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Thérapie corporelle des psychoses

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158 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296297593
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THÉRAPIE CORPORELLE DES PSYCHOSES Des enveloppements aux massages »
((

Collection Santé, Sociétés et Cultures dirigée par Jean Nadal et Michèle Bertrand
Peut-on être à l'écoute de la souffrance, en comprendre les racines et y apporter des remèdes, hors d'un champ culturel et linguistique, d'un imaginaire social, des mythes et des rituels? Qu'en est-il alors du concept d'inconscient? Pour répondre à ces questions, la collection Santé, Sociétés et Cultures propose documents, témoignages et analyses qui se veulent être au plus près de la recherche et de la confrontation interdisciplinaire.

Déjà parus:
Le corps dans la psyché, sous la direction de M.L. Roux et M. Dechaud-

Ferbus. Ethnopsychiatrie maghrébine, A. Aouattah. Les somatisations, Y. Ranty. Toxicomanies et lien social en Afrique (Les inter-dits de la modernité), B. Doray. L'homme maghrébin dans la littérature psychiatrique, R. Berthclier. Promouvoir la santé, Dr. M. Bass. Le diable et le bon sens. Psychiatrie anthropologique de l'Afrique Noire à l'Europe, D. Schurmans. Une psychiatrie moderne pour le Maghreb, Gh. El Khayat. Les cu/tes du corps. Ethique et sciences, B. Andrieux. L'enfant et l'eau (sous la direction de 1. Le Camus, J.-P. Moulin, C. Navarro).

Ce livre qui recueille un certain nombre de conférences par Georges Pous a été conçu par les soins de l'Association pour l'Enseignement de la Psychothérapie de Relaxation (APEPR), siège social CMME Ste-Anne, 100, rue de la Santé, Paris 14e @ L'Hannattan, 1995 ISBN: 2-7384-2970-X

Georges PODS

THÉRAPIE CORPORELLE DES PSYCHOSES
((

Des enveloppements aux massages»
Préface de Francis Pasche

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Préface

Ce recueil que je suis fier de présenter est le fruit d'une longue expérience, novatrice à bien des égards, et d'une profonde réflexion. TInous parle du corps, du corps comme voie d'accès à la psyché, à laquelle, rappelons-le, il est indissolublement lié. Il Y a des syndromes en psychiatrie, ce sont les plus graves, qu'on ne peut se contenter d'aborder par l'analyse verbale des propos du patient. La psychanalyse, en ce qui concerne les névroses, se pratique selon les règles de la curetype plus ou moins aménagées; pour ce qui est de son application au traitement des psychoses, Georges Pous plus que tout autre nous a démontré qu'elle nécessitait de la part du thérapeute une action physique sur le corps du patient, mais très strictement définie et dans une ambiance affective vigilante et soutenue. Tout au long du livre, ces techniques seront minutieusement décrites et justifiées, je voudrais pour ma part essayer de mettre en évidence leur parallélisme, inapparent au premier abord, avec les principes de la cure-type si elles sont naturellement adaptées au matériau bien différent des propos que le névrosé tient au psychanalyste. La psychanalyse ne se réduit pas à faire revivre par le transfert les situations de l'enfance, c'est aussi une expérience correctrice de ces situations, comme Evelyne Kestemberg l'a bien vu. Correctrice mais non pas au sens de « constructions» de processus qui n'auraient jamais existé dans l'inconscient du patient et que le psychanalyste lui injecterait. Tout au contraire, 5

car cette correction ne doit porter selon nous que sur le cadre, lequel est censé réaliser les meilleures conditions, qui n'ont pas été remplies dans le passé, pour que justement l' intervention du savoir préétabli du psychanalyste soit réduite au minimum. Celui-ci doit se borner à découvrir, à percevoir, ce qui est en son patient et le lui montrer sans plus. Qu'est-ce que le cadre? L'organisation des limites externes du « territoire» du sujet, autrement dit la reconstitution de caractéristiques essentielles (1) du milieu maternel où il s'est développé: ce qui le circonscrivait, l'enveloppait, le soutenait et c'est en cela que consiste la correction. La périodicité des séances et leur règlement, la fixité des horaires, la consigne de non-agir et de parler (etc.) mais aussi des limites - les parois du cadre - plus subtiles: le silence de l'analyste, son refus de dialogue; et enfin, ce qui se fait peu à peu au long de la cure, l'étoffement du pare-excitation psychique. Le travail entrepris en mettant fin à l'oubli, levée du refoulement et éclairage nouveau des souvenirs préconscients, nourrissent à mesure la représentation, jusqu'alors très lacunaire, qu'il s'était fait de lui-même. Nous n'apportons donc rien au matériau qu'il nous soumet, mais nous lui permettons de l'utiliser pour renforcer le rempart qu'il doit opposer à la fois au monde extérieur traumatisant et à la pression interne continue de ses pulsions et de leurs coups de boutoir. C'est que tout sujet dispose de deux pare-excitations, l'un cutané, l'autre immatériel. L'existence de celui-ci le plus souvent inconscient est révélé par l'angoisse que provoque son absence ou sa perte. D'innombrables contes et mythes développent ce thème: l'homme qui a perdu son ombre, celui qui a perdu son reflet dans la glace, les gémellités maléfiques... etc. L'un des effets de la psychanalyse classique est donc d'y remédier, dans des cas d'ailleurs ou l'insuffisance de cet écran protecteur ntest que partielle. Dans la psychose elle est totale
(1) Pas toutcs ; naturellement pas les échanges de caresscs. Uniquement celles qui renforcent les défenses du Moi et approfondissent l'insight. 6

et s'aggrave d'une carence du pare-excitation matériel, de la peau. Celle-ci est en somme la dernière ligne de défense dont le Moi dispose, la plus sûre aussi, le pare-excitation psychique en est l'avant-poste. La peau, que les travaux désormais classiques de Didier Anzieu nous ont fait bien connaître, a de multiples fonctions où le physique et le psychique, le concret et le symbolique s'articulent et se combinent. C'est à la fois, par la matérialisation des limites corporelles notre protection contre le monde extérieur, et l'une des voies principales d'accès à ce monde. C'est en particulier l'organe qui assure le contact le plus proche avec les objets de notre tendresse et de notre désir. Chez le psychotique tout se passe comme si cette enveloppe perméable n'assurait plus sa fonction de limite et de protection (ni d'accueil), le filtre est devenu passoire. Les excitations excessives d'origine externe ne sont plus stoppées aux frontières de ce territoire le plus sien, et celles d'origine interne ne sont plus contenues. Tout entre et tout sort, lui semble-t-il, contre son gré et à sa grande angoisse. II se vide de sa substance et ne peut rien opposer aux invasions du dehors. Pour se défendre il fait de sa peau, normalement si vivante par le sang qui l'irrigue et la musculature qui la double, malgré les cellules mortes qui la revêtent, une chose (ce que l'autiste fait des objets qui l'environnent afin de constituer les pièces de son armure). Ceci lui permet de rester indifférent aux changements de température, aux chocs, aux coups. Mais de ce fait, son enveloppe n'est plus sienne; il s'en est dessaisi; il va devoir s'infliger des blessures qui dépassent le seuil de la douleur pour reprendre conscience de ses limites. Il se coupera, se brûlera, provoquera autrui et le remerciera s'il est frappé assez fort (2).
(2) On remarquera qu'il doit ~tre l'agent de ces agressions, fut-ce en les provoquant ou en leur donnant son agrément, alors qu'il ne supporte pas la moindre initiative d'effleurement de la part d'un objet qu'il ressent comme vivant. 7

fi ne s'agit pas de masochisme, ou pas seulement, car nous

sommes « Au-delà du principe de plaisir ». il s'agit pour le
sujet de se convaincre de sa propre existence. C'est un problème de vie ou de mort à la fois physique et psychique, car ce qu'il redoute par-dessus tout, c'est de perdre son identité. Les techniques préconisées et mises au point par Georges Pous ont pour objet de rendre vie à la peau, au pare-excitation matériel mais elles sont complétées par le renforcement du pare-excitation psychique. Celui-ci: reflet, représentation de soi-même, fait tout à fait défaut au psychotique. Notre auteur va s'employer à poser les bases de son édification qui sera peut-être parachevée par une thérapie verbale. On sait que l'autiste est apprivoisé en imitant ses mouvements, ses gestes, ses onomatopées, ses chantonnements, ses cris. De façon analogue, le psychotique a besoin que son corps soit décrit par le thérapeute, que celui-ci fonctionne en somme comme une chose réfléchissante, COlnmeun miroir. Un miroir magique qui convertirait le reflet en écho. Il reçoit l'image de son patient et la lui renvoie en mots.

Que se passe-t-il au cours de ce

«

massage )Jo si particulier

dont il sera question dans ces pages? D'une description à

haute voix de la topographie de la surface du corps « massé )Jo
dans ses moindres détails: un naevus ici sous l'omoplate droite, une touffe de poils là, un peu à gauche sous les reins etc. Un masseur aveugle échouerait, l'expérience a été faite. En même temps que le praticien presse sur la peau recouvrant l'armure musculaire et engage le patient à réagir à la pression exercée par une contraction active. Cette pression évoque celle que le bloc de silence de l'analyste exerce sur l'analysé en l'incitant à associer, ce qui est comparable à l'appel à la contre-pression du somatothérapeute. Quant à la part verbale de la relation ce n'est, pas plus que dans la psychothérapie, une conversation, puisque ce n'est que le relevé à haute voix des particularités du site que constitue la surface cutanée avec la mise en évidence de l'appropriation par le sujet de ce qui innerve cette surface. Le psychanalyste de la eure-type fait part à son patient de ce qu'il perçoit de l'inconscient de celui-ci à travers le maté8

riau associatif qui lui est présenté. Georges Pous présente au sien, comme le Chat Botté*, l'étendue du domaine à conquérir et lui en fait ainsi prendre possession avec la façon de le gérer.

L'analogie se complète de ce que Freud appelle le te transfert positif» nécessaire au succès de la cure, c'est-à-dire les sentiments positifs que le psychothérapeute doit faire en sorte, par son attitude manifeste et ses dispositions profondes, de susciter chez celui qu'il a en charge. L'Auteur s'étend avec raison sur la sollicitude toute maternante du personnel affecté au tepack», comme sur le comportement à la fois respectueux et chaleureux de celui qui procède à ces « massages ». Je n'ai naturellement envisagé dans cette préface que l'un des multiples aspects de la théorisation et de la pratique développés par Georges POllS. Mon propos a été de montrer que cette technique ainsi étendue et pratiquée se trouve être une frappante transposition de la pratique analytique dont elle peut être, dans les cas les plus favorables, la condition d'application. C'est dire l'intérêt que cet ouvrage présente, en particulier pour le psychiatre et le psychanalyste. Francis Pasche

(*) Note

sur le chat botté

L'ogre est possesseur de la terre, des bêtes et des gens qui vivent dessus, comme la mère retient en elle le corps et l'âme du psychotique. Ce psychotique, il s'agit de le délivrer, de lui faire prendre possession de cette âme et de ce corps captifs. C'est à quoi le chat botté va s'employer. n commence par prescrire une sorte de pack au fils du meunier (la fausse noyade) cc qui débarrasse celui-ci de l'enveloppe (les guenilles), que sa condition, l'état de serf de l'ogre, lui imposait; et, lui donne la nouvelle enveloppe (les beaux habits) qu'il ambitionne pour lui. Puis il destitue progressivement l'ogre de ses domaines en faveur de son protégé, en les lui faisant explorer à mesure. Enfrn, le chat botté, Moi auxiliaire du héros affronte l'ogre. Objet enclavé jusqu'alors en cdui-ci, il l'incorpore en le mangeant; ainsi il s'identifie, et le flls du meunier en même temps, à son pouvoir et l'en délivre. 9

Introduction

1. Histoire des thérapies corporelles

Dans une réflexion sur les divers modes d'abord corporels que nous pratiquons avec des patients psychotiques, la théorie psychanalytique nous servira de référence principale. C'est en pensant à la psychanalyse, et à l'importance qu'elle accorde à l'histoire, qu'il m'a paru nécessaire de commencer par une réflexion sur notre passé. Notre passé, c'est l'utilisation depuis des siècles, d'interventions sur le corps des psychotiques, interventions à prétention de plus en plus nettement thérapeutique. Nous retrouvons dans l'histoire de la psychiatrie toutes les techniques corporelles que nous utilisons actuellement. Nous y retrouvons également beaucoup des motivations qui nous les font, encore maintenant, utiliser. Les questions que je me pose sont, à la lumière des connaissances actuelles sur la psychose, qu'est-ce qui en valide encore l'utilisation? En quoi l'abord corporel aujourd'hui est-il en continuité ou en discontinuité avec ce qu'il était hier? En quoi une réflexion sur hier peut-elle nous permettre de mieux comprendre ce que nous faisons aujourd 'hui ? Mon projet n'est donc pas précisément de présenter une fresque historique de l'abord corporel, mais bien de m'appuyer sur cette histoire pour comprendre ce que nous faisons. Il est vrai que l'Antiquité a eu quelques idées pour le traitement des aliénés (bains à Epidaure, applications froides) en particulier des traitements de choc (jeter les insensés du haut Il

d'une falaise dans les eaux de la mer Tyrrhénienne après les avoir attachés à des oiseaux marins destinés à ralentir leur chute). Il semble que toute idée thérapeutique ait ensuite à peu près disparu, en tout cas de thérapie qui ne soit pas basée sur la religion. Le Moyen Age considérait la folie comme l'œuvre des démons, ou du surnaturel, et le traitement final en était souvent la prison ou le bûcher. On retrouve l'idée du traitement de choc dans cet exemple: on plongeait la tête

des patients sous l'eau, le temps de dire la prière du

«

mise-

rere ». Les traitements de choc sont certainement la principale constante de la thérapie de la folie; nous ne les avons d'ailleurs pas abandonné.

Le siècle de Louis XIV est celui du « grand renfermement»
des fous avec les autres déviants ou miséreux de la société. Ce sera l'aboutissement d'une époque où la maîtrise de la folie se sera constamment manifestée par la maîtrise du corps: tortures, bûcher, chaînes, prison, etc. Cet état se perpétuera encore longtemps puisque la Révolution de 1789 verra Pinel libérer les aliénés de leurs chaînes à Bîcêtre. Mais à partir de la deuxième moitié du xvm. siècle des traitements de la folie seront envisagés, ils lieront folie et médecine. Michel Foucault regroupe les idées thérapeutiques de cette époque sous quatre chapitres: 1/ Consolidation: il y a dans la folie, même sous ses formes les plus agitées, toute une composante de faiblesse qui concerne les « esprits» (éléments fragiles qui font communiquer le corps et l'âme) et les « fibres », il faut leur redonner une robustesse, donner aux esprits assez de solidité pour résister aux « vapeurs». « Les odeurs les plus puantes» pennettent ce renforcement. L'absorption de fer est également recommandée. 2/ La purification: lutter contre l'encombrement des viscères, le bouillonnement d'idées fausses, la fermentation de vapeurs et de violences, la corruption des liquides et des esprits. Pour cela certains préconisent les transfusions sanguines, d'autres cherchent à « dériver» les matières corrompues par la création de blessures et de plaies qui dégageront l'infection hors de l'organisme. Les brûlures et les maladies de peau 12

pourront être provoquées dans ce but: à la fin du siècle on prendra l'habitude d'inoculer la gale dans les cas les plus rétifs de manie.

Pour

«

dissoudre les fermentations )II on préconise le café,

le quinquina et aussi l'absorption de savon. Les applications de vinaigre sont également recommandées. 31 L'immersion: c'est l'idée de pureté et de renaissance. Le XVlic siècle redécouvre le bain comme traitement de la folie, le bain comme moyen d'imprégnation du corps. Comme le note Vigarello (1) dans « Le propre et le sale la croyance pendant plusieurs siècles aura été que l'eau peut s'infiltrer dans le corps par les pores: le bain les ouvre et laisse le corps
)II

menacé par les maladies:

«

Le bain hors l'usage de la méde-

cine en une pressante nécessité est non seulement superflu mais très dommageable aux hommes. Le bain extermine le corps et, le remplissant, le rend susceptible de l'impression de mauvaises qualités de l'air, les corps les plus lâches sont les plus maladifs et de plus courte vie que les fermes. Le bain emplit la tête des vapeurs, est ennemi des nerfs et ligaments qu'il relâche, en sorte que tel n'a jamais senti la goutte qu'après s'être baigné... Tue le fruit dans le ventre des mères, même lorsqu'il est chaud... déclare un docte médecin du xvn. siècle. Au xvmc siècle de nombreuses théories contradictoires vont se développer à propos de l'eau: l'eau chaude qui amollit et chauffe la surface est aussi celle qui rafraîchit l'intérieur du corps; l'eau froide qui resserre et refroidit, renvoie la chaleur à l'intérieur du corps. L'effet mécanique de l'eau sera alors considéré et amènera l'utilisation de la douche, nouveau traitement de choc: il s'agit explique Pinel «de détruire jusqu'aux traces primitives des idées extravagantes des aliénés ce qui ne pouvait avoir lieu qu'en oblitérant pour ainsi dire ces idées dans un état voisin de la mort (une idée que nous retrouverons à propos d'autres thérapies plus récentes). D'où les fameuses techniques utilisées dans les asiles: la dou)II )II

(1) VIGARELLO, e propre et le sale, Paris, Seuil, 1987. L 13

che proprement dite 4(l'aliéné fixé sur un fauteuil était placé au-dessous d'un réservoir rempli d'eau froide qui se déver-

sait directement sur sa tête par un large tuyau ; et les bains de surprise: « le malade descendait des corridors au rez-dechaussée, et arrivait dans une salle carrée, voûtée, dans laquelle on avait construit un bassin, on le renversait en arrière pour le précipiter dans l'eau». 4/ La régulation du mouvement: « si la folie est agitation irrégulière des esprits, mouvement désordonné des fibres et des idées, elle est aussi engagement du corps et de l'âme, fixation à des idées. Il faut rendre au corps et à l'âme la mobilité qui fait leur vie, il faut susciter chez le malade un mouvement qui soit à la fois régulier et réel, en ce sens qu'il devra obéir aux règles des mouvements du monde ». La marche, la course sont préconisées. Sydenham recommande les promenades à cheval dans les cas de mélancolie et d'hypochondrie. Le balancement de la mer est considéré comme un régulateur privilégié de la mobilité organique, on recommande donc les voyages, qui en plus 4(changent les idées ». Le mouvement est à la fois une «mise au pas», il prescrit son rythme, et un appel constant à l'esprit pour qu'il sorte de lui-même et rentre dans le monde. Masan Cox utilisera au début du XIXe siècle une « machine rotative» : les malades qui étaient placés à l'intérieur de ces machines étaient rapidement sujet à des vertiges et à des nausées, ce qui amenait une modification de leur état psychique. Un résumé des thérapies préconisées dans les quatre formes de maladie reconnues à l'époque est paru dans « les médications recommandées dans les diverses maladies de l'esprit» (in 4(journal de médecine », 1785): ccLa Frénésie» : cette terrible maladie est la moins difficile à guérir de toutes les affections du cerveau... Il faut débuter par de grandes saignées et commencer par celle du pied qu'on répétera deux ou trois fois; ensuite on passera à cel1e de l'artère temporale et de la jugulaire, en les faisant toujours plus grandes et copieuses, les boissons seront abondantes, délayantes et antiphlogistiques. Dans l'intervalle de chaque saignée, on donnera s'il est possible deux lavements, l'un
)to

14

purgatif, l'autre émollient... dès le moment de l'invasion de la maladie, on rasera la tête, ou on coupera les cheveux, on y appliquera ensuite un bandage qu'on appelle bonnet d'Hypocrate et on aura soin de le tenir toujours mouillé en l'humectant avec des éponges trempées dans un mélange d'eau et de vinaigre froid».
4(

La Manie» : saignée avec hardiesse mais prudence si la

maladie est ancienne. Les purgatifs sont encore plus impor-

tants que les saignées... « Les bains et les douches seront longtemps poursuivis pour les maniaques et le moyen de les rendre efficaces est de les alterner avec des purgatifs, c'est-àdire de purger un jour et baigner l'autre... Les cautères, les sétons (séton : faisceau de crin passant sous la peau : entrée et sortie), les ulcères artificiels seront utiles dans tous les cas en suppléant aux évacuations qui se font difficilement ». « La Mélancolie» : si les accès sont violents et font craindre un reflux sanguin, il faut saigner hardiment », mais ne pas purger trop vite»... avant de purger, il faut délayer, détremper, commencer à mettre en fonte cette humeur visqueuse qui est le principe de la maladie, dès lors la marche est connue. Des tisanes légères apéritives, le petit lait, quelques prises de crème de tartre, des bains tièdes, un régime humectant; on passera ensuite aux fondants plus actifs, comme aux sucs d'herbes, aux bols savonneux, aux pilules composées avec la gomme ammomoque, la crème de tartre et le mercure doux; enfin quand l'humeur sera redevenue mobile, on pourra purger. ~~ L'imbécillité»: A propos de la musique: depuis la Renaissance, la musique avait retrouvé les effets thérapeutiques que lui avait prêté l'Antiquité - guérison d'un homme tombé dans une mélancolie profonde en lui faisant entendre
4C

des concerts de musique Gui lui plaisaientparticulièrement».

Guérison d'un délirant en faisant chanter pendant un de ses accès une petite chanson qui réveille le malade, lui fit plaisir, l'excita à rire, et dissipa pour toujours le paroxysme» on cite même des cas de « frénésie» guérie par la musique. Notons que jamais ces observations ne prêtent à interprétation psychologique. Si la musique guérit c'est en agissant sur 15