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TRADITION ET MODERNITÉ CHEZ LES SAMES

De
389 pages
La société Sâmes une des dernières sociétés arctiques, a du faire face à une acculturation polymorphe et réaménager les cadres de sa vie traditionnelle. A côté d'approches ethnologiques classiques, l'auteur s'est intéressé aux formes contemporaines de leur réveil identitaire, parfois ambigu, pour réfléchir sur des rapports de la tradition et de la modernité où chaque culture puisse se sentir responsable d'elle-même et respectable pour tous.
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TRADITION ET MODERNITÉ CHEZ LES SÂMES

PRINCIPAUX TRAVAUX PARUS

Les Lapons et leur société, Privat, 1980 Les Lapons, Que sais-je? P.U.F., 1985. Encyclopédie philosophique universelle, Notions philosophiques sâmes, P.U.F., Tome II 1991, TOine III 1992. Histoire des mœurs. Les Sâmes, éd. La Pléiade, N. R. F. (Tome III - 1991)

Ethique et spiritualité de l'environnement: Environnement et nature chez les peuples traditionnels, Guy Tredarvel éd. 1994. Samerna: 1994. Alhambra pocket encyclopedy n° 25, Stockholm

Guerre et violence: les fascinations esthétiques, Mémoires des Cahiers ethnologiques n° 9, Presses Universitaires de Bordeaux, 1993.

TRADUCTIONS

A. Nesheim: les Lapons, Tanun, Oslo, 1970.
J. Turi : Récit de la vie des Lapons, Maspero, 1974 ; réédition, l'Harmattan, 1997.

A. Labba: ANTA, Mémoire d'un Lapon, commentaires), Terre Humaine, Plon, 1989.

(notes

et

Christian MERl OT

TRADITION

ET MODERNITÉ

CHEZ LES SÂMES

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest

HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

(Ç)L'Harmattan,2002 ISBN: 2-7475-1928-7

Avec reconnaissance, à la mémoire de - Asbjern NESHEIM, professeur (Norsk Folkemuseum, Oslo) - Bieras Nillasa Ante Niilas (Anders Nils Nilsen SARA), éleveur de rennes (Suotnju - Guovdogeaidnu)

Nos remerciements vont aussi à toutes les Institutions qui par leurs subventions ont permis la réalisation des missions sur le terrain en particulier: Le Ministère des affaires étrangères de Norvège Le CNRS (Paris) : - Centre d'Etudes Arctiques - GDR 49 L'Institut Français pour la recherche et la Technologie polaires (IFRTP, Brest) L'Université Victor Segalen, Bordeaux2

TRADITION ET MODERNITE CHEZ LES SÂMES

AVANT- PROPOS
Tradition et modernité semblent être devenues des concepts incontournables auxquels toute recherche anthropologique doit faire référence. C'est sans doute la conséquence de ce que l'histoire fait maintenant partie intégrante de notre univers mental. Nos sociétés, en cherchant à se comprendre, ont créé une temporalité nouvelle. Non seulement nous sommes plus sensibilisés au spectacle des évolutions sociales, mais encore souvent, de manière plus dramatique, nous en sommes affectés et comme agents et comme objets. Cependant, ces deux concepts qui ne sont signifiants que l'un par rapport à l'autre relèvent l'un autant que l'autre de nos mythes contemporains par lesquels s'exprime de façon ambiguë une certaine crise historique atteignant ainsi autant les sociétés "développées" que celles qu'on dénomme "archaïques" ou " traditionnelles", comme celles du Tiers et du Quart-Monde. Au delà de ce que les économistes, les politiciens, les techniciens peuvent repérer de modernité dans nos sociétés, chacun dans leur domaine propre, les anthropologues ont l'habitude d'y saisir tout un monde de pratiques quotidiennes, de signes ou de symboles culturels par où s'introduisent par la conscience du déphasage personnel ou social, des tensions, des instabilités, des angoisses, des mobilisations et des engagements incertains. D'aucuns pourront l'expliquer en dernière instance par la révolution des forces productives et le réaménagement mondial des rapports de production et des rapports sociaux ainsi que par les contradictions internes que ces derniers développent. D'autres insisteront, à propos des sociétés qui nous concernent plus ici, sur la "colonisation" par laquelle la modernité sous toutes ses formes a pu s'introduire et tenter de s'imposer. Ce qui reste assuré et nous le verrons en partie dans les textes présentés ici, c'est que la modernité récupère des formes du passé, parfois même vides pour en faire des signes d'un nouveau code où la tradition ne cesse de ressurgir, souvent en dehors de tout facteur conservateur. Le jeu social implique rupture, mais 9

TRADITION ET MODERNITE CHEZ LES SÂMES aussi amalgame, des recyclages perpétuels où, au-delà des effets "révolutionnaires" de telle ou telle production matérielle, s'affirme la force des représentations et des idéologies qui ne peuvent naître tout armées de ces productions "modernes". Les pages qui suivent ont pour but, à la fois, de présenter certaines composantes ethnographiques banales concernant le traitement de la tradition et de la modernité dans la culture sâme et de fournir des éléments pour une réflexion anthropologique sur le même thème. C'est ainsi qu'on se rendra compte que la tradition, ici comme ailleurs, ne se limite pas à un conservatisme étroit et figé, ni à une transmission pure et simple d'acquis hypostasiés. Le cours de l'histoire apporte sans cesse des éléments nouveaux qu'il faut intégrer dans les strates anciennes. C'est pourquoi le passé peut renaître ou survivre dans des formes inédites où l'anthropologie peut saisir le flux vital d'une communauté et la relativité de ce qu'on appelle modernité. Sauf à se fossiliser, le propre de toute culture vivante, dynamique est de se recréer perpétuellement dans ses pratiques et ses valeurs, de changer dans ses expressions littérales sans perdre de vue son esprit qui se marque par certaines continuités et persistances, voire, diront quelques-uns, certaines résistances et réticences. Dans cet entre-deux, le monde religieux joue un rôle central dans la résistance intérieure et souvent de manière implicite et inconsciente - face aux agressions venues du milieu naturel comme du milieu socio-politique. La référence faite - avec toutes les ambiguïtés qu'un œil critique peut y déceler - à la tradition exprime néanmoins la solidarité organique d'une communauté au-delà de tous les clivages particuliers qui peuvent la fracturer. Les lieux, les temps, les acteurs se redistribuent par rapport à celle ci. Elle donne du sens à des attitudes, des pensées qui sans elle resteraient stéréotypées, même si c'est par le biais d'une "aliénation" au profit de la constitution d'une transcendance plus ou moins socialisée. Tout se passe, en effet, comme si les sociétés avaient besoin de croire qu'elles sont fondées sur autre chose qu'elles-mêmes, quelque chose qui leur soit extérieure et insaisissable, brefun "sacré" qui les dépasse. Tout se passe comme si le quotidien au présent ne pouvait être accepté et pensé que par cet appel "ontologique" à une tradition grâce à laquelle on se survit - comme individu particulier et comme société - en

-

10

TRADITION ET MODERNITE CHEZ LES SÂMES affirmant et une continuité que nient les apparences contingentes et une origine absolue dont tout doit dépendre et auquel tout l'existant temporel doit se référer. Sans ancêtres et sans Panthéon, point de postérité. C'est peut-être ce qui explique que la modernité est toujours séduite par l'ancienneté de la tradition et que celle-ci essaie toujours d'engluer la novation. Ces remarques générales viennent corroborer et encadrer ce que nous avons vécu et observé sur le terrain entre 1963 et 1999, principalement en Laponie norvégienne (Finnmark et Troms), mais aussi dans le nord de la Laponie suédoise et finlandaise avec une incursion limitée et récente en Laponie russe (région du Lovozero) dans la presqu'île de Kola. Chaque chapitre de ce volume correspond à un thème qui nous a occupé à un certain moment soit pour faire le point d'une question à contextualiser, soit plus directement pour l'aborder pour elle-même. Nos premières missions nous firent découvrir des groupes de pasteurs - qui ne représentent qu'un dixième de la population sâme - habitant l'été dans des maisons de récupération provenant des débuts de la reconstruction du Finnmark après son évacuation et la politique de la terre brûlée organisées par les Allemands en automne 1944, ou dans des tentes familiales traditionnelles, tandis que certains bergers, durant l'hiver et le printemps surveillaient encore leurs troupeaux en vivant avec leurs compagnons dans le lavvo, la tente légère. Rares étaient les voitures et les titulaires du permis de conduire, mais on se déplaçait plus facilement l'hiver, de manière habituelle à ski ou à traîneau tiré par un renne. Les rapports de collaboration entre nomades et sédentaires étaient fréquents et intenses sur le plan économique et, tout autant, familial et social. La plupart des individus passés sous les fourches caudines d'une école visant essentiellement à les assimiler à la culture scandinave dominante étaient peu formés eu égard aux canons de cette dernière. Beaucoup restaient écrasés sous un certain racisme, ou du moins par des préjugés, qui les dévalorisaient, les rejetaient en misant sur leur pauvreté, leur inadaptation à la vie moderne. Ils portaient comme un stigmate à cacher ou à fuir une "samité" honteuse d'elle-même. N'était-ce pas un thème récurrent des revues théâtrales de l'après-guerre que de tabler sur le spectacle d'un 11

TRADITION ET MODERNITE CHEZ LES SÂMES Sâme, dans ses habits repoussants en peau de renne, aux mocassins remplis de foin, facile à berner dans sa naïveté, "naturellement" saoul et chantant à tue-tête des joïks incompréhensibles et sans esthétique. siècle, les Moins de trente ans après, à l'extrême fin du XXème enfants de nos premiers informateurs possèdent des maisons bien équipées et meublées, y compris dans ce qui leur sert de camp de base pour la surveillance des rennes, se déplacent en voiture, moto-neige, motocycle à quatre roues, envoient leurs enfants dans des écoles où leur langue est enseignée et pratiquée, écoutent une radio et une télévision en sâme, assistent à des productions artistiques sâmes en tout genre, discutent avec leurs banquiers par Internet, élisent leurs mandatés dans toute une série d'organisations locales, nationales, internationales où leurs intérêts économiques politiques, culturels sont en débat. Les voici munis maintenant d'un Parlement, d'un drapeau, de lois. Ils se battent pour rétablir les vieux noms de lieu en sâme, s'intéressent à la réhabilitation du vêtement traditionnel à l'aide de stylistes indigènes. Certains à la pointe de la modernité disposent d'hydravion pour la pêche sur les lacs ou épousent des Russes ou des jeunes femmes venues de l'Asie du Sud-Est ou de l'Océan Indien, tandis que d'autres doivent abandonner leur petit troupeau pour devenir chômeur ou employé temporaire. Leur installation dans le monde "moderne" a bien eu lieu. On n'en est plus à penser qu'être sâme "c'est manger de la moelle de renne avec ses doigts", on n'en est plus à leur offrir, en dérision des revendications des "activistes" quant à, sinon l'indépendance, du moins la gestion dans leurs terres et de leurs eaux, de s'installer sur l'île de Bjemeya battue des vents en plein Océan glacial sur la route du Spitsberg En effet, après une phase où leur réveil s'est effectué à partir - et dans - des partis politiques classiques pour y trouver une solution à la scandinave, ils ont adopté de manière plus osée, mais aussi sans doute plus réaliste, la voie d'une politique proprement sâme pour protéger leurs intérêts ethniques, conscients en fin de compte que leur émancipation ne viendrait que d'eux-mêmes, comme l'avaient pensé certains prolétaires, en d'autres temps et lieux (Première Internationale).

12

TRADITION ET MODERNITE CHEZ LES SÂMES Un véritable tournant a donc lieu dont nous ne présentons que quelques aspects témoins de l'enracinement lointain et riche de cette culture et de sa vitalité contemporaine. A une époque où il est de plus en plus convenu de déserter les terrains ethnologiques "exotiques" du vaste monde, y compris ceux qui nous sont voisins en Europe, pour se couler dans le courant subjectiviste et individualiste d'une psycho-sociologie "déconstructiviste" apte à récupérer des financements par des subventions significatives liées au pouvoir, aux administrations et aux médias et propre à courir parfois après l'actualité la plus prégnante, quitte même à la devancer, il n'est peut-être pas sans intérêt de réintégrer les Sâmes dans le concert anthropologique mondial, en toute humanité. Nous sommes en présence d'un peuple et d'un pays, Sabmi, appartenant à la calotte nordique au sens large dont ils sont jusqu'à preuve du contraire, à l'instar d'autres populations autochtones auxquelles ils ont lié leur sort, les premiers occupants. A ce titre, ils revendiquent leur originalité culturelle et leur responsabilité millénaire, trop longtemps bafouée, à gérer écologiquement leur territoire, avec lequel ils entretiennent des liens quasi mystiques, dans le cadre d'un développement durable. Cette renaissance ne s'effectue pas toutefois sans conflit à l'intérieur même de leur camp... on a pu voir des parents refuser par des grèves scolaires que leurs enfants apprennent le sâme même dans les sept communes norvégiennes où la parité du sâme-norvégien est protégée par la Same/oven. De même les modalités d'action des mouvements politiques sâmes n'ont pas les mêmes objectifs et les même attitudes à Genève, New-York ou à Karasjok et Tana. Mais ce qui domine c'est la constitution d'un sentiment sâme commun même s'il passe par des plans de carrière de certaines élites indigènesl et une certaine infra-

-

structure

bureaucratique

- c'est

la volonté

d'être

simplement

sâme

au même titre ni plus, ni moins, que les autres peuples. Un attachement et une attention à la terre des aïeux et à la prégnance des attitudes traditionnelles propres à ce respect ont
N'a-t-on pas parlé, parfois à bon droit, des "super-Sâmes," des Sâmes de la capitale, ou des Sâmes du dimanche. 13
1

TRADITION ET MODERNITE CHEZ LES SÂMES fait, en particulier à l'occasion de la mobilisation entraînée par la résistance à la construction du barrage d' Alta, se cristalliser le refus des diktats des populations dominantes majoritaires et la mise en place d'avancées politiques et juridiques comme l'Appendice à la Loi constitutionnelle (9 110 A) du Royaume de Norvège où est maintenant reconnu2 - en accord avec des décisions internationales prises à l'ONU et à l'UNESCO - "le droit des Sâmes à développer leur langue, leur culture et leur vie sociale propres. " Ce réveil ethnique eut, comme partout, ses excès de chauvinisme radical, mais ces excès mêmes eurent l'heur de pousser tout un chacun à sortir de sa léthargie persistante où parfois il se complaisait comme l'atteste le taux d'alcoolisme et de suicide commun d'ailleurs à toutes les zones arctiques. Ce mouvement de réappropriation vise à démythifier l'exotisme où on les confinait pour authentifier une relation avec la majorité où l'on cesse enfin de parler sur l'autre pour parler à l'autre. Ce souci n'a pas été simple à établir au sein même de la grande famille des populations aborigènes comme on a pu voir, lors d'un congrès de WCIP (Comité mondial des populations aborigènes) réuni à Port - Alberni en 1975 sous la houlette du National Indian Brotherhood (NIB) dirigé alors par George Manuel, les Latino-américains contester la présence sâme comme étant celle d'un peuple européen blanc. Il est vrai que les conditions de vie des uns et des autres étaient assez peu comparables... Il fallu
alors tout le talent du chanteur sâme Nils

- Aslak

Valkeapiiii pour

faire pencher la balance et contribuer à faire accepter les Sâmes comme des "Indiens Blancs". C'est ce même Valkepeaa3 qui déclarait dans le même sens dans son pamphlet: "la Laponie vous salue bien" : (Terveisiii Lapista) : "je ne suis pas un vestige... mais l'un des individus vivant d'un peuple vivant. Un homme de notre temps, de l'ère des machines et de l'espace." Ailleurs, parlant de son œuvre musicale, il pouvait écrire, fatigué, comme beaucoup de peuples indiens ou arctiques, de se voir tant ethnologisés sans retombées pratiques: mon "objectif est une
2

Cf. la résolution 16 de l'Unesco. 3 Ct: Jocelyne Fernandez: Parlons lapon, L'Harmattan, 1997, p. 113, 114. 14

TRADITION ET MODERNITE CHEZ LES SÂMES œuvre artistique et non la présentation du joïk, à des fins ethnologiques" Si au terme de cette présentation des fondements de notre démarche, nous pouvons dire qu'il n'est pas facile ou évident d'être sâme en 2001 pas plus que d'être ailleurs, femme, homosexuel ou simplement citoyen un changement considérable néanmoins est intervenu qui rend le fardeau moins lourd à porter en tablant sur une attitude d'affrontement mesuré et circonstancié face aux problèmes instaurés, dans le sens d'une société pluraliste, respectueuse des différences, ouverte aux enrichissements mutuels. En ce sens, les modalités spécifiques sâmes du traitement contemporain de la tradition et de la modernité peuvent encore être utiles à notre réflexion humaniste d'aujourd'hui et d'ici, tout en étant porteuse d'espérance.

-

Au pire, pour déjouer les critiques, nous nous abriterons derrière la formule d'Oscar Wilde selon laquelle: "on peut pardonner ceux qui font des choses utiles, à condition qu'ils ne s'en vantent pas. Quant aux auteurs de choses inutiles, ils n'ont d'excuse que leur passion."

Cussac Fort-Médoc,

Mai 2001.

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-Carte de Laponie

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ASPECTS HISTORIQUES

DE QUELQUES

FRANÇAIS

PRECURSEURS DANS LA RECHERCHE A
SAME

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Il n'est point de recherche en Sciences Humaines qui n'ait, à un niveau plus ou moins conscient, quelque motivation à la fois affective et métaphysique. Il y a toujours eu en France un courant d'intérêt, ténu, mais jamais tari, pour les zones polaires. Certes, la recherche de l'exotisme ou des aventures y a été plus présente que celle de la science. Les zones polaires ont toujours fasciné. Si peu de nos concitoyens se sont encore risqués, comme Jean-François Regnard, à se "frotter à l'essieu du pôle et au bout du monde ", des noms comme ceux de Charcot ou de Paul EmileVictor accrochent les fantasmes et les rêves de beaucoup de nos contemporains. Il faudra quelque jour faire la psychanalyse du Nord pour comprendre cette démarche qui ressemble bien souvent à une histoire d'amour.... A l'heure où l'on essaie en France de maintenir et de développer une présence scientifique dans le monde arctique, grâce en particulier au Centre d'Études Arctiques au moment où des chercheurs français de disciplines diverses essayent de se grouper pour promouvoir une recherche pluridisciplinaire sur la Laponie, il nous est apparu intéressant, de brosser le tableau de quelques-uns des précurseurs français en Laponie. Commençons, nous aussi, par céder, pour un temps, aux fantasmes. Toute histoire plonge ses racines dans le mythe et il en est un pour notre objet qui est amusant, s'il n'est pas fondateur. "Se non è vero, è bene trovato ..." Tous les laponologues connaissent le rapport d'Ottar au roi Alfred-Le-Grand. Ottar, bailli et percepteur de la Province du Hâlogaland sous le règne du roi viking Harald-à-Ia-belle chevelure, rapporte un voyage qu'il entreprit au septentrion vers les années 870-880, voyage qui lui fit contourner la presqu'île de Kola jusqu'à la Mer Blanche. Au cours de son voyage, il entra en contact avec des Sâmes et des "Bjarmes", Le. des Caréliens. Certes, Ottar n'est pas français, mais il fut francisé et "adopté" par le Comte de Gobineau 1 qui en fit son lointain aïeul2. Selon lui, Ottar voulant échapper à la suzeraineté
1 Jospeh Arthur de Gobineau: Histoire d 'Ottar Jarl, pirate norvégien et sa descendance, Paris 1879. 2 Il fut tué en 911 au cours d'une expédition en Angleterre. Ses descendants, les seigneurs de Gournay, Gaillefontaine et la Ferté, se convertirent quelques 21

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d'Harald, abandonna son pays pour l'Angleterre, avant de choisir ensuite la région de Rouen, déjà aux mains des Normands et dont le Seigneur offrait asile et alliance à ceux qui fuyaient Harald. C'est ainsi qu'Ottar, selon Joseph Arthur de Gobineau, après avoir visité la Laponie et ravagé les côtes de France et d'Angleterre, s'installa à Pont-de-l'Arche, puis dans le Bray pour y semer peut-être de la graine de laponologues français.... Ce n'est que cinq siècles plus tard, vers 1451, qu'un authentique français, celui-là, un héraut d'armes de Charles VII, Gilles de Bouvier dit Berry, voyageur et géographe à ses heures, rapporte, sans doute, après ouï-dire dans HLeLivre et le Discours des Pais...,,3 qu'il y a '1Jetites gens qui n'ont que deux piés de grant au plus et habitent en terre. Et quand on va en leur pais, ils s'enfuient et se boutent en terre... En ce paîs a une autre contrée où n'est point de nuit, ains y est continuellement jour. Et aullre pais y où est peu de jour, ains y est continuellement nuit ... Et sachiez que tous les royaumes et pais de ce quartier sont des

plus frois pais du monde..." et pour clore la physionomie du
mythe sâme déjà en acte il ajoute cette notation bien française.... HEten tous les pais ci-dessus nommez ne croissent nuls vins ". Tout y est: les Sâmes petits et sans tempérament militaire, le soleil de minuit, les longues nuits d'hiver et l'absence de vin qui doit rendre le séjour délicat.. .. Nous savons aussi qu'un siècle plus tard, en 1554, Hubert Languet4, protestant français, séjourna en Suède qu'il visita ainsi que probablement la Finlande. Nous le signalons, car c'est de lui que Jean Bodin tira ses renseignements sur la remarquable aptitude des Finnois et des Sâmes à la sorcellerie et sur leur pouvoir de se changer en animaux.

années plus tard au christianisme. De Gobineau dont on connaît le penchant pour tout ce qui concerne les Germains et le Nord, aimait se targuer de sa généalogie qu'il faisait remonter à ces De Gournay. C'est avec la plus vive satisfaction que mille ans après le départ politique d'Ottar, il représenta ce dernier (? !) et la France au couronnement d'Oscar II comme roi de Norvège à Trondhjem en 1874.... 3 Le Bouvier Gilles (dit Berry) : Le /ivre de la description des Pais, publié par le Dr. E. R. Hamy. Paris 1908. 4 Jean Bodin: De la démonomachie des sorciers. Paris 1580. 22

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En 1586, lehan Sauvage de Dieppe entreprit, pour le compte de la Compagnie pour le Commerce du Nord, dirigée par Jacques Parent, un voyage jusqu'à Arkhangelsk. Le Mémoire du voyage en Russie fait en 1586 par Jehan Sauvage5 renfermant un journal de bord, montre qu'il s'intéressa autant à la navigation qu'à l'ethnographie des régions abordées. En particulier, ce premier français à doubler le cap Nord, donne des renseignements intéressant sur Vardehus et le mode de vie des indigènes. Malheureusement, ce succès de navigation maritime doublé d'un succès diplomatique et économique ne put être exploité et renouvelé puisque, à la suite des Guerres de Religion, le directeur de la Compagnie, Jacques Parent ayant été arrêté, la Compagnie pour le Commerce du Nord disparut et fut remplacée par la Compagnie Hollandaise, dont d'ailleurs le fondateur était Baltazar de Moucheron, protestant français en exil. Un peu plus tard, en 1633, Eustache Gault6, bien qu'il ne semble pas avoir visité toutes les régions qu'il décrit, fait état des régions sâmes comme la "Biarmie", la "Scrifinnie", la "Lapponie", la "Finmarchie". Il précise que "les neiges qui disputent au soleil pendant six mois et plus la possession de la terre sont importunes à ceux qui cherchent des violettes en mars"... Les Sâmes vivant plus près du soleil, nous sont présentés comme "un peu moins barbares" que leurs voisins finnois: ils savent utiliser les skis. Il accuse "les ténèbres du Nord' d'entraîner les Sâmes et les Finnois à "la science noire", c'est-à-dire la magie, thème déjà évoqué, et il se réjouit que le commerce de ces régions soit si florissant qu'il permette aux habitants de goûter à ce délice qu'est le vin d'Espagne... . Louis-Henri de Lomenie7, comte de Brienne, est peut-être à l'origine des légendes (?) concernant les femmes sâmes. Lors de sa visite "touristique" qu'il fit en 1654 avec son ami l'architecte Blondel, dans la région de Tornea et d'Umea, il put apprécier que "les femmes avec leurs habits de peaux de renne, sont assez gentilles et M Blondel... avait grande envie de badiner avec
6

5 Publié par L. Lacour, Paris MOCCCL V.

7 Itinerarium. Paris 1660. Edition altera, Paris 1662. 23

E. Gault: Discoursde l'état et couronnede Suède, Paris 1633.

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celle qui conduisait le traîneau... mais la laponne se moqua de lui et prit le tout en raillerie, car les Laponnes sont aussi aises que les autres femmes qu'on leur en conte... ". Notre futur ministre est aussi connu pour la querelle qu'il entretint avec un autre "français" laponologue le strasbourgeois Jean Schefferus dont nous parlerons plus loin, à qu'il voulait "lui faire voir son bec jaune". En effet, ce dernier, simple "bibliothécaire" à Uppsala, dans son Histoire de la Laponie (1673), première somme, tant soit peu scientifique, sur le monde sâme, n'avait-il pas eu l'outrecuidance de relever certaines des erreurs du comte.

En 1653, le roi du Danemark, Frédéric III, avait accordé son appui à un voyage pour le compte de la Compagnie du Nord afin que cette dernière puisse faire, dirions-nous, une étude de marché. Il se trouva là un chirurgien français, Pierre-Martin de la Martinière pour se faire engager à bord pour un long voyage le long des côtes norvégiennes jusqu'en Russie. Il en rapporta son Voyage des Pais Septentrionnaux.8 Le récit en est plaisant, même si tout ce qu'il rapporte n'est pas toujours bien compris, ni même toujours exact. Comme ses prédécesseurs, ce qui le frappe d'emblée, ce sont les tours de magie sâme. En effet, dès son départ de "Dronthem", le capitaine, en homme d'expérience, devant l'accalmie où il se trouvait, s'en va acheter à un sorcier sâme pour "dix kronen... et une livre de tabac ", de quoi aller au cap Nord. Le sorcier attacha un lambeau de toile au mât d'avant sur laquelle il fit trois nœuds qu'il suffit de défaire l'un après l'autre au gré des besoins et même au-delà puisqu'une tempête s'ensuivit. Quant au chat que semblent affectionner les Sâmes, on croit tant en son aide qu'ils ne manquent "tous les soirs de sortir de leurs cabanes pour le consulter et [ce dernier) les suit partout où ils vont, tant à la pêche qu'à la chasse. Quoique cet animal ait la figure d'un chat par son regard qui est épouvantable, j'ai cru et crois encore que c'est un diable familier", tant est grande la force des sorciers sâmes et la réceptivité des "touristes" en des lieux trop inhabituels. Il se fait
8

Paris 1671. Voir pp. 29-30, 31, 39, 42-43, 48-50, 65, 69, 73-74. 24

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bien entendu l'écho de la façon particulière dont les Sâmes se feraient obéir de leurs rennes: "notre hôte à qui ces rennes appartiennent leur marmotte à l'oreille à chacun quelques paroles, leur disant à ce que je crois le lieu où ils nous devaient mener... [Ils) tirent ainsi avec une vitesse incroyable vous menant tout droit... au lieu où vous devez aller sans être
gouverné... "

Selon la loi du genre, nous avons droit à un tableau physique des Sâmes : "Tant hommes que femmes sont de petites tailles... ont les yeux semblables aux cochons... sont stupides, sans civilité...", ce qui ne l'empêche pas, il n'en est pas à une contradiction près, d'ajouter, intéressé, ils sont ''fort lascifs, principalement les femmes s'adonnant à tout venant, quand elles le peuvent à l'insu de leurs maris...". Après avoir vanté le travail de broderie d'étain qu'elles peuvent faire, il les dépeint comme "étant belles, bien faites et agréables, quoiqu'un peu camuses et n'était qu'elles connaissaient la jalousie de leurs maris... elles se prostitueraient...". Toutefois, ils sont fidèles, ne volent pas, sont adroits à jeter le dard et habiles à l'arc et "ne vont pas volontiers à la guerre". Témoin de l'acculturation qui touchait déjà les "Lapons Moscovites" à l'occasion d'une cérémonie funèbre, il voit le mort être pris par une "demi-douzaine de ses principaux amis dessus des peaux d'ours où il était et être mis dans un cercueil de bois l'ayant auparavant enveloppé d'un linge lui laissant le visage découvert, comme aussi les mains dans une desquelles ils mirent une bourse, dans quoi il y avait une somme d'argent pour payer l'entrée du Paradis et en l'autre un passeport signé d'un prêtre pour le donner à St. Pierre pour le laisser passer. Ils mirent aussi auprès de lui un petit baril d'eau de vie, du poisson sec, de la chair de renne pour boire et manger par le chemin, le voyage étant très long àfaire...".

Quant à la "Bible" des laponologues,9 elle fut écrite par Johan Schefferus, né à Strasbourg en 1621.10Ce dernier était déjà si

9

1. Schefferus : Lapponia, Francofurti 1673. J. Schefferus : Histoire de la Laponie, Paris 1678. J. Schefferus : Lapland, Acta Lapponica VIII, Uppsala 1956. 25

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renommé par ses travaux scientifiques qu'il fut appelé à 27 ans par la reine Christine de Suède à la chaire d'éloquence et de politique à l'Académie Royale d'Upsal avant d'être fait professeur royal honoraire en droit naturel et de devenir le spécialiste des antiquités suédoises. Nous n'aurons pas la prétention d'ajouter à la gloire de Schefferus si connu et apprécié à juste titre. Nous rappellerons seulement que son ouvrage n'est pas entièrement de première main puisqu'il fut écrit en grande partie par compilation de rapports de missionnaires dont Schefferus se borna à être le maître d'œuvre et l'initiateur. Grâce à lui, les laponologues disposent d'un ouvrage de référence de qualité que bien des ethnologues d'autres régions pourraient leur envier. L'ouvrage répond déjà aux questions classiques de l'ethnologue et a le mérite de faire part de l'expérience et du savoir de ces trop modestes hommes de terrain qu'étaient les missionnaires et administrateurs comme Rheen, Niurenius, Tomaeus, Lundius, Graan, etc... et qui, grâce à Schefferus, ont eu ainsi leur nom sauvé de l'oubli. Bien sûr, l'ouvrage n'échappe pas à son époque. L'intérêt porté aux Sâmes réside en partie dans leur rôle-clé pour le transport des minerais nouvellement recherchés en ces régions et témoigne d'un besoin d'exotisme certain, mêlé de considérations qui annoncent le Siècle des Lumières. Ne lit-on pas dans la préface du préfet intendant que ''parmi les Barbares de cette nation et au milieu des ténèbres qui règnent dans la Laponie, on ne laisse pas d'entrevoir quelques traits admirables d'humanité et plusieurs rayons brillants de lumière. On apprendra des choses rares, enfin, on verra dans cette histoire des singularités si extraordinaires qu'il sera difficile de ne pas s'imaginer que Monsieur Schefferus ne nous ait plutôt donné une description d'un nouveau monde qu'une relation de notre continenf'. La liaison entre Regnardll et Schefferus est toute naturelle et facile puisque, bien que le dramaturge français ait vraiment été en Laponie en compagnie de deux autres gentilshommes, De
10 Mort à Upsal (Uppsala) en 1679 alors que Strasbourg était devenu ville française. 11Jean François Regnard: Voyage en Laponie. Collection 10/18, Paris 1963. Resa i Lapp/and, Stockholm 1946.

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Fercourt et De Corberon, il s'est évité la peine de repenser ses expériences personnelles, d'ailleurs fort courtes, en traduisant simplement l'ouvrage de Schefferus sans le citer ou en en transposant les récits, en les prenant à son compte. En fait, ce n'était pas la science qui animait ces trois voyageurs: peut-être Regnard, las de son séjour algérois forcé, voulait-il "compenser" en visitant l'autre extrême qu'était le septentrion. Plus sûrement il était déjà atteint d'un certain mal du sièclel2, d'un certain spleen: instabilité du caractère exigeant de l'inouï, du nouveau, contradiction entre de vagues aspirations et l'incapacité à choisir, en un mot, une fuite de soi, comme lui-même l'exprime très bien: "Ainsi, se fuyant toujours lui-même, il ne peut s'éviter,. il porte toujours en lui son inconstance... et la source de son mal est dans lui-même sans qu'il la connaisse". Il faut sans doute ajouter que le Nord devenant de plus en plus à la mode, sans doute à cause de la renommée de la Cour de Suède, Regnard avait peutêtre vu le moyen de s'attirer gloire et argent en publiant le récit de son voyage qu'il effectua en 168113.De retour en France, le plagiaire de Schefferus s'aperçut un peu tard que son manuscrit était invendable, puisque l'œuvre de Schefferus, en latin, et dans ses traductions française, anglaise, allemande, hollandaise, s'était répandue en Europe depuis 1673. C'est pourquoi il fallut attendre 1751, lors de la première impression du "Voyage", pour que des critiques parisiens, toujours bien informés, "découvrent" l'œuvre et en vantent les mérites vingt ans après la mort de leur auteur qui, découragé, l'avait oublié dans un tiroir... De quoi est fait l'intérêt de l'ouvrage: d'abord des renseignements" empruntés" à humoristique14 - pour le lecteur non spécialiste, de quelques remarques personnelles de Regnard et des préjugés qu'il expose sans complexe dans sa suffisance de Français moyen. Qu'est-ce qu'un Lapon? "Un petit animal et l'on peut dire qu'il ny en a point après le singe qui approche plus de l'homme",... "ces hommes sont faits autrement que les autres... je ne vois pas de
12Ne parle t-il pas de "solitudes affreuses (qui) ne laissent pas d'avoir leur agrément ". l3 Cependant, osé, mais non téméraire, Regnard ne tint à passer en Laponie que le laps de temps minimum du court été pour savourer son ''frisson''. 14 (Les Lapons) Hne connaissent point de médecins, il ne faut pas s'étonner s'ils ignorent aussi les maladies". 27

Schefferus,

mais exposés

sur un mode plus agréable

- voire

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figure plus propice à faire rire...". Qu'est-ce qui intéresse le Français moyen en voyage? La nourriture, les femmes et la vanité! Quelle partie fine que ce repas funèbre du pasteur Johannes Tornaeusl5 : "Les prêtres comme les meilleurs amis buvaient le plus vigoureusement", agapes et beuveries où Regnard tient à soutenir notre renommée. Quant à la libéralité conjugale, telle que Regnard l'a décrite, elle fait problème, mais les Français aiment bien ces récits scabreux qui font rêver... alors on écrit sur la foi d'un Français - sans doute mythique travaillant dans les mines de la région: [Les Lapons] "infèrent que puisqu'un homme qu'ils croient de meilleur goût qu'eux a bien voulu donner des marques de son amour à une fille de leur nation, il faut qu'elle ait un mérite secret... dont ils doivent se bien trouver dans la suite... la crainte du cocuage ne les trouble pas...", (les étrangers partagent) "avec les Lapons leurs lits et leurs femmes..." ,. (celles-ci) Hnefont aucune difficulté de vous accorder tout ce que vous pouvez souhaiter et croient que vous leur faites autant d'honneur qu'à leurs maris ou à leur père". Mieux, ce brave français de mineur avoue modestement avoir "soulagé" les maris "du devoir conjugal" à la demande très pressante des époux... A ces demandes empressées le pasteur Tomaeus lui-même ne put échapper, puisqu'un jour un Lapon lui présenta sa femme et six écus pour qu'il s'abaisse à coucher avec elle: "le bon pasteur songea quelque temps, s'il pouvait le faire en conscience, et ne voulant pas refuser à ce pauvre homme, il trouva qu'il valait mieux encore le faire cocu et gagner son
argent que de le désespérer...
"

Vanité enfin que celle de se trouver à peine à 150 km au nord du cercle polaire et d'y laisser deux inscriptions, l'une sur bois, l'autre sur pierre, à la gloire de leur courageuse exploration. Ces inscriptions étaient, d'ailleurs un peu mensongères puisqu'elles visaient à nous faire croire "qu'ils n'avaient cessé de voyager qu'où la terre leur avait manqué... qu'ils étaient venus planter leur colonne au bout du monde et que la matière avait plutôt manqué à leurs travaux...". On se rappelle leur fameux quatrain commençant par: "Gallia nos genuif', et finissant par "nobis ubi
15

Il fut l'un des informateurs de Schefferus et l'un des premiers traductueurs de
en sâme.

prière

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defuit orbis16". L'inscription

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en bois a été retrouvée et remise en

sa place primitive, en la chapelle de Jukkasjarvi - quant à l'inscription sur pierre, malgré une récompense offerte par Svenska Turistfdreningen, elle n'a pas été retrouvée. Ne devaitelle pas, d'ailleurs, selon Regnard, n'être lue que des ours... . Pourtant, elle existe, puisqu'un autre voyageur français, au service de Charles VII, A. De la Mottraye, la vit, ainsi que celle en bois, mais pas tout à fait au bout du monde, ni même, au sommet de la montagne, qui ne s'élève pourtant qu'à 1200 m, où Regnard prétendait l'avoir installée. Voyageant en 1718 dans ces régions et désireux de démasquer l'imposture de ces trois gentilshommes, - dont il ignorait le témoignage non encore
publié il écrit à leur propos, que "selon le témoignage de personnes âgées... l'amour de leur commodité ne leur permit pas de s'écarter des bords de la rivière..." Quant à leur étude des Lapons "ils ne virent que des Lapons sur les rivières et les lacs ayant toujours voyagé en bateau pour s'épargner la peine de marcher entre les bois, les rochers, les montagnes, sans quoi on ne saurait voir la manière de vivre des Lapons, leurs troupeaux et leurs tentes17".

-

Quels que soient les mérites de Schefferus, c'est pourtant par son compilateur Regnard que le goût des laponeries s'introduisit en France, même si ce goût fut d'emblée quelque peu frelaté: on en excusera Regnard en considérant qu'une bonne cause ne doit peut-être pas trop s'attarder sur les motivations et les compétences de ses défenseurs... . Nous nous bornerons ici à ces aimables ou tourmentés précurseurs d'où émerge la figure puissante de Schefferus, patron de ceux qui viendront ensuite en Laponie pris par des intérêts scientifiques divers, allant de la géophysique à l'ethnologie: Marmier, Rabot, le Prince Roland et d'autres, sans oublier bien sûr ceux qui furent seulement séduits par leur curiosité
16Gallia nos genuit, vidit nos Afriqua, Gangem, Hausimus, Europamque ocu/is instravimus omnem casibus et varUs acti terraque marique. Hic tandem stetimus, nobis ubi defuit orbis. 17 Pour tous les problèmes posés par le voyage de Regnard, on consultera l'introduction à la traduction suédoise de Regnard par Paul-Erik Ohman: Resen i Lapland (Stockolm, 1946) et l'article de Lucien Maury dans les Nouvelles Littéraires, 19 avril 1930. 29

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touristique, les assoiffés d'inconnu et d'absolu ou d'autres cherchant à tromper un exil ou un amour déçu, mais c'est une autre histoire...

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A

LES SOCIETES SAMES DU VOYAGE D'OTTAR A THOMAS VON WESTEN

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L'histoire de la découverte et de la connaissance des Sâmes peut se diviser en trois périodes. La plus ancienne remonte à Tacite quand il nous décrit les Fenni dans sa Germania, peuple sauvage, n'ayant ni armes, ni chevaux, vêtus de peaux de bêtes, couchant par terre, utilisant à la chasse des pointes en os dans leur ignorance du fer. Vers 150 après J.C., Ptolémée nous parle des Ph innoi. Il faut attendre le De bello gothieo de Prokopios vers 550 pour que se précise leur dénomination, Skrithiphinoi, allusion à leur dextérité à glisser sur des planches, tandis que le De origine aetibusque Getarum de Jordanes, son contemporain, nous les désigne comme Sererefennae et Seirfenni. Cette préhistoire de la laponologie peut se terminer avec / 'Histoire des Langobards de Paulus Diaconus (Varnefrid) vers 780 qui ajoute à nos premières connaissances sur les Scritobini ou Seritovinni leur utilisation du renne (sans le nommer explicitement) et leur situation au pays du soleil de minuit, l'été, et des nuits complètes, l'hiver. La plus récente commence au XVIIIèmesiècle, à la fois par le truchement de savants de diverses spécialités et par celui d'innombrables voyageurs devenus des touristes plutôt que de véritables découvreurs. Entre ces deux phases, une longue période de transition que nous faisons partir du récit du Voyage d'Ottar en Laponie, daté de la fin du IXèmesiècle, vers 890, et qui nous semble s'achever à la charnière du XVIIème du XVIIIème,avec les premiers travaux et
scientifiques de savants

- comme

Schefferus

(1621

- 1678),

ou de

missionnaires comme von Westen (1682 - 1727). Certes, ces derniers sont encore mus par des préoccupations d'administration et d'évangélisation, mais leurs recherches, bien que non toujours directement motivées par un zèle envers la connaissance pure, témoignent d'un souci d'exactitude et de critique compréhensive dans lesquelles nous puisons actuellement les fondements indispensables de notre réflexion anthropologique. Durant ces huit siècles qui séparent Ottar de von Westen, nombreux furent ceux que leurs occupations amenèrent à découvrir graduellement, au cours de voyages qu'ils entreprirent 33

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ou provoquèrent, les sociétés sâmes de leur époque, celles, donc, d'un passé qu'il nous est aujourd'hui précieux de saisir, fût-ce au travers du prisme de leurs propres préjugés. Certes, nous ne prétendons pas ici développer l'ensemble des" découvertes" dont les Sâmes furent alors l'objet de la part du monde occidental. Nous voulons seulement, après avoir fait état des principales sources à notre disposition, dresser un bilan des grands centres d'intérêt que ces sources peuvent offrir quant à notre savoir sur les sociétés sâmes et à l'étude des principales transformations qu'elles eurent à subir au moment où la "colonisation", sinon la "civilisation", devenue triomphante, les faisait entrer de gré ou de force dans le concert général de l' Occident. D'un point de vue chronologique, on doit citer parmi ces sources les auteurs qui suivent:

- attar (Othere), riche propriétaire norvégien de la fin du IXèmesiècle, bailli sous le règne du roi viking Harald-à-Ia-bellechevelure. En visite d'affaires en Angleterre, il fit à Alfred de Wessex (roi de 871 à 901) le récit d'un voyage qu'il avait accompli au nord du Hâlogaland où il habitait. Ce voyage lui fit contourner la presqu'île de Kola jusqu'à la Duna. Le roi Alfred s'en servit pour augmenter sa traduction d'Orosius vers 890. Le texte en anglo-saxon avec sa traduction en anglais peut se trouver dans une édition moderne publiée par Joseph Bosworth: Description of Europa and the voyage of Ohthere and Wulfstan by king Alfred the great, London, MDCCL V. Ce récit d'Ottar est riche de renseignements sur les modes de vie sâmes et leurs relations avec les gros fermiers du nord de la Norvège. On y apprend ainsi que ces Sâmes, avant tout pêcheurs et chasseurs}, avaient développé un certain élevage de rennes domestiques. Les Sâmes qui résidaient plus au nord étaient semi-nomades puisqu'ils pêchaient en mer l'été et chassaient l'hiver. Des Vikings, comme, attar possédaient des rennes qu'ils faisaient garder par des Sâmes vivant plus ou moins sous leur dépendance et qui leur payaient un impôt en nature sous forme
1 Ils employaient entre autres des rennes-appâts pour capturer des rennes sauvages. 34

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de peaux, de plumes d'oiseaux, de dents de morse, d'os de baleine et de cordages en peau de baleine et de phoque. Il n'y manque même pas la note d'ethnocentrisme dont la science moderne elle-même ne nous délivre qu'avec peine, quand on y apprend que les Sâmes ne pratiquaient pas l'agriculture. Or, dans le dialecte sâme au sud de Tromse, là où l'agriculture est possible, on trouve toute une terminologie agricole empruntée aux Norvégiens bien avant l'époque d'Ottar. S'il est sans doute vrai que l'élevage du renne n'a été pratiqué que par les Sâmes il serait faux d'assimiler totalement ceux-ci à l'élevage du renne sous prétexte qu'on ne pouvait concevoir qu'ils pratiquassent une activité réputée "civilisée". - Le chanoine Adam de Brême, après un séjour chez le roi du Danemark, Svein Estridson, où il recueillit des renseignements sur l'extrême-nord écrivit une "Descriptio insu/arum aqui/onis2" vers 1073-1076. Un chapitre de son livre concerne les Skritefini qu'il présente comme plus rapides à la course que les animaux sauvages.

- L'Historia Norwegiae, datée des années 1180-1190, sans
doute écrite par un Scandinave, a été découverte vers 1840 par P. A. Munch3 en Ecosse. Elle comprend quelques pages sur les mœurs des Sâmes, nomades vivant dans des tentes d'écorce de bouleau (tugurea cortiocea), se déplaçant en famille grâce au renne et au ski, et sujets des rois de Norvège. Son texte se termine par le plus vieux récit, sans doute, d'une remarquable et explicite séance chamanique avant de conclure à la supériorité des Sâmes sur les" chrétiens" à la pêche. - Au début du XIIème siècle, le moine danois, Saxo Grammaticus, dans sa Gesta Danorum (16 volumes, Roskilde, 15144) se fait l'écho de la croyance douteuse en des rois sâmes5
2

3 Réédité par Storm: Monumenta historica Norvegiae, Kristiania, 1880. On peut trouver les deux derniers opuscules dans Den e/dste Noregs-historia, traduit du latin par H. Koht et son supplément Me/dingane fra Noreg d'Adam de Brême (Det norske samlaget, Oslo, 1921). 4Ct: aussi Historia danica, éd. P. E. Müller, Havn. 1839. 5 Croyance dont l'origine remonte sans doute à l'Edda où l'on dit que Volund et ses frères descendent d'un chef sâme (finnakonungr). 35

Réédité par B. H. Pertz, Hann. 1846.

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en rapportant que le Finnmark est un royaume indépendant qui devait, après avoir été défait par un chef suédois, verser à ce dernier un traîneau plein de fourrures pour chaque dizaine de sujets. Il nous présente pour la première fois les habitations mobiles (vaga domus) des Skridifini et il est le premier, semble-til, à avoir désigné leur pays sous le terme de Lappia6, mot dont on connaît la future fortune littéraire en dépit de ses habitants, les Sâmes qui ne l'ont pas accepté. Les Sagas des rois de Snorre Sturlasson offrent quelques renseignements sur les contacts entre Vikings et Sâmes. Ecrites au XIIIèmesiècle, ces Sagas rapportent des évènements remontant aux Xème XIème siècles (Snorre kongesagaer, Gyldendal, 1970). et C'est ainsi qu'on apprend qu'à moins de 50 kms au nord d'Oslo, pendant une soirée de Noël dans le Hadeland, après qu'on eût desservi la table, le roi Halvdan fit saisir un Sâme et le tortura pour lui faire confesser ses tours de sorcier, mais sans rien en obtenir. Ce dernier s'étant enfui avec le fils du roi, Harald-à-labelle-chevelure, lui apprit ensuite la mort de son père et son devoir de revenir prendre possession de son royaume et le reste de la Norvège (Halvdan Svartes s. ~ 8). Dans la saga d'Harald Hârfagre, ~ 33, il est dit qu'Erik découvrit dans une hutte du Finnmark une très belle femme qui était venue depuis son domaine du Hâlogaland apprendre la sorcellerie de deux Sâmes. Les Sâmes sont alors en butte aux premiers essais de christianisation: 0yvind refuse ainsi de se convertir car il est un " esprit" avec lequel les Sâmes ont animé un corps humain pour rompre par sorcellerie la stérilité de ses parents (Olav Trygvessons s.~ 76). St Olav lui-même eut à lutter contre le mauvais temps, effet de la sorcellerie sâme (Olav den helliges s. ~ 9). Nombreuses aussi sont les Sagas qui évoquent des expéditions vikings (finnferd) dans les territoires sâmes, expéditions de commerce, de rapine et d'imposition. Ainsi celles de Harek, homme important de Hâlogaland (Olav den helliges s. ~ 104), ou de Tore Hund qui, deux hivers durant, avait entrepris ce voyage et en avait ramené entre autres des pelisses en peaux

-

6 Mot à rattacher sans doute au finnois /appi (déserts septentrionaux). Dans une lettre papale du 9 janvier 1230 à l'archevêque d'Uppsala, on lit aussi, sans que soit désigné le nom de ses habitants, que des païens, ennemis de l'Eglise, habitaient le Lappia.

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de renne que la sorcellerie sâme avait rendues plus invulnérables que des cuirasses. La saga d'Inge (~ 6) témoigne de la suprématie des Sâmes en matière de construction marine, bien qu'elle semble originaire du milieu scandinave, puisque le prétendant à la couronne norvégienne, Sigurd Slembe, réfugié à Hinn0)'a, fit appel à leur compétence pour s'y faire construire un bateau pour 24 rameurs, cousu avec du tendon, sans clou, invincibles à la course... . Ces constructeurs sâmes devaient déjà être peu ou prou intégrés et devaient se distinguer de ceux qui pratiquaient pour longtemps encore - la magie, à tel point que de nombreuses lois "chrétiennes" de l'époque7 prévoyaient la saisie des biens de ceux qui avaient fait de telles expéditions dans le but d'obtenir des augures de la part des indigènes. - Le domaine juridico-politique de toute cette époque est d'ailleurs seulement en passe d'être défriché et exploité - souvent d'ailleurs en fonction des revendications actuelles des ethnies sâmes -. Il y a aussi sans doute beaucoup à trouver du côté des Traités de paix ou des Ordonnances comme celle de Tjalje (1323). Ce dernier document suédois écrit en latin destiné à aplanir les difficultés résultant de la colonisation suédoise après la paix de Noteborg mentionne les Sâmes8 en tant que tels: "homines silvestres et vagos vulgariter dietos lappa" en précisant que personne n'avait le droit de leur causer des embarras, pas plus d'ailleurs qu'aux Birkarls qui leur rendaient des visites commerciales. - Les géographes et les cartographes ne sont pas non plus à négliger pour notre propos. Parmi eux, il faut citer Claudius Clavus ou Nicolaus Niger dont la carte9 du Nord, annexe du manuscrit latin de Ptolémée, améliorée à la demande du cardinal
7 En particulier la Borgartinga/ov régissant la zone côtière de Vik et l'Eidsivatings/ov pour le "centre" allant du Varmland à l'Hedemark et le Dovre rédigées entre 1067 et 1120. La Frostatings/ov pour le Tr0ndelag et l'Hâlogaland date de 1260. 8 C'est sans doute à la suite de Saxo Grammaticus qui désigne par Lappia le pays actuel des Sâmes que ce nom servit de support pour désigner ses habitants. Ainsi les "Wild/appmanni", chez Claudius Clavus, ou les "wild /open" chez Michel Behaim. On le rencontre aussi dans le Fundinn Noregr composé à la même époque. 9 La carte se trouve en fac-simile dans le Facsimileat/as (p.55) Nordenskiold, Studier ochforskningar, Stockholm 1883-1884 et dans Storm, Ymer, 1891. 37

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français G. Filiastrus et terminée en 142710 mentionne le "wi/d/oppe/andf' et Behaim pour son globe de 1492. Un peu plus tard nous trouvons le travail de Ziegler "ScondiaJJ" dont la carte du nordl2 fut réalisée à partir des renseignements oraux fournis par quatre scandinaves rencontrés à Rome dont le dernier archevêque catholique de Trondheim, Erik Walkendorf3, et le dernier évêque catholique d'Uppsala, Johannes Magnus, qui lui avait communiqué ses notes sur la "SchondiaJ4". - Le frère de ce dernier, Claus Magnus (Cothus Lincopensis, comme il s'est lui-même appelé) (1488-1557), après avoir voyagé en Suède et sans doute en Norvège, après avoir recueilli dans les ports hollandais et allemands des renseignements sur les régions les plus septentrionales où il n'avait pas été, se trouva avec lui à Venise à l'occasion du Concile de 1538. Ils y furent les hôtes du patriarche Hieronymus Quirirus et c'est là que lui-même fut incité à publier sa fameuse carte des régions nordiques de 1539, dite Carta Marina. Cette cartelS, éditée à Venise, retrouvée en 1886 par le Dr. O. Brenner à la Bibliothèque Nationale de Munich, ne doit pas être confondue avec des cartes moins grandes, telle celle de l'édition de Bâle (1567) dans l'Historia de gentibus septentrionibus. Cette carte, réalisée pour des motifs religieux (il s'agissait de décrire les contrées qui venaient
10

Cf. G. Storm: Den danske geograf Claudius Clavus Eller Nicolaus Niger
1889, p. 125 sqq., 1891 p. 43 sqq.)

(Ymer
Il

Ziegler 1. Schondia Quae intus continentur Syria, ad Ptolomaici operis rationem... Palestina... Arabia Petrae... Aegyltus Schondia... Holmiae deplorabilis excidii per Christiemum Datiae regem, historia, Regionum superiorum, singule tabulae Geographicae, p. XCIII, XCIV Laponica, Argentorati MDXXXII (1532). 12 Reproduite dans le Voyage autour de l'Asie et de l'Europe, I, de Nordenskiold. 13Auteur en particulier de Breuis et sumaria descriptio Nidorensis diocesis et specialiter cuidam ipsius partis que Findmarkia dicitur, exterma aquilanaris Christiani/atis plaga publié avec traduction norvégienne des Dr. H. Karlsson et Dr. G. Storm, Det Nors/œ geograf Selsk, Aarbog, Kristiania, 1902, 12. 14Ces notes sont publiées sous le titre de "Si/us Scandia" en préface à l'ouvrage
qu'il rédigea plus tard: Historia de omnibus Gothorum Sueonumque regibus

,

Romae, 1554; qu'on peut aussi lire dans sa traduction suédoise Swea och Gotha Kronika, Stockholm, 1620. 15 On en trouve son fac-similé dans le travail d'Oscar Brenner "Die Miichte Karte des Olaus Magnus Von Jahre 1539", Kristiania, videnskabs Selskabs Forhandlinger 1886, n° IS. 38