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Théâtrothérapie

De
148 pages
À travers le récit d'une expérience vécue de théâtrothérapie dans un hôpital psychiatrique de la région parisienne, le docteur Albert Gabrieleff s'interroge et nous interroge sur la réalité de la maladie mentale. Au même titre que la chimiothérapie et la psychothérapie, ce procédé de la théâtrothérapie, qui entre dans le cadre plus large de la sociothérapie, peut en partie aider des patients à s'extérioriser et dans une certaine mesure à se réaliser.
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ThéâTro Thér Apie Albert Gabrieleff
À travers le récit d’une expérience vécue de théâtrothérapie dans un
hôpital psychiatrique de la région parisienne, le docteur Albert Gabrieleff
s’interroge et nous interroge sur la réalité de la maladie mentale.
Qui sont les malades mentaux ? Qu’est-ce qui se cache derrière leurs
symptômes ? Ont-ils ou auront-ils un avenir et une vie en dehors et après
l’hôpital psychiatrique ? Une vie tant personnelle qu’intime, sexuelle ou
professionnelle ? Après des améliorations indéniables, sont-ils condamnés
à la rechute ? ThéâTro Thér Apie
Au même titre que la chimiothérapie et la psychothérapie, ce procédé
de la théâtrothérapie, qui entre dans le cadre plus large de la sociothérapie,
peut en partie aider des patients à s’extérioriser et dans une certaine mesure
Expérience de théâtre thérapeutique « à se réaliser ». La fction théâtrale et son environnement, dans une
catharsis bien comprise, peut induire le retour à un réel, souvent dévoyé au sein d’un hôpital psychiatrique
par la maladie.
Dans une postface, le docteur Gabrieleff trace les limites du procédé
sur fond de critique objective de notre société. Il y passe en revue les
traitements actuels en psychiatrie, la formation des équipes hospitalières,
le rôle du secteur psychiatrique, la fnalité de tout ce dispositif.
Inévitablement, on débouche sur des interrogations touchant à notre
monde actuel et son évolution.
Diplômé de Sciences-Po/Paris, Albert Gabrieleff est
médecin, neuropsychiatre, psychothérapeute. En dehors
de ses fonctions hospitalières, avec une activité importante
de théâtrothérapie, il a travaillé 37 ans dans son cabinet
privé de la banlieue parisienne. Il a raconté son expérience
dans ses ouvrages Psychiatre de Quartier, Suis-je normal,
Docteur ? et dans La Psychanalyse au risque du voyage,
tous deux publiés aux éditions L’Harmattan. Le docteur
Gabrieleff a créé en 1989 « Citoyens du Cœur », association Loi 1901, pour
redonner un travail à ceux qui en sont dépourvus à cause de diffcultés psy -
chiques. Il a publié de nombreux articles (Le Monde, Libération, La Croix, Le
Quotidien de Paris…) et participé à de nombreuses émissions de radio et de télé
(France Culture, Europe 1, Soir 3, etc.)
1 4 , 5 0  €
santé, sociétés et culturesI S B N  : 9 7 8 - 2 - 3 3 6 - 0 0 6 9 3 - 2
SANTE-SOCIETES-CULTURES_PF-GABRIELEFF_THEATROTHERAPIE.indd 1 12/12/12 14:27
Albert Gabrieleff
ThéâTro Thér Apie
THEATROTHERAPIE


Santé, Sociétés et Cultures
Collection dirigée par Jean Nadal

Peut-on être à l'écoute de la souffrance, en comprendre
les racines et y apporter des remèdes, hors d'un champ
culturel et linguistique, d'un imaginaire social, des mythes
et des rituels ? Qu'en est-il alors du concept d'inconscient ?
Pour répondre à ces questions, la collection Santé, Sociétés
et Cultures propose documents, témoignages et analyses
qui se veulent être au plus près de la recherche et de la
confrontation interdisciplinaire.

Déjà parus
Gérald Quitaud, Lève-toi et marche ! Le chemin psychologique
de la création de soi, 2012.
Anne DENYS, Destins croisés au pays des chamans. Guéris
par la forêt, 2012.
Monique LIART, Psychanalyse et psychosomatique. Le corps
et l’écrit, 2012.
Jean-Loup CLEMENT, Mon père, c’est mon père. L’histoire
singulière des enfants conçus par Insémination Artificielle avec
Donneur (nouvelle édition), 2012.
Emmanuel CASTILLE, L’entreprise rationnelle.
L’organisation comme production de l’inconscient, 2011.
Roland BRUNNER, La psychologie du déprimé, 2011.
EL’Entreprise en psychanalyse. Un
questionnement de l’inconscient comme déterminant
structurel de nos organisations, 2011.
Daniel BEAUNE, Caterina REA, Et si Œdipe s'appelait
Antigone. Repenser la psychanalyse avec les études de genre,
2010.
Yves COMPAS, Survivre malgré une maladie invalidante et
inguérissable: la maladie de Charcot, 2010.
Dominique PERROUAULT, La contenance tierce. La difficulté
d'être soi dans la société d'aujourd'hui, 2010. Albert GABRIELEFF


THEATROTHERAPIE
Expérience de théâtre thérapeutique
au sein d’un hôpital psychiatrique




Santé, sociétés et cultures








DU MEME AUTEUR

Psychiatre de quartier, Payot Editeur, 1999
Suis-je normal, Docteur ?, L’Harmattan, 2010
La Psychanalyse au risque du voyage, L’Harmattan, 2011
















© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336-00693-2
EAN : 9782336006932
AVERTISSEMENT

Ce livre est polémique.
Il ne prétend pas détenir la vérité.
Ce n’est que le point de vue d’un professionnel aguerri.
Toute critique sera la bienvenue.







7
INTRODUCTION
A LA THEATROTHERAPIE

Le théâtre, une audace thérapeutique.
Quelques référents rassurants : pour le théâtre, Artaud,
Brecht, Stanislavski, Strasberg, Jouvet, Dario Fo, Brook ;
pour la thérapie, Moreno, Schultz, Winnicott, Prinzhorn.
La théâtrothérapie livre une partie de l’histoire du sujet,
mais non toute la mémoire.
L’auto-analyse verbale qui suit une improvisation
théâtrale, dans une séance de théâtrothérapie, assure aux
participants la possibilité d’envisager la création d’autres
scénarios et de procéder au changement de rôle et de
décors.
L’évocation de l’Histoire de la famille met en forme la
relation de l’altérité : se situer soi comme unique dans son
rapport à la ressemblance, à la conformité et à
l’originalité. Qui suis-je ? Qui est l’autre ? L’autre est moi,
l’autre et moi, l’autre hait moi, l’autre émoi. Toutes ces
propositions de l’altérité relient l’un à ce qui existe chez
l’autre.
L’art peut-il guérir ? Le théâtre peut-il ouvrir un nouvel
espace pour une émergence de la parole mise en actes ? Le
lieu et l’acteur ouvrent le temps de la rencontre entre le
dedans et le dehors, la parole et le corps, l’illusion et le
réel, la folie et la raison.
Désiré (page 68) : Fou il est. Intelligent aussi.
Irrésistible sur une scène. Vous en aurez un aperçu dans
KNOCK de Jules Romains. L’année précédente, ce patient
nous avait fait mourir d’inquiétude et de rire, dans une
9 scène du « Malade Imaginaire », où il jouait Béralde, le
frère du Malade.
Le thérapeute, veilleur de l’âme, fait marche avec
l’homme souffrant ; il est aussi l’écoute toute attentive de e fatigué, égaré ou de l’homme qui embrouillé
dans ses conflits intérieurs, souffre de l’absurdité de la vie,
de sa vie.
La fonction du théâtre est d’élaborer et de mettre en
forme l’Histoire et les histoires de l’homme.
Le concept d’Art-thérapie est récent. La rencontre entre
la psychiatrie et le monde artistique date du début du
siècle, où l’on a mis en évidence les capacités créatrices
particulières des patients en proie à la maladie mentale.
Le théâtre thérapeutique, aujourd’hui, s’est fait une
place parmi la diversité des disciplines soignantes. Le
théâtre thérapeutique est une voie d’accès à l’exploration
de l’inconscient, à l’expression de la souffrance, à
l’expérience de la relation et incite à devenir ce que nous
sommes, c’est-à-dire soi, rien que soi, mais tout soi en
étant un autre le temps d’une scène.
Breuer puis Freud montrèrent que les symptômes
disparaissaient par une parole de l’inconscient en éveillant
des souvenirs là où les affects sont étouffés par les
émotions. La voie royale de l’inconscient était ainsi tracée,
par le chemin le plus long et par de multiples sentiers de
traverse, donnant accès à l’imaginaire et aux symptômes,
sinon à la fonction de la maladie.
L’homme est l’animal qui parle. Lacan a professé que
le langage c’est l’inconscient.
Le théâtre, par son accès au réel et hors de lui, ne tient
que par les liens de solidarité des acteurs, par le passage de
l’individu au collectif, du conscient à l’inconscient, de
10 l’inconscient à l’inconscient collectif. « La parole humaine
est-elle vraiment si puissante qu’elle transforme le monde
et influence l’histoire ? Si elle l’a été un jour, le reste-t-elle
aujourd’hui ? » (Vaclav Havel – Juin 1989).
Au commencement était le verbe ? « Non ! Au
commencement était l’émotion. Le verbe est venu ensuite
pour remplacer l’émotion ». Dire une parole, c’est dire la
vie, donner la vie, l’insuffler. Souffle et parole sont
solidaires. Une parole, un discours, sans souffle, se
meurent par asphyxie ; la parole ne peut atteindre
l’auditeur que si elle portée par le souffle dynamique de la
respiration. Le comédien, en recréant l’homme, devient
Dieu, le temps de cet acte de recréation (Jean Fanchette).
L’exercice du comédien est de consacrer l’homme dans
sa recherche de l’indicible, d’incorporer la parole,
d’incarner les arcanes de l’imaginaire et ainsi lui restituer
sa part de liberté et de création : « il s’agit, proclame Louis
Jouvet, de considérer l’exercice du comédien comme une
réforme de soi, une quête vers l’Amour et la Liberté, par
une conquête du rôle ou du personnage pour une
possession de soi ». Au théâtre, la notion du temps
s’abolit. Le théâtre est le temps, l’espace et le lieu où tout
peut exister, où les phénomènes les plus extraordinaires
peuvent se produire.
Diderot : « Les larmes du comédien descendent de son
cerveau et celles de l’homme sensible montent du cœur ».
Imiter procède moins à reproduire qu’à dévoiler. Le
théâtre, art éternel de la représentation et de la mémoire,
peut ouvrir le passage de la mort à la vie, de la vie à la
mort. L’exercice du thérapeute, de l’initiateur, est de
permettre à chacun de déployer sa parole et de se la
réapproprier. Il ne suffit pas de refouler ou de défouler,
l’action cathartique doit aboutir à une prise de conscience
et viser une orientation nouvelle, voire une modification
11 du comportement. Le théâtre thérapeutique permet au sujet
de jouer ses propres rôles, rôles actuels ou virtuels que la
vie ne lui permet pas ou plus d’assumer.
Paul (page 60) : Il faut pourtant insister sur le côté
authentiquement intelligent, mais hyper suspicieux et
rigide du personnage. Il avait été 4 ans durant un des
piliers de nos soirées théâtrales, presque toujours présent
aux répétitions, toujours d’accord pour aller voir les
spectacles concernés à Paris. Il avait été jusqu’à écrire
des poèmes RAP qui n’étaient pas mal du tout, et qui
alliaient la critique sociale et la critique du racisme et de
l’antisémitisme.
Le théâtre met en action l’homme dans sa quête du
sens, dans le maintien de l’humanité et l’exploration de ses
epossibles. Rappelons que dès le XVI siècle, la commedia
del arte, avec ses comédiens masqués, réalisait une
pratique qui se situe exactement à l’interface entre la
création théâtrale et le développement personnel –
pratique essentielle dans la théâtrothérapie. Improviser
c’est à la fois viser une situation limite pour atteindre un
état de profondeur subjective et effacer toute intention
subjective pour tracer un chemin vers l’évidence. Par la
disponibilité à lui-même et aux partenaires générés par le
jeu improvisé, le comédien se transforme dans son lien à
l’autre. Interpréter, c’est aussi créer la courte distance
entre soi et le personnage incarné.
« Condamner à expliquer le mystère de leur vie, les
hommes ont inventé le théâtre. » (Louis Jouvet)
La théâtrothérapie est un modèle psychothérapique de
développement personnel qui s’appuie sur le théâtre
spontané, l’improvisation, l’apprentissage des techniques
théâtrales et la mise en parole analytique de l’expérience
vécue. La théâtrothérapie se sert du jeu théâtral, sous
toutes ses formes, improvisation, jeu masqué,
12 interprétation, jeu des clowns, expression corporelle, mise
en scène, pour amener la personne à bien comprendre les
mécanismes du théâtre.
En 1921, le docteur Jacob Levi Moreno, sensibilisé au
jeu théâtral improvisé, crée un théâtre impromptu, sans
décors, avec participation des spectateurs, dans une sorte
de théâtre en rond. Point de départ du psychodrame –
jouer sa vie sur la scène psychodramatique. Par la
transposition, par le « faire comme ci », le « théâtre » à
l’origine du psychodrame, revêt une forme particulière très
rattachée à la réalité des faits, ce qui le différencie des
conceptions et de la pratique théâtrale habituelles. La
schizophrénie avec sa difficulté à s’extraire de son univers
intérieur et onirique, la névrose qui fait obstacle à l’accès
de l’intériorité, certains troubles de la personnalité,
opèrent par sursauts de passage à l’acte, sans limite, sans
règle ni loi. En prenant la parole sur scène, le psychotique
se réapproprie un processus de pensée vivante. Il n’est le
plus le théâtre d’une action qui viserait son
anéantissement. Il devient l’acteur qui désormais peut s’en
défendre. Il possède des idées parce qu’il rentre en son
corps.
Désiré (page 67) : Avec ou sans thérapie théâtrale,
peut être aussi (mais nous n’avons pas le courage de
l’essayer) avec ou sans neuroleptiques à des doses
faramineuses et parmi les plus réputés actifs du moment,
avec ou sans entretien psychothérapeutique régulier, le
patient est resté et restera dans le mauvais tiers des
schizophrènes.
La valeur thérapeutique de la théâtrothérapie, surtout
pour l’acteur, réside dans la capacité de partager des
expériences et des émotions, sinon enfouies, bloquées et
inexprimables, sauf dans les conditions artistiques
contrôlables. Ce n’est pas de l’exhibitionnisme pour
13