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Terres noires

De
231 pages

Contraint de quitter son exploitation, Marcellin se met en route avec sa famille pour les houillères du Gard. Alors que ses enfants restent travailler en surface, lui découvre l'enfer de la mine - les inondations, les incendies et les coups de grisou - mais aussi les mouvements ouvriers.

Ajouté le : 08 mars 2017
Lecture(s) : 5
EAN13 : 9782812916441
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Couverture
Titre
Table des matières
Première partie - LA DÉCHIRURE I - L’aube d’une ère nouvelle II - L’ultime visite III - La grande décision IV - Le puits V - Une famille respectable VI - Première descente VII - Intermède VIII - Retrouvailles
Deuxième partie - LE VENTRE DE LA TERRE IX - Naissance d’une amitié X - Onde de choc XI - Première épreuve XII - États d’âme XIII - L’espoir XIV- Premières inquiétudes XV - Catastrophe XVI - Sauvetage XVII - Délivrance
Troisième partie - LE VENT DE L’ESPÉRANCE XVIII - Tourments XIX - Sainte-Barbe XX - Découverte XXI - Illusions XXII - Naissance d’une idylle XXIII - Un lourd secret XXIV - Le mariage
Quatrième partie - LE SOUFFLE DE LA COLÈRE XXV - Découragement XXVI - Inquiétudes XXVII - Déceptions XXVIII - Reprise en main XXIX - Incendie XXX - Explosion XXXI - Rédemption Épilogue - Nouveau départ
Sources bibliographiques
Table des matières
4e de couverture
Passionné d’Histoire,Christian Laboriel’auteur de la saga est des drailles L’Appel et du roman Le Chemin des larmespour lequel il a obtenu le prix Mémoire d’Oc. Connu pour mettre en scène des personnages attachants dan s des intrigues au réalisme foisonnant, riches en suspense et en émotion, il a conquis un lectorat fidèle. Ses nombreux romans, publiés aux éditions De Borée, l’o nt hissé au rang des écrivains incontournables de la littérature populaire.
Copyright
Du même auteur
Aux editions De Borée L’Appel des drailles * L’Appel des drailles **, Les Drailles oubliées L’Arbre à pain,Terre de poche L’Arbre d’or,Terre de poche Le Brouillard de l’aube Les Bonheurs de Céline Le Chemin des larmes,Terre de poche Les Hauts de Bellecoste Le Saut-du-Loup Le Secret des Terres Blanches Les Sarments de la colère
Aux editions De Borée
L’Arbre à palabres. En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
©De Borée, 2012
Titre
CHRISTIANLABORIE TERRES NOIRES
Première partie
LA DÉCHIRURE
I
L’aube d’une ère nouvelle
ES CRÊTES DU TANARGUE disparaissaient dans une auréole de brume teintée de L rose. Ses contours devenaient incertains, comme si le massif ardéchois voulait se dissimuler à la vue des hommes pour mieux défier so n rival cévenol, campé sur son flanc occidental, le mont Lozère. Le vent du nord s ’était levé et, avec lui, un froid sec commençait à s’immiscer sous les lauzes des toits. La nature, frileuse, sommeillait encore, ignorant l’arrivée du printemps. Les arbres semblaient morts, calcinés par un soleil de glace qu’ils avaient enduré pendant les l ongs mois d’hiver. La terre, à peine ramollie en surface par de timides ondées, maintena it leurs racines dans un pesant engourdissement qui ne prendrait fin qu’avec l’appa rition des premières chaleurs. Alors, de ses profondeurs abyssales, la sève se met trait à nouveau à circuler et à réchauffer le cœur des hommes. Le haut pays ardéchois est une contrée rude, pleine de contrastes et d’oppositions. Les paysans qui s’acharnent sur sa terre connaissen t le prix à payer pour tirer de leur labeur les ressources qu’il n’offre qu’avec parcimo nie. Le versant de ses montagnes, sculpté en solides terrasses par la main de l’homme , exhibe ici quelques arpents de blé, là quelques acres de vigne, la plupart complan tés d’oliviers ou de mûriers. Les arbres fruitiers y peinent, souffrant de la séchere sse, l’été, du froid cassant, l’hiver. Ce sol ingrat permet aux paysans d’y vivre chichement à condition qu’ils ne rechignent pas à la tâche. Elle leur assure la certitude de ne jam ais manquer de nourriture, s’ils savent se contenter de cette maigre pitance que leur procu rent les châtaigniers ancestraux. Quelques chèvres, un cochon pour l’année, quelques poules, trois sillons de terre sèche leur donnent leur content de provisions pour rassasier les ventres affamés. Ici, la nature ne se montre pas plus généreuse que dans les Cévennes voisines à qui elle semble dérober l’âpreté et l’austère beauté. Les hommes y sont solides, puissants, rugueux, à l’ image de leurs mas bâtis de gros moellons calcaires et chapeautés de schiste. Gros t ravailleurs, ils savent qu’ils n’habitent pas un pays de cocagne et n’attendent au cune manne céleste. Cousins des Cévenols, avec qui ils possèdent plus d’un trait en commun, ils en partagent le même terroir, s’adonnent aux mêmes pratiques séculaires, connaissent les mêmes difficultés de survie lorsque les éléments se déchaînent et les contraignent à trouver en eux la pugnacité des êtres jamais résignés face à l’irrémé diable. Les étés torrides, les hivers glacials, les bourrasques de vent du nord ou les in ondations diluviennes qui emportent tout sur leur passage ne leur font jamais plier l’é chine. Sans cesse, ils remettent sur la planche le travail interrompu par les aléas du ciel . Sans se désarmer, ils reconstruisent ce que, pendant des années de patience et d’abnégat ion, eux et leurs ancêtres avant eux ont édifié avec obstination et ténacité.
* * *
Dans le pays, Marcellin Flavier passait pour un pay san travailleur, honnête et droit. Il
exploitait une modeste métairie sur les coteaux du Vivarais, dans l’arrière-pays d’Aubenas. Après avoir acquitté ses charges à son p ropriétaire, la vente sur le marché du village de ses fromages de chèvre, de ses rares fruits et légumes, de deux ou trois hectolitres de vin et d’un petit quintal de cocons lui suffisait à peine pour subvenir aux besoins des siens. Quand l’hiver était rigoureux, q uand le printemps se montrait trop pluvieux ou trop précoce, quand les chèvres ou les magnans prenaient la maladie, alors la soudure s’avérait difficile, et il devait à contrecœur priver ses enfants de ce qui passait dans les familles plus aisées pour l’ordina ire du quotidien. Les Flavier n’étaient pas les seuls à vivre ainsi à la limite de la pauvreté, sous la menace constante de la disette. Dans de nombreux ma s de la région, l’indigence était fréquente. Et personne n’osait se plaindre, de crai nte de perdre le seul bien qui donnait la vie : cette terre qui n’appartenait pas souvent à ceux qui la travaillaient. « Un jour, les temps changeront ! s’exclamait souve nt Marcellin, quand il commentait les nouvelles du journal qu’il achetait une fois pa r mois. La République va mettre de l’ordre dans toutes ces inégalités. – Depuis que nous y sommes, en République, lui répl iquait alors Élise, son épouse, nous n’avons pas connu grand changement ! – Sois patiente ! Cela ne fait pas dix ans que l’Em pire est tombé. Et la Constitution ne date que de cinq ans. – Que fais-tu des révolutions qui devaient apporter le progrès social ? 1789, 1848… Tiens, parlons-en de 1848 ! – On était un peu jeunes tous les deux ! – Nos parents l’ont bien connue. Qu’ont-ils gagné ? Le droit au travail, qu’on leur avait proclamé ! Le droit de trimer, oui ! Rien n’a chang é. Les pauvres sont toujours aussi pauvres et les riches plus riches ! – Tu exagères ! – Et l’Empire ! Soi-disant, il devait apporter la p aix, la modernité, la liberté, même pour les travailleurs. Au lieu de tout cela, nous n’avon s eu que la guerre et la crise. Remarque, pas tout le monde ! Quant à ta République , je ne vois pas ce qu’elle a fait pour nous, les paysans, depuis qu’elle s’est débarrassée de Napoléon III ! – Elle apporte l’espérance ! – En attendant, ce n’est pas l’espérance qui va rem plir nos ventres. Cette année encore, il va falloir se serrer la ceinture. » Les Flavier discutaient souvent de la situation du pays. Marcellin participait aux grands débats publics et s’investissait beaucoup dans la vie de sa commune. Dans l’arrière-salle de l’unique est aminet du village, il animait parfois les discussions entre les partisans des deux princi pales tendances qui, à l’époque, divisaient les républicains. Il soutenait ouverteme nt les radicaux qui, entraînés par Georges Clemenceau, demandaient à la République son maximum et s’opposaient aux opportunistes de Gambetta et de Grévy. « Certains hommes politiques représentent mal le pe uple ! affirmait-il à la cantonade. Il faudrait aussi séparer l’Église et l’État, et insti tuer l’impôt sur le revenu pour reprendre aux riches ce qu’ils prennent aux pauvres ! » Marcellin Flavier, pourtant, n’était pas un exalté subjugué par un idéal révolutionnaire. Il se voulait réaliste. Né trente-cinq ans plus tôt dans une famille de petits paysans catholiques, il avait toujours respecté l’éducation qu’il avait reçue de ses parents, une éducation imprégnée de reconnaissance, d’obéissance , de goût pour l’effort, le tout mâtiné d’instruction religieuse dispensée par le cu ré de la paroisse. Toutefois, à force