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Tontine, caisses de solidarité et banquiers ambulants

De
251 pages
Des travailleurs des banques commerciales dakaroises en passant par les petits et grands commerçants des marchés et les émigrés sénégalais vivant en France, la tontine change pour s'adapter aux moyens et besoins des participants. La diversité de la participation rejoint naturellement celles des motivations et des finalités. La question demeure de savoir comment la tontine parvient à être un lieu de symbiose entre traditions et modernité, réciprocité et marché, continuité et innovation.
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Chapitre 1 : Introduction

Depuis la crise de l‟endettement et l‟imposition des plans d‟ajustement structurel au début des années 1980, il y a un intérêt grandissant pour la finance populaire. Intérêt des chercheurs qui essayent de comprendre les raisons du succès des tontines (associations rotatives d‟épargne et de crédit) dans les pays africains là où les formes d‟intermédiation financières classiques ont échoué. Intérêt des experts en développement, des organismes de coopération et des ONG qui s‟appuient sur les principes et procédures de la finance populaire pour élaborer des programmes de microcrédit en faveur des catégories sociales laissées en marge du système bancaire. Intérêt des populations elles-mêmes qui étonnent par leur créativité et leur capacité d‟innovation en matière de conception d‟instruments souples et adaptés au contexte socioculturel pour la collecte de l‟épargne et son affectation productive et/ou sociale. S‟il est vrai que les Sénégalais participaient déjà, et depuis fort longtemps, aux tontines, les années 80, marquées par une crise économique profonde, ont favorisé leur éclosion aussi bien en milieu rural qu‟en milieu urbain. La forte mobilité des sénégalais dans l‟espace internationale a contribué à la reproduction de ces pratiques financières populaires dans la plupart des pays d‟immigration. Le dynamisme des tontines face à l‟inertie du système bancaire, soulève des paradoxes et des questions urgentes qui méritent bien d‟être abordées. Paradoxe de la réussite de l‟informel là où le secteur financier moderne a lamentablement échoué et déçu. En effet, les banques commerciales établies au Sénégal n‟ont jusque-là pas réussi à servir plus de 10% de la population active du pays (J-B. Fournier et al. 1993)1. Ce qui signifie que l‟écrasante majorité des Sénégalais est obligée de recourir à des formes alternatives de financement pour satisfaire leurs besoins d‟épargne, d‟assurance et de crédit. Par ailleurs, au milieu des années 80, plusieurs banques ont fait faillite à cause essentiellement de leur incapacité, d‟une part, de s‟ajuster par rapport à l‟environnement socio-économique et, d‟autre part, à recouvrir les crédits alloués à des entrepreneurs politiques puissants tels que les chefs religieux et coutumiers et les responsables du parti au pouvoir. Paradoxe également du recours simultané aux arrangements financiers populaires par des catégories sociales aux conditions socioéconomiques diverses. Des femmes au foyer de Thilogne et de Pikine Médina Gounasse, aux travailleurs des banques commerciales dakaroises en
Fournier, J-B; Camille, G. M. et Giguère, P. (1993), “The definition of a legal and operational framework for mutualist financial network: what the actors have to say. The ATOBMS project experience in Senegal”. In Saving and Development no 3, XVII, p. 332.
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passant par les petits et grands commerçants des marchés et les émigrés sénégalais vivant en France, la tontine, à l‟image du caméléon, change pour s‟adapter aux moyens et aux besoins des participants. La diversité de la participation rejoint naturellement celles des motivations et des finalités. Les motivations d‟ordre psychologique ou social recoupent les préoccupations de nature purement économique et financière. Les désirs d‟accumulation côtoient les obligations sociales de la redistribution. Les besoins de consommations, d‟investissement, de prévoyance et de prestige social s‟accordent intimement dans une même mélodie dialectique. La question demeure de savoir comment la tontine parvient à combiner tout cela en même temps et être un lieu de symbiose entre traditions et modernité, réciprocité et marché, continuité et innovation, etc. Dans la littérature consacrée aux tontines, les chercheurs mettent souvent l‟accent soit sur les motivations économiques, soit sur les considérations sociales, en fonction de leur spécialisation, pour expliquer la participation des individus dans les tontines. Les anthropologues mettent l‟accent sur les relations sociales à l‟intérieur des tontines tandis que les économistes et financiers portent leur attention sur les fonctions d‟épargne et de crédit. En voulant séparer ses deux dimensions, on passe à côté de ce qui fait l‟originalité de ces instruments financiers qui est qu‟ils intègrent dans une fusion dynamique logique sociale et logique économique. Nos recherches font de ce mélange des genres un point essentiel dans l‟explication de la réussite et du dynamisme des tontines au Sénégal. Pour comprendre le dynamisme qui caractérise aujourd‟hui les tontines dans les milieux populaires africains, il s‟avère indispensable de repérer leur ancrage dans les pratiques millénaires de réciprocité et de sociabilité dont les rapports de parenté et de voisinage constituent les principaux supports. Les échanges de dons et de contre-dons au cours des événements sociaux majeurs tels que les mariages, les fêtes religieuses, les funérailles et les baptêmes sont au cœur du lien social en Afrique. Pour certains, comme Adebayo, la tontine existait déjà dans les sociétés africaines précoloniales. Mais elle était enchâssée dans le système de réciprocité qui favorisait la circulation de la main d‟œuvre, des produits agricoles et artisanaux ou encore des bijoux en or ou en argent à la place d‟espèces monétaires. De même que pour Lelart, la tontine a existé avant même l‟usage de la monnaie, il écrit : “Elle (la tontine) a d‟ailleurs préexisté à l‟usage de la monnaie. Elle permettait autrefois de constituer une communauté de travail pour

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rentabiliser les travaux agricoles et pour réparer le toit des maisons quand la tempête s‟était abattue sur le village” (Michel Lelart 1985, p. 93)2. Plusieurs autres auteurs font de ces mécanismes de solidarité communautaire au niveau villageois, les ancêtres des tontines monétaires actuelles (Henry, A.; Tchente, G-H.; Guillerme-Dieumegard, P., 1991; J-R Essombe Edimo, 1995; C. Mayoukou, 1996)3. Ils parlent tous des tontines de travail dans l‟Afrique précoloniale qui se sont transformées progressivement avec l‟introduction de la monnaie en tontines d‟argent. Cependant, des travaux de certains historiens révéleront la présence de systèmes monétaires déjà très complexes dans certaines sociétés de l‟Afrique de l‟Ouest (Jones, 1958; Hopkins, 1966; Johnson, 1970)4. Ainsi, Adebayo défend l‟hypothèse de l‟existence de tontines monétaires déjà avant l‟introduction des monnaies occidentales (Adebayo, 1994)5. Il montre à quel point le système monétaire yoruba était complexe et avait occasionné des changements sociaux profonds sur les structures hiérarchiques de cette société. Les Associations Rotatives Epargne et de Crédit (AREC), que nous appelons ici tontines, étaient l‟une des formes d‟intermédiation financière à cette époque. Elles favorisaient des échanges sociaux équilibrés contribuant à saper les fondements de la hiérarchie sociale des Yoruba basée sur la naissance. Mais quel que soit le rôle que ces systèmes monétaires précoloniaux ont pu jouer dans le développement des échanges en Afrique de l‟Ouest, leur mécanisme de fonctionnement connaissait des limites évidentes liées à la nature même de leur médium en l‟occurrence les cauris. Leur transport est problématique au delà d‟une certaine quantité et ces systèmes monétaires ne disposaient pas de composantes scripturales ce qui limite de manière
Lelart, M., (1985), “L‟épargne informelle en Afrique, Revue des Etudes comparatives, nº14, 2e trimestre, pp. 53-78. 3 Henry, A.; Tchente, G-H.; Guillerme-Dieumegard, P., (1991), Tontines et banques au Cameroun, Karthala, 166p. Essombé Edimo, J-R., (1995), Quel avenir pour l‟Afrique? Financement et développement, Editions Nouvelles du Sud, 172p. Mayoukou, C., (1996), “La réputation, un mécanisme incitatif dans la fonction d‟intermédiation des tontiniers en Afrique Subsaharienne”. Réseaux de Recherche sur l‟Entrepreneuriat, AUPELF-UREF, Note de recherche nº96-57, 19p. 4 Jones, G.I., (1958), “Native and trade Currencies in Southern Nigeria during the Eighteenth and Nineteenth Century”, Africa No 28, 1958, 43-54. Hopkins, A.G., (1966), “The Currency Revolution in South-West Nigeria in the Late Nineteenth Century”, Journal of the Historical Society of Nigeria 3/3, pp. 471-483. Jonhson, M., 1970), “The Cowrie Currencies of West Africa”, The jourrnal of African History 11: 17-49, pp. 331-353. 5 Adebayo, A.G., (1994), “Money, Credit and Banking in Pre-colonial Africa. The Yoruba Experience”, Anthropos 89, pp. 379-400.
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significative leur large utilisation comme moyens de paiement6. Les changements que l‟introduction de la monnaie occidentale par le biais de la colonisation va entraîner dans la vie économique et sociale des sociétés africaines sont sans commune mesure avec ceux qu‟ont pu provoquer les systèmes monétaires traditionnels. Comme le souligne Bouman, l‟introduction de la taxation, des produits manufacturés, de l‟éducation, des cultures de rentes qui est allée de paire avec celle de la monnaie va avoir des effets spectaculaires dans presque tous les domaines de la vie sociale: désarticulation des systèmes de production d‟auto subsistance, bouleversement des habitudes alimentaires et vestimentaires, réforme des modes et procédures de réciprocité, adaptation des mécanismes de solidarité, etc. (Bouman, 1995)7. Les pratiques de réciprocité où domine la circulation des biens matériels vont laisser la place, petit à petit, à de nouvelles formes de réciprocité où l‟argent va jouer de plus en plus le rôle de médium incontournable. Cette monétarisation des rapports de réciprocité est progressive et se manifeste à travers le caractère aujourd‟hui de plus en plus mixte des dons au cours des cérémonies familiales, aussi bien en milieu rural qu‟en milieu urbain. Avant l‟introduction de la monnaie les produits agricoles et artisanaux étaient au cœur des rapports d‟échange et de réciprocité. La dot, les dons et les cadeaux étaient en nature et se comptaient, par exemple, en têtes de bétail. Avec l‟avènement de la monnaie sous sa forme moderne, les contributions versées à l‟organisatrice d‟une cérémonie familiale commencent à être mixtes. Elles comportent ainsi aussi bien des produits agricoles, artisanaux et manufacturés que de l‟argent liquide. Les mbotaay8ou les piye woudere qui correspondent aux arrangements sociaux solidaires articulés à l‟organisation des cérémonies familiales en milieu wolof9 et haalpulaar10 valorisent aujourd‟hui plus l‟argent liquide que les
Le fait que les systèmes monétaires précoloniaux n‟avaient pas de composantes scripturales n‟est pas lié à la connaissance ou non l‟écriture par ces sociétés. L‟écriture était certainement connue à l‟époque précoloniale par la plupart des sociétés sénégambiennes. 7 Bouman, F.J.A., (1995), “ROSCA: on the origin of the species”, Savings and Development, No 2, XIX, pp. 117-145. 8 Les mbotaay en milieu wolof et piye woudere en milieu haalpulaar sont des associations de femmes qui prennent en charge l‟organisation des cérémonies familiales. A chaque fois qu‟une des participantes organise une cérémonie familiale, les autres sont tenues de lui remettre des cadeaux en nature ou en espèces. 9 Les Wolof constituent le groupe ethnique dominant au Sénégal. Ils représentent 43,3% de la population sénégalaises. Ils sont dominants dans les grandes villes comme Dakar et dans certaines zones rurales comme le Baol, le Djolof et le Walo. 10 Les Haalpulaar constituent le deuxième groupe ethnique dominant au Sénégal.
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contributions en nature à moins que celles-ci soient des biens manufacturés appréciés par les bénéficiaires. Les raisons de ce changement du contenu des rapports de réciprocité sont à chercher dans la nature pratique de l‟argent comme moyen d‟échange en ce sens qu‟il favorise une réciprocité équilibrée. Les rapports de genre s‟affirment dans ces relations de réciprocité à travers une division sexuelle des rôles dans l‟organisation des cérémonies. Les hommes se chargent de tout ce qui est rituel religieux tandis que les femmes sont assignées à tout ce qui est coutume et organisation pratique des cérémonies. Dans le cas du mariage, par exemple, les hommes nouent l‟alliance entre les deux familles selon les principes et règles islamiques à la mosquée alors que les femmes accueillent les hôtes et préparent les repas. En plus de ces tâches, les femmes se trouvent être les pivots des rapports de réciprocité. En effet, c‟est elles qui échangent des cadeaux, des dons et des contre dons à l‟occasion de ce genre de cérémonie. Il est vrai que du fait de leur dépendance économique vis-à-vis des hommes ce sont ces derniers qui sont censés leur remettre leurs contributions pour faire face à leurs obligations sociales. Ce rôle essentiel des femmes sénégalaises dans les rapports de réciprocité au cours des cérémonies familiales est, peut-être, une des explications de la prédominance actuelle de celles-ci dans les arrangements financiers populaires à caractère mutuel. On peut avancer l‟hypothèse que les tontines constituent une forme d‟adaptation des relations de réciprocité par rapport à la monétarisation. Une telle hypothèse est d‟autant plus plausible que les tontines semblent tirer de ces modes de réciprocité traditionnels leur modèle d‟organisation, leurs procédures, leur conception de la confiance et du contrôle social. Le principe de la rotation et du hasard, les rencontres périodiques avec leur fonction de socialisation qui caractérisent encore les mbotaay et les piye woudere se retrouvent comme tels dans les tontines. Par ailleurs, il n‟est pas rare que les femmes mettent en place des tontines qui sont destinées uniquement à la prise en charge des événements sociaux au même titre que les mbotaay et piye woudere. C‟est dire que les pratiques financières populaires actuelles s‟enracinent dans une très longue histoire de réciprocité et d‟entraide mutuelle à l‟occasion des événements sociaux. Les mariages, les baptêmes, les funérailles, les fêtes religieuses, les rites de passage correspondent à des moments privilégiés durant lesquels la solidarité entre parents, voisins ou frères de religion se manifeste à travers une prise en charge collective des besoins matériels et financiers que leur célébration requiert. La première
On les retrouve surtout dans la moyenne vallée du fleuve Sénégal. Ils représentent 23,8% de la population du Sénégal. Nos enquêtes à Thilogne et parmi les émigrés sénégalais en France ont essentiellement porté sur ce groupe.

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grande différence entre ces formes traditionnelles d‟entraide et les associations rotatives d‟épargne et de crédit est que les premières n‟impliquent pas l‟égalité à terme entre les contributions effectuées et les prestations obtenues par chaque participant contrairement aux secondes où il s‟établit à la fin du cycle tontinier un équilibre relatif entre ce qu‟on donne et ce qu‟on reçoit effectivement. La deuxième grande différence est que les premières sont fondées sur l‟obligation sociale inhérente aux rapports de parenté ou de voisinage alors que les secondes reposent sur des principes contractuels donc sur la volonté individuelle des participants. Ce livre comporte sept chapitres. Le premier chapitre fait le survol des recherches menées sur les pratiques financières informelles en les replaçant dans le contexte des années 80 marquées par l‟application des plans d‟ajustement structurel qui ont poussé les populations urbaines et rurales à définir des stratégies de survie en s‟appuyant sur des instruments financiers populaires tels que les tontines. Le deuxième chapitre porte sur les tontines à la fois de quartiers et de marché à Thilogne. Il examine notamment le caractère social des tontines de quartiers qui épousent les structures et hiérarchies sociales des haalpulaar de la vallée du Fleuve Sénégal. Au niveau des quartiers du village de Thilogne, les tontines remplissent plus une fonction sociale qu‟une fonction financière ou économique. Les tontines de marché à Thilogne par contre remplissent presqu‟exclusivement une fonction financière et économique dans la mesure où l‟écrasante majorité des participants veulent utiliser l‟argent pour réinvestir dans leurs activités commerciales. Le troisième chapitre porte sur les tontines de quartier, de marché et des lieux de travail à Dakar. Les tontines de quartiers à Dakar bien que gardant les aspects sociaux que l‟on retrouve dans les tontines de quartier en milieu rural ont tendances à regrouper des participants appartenant à différents groupes ethniques et religieux. Elles se spécialisent notamment dans le financement des besoins de consommation mais assument également pour une minorité de participants le rôle d‟un outil financier qui permet l‟accès au crédit pour l‟investissement. Au niveau des marchés de Dakar, les tontines comme d‟ailleurs les banquiers ambulants jouent un rôle capital dans le financement des activités économiques informelles dont les acteurs ont souvent du mal à accéder aux services bancaires. Au niveau des lieux de travail, les tontines remplissent essentiellement une fonction d‟investissement dans l‟immobilier. Le quatrième chapitre porte sur les arrangements financiers informels que l‟on retrouve chez les émigrés sénégalais en France. Les tontines sont introduites en France par les émigrés pour reconstituer leurs identités locales et en même temps s‟assurer d‟une entraide mutuelle en cas d‟adversité. L‟argent des tontines est le plus souvent envoyé vers le pays d‟origine pour aider la famille à faire face aux besoins de consommation et
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pour être investi dans l‟immobilier à Dakar ou dans des activités génératrices de revenus pour des proches. Le cinquième chapitre aborde la question de la confiance dans les tontines. Utilisant les données récoltées sur les trois lieux d‟enquête, nous analysons la construction des relations de confiance dans ces pratiques financières informelles. Nous mettons également en exergue les cas de défaillance et les sanctions imposées par les participants pour limiter le nombre d‟abus de confiance. Le nombre très réduit de défaillances avec abus de confiance montre bien que la peur de perdre sa réputation ainsi que de faire face aux conséquences des sanctions sociales sont les véritables garants du fonctionnement harmonieux de ces pratiques financières informelles. Le sixième se focalise sur les relations entre les tontines, les banquiers ambulants, les programmes de microcrédit et les banques. Il existe bel et bien une articulation entre les trois du point de vue des acteurs impliqués. Les banquiers ambulants jouent un rôle d‟intermédiation entre leurs clients et les banques commerciales dans lesquelles ils détiennent des comptes d‟épargne. Ainsi par le truchement des banquiers ambulants, les banques peuvent attirer la petite épargne qui est souvent négligé du fait des coûts élevés de sa mobilisation. De même, les tontines jouent un rôle essentiellement dans le remboursement des prêts octroyés par les organismes de microcrédit. Les femmes bénéficiaires des lignes de crédit auprès des organismes de microcrédit participent très souvent aux tontines qui leur permettent d‟effectuer les paiements sur leur crédit dans les délais. Nous concluons que ces articulations avec les banques et les organismes de microcrédit sont à développer davantage pour parvenir à une mise en place de produits financiers adaptés aux besoins des agents économiques. Le dernier chapitre revient sur les enseignements que l‟on peut tirer des différents chapitres en guise de conclusion.

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Chapitre 2 Pratiques financières informelles à Thilogne

Introduction Le problème du financement des activités socio-économiques se pose avec beaucoup d‟acuité dans le monde rural sénégalais où on note une absence presque totale des banques commerciales. Ainsi, se développent un peu partout des formes de financement initiées par les populations ellesmêmes. Les tontines viennent s‟ajouter à d‟autres pratiques financières populaires établies depuis fort longtemps; nous pensons par exemple aux garde-monnaies, au recours aux parents, voisins et amis et aux boutiquiers pour l‟obtention du crédit, aux formes variées d‟entraide entre parents et voisins dans des moments d‟adversité. Thilogne, comme tous les villages du Sénégal, est laissé en marge du service bancaire. Il n‟existe aucune banque sur l‟étendu de l‟arrondissement qui regroupe plus de cinquante villages de taille variable. On ne note que la présence de la poste qui fait office de structure financière formelle. Cette dernière se limite au paiement des mandats et des salaires, et à la collecte de l‟épargne. Il n‟existe, par conséquent, aucune institution de crédit dans les environs de Thilogne. La banque la plus proche est située à Ourosogui, à 50 Km du village. Cette situation a pour résultat le faible recours aux institutions financières formelles par les Thilognois. Pour satisfaire leurs besoins de financement, ils font plutôt recours à la famille, aux amis, aux commerçants ou à différents arrangements financiers populaires parmi lesquels dominent les tontines. L‟émergence et le développement des tontines à Thilogne soulèvent une question essentielle. Comment les tontines, dont la logique repose sur des principes d‟égalité entre participants, ont-elles pu pénétrer le tissu social d‟une société hautement hiérarchisée comme la société haalpulaar. Ce chapitre tentera d‟apporter une réponse à cette question en comparant les tontines de quartier, où les aspects sociaux prédominent, aux tontines de marché qui mettent l‟accent sur les dimensions économiques et financières. Les origines des tontines à Thilogne Les tontines, sous leur forme monétaire, sont un phénomène nouveau à Thilogne. Pourtant, il existe dans les quartiers et au niveau villageois des formes d‟entraide similaires aux tontines. Les travaux de construction des maisons, de défrichage et de labourage des champs sont généralement assurés par une main-d‟œuvre collectivisée et rotative en fonction des besoins des familles d‟un voisinage donné. Ces formes d‟organisation sont assez bien répandues en Afrique. On les appelle, dans la littérature consacrée à la finance informelle, des tontines de travail (Nzemen, 1988; Henry A., Tchente G-H. et Guillerme-Dieumegard P., 1991; Lelart,

1985; Bouman, 1994)11. De même, les réseaux sociaux d‟entraide au cours des cérémonies familiales, les piye woudere, s‟apparentent à bien des égards aux tontines. Les femmes font à ces occasions des échanges de biens matériels, d‟argent et de services qui ont un caractère rotatif même si, contrairement aux tontines, il n‟est pas garanti, à terme, un équilibre entre ce qu‟on donne et ce qu‟on reçoit. Les tontines monétaires rotatives ont été introduites dans la zone par le biais des commerçants Wolof et des citadines mariées au village. Ainsi, au niveau des marchés de Thilogne, 5 des 6 tontines ayant fait l‟objet d‟enquête sont organisées par des Wolof étrangers aux villages. De même que les tontines des quartiers sont, le plus souvent, initiées par des femmes qui ont eu un contact prolongé avec le milieu urbain. C‟est le cas d'Aissata, 31 ans et mère de trois enfants. Elle est née et a grandi à Dakar. Elle s‟est mariée avec un jeune thilognois, qui, au moment d‟aller en France, l‟envoie au village pour qu‟elle reste avec ses parents. Quelques mois après son arrivée, elle organise une tontine dans son quartier. Elle vient avec une expertise tirée de sa longue participation dans les tontines de son voisinage à Dakar. Le cas d‟Aissata n‟est pas isolé puisque 8 des 11 tontines ayant fait l‟objet d‟enquête dans les quartiers de Thilogne ont pour responsable des femmes qui ont d‟une manière ou d‟une autre un lien avec la ville. Le fait que le nom que l‟on donne aux tontines à Thilogne soit d‟origine wolof conforte l‟hypothèse que les tontines sont des pratiques financières récentes à Thilogne. On les appelle tegge, ce qui est une déformation du mot wolof tegg qui est également l‟un des noms qu‟on donne aux tontines en milieu urbain. On rencontre les tontines dans deux espaces différents à Thilogne: au niveau des quartiers et dans les marchés. Selon leur lieu d‟implantation, elles connaissent des variations importantes en termes d‟organisation, des critères d‟adhésion, des motivations et de l‟utilisation des fonds qui y sont mobilisés.

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Nzemen, M., (1988), Théorie de Pratique des Tontines au Cameroun. L‟Harmattan, Yaoundé. Henry, A.; Tchente, G-H.; Guillerme-Dieumegard, P., (1991), Tontines et banques au Cameroun, Karthala, 166p. Lelart, M. et Lespès, J.L., (1985), “Les tontines africaines: une expérience originale d‟épargne et de crédit, Revue de l’Economie Sociale, juillet-septembre, pp.157-159. Bouman, F.J.A., (1994), “ROSCA and ASCRA: Beyond the Financial Landscape ». In Financial Landscape Reconstructed”, Westview Press, 1994, pp. 375-394.

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Les tontines de quartiers à Thilogne La relative nouveauté des tontines à Thilogne ne veut pas dire que les pratiques financières informelles étaient absentes de ce village. En fait, les besoins de crédit et d‟épargne étaient pris en charge par d‟autres mécanismes et d‟autres réseaux sociaux. Du fait de l‟absence de structures bancaires, les besoins financiers sont satisfaits par le recours à la famille, aux voisins, aux amis et aux commerçants. Pour l‟épargne, les personnes réputées pour leur probité morale, sont sollicitées. Elles accumulent et thésaurisent l‟argent qui leur est confié dans des cachettes qui sont, souvent, sans grande sécurité. Certains mettent l‟argent dans des pots qu‟ils enterrent dans leurs cases, d‟autres le mettent dans des pochettes en cuir dont ils ne se séparent jamais. D‟une manière générale, ce sont les personnes âgées qui jouent ce rôle de garde-monnaie à Thilogne. Malgré la mise en place au niveau des services de poste de la caisse nationale d‟épargne, ces pratiques sont encore bien vivantes dans le village et dans le monde rural sénégalais d‟une manière générale. Pour l‟accès au crédit, la famille, les amis, les voisins et les commerçants jouent un rôle fondamental. Ils constituent les pourvoyeurs de l‟essentiel des crédits dans le monde rural comme le montre une enquête récente de la Direction Nationale de la Prévision et de la Statistique portant sur les ménages (ESAM, 1998)12. Il est clair qu‟un individu ou un ménage en difficulté s‟adresse d‟abord à son entourage immédiat, c‟est-à-dire à sa famille, à ses amis et à ses voisins, avant d‟aller vers l‟extérieur, c‟est-à-dire les commerçants ou les garde-monnaies. Selon l‟enquête ESAM, 61,5 % des emprunts dans le monde rural sont faits auprès de la catégorie des parents et amis. Les emprunts auprès des commerçants vont jusqu‟à 20,9% tandis que les emprunts auprès des banques ne représentent que 0,5%. Les chiffres de l‟ESAM montrent très bien le rôle essentiel que jouent les réseaux familiaux, d‟affinité ou de voisinage dans la prise en charge des besoins financiers des ruraux. Les tontines constituent des arrangements financiers nouveaux qui viennent s‟ajouter et non se substituer aux pratiques financières anciennes. Mais, on peut se demander si le caractère fortement hiérarchisé de la société haalpulaar - qui est largement dominante à Thilogne - favorise le développement d‟arrangements sociaux égalitaire comme les tontines. En d‟autres termes comment les tontines s‟accommodent-elles des relations sociales hiérarchiques?
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ESAM: Enquête Sénégalaise Appliquée aux Ménages. Direction de la Prévision et de la Statistique. Ministère de l‟Economie et des Finances.

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Participation dans les tontines de quartier et hiérarchie sociale Comme le précise Bouman, le principe de base de la tontine est celui du contrat. Les participants s‟accordent librement sur un certain nombre de points tels que le montant de la contribution, la manière de déterminer le bénéficiaire de la levée, la périodicité des contributions et des levées, etc. A la fin du cycle, abstraction faite de l‟inflation, chaque membre aura reçu exactement ce qu‟il a mis dans la tontine. Autrement dit, à terme, la réciprocité entre les membres d‟une tontine est équilibrée, en ce sens qu‟on donne autant qu‟on reçoit (Bouman, 1995)13. Cela signifie que les participants traitent sur une base égale. Ce qui est exactement le contraire des relations sociales hiérarchiques où les dominants ne coopèrent avec les dominés qu‟avec un certain écart pour ne pas remettre en cause leurs privilèges sociaux. Dès lors, il est important de s‟arrêter sur les critères de recrutement des participants dans les tontines de quartier. Ainsi, la composition des 11 tontines ayant fait l‟objet d‟enquête suit les règles de la hiérarchie sociale. Il y a 8 tontines composées exclusivement de participants issus de la catégorie des Rimɓe14 et de celle des Nyeenyɓe15 tandis que les 3 qui restent ne renferment que des Horɓe (féminin de Maccuɓe16) (Wane, 1965)17. Dans une tontine de quartier à Thilogne regroupant 11 Toroɓɓe, 6 Burnaaɓe et 3 Seɓɓe, les participantes refusent catégoriquement la participation des femmes appartenant à la caste des Maccuɓe. Pour Houleye, 32 ans, mère de quatre enfants et appartenant au groupe des Toroɓɓe, si elles acceptent d‟intégrer les Horɓe, ces dernières en profiteront pour remettre en cause la supériorité des Toroɓɓe, des Burnaaɓe et des Seɓɓe Elle explique:

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Bouman, F.J.A., (1995), “ROSCA: on the origin of the species”, Savings and Development, No 2, XIX, pp. 117-145.
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ɓ se prononce en combinant les lettre B et P en Français. Ny se prononce come gn en Francais come Bretagne. 16 C se prononce th comme dans Thilogne. 17 Wane, Y., (1969): Les Toucouleur du Fouta Tooro, stratification sociale et structure familiale, IFAN, Dakar. Dans ce travail Wane doone une classification détaillée de la hiérarchie sociale Haalpular. La désignation Toucouleur était beaucoup plus usité dans les recherches jusqu‟à récemment. Ici Toucouleur et Haalpular désignent le même groupe ethnique.

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“Il faut être prudent avec les Horɓe parce qu‟elles ne savent pas qui elles sont. Quand on participe dans les mêmes tontines avec des contributions égales, elles n‟hésiteront pas à dirent qu‟elles sont maintenant nos égales. L‟expérience de notre association de quartier, Diokere Endam, est là pour le confirmer. Elles et leurs hommes se sont dit que, comme on participait dans une association démocratique, les Rimɓe et les Nyeenyɓe devaient les servir et puiser de l‟eau pour elles quand elles ont à organiser leurs cérémonies familiales. Cela est inconcevable pour nous les Rimɓe. On peut accepter de coopérer avec eux dans le quartier si et seulement si elles acceptent de rester à leur place”.

En fait, dans les tontines regroupant les Rimɓe et les Nyeenyɓe, les relations entre participants sont construites selon le modèle de la hiérarchie sociale. Ainsi, par exemple, les Nyeenyɓe sont censés servir aux Rimɓe à boire et à manger durant les rencontres. De même qu‟on désigne toujours une Nyenyo (singulier de Nyeenɓye) pour véhiculer l‟information concernant la tontine. Quand il y a un changement dans le calendrier des rencontres, un événement important concernant un des participants, la programmation des rencontres de début ou de fin du cycle tontinier, etc., elle est chargée par les responsables de faire le tour des maisons pour en informer les membres. En contre partie de ces services, les Nyeenyɓe reçoivent des Rimɓe le versement d‟une commission financière quand c‟est leur tour de bénéficier des fonds de la tontine. Quand elles ne reçoivent rien d‟une Dimo (singulier de Rimɓe) qui vient de recevoir la levée, les Nyeenɓye ont le droit de salir son image en chantant: “Dimo rokku, dimo mo rokata yeynaani jam”, qui veut dire traduit littéralement, Dimo donne, une Dimo qui ne donne pas ne veut pas la paix. C‟est le respect de ces principes par les Rimɓe et les Nyeenyɓe qui garantissent la possibilité de la coopération entre ces deux groupes sociaux à l‟intérieur des tontines. Chaque participante occupe une place dans la tontine en fonction de son statut social. L‟exclusion des Horɓe des tontines de quartiers regroupant les Rimɓe et le Nyeenyɓe s‟explique par le refus par les premières de ces principes hiérarchiques. Pour les Horɓe, l‟égalité du montant des contributions dans la tontine pour tous les membres appelle également l‟égalité tout court entre les participants. Les Horɓe sont donc obligées de mettre en place leurs propres Tontines puisqu‟elles ne sont pas acceptées dans les tontines des Rimɓe et de Nyennyɓe. Hawa, 39 ans et mère de 3 enfants, appartient à la caste des Maccuɓe. Elle considère que leur exclusion des tontines du quartier est arbitraire dans la mesure où elles peuvent payer les contributions requises comme toutes les autres participantes appartenant aux groupes des Toroɓɓe et des Burnaaɓe. Elle affirme que les participantes de sa tontine qui sont toutes des Horɓe sont prêtes à accepter la participation de toutes les femmes

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du voisinage sans discrimination. Elle affirme:
« La tontine n‟a rien à voir avec les castes. Ce qui est important c‟est d‟être à mesure de verser régulièrement ses contributions. Je ne vois pas pourquoi on refuse la participation de quelqu‟un qui est honnête et qui peut contribuer le montant requis jusqu‟à la fin de la tontine. C‟est vraiment absurde! En tout cas, nos tontines n‟ont rien à envier à celles des Rimɓe et des Nyeenyɓe ».

La reproduction des clivages entre catégories sociales hiérarchiques dans les tontines de quartier à Thilogne montre bien que ces dernières privilégient les aspects sociaux par rapport aux aspects financiers. La participation dans les tontines de quartier révèle apparemment de la part des acteurs une volonté d‟affirmer leurs appartenances sociales plutôt que celle de bénéficier d‟un service financier. C‟est ce qui explique que les contributions sont très faibles, entre 50 et 2500 F CFA par semaine, toutes les quinzaines ou tous les mois. Tableau n°1: Nombre moyen de participants et montants moyens des contributions et des levées dans les tontines de quartier à Thilogne. Nombre moyen de participants Montant moyen des contributions Montant moyen des levées Nombre de tontines enquêtées
A. Kane : enquêtes de terrain.

28 520 F CFA 14.560 F CFA 11

Le nombre moyen de participants est certes assez important mais il est inférieur du double à celui des tontines de marché. Les tontines de quartier, fondées exclusivement sur les exigences de sociabilité, regroupent d‟une manière générale plus de participants que les tontines de quartiers où il y a un équilibre entre les besoins de sociabilité et les besoins d‟ordre économique ou financier. La première catégorie de tontines de quartier représente ¾ de l‟ensemble des tontines ayant fait l‟objet d‟enquête au niveau des quartiers de Thilogne. Par ailleurs, les montants moyens des contributions et des levées ne rendent pas compte des disparités qui existent entre ces deux catégories de tontines. Les tontines exclusives de sociabilité se caractérisent par des contributions très faibles variant souvent entre 50 et 200 F CFA tandis que les tontines combinant aspects sociaux et aspects financiers se distinguent par des contributions plus importantes entre 500 et 2500 F CFA. Donc les chiffres contenus dans le tableau n°3 ne font que nous donner une idée vague des ordres de grandeur par rapport aux trois variables retenues ici. Cela explique pourquoi le montant moyen des levées au niveau
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des tontines de quartiers soit plus de 22 fois inférieure à celui des tontines de marché à Thilogne. La participation dans les tontines de quartiers à Thilogne n‟est pas très importante comparée à celle des tontines de marché. Le nombre total de participants dans les quartiers de Thilogne ne dépasse pas 313 femmes. En outre, il n‟y a pas l‟enchantement que l‟on a noté au niveau des tontines de marché où certains individus participent dans plusieurs tontines en même temps ou plusieurs fois dans une même tontine. Ce manque d‟enthousiasme par rapport à la participation aux tontines de quartiers ne peut se justifier que par l‟introduction récente de ces pratiques financières populaires. Les tontines de quartiers à Thilogne sont exclusivement de participation féminine comme dans les tontines de quartiers à Dakar et parmi les émigrés sénégalais en France. La dominante sociale au sein de ces tontines semble être la raison principale à cette exclusivité. Elles se réunissent très souvent toutes les semaines ou quinzaines ou bien tous les mois de manière rotative chez les différents membres. La femme qui reçoit le groupe est celle qui doit bénéficier des contributions. Elle a l‟obligation de servir à ses hôtes du thé, de l‟arachide, de la boisson fraîche et dès fois à manger. Les rencontres sont très importantes aux yeux des participantes qui les considèrent comme des cadres d‟expression de leurs problèmes en tant que femmes. L‟expérience que l‟on y gagne vaut autant, sinon plus, que l‟argent que l‟on y retire. Aissata dit en ces termes l‟importance qu‟elle accorde aux rencontres:
« Ce qui est réellement important pour moi, c‟est moins l‟argent qu‟on me donne que le fait de se rencontrer, de discuter et de s‟amuser. Nous nous connaissons toutes les unes les autres et souvent nous rencontrons les mêmes problèmes au sein de nos familles respectives. Le fait d‟entendre les autres parler et banaliser des problèmes que l‟on se croyait être seule à affronter est assez réconfortant. Nous sommes tellement absorbés par les travaux domestiques que l‟on n'a pas très souvent l‟occasion d‟échanger et de discuter, la tontine nous offre cette occasion une fois par semaine. C‟est véritablement pour moi un moment de liberté. Nous avons à peu près le même âge et sommes toutes des femmes, ce qui naturellement facilite la communication parce qu'on n'a pas honte de dire tout ce qu‟on pense. On sait d‟avance qu‟on ne va choquer personne. Le peu d‟argent que nous retirons de la tontine nous sert soit à acheter des ustensiles de cuisine, des effets de toilette, des habits ou à faire face à nos obligations à l‟occasion des mariages ou des baptêmes ».

Ces propos expliquent pourquoi seules les femmes participent dans les tontines de quartier à Thilogne. Les tontines sont perçues comme des espaces de discussion et d‟échange d‟expérience et d‟information entre femmes. Pour garder toute son efficacité, cet espace doit naturellement être fermé aux hommes dont l‟autorité aurait réduit au silence la volonté
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