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Témoignages anciens sur les Tcherkesses

De
161 pages
Les Tcherkesses, peuple du Caucase, ont été une sorte de modèle pour la plupart des peuples nord-caucasiens et ont fasciné les voyageurs étrangers par leur modèle d'anarchie féodale, leur valeur guerrière, leur syncrétisme religieux et leur culte de l'hospitalité. Iaroslav Lebedynsky a regroupé et annoté ici sept textes rédigés entre le milieu du XVIe et la première moitié du XIXe siècle, par des auteurs et voyageurs incontournables en ethnographie caucasienne.
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TÉMOIGNAGES ANCIENS SUR LESTCHERKESSES
Les Adyghés- Tcherkesses-Kabardes à travers les récits des voyageurs occidentaux (XVf-XIXe siècles)

@ L'HARMATTAN, 5-7, me de l'École-Polytechnique;

2009 75005 Paris

http://www.librairiehannattan.com diffus1On.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-08050-8 RAN: 9782296080508

Présentation de Iaroslav LEBEDYNSKY

TÉMOIGNAGES

ANCIENS

SUR LES TCHERKESSES
Les Adyghés- Tcherkesses-Kabardes à travers les récits des voyageurs occidentaux (XVr-XIXe siècles)

L'Harmattan

VOIX DU CAUCASE
Collection dirigée pàr Lora Arys-Djanaïéva et Iaroslav Lebedynsky

Le Caucase est l'isthme qui s'étend entre la mer Noire et la mer Caspienne, à la fois barrière et point de contact entre des mondes différents: Europe et Asie, chrétienté et islam, nomades et sédentaires. Il concentre sur un territoire restreint une très grande diversité ethnique et linguistique qui n'a pas empêché le développement de certaines traditions communes. Aujourd'hui que cette région souvent disputée entre les empires du nord et du sud est une fois de plus redevenue le théâtre de conflits et de rivalités géopolitiques, il est essentiel de mieux la connaître. Le Caucase a toujours été nimbé de mythes et de légendes, mais son histoire, ses cultures, l'éternel balancement entre le fond indigène et les influences extérieures, doivent être redécouverts. La collection « Voix
du Caucase» s y emploie thèmes variés. à travers des publications aux

Déjà paru: Iaroslav Lebedynsky, Armes et guerriers du Caucase, 2008.

INTRODUCTION « Tcherkesses » (on disait autrefois souvent: « Circassiens») est le nom donné par la plupart des étrangers à un groupe plus ou moins étendu de peuples indigènes du nord-ouest du Caucase, parlant des langues de la famille justement appelée «caucasique du nord-ouest ». Suivant les périodes et les auteurs, ce nom a été diversement étendu et n'a pas de définition scientifique stricte. Dans son acception occidentale la plus justifiée, il recouvre essentiellement les groupes qui figurent sur la carte administrative actuelle de la Fédération de Russie sous les noms d'Adyghés (dans la République d'Adyghéïe enclavée dans le territoire de Krasnodar), Tcherkesses (République de Karatchaï- Tcherkessie) et Kabardes (République de Kabardino-Balkarie). Au XIXe siècle, on y parfois ajouté les Abkhazes - qui habitent sur le versant méridional mais parlent bien une langue caucasique du nord-ouest - et leur colonie septentrionale les Abaza, les Oubykhs, voire, de façon complètement erronée, tous les « montagnards» du Caucase du Nord que leurs traits communs culturels pouvaient faire confondre. Les textes réunis ici concernent essentiellement les AdyghésTcherkesses- Kabardes. Les Tcherkesses, donc, sont de toutes les populations du Caucase du Nord celles qui ont suscité l'intérêt le plus ancien et les engouements les plus forts. De par leur situation géographique, ils ont été connus plus tôt et mieux que d'autres. Ils se sont d'ailleurs signalés loin de leur terre comme combattants, que ce soit dans les milices mameloukes d'Egypte et de Syrie, les armées polono-lituaniennes, ou celles de l'empire ottoman. Lors de la conquête russe du Caucase, ils étaient respectés par leurs adversaires et largement idéalisés par les Occidentaux - bien qu'ils n'aient pas eu de chef aussi charismatique et célèbre que le fameux Chamil qui dirigeait la résistance au Caucase du nord-est

(Tchétchénie et Daghestan). conservé jusqu'à présent.

Ce halo romantique

s'est

Avant d'évoquer le choix des textes qui composent ce recueil et leur présentation, il est important de les replacer dans le contexte de l'histoire des Tcherkesses. Eléments d'histoire des Tcherkesses Les diverses populations de langue caucasique sont les plus anciens habitants connus du Caucase. Les ancêtres des Tcherkesses et des autres locuteurs du caucasique du nordouest devaient déjà habiter l'ouest du Caucase à l'âge du Bronze. Ces ancêtres peuvent ensuite, avec une assez bonne vraisemblance, être identifiés parmi les peuples que signalent dans la région les sources antiques. Ils appartenaient peut-être à l'ensemble méote (grec Mau:OTat) des rives de la mer d'Azov - l'ancien «Palus Méotide ». Des auteurs grecs et romains mentionnent déjà, parmi les peuples ou tribus du nord-ouest du Caucase, les Zigues ou Zikhes (dont le nom doit contenir la racine de l' autoethnonyme « Adyghé ») et les Kerkètes (probablement à l'origine de l'appellation 1 « Tcherkesses») . Ces hypothétiques Proto- Tcherkesses subirent l'Antiquité deux grandes influences culturelles. dans

La première est celle des nomades iranophones de la steppe russe méridionale, qui dominaient de larges portions du Caucase septentrional. Après les mystérieux « Cimmériens» du début de l'âge du Fer (IXe-VIIe siècles avo J.-C.), ce
1 Par exemple, chez Strabon (57 avo J.-C. 6 21 ou 25 apr. J.-C.) Z1)Y01et

-

KSpKÉTOt.

furent successivement les Scythes (VlIe-lIle siècles avo J.C.), les Sarmates (à partir des IVe-IlIe siècles avo J.-C.), puis les Alains (à partir du début de notre ère). Les contacts, peutêtre assortis de mélanges ethniques, furent certainement étroits. certains sites archéologiques sont difficiles à attribuer précisément aux Méotes ou à des Sarmato-Alains (par exemple Khoutor Gorodskoï en Adyghéïe, 1er-lIe siècles). Deux tribus présentées comme méotes, les Aspourgiens et les Dandariens, portaient même des noms iraniens2. La seconde influence est celle des Méditerranéens occidentaux, Grecs puis Romains. Les indigènes du nordouest du Caucase furent en contact avec les colonies grecques côtières fondées dès les VIle-VIe siècles avo J.-C., et une partie d'entre eux se trouva même englobée dans le « royaume du Bosphore-Cimmérien », fédération de plusieurs de ces cités helléniques formée sur les deux rives du détroit de Kertch. Plus tard, l'influence romaine s'étendit à cet Etat, devenu un protectorat en 63 avoJ.-C., et à la côte abkhaze. Une configuration semblable se retrouve au Moyen Age, les nomades iranophones étant désormais remplacés par des peuples turcophones, et Rome prolongée par l'empire byzantin. Les ancêtres des peuples tcherkesses sont connus notamment sous les noms de Zikhes, Kassogues, et déjà Tcherkesses3.
2 Grec Acr1[oupytavoi/ Aspourgianoi < iranien *aspa- « cheval» + *ugra« robuste », cf. ossète iifsyrgh « race fabuleuse de chevaux»; grec ~avoaptOt / Dandarioi < iranien *dàn- « eau, cours d'eau» + *dàra« porter, détenir». 3 Zikhes: Z~xot chez Procope (VIer siècle), Ztxoi, pays de Ztxia chez Constantin Porphyrogénète (Xe siècle); Kassogues: KacorH / Kasogi dans les chroniques ruthènes, Kasak en arabe, pays de Kacraxia chez Constantin Porphyrogénète, cf. aussi le nom des Kabardes en ossète: Kiisiig; Tcherkesses: al-larkas chez l'auteur arabe al-Umarî (mort en 1348/9).

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Les Byzantins entreprirent, probablement dès le règne de Justinien 1er (527-565), l'évangélisation du Caucase du NordOuest. Des évêchés orthodoxes sont signalés des VIIIe-IXe au XIVe siècle. Ce prosélytisme fut insuffisant pour entraîner une conversion générale et profonde, et notamment pour déraciner les cultes « païens» traditionnels. Il laissa néanmoins des traces architecturales importantes, et aussi un

héritage culturel qui - comme le signalent régulièrement les voyageurs du XIXe siècle - devait longtemps survivre à
l'islamisation ultérieure. Le Caucase du Nord subit les invasions mongoles (( tatares») dès 1121, et surtout à partir de 1237. Les Tcherkesses, soumis à cette date, furent ensuite incorporés à la Horde d'Or, le démembrement européen de l'empire de Gengis-Khan, dirigé par des Tatars désormais turquisés. Dans les dernières années du XIVe siècle, le Caucase du Nord fut envahi par les armées de Tamerlan, qui vainquirent les Tcherkesses en 1395. Les peuples tcherkesses, notamment les Kabardes, tirèrent néanmoins quelque profit des massacres timourides en s'installant dans les zones qu'ils avaient dépeuplées, comme les régions septentrionales de l'ancienne Alanie. Aux XIVe-XVe siècles, les pays tcherkesses furent sillonnés par les marchands génois venus de leurs comptoirs côtiers et les missionnaires catholiques avançant dans leur sillage. Si les traces du catholicisme dans la région sont ténues, les liens culturels avec les colonies italiennes sont attestés par la préférence tcherkesse pour les lames génoises, et, plus curieusement, par le nom du plat national: la pasta (sic !). Du XVe siècle à la conquête russe, les Tcherkesses, en particulier leur massif oriental kabarde, furent la puissance dominante du Caucase du Nord et la référence culturelle de la région (en matière de costume, d'armement, d'étiquette nobiliaire, etc.). Ils exerçaient une forme de suzeraineté sur 8

diverses populations voisines, comme les petits peuples turcs des Karatchaï et Balkars, ou les tribus ossètes occidentales (Digors). Cette domination ne s'accompagna d'aucun processus de développement étatique: les Tcherkesses continuaient à former un ensemble très lâche de «tribus» elles-mêmes décentralisées à l'extrême, selon une configuration fort bien décrite du XVIe au XIXe siècle par des observateurs occidentaux et russes perplexes. Vers 1430, les Tatars de Crimée prirent leur indépendance de la Horde d'Or. En 1475, le nouveau khanat, qui contrôlait une partie du Caucase septentrional au nord du Kouban, devint un protectorat de l'empire ottoman. Quand ce même empire s'empara, au milieu du XVIe siècle, de la Géorgie occidentale et de l'Abkhazie, les Tcherkesses se trouvèrent encerclés de trois côtés (le nord, le sud et l'ouest). Les khans de Crimée et les sultans ottomans prétendaient à la suzeraineté sur certains groupes tcherkesses, et surtout favorisaient la propagation de l'islam. Il faut également signaler, pour le Moyen Age et la période moderne, le rôle joué par les Tcherkesses dans des armées étrangères. Ils fournirent des cavaliers aux khans de Crimée et aux sultans ottomans. Des Tcherkesses des «CinqMontagnes» (la région de l'actuelle Piatigorsk) servirent dans la cavalerie légère de la Pologne-Lituanie. En hongrois, 1'« éclaireur» se nomme encore Cserkés. Surtout, d'innombrables Tcherkesses vendus comme esclaves en Egypte et Syrie y formaient une grande partie des troupes « mameloukes »; en 1382, les Mamelouks tcherkesses, succédant aux Mamelouks turcs, prirent le pouvoir en Egypte et le conservèrent jusqu'à la conquête ottomane de 1517 (période « bourdjite »). A la veille du début de la conquête russe, les principales tribus tcherkesses étaient, d'ouest en est, c'est-à-dire de la 9

côte vers l'intérieur de l'isthme caucasien, les Natoukhaï, Chapsougues, Djédougues, Abadzekh, Témirgoï, Besleneï, et le puissant ensemble kabarde. Avant le XVIIIe siècle, les populations tcherkesses avaient eu des contacts sporadiques avec les Slaves. En 1561, le tsar de Moscovie Ivan IV (<< Ivan le Terrible », 1533-84) avait même épousé en secondes noces une princesse kabarde. Mais à partir des années 1770-80, l'expansion moscovite vers le sud aux dépens de l'empire ottoman commença à menacer la quasi-indépendance des Tcherkesses. En 1739 encore, au traité de Belgrade, la Kabardie avait été déclarée zone neutre, tandis que les Tcherkesses occidentaux, au sud du Kouban, étaient théoriquement placés sous le protectorat du sultan. Mais en s'emparant du khanat de Crimée (1774 : protectorat; 1783 : annexion), l'empire russe occupa les régions situées au nord du Kouban. Les Russes considérèrent dès lors la « soumISSIOn» des Tcherkesses comme une priorité stratégique, tant pour mettre fin aux incursions sur leurs territoires que pour lutter contre l'influence ottomane dans la région. Il en résulta une guerre longue et dure de type colonial, conduite à la fois par les troupes régulières russes et par les communautés cosaques chargées de tenir une « Ligne» fortifiée servant de frontière. Les Kabardes furent soumis dès 1825 (et une partie d'entre eux chassés de leurs territoires, comme dans la région de Piatigorsk). Les autres Tcherkesses résistèrent jusqu'au milieu du XIXe siècle, notamment parce que l'armée russe dut concentrer ses efforts principaux, dans les années 18301850, sur le Caucase du nord-est (Avarie et Daghestan), où le fameux imam Chamilleur donna du fil à retordre jusqu'à sa capitulation en 1859. Après cette date, les Russes s'attaquèrent plus sérieusement aux tribus tcherkesses encore « insoumises» et achevèrent de les vaincre en 1864. 10

La victoire russe se solda par un désastre pour les populations tcherkesses occidentales. Les occupants s'emparèrent d'une partie du territoire, en chassèrent les habitants pour y installer de nouvelles colonies cosaques, encouragèrent un gigantesque mouvement d'émigration vers l'empire ottoman. Entre 1858 et 1864, 400 à 700 000 Tcherkesses et d'autres Caucasiens du Nord seraient partis. Beaucoup périrent en chemin. Le gouvernement ottoman installa ces émigrés (<< moukhadjirs ») dans diverses provinces, notamment en Syrie où ils formèrent des colonies militaires.

Dans leur pays d'origine, les populations tcherkesses - à l'exception des Kabardes encore nombreux - ne formaient
plus, à la fin du XIXe siècle, que des enclaves minoritaires. Après l'échec de la tentative de constitution d'un Etat indépendant nord-caucasien lors des troubles révolutionnaires russes (1917-19), ces différents groupes furent inclus dans plusieurs entités territoriales et administratives de la Russie soviétique (R.S.F.S.R.) puis de l'Union soviétique. Le découpage actuel du Caucase du Nord au sein de la Fédération de Russie répartit les Tcherkesses au sens large entre les unités suivantes: -République d'AdyghéÏe, enclavée au sein du Territoire de Krasnodar (qui correspond en partie à l'ancien Territoire cosaque du Kouban). Les Adyghés y sont minoritaires. Sur le même Territoire de Krasnodar existait autrefois un District national chapsougue, supprimé en 1945, et dont la minorité chapsougue demande le rétablissement. -République de KaratchaÏ- Tcherkessie, que les Tcherkesses (minoritaires) partagent avec les Karatchaï de langue turque, et avec des Russes. -République de Kabardino-Balkarie, où les Kabardes (majoritaires) cohabitent avec les Balkars turcophones et des Russes. Il

Chacun de ces « sujets» de la Fédération de Russie connaît des problèmes ethnoculturels. Les Adyghés (ici au sens strict: ceux d' Adyghéïe) ont dû lutter récemment contre un projet d'abolition de leur république. Dans les deux autres entités, l'association d'un peuple caucasophone et d'un peuple turcophone - et de Russes - est parfois difficile. Partout, les petites ethnies sont soumises à un processus de russification linguistique dû moins à la volonté de l'Etat central qu'aux rapports de force socio-culturels sur place. Les Tcherkesses émigrés après la conquête russe se sont en partie assimilés dans leurs pays d'accueil. La communauté la plus importante est celle de Jordanie, qui joue un rôle politique, économique et militaire considérable.
Choix et présentation des textes

Les textes cités sont tous l'œuvre d'Européens de l'ouest ou du centre: deux Italiens, un Polonais, un Allemand, deux Français, un Britannique. Nous les avons choisis, d'une part parce qu'ils sont habituellement considérés comme les meilleures observations portant sur les Tcherkesses antérieurement à la conquête russe (cf. les commentaires de Louis Vivien dans son introduction à la relation de James Bell, 1841), d'autre part parce que nous pouvions en donner soit le texte original, soit des traductions françaises anciennes et de qualité. Ils couvrent un peu moins de trois siècles, des années 1550 à 1830. On y distingue en arrière-plan d'abord le renforcement des influences ottomanes et musulmanes, puis la pression de la Russie. La date qui figure en tête de chaque chapitre est celle du voyage ou du séjour de l'auteur chez les Tcherkesses; celle qui est indiquée au début des passages cités est celle de l'édition du texte. 12

Dans la sélection des passages, nous avons privilégié la description des Tcherkesses eux-mêmes et de leur culture. Les observateurs ont en général été frappés par les mêmes trois sujets, ce qui permet d'ailleurs d'intéressantes comparaisons diachroniques: l'organisation sociale « féodale» des Tcherkesses; leurs capacités guerrières, qu'elle soient appliquées au brigandage, à la vendetta ou à la résistance à l'étranger; et la situation religieuse, avec le mélange du fond «païen », des traditions chrétiennes et de l'islam. L'économie fait également l'objet de quelques remarques. Quant à la forme, l'orthographe a partout été modernisée, la ponctuation parfois légèrement modifiée. La graphie des noms propres est généralement celle de l'original (nous avons cependant rétabli «tcherkesse» à la place de «tcherkess », « turc» à la place de « turk », etc.). Le cas échéant, la forme moderne de ces noms est indiquée en note. Les textes contiennent de nombreux mots et noms tcherkesses, notés «à l'ancienne », c'est-à-dire sans signes diacritiques et de façon à être prononçables de façon très approximative par un lecteur occidental. Nous n'avons ni modifié ces graphies, ni donné de transcription scientifique qui, compte tenu de l'extrême difficulté phonétique des langues tcherkesses (déjà soulignées par nos auteurs !), ne renseignerait guère le lecteur actuel non spécialiste. Qu'on en juge par ce court échantillon: Sehoern PêJYWêJP''êJrer é'
qak"êJi'êJ, iern PêJywêJp'é"êJrer qak"êJi'êJrep. «Ce que le sabre guent pas. »

[la , chachka]4 coupe se guérit, ce que coupe la langue ne se .

4

Proverbe tcherkesse cité par G. Dumézil,Documents anatolienssur les

langues et les traditions du Caucase, Paris, 1960. En Russie, après une phase de latinisation au début de la période soviétique, les langues tcherkesses sont actuellement écrites au moyen de l'alphabet cyrillique. 13

Certains textes comportent des notes de l'auteur. Elles ont été conservées et, pour les distinguer des nôtres, elles sont imprimées en gras et suivies de la mention [NdA]. Nos propres notes se limitent aux informations nécessaires à la bonne intelligence des textes et aux précisions qui nous ont paru intéressantes. Nous avons en particulier signalé les comparaisons qui pèuvent être faites entre diverses traditions tcherkesses et celles d'autres peuples du Caucase septentrional, et aussi d'anciens peuples nomades de la steppe. A présent, il est temps de laisser parler les témoins, et de laisser le lecteur décider s'il partage l'opinion du dernier d'entre eux, James Bell : « Plus je vois ces gens-là, plus je les admire et les aime. »
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LES TCHERKESSES
Le territoire des Tcherkesses au sens large au début du XVIIIe siècle (en pointillé), et leurs territoires résiduels aujourd'hui (en noir). Les ha~hures représentent les crêtes du Grand Caucase. D'après carte d'A. Tsoutslev.

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I-GIORGIO INTERIANO (av. 1559) La plus ancienne description «ethnographique» des Tcherkesses est aussi l'une des plus remarquables. Louis Vivien, dans son introduction à la version française de la Résidence en Circassie de James Bell (1841), en disait: «La relation est succincte, mais substantielle et d'une parfaite exactitude,. c'est ce qui a été écrit de plus satisfaisant sur les Tcherkesses jusque dans la seconde moitié du dernier siècle. » Sur l'auteur, on ne sait pas grand-chose. Giorgio lnteriano était génois et peut-être commerçant, mais son voyage au Caucase du Nord-Ouest eut lieu dans les années 1550, à une époque où Gênes et Venise avaient perdu leur emprise commerciale sur les côtes nord-est de la mer Noire. La relation d' lnteriano est intitulée Della vita de Zychi chiamati Circassi (<< De la vie des Zykhes appelés Tcherkesses »). Elle a été imprimée en 1559 dans le tome II du recueil de Ramusio Raccolta di viaggi (<< Recueil de voyages »). Une traduction française en fut publiée par le géographe Frédéric Dubois de Montpereux dans son Voyage autour du Caucase, chez les Tcherkesses et les Abkhases, en Colchide, en Géorgie, en Arménie et en Crimée (Paris, 183943), et reprise par Louis Vivien dans le texte cité plus haut. C'est cette même traduction qui figure ici (avec des corrections mineures d'orthographe et de ponctuation) et que nous avons annotée.