Tomber sept fois, se relever vide...

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Gabriela Campbell, jeune avocate à l'adolescence épineuse et à l’esprit revanchard, tombée sous le charme d'une magnétique héritière, se replonge dans les douloureux méandres du passé. Une quête de vérité qui la guidera sur les traces de son enfance à Rio de Janeiro. Mais à trop vouloir panser le passé, le risque n'est-il pas de figer son seul avenir?


C'était un beau matin ensoleillé, le genre de matinée où vous pensez que rien ne peut vous arriver...


Publié le : jeudi 22 janvier 2015
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EAN13 : 9782332703101
Nombre de pages : 190
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-70308-8

 

© Edilivre, 2015

Première partie

 

VOUS POUVEZ VOUS ENTOURER DE TOUT LE CONFORT MATERIEL POSSIBLE, SI VOUS NE POSSEDEZ PAS L’ESSENTIEL, VOUS NE POSSEDEZ RIEN…

Comme à son habitude, Gabriela coupa le contact de sa mini cabriolet devant le 1125 Ocean Drive. Le ciel avait déjà revêtu depuis longtemps son épais manteau noir lorsqu’elle rentrait chez elle exténuée, après une journée aussi longue que compliquée. La jeune femme habitait un spacieux appartement d’une de ces résidences plutôt huppées de Santa Monica. Un endroit confortable et moderne, équipé de piscine, centre de fitness et sécurité à l’entrée du bâtiment.

Non sans une certaine lassitude latente, elle déposa ses clefs sur le bar, enclencha machinalement son répondeur, puis se servit un verre de Vosne-Romanée 1997. Elle ne buvait que ces grands crus, du moins depuis qu’elle pouvait s’offrir ce luxe. Elle appréciait tout particulièrement cette complexité en bouche, si caractéristique au Bourgogne, « le sang du diable comme le décrivait si bien Baudelaire » se plaisait-elle à penser. Comme presque tous les soirs, elle avait un message de Kate, sa meilleure amie, qui la suppliait de se délester un peu du poids conséquent du bureau, et de venir la rejoindre au Red Floor sur Wilshire boulevard, un de ces endroits à la mode où l’ambiance semblait toujours assurée.

– « Salut Gaby, c’est moi, décroche ! Tu ne réponds pas non plus sur ton portable, tu devrais t’en débarrasser tu sais, il ne te sert vraiment à rien si on ne peut pas te joindre dessus !! Je suis au Red, viens me retrouver y a une super ambiance. Allez un petit effort ! Je t’attends ! » S’enthousiasmait la jeune femme au bout du fil, alors que la musique assourdissante qui couvrait sa voix était sur le point de faire exploser le répondeur. La voix pétillante de son amie ne manqua pas d’esquisser un léger sourire sur le visage tendu de la jeune avocate. Kate en bon concentré d’énergie qui se respecte, répandait un vent de gaieté permanente dans son atmosphère. Et c’est exactement ce qu’aimait Gabriela chez son amie, cette gaieté répandue avec tant de panache. Kate exerçait en tant que kiné dans un centre spécialisé de la ville où elle s’occupait d’enfants handicapés. Elle répétait souvent que les gens n’avaient pas le droit de se plaindre tant qu’ils possédaient la santé et qu’il fallait profiter de chaque instant offert… Sa passion dévorante pour l’existence venait sans doute des trop nombreux exemples de vies brisées auxquels elle se confrontait quotidiennement et peut-être un peu aussi de ses cours de méditation bouddhiste qu’elle suivait assidûment, le moment présent…

Gabriela était une jeune femme en parfaite forme physique, bien qu’émoussée par ses nombreuses heures passées au bureau, mais elle ne possédait pas vraiment cette énergie joviale vous insufflant l’envie de dévorer chaque instant. D’âpres saveurs mélancoliques imprégnaient largement la jeune femme au regard sombre.

Une réussite brillante dans ses études de Droit en avait pourtant fait l’une des jeunes avocates les plus courtisées de Californie. Son statut renommé dans un cabinet de prestige à Beverly Hills, son luxueux appartement dans l’un des quartiers résidentiels de la ville ainsi que son physique particulièrement avantageux l’érigeaient pourtant en véritable modèle de réussite. Gabriela en pleine force de l’âge, du haut de ses trente ans fraîchement cueillis, reflétait une parfaite image de beauté. Un regard noisette délicieusement insaisissable, une longue chevelure brune caressant délicatement ses reins ainsi qu’une allure légèrement nonchalante ne laissaient que bien rarement indifférent. Elle le vérifiait d’ailleurs à de trop nombreuses reprises au travers de toutes sortes de sollicitations de prétendants avides de tant de charme.

Elle voyait bien de temps en temps ce garçon, Mark, parfait représentant du cliché golden boy en réussite, et surtout prêt à tout pour conquérir le cœur de la jeune femme… L’homme avait fait appel aux services de Jones&Cost quelques mois auparavant, le cabinet où exerce Gabriela, et avait été frappé d’un véritable coup de foudre. Complètement fou de la jeune avocate, il s’entêtait à la séduire à coups de bouquets de fleurs et de grands restaurants, un piètre classique… Un large excédent matériel contre bien peu de matière spirituelle. L’attraction ne semblait donc pas vraiment réciproque. Gabriela le trouvant charmant parfois, mais se lassant bien rapidement de sa présence, ne le classait en aucun cas dans ce que l’on peut qualifier de rencontre majeure, mais plus aisément dans celle de passe-temps.

En dépit de sa réussite, pour laquelle elle avait dû ardemment se battre, Gabriela ne possédait aucun entrain réel, aucune fascination pour la vie et par conséquent bien peu de plaisirs… elle tentait désespérément de combler un vide latent en s’entourant d’une vie matérielle confortable et de longues heures passées chez Jones&Cost.

Elle réalisait là tout à coup, sirotant un grand cru dans son spacieux appartement, que le bonheur ne serait jamais une denrée palpable à coups de dollars. C’était donc vrai alors ! On l’avait mise en garde maintes et maintes fois sur son chemin vers la réussite, refusant obstinément d’y prêter garde. Elle, partie de rien, qui avait dû en baver pour réussir, qui oserait lui faire croire que l’argent ne l’aiderait en rien à panser ses plaies ?

C’était pourtant cette triste réalité qui s’étalait maintenant sous les yeux de la jeune femme. Il fallait bien se rendre à l’évidence, elle qui maintenait enfouie de profondes blessures, et toute cette tristesse qui la rongeait à petit feu. Elle qui avait occulté cette douleur depuis de longues années maintenant, espérant retrouver goût à la vie au moyen d’une réussite brillante. Quelle belle mascarade ! Songea-t-elle, avant de terminer son verre d’une gorgée et d’allumer une cigarette.

*
* *

A cet instant précis, l’interphone retentit dans l’appartement aux tons gris clair, Gabriela abandonnée à ses aigres pensées sursauta, elle n’attendait personne et se dirigea pensive vers le combiné avant de décrocher :

– Oui j’écoute !

– C’est moi Gaby, ouvre ! C’est Kate !

– Oui oui je t’ai reconnu t’inquiète pas ! Répondit la jeune avocate sur un ton railleur.

– Celle-là ne lâche jamais prise ! Pensa Gabriela amusée par tant de pugnacité car elle se doutait du petit numéro qu’était venue lui faire son amie. Kate était restée la même qu’à UCLA, l’université de Los Angeles, où elles s’étaient rencontrées. Le hasard les avait réuni dans la même chambre dès leur première année de fac. Le courant étant immédiatement passé entre ces deux là, elles étaient rapidement devenues inséparables. La porte s’ouvrit, Kate apparut l’air agacé. Sa jupe écossaise, son chemisier blanc et ses cheveux châtains attachés, lui donnaient des airs de collégienne britannique. Elle s’avança dans la pièce :

– te voilà enfin madame je ne prends pas la peine de répondre aux appels de mes amis ! Tu as un souci, t’es malade, je sais pas, trouve une bonne excuse en tout cas ! Lança-t-elle agacée.

– Excuse moi Kate je suis un peu crevée avec tout ce boulot je…

– Tu sais que tu devrais décompresser un peu ma vieille, sinon…

– Je sais, je sais… mais écoute ce soir je ne me sens pas vraiment d’humeur…

– Change de disque tu veux bien ! Rétorqua Kate sur un ton encore plus agacé, j’ai 30 ans aujourd’hui, une envie folle de fêter ça, et tu me sors que t’es pas d’humeur ! Elle la fixait, les mains sur les hanches afin d’amplifier le mécontentement.

– Comment ai-je pu oublier ! S’en voulût soudain la jeune avocate. Heureusement, elle avait eu un éclair de lucidité quelques jours auparavant, lorsqu’elle s’était rendue à la boutique préférée de Kate pour lui acheter la robe qu’elle dévorait des yeux depuis des semaines. Elle se précipita dans sa chambre et en ressortit avec le paquet, espérant atténuer l’état de vexation de son amie.

– Je suis vraiment désolée de ne pas t’avoir appelé aujourd’hui, tiens c’est pour toi, joyeux anniversaire ma Katie ! Lui glissa-t-elle totalement confuse. Elle lui tendit la boîte recouverte de papier cadeau argenté. Kate resta bouche bée un instant, finalement étonnée que son amie n’ait pas totalement occulté l’événement, avant d’arracher avec empressement l’emballage impatiente d’en découvrir le contenu. Un cri de joie s’ensuivit.

– WAOUH ! Alors là tu as fait fort Gaby ! Comment tu savais que…

– Eh bien quand une femme reste en extase devant un objet à chaque fois qu’elle passe devant la vitrine, c’est en général un signe assez fort… Elles éclatèrent de rire. Kate, folle de joie sauta au cou de son amie.

– Bon je te pardonne mais tu aurais pu m’appeler quand même, tu sais que ça a plus de valeurs à mes yeux que n’importe quel cadeau !

– Oui, je sais, excuse-moi encore, marmonna-t-elle désolée…

– Bon, maintenant filons rejoindre le reste des troupes resté au Red, car j’étais juste passée pour te ramener par la peau des fesses !! Ils nous attendent ! Lança-t-elle surexcitée.

Gabriela ne pouvait maintenant plus refuser l’invitation de son amie, d’autant plus qu’un vendredi soir, elle n’était en rien censée se rendre au bureau le lendemain. Elle se trouvait vraiment à court d’arguments.

– Laisse-moi juste enfiler ma nouvelle robe et on y va ! Tu vas voir, c’est à mes pieds qu’ils vont être tous ces mâles pour une fois !! Lança Kate sur un ton amusé.

– Je n’en doute pas une seconde, rétorqua Gaby en esquissant un sourire complice à son amie. Le temps d’enfiler sa robe, et la porte de l’appartement claqua, en route pour le Red Floor.

– Tu es vraiment resplendissante dans cette robe, tu vas faire un malheur dans ton tout nouveau rôle de jeune trentenaire tu sais !

– Merci, c’est vraiment un superbe cadeau que tu m’as fait là, j’avoue que j’en rêvais ! Allez en route ! S’écria-t-elle d’une voix explosive, la nuit est à nous ! Elle augmenta le son de l’autoradio qui laissa exploser un « Girls Just wanna have fun » dans la nuit.

*
* *

Lorsque Kate poussa la porte du Red Floor, une puissante vague de chaleur et de vacarme s’abattit sur les deux jeunes femmes. L’endroit était bondé, comme pour tout bon vendredi soir qui se respecte. Elle entraîna Gabriela vers la table de ses amis en se trémoussant frénétiquement afin de leur frayer un chemin, ce qui ne manqua pas d’amuser la galerie et d’attirer quelques sifflets enthousiastes. A cet instant précis, le souhait le plus cher de Gabriela aurait été de trouver la sortie de secours…

L’ambiance surchauffée ainsi qu’une musique énergique, diffusaient le parfait cocktail pour se laisser aller à la fête, mais la jeune femme n’en ressentait nullement les symptômes. Le son bien trop fort à son goût empêchait toute discussion de plus de trente secondes. Elle commanda un verre de vin afin de passer le temps…

Tandis que le reste du groupe se dandinait dans tous les sens, avec bien évidemment Kate en chef d’orchestre, Gaby avala la dernière gorgée de son second verre avant de sortir fumer une cigarette. Elle se posa un instant sur un banc, non loin de l’entrée du bar, alluma une Marlboro light et en tira une longue bouffée. Le trafic était encore dense à cette heure-ci sur le boulevard. Elle repensa à l’âpreté de sa prise de conscience un peu plus tôt dans la soirée…

– Remarquable entrée dans le bar tout à l’heure ! Gaby, surprise d’être interrompue dans ses pensées par une voix inconnue de surcroît, se retourna et découvrit une jeune femme aux traits d’une exquise finesse qui lui décrocha un large sourire.

– Je m’appelle Samantha, mais tout le monde m’appelle Sam. Enchantée.

Elle alluma sa cigarette avec nonchalance. Elle regarda Gabriela en attendant une réaction de sa part, mais celle-ci restait parfaitement immobile. Elle fixait Samantha, ses longs cheveux châtains, et surtout ces yeux profonds, si purs qui lui avaient déclenché une onde de choc. Quelle intensité dans le regard ! Se-surprit-elle à penser, avant de se décider enfin à émettre un son :

– Gabriela, pardon, je suis un peu étourdie, mais tout le monde m’appelle Gaby, enchantée également.

Gabriela saisie par un sentiment qu’elle ignorait jusqu’alors se sentît particulièrement troublée par la présence de cette douce apparition. Samantha en jeans et veste de cuir marron dégageait une fragilité sauvage, presque animale. Son regard métal la fascinait, l’aimantait presque, et elle ressentit une irrésistible attraction envers cette jeune femme. Elle s’en trouva d’ailleurs immédiatement contrariée.

– Qu’est-ce qui t’arrive, une femme enfin c’est ridicule ! S’offusqua-t-elle. Les stéréotypes de nos sociétés reprirent un instant le dessus dans l’esprit de Gaby, mais il sembla néanmoins parfaitement indéniable que quelque chose de bien plus insaisissable venait de la percuter…

– Je disais, quelle entrée spectaculaire tout à l’heure avec votre amie, répéta Samantha qui sentit son interlocutrice quelque peu déstabilisée.

– Oui je sais, elle ne peut pas s’empêcher de se faire remarquer, je crois que c’est un véritable hobby chez elle ! En plus elle fête son anniversaire ce soir, alors…

– Je crois que même sans elle, vous auriez fait une entrée sensationnelle…

Gabriela n’était pas sûre de saisir correctement le contenu du message, elle regarda Samantha interloquée. Celle-ci se contenta de lui sourire, visiblement nullement décidée à clarifier son propos. La jeune avocate luttait de toutes ses forces pour ne pas rougir, ne sachant absolument pas comment se comporter. Elle tripotait nerveusement son briquet qui finit par lui échapper des mains. Elle, l’avocate ambitieuse qui n’hésitait pas à prendre la parole devant d’intransigeants auditoires, ne maîtrisait absolument plus rien du moment.

– Merci, répondit-elle timidement, elle écrasa sa cigarette parterre afin ne pas avoir à regarder Sam dans les yeux de nouveau.

– Je vais retourner à l’intérieur, bonne soirée, balbutia timidement Gaby en prenant soin de ne pas croiser ce regard qui l’avait tant chaviré.

– Bonne soirée, répondit Sam en la regardant s’éloigner, à bientôt peut-être…

*
* *

De retour dans le bar, Gaby particulièrement troublée retrouva la petite troupe à peu près dans l’état où elle l’avait quitté, chantant et dansant à en perdre haleine sur des tubes dans l’air du temps. Elle se fraya un chemin tant bien que mal en direction de son amie :

– Kate, je vais rentrer, je me sens vraiment KO.

– Tu es sûre ?! Déplora son amie, la soirée bat son plein, reste encore ! Et puis c’est moi qui t’ai amené, comment tu vas rentrer hein ? Insista-t-elle.

– T’inquiète pas, c’est pas si loin, je vais prendre un taxi. Je t’appelle demain.

Kate n’eut même pas le temps de rétorquer, que son amie se dirigeait déjà vers la sortie. Il fallait fuir cette étrange sensation qui l’aimantait et l’effrayait en même temps. Elle se retourna une dernière fois avant de pousser définitivement la porte des lieux, et tomba immédiatement dans le regard ensorceleur de Samantha qui la fixait du comptoir.

Une fois sortie du bar, la jeune femme décida finalement de marcher jusqu’à son appartement, l’air frais lui ferait le plus grand bien. Elle descendit le Wilshire boulevard en direction de l’océan. La vie nocturne battait son plein, le trafic était dense, des groupes de jeunes gens se dirigeaient dans les divers endroits branchés du boulevard, où de gigantesques panneaux lumineux donnaient à la ville des allures de Vegas. Elle repensa à cette rencontre qui l’avait profondément troublée quelques minutes plus tôt. Gabriela réalisa malgré elle l’indéniable attirance éprouvée envers cette sublime jeune femme. Une sensation comme elle n’en avait jamais ressenti auparavant. Un sentiment qui vous prend aux tripes et que rien ne dissipe. La jeune avocate déambulait sous les néons du gigantesque Boulevard, totalement abasourdie par cette prise de conscience.

De retour à son appartement, malgré son extrême fatigue, Gabriela eût bien du mal à s’endormir. Deux pensées se partageaient la totalité de son esprit, le sommeil n’y trouvant guère de place. Elle se releva, bût un verre d’eau, s’alluma une cigarette, en prit une longue bouffée avant que ses pensées ne l’envahissent de plus bel. Il fallait absolument revoir cette fille, bien que ce soit une fille… Elle devait approfondir ce sentiment frénétique, tellement nouveau. Et puis sans se l’avouer vraiment, mais parce qu’elle crevait d’envie de ressentir une fois encore cette sensation qui vous donne l’impression d’être cruellement en vie. A la seule pensée de la jeune femme, son corps tout entier se languissait.

Sa seconde résolution nocturne, beaucoup moins érotique, retourner au Brésil sur les lieux de son enfance, pour y approfondir les raisons de la disparition de sa mère, qui avait anéanti Gaby ainsi que toute sa famille depuis tant d’années maintenant et qui l’empêchait tout simplement de vivre. Totalement éreintée, la jeune femme finit par tomber de fatigue, recroquevillée sur le sofa du salon.

*
* *

Les premiers rayons du soleil ne tardèrent pas à s’immiscer et à bientôt inonder la pièce. Gaby grimaça, agressée par la luminosité perçante, il était encore tôt et la nuit avait été courte, mais pas question de se prélasser pour autant. Elle enfila sa tenue de sport et quitta l’appartement pour effectuer un footing sur le front de mer. Elle avait toujours utilisé le sport comme moyen de recharger efficacement les batteries.

La plage était encore presque déserte, seule une poignée de joggeurs matinaux ainsi qu’une minorité de fêtards terminant leur soirée s’y croisaient inopinément. Le soleil encore clément à cette heure-ci, laissait place à une délicate atmosphère printanière. Un moment encore paisible avant que la frénésie citadine ne reprenne ses droits.

Malgré l’effort physique, son esprit ne lui laissait guère de relâche, et son envie de revoir cette fille ne l’avait pas quitté depuis la nuit dernière, bien au contraire. Et puis, elle allait parler à Jim, son directeur de cabinet, il lui fallait quelques jours de congé.

De retour à son appartement, après une douche salvatrice et un rapide petit-déjeuner, elle décida de se rendre au bureau. C’était samedi, mais elle savait qu’il fallait prendre de l’avance sur certains gros dossiers afin d’avoir une chance d’obtenir des congés. Son directeur de cabinet ne serait de retour que lundi, une petite marge en perspective.

En milieu d’après-midi, alors que la jeune femme courbée sur son bureau en chêne massif peaufinait méticuleusement une affaire de fraude qui devait passer en jugement la semaine prochaine, son portable sonna, l’écran affichant le nom de Mark. Elle l’avait oublié celui-là. Gabriela décrocha :

– bonjour Mark !

– Bonjour Gabriela, ravi de t’entendre, j’étais agonisant à l’idée que tu ne me répondes pas ! Lança-t-il sur un ton charmeur.

La jeune femme restait silencieuse, totalement imperméable à ce genre d’approches stéréotypées qu’elle avait souvent eu l’occasion d’expérimenter, il enchaîna :

– j’aimerais beaucoup t’emmener dîner ce soir, si tu acceptes…

– Dîner ça va être compliqué, le coupa-t-elle radicalement. J’ai encore pas mal de boulot, mais retrouve-moi au Red Floor, sur Wilshire vers 22h00, on prendra un verre si tu veux ?

– D’accord, rétorqua-t-il sur un ton mêlant surprise et déception, ce genre d’endroit ne ressemblant guère à la jeune femme, mais elle ne lui laissait guère le choix.

– A tout à l’heure Mark ! Et elle raccrocha, ravie à l’idée d’avoir trouvé un prétexte afin de retourner dans le même bar que la veille, endroit qu’elle ne portait pourtant pas vraiment dans son cœur.

Vers 21h00, décidant enfin d’abandonner ses dossiers pour quelques heures, elle effectua un rapide détour par son appartement afin de se rafraîchir un peu, avant de se mettre en route pour le Red Floor, et d’y retrouver son prétendant.

*
* *

Malgré l’endroit encore bien plus bondé et écrasé d’une chaleur suffocante que la veille, elle ne se découragea pas ce soir là, bien au contraire. Il fallait retrouver Mark qu’elle aperçut au bout de quelques secondes, lui-même en compagnie de Kate. Le gentleman avait visiblement déjà eu le temps de commander, une bouteille de champagne trônait au centre de la table.

– A te voilà enfin ! Tu devrais avoir honte de faire attendre un si charmant jeune homme ! Reprocha Kate à l’arrivée de son amie. Ces deux-là se connaissaient depuis quelques semaines, ils s’étaient rencontrés à plusieurs reprises lors de dîners et Mark avait rapidement trouvé en Kate une confidente sur ses déboires avec Gabriela.

– Désolée, le…

– Oui le boulot on sait, des gros dossiers ! Lui lança Kate agacée par la répétition du discours.

L’avocate s’assit sans même essayer de se défendre. Mark toujours impeccable dans son costume trois pièces gris clair et qui la dévorait déjà des yeux apaisa rapidement les tensions :

– aucun problème, je n’ai pas attendu si longtemps et puis ça en valait vraiment la peine, tu es resplendissante Gaby ! Je te sers un peu de Champagne ?

– Merci, répondit-elle presque machinalement, alors qu’elle balayait déjà les lieux à la recherche de la jeune femme croisée la veille.

Elle l’aperçut enfin, son ventre se noua tel un jour d’examen. Samantha se tenait près du bar, en pleine conversation avec une ravissante jeune femme dont la proximité ne manqua pas de la contrarier. Elle la trouva encore plus belle que la nuit passée. Cette fascinante élégance animale retenait immédiatement toute son attention.

Au fur et à mesure des minutes, la jeune avocate n’intervenait que passivement dans les conversations menées par le banquier très attentionné, la musique beaucoup trop forte en guise d’excuse. Son regard peinait à se détacher de Samantha, qui elle-même concentrait la plupart de son attention sur la jeune avocate depuis son arrivée. Une indéniable attraction naturelle s’exerçait entre ces deux femmes, et elles semblaient en avoir clairement conscience. Lorsque leurs regards se croisaient, Gaby se retrouvait parfaitement liquéfiée, dissimulant avec peine une émotion rugissante en répondant la plupart du temps à côté aux questions de son prétendant. Soudain, elle vit Samantha avancer dans leur direction. Son corps tout entier trahissait sa nervosité, et la jeune femme gesticulait, tremblotait, rougissait, et s’en voulait furieusement de ne rien pouvoir contrôler, à la manière d’une adolescente émoustillée.

*
* *

– Bonsoir Mark ! Bonsoir mesdemoiselles ! Elle regarda la jeune avocate, Gabriela je crois !

Gaby devenue maintenant rouge écarlate, et dont la pression artérielle frisait la rupture répondit avec beaucoup de peines un bonsoir quasi-incompréhensible.

– Bonsoir Samantha, ravi de vous voir ! Lui lança Mark.

– Je n’aurai jamais pensé vous croiser dans ce genre d’endroit, cela ne vous ressemble guère ! lui fit-elle remarquer.

– Oui c’est vrai, mais c’est Gabriela qui me l’a suggéré, et qui pourrait bien refuser d’accompagner une si charmante jeune femme quelque soit le lieu d’ailleurs !

Il la regardait comme s’il s’agissait d’une des sept merveilles du monde.

– Je vous comprends parfaitement, il doit être bien difficile de lui refuser quoi que ce soit…

Tandis que Mark acquiesça, Samantha plongeait son regard clair dans celui de la jeune avocate afin d’amplifier le compliment. Kate qui suivait la scène avec intérêt, observait son amie qu’elle avait rarement vue aussi troublée.

– Bonne soirée à vous, je crois que l’on se voit bientôt Mark ?

– Oui, nous déjeunons avec votre père jeudi midi.

– Parfait à jeudi !

Elle offrit un large sourire...

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