dans la société, la télévision mérite autant d'attention que l'Education nationale ou la santé publique et justifierait une réglementation sévère que ne saurait remettre en cause les conditions nouvelles de diffusion des images. La puissance publique a à définir les critères d'attribution des fréquences au-delà de l'économique ainsi que les grandes orientations de contenus, soit directement, soit par l'intermédiaire d'un organisme régulateur indépendant. Plus grande encore est sa responsabilité vis à vis de la télévision publique dont il est normal d'exiger beaucoup en lui garantissant un financement libéré de la pression des marchands que la seule redevance au niveau où, elle se situe en France ne peut assurer. Pourquoi la télévision n'aurait-elle pas comme les autres arts un secteur subventionné et protégé? Le milieu artistique et professionnel, à travers les sociétés d'auteurs, les différents syndicats et organismes professionnels, a le devoir, sans pour autant être taxé de corporatisme, de défendre une télévision audacieuse en prise directe avec le monde en mouvement et les grands courants artistiques qui le traversent. Les téléspectateurs, citoyens avant d'être consommateurs, peuvent et doivent exiger de leurs élus qu'ils agissent pour instaurer une télévision qui les respecte et leur offre ce qu'un véritable pluralisme doit procurer. Les associations de téléspectateurs, dont on peut regretter la faiblesse, sont des relais détenteurs de réactions aux programmes existants mais aussi porteurs de réflexions à prendre légitimement en considération. ME!. Qu'est-ce finalement, pour vous, quefaire œuvre de télévision?

Ne serait-ce pas simplement faire un bon travail d'artisan, un artisan conscient de l'importance de l'enjeu, imaginatif et surtout respectueux du public auquel il s'adresse?

Jean-Paul Fargier
«(L'essence de la télévision, c'est lejeu ))

ME!. -

Pensez-vous que la télévisionpuisse (encore), de quelque manière,

prétendre à l'art ?

Depuis plus de dix ans, je réalise chaque année entre trois et cinq documentaires (de 13, de 26 ou de 52 minutes) pour diverses chaînes de télévision (Antenne 2, France 3, La Cinquième, Arte, Canal +) sur des sujets divers (la Tour Eiffel, l'avant-garde russe, Cézanne, Courbet,

15

ME! (( Médiation

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Poussin, Rodin, Chaissac, les codes secrets, Airbus, les jardins de Versailles, le marteau, le Surréalisme, Malaparte, Péguy, l'origine de l'homme, 1900, les équations de Fourier, Goya, le chêne, etc.). Je continue à mêler dans ma f1lmograprue mes œuvres d'art vidéo (installations, essais conceptuels ou poétiques) et ces programmes de télévision. Moins pour valoriser les seconds par la proximité des premières que pour restituer les premières dans le contexte général qui les suscite, car j'ai toujours considéré que l'art vidéo était et n'était que « la conscience de soi de la télévision ». Quand on fait de la télévision, peut-on le faire en artiste? Par une sorte de dédoublement de soi, oui. De son soi à elle, non. Personne au sein de la machine Télévision n'est en position de prétendre à sa place qu'elle est Art; et elle, elle ne le fera jamais: elle est trop à son affaire pour dépenser même une minute à penser son impact. Conscient de cette monstruosité ontologique - à laquelle je devais plus que mon pain quotidien, qui m'était assuré, lui, par l'Université - et amusé par la posture d' 0 bservateur privilégié, d'agent double, en somme, que j'avais acquise comme réalisateur à tout faire, j'ai tenu pendant un an (1999) un journal de mes activités télévisuelles sous le titre Journal d'un soutier de la télé (à ne publier intégralement qu'après ma cessation d'activités dans ce domaine). Puis je l'ai continué, je le continue encore, de manière plus décousue, sous l'intitulé Journal de l'a-création. C'est avouer quel nœud d'art m'attache sciemment à la télévision. Ce qui ne signifie pas que je considère que la télévision aujour-

d'hui n'ait rien à voir

avec

l'art, alors que dans l'âge d'or des années

1950 ou 1960, n'est-ce pas, comme on le colporte avec des sanglots, elle aurait été un art, enfin presque. Il n'y a qu'à demander aux arts (plastiques, danse, théâtre, littérature, cinéma) qui s'évertuent à rivaliser avec le génie de la télévision ce qu'ils en pensent: elle est leur modèle. Comme exactement le porte-bouteilles, la roue de bicyclette, l'urinoir étaient les modèles de Marcel Duchamp

ME!. - Sur quellespropriétés du médium, ou sur quellespuissances expressives spécifiques, estimez-vous qu'une pratique de la télévision comme art puisse se fonder? Je tombe par hasard, dans le n° 74 d'Ironie, avril 2002 (feuille publiée mensuellement par Lionel Dax) sur une citation de Deleuze contenant une citation de Rossellini, republiée ces temps derniers dans Pourparlers. Les paroles de Deleuze datent de 1985 et furent imprimées dans L'autre J.ouma!.Ce sera ma réponse à votre deuxième question. « C'est terrible ce qui se passe à Apostrophes. C'est une émission de grande force technique, l'organisation, les cadrages. Mais c'est aussi l'état zéro de la critique littéraire, la littérature devenue spectacle de variétés. Pivot n'a jamais caché que ce qu'il aimait vraiment, c'était le football et la gastronomie. La littérature devient un jeu télévisé. Le vrai problème des programmes de télévision, c'est l'envahissement des jeux. (. . .) Il se easse des choses bizarres sur lesquelles le cinéaste Rossellini a tout dit. Ecoutez bien: "Le monde aujourd'hui est un monde trop

16

Questions

à Claude Guisard, Jean-Paul

Fargier, Pierre Chevalier, Pierre Sorlin

vainement cruel. La cruauté, c'est d'aller violer la personnalité de quelqu'un, c'est mettre quelqu'un en condition pour arriver à une confession totale et gratuite. Si c'était une confession en vue d'un but déterminé je l'accepterais, mais c'est l'exercice d'un voyeur, d'un vicieux, disons-le, c'est cruel. Je crois fermement que la cruauté est toujours une manifestation d'infantilisme. Tout l'art aujourd'hui devient chaque jour plus infantile. Chacun a le désir fou d'être le plus enfantin possible. Je ne dis pas ingénu: enfantin... Aujourd'hui l'art c'est ou la plainte ou la cruauté. Prenez par exemple cette spéculation (il faut l'appeler par son nom) qu'on fait sur l'incommunicabilité, sur l'aliénation, je ne trouve en cela aucune tendresse, mais une complaisance énorme... Et cela, je vous l'ai dit, m'a déterminé à ne plus faire de cinéma." » l,

Deleuze qui n'a pas compris grand chose au cinéma, en capte encore moins sur la télévision. A preuve: l'exploitation qu'il essaie de faire, contre la télévision, d'une déclaration de Rossellini par laquelle le cinéaste justifiait son choix de cesser de faire du cinéma pour ne plus faire que de la télévision. Et pourtant, Deleuze, il « brûle », comme on dit quand on joue à cache-cache: l'essence de la télévision c'est le jeu. C'est le dépassement de l'opposition fameuse (formulée par Guitry) : « au théâtre on joue, au cinéma or: a joué », puisque la télévision c'est le direct multiplié par le semblant. A la télévision, on joue, c'est le direct, et on a joué, c'est le semblant. On joue à rejouer du déjà joué. D'où l'importance fondamentale des jeux proprement dits: répétition inlassable du même scénario mais à vif, dans l'instant unique d'une chance, à contre semblant. En direct ou en différé, peu importe, le jeu c'est toujours le théâtre de l'instant. Donc un moment de vérité. Mais hors les jeux, à la télévision, tout est simulation et simulation de jeu. La télévision fait semblant d'informer, fait semblant de distraire, fait semblant d'instruire, mais pourquoi s'offusquer? C'est un jeu, c'est la règle et tout le monde le sait. Créer en ne respectant pas ces règles? Insensé, impossible. Mais respecter ces règles n'est pas suffisant. Faire art en télévision consiste à introduire dans le jeu de nouvelles règles de semblant.
ME!. - Si (ou quand) la télévision relève de l'art, diriez-vous qu'il s'agit d'un art de la production? de la réalisation? de la programmation?

Seuls créent à la télévision ceux qui ajoutent du semblant au semblant et du jeu au jeu. Les autres crayonnent. D'où viennent les idées de télévision? D'un producteur, d'un réalisateur, d'un programmateur, c'est selon, mais toujours de quelqu'un qui ne se vante pas de faire ainsi de l'art, simplement de faire de la (bonne) tél~vision.
ME!. Où situer au;.ourd'hui l'inventivité télévisuelle? (Dans l'héritage du cinéma? Dans les (( vertiges de la déclinaison sérielle)) ? Dans les ressources de l'audiovision ? Dans les stratégies d'adresse directe? Dans de nouveaux dispositifs de captation du réel? Dans le travail de l'archive ?..) Quels programmes ont récemment retenu votre attention?

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Deux programmes récents me semblent avoir innové en télévision: le premier Loft bien sûr, mise en abyme vertigineuse du direct, de la fiction (du théâtre ftlmé) et de la confession (genre que pointait Rossellini dans la déclaration citée par Deleuze), spectacle dont le second Loft n'est que la triste répétition, étouffé par l'excès de semblant; et Moteur de recherche, d'Anne ]affrennou et Marie Cuisset, qui joue à faire semblant de surfer sur la Toile. Cette émission de 26 minutes s'inscrit dans les Thema d'Arte, en complément de programme. À propos d'un sujet donné, elle fonctionne comme un balayage des savoirs mis à disposition sur le sites d'Internet, balayage qui serait effectué sous nos yeux. Les réalisatrices se mettent en scène, face à une caméra qui a tout d'une webcam, comme opératrices. Elles dialoguent sur leurs trouvailles, entrelacées parmi les trames des illustrations et les vignettes des locuteurs dénichés. Sauf que ceux-ci ont été souvent interrogés par les réalisatrices plutôt que pêchés dans le Réseau. Mêlant les traits du Net et les exigences de la télévision, Moteur de rechercheest ainsi une forme neuve de présentation de connaissances, qui additionne les effets de Direct et les effets de trame en les multipliant par des effets de Toile (la Toile étant l'infinitisation du projet de la Télévision: tout filmer, tout archiver) .

ME!. -

Quelles peuvent être les instances de légitimation de la télévision

comme art ?

La critique de télévision n'existe pas. Même Télérama,Le Monde ou Libération, qui de temps à autres publient des textes ayant l'ambition d'évaluer un travail (les autres se contentant d'assortir d'un vague jugement un pompage du dossier de presse), ne fondent pas leurs arguments sur des critères spécifiques. Leurs critères restent inféodés à ceux du cinéma et d'autres arts. Quelques lueurs fugitives scintillent parfois dans les chroniques de Libération (Philippe Lançon hier, David Dufresne aujourd'hui) ou dans la colonne voisine, celle consacrée par Louis Skorecki à un fum de cinéma passant à la télévision, ce qui lui permet de parler autant de télé que de cinéma et de décocher des concepts fulgurants. Celui-ci par e~emple, chute de l'article d'hier (07/05/02), à propos de La Corde: «Etre autre chose que du théâtre fumé, c'est l'aspiration somme toute limitée du cinéma. Le cinéma, ce qui ne se soutient que d'être du théâtre filmé ». Qu'il n'y ait pas place dans les revues de cinéma, sauf rares exceptions, pour les f1lms de fiction produits et diffusés par les chaînes de télévision, alors que le moindre navet pelliculé « sorti en salle» fait l'objet au moins d'une notule et donc d'un minimum d'attention, donne la mesure de l'absence de réflexion sur ce qu'est la télévision et sur ce qu'est (devenu) le cinéma. Et du mépris du second pour la première. Régulièrement on lit dans des critiques de fum (de cinéma), comme argument péjoratif: c'est de la télévision. Mais laquelle? la bonne? la mauvaise? La légitimation de la télévision comme art (ou medium estimable) commence par le renversement de cet a priori cinéphilique, qui relève

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Questions à Claude Guisard, Jean-Paul Fargier, PietTe Chevalier, Pierre Sorlin

d'une pensée raciste proclamant l'existence de sur-fllms et de sousfilms, comme il y eut pour certains des sur-hommes et des soushommes. y a-t-il des universitaires qui réfléchissent sur la télévision? Il Y en a, mais presque tous s'acharnent à mettre en lumière ses défauts davantage que ses apports positifs. Ce qui n'est pas mon cas, mais. . . Dans mes CV, je me désigne, outre réalisateur, comme professeur de télévision, plutôt que de cinéma. Mais ne publie mes trouvailles divulguées dans mes cours que ça et là, au fil d'articles dépourvus de systématicité. Il serait peut-être temps d'élaborer une méthode, un discours,

les prolégomènes d'une esthétique - ce que vous entreprenez doute avec ce 'numéro de votre publication. ME!. - Qu'est-cefinalement,POU! vous,quefaire œuvrede télévision?

sans

Faire œuvre de télévision c'est participer à un jeu en faisant mine de vouloir l'améliorer. Comme pour le sport, l'important c'est de participer et de faire semblant de vouloir gagner. Gagner la course vraiment? Pourquoi pas! Mais rester en course, c'est déjà bien, c'est mieux même. Tant que l'arbitre Audimat ne vous met pas en touche, il y a de l'espoir. Tiens celui-là, je n'en ai pas parlé, l'arbitre. C'est que sur les terrains de jeu où l'on me convie habituellement, il n'y a pas encore trop de place. Mais il rôde, il fait son important en coulisses, on commence à rapporter ses cl:iffres et l'on vous signifie qu'il va bientôt falloir en tenir compte. A un producteur qui me reprochait d'avoir composé un @m « trop dense », je répliquais il y a peu: «Mais tous mes films fonctionnent comme ça, et ils passent à l'antenne quand même ». Ce qui m'attira cet avertissement sans frais: «Toi, tu n'as pas changé, mais la télé, elle, a changé, fais gaffe... » Toujours des règles nouvelles. Donc bientôt de nouvelles feintes. P.-s. Parodiant André Breton qui proclamait:
Swift est surréaliste dans la méchancet~ Sade est surréaliste dans le sadisme,

(. . .j
Poe est surréaliste dans l'aventure, Mallarmé est surréaliste dans la confidence, ] any est surréaliste dans l'absinthe, Roussel est surréaliste dans l'anecdote. . .

je suis prêt à énoncer en guise de Manifeste:
umière est télévisuel dans leprésent, Méliès est télévisuel dans lefutur, Gance est télévisuel dans la surimpression, Renoir est télévisuel dans l'amour, Hitchcock est télévisuel dans le gros plan,

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ME!

(( Médiation

et irifonnation

)),

n° 16, 2002

Hawks est télévisuel dans le mouvement, Guitry est télévisuel dans le plan fixe, Pagnol est télévisuel dans le son, Rossellini est télévisuel dans l'âme, Godard est télévisuel dans le hors-champ, TruJJaut est télévisuel dans le dialogue, Rohmer est télévisuel dans le récit, Demy est télévisuel dans la danse, Straub-Huillet sont télévisuels dans le texte, Allen est télévisuel dans le blabla, Egqyan est télévisuel dans le vqyeurisme, Moretti est télévisuel dans le regard caméra, Almodovar est télévisuel dans le mélange des genres.

Etc.

Pierre Chevalier
«( La

télévision ou l'abolition de toutes lesfrontières

y compris celles de l'art ))

ME!. - Pensez-vous que la télévision puisse (encore), de quelque manière, prétendre à l'art ? La télévision, comme toute expression, a une fonction sociale, politique et, parfois poétique, esthétique. Mais la télévision, essentiellement, est peu de choses, elle avance par soustraction et non par supplément, ce qui est le propre de l'art. La télévision n'est pas un contre-monde, comme l'art ou l'imaginaire. Elle se confronte au réel - ce qui est une tout autre affaire - elle est productrice de réel: son devenir est un pourmonde. Si la télévision rencontre l'art, c'est parce qu'elle peut avoir l'instinct de la beauté, un regard cristallin sur le hasard.

ME!. - Sur quellespropriétés du médium, ou sur quellespuissances expressives spécifiques, estimez-vous qu'une pratique de la télévision comme art puisse se fonder? Pour avoir peut-être la même nécessité que l'art - puissance de synthèse originale ou un devenir ou un espoir - la télévision devrait se dépouiller de ses propriétés spécifiques: la médiation, l'information, la constitution de modèles, la consolidation du fait majoritaire. La télévision devrait être une forme composée d'autres forces que celles qui la fondent. Elle pourrait tenter des alliances qui lui sont étrangères - la voyance, la musique, la peinture ou la transe: non pour être un huitième art mais pour se perdre et se dissoudre dans l'art, inventer un nouvel espace-

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