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TOURISME, ÉTHIQUE ET DÉVELOPPEMENT

De
303 pages
Le développement des pays les plus pauvres par le tourisme sera-t-il durable et éthique ? C'est la question fondamentale que chacun d'entre-nous a le devoir de se poser . Pour tenter d'y répondre, cet ouvrage donne la parole à une trentaine de témoins et d'acteurs du développement touristique dans le monde. Ils proposent des réflexions, des outils pratiques pour l'action ; ils suggèrent des perspectives et des opportunités pour les pays en développement et leurs peuples ; il rappellent l'importance vitale d'investir dans et pour l'être humain.
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OURISME, ÉTHIOUE
ET

DÉVELOPPEMENT

@ L'Harmattan,

2001

ISBN: 2-7475-0988-5

ous la direction de:
Pierre AMALOU Hervé BARIOULET François VELLAS

QURISME, ÉTHIOUE
ET

DÉVELOPPEMENT

L'Harmattan 5-7, rue de J'École-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest - HONGRIE

L'Harmattan ltalia Via Bava, 37 10214 Torino - ITALIE

e Groupe Développement est une organisation humaniste chrétienne de solidarité internationale, apolitique et non-cléricale, créée en 1973 avec l'appui de personnels et dirigeants de plusieurs compagnies aériennes pour venir en aide aux réfugiés équato-guinéens et aux paysans haïtiens. Depuis plus de 25 ans, le Groupe Développement poursuit son activité dans le but de rendre aux personnes touchées par la misère les moyens de mener librement une existence digne et responsable. Dans le domaine du tourisme, il mène des actions visant à luttet contre le tourisme sexuel impliquant des enfants, en lien avec les professionnels du tourisme et mène des activités favorisant le développement durable et responsable du tourisme au Nord comme au Sud. Cet ouvrage a été réalisé avec le soutien de la Commission Européenne (Direction du Développement), le Ministère des Affaires Etrangères et le Secrétariat d'Etat au Tourisme français. . Son contenu n'engage que la responsabilité de son éditeur et ne représente en aucune manière les points de vue de la Commission Européenne ou de ses services.

------------------------------Groupe Développement Bâtiment 106 BP 07 93352 Le Bourget Cedex - France Tél. : 01 49 34 83 13 Fax: 01 49 3483 10 groupe-developpement@wanadoo.fr

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INTRODUCTION
-----------------------epuis quelques décennies, le tourisme a pris une place prépondérante, et en constante progression, dans l'économie mondiale. Causes ou conséquences de cette position éminente, les évolutions sy accélèrent: les concentrations s'accentuent, jusqu'à aboutir à la constitution de mastodontes à tendances monopolistiques; l'impact positif d'Internet sur la démocratisation du marché se confirme; les pays en développement,

plus facilement accessibles,s'ouvrent - trop souvent de manière brutale et
mal préparée - au tourisme international. Mais le développement des pays les plus pauvres par le tourisme . sera-t-il durable? C'est la question fondamentale que chacun d'entrenous a le devoir de se poser!

Lesévolutions constatées - qui recèlent autant de risques que de
chances - imposent de placer l'éthique au cœur de l'activité touristique, d'inventer de nouvelles façons de traduire lespréoccupations et les espoirs d'avenir des hommes dans l'économie moderne globalisée: sera-telle au service du développement humain ou asservira-elle l'homme et l'enfant? Ce choix dépend de chacun d'enfre nous, acteurs institutionnels ou professionnels du tourisme, étudiants, voyageurs conscients. Les entrepreneurs du tourisme connaissent-ils - et sont-ils prêts à adopter - le concept de tourisme durable et responsable? Les étudiants et leurs formateurs sont-ils préparés au respect des Droits de l'Homme dans une économie de marché ouverte et terriblement concurrentielle? Les organisations non-gouvernementales diabolisent-elles toujours le tourisme ou sont-elles disposées à coopérer avec les acteurs du développement touristique et à orienter leurs initiatives? Les gouvernements des pays du Sud ont-ils laferme volonté d'assumer leurs responsabilités et de rechercher avec obstination et persévérance l'intérêt collectif, plutôt que de céder aux pressions (et aux tentations) des multinationales du tourisme? Pour essayer d'apporter quelques réponses à ces questions, le Groupe Développement donne la parole, dans cet ouvrage collectif, à une trentaine de témoins et d'acteurs du développement touristique dans le monde. Ils proposent des réflexions, des outils pratiques pour l'action; ils suggèrent des perspectives et des opportunités pour les pays en développement et leurs peuples; ils rappellent l'importance vitale d'investir dans et

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pour l'être humain, dans un monde sans pitié pour les plus faibles et qui tend à les broyer. Mieux éclairé sur les enjeux du tourisme, ses conséquences, ses interdépendances complexes, ses alternatives, chaque acteur du tourisme pourra - nous n'en doutons pas - mieux mesurer ses responsabilités, gardant la préoccupation constante de protéger la dignité des êtres et leur environnement naturel.

101

r
NE ETHIOUE

POUR
---------------------------------enter de construire des partenariats de développement commercial, privilégiant l'être humain, centre de l'acte économique (p. 23). La parole respectée et échangée fonde la relation d'affaires (p. 24). L'éthique va au-delà de la déontologie, souvent annexée au profit du maintien de la position, de la profession ou d'une protection de ses membres (p. 25). L'éthique se définit comme l'art de la relation juste (p. 26). Le bien commun n'exclut pas la compétition. Il est cohérent avec un combat qui est une lutte de chacun pour une meilleure performance au bénéfice de l'ensemble (p. 31). La propriété doit être perçue dans sa définition humaniste: l'homme est responsable, non seulement pour lui, mais pour le bien de tous. Il a non seulement des droits, mais des devoirs (p. 42). La politique de tourisme culturel doit associer étroitement les actions de sauvegarde du patrimoine culturel et naturel et les activités de mise en valeur touristique, de manière à ce que lespopulations locales bénéficient de retombées économiques mais aussi culturelles et sociales (p. 53). La capacité des générations présentes à transmettre le patrimoine culturel aux générations futures dépendra de la bonne intégration des politiques culturelles fondées sur la valorisation du patrimoine au processus de développement global (p. 53).
Les critères de choix des touristes pour les destinations sont le prix et la qualité des services, mais aussi la qualité et l'authenticité préservée des villes, des paysages, des identités culturelles, des expressions culturelles multiples (p. 55).

LE TOURISME

La protection du patrimoine ne peut plus être de la responsabilité exclusive des experts et une conscience civique doit être développée auprès des communautés
hôtes

comme auprès des touristes pour les associer à cette tâche (p. 56).

III

Il convient de souligner la relation entre l'éthique et les principes de qualité et de durabilité. La qualité signifie satisfaire les attentes justifiées du client sans porter atteinte à l'environnement naturel et humain,. la durabilité vise le maintien de l'activité économique en rémunérant de façon juste lesfacteurs de production (p. 60). Dans beaucoup de pays, la relation traditionnelle à la terre n'est pas conçue, ni concevable, en termes de propriété mais en terme de sacré (p. 71). Le tourisme n'évoluera dans un sens positif que si le consommateur luimême prend conscience de sa propre responsabilité et en vient à orienter l'activité touristique par ses choix et ses rqus (p. 74). Le tourisme socialement responsable doit défendre les droits des enfants (des hommes par extension) (p. 78). Les sept conditions pour un tourisme respecter la culture du pays d'accueil,. environnement,. défendre les droits de individu (quels que soient son sexe, sa socialement responsable sont: évoluer en harmonie avec son l'enfant,. respecter et chérir tout race, ses handicaps, sa religion,

son âge) ,. se présenter etfaire sa promotion en veillant à ce qu'aucune
personne ou destination ne soit dévalorisée,. s'assurer que la manne économique de ses activités bénéficie à tous les secteurs d'une société et notamment aux plus pauvres,. oeuvrer pour les valeurs de paix, de justice, d'harmonie et d'entente entre les peuples (p. 80). Selon les estimations du BIT, il y aurait entre 13 et 18 millions d'enfants qui travaillent dans le tourisme à travers le monde (p. 81). L'industrie du tourisme dispose de peu de déclarations crédibles condamnant cette exploitation. La lutte passe par le versement de salaires corrects aux employés majeurs en sorte que leurs enfants puissent rester à domicile. Ilfaut avancer avec prudence car il ne faut pas que les enfants qui travaillent se retrouvent brusquement à la rue, privés de tout revenu et en proie à d'autres exploitations encore plus graves (p. 83). L'exploitation sexuelle s'apparente à un commerce mondial dépend du mécanisme de l'offre et de la demande (p. 85). qui

Le Code de Conduite repose sur 5 critères que les voyagistes doivent mettre en oeuvre: élaborer une politique interne de lutte contre le tourisme sexuel des enfants, former leur personnel dans les pays d'origine et d'accueil, informer leurs clients, inscrire une clause dans les contrats avec leursprestataires de services hôteliers qui prévoit une dénonciation commune de l'exploitation sexuelle des enfants puis étendre cette clause aux autres fournisseurs, initier un dialogue avec d'autres partenaires locaux dans lespays d'accueil (p. 87).

121

r

c
E DEVELOPPEMENT

---------------------------------a diferlante touristique annoncée par l'GMT mérite d'être nuancée: si le total des arrivées touristiques est proche de 11 % de la population mondiale, seuls 3,5 % des habitants du monde voyagent (p. 95). Le flux national de touristes international (p. 95). est estimé lOfais supérieur au flux

DURABLE PAR LE TOURISME

88 % des déplacements des pays émetteurs se font dans leur zone. La proximité entre pays émetteurs et récepteurs conduit à une configuration du monde en grands bassins (les 3 "méditerranées" eurafricaine, méso-américaine, du Sud-Est Asiatique et Pacifique) (p. 96). Dans l'ensemble des pays en développement, 97 % du flux total d'arrivées se dirigent vers lespays dotés d'au moins une façade maritime (p. 100). Un nombre très faible de touristes peut avoir des conséquences sociales et humaines très importantes et entraîner un choc culturel avec les populations avoisinantes sans rapport avec le faible impact économique procuré (le fossé est de plus en plus grand entre le niveau de vie et les habitudes des touristes internationaux et ceux des populations locales) (p. 114).

Il Y a insuffisance des effets économiques du tourisme dans la mesure où' la majorité des produits destinés au tourisme doivent être importés et réglés en devises. Le déséquilibre des transactions commerciales internationales a parfois pour conséquence de remettre en cause la rentabilité des prestataires locaux de produits touristiques et par conséquent la viabilité des nouveaux investissements productifS dans le secteur tant dans lespays récepteurs qu'émetteurs (p. 125). Il en résulte une diminution de la recette .unitaire et une remise en cause de l'image touristique de la destination ainsi qu'une volonté d'augmenter le nombre de touristes pour retrouver le même niveau
131

de recettes (p. 128). Le risque de rejet du tourisme est d'autant plus élevé que les perspectives d'avancement en qualification et en responsabilité sont faibles (p. 135). Les principaux segments de spécialisation touristique pour les PED sont: le tourisme de découverte des sites naturels, l'écotourisme et le tourisme d'environnement, le tourisme culturel et de patrimoine, le tourisme de loisirs et de détente (p. 135). Le choc culturel et social du tourisme est aggravé lorsque le flux touristique a beaucoup d'intensité dans le temps et dans l'espace mais, sauf à avoir une politique d'isolement, il est inévitable (p. 145).

Le tourisme international est pour l'environnement à la fois facteur de mise en valeur du patrimoine naturel des pays et facteur de perturbation ou de destruction de cet environnement. différence entre l'un ou l'autre réside souvent dans une prise conscience de cet état de fait (p. 147).

un un La de

La standardisation des services touristiques rend les clients exigeants concernant le confort et la qualité des prestations (p. 152). En règle générale, plus de la moitié des recettes en devises d'un voyage forfaitaire retourne aux entreprises de l'industrie des voyages domiciliées dans les pays émetteurs (p. 152). Exception faite des Etats les plus pauvres subissant des conflits internes ou externes, tous les pays ont une chance de se faire une place sur le marché touristique international, à condition de disposer des attractions, des compétences et des marchés nécessaires (p. 155). Le tourisme durable est un des enjeux majeurs de la planification touristique. Ilpermet de rendre compatible l'amélioration des conditions et des niveaux de vie qui résultent du développement et le maintien des capacités de développement des générations futures (p. 157). L'intégration du tourisme dans le développement des autres secteurs est essentielle. Elle doit pouvoir se mettre en place avec des outils telle que la grille de lecture des projets touristiques à partir des indicateurs du tourisme durable. Cette grille sélectionne 16 indicateurs environnementaux et socio-économiques (p. 171). Les priorités des bailleurs de fonds publics s'orientent vers la protection de l'environnement et le développement du secteur privé (p. 178).

141

Le rôle de la société civile est important. Entre le produit touristique et la population locale, les liens sont nombreux et évidents: la population participe à la diifense des actifs touristiques, fournit la main d'œuvre et partage avec les touristes les ressources naturelles. Elle peut être aussi fournisseur de nourritures, de produits d'artisanat et de services corollaires (guides). Pour qu'une population tire un maximum de bénéfices du tourisme, il faut la convaincre que le développement du tourisme va de l'intérêt national et que les populations locales soient associées à chaque étape du processus de développement touristique (p. 183). L'Etat interventionniste a fait place à un Etat promoteur davantage avec le secteur privé (p. 187). qui coopère

L'avantage le plus important pour les PED qui prennent des engagements GATS est le fait d'attirer les investissements internationaux directs et de médiatiser internationalement les intentions du pays (p. 194). Il faut que les politiques de tourisme s'étendent bien au-delà de ce que l'on considère traditionnellement comme le secteur du tourisme pour toucher aux transports, aux télécommunications et aux services financiers (p. 196).

151

r s c
ES STRATEGIES DE DEVELOPPEMENT TOURISTIOUE ---------------------------------a stratégie de développement des groupes hôteliers internationaux dans les pays émergents s'oriente souvent vers un développement en management plutôt qu'en propriété ou en franchise (p. 205). Le besoin en développement hôtelier des pays émergents est immense mais les risques sont grands (un retour sur investissement de 30 % minimum est demandé). Le plus important est l'ensemble des risques liés à la propriété d'actifs dans les pays où le droit n'est pas toujours respecté ou changeant, où les conditions macro-économiques sont incertaines et les pays particulièrement exposés à l'action des spéculateursfinanciers internationaux (p. 205).

Le développement en franchise est généralement parcimonieux; il est dangereux en effet de confier ses marques à des acteurs qui ne partagent pas nécessairement les mêmes valeurs que la maison mère (p. 207).
La meilleure stratégie reste le développement en gestion ou contrat de management, l'hôtelier apporte sa marque mais en conserve le contrôle en assurant la gestion de l'hôtel; l'investissement immobilier étant effectué par des investisseurs locaux (p. 207). Les PME dans le tourisme présentent des traits spécifiques: elles créent des liens très personnalisés avec leurs clients, surtout dans la prestation de services, elles sont réputées à l'écoute de l'évolution de la demande, peuvent réagir vite, ont un niveau supérieur d'innovation de produits (p. 213). Les PME retrouveront la voie de la prospérité si elles savent innover et investir dans le savoir-faire et les logiciels et se lancer dans des nouvelles voies de gestion. Ceci est surtout vrai pour un certain nombre de produits et de marchés "niches" où le prix n'est pas déterminant et où le plus important est le respect de l'environnement (p. 217).

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Les prestataires de services essaient par tous les moyens d'utiliser le canal le plus court et le plus économique qu'est la vente directe; les agences de voyages tentent de fidéliser ce même client en lui proposant davantage de services et de meilleures opportunités économiques (elles disposent de l'offre globale et d'une meilleure capacité de négociation) ; le client final présume qu'il peut béniificier de meilleures conditions en accédant directement sur leurs sites à l'offre des prestataires de services; les CDS proposant des moteurs de réservations aux agences de voyages pour que celles-ci puissent créer leur propre site et conserver leur position d'intermédiaire. Par ailleurs des agences de voyages virtuelles font également leur apparition, parfois sur l'initiative des CDS (p. 224).

171

res c
EMOIGNAGES ET EXPERIENCES DE DEVELOPPEMENT TOURISTIQUE ---------------------------------ne place d'avion inutilisée pendant un vol, ou un lit d'hôtel resté en les bradant jusqu'à la

vide pendant

une nuit, . représente des ressources perdues à tout
rentabiliser

jamais et qu'il faut donc dernière minute (p. 231).

Le nouveau discours de type volontariste qui prétend que la croissance économique, régulée par les lois de marché, débouchera sur l'équilibre écologique et la justice sociale est un leurre. Il déforme la véritable relation qui existe entre société et nature et nous pousse à agir de façon erronée. Il nous amène à capitaliser la nature et à soumettre les communautés locales à la raison économique en les dépossédant de leurs ressources naturelles (p. 237). Les orientations des populations indigènes sont les suivantes: la terre est un don sacré. Aucune activité économique ne doit entraver le bien-être et la satisfaction des besoins de la communauté. L'utilisation optimale des ressources naturelles et humaines doit s'effectuer avec une participation active de la communauté

dans les prises de décisions. La gestion et le contrôle des ressources naturelles doivent s'effectuer selon des principes qui correspondent au mode d'organisation des indigènes et aux formes de vie communautaires (p. 238).
Il existe désormais un nouveau mode de financement du secteur où le tourisme ne constitue plus un objectif prioritaire mais un secteur qui justifie financièrement et économiquement des projets qui n'ont pas le développement du tourisme comme priorité (protection de l'environnement et des ressources naturelles, gestion et amélioration de la qualité et de la mise en oeuvre des plans d'aménagements urbains, amélioration des infrastructures et

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revalorisation des zones urbaines à caractère renfermant des monuments) (p. 246).

historique

ou

Les investissements de l'Etat doivent permettre de développer le tourisme avec des garanties de qualité et de sécurité; les investissements publics doivent susciter un accroissement des investissements privés (p. 248). Le tourisme durable doit avoir pour objectifs de : sensibiliser le touriste par la mise en contact avec la réalité quotidienne du paysan et du citadin pauvre et lui donner la possibilité de soutenir le développement économique; encourager le touriste à visiter les projets gérés par les ONG et les gouvernements; créer un dialogue entre le touriste et l'artisan ou les entrepreneurs pour soutenir l'épanouissement de l'artisanat et de la petite entreprise; garder en tête le pouvoir d'émancipation du tourisme; aider à la création d'emplois et de sources de revenus pour financer des infrastructures communautaires (p. 258). Les populations locales doivent percevoir leur environnement comme un actif permanent et le protéger; ilfaut pour cela les impliquer dans les phases de préparation et de planification du projet, faire appelle plus possible à la population locale et ses ressources pour les activités économiques et mettre en oeuvre une gestion de la destination respectueuse de l'environnement et des principes du tourisme durable (p. 262). Une information aux touristes doit être faite pour comprendre et respecter le mode de vie de la population favoriser l'interaction culturelle (p. 263). l'aider à locale et

Il faut inventer d'urgence de nouveaux outils pour inciter le touriste à choisir de voyager sous des formes qui ne soient pas fondées sur l'exploitation de l'être humain et qui soient viables sur les plans écologique et social. Le touriste doit être conscient de ses responsabilités et le professionnel du tourisme encore plus (p. 269). La demande émergente des touristes exprime une nette tendance à comprendre le monde avec une attitude plus responsable et plus sensible. Cette tendance devrait faciliter la reconversion des infrastructures et la réforme de leurs politiques de tourisme (au moins dans les îles relativement vierges) (p. 272). Le soutien de la population locale est un outil de marketing à la fois puissant et essentiel. Une population active peut faire plus pour

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positionner l'image d'une destination que la meilleure campagne publicitaire (p. 273).
La segmentation doit tenir compte de plusieurs proximité d'un marché émetteur ou l'exclusivité l'accessibilité internationale (vols réguliers et ou par correspondance, variations saisonnières entre transporteurs nationaux et étrangers) et ment des infrastructures de la destination) (p. critères essentiels: la de la longue distance, charters, accès direct des services, rapport intérieure (développe278).

20 I

NE ETHIOUE

POUR LE
TOURISME

211

RIVllEGIER l'ETRE HUMAIN --DISCERNER ET AGIR Un nouveau sens de la responsabilité
n dirigeant d'entreprise a deux façons d'investir dans le tourisme: jouer la carte du profit facile, "du coup", aux résultats éphémères voire prédateurs, ou tenter de construire des partenariats de développement commercial, privilégiant l'être humain, centre de l'acte économique. Ce dernier choix a pour horizon le respect de soi-même et de l'autre, mais aussi le souci des plus vulnérables. Il n'oublie pas pour autant le client, les salariés et les actionnaires, bien au contraire. Il est celui de l'investisseur responsable, dans un contexte de marché où les décisions présentes engendrent l'avenir de tous. La première voie est une impasse. Nous vivons dans un monde à deux vitesses, au moins. Celle du monde des affaires, de l'entreprise, du marché et celle de la pauvreté ou de l'exclusion. Le "premier monde" a accès au pouvoir de l'information et de la décision. Il confond souvent, dans l'hyperconsommation, besoin et désir. Dans l'ordre du besoin, nous réduisons l'autre à nous-mêmes, à un objet, alors que le désir fait accéder à l'altérité, à l'infini, propres à l'humanité de l'homme'. Le "second monde" crée peu à peu un univers parallèle. Tout se met en place pour que ces mondes coexistent avec des passerelles ténues, économiques et sociales. La Parole humaine, réelle, incarnée, ne circule plus. Le citoyen du "second monde" n'intéresse globalement plus l'internaute pressé, enfermé dans le virtueF. La gestion du lien social minimal est alors sous-traitée aux ONG, ou s'auto-organise parfois avec des univers mafieux, quand l'Etat est trop affaibli. Cette situation n'est pas irréversible et nous devons oeuvrer avec audace pour créer des richesses et faire fructifier nos talents. L'industrie du tourisme, plus que toute autre industrie de "services", a la possibilité et le devoir d'être "citoyenne", en contribuant au

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jean-Marie joly

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remaillage du lien social, du tissu économique local, en permettant le développement de programmes responsables, n'oubliant personne. Elle peut contribuer au rapprochement des "deux mondes", en redonnant un espace à la Parole humaine échangée. Elle peut aussi détruire l'altérité avec une violence redoutable. L'éthique du dirigeant sera donc fondamentale pour le bien commun. L'industrie du tourisme évoque souvent dans ses chartes déontologiques et dans ses campagnes publicitaires les beautés exotiques, le bien-être de chacun, les échanges culturels, l'environnement respecté. Son commerce se bâtit sur de belles valeurs: celles de l'échange, de l'hospitalité, de l'ouverture, de la nature préservée. Le tourisme fait rêver au point que l'on n'entende plus parfois les ruptures. Nous sommes habitués à vivre dans une société schizoïde où discours et actes ne correspondent plus, où tout et son contraire s'affrontent. Où commence le mensonge, où est la vérité? Nous voyons dans beaucoup de situations une fracture entre parole et engagement. Le monde politique, servi par les médias, nous a, plus que tout autre, habitués à ces attitudes. Mensonges, corruption, promesses, peu importe: l'important est de détenir le pouvoir et de "faire de l'argent rapide et facile", peu importe ce que subiront les générations présentes .et à venir... Il en résulte une grande perte de force et de crédibilité de la Parole. Pourtant, chacun sait que la Parole respectée et échangée fonde la relation d'affaires. Elle est l'opposé de la violence. Le commerce entre "tueurs" ne mène pas très loin. Ce que les théoriciens du libéralisme nomment le "marché du politique" a déteint sur les pratiques de l'entreprise. Les discours s'y juxtaposent. Valeur de l'homme et guerre économique cohabitent. Il résulte de ce double langage un endurcissement progressif de l'intelligence et du cœur, une déshumanisation de la société entière. Cette dérive se manifeste dans un narcissisme exacerbé où la rencontre de l'Autre n'a plus sa place3. Dans un monde rapide, conflictuel ou de compétition, les questions de la rencontre de l'Autre différent, du respect et de la sauvegarde de l'espèce humaine deviennent des enjeux majeurs.

La question éthique dépasse la déontologie
question éthique passe au cœur de l'homme
dit Alexandre Soljénitsyne dans l'Archipel du Goulag4.

comme le

241

Elle invite à des choix d'orientation pour notre vie. Elle correspond au choix des peuples. La réussite économique, la possibilité de produire des biens et services en abondance ont rendu plus scandaleuses et révoltantes l'exclusion et la pauvreté. Dans un monde de rentabilité, où la réussite s'exprime en langage binaire, la notion des valeurs de la personne et même celle de l'humain s'effritent. Il y a un coût humain de la non-éthique. L'unité du monde, la solidarité de tous les hommes apparaissent plus nécessaires que jamais. Les dirigeants de l'industrie du tourisme ont un rôle majeur à jouer car ce métier se veut lieu de rencontre, d'altérité, de loisirs paisibles. L'opposé de l'ouverture à l'Autre, qui libère, est le mensonge qui enferme. La question éthique est à la mode dans les métiers du tourisme comme ailleurs. L'éthique est supposée aller au-delà de la déontologie, souvent annexée au profit du maintien de la position, de la profession, ou d'une protection de ses membres, quelle que soit la valeur de la critique. Les codes de déontologie musèlent, protègent et enferment leurs signataires. Ils ne libèrent pas et n'ouvrent pas à l'altérité. L'éthique est supposée "ouvrir", faciliter la prise de distance, renforcer le désir et le souci du "bien commun" qui n'est pas la somme des intérêts particuliers, mais l'intérêt général marié à l'intérêt naturel des personnes. Vague venue des Etats-Unis, où l'on se posait la question d'un meilleur partage du gâteau, la "Valse des éthiques"5 hésite souvent entre Parole partagée, recherche de vérité et couscous consensuel, sans sel, ou gargarismes encaviardés politiquement corrects". Nous sommes aujourd'hui devant les enjeux de la responsabilité, sans doute plus proche d'une éthique de la résistance et de l'engagement. Cependant, la tentation du discours et de l'habillage n'est pas absente, comme le montre la naissance parfois suspecte d'instituts d'éthique, de fondations, ou dans les entreprises, de chartes éthiques, de chartes de "clients" ou des "personnels". Certaines n'ont d'autre but que de redorer le blason des entreprises dont la réputation et la crédibilité morale ont été fortement atteintes. Ici interviennent les spécialistes de l'enfumage en matière de "communication" (information), et de la "gestion des ressources humaines"6, Le manque d'éthique, loin de favoriser l'économie, en paralyse progressivement les acteurs. La corruption est le cas le plus extrême. Un directeur d'une grande entreprise du tourisme nous confiait que la majeure partie du temps qu'il passait dans ses négociations était consacrée à l'habillage intelligent des commissions illicites et droits de "péage" divers7. Loin de se limiter aux rackets des "clubs de football" locaux, ces pratiques entachent l'industrie du tourisme de la Russie au Togo et de Manille à Rio. Dans certaines circonstances, la souffrance due au cynisme et au

25 I

manque d'éthique conduit à un grand durcissement des dirigeants: "je tirerai le premier", "je serai un vrai tueur", "je les baiserai" ... A d'autres moments, elle conduit à un désir profond d'engagement pour faire prévaloir le bien de l'homme. Chacun connaît ces moments de discernement où nous avons le choix de cette ligne éthique nous invitant au "souverain bien". La lutte contre la corruption ou la violence a un coût élevé. La résistance qui semblait impossible devient un choix vital pour certains. Il est frappant de voir l'extrême courage de beaucoup de dirigeants. Ils opposent une résistance éthique dans des situations difficiles en refusant mensonge et compromission. De tels témoignages d'hommes et de femmes donnent un profond relief à l'engagement humain fondamentalement créateur. La lumière paisible brillant dans les ténèbres est particulièrement éclatante lorsque les feux d'artifice sont éteints. Par son comportement éthique exemplaire, le dirigeant d'entreprise peut rayonner de la lumière humaine du monde, bien au-delà du visible immédiat. Il est un phare sur la mer du marché. Le discours sur les valeurs humaines, sur l'éthique dans l'entreprise, sur le management par le sens, justifiés et indispensables, comporte cependant des risques de dérapage. Si la valeur de l'homme, si le respect dû aux autres correspondent à une réalité dans certains groupes, l'entreprise du tourisme vit à chaque instant des tensions qui ne s'ajustent pas harmonieusement: loi du marché, fluctuations monétaires ou pétrolières, pression des banques, rémunération de l'actionnaire, besoins du salariat, sont difficiles à concilier. Lorsque l'entreprise s'approprie l'éthique, elle unifie arbitrairement, par le discours, des intérêts divergents. Elle devient alors porteuse d'un discours idéologique. Une limite raisonnable est donc à trouver, au delà des techniques de l'économie de marché. Jusqu'où se prêter au jeu? Jusqu'où permettre l'adhésion de conscience? Comment libérer la Parole, celle qui est pensée et acte, et qui qualifie l'homme debout?

L'éthique nous amène à la responsabilité
réalisons très vite combien cette question se pose concrètement, consciemment ou inconsciemment, face à notre environnement. Si l'éthique se définit comme la recherche ou l'art de la relation juste, de l'acte juste, notre manière d'entrer en relation avec la contingence va orienter notre éthique. Aurons-nous un accueil de l'Autre différent? Allons-nous nous considérer comme des absolus? Aurons-nous une attitude prédatrice ou respectueuse de la

261

matière ? L'acceptation de la contingence devient altérité, ouverture à la présence, présence du monde dont je ne suis pas le centre, présence à l'Autre dont je suis solidaire. La reconnaissance de la contingence est signe de santé psychique. Elle nous situe dans notre vérité. Ce positionnement existentiel ouvre à la responsabilité. L'homme y est conscient de son interdépendance, Il cherchera la paix, le bien commun, et portera attention aux biens les plus modestes, car tout est important et a de la valeur dans cette économie. La contingence reconnue est culture de l'écoute et culture de la différence. L'Autre est riche de ses talents pour nous, comme nos talents sont pour l'Autre. Pascal disait: "Il vous faut parier". Nous avons à choisir, à discerner à chaque instant. Le pari de Pascal n'est pas invite à l'aléatoire, mais convocation à une Parole qui répond du sens. Nul n'échappe à cette question, et le refus de la Parole est déjà une interprétation en elle-même, Le dirigeant d'entreprise est invité à l'audace. Entrepreneur, il sortira du prêt à porter de la pensée, de la dictature uniformisante des médias où la Parole n'a plus sa place, des conventions et des modes sclérosantes. Entreprendre, c'est parier, c'est accepter l'émergence de notre Parole sur fond d'altérité. On peut résumer ainsi les deux positionnements existentiels possibles face à l'altérité et au sens":
CONTINGENCE ET ALTERITE REFUSEES CONTINGENCE ET ALTERITE ACCEPfEES

. . . . . . . .

NON

SENS

TOTALITE BESOIN EGOISME, CYNISME

DOMINATION
EXCLUSION

VIDE - ABSENCE - NEANT JE SUIS L'ABSOLU

..
DISCERNEMENT

.

.

... .

SENS

INFINI
DESIR

BIEN COMMUN
SOLIDARITE

SERVICEDE LA PERSONNE ACCUEIL DE LA PRESENCE

OUVERTURE LARELATION DE CONTINGENCE RECONNUE
= ALTERITE

REFUS DE LA CONTINGENCE ET DE L'ALTERITE

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Il existe deux voies dans notre discernement, pas trois. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, il faut être fort pour cheminer dans la voie de "droite"9 et y oeuvrer. Elle est une voie de dignité, de liberté et de responsabilité. Elle est celle de l'homme debout qui permet aux autres de prendre leur propre stature. L'éthique n'a pas droit de cité dans le modèle de la contingence et de l'altérité niées. L'entrepreneur habitant sa Parole est apte à créer, à s'engager, à construire. L'éthique représente l'effort de l'homme qui refuse de réduire l'Autre à lui-même. Elle constitue à la fois une prise de conscience de notre responsabilité et le désir d'offrir un champ d'ouverture et d'accueil à la Parole de l'Autre. Emmanuel Levinas'° a décrit l'éthique comme philosophie première. Nous sommes des êtres éthiques parce que nous sommes autres et ouverts à l'Autre, parce que nous sommes "êtres de relations". Nous avons donc à habiter notre Parole en évitant deux écueils majeurs: l'individualisme extrême, chaotique et aliénant autrui, et le totalitarisme. L'individualisme extrême privilégie sa propre survie à court terme. Autrui n'existe plus, sauf pour l'exploiter et le dominer. Tout sera bon: cynisme, manipulations, machiavélisme, corruption, dérives mafieuses... Le système de relations est lui-même annexé au profit d'un seul ou de petits groupes au lieu d'être le lieu où tous ensemble peuvent croître. Ce fossé de l'individualisme génère la violence, les intégrismes, l'égoïsme des organisations, des personnes, l'abus de pouvoir des Etats. Cette tentation est grande au sein de l'entreprise, au travers des rivalités personnelles ou des combats de baronnies. Elle peut constituer une attitude collective de l'entreprise quand celle-ci se pose comme un absolu au mépris du bien de la communauté. Un autre fossé lui est symétrique: celui des totalitarismes. Il existe de nombreuses Babel modernes où l'on doit adhérer à la voie et à la pensée unique. Du "politiquement correct" qui tend à interdire toute personnalité, aux régimes de terreur, de la destruction des minorités pour le bien de l'Etat aux intégrismes unificateurs. Nous le trouvons dans les entreprises où les "charrettes" sont fréquemment justifiées par la compétitivité ou pour faire monter le titre en Bourse par réflexe du marché (Qui gère bien, châtie bien...). Il se manifeste aussi dans de nombreuses pressions qui interdisent aux hommes d'exprimer leur conscience et leur dignité. Ce fossé totalitariste peut consister en des cultures d'entreprise musclées où l'on doit aliéner une grande partie de sa personnalité. Telle personne qui veut être salariée de telle grande entreprise de

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loisirs devra veiller en tout temps et en tout lieu à son "casting". Elle devra soigner son "look" pour être conforme à "l'image". Vivre au travail comme sous le regard d'une caméra peut être une véritable tyrannie. Nous devons donc progresser dans la complexité. Les univers mafieux et totalitaires peuvent d'ailleurs coexister et même coopérer. Le dirigeant d'entreprise doit cheminer sur une route étroite qui conjugue la dignité de chaque personne dans la perspective d'une croissance partagée dans un respect mutuel. Ce choix entre avoir une éthique ou ne pas en avoir ne concerne pas seulement les entrepreneurs. C'est un choix pour tous et un choix de tous les instants. L'éthique se construit entre trois pôles fondamentaux: la liberté, la vérité et la conscience unis en un centre qui est respect et accueil de l'Autre comme Autre. Il s'agit de choisir la vie... pas la survie. Viktor Frankl", psychiatre viennois israélite, envisage une dimension profonde de notre humanité: ce qu'il nomme "l'Homo Patiens". C'est l'homme qui va au bout de son humanité et de sa Parole. Illes affirme là-même où elles sont non reconnues ou rejetées. Il confesse et vit son altérité là-même où elle est niée. Frankl affirme que ce n'est que dans l'écoute du plus petit, et dans celle de l'homme qui souffre, que notre civilisation technique deviendra vraiment humaine. Il n'existe de question éthique et de dimension spirituelle que dans la mesure où l'on réintègre au cœur de l'action le visage de l'homme, dont celui du plus petit. La reconnaissance et le service de "l'Homo Patiens" rendent compte qu'aucun être humain n'est réductible à une équation.

Entreprendre debout, à la recherche du sens
'\w;, aque homme a dans son cœur, dans la fragilité et dans h la force, la capacité à discerner et à agir. Le cœur est vulnérable. Discernement et responsabilité se jouent dans tous les intervalles où nous avons à nous situer: entre contingence et sens, entre sens et Parole, entre Parole et Altérité et finalement entre l'homme intérieur et l'Absolu. A chacune de ces étapes, notre être le plus profond doit se prononcer et assurer sa liberté. Le premier intervalle nous dit notre responsabilité par rapport au monde. Nous pouvons avoir une relation prédatrice, plutôt qu'une attitude de jardinier qui cultive. Le deuxième intervalle nous invite à mesurer le poids de notre enga-

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gement, de cette Parole qui répond du sens. C'est l'enjeu - de la
responsabilité de nos actions et de nos pensées.

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Le troisième intervalle nous engage dans la responsabilité envers l'Autre et pour l'Autre. Le dernier nous fait mesurer l'enjeu d'unité et notre responsabilité devant l'Absolu, qui est un mystère pour l'homme. Nous pouvons discerner le cœur de l'homme comme lieu de l'unification de notre être et de l'unité du sens dans notre existence12. Entre barbarisme et angélisme, nous avons à discerner quotidiennement, les pieds dans la glaise, à l'école du réel. La coresponsabilité universelle passe par la découverte de l'existence d'un bien commun, qui marie harmonieusement le bien des personnes et celui de la société dans ses composantes et dans son entièreté. Ce bien commun se construit ou se dégrade selon des mécanismes très répandus. On voit comment les options prises par des groupes de personnes peuvent être constructives ou mutilantes. Réfléchir sur le sens, l'importance objective de son action, n'est pas réservé à quelques uns. Chaque individu a une influence sur le réel. Chaque individu, par ce qu'il décide et fait, à quelque échelon que ce soit, a une influence objective sur l'état du monde et de la société. Si cette liaison n'existait pas, et si l'individu n'avait aucune influence sur l'état du monde, nous vivrions la juxtaposition schizoïde de deux mondes simultanés,

mais non reliés entre eux:
- Un monde extérieur à la personne, qui a ses lois propres, où l'individu, infime, n'est qu'un élément parmi les autres. L'action de cet individu, comme celle des autres, n'est qu'un élément différentiel à intégrer dans une vaste moyenne. C'est le paradigme statistique de l'économiste. - Un monde intérieur à chaque personne, sans influence véritable sur le monde extérieur, même via l'action humaine. Si, en revanche, on met le doigt sur une telle liaison, l'individu devient partie d'un corps, d'un ensemble qui réagit à son action. Il y a un pont entre lui et le monde. L'individu devient co-constructeur du monde. Son importance ne réside plus dans son action infinitésimale de fourmi semblable aux autres fourmis, mais dans son action spécifique, marque de son être unique. Entreprendre, comme "être de relation", dans un métier "de relation" implique donc l'audace de dépasser la maîtrise du mesurable et l'ordre techno-scientifique. Entreprendre, dans toute son humanité créatrice, implique aussi

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