Traditions orales du Congo-Brazzaville

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La culture Koongo s'organise autour de la palabre : contes, proverbes... Cet ouvrage inaugure une collection, Les enfants écrivains de la brousse, qui entend recueillir les traditions orales pour les enfants et par les enfants. Ce livre est le résultat d'un travail d'équipe - enfants et adultes, néophytes et spécialistes, Congolais et Français - en amitié. Il s'adresse principalement aux collégiens congolais, de la 6e à la 3e, et à leurs maîtres, mais intéressera sous toutes les latitudes.
Publié le : lundi 15 octobre 2012
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EAN13 : 9782296506541
Nombre de pages : 104
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Cet ouvrage n’aurait pu voir le jour sans les aides précieuses de : • l’école Notre-Dame de la Confiance, à Kinsoudi-Barrage son directeur le Père Vianney Kiabiya, les religieuses Trinitaires qui l’administrent (tout particulièrement les Sœurs François de Sales, Pascale, Sylvie Valérie), les professeurs, les élèves (« les enfants écrivains de la brousse ») et leurs parents ; • le Père Simplice Mbakha qui fut, en 2009, notre premier guide ; • l’école KNKM, à Makélékélé, ses administrateurs (Maurice Kossa, Philippe Nzalabaka, Antoine Kiyindou et Gabriel Malonga), les professeurs et leurs élèves ; • Auguste Miabeto, enseignant retraité, spécialiste des traditions orales, anthropologue ; • et des nombreux soutiens amicaux de personnalités congolaises ou françaises, toutes passionnées par la culture kòongó, notamment le père Adolphe Tsiakaka.
Cet ouvrage a reçu le soutien du ministère congolais de la Culture et des Arts en la personne de Monsieur le ministre Jean-Claude Gakosso
La collection Les enfants écrivains de la Brousse
Le poète malien Amadou Hampâté Bâ (1900-1991), lors d’un discours à l’Unesco « pour une action urgente pour la récolte et le sauvetage des traditions orales », en 1962, lança cette phrase devenue emblématique : « En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. »
Dans de nombreux pays de tradition orale, des événements parfois terribles (guerres, épidémies, exodes, catastrophes écologiques…), ou plus simplement la mondialisation, la modernité – et leurs effets – ont érodé les formes ancestrales de la transmission. Des pans entiers de culture s’effritent et, quelquefois, disparaissent. Des jeunes ignorent leurs racines, des vieux n’ont plus la place ni la reconnaissance d’antan ; les mémoires sont emplies de trous et de vides… Or, nous postulons que, pour avoir un futur, toute personne doit avoir une mémoire !
Cette collection se veut traces pour les générations à venir. Son objectif : recueillir des traditions orales pour les enfants. Sa méthode : recueillir ces traditions orales par les enfants. Sa pertinence:faire valider les matériaux recueillis par des experts du pays et des cultures concernées.
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Collection Les enfants écrivains de la brousse
Sous la direction de Thierry Goguel d’Allondans et Valérie Béguet
Pour avoir un futur, toute personne doit avoir une mémoire !
Téraèdre / Mémoire de la Terre & Développement 2012
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COLLEGIENNES ET COLLEGIENS
Tout au long des chapitres, quelques questions vous seront posées. Les réponses à ce quizz se trouvent en page 3 de couverture.
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« Parler c’est exister absolument pour l’autre […] C’est surtout assumer une culture, supporter le poids d’une civilisation. » Frantz Fanon
Dès sa naissance, l’enfant baigne dans le langage. La langue maternelle s’offre comme première matrice de sens. Puis, chacun de sa place, hommes et femmes, jeunes et vieux, proches parents et parents éloignés, membres de la communauté et étrangers de passage, conversent, dialoguent, débattent, échangent les savoirs et les connaissances. La mémoire est une commune richesse. Dans les pays de tradition orale, autrefois, l’éducation était l’affaire de tous ; un adulte était responsable, dans l’espace public, des enfants qui y vivaient, y jouaient, y grandissaient, même si ceux-ci n’étaient pas les siens. Le dehors (la brousse, les champs, les rues…) était une école sans murs, mais non sans maîtres, chacun y apprenait et y enseignait. Par ailleurs, chaque communauté villageoise, chaque clan, avait un espace dédié à la transmission, c’est-à-dire à la palabre et, par là même, à la pédagogie.
Ce livre démarre une collection, Les enfants écrivains de la brousse, recueil de traditions orales « pour » les enfants mais également « par » les enfants, avec l’aide des adultes. À ce titre, il est un outil pédagogique, pour les maîtres comme pour les élèves. Ce premier opus s’ouvre avec le Congo-Brazzaville. D’autres projets identiques sont en cours au Cameroun, à Madagascar, à Mayotte, entre autres… Si chaque ouvrage s’adresse d’abord aux enfants du pays concerné, il a l’ambition d’intéresser aussi tous les enfants du Monde, « enfants de tous pays et de toutes couleurs » comme chantent les poètes, d’abord parce que bien des traditions se répondent les unes les autres, mais aussi parce que connaître la culture des autres permet, alors sans appréhension, de les rencontrer. Nous avons conçu ce matériel pédagogique pour un e e public « cible », mais non exhaustif : les collégiens, élèves de la 6 à la 3 , enfants de 11 à 15 ans, celles et ceux que les sociologues nomment « préadolescents ». Nous avons pu remarquer, sur le terrain, que ce sont eux qui ont le plus investi ce projet. Les enfants sont encore dans les jeux et préoccupations de leur âge, quant aux adolescents et aux jeunes adultes, ils ont à cœur, d’abord, leur projet de formation, leur avenir. Les préadolescents sont disponibles et, à partir de leurs repères culturels, commencent à s’intéresser au Monde, à l’au-delà de leurs environnements. Inscrits dans leur propre culture, ils pourront appréhender sereinement d’autres références, d’autres modèles, d’autres valeurs…
Nous avons pris l’option d’approcher les traditions orales du Congo-Brazzaville à partir des Kòongó et, parmi eux, plus particulièrement les 1 Làadí . Les Làadí sont une ethnie récente issue de l’ensemble culturel kòongó. En effet, l’urbanisation coloniale au Congo, avec Brazzaville comme capitale, au cœur même des zones d’habitations des Kòongó, a vu plusieurs sous-groupes se fondre et donner naissance à cette e identité. Ainsi, des Sùundí, des Téké, des Yaka, entre autres, se sont identifiés Làadí dès le début du XX siècle. Aujourd’hui, leur nombre est estimé à 1,2 million d’individus, soit plus d’un quart de la population. Ils vivent essentiellement dans les villes de Brazzaville, Pointe-Noire, dans la région du Pool, où ils constituent la quasi-totalité de la population, mais également dans les régions du Niari, de la Bouenza, de la Lékoumou et du Kouilou. Cette urbanité a permis un ancrage et un développement de la langue làadí qui peut être considérée comme un des nombreux parlers kikòongó au même titre que le munukutuba (ou kituba), le lingala. Outre son poids démographique et son influence dans la vie quotidienne, notamment sur les marchés, on y retrouve tout le corpus culturel kòongó ancien, littéraire (oral), de contes, légendes, proverbes, ou autres, ceci justifiant notre choix.
1.Que l’on prononce lari.
Thierry Goguel d’Allondans et Valérie Béguet
INTRODUCTION
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LE CONGO-BRAZZAVILLE : BREF HISTORIQUE
e Il y a fort longtemps, avant l’arrivée des premiers explorateurs portugais (XV siècle), tout le sud de la République du Congo (Congo-Brazzaville) faisait partie, avec le sud-ouest de la République Démocratique du Congo (Congo-Kinshasa), le nord de l’Angola et une partie du Gabon, du vaste Royaume Kòongó. L’origine des flux migratoires est incertaine. Certains scientifiques pensent que, vers l’an 500, des groupes, fuyant probablement l’assèchement du Sahara, sont parvenus, par le Nigéria et le Cameroun, jusqu’au fleuve Congo. Le Royaume se serait constitué vers 600 ou 700.
Le mythe des origines est bien plus imagé. La légende la plus connue rapporte que l’ancêtre primordial (Nkaaka ya kisina) des Kòongó serait une femme nommée Nzinga, fille de Nkuwu et épouse de Nimi. La société traditionnelle kòongó était matriarcale, il n’est donc pas étonnant que l’histoire débute au féminin, sinon réellement, du moins symboliquement. La généalogie de Nzinga se poursuit avec ses trois enfants, deux garçons jumeaux et une fille, respectivement N'vita Nimi, Mpánzu’a Nimi et Lukeni Lwa Nimi. C’est à partir de cette descendance initiale que vont s’organiser les lignages qui suivront. Les frères et apparentés de Nzinga seront les maîtres des terres, capables de maîtriser les énergies telluriques. Les descendants de N’vita Nimi, l’aîné, seront les médiateurs, les maîtres de la palabre. Les enfants de Mpánzu’a Nimi auront les habiletés manuelles tant pour l’agriculture que pour les travaux de la mine. Lukeni Lwa Nimi est louée pour sa beauté et ses talents d’éducatrice, elle transmettra ses dons à sa nombreuse progéniture. Les uns et les autres seraient à l’origine des premières villes du Royaume Kòongó.
e Mbanza Kongo (gravure du XVI siècle)
Les premiers explorateurs européens ne comprirent pas bien la complexité, tant géographique que politique, de cet « empire », le découpant arbitrairement en districts plus qu’approximatifs. Souvent même, ces chroniqueurs réduisirent le territoire kòongó aux seules dimensions de sa province capitale, Zita-Dya-Nza (le « nœud du monde »), dont le chef-lieu était Mbanza Kongo. L’historien Raphaël Batsîkama, en se fondant sur plusieurs sources, peut « avancer que le Royaume du Congo s'étendait entre la latitude 1 1/2 ° Nord et la latitude 22 ° Sud, du 24 ° de longitude Est à l'océan Atlantique. Il atteindrait une superficie dépassant les 2 500 000 km² ». C’était un royaume riche et prospère.
L’arrivée, en 1482, de l’explorateur portugais Diego Cao, si elle ouvre à des échanges commerciaux, amène aussi des relations de domination, les trafics négriers. Le royaume Kòongó s’en trouve affaibli et, petit à petit, sombre dans l’oubli.
Quizzn° 1:?Dans quel pays se trouve Mbanza Kongo
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Pierre Savorgnan de Brazza (Rome 1852 – Dakar 1905) est, dès son plus jeune âge, un grand voyageur. Cultivé, naturalisé français en 1870, il a à peine 23 ans lorsqu’il fait son premier voyage jusqu’au fleuve Congo et 27 ans lorsqu’il y retourne, pour le compte de la France. Le 10 septembre 1880, il signe un accord de protectorat, au profit de la France, avec le souverain téké, le roi Makoko Iloo.
La Conférence de Berlin (qui s’achève le 28 février 1885) délimitera les frontières des différentes puissances coloniales. Ainsi, l’Afrique équatoriale française regroupait le Gabon, le Moyen-Congo (aujourd’hui Congo-Brazzaville), l’Oubangui-Chari (aujourd’hui Centrafrique) et le Tchad. Après l’avoir administrée de 1885 à 1898, Pierre Savorgnan de Brazza est remercié par les autorités françaises et quitte le Congo. Il y retournera en 1905 pour y mener une commission d’enquête. Accablé par ce qu’il découvre, malade, il succombe la même année.
En 1940, l’Afrique équatoriale française se rallie au Général de Gaulle et devient l’Afrique française libre, avec comme capitale Brazzaville.
En 1942, meurt en prison l’administration coloniale.
André Matsoua (1899-1942), figure marquante de l’opposition à
En 1958, le Congo vote une nouvelle constitution. Il obtient son indépendance le 15 août 1960.
Le Congo verra se succéder plusieurs présidences souvent mouvementées : de 1960 à 1963, l’abbé Fulbert Youlou (1917-1972) ; de 1963 à 1968, Alphonse Massamba-Debat (1921-1977) ; de 1968 à 1977, Marien Ngouabi (1938-1977) ; de 1977 à 1979, Joachim Yhombi Opango (né en 1939) ; de 1979 à 1992, Denis Sassou-Nguesso (né en 1943) ; de 1992 à 1997, Pascal Lissouba (né en 1931).
Le Congo connaîtra, particulièrement en 1997 et 1998, de nombreux affrontements fratricides entre les partisans de Pascal Lissouba, Denis Sassou-Nguesso et Bernard Kolélas (1933-2009). Denis Sassou-Nguesso reprend le pouvoir en 1997, sera officiellement élu en 2002, puis réélu en 2009.
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LE CONGO-BRAZZAVILLE : GEOGRAPHIE
La République du Congo, appelée aussi Congo-Brazzaville pour la distinguer de sa voisine la République Démocratique du Congo (Congo-Kinshasa), est située au cœur de l'Afrique Centrale, à cheval sur l'équateur, au bord de l'océan Atlantique et dans le Bassin du Congo, deuxième poumon écologique du monde après l'Amazonie. D’une superficie de 342 000 km², pour une population estimée à un peu plus de 4 millions d’habitants, la République du Congo a des frontières communes avec le Gabon, le Cameroun, la République Centrafricaine, la République Démocratique du Congo (ex Zaïre) et l’enclave de Cabinda.
Le pays compte 12 régions, regroupant chacune plusieurs districts : la Likouala, la Sangha, la Cuvette Ouest, la Cuvette centrale, les Plateaux, le Niari, la Lékoumou, le Pool, le Kouilou, la Bouenza, Brazzaville et Pointe-Noire. Les principales villes sont Brazzaville (la capitale politique qui compte 1,4 million d’habitants), Pointe-Noire (capitale économique, avec 900 000 habitants), Dolisie, Ouesso, Nkayi et Mossendjo. En 2007, on estimait à 62,2 % le taux d’urbanisation, même si la sagesse populaire prétend que « ceux qui partent si fièrement pour la ville seront bien contents de pouvoir un jour revenir au village » (Bayenda Mavula ntsia bakaala kwaou lutambi ndelo).
Sur toute sa frontière Est, soit près de 700 kilomètres, la république est bordée par le fleuve Congo, long de 4614 kilomètres. C’est le second fleuve au monde pour son débit, après l’Amazone, et le huitième en longueur après l’Amazone (6 992), le Nil (6 852), le Yang-Tseu-Kiang (6 378), le Mississipi-Missouri (6 275), l’Ienisseï-Angara (5 539), le Huang He (5 464) et l’Ob-Irtych (5 410). Brazzaville et Kinshasa sont les deux plus proches capitales du monde, la traversée du fleuve Congo pour aller de l’une à l’autre (4 km) durant un petit quart d’heure.
Quizz n° 2 :?Quel est le nom du second fleuve, en longueur, de la République du Congo
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