Tête bien faite. Repenser la réforme, réformer la pensée (La)

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Il est préconisé ici de réformer la pensée pour réformer l’enseignement et de réformer l’enseignement pour réformer la pensée.Dans le sens de la réforme de la pensée, Edgar Morin propose les principes qui permettraient de suivre l’indication donnée par Pascal : « Je tiens impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties… » Ces principes conduisent au-delà d’une connaissance fragmentée qui, rendant invisible les interactions entre un tout et ses parties, brise le complexe et occulte les problèmes essentiels ; ils conduisent également au-delà d’une connaissance qui, ne voyant que des globalités, perd le contact avec le particulier, le singulier et le concret.Ils conduisent à remédier à la funeste désunion entre la pensée scientifique, qui dissocie les connaissances et ne réfléchit pas sur le destin humain, et la pensée humaniste, qui ignore les acquis des sciences pouvant nourrir ses interrogations sur le monde et sur la vie.D’où la nécessité d’une réforme de pensée, qui concerne notre aptitude à organiser la connaissance et permettrait la liaison des deux cultures divorcées. Dès lors pourraient réapparaître les grandes finalités de l’enseignement qui devraient être inséparables : susciter une tête bien faite plutôt que bien pleine, enseigner la condition humaine, initier à vivre, affronter l’incertitude, apprendre à devenir citoyen.
Publié le : vendredi 31 janvier 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021158168
Nombre de pages : 160
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LA TÊTE BIEN FAITE
Edgar Morin
LA TÊTE BIEN FAITE Repenser la réforme Réformer la pensée
Éditions du Seuil
collection « l’histoire immédiate » dirigée par jeanclaude guillebaud
isbn 9782021158151
© Éditions du Seuil, mai 1999
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Ce livre s’adresse à tous et à chacun mais il pourrait aider particulièrement les enseignants et les enseignés. J’aimerais que ces derniers, s’ils trouvent accès à ce livre, et si l’enseignement les ennuie, les abat, les accable ou les désole, puissent utiliser mes chapitres pour prendre en main
leur propre éducation.
AVA N T P R O P O S
« J’aimerais tellement poursuivre mon éducation purement humaine, mais le savoir ne nous rend pas meilleur ni plus heu reux. Oui, si nous étions capables de comprendre la cohérence de toutes choses ! Mais le commencement et la fin de toute science ne sontils pas enveloppés d’obscurité ? Ou bien dois je utiliser toutes ces facultés, ces forces, cette vie entière pour connaître telle espèce d’insecte, pour savoir classer telle plante dans la série des règnes ? » Kleist,Lettre à une amie
on cheminementdes dix dernières années me condui M sait vers ce livre. De plus en plus convaincu de la nécessité d’une réforme de pensée, donc d’une réforme de l’enseignement, je profitais de diverses occa sions pour y réfléchir. J’avais, sur la suggestion de Jack Lang alors ministre de l’Éducation, énoncé « quelques notes pour unÉmilecontemporain ». J’avais envisagé un « manuel pour écoliers, enseignants et citoyens », projet que je n’ai pas abandonné. Puis, au hasard de divers colloques et de divershonoris causadans des universités étrangères, j’inscrivais dans mes discours mes idées en formation. Appelé parLe Monde de l’éducationà l’été1997pour être le « rédacteur en chef invité » de son numéro sur l’Univer sité, je commençai à formuler mon point de vue. Puis en décembre, le ministre Claude Allègre me demanda de pré sider un « Conseil scientifique » consacré à réfléchir sur la réforme des savoirs dans les lycées. Grâce au soutien de Didier DacunhaCastelle, j’organisai des journées théma
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l a t ê t e b i e n fa i t e
1 tiques qui me permirent de montrer la viabilité de mes idées. Mais cellesci avaient soulevé tant de résistances que le rapport contenant mes propositions sombra corps et biens. Toutefois ma réflexion s’était mise irrésistiblement en marche, et je l’ai poursuivie dans ce travail qui en est 2 l’aboutissement . J’ai voulu partir des problèmes que je crois à la fois les plus urgents et importants et j’ai voulu indiquer la voie pour les traiter. J’ai voulu partir des finalités et montrer comment l’en seignement, primaire, secondaire, supérieur, pouvait servir ces finalités. J’ai voulu montrer comment la solution des problèmes, l’affectation aux finalités devaient nécessairement entraîner la réforme de pensée et celle des institutions. Ceux qui ne m’ont pas lu et me jugent selon les ragots du microcosme m’attribuent l’idée bizarre selon laquelle je proposerais une potion magique nommée complexité comme remède à tous les maux de l’esprit. Au contraire, la complexité est pour moi un défi que j’ai toujours proposé de relever.
Ce livre est en fait voué à la fois à l’éducation et à l’en seignement. Ces deux termes qui se recoupent se différen cient également. L’« éducation » est un mot fort : « Mise en œuvre des moyens propres à assurer la formation et le développement d’un être humain ; ces moyens euxmêmes » (Robert). Le
1. Le compte rendu de ces journées paraîtra sous le titreRelier les connaissancesau Seuil en1999. 2. Je remercie JeanLouis Le Moigne et Christiane PeyronBonjan qui m’ont apporté leurs remarques critiques dans la relecture de mon manuscrit.
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