Trafalgar

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« Nous n’avions plus à bord que quelques canons qui fussent en état de servir ; à peine 150 boulets encore dans le puits, le gouvernail coupé... Enfin, nous étions fermement persuadés que le vaisseau coulerait sous peu d’heures et, néanmoins, le feu continuait avec la plus grande vivacité, aux cris de ‘Vive l’Empereur ! Plutôt la mort que la prison !’ »… Pour les Anglais, Trafalgar est une apothéose ; pour les Français, une humiliation. S’appuyant sur des documents et des témoignages inédits, l’amiral Rémi Monaque, en homme de mer et en historien chevronné, nous replonge au cœur de cette bataille maritime survenue le 21 octobre 1805. Il met en lumière la responsabilité de Napoléon, mais revient aussi sur les conditions de vie à bord des navires, dresse le portrait des principaux acteurs du drame et rend intelligibles les techniques de navigation et de combat de la marine à voile. Grand Prix 2005 de la Fondation Napoléon
Publié le : vendredi 7 octobre 2005
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791021016705
Nombre de pages : 400
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© Éditions Tallandier, 2005 et 2014 pour la présente édition 2, rue Rotrou – 75006 Paris www.tallandier.com
EAN : 979-10-210-1670-5
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INTRODUCTION
Dans la mémoire collective des Français, le mot « Trafalgar » prend une résonance sourde et sinistre, évocatrice d’un malheur et d’une humiliation irréparables. Le souvenir de cette bataille perdue constitue comme le symbole et le rappel lancinant d’une sorte de fatalité qui frapperait les entreprises maritimes de la France. La mentalité terrienne de la nation, fortement enracinée dans son histoire, en est confortée- et comme justifiée. Tous les Français connaissent le nom de Trafalgar, quelques-uns se souviennent de celui du malheureux Villeneuve, mais bien peu sont capables d’évoquer nos grands hommes de mer et les combats glorieux qu’ils ont livrés. Pour les marins, l’événement marque une fracture historique : avant lui la flotte française était capable de disputer aux Britanniques la maîtrise des mers, après lui elle doit se résigner à jouer les seconds rôles. Pour les Anglais, Trafalgar est une apothéose. Nelson en sort déifié, la Royal Navy e en tire un immense prestige et continue- au XXI siècle de célébrer son anniversaire avec une ferveur religieuse ; la nation tout entière y puise fierté et confiance- en son destin. Les Espagnols, quant à eux, y voient un sacrifice inutile, accompli pour l’honneur, au profit d’un allié imposé – la France – qui ne lui en sut d’ailleurs aucun gré. Ils ne retiennent que l’héroïsme de leurs combattants. Lourde de conséquences par son impact psychologique, la bataille de Trafalgar n’a pourtant produit que des effets stratégiques- mineurs. Bien avant qu’elle ne se déroulât, Napoléon avait renoncé à son grand dessein d’invasion de l’Angleterre et dirigé sa Grande Armée vers l’Europe centrale et le futur « soleil d’Austerlitz ». Les escadres françaises restèrent désormais bloquées dans leurs ports, sans pour autant que l’Empereur eût renoncé à reconstituer ses forces de haute mer. Les arsenaux de Brest, Toulon et Rochefort continuèrent leurs constructions avec le concours important des nouvelles installations industrielles d’Anvers. À la fin de l’Empire, la marine française alignait sensiblement le même nombre de vaisseaux de ligne que dans les premières années de la Révolution. Sans doute rebutés par la tristesse de l’événement, les historiens français n’ont consacré que fort peu d’ouvrages à la bataille de Trafalgar. L’étude la plus complète, due à Édouard Desbrière, un savant officier de l’armée de terre, remonte à près d’un siècle. À l’occasion du bicentenaire de la terrible tragédie, il semble utile de faire le point sur les travaux conduits- depuis lors dans les trois pays impliqués. Pour la marine française, il est nécessaire de renouveler la recherche en faisant appel à des sources encore peu ou pas exploitées, comme les rôles d’équipage des vaisseaux engagés dans l’aventure ou bien encore les dossiers individuels des principaux officiers de l’armée navale. Il paraît
en outre utile d’élargir le propos en donnant toutes leurs places aux prémices de la campagne et à ses conséquences, beaucoup moins étudiées jusqu’ici que la bataille elle-même. Pendant les deux ans qui suivent la rupture de la paix d’Amiens, Napoléon se passionne pour la stratégie navale. Comment conçoit-il son grand dessein d’invasion de l’Angleterre ? De quels atouts dispose-t-il ? Comment dirige-t-il les mouvements préliminaires des flottes ? Telles sont les questions auxquelles nous tenterons d’abord de répondre. Afin de mieux appréhender la bataille elle-même, ses acteurs, les hommes et les navires feront l’objet d’une analyse attentive montrant leurs forces et leurs faiblesses. La personnalité des amiraux, leur comportement antérieur et leurs idées tactiques seront soigneusement pris en compte. Le récit du combat, reconstitué à partir des travaux les plus récents, sera complété par les nombreux témoignages recueillis après la bataille. Les combattants eux-mêmes, ainsi sollicités, apporteront une vision concrète des événements qu’ils vécurent. En guise d’épilogue, seront envisagées les conséquences à plus ou moins longs termes de l’événement. Très modestes sur le plan stratégique, elles sont, en revanche, immenses dans le domaine psychologique car la mémoire collective de trois nations en a été profondément marquée. L’influence de Trafalgar, et d’une façon plus générale des guerres de la Révolution et de l’Empire, fut très grande sur la pensée navale en France et à l’étranger. On s’aperçoit, avec le recul du temps, que les conclusions, justes ou erronées tirées de l’analyse de la bataille influencèrent grandement les idées tactiques et la politique navale de toutes les grandes puissances maritimes. Ultime remarque avant d’inviter le lecteur à revivre et à mieux comprendre le drame de Trafalgar : j’ai mené cette recherche avec le souci permanent de surmonter les préjugés nationaux et des passions toujours vives. Les points de vue des trois pays concernés ont été pris en compte chaque fois que la documentation disponible m’en donnait les moyens. Ma satisfaction serait grande si je pouvais rapprocher les intelligences et les cœurs dans la connaissance d’un événement à la fois glorieux et douloureux de l’histoire européenne. La construction de l’Europe exige que ses habitants élaborent et adoptent une histoire commune. Puisse cet ouvrage constituer une modeste contribution à cette entreprise.
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