Théorie générale de la schématisation 2

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Ce second volume, consacré à la "Sémiotique du schéma", propose une intreprétation du langage, parlé, écrit et graphique, fondée sur le schéma. Il présente les Théories de Jung, d'Otlet, de R. Estivals, de Bertin, de Greimas, de le Moigne, de la Sémantique, de la Théorie mathématqiue des ensembles et des graphes, de l'Esthétique. Il utilise les archétypes de la ligne et du réseau.
Publié le : samedi 1 mars 2003
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EAN13 : 9782296318960
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Robert

ESTIV ALS

Théorie générale de la schématisation
Sémiotique du schéma

2

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Composition: Suzanne Charpentier. Mise en page et prêt à tirer: Tibor Papp

@ L'Harmattan, ISBN:

2003

2-7475-4251-3

« Il Ya chez tout créateur une certaine exigence cachée, permanente, qui le soutient et le dévore, qui guide ses pensées, lui désigne la tâche, stimule ses défaillances et ne lui fait trêve quand parfois il tente de lui échapper... » Benveniste. Problèmes de linguistique générale, 1 Gallimard, p. 83.

AVERTISSEMENT

La théorie générale de la schématisation se présente comme une théorie cognitive et communicationnelle. Elle repose sur les trois états de toute théorie élémentaire de la communication: la cognition et la subjectivité initiale, le langage et le médium comme réalité objective intermédiaire, la réception et la subjectivité du destinataire. Son originalité et sa nouveauté tiennent à la nature du schématisme et à ses deux concepts fondamentaux, le schème et le schéma. Le schème est alors considéré comme fait mental antérieur à toute énonciation d'une part, à toute réception d'autre part. Le schéma est le médium intermédiaire. Toute comm unication est donc abordée comme transfert du schème d'une conscience dans une autre par l'intennédiaire d'un schéma linguistique ou graphique. La communication, dès lors, n'est pas un fait analytique mais synthétique. Cette Théorie générale de la schématisation comprend trois volumes. Le premier est paru aux éditions l'Harmattan en juillet 2002. Avec le soustitre d'Epistémologie des sciences cognitives, il traite de la cognition et de la théorie du schème. Il a mis en évidence l'existence de deux schèmes archétypes essentiels, l'arbre et le réseau, sur lesquels se construit la pensée. Le premier, l'arbre, a permis d'expliquer le passage de la perception au concept par le processus de réduction et l'intervention du schème mental. Mais cet archétype de l'arbre a expliqué aussi le processus d' amplification de l'information. Les principaux théoriciens du schème et du schématisme, Kant, Bergson, Revaultd' Allonnes, Burloud, Bujeau, Sartre et Piaget, ont distingué les diverses étapes de l'arborescence montante et descendante identifiées à l'induction et à la déduction. Le second archétype, le réseau, s'est révélé être le processus d' organisation des connaissances, quelle que soit sa zone d'application par rapport au réel, structure cognitive, système et systémique, modèle, machine et appareil, puis dans les mathématiques des ensembles, la théorie des graphes au plan de la logique pure.

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Il s'est ainsi avéré que la théorie générale de la schématisation constituait une épistémologie des sciences cognitives. Cependant, bien que synthétique et clarifiant, ce premier volume était incomplet puisqu'il avait procédé à l'économie du langage. Bien que, en toute situation, la pensée repose sur des schèmes mentaux initiaux, la pensée logico-mathématique fait ensuite intervenir la langue. Ce deuxième volume aura donc pour objet le langage et le médium en s'appuyant sur la théorie du schéma et sur les disciplines de la physiopsychologie, de la psycho-linguistique, de la sémantique et de la sémiotique. Au schème mental répondent alors, comme dans toute théorie du signe, les schémas linguistiques oral, écrit, graphique. Ceux-ci feront intervenir trois archétypes fondamentaux: le schéma linéaire pour la langue; les schémas arborescents et réticulaires pour le schéma écrit et graphique. Ce deuxième ouvrage de la théorie générale de la schématisation permettra ainsi un renouvellement de la théorie de la comn1unication. Au-delà du concept et du signe, du signifié et du signifiant chers à Saussure, cet ouvrage montrera que la relation schème-schéma, subjectivitéobjectivité, est la véritable nature du langage et de la communication dont la problématique générale sera examinée dans le troisième volume.

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Chapitre 1

LE LANGAGE:
ARCHÉTYPE

DU SCHÈME

MENTAL

AU

SCHÉMA

TEXTUEL

DE LA LIGNE ET DE L'ARBRE

1. INTRODUCTION
Les théories de la communication, du fait qu'elles ont eu, jusqu'à présent, pour but d'établir le champ d'étude de la communicologie, ont montré leur insuffisance à rendre compte du passage de la cognition à la communication. Préoccupées principalement et successivement par la linguistique comme domaine considéré en soi, par la physique et plus récemment par la sociologie et l'histoire, elles n'ont pas pris en compte le problème premier de toute communication humaine, la relation entre la cognition et la communication en passant par le langage. Nous sommes donc renvoyé à l'étude de ce lien en nous fondant sur la théorie de la schématisation. Nous aurons à trouver dans le couple de concepts, schème-schéma, le moyen de passage, dans l'énonciation comme dans la réception, d'une subjectivité à une autre. Chemin faisant, nous rencontrerons le problème du langage qui fait l'objet d'études de plusieurs disciplines: les sciences cognitives d'une manière récente, la physio-psychologie, la psycholinguistique, la sémantique, la sémiotique et la sémiologie, déjà plus anciennes. Nous serons donc conduit, dans un premier temps, à faire la synthèse générale des perspectives de ces sciences. Après quoi nous tenterons d' élaborer une théorie du langage qui nous conduira du schème mental au schéma textuel. Nous découvrirons alors un nouveau schéma élémentaire: au schéma arborescent, au schéma réticulaire, s'ajoutera le schéma linéaire. Il

2. SCIENCES COGNITIVES, PHY~IO-PSYCHOLOGJE, PSYCHO-LINGUISTIQUE, SEMANTIQUE ET SEMIOTIQUE
2.1. LES SCIENCES COGNITIVES On connaît l'histoire récente, qui ne remonte pas à plus d'une trentaine d'années, des sciences cognitives. De nombreux ouvrages sont parus depuis une dizaine d'années qui ont fait la point sur ces disciplines (1) et qui fournissent une bibliographie utile. On a examiné leurs apports, en fonction de la théorie du schème dans le premier volume de cet ouvrage consacré à l'Epistémologie des sciences cognitives auquel nous renvoyons le lecteur. 2.2. LA PHYSIO-PSYCHOLOGIE : L.-V. BUJEAU ET LA THÉORIE PHYSIOLOGIQUE DU SCHÈME La plupart des auteurs qui se sont préoccupés d'étudier le processus de pensée ont cherché à le faire antérieurement à l'intervention du langage et, de ce fait, se sont interrogés sur les processus de connaissances chez le petit enfant. Le langage est ensuite réintroduit progressivement. Cette démarche, on l'a vu, fut employée notamment par Piaget. Cependant, ce dernier a élaboré une théorie psychologique du schème comme processus mental construit. Piaget ne remonte guère avant dans l'apparition du schème. Ce ne fut pas le cas de L.-V. Bujeau qui devait publier aux PUP, en 1941, un ouvrage intitulé Le Schématisme, psychologie de l'action (2). L'intérêt de cet ouvrage est de faire le lien entre la physio-psychologie et le langage à la lumière de la théorie du schème. Plusieurs remarques préliminaires s'imposent. De Kant à Piaget, les travaux sur le schème concernent l'activité psychologique et mentale. Bujeau, malgré le titre de son ouvrage, remonte bien avant et trouve une origine physiologique dans l'élaboration gestuelle du schème. Sa réflexion par ailleurs se situe, du point de vue chronologique, à peu près à la même époque que les théories sur la schématisation de Revault d'Allonnes. Tout semble donc se passer comme si, vers les années trentequarante du dernier siècle, avant les travaux de Sartre et de Piaget et en même temps que ceux de Revault d'Allonnes, de Pieron, de Guillaume et de Ribot notamment, se soit constituée une première théorie générale de la schématisation. Remarquons que celle-ci est envisagée sur le plan psychologique, principalement chez Revault d'Allonnes, alors qu'elle est développée, pour le première fois, en un ouvrage chez Bujeau qui remonte à l'origine physiopsychique du schème. 12

L.-V. Bujeau utilise constamment le terme de schématisme sans le définir et sans faire référence à Kant ni à Revault d'Allonnes. Par contre, il définit le schème dès le début de son livre: "Nous appellerons" schème" l'ensemble des mouvements impliqués dans une action déterminée, tels que chacun d'entre eux est un élément inséparable des autres et qu'il contribue à donner à l'action totale sa physionomie particulière, passagère ou définitive. " (3) Deux observations s'imposent. Le schème est conçu comme composé de mouvements. Le schème relève de la théorie des structures et plus précisément des ensembles. Le schème a une fonction. C'est un ensemble. Il est composé d'éléments en relations indissociables. Cette position prélude, dès 1941, au structuralisme. Ce processus d'élaboration du schème est suivi par L.-V. Bujeau à travers la théorie de l'évolution des espèces depuis les êtres les plus simples en passant par les espèces inférieures et animales jusqu'à I'homme. La vie est partout considérée comme créatrice des mouvements et donc des schèmes. Cela se produit soit dans le processus d'accommodation ou action du milieu sur l'organisme de l'homme, soit dans le processus d'assimilation ou action de l'organisme sur les objets. L.-V. Bujeau présente alors une typologie des schèmes: le schème musculaire intégré dans le muscle et les schèmes moteurs logés dans la moelle épinière et dans le cerveau liés au système nerveux. Il explique ainsi les comportements instinctifs, I'habitude, à partir de l'inscription du schème qui devient alors, selon nous, un schéma physiologique. Il décrit ces comportements chez le petit enfant notamment. Il n'aborde pas le schème comme entité psychologique puisqu'il semble le réduire au schème physiologique. Il s'arrête ainsi là où Piaget commencera, rejoignant les travaux antérieurs sur le schématisme psychologique: l' émergence du schéma physiologique comme fait de conscience dans la pensée et le cerveau. Dans le dernier chapitre de son ouvrage, et tout en demeurant dans la perspective du schème physiologique, il aborde la question du langage. Il complète alors sa typologie par l'intervention du concept de schème verbal. Ainsi écrit-il: " La nature du langage est de substituer au schème moteur spécifique de chaque réalité un schème moteur purement verbal... " Schème susceptible d'être étendu, parce qu'alors, il est devenu" signe", a des réalités soutenant entre elles un nombre toujours plus réduit de ressemblances motrices, et s'acheminant ainsi vers le schème le plus général qui soit (4). Plusieurs observations s'imposent au terme de cette présentation sommaire du schématisme et du schème chez L.-V. Bujeau. Il convient d'abord de relever le caractère fondamental de cette théorie. Philosophes, psychologues, phénoménologues ont étudié et décrit le schème comme fait de 13

conscience situé dans le processus de la réflexion. L.- V. Bujeau va plus loin puisqu'il explique le schème et trouve sa causalité dans le mécanisme moteur de la vie. Dans la mesure où la vie est activité donc mouvement, elle oblige les organismes à s'adapter à ce mouvement par la création de l'ensemble musculaire et moteur nerveux et cérébral. Quelles que soient les critiques éventuelles que l'on puisse faire à cet ouvrage, notamment en ce qui concerne le langage, force est de reconnaître qu'il offre, pour la première fois, une théorie explicative générale du schème et du schématisme au sens que Kant donnait à ce dernier terme. Remarquons ensuite que l'on voit apparaître pour la première fois une théorie générale du schématisme sous la forme d'un fort volume. Enfin, il semble que L.- V. Bujeau s'en tienne au concept de schème. Il ne fait nulle part, semble-t-il, le lien entre schème sensori-moteur et schéma, entre subjectivité et pensée d'une part, objectivité et langage d'autre part, comme le feront plus tard les sémanticiens réduisant la langue et la phrase au schéma phrastique. De ce fait, les schèmes musculaire et moteur restent des schèmes alors que le seul fait qu'on puisse les considérer comme inscrits dans le muscle, dans la moelle épinière et dans le cerveau en fait des schémas physiologiques et neuronaux.

2.3. LA PSYCHO-LINGUIS1~IQUE

La relation psychologie-langage peut être abordée de deux manières complémentaires: ou bien suivre le flux mental et s'orienter de la cognition vers le langage; c'est la perspective de la psychologie du langage ou psycholinguistique; ou bien remonter le flux en partant du langage vers la cognition; c'est, pour l'essentiel, la démarche de la sémantique, de la sémiotique et de la sémiologie qui posent le problème, notamment, du sens. Nous examinerons successivement ces deux approches. La problématique de la psycholinguistique, appelée aussi, avec des différences d'interprétation, psychologie du langage, consiste à s'interroger sur la relation existant entre les processus mentaux et les faits linguistiques. La problématique est très bien posée par Michel Moscato et Jacques Wittwer dans leur Que sais-je? intitulé La psychologie du langage (5). Ils commencent par s'interroger sur le langage et la psychologie: «Le langage? Fonctions et fonctionnements d'un ensemble de systèmes permettant un certain mode d'expression et de communication chez les hommes: l'oral et l'écrit.» (6) «La psychologie? Etude des fonctions et des fonctionnements d'un ensemble de systèmes visant à l'explicitation des comportements humains.» (7) 14

«Se pose alors l'un des problèmes fondamentaux de la psychologie: les rapports entre la pensée et le langage.» (8) Ainsi, «la psychologie du langage doit évidemment tenir compte des données et des résultats de la linguistique. Mais elle se préoccupe essentiellement de l'étude des comportements langagiers, c'est-à-dire de dégager les fonctions du langage et d'en expliquer les fonctionnements» (9). 2.3.1. Psychologie du langage et linguistique Dès ce moment, la psychologie du langage se différencie de la linguistique. Cette dernière a pour objet l'étude de la langue pour connaître les lois qui la régissent. La linguistique est une description et une explication abstraites. La psychologie du langage vise, notamment, à connaître quelle est la relation entre la pensée humaine et le langage. Nous retrouverons ainsi la position récente des sciences cognitives formulée par Georges Vignaux. Cette perspective est confinnée, si besoin était, par celle de Jean Perrot (10). «La linguistique a pour objet l'étude scientifique des langues» (11) et «le langage, système de signes exprimant des idées, est lié a l'activité psychique: il entre dans l'objet de la psychologie et de la psycholinguistique qui suscite aujourd'hui des recherches importantes» (12). La psychologie du langage ou psycholinguistique (mises à part les distinctions faites entre ces deux termes) est donc une interdiscipline. Elle constitue un sous-ensemble scientifique au croisement de la psychologie d'une part, de la linguistique d'autre part. 2.3.2. Les positions de la psychologie du langage et de la linguistique: Jean Piaget et Noam Chomsky En fonction de cette dualité, deux positions contraires mais complémentaires devaient inévitablement s'affronter, comme on l'a vu à propos des sciences cognitives. L'une consiste, en partant de la psychologie et de la pensée, à se diriger vers le langage. Ce fut dans la période récente la démarche de Jean Piaget, de Bruner, Halliday, Vigostsky, etc. L'autre, partant de la linguistique et de la sémiologie, fondées en abstraction par Saussure, à se préoccuper des rapports entre la langue et la pensée. Ce fut le cas de nombreux chercheurs, et notamment de Noam Chomsky. Les perspectives étant contraires, les résultats devaient être, inévitablement, au moins, en partie, contradictoires. Les oppositions se cristallisèrent sur deux paires de concepts. L'assimilation et l'accommodation, déjà décrites plus haut, employées par Jean Piaget et, avant par L.V. Bujeau. La compétence et la performance de Noam Chomsky: «La compétence se réfère à un domaine purement lin15

guistique. La tâche du linguiste ne se centre pas sur le sujet mais sur les règles de la grammaire générative.» (13) Par contre: «La performance est dérivée de la compétence mais se situe davantage au niveau psychologique ...La tâche du psycholinguiste est de déterminer les facteurs susceptibles d'intervenir dans la performance linguistique.» (14) Nous n'entrerons pas ici dans les discussions bien connues entre Jean Piaget et Noam Chomsky. Ren1arquons néanmoins que certains chercheurs visent à établir une synthèse des positions différentes, établissant ainsi la perspective propre de la psycholinguistique: «S'il existe des oppositions fondamentales entre Chomsky et Piaget, un certain nombre de points rendent compatibles les deux modèles. La langue peut être envisagée comme un objet de connaissance. Les concepts de performance et de compétence s'inscrivent bien dans le cadre de l'épistémologie génétique, où on établit également la distinction entre «comportement», c'est-à-dire la conduite observable et les structures qui en sont responsables. Ceci pennet d'établir un pont entre la grammaire générative et la théorie de Piaget et de poser la question qui s'est trouvée au centre de nos recherches: dans quelle mesure la composante opératoire accompagne-t-elle l'utilisation de la langue dans la compréhension et la production d'énoncés verbaux ?» (15) 2.3.3. Du schème au langage L'intérêt de la position de Jean Piaget et de la psycholinguistique réside dans le fait que le schème précède le langage, comme on l'a vu en partie dans le premier volume. Son apport est double. Dans la genèse de la pensée chez l'enfant, il fait intervenir le concept de schème sensori-moteur. Dans la réflexion générale, il fait appel à la notion de schème anticipateur, notamment. Dans les deux cas, si la pensée fait intervenir le langage chez I'homme, une phase préliminaire repose sur l'intervention du schème. Cette position ouvre ainsi la voie à la réflexion sur la pensée sans langage qui constitue l'un des problèmes essentiels de la cognition. Cependant, cette approche psycholinguistique oblige à s'interroger sur les problèmes fondamentaux de la fonction symbolique et retrouve ainsi le champ d'étude de la sémiologie et de la sémiotique, de la sémantique et de la linguistique. 2.3.4. La fonction symbolique Jean Piaget avec beaucoup d'autres chercheurs fait la distinction entre indice, signal, symbole et signe. Il reconnaît d'abord l'existence de la fonction symbolique. Ainsi: «Tant l'observation directe de l'enfant que l'analyse de certains troubles de la parole mettent en évidence le fait que l'utilisation du 16

système des signes verbaux est due à l'exercice d'une «fonction symbolique».» Il définit ensuite: «Chacune des quatre catégories énumérées cidessus» ... «dans le cas de l'indice, le signifiant constitue une partie ou un aspect objectif du signifié... le signal constitue pour le sujet un simple aspect partiel de l'événement qu'il annonce ... un symbole est à définir comme impliquant un lien de ressemblance entre le signifiant et le signifié tandis que le signe est arbitraire...» (16) Observons à cette occasion que Jean Piaget ne pose pas la question des relations de ces catégories. On peut établir une échelle de schématisation fondée sur les principes du concret et de l'abstrait. Au maximum de la relation au réel, on trouve l'indice, au maximum d'abstraction, le signe. Le signal resterait directement lié au réel; le symbole le serait encore par la relation d'analogie.

2.3.5. Du schème sensori-nloteur au langage chez l'enfant Le début de l'intervention de la fonction symbolique commencerait, à partir du schème sensori-moteur, par l'utilisation du symbole. «On voit apparaître, au sixième stade de l'intelligence sensorimotrice, des «schèmes symboliques», c'est-à-dire des schèmes d'action sortis de leur contexte et évoquant une situation absente... Mais le symbole luimême ne débute qu'avec la représentation détachée de l'action propre...» Ainsi: «L'acquisition du langage, donc du système de signes collectifs, coïncide avec la formation du symbole, c'est-à-dire du système des signifiants individuels.» (17) Jean Piaget fait également la différence, dans l'acquisition du langage, entre le symbole et le signe: «On comprend ... pourquoi le langage (qui lui aussi s'apprend par imitation mais par une imitation de signes tout faits, alors que l'imitation des formes ...fournit simplement la matière signifiante du symbolisme individuel) s'acquiert dans le même temps que se constitue le symbole.» (18) Dès lors ...« la pensée naissante, tout en prolongeant l'intelligence sensori-motrice, procède donc de la différenciation des signifiants et des signifiés.» (19) Et c'est vers la seconde année que le langage et l'usage de la langue interviennent: «Dès les derniers stades de la période sensori-motrice, l' enfant est capable d'imiter certains mots... mais c'est vers la fin de la seconde année que débute l'acquisition systématique du langage... » (20) On remarquera, à partir de ces citations, que le symbole apparaît propre, dans son usage chez l'enfant à une démarche individuelle. Inversement, l'utilisation de la langue fait intervenir la pression sociale de l'apprentissage et, avec elle, la communication. 17

Ces points de vue ont été revus, complétés depuis par Bruner, Ninio et Halliday, souvent du point de vue de l'interprétation, sans remettre en question l'essentiel de l'observation.

2.3.6. Du schème anticipateur

au langage

Cette antériorité du schème sur le langage se retrouve encore dans l'étude des mécanismes de l'intelligence abordée plus haut dans l'examen de la structure cognitive. S'appuyant sur Seltz, Jean Piaget parle d'un schème anticipateur correspondant à une interrogation mentale qui fait appel aux concepts et au langage. Dans cette perspective, et pour aller plus avant, penser supposerait donc deux opérations distinctes et complémentaires: le schème anticipateur, et le sens correspondant à une synthèse intuitive; l'intervention du langage, considérée comme une procédure conceptuelle logique et analytique. La compréhension intuitive est déjà une forme de la pensée. Elle peut être séparée de la pensée discursive par des procédures introspectives. Elle permet, en s'appuyant sur le schème sensori-moteur, de passer directement à l'action en faisant intervenir le réflexe et I'habitude, c'est-à-dire des structures mémorisées et automatisées. Elle rend compte en partie de la question de la pensée sans langage. Inversement, l'intervention de ce dernier, en analysant le contenu du schème, fournit l'impression de compréhension complète : «Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement Et les mots pour le dire arrivent aisément...» 2.3.7. Conclusion
La psychologie du langage nous confirme que la psychologie cognitive rencontre inévitablement le langage. La relation entre cognition et langage s'appuie une nouvelle fois sur le schème, sensori-moteur et anticipateur. Mais en même temps, les systèmes de signes apparaissent aussi comme la projection dans la conscience individuelle des habitudes collectives, et donc de la communication. L'acquisition du langage, même s'il suppose des capacités innées chez l'homme, devient un acquis par formation. Il est le lieu central du passage de la cognition à la communication. Chemin faisant, on a rencontré le problème du sens et de la compréhension, objet de la sémantique.

2.4. SÉMANTIQUE, SÉMIOTIQUE ET SÉMIOLOGIE
La psychologie du langage nous a apporté la connaissance générale de cette partie du fonctionnement de la pensée qui permet de passer du

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schème au langage. A ce point, il convient d'interroger tout particulièrement la sémantique qui étudie la relation sens-langage, la sémiotique et la sémiologie comme théories générales des systèmes de signes. La sémantique apporte une théorie centrale de la communication. Liée à la sémiotique, elle fait d'une part le lien avec la théorie cognitive de la schématisation et, d'autre part elle fournit une partie de la théorie de la schématique : le schéma textuel. Le coeur de cette problématique relève du débat sur le sens et la signification. Poser le problème du signe dans une perspective sémiologique, linguistique et sémantique, comme le fit notamment Saussure, c'est dépasser la question des signifiants pour remonter aux signifiés, donc à la signification et, au-delà, au sens. Celui-ci apparaît alors comme étant la frontière entre le mental et la psychologie d'une part, la sémantique, la sémiotique et la sémiologie, d'autre part. Sur ce point, la position de AJ. Greimas est double et complémentaire. D'une part, le sens est un phénomène mental; d'autre part il ne relève pas de la sémantique. Ainsi, pour le premier argument, écrit-il dans Du sens. Essais sémiotiques: «Aussi arrivet-on à se dire que nos anciens n'étaient peut-être pas aussi naïfs que l'on pense lorsqu'ils professaient, à la manière d'un Blonfield par exemple, que le sens existe bien comme un donné immédiat, mais qu'on ne peut rien en dire de plus.» (21) Et, pour le deuxième argument, il renvoie l'étude du sens à la philosophie: «...Réfléchir sur les conditions nécessaires de la manifestation du sens, c'est, tout d'abord, se voir obligé à expliciter et à manipuler tous les concepts que l'on trouve à la base des différentes théories de la connaissance...» (22) Cette position radicale, comme nous le verrons plus loin, a été relativisée depuis. Si le sens ne relève pas de la sémantique, de la sémiotique, etc., reste le problème de la signification, le sens des signes, les signifiés accouplés aux signifiants. Deux positions complémentaires viennent ici clarifier le débat. D'une part, les signifiés ne sont pas directement saisissables. Ainsi, Irène Tamba-Mecz, dans son ouvrage sur La Sémantique, écrit-elle: «Les signifiés sont-ils directement perceptibles? Non, puisqu'ils passent obligatoirement par des formes signifiantes. Sont-ils linéaires? C'est peu vraisemblable...» Et d'ajouter: «Douteux même, si l'on admet à la suite de Saussure, comme le souligne bien O. Ducrot, que «la signification est la résultante unique, et non pas la succession des signifiés que l'on peut attribuer aux éléments séparés» (Le Structuralisme en linguistique, 1968, p. 49).» (23) Cette observation est essentielle. Le sens est un fait mental synthétique. Il renvoie, comme nous le verrons plus loin, au schème mental. L'usage de 19

la langue, de nature analytique, décompose le sens pour le mieux recomposer au terme de l'énonciation et de la communication. D'autre part, si le sens et la signification ne sont pas atteints en euxmêmes, comment expliquer le rôle de la sémantique? A.J. Greimas fait intervenir alors le concept de transcodage. Ainsi écrit-il: «Du coup l'immense travail accompli pour éviter la rencontre avec le sens non seulement se justifie en soi, mais prend un nouveau sens pour nous: les procédures dites de description et de découverte du niveau du signifiant deviennent, pour la sémantique, des procédures de vérification, qui doivent être utilisées simultanément avec la description de la signification ...Il ne faut pourtant pas se faire d'illusions, ces procédures ne nous renseignent en rien sur le sens, elles ne font qu'établir une corrélation de contrôle entre deux plans indépendants du langage.» (24) Et d'ajouter: «La signification n'est donc que cette transposition d'un niveau de langage dans un autre, d'un langage dans un langage différent, et le sens n'est que cette possibilité de transcodage.» (24).

3. THÉORIE DE LA SCHÉMATISATION LANGAGE

DU

Les perspectives générales des sciences cognitives, de la psychologie du langage, de la sémantique, de la sémiotique et de la sémiologie ont montré que toutes abordent, à leur manière, le problème de la relation de la pensée et de la langue. L'intelligence artificielle a une position logique; la psycho-linguistique avec J. Piaget cherche à définir la relation pensée-langue; la sémantique et la sémiotique évitent, dans un grand nombre de cas, mais pas toujours, comme nous le verrons par la suite, le problème du sens. Nous sommes donc renvoyé à une synthèse de ces différents apports à partir de la théorie de la schématisation. Nous serons ainsi conduit du schème-sens au schéma textuel. Chemin faisant, nous découvrirons la problématique du schéma mémoriel neuronal et, comme le dit Fodor, du «langage de la pensée».

3.1. LE SCHÈME-SENS Comment établir le lien entre la cognition, le langage et la communication ? Les pages précédentes ont montré que la physio-psychologie et la psycholinguistique débouchent sur le schème mental et prélangagier et sur le sens et la signification abordés par la sémantique. Le coeur de l' argumentation, ici, est d'identifier le sens, considéré comme une globalité structurée et le schème mental, perçu comme intuition structurée. C'est ainsi 20

retrouver les apports déjà examinés de la structure cognitive. Le lien est fait par Jean Piaget quand il écrit: «C'est ce schématisme prélogique, imitant encore de près les données perceptives tout en les recentrant à sa manière propre, que l'on peut appeler pensée intuitive» (26), et plus loin, il parle du «schème intuitif» (27).

3.2. DU SCHÈME MENTAL AU SCHÉMA MÉMORISÉ ET NEURONAL Si le schème mental est structuré, porteur de sens, intuition, il est aussi compréhension globale. Il est un fait cognitif conscient préludant à l'intervention du langage. Encore faut-il en donner des exemples. Le problème du geste, de la mémoire, du reflexe et de l' automaticité apporte un premier éclaircissement de la pensée sans langage. IL VAPERMETTRE DE PASSER DU SCHÈME-SENS CONSCIENT AU SCHÉMA MÉMORISÉ, NEURONAL ET INCONSCIENT. L'ouvrage de synthèse sur les sciences cognitives de Georges Vignaux permettra de faire le point sur les interprétations actuelles de la motricité. Cette dernière repose, initialement, d'une part, sur la relation de l'homme et du monde, sur ce que Jean Piaget appelait après L.V. Bureau l'accommodation et l'assimilation, et d'autre part, sur les activités mentales et gestuelles de la réception et de l'émission. Elle comprend dès lors une opération de perception suivie d'une autre, de réaction. 3.2.1. Les concepts de schème et de schéma Le centre de ces opérations fait intervenir les concepts de schème et de schéma. Une théorie des schémas a été développée par Schmidt (Vignaux, ibid., p. 193). Ce dernier rappelle les différences, selon lui, entre schème et schéma: «L'idée de schéma est ancienne en psychologie cognitive: un «schème moteur» serait une règle s'appliquant aux propriétés de l'organisme et, en ce sens, le schéma se définirait comme «un espace de problèmes dans lequel il est pertinent (d'où la nécessité d'élément déclencheur, condition initiale du schéma) et par sa puissance (son caractère algorithmique par exemple» (pailhous, Bonnard, 1989).» (28) Observons, avant d'aller plus loin, que ces définitions du schème et du schéma ne sont conformes ni aux études effectuées sur ces deux termes, ni à nos propres conceptions qui en sont en partie induites, mais qu'elles relèvent principalement d'une projection dans le domaine psycholinguistique des théories de l'intelligence artificielle. Un schème, moteur ou non, n'est pas une règle. C'est un phénomène mental, un objet mental si l'on 21

veut, préconceptuel. Qu'il soit structuré comme l'a montré Piaget, qu'il fasse intervenir une ou plusieurs règles n'invite pas à confondre l'analyse logique et le phénomène lui-même, même si celle-ci peut être utile et même nécessaire. D'autre part, un schéma n'est pas un espace de problème ce qui, d'ailleurs, ne veut rien dire. Un schéma est laformulation langagière textuelle, graphique, mathématique de la compréhension logique que l'on prend du réel. Qu'il réponde ainsi à un espace de problème, ou plus justement à la formulation d'une structure, d'un modèle ou d'un système, qu'il prépare la création d'un appareil ou d'une machine, etc., dans un espace donné ne gêne en rien son caractère langagier, inscrit, symbolique. Le schème est un fait mental, donc subjectif; le schéma est un fait langagier, comportant donc un signifiant, une forme objective. Cette dichotomie claire pose cependant un problème dès lors que l'on aborde la question du «langage de la pensée» de Fodor et, principalement, le problème de la mémorisation du schème mental, fait conscient, sous la forme d'un schéma mémorisé, musculaire, neuronal, inconscient, redevenant un schème mental par son évocation dans la conscience. IL FAUT ALORS ÉTENDRE LE SENS DU MOT SCHÉMA. LE SCHÉMA LANGAGIER PEUT DEVENIR UN SCHÉMA NEURONAL, INSCRIT DANS LA MÉMOIRE, DONC LANGAGIER AU SENS, PRÉCISÉMENT, DU LANGAGE DE LA PENSÉE (BUJEAU, DERRIDA, FODOR). 3.2.2. La relation motricité schème-schéma mémorisé dans l'étude de la

Ceci dit, l'application de la théorie du schème-schéma dans l'étude de la motricité est ici d'une importance capitale dans la recherche sur la cognition. Elle pose en effet, en plus de la question de la pensée sans langage, celle du rôle fondamental de la mémoire, du réflexe, de l'automatisme humain et plus généralement de la relation entre pensée inconsciente et consciente. Deux opérations, consécutives ou non, paraissent possibles au niveau de l'apprentissage d'une part, de l'action et du geste, notamment, d'autre part. La première consiste à faire passer du schème mental conscient au schéma inconscient, mémorisé par la répétition, de nature musculaire, neuronale et biochimique, en posant la question de la localisation de la mémoire, des mémoires dans le cerveau. Ainsi, Georges Vignaux, synthétisant les travaux de Pailhous, écritil: «... cette spécification produit non pas le geste mais la structure du geste; par exemple lorsqu'on fait exécuter un geste de très nombreuses fois, dans 22

des conditions initiales identiques, ce geste peut devenir complètement programmé...» (29) Ce processus est celui de tout apprentissage et, au-delà, de toute pédagogie. La répétition suppose alors le passage progressif d'une activité consciente reposant sur les schèmes mentaux, à l'intégration dans la mémoire et l'inconscient de ces schèmes qui se transforment alors en schémas neuronaux et moteurs. Quand l'apprentissage est ainsi achevé, il ne pose pas problème quant à son existence mémorisée puisqu'il constitue un programme susceptible de se réaliser automatiquement, voire d'être évoqué dans sa continuité en faisant passer le schéma neuronal dans l'acte cognitif et conscient par l'évocation de schèmes mentaux, ici, sensori-moteurs. Cette opération ne concerne pas, remarquons-le, seulement la motricité. Elle explique aussi l'ensemble des opérations intellectuelles d'apprentissage. La question alors posée concerne la procédure d'engrammation, de fixation naturelle des informations et de leur organisation, de leur structure cognitive. A ce point, on sait bien que le processus de récapitulation qui fait intervenir le plus souvent le langage, mais pas obligatoirement (le déroulement visuel pouvant être utilisé seul), constitue la procédure d'écriture, d'inscription dans la mémoire. La deuxième opération consiste à repartir de ces schémas réticulaires neuronaux pour produire, ici, le geste. Là encore, la synthèse de Pailhous par Georges Vignaux est éclairante. Elle fait alors intervenir une série de phases: «a) à la base de tout geste, il y a un schéma; b) le rôle du schéma dans la production du geste est plus ou moins important; c) ce schéma doit être spécifié dans ses paramètres; d) cette spécification produit non pas le geste mais la structure du geste... e) cette spécification «non schématique» nécessite l'utilisation de réafférences; 1) ces réafférences associées à tout geste ne sont pas nécessairement réutilisables dans le contrôle du geste... g) ces réafférences interviendraient non dans le contrôle du geste mais dans le contrôle du déroulement du programme et, dans ce cas, ce ne serait pas des réafférences du geste lui-même qui seraient utilisées mais celles de ses propriétés structurelles correspondant à son schéma et nécessitant dès lors un traitement central au niveau cognitif...» (30) Si, à l'occasion de l'exécution du geste, une perturbation survient par rapport au schéma mémorisé au niveau neuronal, alors «il y a recours général à des processus cognitifs [schèmes], souvent conscients portant non sur le projet mais sur le schéma. Cela implique que soient liés en mémoire le schéma moteur et les réafférences qui lui correspondent...» (31) Et, rappelant les relations effectuées par Schmidt entre schéma et réafférences, il écrit : «L'évocation du schéma moteur [schème] induit celle du schéma de réafférences en tant que structure générale du geste.» (32)

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3.2.3. Le schéma mémorisé comme écriture synthétique de la pensée
Au terme de ce rappel des conceptions interprétatives de la motricité, et, au-delà, de la cognition, on peut observer qu'on est en présence, par l'apprentissage de structures, de programmes, de projets qui, au plan cognitif, sont de nature schémétique et s'inscrivent en mémoire sous la forme de schémas neuronaux par répétition, récapitulation, ces dernières opérations constituant la «plume» de fixation dans l'automatisme inconscient. Dans tous les cas, le langage peut intervenir ou ne pas intervenir. Dès lors, plusieurs hypothèses peuvent être envisagées par généralisation : la mémoire inconsciente n'est-elle pas constituée de schémas neuronaux réticulaires prêts à être évoqués dans la cognition consciente par des schèmes? La mémoire, dans ce cas, n'est -elle pas un écrit, une fixation volontaire dans la conscience, des schèmes venus de la perception par des schémas neuronaux? Ces schémas musculaires et neuronaux ne sont-ils pas un écrit synthétique de l'esprit, par la production et la conservation de traces biochimiques dans le cerveau? L'écriture électronique des ordinateurs, l'écriture physico-chimique des textes manuscrits ou imprimés traditionnels n'est-elle pas précédée par une écriture schématique du cerveau, par des traces qui constitueraient autant de signifiants? L'évocation, dans la conscience, des schémas neuronaux par des schèmes ne constituerait-elle pas le sens préludant à l'intervention du langage? C'est, autrement dit et développé, 1'hypothèse formulée vers les années 1960 par Derrida dans «De la grammatologie». Dans ce cas, la théorie de la schématisation constituerait l'épistémologie de la bibliologie. Dans tous les cas, les schèmes mentaux préludent aux schémas neuronaux mémorisés et, inversement, ceux -ci, par leur évocation, recréant des schèmes mentaux avant ou en même temps que l'action, constituent des phénomènes cognitifs de compréhension globale, structurés pouvant apparaître dans la conscience sans donner lieu à une énonciation verbale.

3.3. DU SCHÈME MENTAL-SCHÉMA MÉMORISÉ ET NEURONAL AU LANGAGE Le schème mental et son complément mémoriel, le schéma mémorisé, ont été mis en évidence à l'occasion de l'étude de la motricité. Il convient d'aborder la relation entre le schème, considéré cette fois généralement, et le langage. 24

3.3.1. La relation schème-concept De nombreux travaux ont porté récemment, dans les sciences cognitives et en matière de connexionisme, sur le schème et le schéma comme structure cognitive présymbolique. Elles approfondissent ainsi les théories antérieures qui se sont développées de Kant à Jean Piaget. Elles le font dans plusieurs directions: le schème est une sttucture cognitive; la mémoire est composée de schémas (engrammation du schème), le schème et le schéma neuronal sont présymboliques; le schème est l'image mentale du concept. Le schème est organisé, il est sttucturé. Ainsi, Francisco Varela, Evan Thompson et Eleanor Rosch reproduisent les conceptions de Mark Johnson : «Les êtres humains ... possèdent des structures cognitives très générales nommées schèmes d'images kinesthésiques: par exemple le schème du récipient, le schème de la partie et du tout rels, [ils] possèdent

...Ces

schèmes s'originent

dans l'ex-

périence corporelle, [ils] peuvent être définis en termes d'éléments structuune logique élémentaire

... Ainsi,

pour le schème du

récipient, les éléments structurels sont «intérieur, frontière, extérieur», sa logique élémentaire est «dedans ou dehors» ... Les schèmes-images se constituent à partir d'activités et d'interactions sensori-motrices et apportent de la sorte une structure préconceptuelle à notre expérience vécue.» (33) Les travaux des connexionistes assurent à leur tour le passage du schème au schéma hors de l'intervention des procédures symboliques. Ainsi, Paul Smolenski, dans un ouvrage publié sous la direction de Daniel Andler, aborde-t-ille passage du schème au schéma: «L'un des concepts symboliques les plus importants est celui du schème... Les schèmes figurent dans de nombreux systèmes d'I.A. sous fonne de cadres, de scripts ou de structures analogues: ce sont des paquets d'informations préorganisées qui permettent de faire des inférences dans des situations stéréotypes ... Je résumerai brièvement les recherches sur les schèmes dans les systèmes connexionistes ... Ce travail porte sur les schèmesrelatifs aux pièces d'un logement. On avait demandé aux sujets de décrire quelques pièces imaginaires ... Ayant calculé des statistiques sur la base de ces données, on s'en servit pour consttuire un réseau contenant un noeud pour chaque trait, et contenant les connexions calculées à partir des données statistiques ... La salle de bain prototypique est un schélna d'activation.» (34) Et d'ajouter: «Les schèmes ne sont pas de vastes structures de données symboliques, mais des formes potentiellement très complexes de maxima d'harmonie...» (35) 3.3.2. Un modèle de transfert du schème-schéma mental au langage
Le problème qui demeure essentiel, à ce point, est le passage du schème, fait mental conscient, mémorisé en schéma neuronal, au concept et à l' acqui-

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