Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations de blogueurs

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Deux chapitres des Essais de Montaigne ont été traduits en français moderne par Bénédicte Boudou :
De l’oisiveté et De l’art de conférer
Une nouvelle civilisation est en train de naître sur le Web, en voici le b. a. ba :
a. Blog, b. Blogosphère, c. Pseudo, d. Fil, e. Troll, f. Trollisme, g. Conférence, h. Wannabe, i. Modération, j. Harcèlement, k. Billet, l. Communauté, m. Commentaire, n. Copinage, o. Loi de Godwin, p. E-réputation, q. Extime, r. Communauté virtuelle, s. Hypertexte, t. Flooding, u. Diffamation, v. Serendipity, w. Micro-blogging, x. Identité, y. Buzz, z. Intime.
En vingt-six brefs chapitres où chacun des mots-clefs du e-vocabulaire est analysé, Léo Scheer explore les pistes de l’art de vivre sur le Net, en se fondant aussi bien sur son expérience que sur les analyses sociologiques ou neurologiques les plus récentes, ou encore sur les règles de l’art de conférer, telles que Montaigne les découvrait il y a six siècles.
Publié le : mercredi 27 mai 2015
Lecture(s) : 2
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782756107561
Nombre de pages : 160
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couverture

Léo Scheer

Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations de blogueurs

 

En collaboration avec Alexandra Varrin et Abeline Majorel

 

Deux chapitres des Essais de Montaigne ont été traduits en français moderne par Bénédicte Boudou :

De l’oisiveté et De l’art de conférer

 

Une nouvelle civilisation est en train de naître sur le Web, en voici le b. a. ba :

a. Blog, b. Blogosphère, c. Pseudo, d. Fil, e. Troll, f. Trollisme, g. Conférence, h. Wannabe, i. Modération, j. Harcèlement, k. Billet, l. Communauté, m. Commentaire, n. Copinage, o. Loi de Godwin, p. E-réputation, q. Extime, r. Communauté virtuelle, s. Hypertexte, t. Flooding, u. Diffamation, v. Serendipity, w. Micro-blogging, x. Identité, y. Buzz, z. Intime.

 

En vingt-six brefs chapitres où chacun des mots-clefs du e-vocabulaire est analysé, Léo Scheer explore les pistes de l’art de vivre sur le Net, en se fondant aussi bien sur son expérience que sur les analyses sociologiques ou neurologiques les plus récentes, ou encore sur les règles de l’art de conférer, telles que Montaigne les découvrait il y a six siècles.

 

EAN numérique : 978-2-7561-0756-1

 

EAN livre papier : 9782756103266

 

www.leoscheer.com

 
CNL_WEB

DU MÊME AUTEUR

La Démocratie virtuelle, Flammarion, 1994

 

Variations

Collection dirigée

par Léo Scheer

 

VARIATIONS I

Catherine Malabou, La Plasticité au soir de l’écriture, 2004

 

VARIATIONS II

Didier Eribon, Échapper à la psychanalyse, 2005

 

VARIATIONS III

François Noudelmann, Hors de moi, 2006

 

VARIATIONS IV

David Nebreda, Sur la révélation, 2006

 

VARIATIONS V

Didier Eribon, D’une révolution conservatrice, 2007

 

VARIATIONS VI

Éric Duyckaerts, Théories tentatives, 2007

 

VARIATIONS VII

Éric Rondepierre, Toujours rien sur Robert, 2007

 

VARIATIONS VIII

Henri-Pierre Jeudy, Nouveau discours amoureux, 2008

 

VARIATIONS IX

Claude Esturgie, Le Genre en question ou questions de genre, 2008

 

VARIATIONS X

Catherine Malabou, Ontologie de l’accident, 2009

 

VARIATIONS XI

Emmanuel Tugny, Sidération !, 2010

 

VARIATIONS XII

Pacôme Thiellement, Les Mêmes Yeux que Lost, 2011

 

VARIATIONS XIII

Jean-Clet Martin, Bréviaire de l’éternité, 2011

 

VARIATIONS XIV

Steven Sampson, Corpus Rothi, 2011

 

LÉO SCHEER

 

 

TRAITÉ DE SAVOIR-VIVRE

À L’USAGE DES JEUNES GÉNÉRATIONS

DE BLOGUEURS

 

 

En collaboration avec

Alexandra Varrin et Abeline Majorel

 

 

Deux chapitres des Essais de Montaigne

ont été traduits en français moderne

par Bénédicte Boudou :

 

De l’oisiveté et De l’art de conférer

 

 

VARIATIONS XV

 

 

Éditions Léo Scheer

AVANT-PROPOS

Le titre de cet ouvrage est un hommage à Raoul Vaneigem qui publia en 1967, un an avant l’explosion de 68, un Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations, livre qui eut, sur ces dernières, une très grande influence.

À l’époque, l’auteur utilisait la notion trop sérieuse de « traité de savoir-vivre » par dérision. L’évolution des comportements depuis 68 et l’apparition avec l’Internet d’un nouvel espace de liberté « sauvage » ajoute encore à l’ironie de cette idée de « savoir-vivre », surtout dans ce qui prétend avoir la pompe d’un « traité ».

Pour rester dans cet esprit, j’ai choisi une référence encore plus ancienne qui me semblait paradoxalement adaptée à l’étrangeté du monde actuel, comme si cet homme en avait eu la préscience, lui que l’on peut considérer comme un des plus beaux fruits de la civilisation française : Montaigne.

Sa pensée est connue des collégiens du monde entier car il a toujours été enseigné dans sa traduction moderne. En France, Montaigne reste en partie un inconnu et on ne perçoit pas toujours à quel point sa pensée est adaptée aux problèmes du monde moderne.

On trouvera, ainsi, à la fin de l’ouvrage, le chapitre des Essais qui m’a servi de guide pour ce traité : De l’art de conférer, dans son adaptation en français moderne par Bénédicte Boudou, auteur du Dictionnaire des Essais de Montaigne (aux Éditions Léo Scheer).

Le point d’intersection entre Montaigne et la blogosphère m’est apparu dans un tout petit chapitre, le plus court des Essais (il fait une page), dont le titre est : De l’oisiveté.

Montaigne y explique ce qu’il a ressenti lorsqu’il s’est isolé, dans sa « Librairie », entouré des livres des auteurs avec lesquels il souhaitait « conférer » pour écrire ses Essais. Lorsque nous nous installons, aujourd’hui, devant notre ordinateur, dans la perspective de tenir un blog, de nous prendre, nous-mêmes, comme sujets de ce blog, d’y raconter des choses intimes, d’utiliser les moteurs de recherche de cette phénoménale « Librairie numérique » qu’offre l’Internet ; je me suis dit que les deux situations, malgré la distance historique qui les sépare, se ressemblaient.

Voici ce que Montaigne nous dit à propos de ce qu’il ressentit :

 

De l’Oisiveté.

 

Nous voyons des terres en friche, si elles sont grasses et fertiles, foisonner de cent mille sortes d’herbes sauvages et inutiles, et pour les tenir en bon état, il faut les soumettre et les employer à certaines semences pour notre usage.

Nous voyons aussi que les femmes produisent bien toutes seules des amas et des pièces de chair informes, mais pour obtenir une bonne génération naturelle, il faut les faire engendrer à partir d’une semence autre.

Il en va de même des esprits : si on ne les occupe pas à un sujet qui les bride et les contraigne, ils se jettent déréglés par-ci par-là, dans le terrain vague de l’imagination. […]

Et il n’y a pas de folie ou de rêverie qu’ils ne produisent dans cette agitation. […]

L’âme qui n’a pas de but établi se perd car, comme on dit, c’est n’être en aucun lieu que d’être partout. […]

Dernièrement, je me suis retiré chez moi, décidé autant que je le pourrai à ne me mêler de rien d’autre que de passer en repos et à part le peu de temps qui me reste à vivre. Il me semblait ne pouvoir faire plus grande faveur à mon esprit que de le laisser en pleine oisiveté s’entretenir lui-même, s’arrêter et se reposer en lui. J’espérais qu’il pourrait désormais le faire plus facilement, étant devenu avec le temps plus pesant et plus mûr.

Mais je trouve qu’au contraire, mon esprit, faisant le cheval échappé, se fait galoper cent fois plus lui-même qu’il ne faisait galoper les autres, et il enfante en moi tant de chimères et de monstres fantasques les uns sur les autres, sans ordre et sans propos, que pour en contempler à mon aise l’ineptie et l’étrangeté, j’ai commencé de les enregistrer par écrit, espérant avec le temps lui en faire honte à lui-même.

 

L’esprit humain, lorsqu’il est désœuvré, est comme un « cheval fou », c’est son état naturel : il est « déréglé ». C’est exactement ce qui saute aux yeux dès qu’on se plonge dans la blogosphère.

Cette maladie de l’esprit humain, nul ne peut la guérir, mais nous pouvons essayer de limiter les effets de cette folie « naturelle » en nous imposant un cadre, des règles à l’intérieur desquels il pourra, certes, continuer à galoper, mais sans nous faire tomber de selle.

L’art de conférer propose un certain nombre de règles pour permettre à notre esprit d’utiliser le rapport aux autres afin de se réguler. Il serait illusoire de penser que ces règles sont de nature à nous guérir de nos folies « modernes », mais l’objet de ce « traité » est de montrer qu’elles peuvent, du moins, nous aider à y réfléchir.

1. BLOG

Le Web est souvent associé, dans notre imaginaire, à deux métaphores principales : d’une part « la Toile », qui s’exprime dans des notions comme « le Net » et, d’autre part, à une métaphore plus maritime, donnant lieu à des notions devenues courantes, comme la « navigation ».

Les maîtres du Web sont devenus ceux qui savent fabriquer les meilleurs « navigateurs ». Le terme blog est né de la rencontre de deux mots : du Web, vu sous l’angle de la deuxième métaphore, et de ce que les marins utilisaient pour s’y retrouver sur l’océan dans leur navigation : le « log », c’est-à-dire le journal de bord. À l’origine, le log désigne un rondin de bois que l’on accrochait à une corde qu’on jetait par-dessus bord, les nœuds de la corde permettant de mesurer la vitesse du navire. Donc le Web-log est devenu le Blog par ablation du we, ce qui mériterait, à soi seul, une analyse.

 

Le blog est un site où un auteur, individuel ou collectif, met en ligne régulièrement des billets, qui sont, la plupart du temps, mis à jour selon une thématique définie de manière subjective par le ou les auteurs. Le billet peut être un simple article textuel. Il peut aussi être agrémenté d’éléments audiovisuels, photos, enregistrements sonores, vidéos, etc. Mais ce qui le qualifie et le spécifie comme appartenant à l’univers du Web, c’est la possibilité d’y inclure des « liens hypertextes » renvoyant à d’autres sites, à des fichiers multimédias, et à tout ce qu’on peut trouver sur le Web. C’est l’aspect qui fait du blog un micro-navigateur personnalisé. L’internaute, au lieu de chercher sur un navigateur global en fonction de ses besoins d’informations sans limites ou de sa curiosité débordante, va « embarquer » sur ce frêle esquif et suivre, de liens en liens, l’itinéraire où l’invite et le guide l’auteur du blog.

Individuel, le blog emprunte souvent sa forme au journal intime, et se présente aussi comme une « navigation intérieure » dont les liens sont des fractures, des brèches à travers lesquels on aperçoit le monde extérieur. Collectif, il s’organise souvent autour d’une ligne éditoriale commune à un ensemble de personnes qui partagent des opinions similaires. Il rejoint, sous cet angle, la dynamique des sites communautaires, sociaux ou de rencontres.

Mais il s’agit, le plus souvent, de créations personnelles où un « auteur » d’un nouveau type se met en scène à partir d’anecdotes personnelles qui lui permettent de multiplier les références culturelles, cinématographiques, littéraires ou musicales, lesquelles font l’objet des liens et, à travers eux, de la logique de navigation à travers laquelle se manifeste le pouvoir de séduction ou d’attraction qui va faire que l’internaute se laissera guider.

Le second élément qui structure un blog est l’espace des commentaires, c’est-à-dire l’espace aménagé pour les visiteurs du micro-navigateur. Les lecteurs, qui sont eux-mêmes souvent des blogueurs, ont la possibilité d’intervenir et d’entrer en contact avec l’auteur par l’intermédiaire de commentaires visibles par les autres lecteurs. Si l’auteur souhaite rompre avec ce principe, dans la mesure où il dispose dans son back-office de l’adresse mail du commentateur, il peut établir un lien « fermé » avec lui par e-mail.

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