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Territoires de mémoires

De
240 pages
Les mémoires territoriales sont physiques et se vivent sur l'écorce terrestre souvent malmenée par l'homme. Elles sont les images des vestiges civilisationnels, des cultures, des structures institutionnelles que nos sociétés ancrent dans les sols et avec lesquelles nous composons pour produire nos mémoires individuelles, collectives et sociétales. Ce livre dit l'importance de ces territoires avec lesquels nous vivons, par lesquels nous nous exprimons et nous affirmons une appartenance sociétale pour éviter de reproduire des erreurs trop souvent commises.
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Yannick Brun-Picard
Territoires de mémoires
Chaque jour nous construisons des territoires de mémoires de
nature variée. Ils sont des interfaces référentielles d’expressions
et d’a rmations sociétales au sein desquelles nous évoluons.
Toutefois, ces mémoires territoriales existent depuis la
naissance de la Terre. Elles sont physiques et se vivent sur
l’écorce terrestre souvent malmenée par la main de l’homme. Territoires de mémoires
Elles sont les images des vestiges civilisationnels, des cultures,
des structures institutionnelles que nos sociétés ancrent dans
les sols et avec lesquelles nous composons pour produire nos Interfaces référentielles d’expressions
mémoires individuelles, collectives et sociétales. et d’affi rmations sociétales
L’intérêt de cet ouvrage est de proposer une approche afi n
de positionner l’importance pour l’Humanité des territoires de
mémoires avec lesquels nous vivons, par lesquels nous nous
exprimons et nous a rmons une appartenance sociétale dans
le but d’éviter de reproduire des errances et des erreurs trop
souvent commises.
Yannick BRUN-PICARD, est l’auteur de plusieurs
ouvrages au sujet de faits sociétaux, éducatifs et
des méthodologies pouvant être incluses dans la
production de solutions e cientes pour y répondre.
Il porte un intérêt soutenu aux agrégations sociétales
qui participent à l’intégration de l’interface humanité/
espaces terrestres dans ces pratiques. Il propose de
mettre en perspective les liens entre les individus, les territoires
construits, les agrégations sociétales et les dynamiques qui animent
les interfaces constituées.
Collection « Logiques Sociales »
dirigée par Bruno Péquignot
Illustration de couverture : Yannick Brun-Picard,
Lyne à la Pierre de la Fée.
ISBN : 978-2-343-06337-9
23,50 € L O G I Q U E S S O CI AL E S
Yannick Brun-Picard
Territoires de mémoires



Territoires de mémoires








Logiques sociales
Collection dirigée par Bruno Péquignot

En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes,
même si la dominante reste universitaire, la collection « Logiques
Sociales » entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et
l'action sociale.
En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à
promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou
d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des
phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique
ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes
conceptuels classiques.

Dernières parutions

Fred DERVIN, La Chine autrement. Perspectives interculturelles
critiques, 2015.
Lei WANG, Pratiques et sens des soins du corps en Chine. Le cas des
cosmétiques, 2015.
Yannick BRUN-PICARD, Vivre aux côtés des autres en harmonie.
L’indispensable ciment sociétal, 2015.
HU Shen, L’État-croupier et les joueurs-coolies, Ce que la loterie
nous apprend sur les mutations sociétales de la Chine, 2015.
François GUIYOBA (éd.), La littérature médiagénique, Ecriture,
musique et arts visuels, 2015.
Jacques COENEN-HUTHER, Quel avenir pour la théorie
sociologique ?, 2015.
Sous la direction de Christiana Constantopoulou, Médias et pouvoir,
aspects du politique contemporain, 2015.
Sous la direction de Fred DERVIN, Analyser l’identité, les apports
des focus groups, 2015.
Jean-Louis PARISIS, Sociologue à Marseille, 2015.
Yannick BRUN-PICARD, La praxéologie. Au cœur de la
structuration des interfaces sociétales, 2015.
Alain CHENEVEZ et Nanta NOVELLO PAGLIANTI, L’invention de
la Valeur Universelle Exceptionnelle de l’UNESCO. Une utopie
contemporaine, 2014.
Simon DULMAGE, Mutations et déterminisme chez Bourdieu,
Epistémologie de la sociologie de l’art de Bourdieu, 2014.
Thomas MICHAUD, L’imaginaire et l’organisation. La stimulation
des innovations technoscientifiques par la science-fiction, 2014.
2 Yannick Brun-Picard



Territoires de mémoires
Interfaces référentielles d’expressions
et d’affirmations sociétales











Du même auteur :
Vivre aux côtés des autres en harmonie, l’indispensable ciment
sociétal.
La praxéologie dans le contexte éducatif, construction d’une
interface évolutive d’enseignement.
Praxéologie, au cœur des structurations des interfaces
sociétales.
Plus loin que le développement durable : la durabilité.
Géographicité, interface de notre rapport au monde.
Une école de violence, La cour de récréation, une interface
éducative de référence.
L’interface en géographie, jeux et enjeux.
Géographie d’interfaces, formes de l’interface humanité/
espaces terrestres.

CHEZ D’AUTRES ÉDITEURS :
Décrochages en classe, EUE, 2014.





© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-06337-9
EAN : 9782343063379
4




Que la force me soit donnée de supporter
ce qui ne peut être changé
et le courage de changer ce qui peut l’être,
mais aussi la sagesse de distinguer l’un de l’autre.

MARC-AURÈLE, Pensées pour moi-même, 1992.


Chaque jour nous construisons nos territoires,
nos références, nos modes d’expression
et nos leviers d’affirmation […]
Prendre conscience de notre dépendance à autrui,
à l’écorce terrestre ainsi qu’aux dynamiques sociétales
s’avère indispensable pour l’œuvre de l’Humanité.

Yannick BRUN-PICARD, MONTRÉAL, 2012.


Géraldine et Yoan,
vous m’avez permis de parvenir à une certaine sagesse.
Aujourd’hui,
Firmin, Lyne, Lilly et Jules
m’invitent, nous invitent à aller un peu plus loin dans la sagesse
partagée avec Brigitte.

5

Introduction



La PIERRE DE LA FÉE, vestige préhistorique, de DRAGUIGNAN,
village de PROVENCE illustre la couverture de notre approche
des territoires de mémoires conçus comme des interfaces
référentielles d’expressions et d’affirmations sociétales.
LYNE regarde cette dalle horizontale de près de vingt tonnes
portée par trois pieds verticaux le tout provenant d’un gisement
de calcaire local. Cela fait plus de 4500 ans que ce dolmen est
dressé sur les bords de l’actuelle route de MONTFERRAT,
aujourd’hui fermée à cause des glissements de terrain survenus
lors des inondations meurtrières à DRAGUIGNAN et à
TRANSEN-PROVENCE en juin 2010. Depuis la fin du néolithique ou au
début du chalcolithique ce monument historique a été fouillé à
de nombreuses occasions et restauré. Aux pieds de ces blocs
quelques fragments ont été mis au jour ainsi que des perles,
quelques petits objets et une pointe de silex. La PIERRE DE LA
FÉE a même été dynamité en 1971, comme quoi l’ignorance
peut conduire à tout.
Pour une enfant de sept ans ces éléments de territorialisation,
d’histoire et d’archéologie ne sont que de peu d’intérêt.
Cependant, elle s’interroge au sujet de sa construction. La
théorie de l’érection des socles, puis de leur recouvrement à
effleurement pour ensuite faire glisser la table semble la plus
probable bien que des théories s’affrontent encore, l’étonne.
Toutefois, LYNE préfère la solution de la légende pour laquelle
un jeune génie du voisinage pour plaire à la fée dont il était tombé éperdument amoureux érigea les trois socles, mais
accablé de fatigue, il ne parvint pas à poser la lourde table sur
ceux-ci. Epuisé par tant d’efforts, il s’endormit harassé de
fatigue. La fée tout aussi passionnée que son admirateur lui vint
discrètement en aide pendant la nuit. Elle traça un cercle
magique autour de la lourde pierre et celle-ci s’éleva sur ses
trois socles. Au matin, le génie amoureux constata que la table
était en place. Il comprit qu’il était bien modeste comparée à la
fée qu’il aimait tant. Il mourut de chagrin, la fée folle de
désespoir le suivit par dépit. Une belle histoire d’amour
impossible et une tragédie qui ancre des références
mythologiques que l’on accepte de croire ou ne serait-ce que de
véhiculer et de pérenniser pour montrer que le monde ne se
construit pas en un instant et que nous avons besoin de nous
repérer par rapport à des lieux qui alimentent notre mémoire
individuelle, collective et sociétale.
Au chapitre plus trivial, qui ne regarde pas encore la petite fille
LYNE, elle a bien le temps de penser à cela, une autre légende
plus urbaine invite les jeunes couples à aller lancer, dos à la
PIERRE DE LA FÉE, chacun une pierre, si elles restent sur la
table, ils se marieront, mais rien n’est dit sur la durée de cette
possible union. Parfois, nous pouvons voir, notamment au
printemps, des fiancés se rendre sur ce territoire mythique pour
ne pas dire mythologique et se livrer à ce rite.
LYNE alimente ses différentes références territoriales,
cognitives, intellectuelles, savantes, sociétales ou encore
mythiques. Elle gardera probablement en souvenir, par un
engramme profond, des traits de la PIERRE DE LA FÉe en
fonction de son emploi, de sa mise en perspective et des
nécessités du moment. Elle est en mesure de différencier les
explications, les constatations et les savoirs à sa disposition
pour construire son imaginaire et son Être.
Différentes mémoires sont territorialisées par l’exemple de la
PIERRE DE LA FÉE. La mémoire sociétale de l’évolution de
l’humanité, la mémoire archéologique des vestiges et des
techniques, la mémoire mythologique et celle des légendes
8 urbaines qui est venue s’agréger aux autres. Nous avons à notre
disposition un territoire de mémoires. Ce territoire va être la
source de différentes mémoires connexes, imbriquées,
interdépendantes à nos univers sociétaux, d’où des interfaces
référentielles d’expressions et d’affirmations sociétales vont
pouvoir émerger. La mémoire, les mémoires contextuelles de
LYNE vont être stratifiées et contextualisées. Elle va pouvoir
participer à la production d’une mémoire collective induite par
l’assimilation des informations mémorielles qui lui ont été
proposées, exposées et inculquées.
Des territoires de mémoires prennent forme sont ancrés dans les
référents mémoriels et participent aux différents engrammes
supports à la constitution de notre Être. Les différentes
mémoires stratifiées, agrégées, articulées, associées, complétées
ou encore soutenues contribuent à la production des interfaces
référentielles d’expressions et d’affirmations sociétales.
Sans avoir l’outrecuidance de vouloir exposer tous les territoires
de mémoires et moins encore avoir la suffisance d’affirmer que
cet ouvrage rend explicite toute la réalité, nous rendons
explicites des facettes des réalités que nous partageons. Afin de
parvenir à cet objectif nous faisons en sorte d’accéder aux
territoires de mémoires, tout au moins à ce que nous définissons
comme tel. Une construction complexe initialise la mise en
exergue du territoire et de son emploi dans nos développements.
À partir de ces deux ancrages, nous élaborons la constitution
initiale des territoires de mémoires ainsi que de la structuration
de l’interface référentielle d’exposition et d’affirmation
sociétale. La présence du lien indissoluble à la TERRE vient
renforcer ces prémisses. L’écorce terrestre est inscrite dans son
rôle de support naturel à toute activité anthropique et la
territorialisation qui en émerge favorise la contextualisation des
mémoires. Ainsi, des territoires reflets des mémoires
territorialisées prennent forme et les empreintes physiques
jouent le rôle de jalons temporels, physiques et mémoriels. Il est
alors possible d’imbriquer les dynamiques mémorielles en
fonction des déplacements et des voyages. Les influences, les
héritages et les pulsions invitent à vivre avec les autres tout en
9 reconnaissant les territorialités générationnelles d’expressions
de mémoires contextuelles. Les territoires institutionnels, ceux
qui dépassent l’individu entrent en jeu par l’intermédiaire de
l’école considérée comme une structuration mémorielle initiale.
Puis les administrations par leurs emprises territoriales, les
interfaces cultuelles et culturelles ainsi que les mémoires d’une
nation complètent cet ensemble. Par la suite sont mis en
exergue les jalons territoriaux des référents mémoriels que sont
les musées, les bibliothèques, les cimetières avec leur place
mémorielle auxquels se greffent les monuments et les édifices.
Les territoires mémoriels sociétaux deviennent plus préhensiles.
L’urbain, les œuvres monumentales, les aménagements
fonctionnels et les territoires de désolations imagent ces facettes
de notre Humanité. Enfin, des enseignements sont extrais de ces
différentes lectures de nos réalités. Ils attestent qu’il y a la
constitution d’une médiance trajective mémorielle, que des
références sont en opposition, que nous avons un rapport
mémoriel à ce qui nous entoure et que les mémoires territoriales
tiennent une fonction de référencement territorial.
L’intérêt de cet ouvrage est la mise en évidence de territoires de
mémoires aux destinations des plus diverses. Il aspire à rendre
accessible à tout un chacun les mécanismes conscients,
inconscients, innés et acquis mis en synergie dans ces interfaces
référentielles d’expressions et d’affirmations sociétales que
nous partageons afin que chaque acteur sociétal prenne les
territoires de mémoires comme des leviers d’évolution de notre
Humanité.
10

Accéder aux territoires de mémoires



Les territoires de mémoires conçus comme des interfaces
référentielles d’expressions et d’affirmations sociétales font
partie intégrante de notre Humanité dans toutes ses facettes. Ils
jalonnent notre existence. Ils occupent nos référents. Ils
participent à ce que nous rendons explicite en donnant un socle
physique vecteur de matérialité. Les territoires de mémoires
peuvent être définis de manière fonctionnelle afin de les rendre
plus explicites pour chaque observateur.
TERRITOIRES DE MÉMOIRES
Parcelles territorialisées en fonction de territorialités
spécifiques propres à l’activité, au phénomène ou à la situation
qui engendrera un engramme. Ces zones définies, repérées et
localisées permettent l’expression, la mise en œuvre, le
référencement des différentes mémoires auxquelles notre
humanité s’attache pour participer à la construction de notre
Être. Ces entités ont des dimensions allant du point à une
nation, voire un continent. Dans une synchronie pragmatique
les mémoires exprimée sont immédiates, différées, profondes,
contextuelles ou à long terme. Les ancrages mémoriels
individuels, collectifs, sociétaux ou universels sont rendus
accessibles afin que les territoires constitués soient
perceptibles. Les mémoires territorialisées sont induites par des
réentrées effectuées sur les faits. Elles sont engendrées par la
différenciation des constituants selon les principes de moindre
contrainte et de rupture/continuité initialisés en fonction des
destinations exprimées. Cette définition construite en réponse aux expériences, aux
enseignements et aux validations de nos travaux effectués
depuis quelques décennies dans des contextes d’études
particulières de phénomènes territoriaux (BRUN-PICARD, 2009)
met en avant une certaine incertitude au sujet des productions
de nature scientifique exposée par STENGERS (1993, 163): «
L’incertitude irréductible est la marque des sciences de terrain.
Elle ne tient pas à une infériorité, mais à une modification des
rapports entre « sujet » et « objet », entre celui qui pose les
questions et celui qui y répond. » Cela nous invite et surtout,
pour notre part, nous renforce dans la recherche d’un certain
risque, bien que pour l’écriture cela est relatif afin de faire se
mouvoir un système engoncé dans ses dogmes et ses normalités.
DOSSE nous indique que le risque est nécessaire (1997, 402) «
C’est cette notion de risque qui doit inciter les sciences
humaines à ne plus s’enfermer dans des objets préétablis ou des
cadres théoriques clos sur eux-mêmes, mais à s’ouvrir à
l’irruption de la nouveauté, de l’irréversibilité. »
Gardons à l’esprit que notre volonté ne suffit pas à produire de
la scientificité. Il faut un peu plus que le seul fait de soumettre à
la critique. Le producteur doit concevoir son objet pour qu’il
puisse être employé universellement. Cela nous ramène à
BACHELARD (1938, 18) « L’épistémologue doit donc s’efforcer
de saisir les concepts scientifiques dans des synthèses
psychologiques effectives, c’est-à-dire dans des synthèses
psychologiques progressives, en établissant, à propos de
chaque notion, une échelle de concepts, en montrant comment
un concept en a produit un autre, s’est lié avec un autre. » En
produisant une telle agrégation conceptuelle : « Alors, il aura
quelque chance de mesurer une efficacité épistémologique.
Aussitôt, la pensée scientifique apparaîtra comme une difficulté
vaincue, comme un obstacle surmonté. » (1938, 19) Sans avoir
l’outrecuidance de prendre la place de cet auteur, nous nous
inspirons de ses directives pour assoir nos propositions. Ce
positionnement nous incite à reconnaître et à intégrer les
maturations historiques selon les directives de FOUCAULT
(1969, 255) : « C’est en interrogeant les sciences, leur histoire,
leur étrange unité, leur dispersion et leurs ruptures, que le
12 domaine des positivités a pu apparaître ; c’est dans l’interstice
des discours scientifiques qu’on a pu saisir le jeu des
formations discursives. » Sur ses indications nous pouvons aller
plus loin dans les stratifications, dans les structurations et dans
les articulations afin de rendre la réalité accessible en toute
conscience.
Les territoires de mémoires vecteurs d’interfaces référentielles
d’expressions et d’affirmations sociétales répondent en partie à
cette réalité. Nous pouvons percevoir ce que ces éléments de la
réalité engendrent en construisant une articulation complexe
pour mettre en exergue le territoire dans son emploi contextuel.
La constitution initiale des territoires de mémoire devient
visible et lisible tout en rendant la structuration des interfaces
référentielles accessibles à tout un chacun.

Construire une articulation complexe
La recherche et la démonstration de ce que sont les territoires de
mémoires dans leur diversité, nous entraîne dans le complexe :
« Le complexe, c’est le non réductible, le non totalement
unifiable, le non totalement diversifiable. Le complexe, c’est ce
qui est tissé ensemble y compris ordre/désordre, un/multiple,
tout/parties, objet/sujet, objet/environnement, clair/obscur. »
(MORIN, 1999, 162) C’est-à-dire, que nous devons pouvoir nous
saisir des antagonismes en présence tout en gardant à l’esprit
que : « Le complexe, c’est l’indécidabilité logique et
l’association complémentaire de deux vérités contradictoires.
Tout est complexe, la réalité physique, la logique, la vie, l’être
humain, la société, la biosphère, l’ère planétaire. » (MORIN,
1999, 163). Cependant, reconnaitre qu’un objet d’étude est
complexe ne suffit pas à démontrer sa pertinence.
Pour y parvenir, au moins partiellement, nous présentons les
liens avec la sémiotique, la contextualisation, les méthodes
collaboratives et la place importante tenue par la praxéologie.
Ces agrégations méthodologiques, identiques à nos productions
13 antérieures (BRUN-PICARD, 2014, 2015), nous donnent accès
aux mécanismes internes des réalités sociétales que nous
partageons chaque jour sans pour cela en avoir conscience.
Nous avons fait le choix de représenter les articulations internes
des constructions cognitives que nous voulons rendre
accessibles et explicites au plus grand nombre de destinataires
par l’intermédiaire de carrés sémiotiques desquels un vecteur
sémiotique émerge. Ce choix discutable pour les puristes de la
sémiotique est une adaptation fonctionnelle et pragmatique
(JAMES, 2007) d’un outil conceptuel à même de nous rendre le
monde des faits plus facilement saisissable. La sémiotique
(KLINKENBERG, 1999) est un outil de représentation d’un
décorticage d’une réalité conceptualisée par des figures
synthétiques reliées entre-elles par les vecteurs sémiotiques. Il
est vrai que ce type de démarche n’est pas institutionnalisé,
qu’il n’est pas encore validé par nos pairs, mais il a été exposé,
débattu, défendu et accepté lors de multiples conférences
effectuées depuis quelques années notamment à MONTRÉAL,
QUÉBEC ou SHERBROOKE. Cet emploi de la sémiotique est
construit pour simplifier l’agrégation des interactions sociétales,
les interdépendances entre les acteurs, l’action de l’actant et les
liens au support physique sur/dans lequel se déroule le
phénomène étudié. Pour mettre en évidence un vecteur
sémiotique, l’articulation interne du carré s’effectue autour d’un
référent, d’un stimulant, d’une signification et d’une
destination. Il est vrai que ces termes sont parfois, voire
fréquemment tronqués pour que la figure colle au plus près de
la phase décrite ou de la réalité interne à une action. Cependant,
ces intitulés sont les domaines principaux des représentations
présentées. Ainsi, chaque carré est une image de la dissection
effectuée pour rendre explicite la phase mise en évidence. En
quelque sorte s’il était possible de faire une représentation en
deux dimensions de ces agrégations tridimensionnelles nous
aurions à disposition une structure neuronale. Le référent est
l’espace territorialisé, le territoire, le sanctuaire, le point, le lieu,
voire la structure où se déroule l’action sociétale étudiée par
l’actant. La diversité de sa nature, de sa constitution et de sa
délimitation font de cet élément un ancrage évolutif tout en
14 posant concrètement les phénomènes dans un contexte défini
par un territoire d’exercice. Ce qui est observé, analysé,
disséqué, exposé et explicité doit être porteur de signification et
doit avoir sa propre signification. Cela implique que l’actant
doit rendre visible et lisible ce qui est exprimé et ce qui peut
être perçu. Le stimulant à la réalité en cours d’analyse intervient
sur la signification et le référent puisqu’il agit dans un contexte
référencé et que ce qui est entrepris est effectué en fonction de
la signification induite et attendue. Le stimulant peut être une
présence, une activité, une relation ou tout autre phénomène à
même de modifier un état initial. C’est alors que la destination
de ce qui se déroule dans l’espace circonscrit, avec des acteurs
définis et des actions reconnues prend sa place. Elle est à la fois
ce qui initialise une démarche et simultanément ce vers quoi
tendent les acteurs de la réalité en cours de construction par un
mécanisme de réentrée (BRUN-PICARD, 2005). La sémiotique
conçue et pratiquée dans ces perspectives fonctionnelles avec
pour finalité de rendre explicite et compréhensible un
phénomène donné facilite, à notre sens, la lecture des faits, leur
intégration et leur exposition en allant au plus profond de leur
structuration en évitant tout dogme, idéal, croyance ou
dépendance à un système ou une école de pensée qui aurait pour
objectif de limiter l’accès à la réalité afin de répondre aux maux
de nos sociétés.
Figure 1 : Une influence conséquente de la sémiotique

Sémiotique


Stimulant Référent

Destination Signification


Une fois la sémiotique présentée dans son emploi et ses
orientations particulières mises en pratique dans nos
développements, nous pouvons nous pencher sur la
contextualisation. Pour ce domaine abordé et intégré dans nos
travaux antérieurs (BRUN-PICARD, 2013, 2014, 2015), nous
15 reprenons ce que nous avons déjà exposé. Il est peu aisé de
reformuler en permanence nos axes de pratique, c’est pour cela
que nous demeurons fermement attachés aux textes déjà
produits. C’est-à-dire que nous réaffirmons fermement notre
positionnement par rapport aux phénomènes que nous
souhaitons étudier en fonction d’une approche méthodique
articulée sur ces aspects. Ce positionnement méthodologique est
la mise en œuvre d’une pensée de MARC-AURÈLE (1992, 180) :
« Regarde toujours en elle-même la chose qui te donne une idée
et analyse-la en la décomposant en cause, finalité et durée au
terme de laquelle elle devra cesser d’être. »
Sa mise en pratique implique que nous accordons une place
particulière à la lecture des phénomènes, à leur structuration
ainsi qu’à leur accessibilité (MUCCHIELLI, 1983 ; 60), nous
invite à nous saisir des données phénoménales, à organiser, à
structurer pour rendre compte de manière cohérente de la/des
réalité/s étudiées.
Ce lien appuyé aux travaux de MUCCHIELLI est un reflet de la
méthodologie générale employée pour parvenir à notre finalité
de démontrer l’existence de territoires de mémoires producteurs
d’interfaces référentielles d’expressions et d’affirmations
sociétales. Ce prérequis atteste d’un lien conceptuel
relativement dense avec les théories de cet auteur. En effet,
nous mettons les acteurs, l’être-en-situation (1983, 19) en
corrélation avec le sens perceptible des situations observées en
fonction de la compréhension à laquelle nous pouvons accéder,
en pratiquant une forme de réduction de la réalité que l’on
souhaite expliciter, tout en saisissant les variations et les
significations particulières. Quelque part, cela légitime et valide
notre choix d’une démonstration par des cheminements non
usités jusqu’à maintenant. Nous demeurons ainsi dans une
structure d’analyse ouverte, où les éléments sont agrégés en
fonction des évènements tout en étant en mesure de saisir les
invariants qui contribuent à mettre en exergue les similitudes,
pour produire des comparaisons, sachant que comparaison n’est
pas raison. Elles sont fondées sur des systèmes cohérents
d’exposition, en mesure de rendre explicite une partie de la
16 réalité exposée. Cela signifie qu’il existe une certaine
perméabilité entre les constituants, les articulations et les
finalités et que des significations proximales peuvent être
observées, sans dénaturer l’objet en direction duquel tend le
travail d’investigation. En outre, à ces aspects sont associées les
structurations sémiotiques indissociables des agrégations
conscientes et inconscientes à même de faciliter la
compréhension des réalités auxquelles aspirons à répondre.
Une structure pré-sémiotique prend forme à la lecture des
directives de MUCCHIELLI. Ces propositions théoriques et
méthodologiques contextualisées pour les spécificités de notre
étude mettent en évidence des articulations visibles tout au long
de nos développements sous multiples formes. L’appropriation
des phénomènes par le prisme d’une structuration
constructiviste et génétique, ce qui est notre démarche, qui va
bien au-delà des théorisations de MUCCHIELLI (1983, 2005) et
qu’il nous faudra plus largement théoriser à notre tour permet
d’accéder à ce qui dynamise un phénomène, à ce qui freine les
relations qui l’alimentent, aux axes d’actions qui lui donnent
forme ainsi qu’aux structures spécifiques vectrices de son
identité. Cela permet d’accéder aux significations des faits
observés en fonction de la culture des acteurs, de la société
d’appartenance, du support terrestre d’exercice ainsi que des
phases temporelles et de localisation. La situation en elle-même,
le contexte particulier, qui nous fait faire un bond en direction
de la contextualisation (MUCCHIELLI, 2005), les acteurs dans
leur diversité et les contraintes produites par les interrelations
dessinent une facette de cette structuration analytique. Il en est
de même pour la place donnée et prise par le phénomène, le
prisme de lecture de l’observateur avec ce qu’il est et sa
subjectivité, les orientations données aux travaux et l’intérêt
immédiat ou différé de l’étude entreprise. Ces aspects
permettent de percevoir le maximum de facettes des acteurs, la
conduite mise en œuvre de manière consciente ou inconsciente,
la situation initiale et son évolution en corrélation avec la
destination souhaitée, affirmée et visible pour les extérieurs.
Enfin, par cette fenêtre méthodologique de nature structurelle
que nous agrémentons d’un constructivisme génétique, pour ne
17 pas dire d’un certain matérialisme génétique, nous accédons aux
types de relations, par le décorticage institutionnalisé aux
différents niveaux d’interrelation et d’interconnexion. Il est
alors possible de dresser une typologie, comme pour les
expressions des acteurs et des réalisations induites en fonction
du rythme, du déroulement, du phénomène, de ses intensités et
de ses densités évolutives. Une trame complexe et
phénoménologique est mise en place pour laquelle les
influences de MERLEAU-PONTY (2002), de HEGEL (2002), de
HEIDEGGER (1959), de HABERMAS (1987) sont prégnantes et
peuvent se percevoir au cœur de nos développements. La
structuration fonctionnelle, articulée sur les microstructures de
quatre constituants, est déjà un emploi non dissimulé de la
sémiotique développée avec des transformations et à laquelle
nous avons prêté attention. La contextualisation devient dans la
pratique de l’étude de faits sociétaux un outil incontournable,
car elle met en situation l’actant au contact des acteurs, des
dynamiques de la réalité évènementielle, des mouvances et des
rythmes particuliers qui animent les faits, d’une certaine
perméabilité existante entre les différents éléments en
interaction, et au final, elle facilite l’extraction d’une typologie
pragmatique en corrélation avec le vécu partagé par l’actant.
Figure 2 : La contextualisation un outil incontournable

Contextualisation


Réalité évènementielle Perméabilité

Mouvance rythme Extraction typologie


Pour accéder aux territoires de mémoires nous passons par
l’intermédiaire de la praxéologie. Elle se construit
progressivement par la mise en synergie orientée d’une
initialisation, d’une territorialisation et d’une harmonisation
auxquelles se greffe le stimulant que sont les méthodes
collaboratives (CHEVALIER, 2009). Le terme collaboratif nous
pose quelques difficultés de contextualisation. Nous lui
18 préférons celui de méthodes coopératives. L’emploi des deux
terminologies s’effectue indistinctement, cela pouvant créer des
confusions. Cependant, l’attachement aux méthodes
collaboratives est indéniable. Il ancre notre démarche et
participe à la catalyse des différents intervenants dans une
démarche praxéologique. Il est vrai que la coopération vitale à
la praxéologie se trouve dans la transdisciplinarité (NICOLESCU,
1996). Néanmoins, bien que celle-ci induise une coopération
étendue entre les différents domaines de la production des
sciences, elle n’impose pas aux acteurs de cette diversité d’agir
de concert pour la finalisation du projet sur lequel ils œuvrent.
La transdisciplinarité met des intervenants côte à côte pour
mener à bien une étude. Elle est considérée comme une étape
fondamentale à l’exercice coopératif. Cette courte présentation
par l’intermédiaire d’un carré sémiotique n’a pas pour objectif
d’exposer ce que sont les différentes possibilités de méthodes
collaboratives. Elle a pour finalité de mettre en exergue les
vecteurs internes de ces démarches. Ceux-ci lui donnent sa
texture, sa densité et sa destination. Ils s’articulent autour des
interactions, des expressions, des outils et des fonctionnalités.
Ainsi, dans l’action praxéologique seuls les leviers pertinents au
sein d’un contexte sont employés pour répondre à une réalité.
Cette science de l’action se sert des méthodes collaboratives,
des vecteurs coopératifs pour tendre vers l’efficience. Les
interactions sont les premiers aspects mis en exergue. Elles
participent à la détermination des forces antagonistes présentes
dans un phénomène. Les dynamiques fonctionnelles existantes,
en maturation ou simplement émergentes deviennent lisibles
pour les analystes. Au sein des temporalités diachroniques et
synchroniques dues à la diversité des éléments en contact des
périodes peuvent être mise en évidence pour concevoir les
durées d’intervention. Les interactions extraites des faits
contribuent à la définition des rôles de dominants ou de
dominés, des aspirations des acteurs, des organisations en
présence, de la société au sein de laquelle un support est pris
pour base à la construction d’un phénomène. À partir de ce
point, les expressions projetées, induites ou suggérées par les
intervenants sont discernables. Les disparités, les intégrations,
les engagements ou les hiérarchies sont contextualisées. Leurs
19 implications locales, initiale, de zone, d’élaboration ou de
finalisations peuvent être reconnues. Et par la suite, les
expressions des idéaux, des orientations et des formes de
validations des actions des personnes étudiées sont prises en
compte dans toutes leurs diversités pertinentes pour l’étude
entreprise. Cela signifie que des outils propres aux méthodes
collaboratives (CHEVALIER, 2009) sont employés à bon escient
pour mener à bien l’étude praxéologique. Que ce soit un arbre
des problèmes, une dynamique causale, ordre et chaos, ou tout
autre outil méthodologique approprié dans le cadre
praxéologique, l’actant s’appuie le plus souvent au moins sur
deux démarches. Ce qui lui permet de déterminer les options et
les buts, les identifications ou les forces d’un phénomène.
Enfin, les fonctionnalités spécifiques à ces méthodes catalysent
l’ensemble des phases de l’étude. En se donnant accès aux
réalités par le contact avec les participants, le suivi des faits, en
reconnaissant le rôle des parties l’actant s’imprègne du
phénomène. Il se trouve en capacité de faire preuve
d’adaptabilité et de malléabilité. Il peut comparer et extraire des
enseignements de ce qu’il a étudié en étant totalement immergé
dans les faits sur lesquels il est intervenu.
Figure 3 : Mise en synergie avec les méthodes collaborative

Méthodes collaboratives


Interactions Expressions

Fonctionnalités Outils


Effectuer un rappel de ce qu’est la praxéologie dans ses traits
principaux nous semble indispensable afin de positionner dans
les meilleures conditions cette approche des territoires de
mémoires. Cette synthèse reprend l’essentiel précédemment
démontré (BRUN-PICARD, 2015) pour un emploi généralisé de
la praxéologie. Nous demeurerons extrêmement synthétique et
ne reprendrons que ce qui nous apparaît satisfaisant à une
contextualisation pertinente avec notre objet.
20 Cependant, la définition de la praxéologie est exposée. Elle
ancre fermement notre démarche dans cette science de l’action
(SKIRBEKK, 1999 ; PETRUSZEWYCZ, 1965) pour mettre en place
l’initialisation de l’action praxéologique, territorialiser l’action,
pour l’harmonie attendue et les liens avec les méthodes
collaboratives. La définition de ce qu’est, à notre sens, la
praxéologie doit être mise en avant afin que tout un chacun
puisse la mettre en œuvre dans tous les contextes sociétaux où
cela est envisageable.
PRAXÉOLOGIE
La praxéologie est une démarche méthodique, au cœur de
l’action, articulée selon des modèles complémentaires et parfois
en tension. Elle agrège les aspects pertinents, selon le principe
de moindre contrainte, des modèles, structurels, systémiques,
socioconstructivistes, cognitivistes, génétiques, pragmatiques et
dialogiques de conscientisation récursive et autorégulée sur :
l’agir, le perçu, le produit et la destination. L’analyse,
structurée et construite, implique l’ensemble des dimensions,
mises en synergie, afin d’atteindre la réalisation d’une
production professionnelle en fonction de ses temporalités, ses
dynamiques de rupture/continuité de la structuration de
l’interface de contact pour l’ensemble des agissants. Ainsi
s’atteignent, pour l’actant, des ajustements fonctionnels de
savoirs évolutifs sur le domaine d’étude et s’acquièrent des
capacités innovantes de prévisibilités, d’anticipations et de
projections. Sa finalité s’exprime dans la production d’une
théorie à même de nous éclairer sur une réalité et par extension
sur notre Humanité.
Cette définition est dense, pour ne pas dire trop dense. Elle
permet à tout actant d’aller plus loin que la seule science de
l’action. Elle permet de démontrer que cette méthodologie aussi
ancienne que la stratification des savoirs se révèle pertinente
pour rendre explicites les réalités que l’on veut percevoir. Nous
avons conscience qu’elle demeure évolutive et qu’elle n’est que
le reflet de capacités à un instant donné au cœur des sciences
humaines et de leurs potentialités. Une définition fixe une
21 période. Elle jette les bases au dialogue indispensable dans la
production des sciences et plus particulièrement des sciences
humaines.
L’initialisation de l’action praxéologique contextualisée au
cadre éducatif s’attache aux réalités de cet univers particulier.
Elle est cet instant d’éveil, d’émergence, d’émulation où
l’étincelle de la curiosité et celle de la volonté de répondre à des
maux prennent leur essor. L’initialisation émane de la
contextualisation assimilée par l’actant, de sa mise en relation
avec les influences proches et des agrégations avec des supports
pertinents pour la tâche à entreprendre. Cette initialisation prend
forme sur la construction, la réalité, l’apprentissage et
l’adaptation. La praxéologie est une méthode d’étude de la
réalité qui impose à l’actant de stratifier les savoirs accessibles.
Elle ne peut pas être jetée sur un phénomène et tenter de le
rendre explicite. Elle exige une longue construction interne et
externe en corrélation avec ce qui est vécu par l’actant. Elle
s’effectue en réponse aux faits qui animent le phénomène, tout
en participant à la construction personnelle de l’individu et en
étant un constituant de la réalité, elle-même en construction.
Cette construction est multidimensionnelle. Elle intervient entre
les différents acteurs tout au long des différentes phases
d’action, de test, de vérification et de validation. Elle donne sa
texture à l’activité de l’actant qui est en mesure de rendre la
réalité plus accessible. Décrire la réalité est une gageure. Qui
que nous soyons dans le domaine des sciences humaines, nous
ne pouvons rendre explicite et perceptible à autrui qu’une
facette de la réalité. C’est celle, qui en tant qu’individu nous a
été donné de percevoir, d’étudier et d’expliciter en fonction de
ce que nous sommes. La réalité n’est donc pas la vérité. Elle est
une représentation de ce qui a été vécu, conceptualisé et
formalisé par l’actant pour ses destinataires. La réalité initialise
l’action puisqu’elle fixe son point de départ dans un contexte
partagé par des intervenants qui participent à celle-ci.
Cependant, pour parvenir à l’initialisation de l’action
praxéologique, il est nécessaire de mettre en œuvre des
apprentissages perfectibles tout au long de l’action entreprise.
Les apprentissages au cours de l’avancée des travaux acquièrent
22 divers statuts, pour au final devenir des compétences après avoir
été des capacités reconnues et validées lors des phases de la
méthode. Néanmoins, des adaptations sont impératives pour
répondre aux exigences, pour se fondre dans les mouvances,
pour discerner des particularités ou encore pour mettre en
œuvre des options complexes et évolutives. L’inertie n’a pas de
mise dans un tel positionnement. Ce type d’action acquiert
toutes ses dimensions, ses potentialités et perspectives que dans
une telle émulation.
Figure 4 : Initialisation de l’action praxéologique

Initialisation


Construction Réalité

Adaptation Apprentissage


L’intégration de la praxéologie et sa pratique permanente dans
nos lectures du monde des faits, la contextualisation, les
méthodes collaboratives et une sémiotique transformée pour
servir notre finalité à démontrer que les territoires de mémoires
sont des interfaces référentielles d’expressions et d’affirmations
sociétales fondent nos propositions. Cependant, à l’image de
tout phénomène sociétal, nous devons mettre en évidence le
territoire au sein duquel ces réalités prennent forme.

Mettre en exergue le territoire
Un territoire, une emprise territoriale, un point de localisation
ou de référencement, ou encore une parcelle d’espace terrestre
sont des ancrages territorialisés indispensables à toute étude
sociétale et plus particulièrement à un décorticage d’une partie
des réalités de l’expression des territoires de mémoires conçus
comme étant des interfaces référentielles d’expressions et
d’affirmations sociétales.
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