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Territoires du commerce et développement durable

De
242 pages
Vecteur d'une consommation débridée, peu soucieux des conditions sociales et écologiques de la production, le commerce passe pour un fossoyeur du développement durable. Après avoir interrogé les imperfections conceptuelles du développement durable et la pertinence d'un regard sectoriel, cet ouvrage propose une exploration réflexive sous l'angle des mobilités, du paysage, de la régulation et des filières d'approvisionnement. Il revient sur certaines assertions qui encombrent le chantier largement ouvert des modalités d'une consommation durable.
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TERRITOIRES DU COMMERCE
ET DÉVELOPPEMENT DURABLE









































© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-13116-3
EAN : 9782296131163
Philippe Dugot et Michaël Pouzenc (dir.)








TERRITOIRES DU COMMERCE
ET DÉVELOPPEMENT DURABLE




Préface du Prof. B. Mérenne-Schoumaker




















L’Harmattan ITINERAIRES GEOGRAPHIQUES
Sous la direction de Colette Vallat
Espace de débats scientifiques reflétant la diversité et la densité
des intérêts géographiques comme la richesse méthodologique qui
préside à la recherche en ce domaine, cette collection veut rassembler
tous les itinéraires menant au territoire (géographie sociale, culturelle,
quantitative, normative, aménagement…). Forum où rien de ce qui
touche à l'homme n'est indifférent la collection donne aussi l'occasion
d'ouvrir le dialogue avec de nombreuses sciences humaines en
accueillant les textes présentant une réelle curiosité pour l'espace, les
cultures et les sociétés.
Déjà parus
1) Corinne Eychenne, Hommes et troupeaux en montagne : la question
pastorale en Ariège (2005)
2) Richard Laganier (ed.), Territoires, inondation et figures du risque, la
prévention au prisme de l’évaluation (2006)
3) Ugo Leone, Gilles Benest, Nouvelles politiques de l’environnement (2006)
4) Alexandre Moine, Le territoire : comment observer un système complexe
(2007)
5) Gabriel Dupuy, Isabelle Géneau de Lamarlière (ed.), nouvelles échelles des
firmes et des réseaux, un défi pour l’aménagement (2007)
6) Yves Guermond (coord.), Rouen : la métropole oubliée (2007)
7) Hervé Rakoto (coord.), Ruralité Nord-Sud, Inégalités, conflits, innovations
(2007)
8) Jean-Pierre Vallat (dir.) Mémoires de patrimoines (2007)
9) Patrice Melé, Corinne Larrue (coord.), Territoires d’action (2008)
10) Colette Vallat (dir.), Pérennité urbaine ou la ville par-delà ses
métamorphoses ; T1 Traces, T2 Turbulence, T3 Essence (2009)
11) Marcello Balbo (dir.), Médina 2030, scénarios et stratégies (2009)
13) Richard Laganier et Gilles Arnaud-Fassetta (éds.) : Les géographies de
l’eau (2009)
Titres à paraître
* Anne Androuais (dir.) La régionalisation dans les pays de l’Asie orientale
(2010)
* Céline Pierdet, Phnom-Penh, ville fleuve (2010)
* Jean-Pierre Vallat : Le Togo : lieux de mémoires et de patrimoines (2010)
* Julien Frayssignes, Les AOC des filières fromagères dans le développement
territorial Sommaire

Préface p. 9
Introduction p. 11
Chapitre 1 : Mobilités et commerce
à l’ère du développement durable p. 37
Chapitre 2 : Recompositions commerciales et paysages
urbains. La laideur et l’artefact sont-ils
durables ? p. 81
Chapitre 3 : Quelle régulation pour un urbanisme
commercial durable p. 131
Chapitre 4 : Produits et filières :
entre le rentable et l’équitable p. 191
Conclusion générale p. 237
Table des documents p. 240 PREFACE
Le commerce de détail a toujours été une fonction urbaine
majeure, contribuant largement à organiser l’espace urbain. Le
centre-ville n’est-il pas encore aujourd’hui pour la majorité de nos
concitoyens assimilé au noyau commerçant central ?
Mais, depuis les années 60, de puissantes forces centrifuges ont
bouleversé les organisations traditionnelles provoquant une
périurbanisation, d’abord du grand commerce, puis de plus en plus de
la plupart des formats commerciaux, conduisant à l’éclatement des
polarités commerciales. Ce mouvement, qui n’est sans doute pas
étranger à l’accroissement de la mobilité voiture dont il est à la fois
une cause et une conséquence, n’est pas sans poser problème
aujourd’hui. On lui reproche d’abord d’avoir affaibli les centres-
villes traditionnels, d’être à l’origine de la multiplication de cellules
vides dans certains quartiers péricentraux ou de vieilles banlieues,
d’avoir dégradé de nombreuses entrées de villes, d’avoir
surconsommé de précieux espaces agricoles et même d’avoir
contribué à la dualisation des espaces urbains. Dans le contexte de
l’après Kyoto et du “Paquet Energie & Climat” de l’Union
européenne pour les secteurs non soumis aux quotas d’émissions
(secteurs dont fait partie le transport) avec l’enjeu d’une réduction de
15 % des émissions de gaz à effet de serre, on met parallèlement en
exergue l’accroissement des consommations énergétiques et surtout
des émissions de gaz à effet de serre qu’engendrent les déplacements
vers les nouveaux pôles périphériques. Pour de nombreux chercheurs,
aménageurs ou responsables publics, poursuivre dans cette voie n’est
pas soutenable…
Faut-il dès lors intervenir et comment ? A l’heure de la mise en
œuvre par l’Union européenne de la nouvelle directive des services
qui cherche à faciliter la liberté d’établissement et interdit de
conditionner l’autorisation à un test économique consistant à prouver
l’existence d’un besoin économique ou d’une demande de marché,
faut-il davantage réglementer les nouveaux développements
commerciaux et, si oui, comment intervenir ? Suffit-il de développer 10 Philippe Dugot et Michaël Pouzenc (dir.)
des chartes environnementales ou d’imposer des normes sur les
bâtiments afin de réduire les consommations énergétiques ou, au
contraire, faut-il repenser totalement la place du commerce dans la
ville et revoir tous nos modèles de déplacement et de consommation ?
Les questions sont multiples et complexes et les réponses difficiles à
apporter car comment départager des prises de position parfois très
idéologiques d’options plus scientifiques et fondées sur des critères
objectifs, de construire des dispositifs valables dans des contextes si
différents ? Même l’analyse de la situation actuelle pose problème car
il n’est guère aisé de synthétiser les multiples études de cas et de
s’abstraire de discours globalisants. En outre, le concept de
développement durable lui-même mérite d’être réinterrogé car bien
qu’universel il reste très ambigu.
L’ouvrage « Territoires du commerce et développement durable »
vient donc à point nommé pour alimenter les réflexions en cours et
affiner les analyses et sans doute aussi pour aider à repenser
l’urbanisme commercial. On y découvre avec beaucoup de plaisir les
quatre contributions qui articulent ce livre de même que l’excellente
introduction réflexive de P. Dugot et M. Pouzenc sur les liens entre
commerce et développement durable. Certes tous les thèmes ne sont
pas traités, les contributions sont assez indépendantes les unes des
autres et les échelles spatiales comme les angles de vue largement
différents. Mais il s’agit dans tous les cas de recherches pertinentes,
bien documentées et largement représentatives de l’actuelle réflexion
des géographes sur les territoires du commerce.
Prof. B. Mérenne-Schoumaker
Université de Liège INTRODUCTION
COMMERCE ET DÉVELOPPEMENT DURABLE,
LA FERTILITÉ D’UN CROISEMENT
A PRIORI PARADOXAL
Philippe DUGOT et Michaël POUZENC
Le jumelage entre commerce et développement durable apparaît a
priori surprenant. Le commerce est un secteur économique dont la
vocation est de permettre, voire de susciter l’échange, donc la
production, la consommation de biens et de ressources et les flux qui
en découlent. De ce point de vue le commerce paraît aux antipodes
des préoccupations de durabilité, et ce singulièrement dans un
environnement capitaliste. A maints égards, parce qu’étant le vecteur
d’une consommation débridée, il en est même un peu le fossoyeur.
Toutes les modernisations qui ont concerné le commerce depuis
l’essor de l’industrialisation n’ont eu de cesse de favoriser la vente en
cherchant à stimuler le désir d’achat, participant à cette « économie
1libidinale » dont parle Bernard Stiegler . Cette vocation du commerce
se lit dans l’architecture des établissements manifestant une prégnance
croissante dans l’espace public. Cela commence par la magnificence
èmedes grands magasins qui dans la seconde moitié du XIX siècle, par
un décorum luxueux cherchent à faire évoluer une bourgeoisie vers
davantage de frivolité. Le commerce, en déployant ses attributs
architecturaux mais aussi des méthodes de vente de plus en plus
affinées veut faire venir le chaland solvable et le soulager d’une
épargne, trop souvent condamnée à l’investissement dans la pierre et
la terre. A la suite de R. Péron (2004), nous pensons que du point de
vue de l’objectif, faire acheter, en dépit de la rupture architecturale, les
« boîtes » périphériques sont dans la continuité des grands magasins

1
Colloque « L’économie culturelle et ses territoires », Toulouse, septembre 2006. 12 Philippe Dugot et Michaël Pouzenc (dir.)
des percées haussmanniennes. Ces établissements ne sont pas
simplement le fruit d’une conception économique voulant contracter à
l’extrême les coûts de fonctionnement. Ils sont aussi des « usines à
vendre », modèle de modernité à l’origine, et toujours des outils
techniques de présentation de marchandises variées et dont l’utilité
objective peut se discuter. En conclusion d’une analyse sans fard de
l’entreprise Wal-Mart, Bob Ortega rappelle une évidence toujours
actuelle : « l’histoire de l’entreprise, spécialement depuis la mort de
Walton [Sam Walton, fondateur de l’entreprise] démontre fortement
que Wal-Mart, comme n’importe quelle entreprise, est simplement
une machine, une construction amorale bâtie autour d’un impératif :
faire du profit » (ORTEGA, 1998). Sans entrer dans le débat sur la
place de la morale et de l’éthique dans l’économie, le profit comme
objectif, justifiable dans une dimension capitaliste, questionne la
pertinence d’une réflexion sur le développement durable dans ce
cadre.
Cette prévention initiale est d’autant plus légitime que le
développement durable demeure lui-même à interroger. Voilà
plusieurs années que le développement durable est présent dans tous
les discours et plus encore dans tous les argumentaires à caractère
commercial. Pour autant, la notion demeure aujourd’hui encore mal
assurée, ou mal assumée, et se prête à bien des instrumentalisations,
dont l’écho est d’autant plus important qu’elles ont pour support le
grand commerce, doté d’un pouvoir d’influence certain sur ses
chalands. Le décryptage de ces discours où la logique du marketing
l’emporte sur les soucis environnementaux est une précaution
indispensable, préalable à l’identification des vrais enjeux ; nous
avons souhaité en faire l’un des objectifs premiers de cet ouvrage.
Il ne fait aucun doute que le développement durable et ses
galvaudages sont d’actualité. Au-delà des détournements multiples de
sens et de l’affadissement du contenu, que nous apporte cette notion
pour raisonner la reproductibilité de nos systèmes socio-
économiques ? Pour mieux comprendre les dynamiques territoriales à
l’œuvre ? Au-delà d’une mode, faut-il y lire un modèle, voire un
paradigme nouveau ? Face à ces questions, nous rappelons ici
quelques jalons dans l’émergence de la notion, avant de souligner ses
ambiguïtés et ses limites. L’une d’elles, non des moindres, est qu’elle
favorise des analyses globalisantes par trop détachées des Territoires du commerce et développement durable 13
contingences géographiques, les propos convenus sur le
développement durable étant alors bien souvent en phase avec ceux
sur la mondialisation. Or, nous verrons que la mutation du commerce,
très largement impulsée par la mondialisation de la grande
distribution, ne peut s’apprécier correctement à l’aune des seuls
discours globalisants. Ce n’est qu’au cas par cas, selon les contextes
régionaux ou locaux, que peuvent s’étudier de manière approfondie la
reconfiguration de ce secteur économique et son impact sur la
dynamique des territoires. A la condition, ainsi posée, d’articuler
plusieurs échelles d’analyse, la notion de développement durable offre
alors d’intéressantes pistes de recherche pour analyser la mutation des
espaces commerciaux, dans un face à face fertile, l’un nourrissant la
compréhension et peut-être l’affermissement de l’autre.
Le développement durable : points de repère et précautions
d’usage
A l’échelle internationale, la notion de développement durable a
tout d’abord connu une phase d’émergence, au moins dès les années
1960, baptisées « Décennie pour le développement » par les Nations
Unies. A cette époque, l’ouvrage de Rachel Carson, Silent Spring,
connaît un fort succès pour le lien qu’il établit entre l’environnement,
l’économie et le bien-être social. En 1968, la conférence Man and
Biosphère de l’UNESCO avance l’idée « d’un développement
écologiquement viable ». Dans les années 1970, la première
conférence des Nations unies sur l’environnement, à Stockholm, pose
le concept d’éco-développement, structuré par trois principes : la
recherche de modèles endogènes, propres à chaque contexte
historique, culturel et écologique, la prise en charge équitable des
besoins de tous et de chacun, la recherche d’un développement qui
2soit en harmonie avec la nature . A la même période paraît le rapport
Meadows, commandé par le Club de Rome, sur « La croissance
zéro », qui pointe les risques d’effondrement d’un système socio-
économique basé sur une utilisation croissante de ressources naturelles
non renouvelables et en quantité finie.

2 Le Courrier de la Planète, n°68, 2002, p66. 14 Philippe Dugot et Michaël Pouzenc (dir.)
Mais c’est dans les années 1980 que la notion de développement
durable est clairement établie, à partir du rapport Bruntland
commandé par la Commission Mondiale sur l’Environnement et le
Développement, édité en 1987, qui énonce notamment que le
développement durable « doit répondre aux besoins du présent, sans
compromettre la capacité des générations à venir de répondre aux
leurs » (BRUNTLAND, 1987, p. 47). Depuis, la notion se diffuse
largement, en particulier avec l’adoption en 1992, à l’occasion du
premier Sommet de la Terre à Rio, du programme global d’action
« Agenda 21 », comportant près de 2500 recommandations pour à la
fois agir dans le champ économique et social du développement,
conserver et préserver les ressources, faire participer les groupes
majeurs à l’élaboration et la mise en œuvre du développement,
infléchir ce dernier vers plus de durabilité par des moyens d’action
transversaux (RIONDET, 2004, p. 21).
Pour compléter ce rapide historique à l’échelle internationale, un
parallèle serait à établir avec différents exemples aux échelles
nationale et locale, où s’observent des dynamiques similaires d’essor
du développement durable. La mobilisation pour le développement
local des années 1970-80 se mue progressivement en politiques pour
le développement territorial, dans les années 1980-90, relayées plus
récemment par une mobilisation pour le développement durable. Au
fil des décennies, cette mutation s’accompagne d’une succession, ou
plus exactement d’une accumulation d’outils pour établir des projets
de territoire et des programmes d’actions, les derniers en date étant les
Agendas 21 locaux, qui fleurissent à présent pour assurer l’animation
des territoires. En prenant pour base de réflexion les problèmes
abordés dans l’Agenda 21 de Rio et avec le même objectif de concilier
l’économique, le social et l’environnemental, un Agenda 21 local se
définit comme un projet de territoire, assorti de programmes d’actions
envisagées sur 10 à 15 ans et régulièrement évaluées.
Ne serait-ce qu’au vu de ces quelques points de repère, il semble
évident que l’émergence du développement durable ne correspond pas
simplement à un effet de mode. Toutefois, si l’on suit Alain Miossec,
la définition courante du développement durable « interpelle les
géographes et force est de constater que ceux-ci ne se sont guère
mobilisés jusqu’à présent pour tester le modèle » (MIOSSEC, 2004,
p. 83). Les raisons en sont certainement à rechercher dans les Territoires du commerce et développement durable 15
ambiguïtés et les limites d’une notion protéiforme, dont les caractères
opératoire et novateur ne paraissent pas d’emblée évidents aux yeux
du chercheur. Ceci nécessite à tout le moins une réflexion quant aux
« principes de précaution » à observer, lorsqu’il s’agit d’utiliser cette
notion dans le champ scientifique.
Tout d’abord, la notion de développement durable invite à
davantage intégrer la dimension temporelle dans nos réflexions. Il
s’agit en particulier d’examiner le passé et le présent avec l’objectif
d’anticiper les évolutions à venir. Elle invite également à prendre en
considération, simultanément, les implications économiques, sociales
et écologiques des phénomènes étudiés, depuis le niveau local
jusqu’au niveau global. Or, ceci rappelle beaucoup un certain nombre
de priorités données déjà dans les années 1970 et 1980 à la réflexion
scientifique, au moment où se sont largement développées les
approches systémiques, les travaux de prospective et les grands
programmes inter-disciplinaires. La nouveauté est peut-être, pour
certaines disciplines, la prise en compte d’une approche pluri-
scalaire ; les géographes, pour leur part, avaient déjà largement
l’habitude de « conjuguer » les différentes échelles. La nouveauté, là
encore pour certaines disciplines, est peut-être aussi l’ajout de la
dimension écologique aux dimensions économique, sociale et
culturelle. Là non plus, ce n’est pas chose nouvelle pour les
géographes, du moins pour ceux qui n’ont pas érigé de cloison étanche
entre d’une part la géographie physique et d’autre part la géographie
humaine.
La notion de développement durable présente de surcroît des
limites régulièrement décriées, pour qui souhaite la mobiliser dans le
cadre d’une réflexion scientifique. Elle peut apparaître comme un
simple avatar, un de plus, du développement tout court. Or, cette
notion de développement est contestée depuis plusieurs décennies,
parfois de manière radicale. Elle constitue une source inépuisable de
malentendus, voire de mystifications. Tout d’abord entre les cultures
occidentales, dans lesquelles est considéré comme une évidence que
toute société désire le développement, et d’autres cultures dans
lesquelles l’idée de développement, a fortiori lorsqu’elle est centrée
sur le progrès technique et la maîtrise de la nature, paraît incongrue,
pour ne pas dire totalement exotique. Il faut cependant convenir que la
vision occidentale du développement est celle qui l’emporte largement 16 Philippe Dugot et Michaël Pouzenc (dir.)
aujourd’hui. Le développement est aussi une source de malentendus
au sein même des cultures occidentales, entre d’une part ceux pour qui
il signifie modernisation, progrès technique, compétitivité, bref :
croissance économique, et d’autre part ceux pour qui l’amélioration
des conditions matérielles d’existence n’est qu’un volet, parfois même
secondaire, de ce qu’ils entendent par « développement social » ou
« développement humaniste ». Dans cette perspective, Serge
Latouche, parmi d’autres, souhaiterait rompre avec cette ambiguïté,
abandonner le terme de développement et parler plutôt, par exemple,
« d’épanouissement ».
Notons que même très contestée, la notion de développement n’en
est pas moins florissante, comme le résume Serge Latouche : « Pour
tenter d’en conjurer magiquement les effets négatifs, on est entré en
effet dans l’ère des développements « à particule ». On a vu des
développements « auto-centrés », « endogènes », « participatifs »,
« communautaires », « intégrés », « authentiques », « autonomes et
populaires », « équitable », sans parler du développement local, du
micro-développement, de l’endo-développement et même de l’ethno-
développement ! (…) Le développement durable est la plus belle
réussite dans cet art du rajeunissement des vieille lunes »
(LATOUCHE, 2001, p. 6). A quoi tient cet engouement pour une
notion par ailleurs si décriée ? Bertrand Cabedoche propose une
réponse : « Le mot développement a pu perdre de son attrait au
contact de trop d’expériences décevantes. Il reste le seul vocable que
partagent tous les humains pour dessiner leur espoir » (1990, p. 255,
cité par LATOUCHE, 2001, p. 6).
Le terme « durable » peut s’analyser dans le même esprit, comme
le fait Alain Miossec : « Durable est un mot magique. Il ne peut que
susciter l’adhésion. (…) Qui ne saurait adhérer au souci de mettre en
harmonie le rentable, le viable et l’équitable ? La conjonction des trois
idéaux ne peut que susciter l’enthousiasme. La réalité de la mise en
harmonie s’avère nettement plus délicate. Derrière la pétition de
principes faisant de cette harmonieuse trinité vertueuse la recette
miracle du développement durable ne peut-on pas déceler une forme
de mystification qui tend à faire croire que tout est compatible ou que
la vertu incantatoire des slogans peut masquer les formidables
inégalités sociales et spatiales à l’œuvre sur la planète ? » (MIOSSEC,
ARNOULD et VEYRET, 2004, p. 87) Territoires du commerce et développement durable 17
Ces quelques citations suffisent à montrer combien tout ce qui est
analysé par le prisme du développement durable se trouve connoté de
manière positive, combien cette notion est chargée d’affectif et donc
combien il est peu évident qu’elle soit utilisable dans le champ
scientifique.
Surtout, son caractère englobant est tel que sa portée heuristique,
finalement, s’en trouve limitée. Tout est développement durable pour
les partisans de cette notion, depuis le fonctionnement des milieux et
de nos sociétés dans leur entier, jusqu’aux moindres gestes de notre
vie quotidienne. La notion devient alors très polysémique ; elle
recouvre des réalités disparates et des préoccupations hétérogènes au
point que le cadre d’analyse qu’elle est censée nous fournir paraît
parfois fragile, invitant à énoncer des généralités dont la validité
semble difficile à rapporter précisément à tel ou tel contexte
historique, géographique ou socio-économique. Il peut y avoir là une
difficulté majeure pour mobiliser la notion de développement durable
dans l’analyse des mutations commerciales, qui certes connaissent des
tendances générales d’ampleur internationale, mais dont les
conséquences territoriales dépendent très largement de spécificités
nationales, régionales et locales.
La mutation du commerce : une mondialisation très contrastée
A l’instar de biens d’autres secteurs, le commerce se mondialise.
Certes, le développement du négoce international est très ancien, mais
le développement de la grande distribution, à partir des années 1970, a
impulsé des changements radicaux. Par un puissant mouvement de
concentration, il donne naissance à de grands groupes qui figurent
aujourd’hui parmi les plus importantes entreprises du monde, dotées
d’un poids considérable à l’échelle de chaque pays. En tant que gros
acheteurs, voire donneurs d’ordre dans une logique de sous-traitance,
les entreprises de commerce jouent un rôle important dans la
configuration des produits vendus, la manière de les fabriquer ou
encore leur origine géographique. En 2004, le groupe Carrefour n’a-t-
il pas été le deuxième annonceur publicitaire français, derrière
Renault, avec 266 millions d’euros ? Leclerc suit en quatrième
position avec 220 millions. Autre exemple, celui de Wal-Mart, 18 Philippe Dugot et Michaël Pouzenc (dir.)
devenue la première entreprise américaine, dont on estime que les
achats représentent 12 % du total des importations des Etats-Unis en
provenance de Chine. Surtout, l’essor de la grande distribution signifie
bien souvent le remplacement d’une myriade de petits points de vente
atomisés et quadrillant finement les territoires par un nombre plus
limité de grandes surfaces intégrées à de grands groupes et implantées
préférentiellement dans les périphéries urbaines. Avec un puissant
réseau de points de vente ainsi associé à un tout aussi puissant réseau
d’approvisionnement international, les dendrites de la grande
distribution contribuent, dans des villes de toute taille, à un divorce
multiforme avec le local et à l’irruption de la mondialisation dans la
consommation quotidienne, par la normalisation des biens de
consommation, voire des façons de consommer.
Ce mouvement qui se généralise peu à peu à tous les pays du
globe présente partout, à première vue, des conséquences similaires.
C’est tout un ordonnancement du commerce qui est remis en cause,
perturbant tant les hiérarchisations urbaines héritées que la distribution
des établissements au sein de chaque territoire. La polarisation
croissante de l’équipement commercial coexiste ainsi avec la
déshérence de larges portions de l’espace rural, la vidange de
l’appareil commercial des villes les plus petites et au sein même des
métropoles. Le renouvellement de la césure entre espaces privés et
espaces publics, la spécialisation territoriale de certains commerces,
les effets de « niche » dans quelques quartiers, « l’ethnicisation » de
l’appareil commercial dans certaines « cités », sont en outre autant de
processus qui fragmentent la ville. Le commerce n’est plus le porteur
d’un lien social ou d’une urbanité collective mais l’un des moteurs de
l’éclatement de la ville. Du Mexique à l’Europe en passant par
l’Amérique du Nord ou le Maghreb, cette fragmentation socio-
spatiale, à laquelle le commerce donne incontestablement une
visibilité et une épaisseur, inquiète quant à la ville en cours de
constitution.
Toutefois, ces tendances générales sont loin de s’appliquer de
manière uniforme. Le colloque « Commerce et Développement
Durable » et la publication qui s’en est suivie (DUGOT, POUZENC,
2006) ont en effet permis de montrer, à l’aide d’exemples pris dans
divers continents, à quel point les problématiques du développement
durable se traduisent en des termes différents, selon les contingences Territoires du commerce et développement durable 19
auxquelles est soumis tel ou tel espace commercial. Certes, dans les
pays occidentaux surgissent surtout des interrogations portant d’une
part sur la requalification des centres urbains suite à la multiplication
de pôles commerciaux à leur périphérie, qu’il s’agisse de grandes
villes comme Marseille (A. Grellier) ou de petites comme Castelo
Branco au Portugal (C. Casal) et d’autre part sur la raréfaction des
petits commerces ruraux, par exemple impulsée par le développement
de Wal-Mart dans les petites villes du Middle West et des Appalaches,
aux Etats-Unis (Y. Boquet). En parallèle, dans les pays du Sud, ce
sont plutôt les conséquences sur la ségrégation sociale qui interrogent.
Stéphanie Leroux, par exemple, après avoir précisé les liens étroits
entre la structure du commerce traditionnel, les modes de vie locaux
et les formes urbaines de Marrakech, au Maroc, montre comment
l’implantation d’un hypermarché participe largement d’une nouvelle
structuration des quartiers construits alentour, instaurant une profonde
césure, une ville « à deux vitesses », en termes de pratique
commerciale, de modes de vies et de composition sociale des
quartiers.
Mais ces problématiques dominantes sont loin d’être exclusives et
se complètent à l’infini de questions économiques, sociales et
environnementales induites par les spécificités des cas étudiés.
Anthony Molina interroge par exemple la dimension géopolitique de
la mutation du commerce au Liban, théâtre de jeux féroces de
« coopétition » entre acteurs internationaux, nationaux et locaux,
tandis que Daniel Weissberg présente tous les contrastes, au Vietnam,
d’une restructuration commerciale rapide qui s’inscrit dans une
économie nouvelle de marché, tiraillée entre les héritages de
réglementations planificatrices et l’explosion des initiatives que
permet l’ouverture à l’investissement étranger. Sophie Gunther-
Porcarelli, avec le cas des cafés dans les quartiers d’habitat social de
l’agglomération lyonnaise, montre le rôle déterminant que joue une
réglementation dans la genèse et le maintien d’une ségrégation sociale
et spatiale, tandis que Brice Navereau souligne que les mutations du
commerce demeurent tributaires de pratiques sociales et culturelles
différentes, dans deux pays pourtant aussi proches que la France et
l’Espagne.
Sans reprendre plus en détail les nombreuses contributions à ce
colloque, il apparaît que la mutation du commerce ne se réduit pas à 20 Philippe Dugot et Michaël Pouzenc (dir.)
un mouvement homogène d’uniformisation mais qu’elle est au
contraire très dépendante des contextes d’action. D’autres travaux
confortent cette idée. Dans une note préparatoire au présent ouvrage,
Martine Guibert montre comment l’expansion de la grande
distribution en Argentine a relevé de contingences politiques et
économiques. L’ouverture de magasins en libre-service (autoservicio)
intervient dans les années 1950. Elle est ensuite encouragée par l’Etat
et donne lieu à l’expansion, dans les années 1970, de chaînes à
dominante alimentaire telles Disco, Norte, Tía, Supercoop, etc., au
côté des épiceries traditionnelles et des installations coopératives. La
crise des années 1980 et le tournant libéral à partir du début des
années 1990 provoquent une accélération de la restructuration du
secteur, avec l’apparition de grands groupes commerciaux étrangers
qui s’implantent en construisant leurs propres hypermarchés. Les deux
pionniers sont le groupe français Carrefour et le Chilien Jumbo, dès
1982. Leur expansion sera progressive. En 1999, Carrefour crée ses
magasins de hard-discount (« Dia ») ; en 2001, il rachète la chaîne
locale de supermarchés Norte. Jumbo acquiert, quant à elle, les
magasins Disco localisés dans l’agglomération de Buenos Aires.
Attirée par les dérégulations en cours (normes commerciales, lois
sociales, lois favorisant les investissements directs étrangers, etc.) et la
stabilisation du pouvoir d’achat d’habitants désireux d’acquérir des
produits importés, une deuxième vague d’implantations aura lieu au
plus fort de la politique néolibérale : arrivée du groupe étatsunien
Wal-Mart en 1995, Promodès (avec Exxel) en 1997-1998, Auchan en
1998, Casino en 1999-2000, etc. Seul Coto, d’origine nationale,
participe encore à ce paysage commercial bouleversé, dans lequel la
grande distribution assume aujourd’hui environ 30 % de l’ensemble
des achats alimentaires (La Revista del trade, 2008). Cette part peut
paraître faible en regard, par exemple, des comportements des
consommateurs français. De fait, elle reflète les traits duaux des
sociétés latino-américaines, ici argentine, prises entre un dilemme
quasi-insurmontable pour la majorité des habitants : d’une part, le
souhait de se voir participer à la société de consommation et
d’abondance, d’autre part, l’incertitude quant aux moyens
économiques réellement mobilisables. Dans des contextes macro-
économiques instables, la souplesse des commerces de détail ou de
proximité, leur informalité parfois (cas de la vente ambulante), créent
des conditions autrement plus avantageuses pour des populations
obligées d’acheter le strict minimum, et sans moyen de locomotion. Territoires du commerce et développement durable 21
Une certaine segmentation apparaît ici qui relativise l’argument du
meilleur prix offert par la grande distribution, bien souvent désavoué
dans la pratique ou relativisé par celui de la commodité d’achats à
crédit, via les instruments bancaires modernes.
Le travail de Marie-Christine Renard sur le commerce équitable
du café est lui aussi tout à fait éclairant. Elle conclut sa recherche en
affirmant que « contrairement aux analyses qui privilégient et
généralisent les tendances à l’uniformisation et à l’homogénéisation
des formes de production et de consommation au sein de l’économie
mondiale, la présente étude confirme que les tendances lourdes
dérivées de la globalisation laissent des interstices qui permettent aux
organisations de petits producteurs de s’inscrire dans le marché dans
des conditions favorables, toujours lorsque leur stratégie s’accorde
avec les intérêts des consommateurs et de certains opérateurs et agents
du circuit. Ces expériences sont assez nouvelles et ces niches encore
relativement fragiles, dans la mesure où elles dépendent de la
conjoncture du marché, des mécanismes de financement et des
logiques particulières, individuelles et collectives, des acteurs situés
en haut et en bas du circuit » (1999, p. 321-322).
Il ressort de ces différentes analyses que la mutation du commerce
ne s’opère à l’échelle mondiale que très partiellement en faveur de la
grande distribution ; si cette dernière a acquis, en peu de temps, un
rôle hégémonique dans les pays occidentaux, la pluralité des formes
de commerce reste la règle dans les pays du Sud. Surtout, il n’y a pas
un seul modèle de modernisation du commerce. Au-delà du fait que
les mutations s’effectuent selon des temporalités différentes d’un pays
à l’autre, la distribution est obligée de composer avec les traditions
culturelles ou les réalités économiques, politiques et sociales des
régions et pays qu’elle investit, illustration des limites d’une
globalisation parfois un peu trop hâtivement présentée comme
omnipotente et nivelant toutes les différences.
Etudier la mutation du commerce et ses impacts territoriaux
n’appelle donc pas les mêmes problématiques d’une culture à l’autre,
d’un contexte socio-économique à l’autre ; ces problématiques sont de
surcroît différentes selon l’échelle considérée, de la scène
internationale jusqu’au quartier ou au village. Dans cette situation,
comment utiliser en tout point une même grille de lecture pour 22 Philippe Dugot et Michaël Pouzenc (dir.)
apprécier la durabilité, ou la non durabilité, des mutations
commerciales, sans risquer de produire un discours abusivement
globalisant sur le développement durable ? Aussi, pour cet ouvrage,
avons-nous fait le choix de rapporter systématiquement nos réflexions
à des terrains précis, dont nous proposons une analyse multi-scalaire.
Nous avons également choisi de centrer notre propos sur la France,
dans l’idée qu’elle représente un contexte d’action suffisamment
homogène sur les plans économique, politique, social et culturel. Cela
ne signifie pas pour autant que nos analyses ne trouveront pas quelque
validité pour d’autres contextes, ni que la mutation du commerce
français peut s’étudier sans tenir compte des évolutions au-delà de nos
frontières. Aussi apportons-nous au fur et à mesure d’indispensables
regards sur d’autres pays, pour compléter notre argumentation.
Développement durable et mutation des espaces commerciaux :
des pistes de recherche fécondes
Ainsi que nous l’avons suggéré dès les premières lignes de cet
ouvrage, pour être surprenant, le rapprochement entre un secteur
économique, le commerce, et si ce n’est un concept indiscutable, du
moins une idée voire une philosophie, le développement durable,
parce qu’ils recouvrent des éléments, si ce n’est antinomiques, du
moins relevant de champs réflexifs, de modalités de fonctionnements,
de tradition d’étude, d’approches bien différents, est très vite apparu
comme potentiellement très fécond.
A bien y réfléchir, cela n’a en définitive rien d’étonnant ! Cette
fertilisation dans le croisement entre commerce et développement
durable renvoie à un constat indiscutable qui est que le commerce est
une pièce centrale du système économique et au-delà, un élément fort
dans le fonctionnement et la construction des territoires, la dynamique
urbaine notamment, l’urbanité, le lien social. Si on postule de la
nécessité de l’échange, au-delà des querelles scolastiques sur l’utilité
du commerçant, notamment l’accusation récurrente de parasitisme qui
le suit, la question du commerce ne peut être évacuée, singulièrement
celle du commerce de détail. L’ensemble du système productif, la
mise en l’encan des principales ressources terrestres n’a pour stade
ultime que la consommation des particuliers. L’ensemble du système,
ou presque, est inféodé à cet objectif. Territoires du commerce et développement durable 23
De fait, le commerce, en tant que récipiendaire principal des désirs
consuméristes, plus prosaïquement, outil de la mise en relation entre
l’offre et la demande mérite de bénéficier d’une attention soutenue
dans une réflexion centrée sur le développement durable. Toute
réflexion sur le développement durable ne passe évidemment pas par
le seul commerce. Celui-ci n’en demeure pas moins un vecteur
réflexif, voire de préconisation, a priori très prometteur, aidant à
mettre en exergue la durabilité, ou plus fréquemment la non-
durabilité, de telle ou telle pratique de production ou de
consommation, de tel ou tel choix de localisation, de telle ou telle
forme urbaine induite ou connexe. On trouve matière à des éléments
de questionnement qui permettent d’investir les trois sphères attachées
au développement durable : l’économique, le social et le souci
environnemental.
Les importantes transformations structurelles du secteur au cours
de ces dernières décennies ont largement redessiné ce rapport entre
commerce et ville, et au-delà entre commerce et territoire. A la fois
conséquences et produits de mutations centrales telles que
l’accroissement du niveau de vie des ménages ou l’augmentation de la
mobilité, ces transformations ont notamment abouti à une polarisation
des structures du commerce. Cette sélectivité territoriale croissante,
qui fait suite à l’implantation plus ubiquitaire de petites unités de
vente, tant au sein du monde rural que de l’espace urbain, a produit
son lot d’incidences. Celles-ci sont mesurables à différentes échelles
allant de la transformation des hiérarchies commerciales par inflation
spatiale des zones de chalandise à la polarisation des espaces
commerciaux au sein des villes ayant abouti à la déshérence des
polarités intermédiaires à l’échelle des quartiers et à l’inverse, à
l’émergence des polarités périphériques. L’étude des formes
commerciales à la fois produit et facteur des mutations des formes
urbaines, renvoie donc à des questions fondamentales, celles de
l’étalement des villes et de la consommation d’espace qui s’en suit, en
bref questionne la ville à venir. Il est difficile de définir une « bonne
forme urbaine », à laquelle participeraient les formes commerciales,
optimum de la durabilité par l’économie de sols et de déplacements,
tant de chalands que pour son approvisionnement, qu’elle suscite.
Différentes études montrent que l’étalement urbain et des formes
commerciales ont des incidences sur la consommation de ressources. 24 Philippe Dugot et Michaël Pouzenc (dir.)
Dans le cadre du PREDIT a ainsi été mise en évidence une nette
corrélation entre émission de CO et implantation périurbaine 2
(ORFEUIL, 2000). En raison d’un maillage territorial plus fin, des
résultats tendent à montrer que les courses centrées sur les
supermarchés plutôt que sur les hypermarchés suscitent trois fois
moins d’atteinte à l’environnement par kilogramme de produits
vendus (étude l’INRETS citée par PÉRON). L’inflation des
déplacements qui en découle renvoie également à la pérennité d’une
société appuyée sur une mobilité reposant elle-même sur des bases
énergétiques non renouvelables. Ceci étant, le modèle monocentral
radioconcentrique ne peut prétendre être la panacée dans le cadre de
villes de plus en plus étalées. Les pôles commerciaux périphériques ne
peuvent-ils devenir des centralités (ne le sont-ils pas en partie déjà ?)
qui en diminuant la nécessité de déplacements radiaux participent de
fait à renouer le fil entre pratiques urbaines et proximité ?
Dans un registre un peu différent, mais qui questionne aussi la
durabilité de la production urbaine dictée par les mutations
commerciales, le paysage urbain hérité et toujours en formation,
interroge. Cet aspect paysager peut apparaître marginal dans une
interrogation sur le développement durable. Le paysage renvoie tout
au plus à une durabilité à court-moyen terme. En l’occurrence, le
paysage commercial des périphéries et notamment des entrées de ville
en témoigne très peu. L’urbanisme en « boîtes à chaussures » atteste
surtout de l’opportunisme économique d’acteurs qui ont d’abord été
soucieux de capter des marchés naissants dans un contexte
consumériste où l’acte d’achat est omnipotent. Face aux désastres
urbains, architecturaux, paysagers de la plupart des zones
commerciales dans les périphéries des villes françaises -pas
simplement les métropoles mais aussi les villes moyennes- la carence
de toute urbanité, l’absence de convivialité, l’anomie des pratiques
sociales, le constat de non durabilité est évident.
C’est d’autant plus vrai que le caractère mono-fonctionnel des
zones commerciales périphériques renforce les inquiétudes sur le
devenir de ces vastes espaces et les possibilités de leur réintégration
dans une ville durable, faite de davantage de proximité et de mixité
fonctionnelle, dans un contexte démographique évolutif et un coût de
l’énergie croissant. On doit d’autant plus s’interroger que ce
développement périphérique menace, dans un pays comme la France