Transfert et Relation de Sympathie

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L'auteur découvre comment, à l'occasion de chaque nouvelle rencontre ou de chaque retrouvaille, chacun met en route ce réflexe conditionné qui laisse croire que " nous connaissons l'autre... avant même de le connaître ", qui nous pousse à élaborer une stratégie relationnelle aléatoire à partir d'une analogie qui l'est tout autant. Une relation thérapeutique " la plus respectueuse possible de la personne " oblige à prendre délicatement distance par rapport au transfert, à écarter l'analogie aléatoire, et à conserver bien précieusement " la charge dynamique " qui va organiser le changement auquel la personne aspire. Ainsi accède-t-on à la relation de sympathie, thérapeutique en elle-même.
Publié le : dimanche 1 février 1998
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EAN13 : 9782296357655
Nombre de pages : 160
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TRANSFERT et RELATION de SYMPATHIE

Les entretiens du troisième mercredi
(VI-X)

Collection « Passerelles de la mémoire»

De Jean Amhrosi, dans la même collection: LA MEDIATION THERAPEUTIQUE (Septembre 1996) LE DESIR DE CHANGEMENT (Septembre 1997) TRANSFERT et RELATION de SYMPATIllE (Janvier 1998)

« Les entretiens du troisième mercredi»
se déroulent au Centre l'Harmattan (21 bis me des Ecoles. Paris sème.Téléphone: 01. 4. 46. 79.14.) Le programme annuel est obtenu sur demande.

@ L'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-6300-2

Jean AMBROSI

TRANSFERT et RELATION de SYMPATHIE

Les entretiens du troisième mercredi (VI-X)

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Collection Passerelles de la Mémoire dirigée par Jean Ambrosi

Cette collection rend compte d'un lien original entre ethnologie, anthropologie, mythologie, psychothérapie... Elle fait expressément état d'une intention "ethnopsychiatrique". Bien des rites anciens ou étrangers à notre culture observés dans leur étrangeté apparente, nous remettent en contact avec nos propres rites oubliés. C'est à cet éveil que cette collection prétend participer. Dernières parutions

AMBROSI Jean, La médiation thérapeutique. CLAUDE Catherine, L'enfance de l'humanité. MOREAU Alain, Structure de la relation. AMBROSI Jean, Le désir de changement. Les entretiens du troisième mercredi. RAULT Alain, Pour une psychiatrie de la rencontre (les passagers des longs couloirs).

A L~ORIGINE... « LE MOUVEMENT ESSENTIEL ».

« Le mouvement» apparai't aujourd'hui comme l'instrument privilégié de la médiation thérapeutique. TIn'est guère de processus de médiation où il ne joue son rôle. De l'extérieur, il peut faire penser à «un instrument magique», voire à un artifice, ou encore figurer un processus de conditionnement mis en place par le médiateur... il irait donc à l'encontre du principe qui fonde la médiation thérapeutique. Un retour à l'origine, à son apparition pourrait-on dire, écarte ce type de critiques. Durant le mois de Janvier 1977, au même moment, mais en des circonstances différentes, «le mouvement» est offert à Marie-Christiane Beaudoux et à moi-même. Sans doute nous a-t-il été présenté bien des fois auparavant sans que nous ayons été disposés à le recevoir.

L'aptitude à quelque peu l'entrevoir dont nous bénéficions à ce moment précis, n'est sans doute pas liée au hasard. Elle nous advient dans la période où nous tentons d'élaborer et de mettre en place un mode relationnel « le plus respectueux possible de la personne» (auquel, trois années plus tard, il sera donné le nom de relation de sympathie) et où, comme « en attente », nous développons une attitude non-interventionniste que nous voulons rigoureuse. « Les cas révélateurs» qui nous échoient, ont en commun leur complexité, leur extrême difficulté et chacun a été préalablement considéré sous différents angles professionnels. Face à ces situations « limites », notre « disponibilité respectueuse» est naturellement dictée par un réel sentiment d'impuissance. Ne sachant que faire, nous sommes « dans l'attente» . « Un salut» éventuel ne peut plus venir que des personnes concernées elles-mêmes. Nous sommes, de fait, tenus à une fonction « d' observateur-accompagnant». En ce sens, « trois offiandes» nous sont présentées, l'une à Marie-Christiane Beaudoux et deux à moi-même. Deux situations thérapeutiques que je rapporte. La première concerne un « délire religieux», la seconde « une problématique psychosomatique complexe, marquée par un état de bronchite chronique» (qui s'est en fait révélé être « un état de bronchite cyclique»). Je les décris l'une à la suite de l'autre.

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Un ami médecin me suggère de considérer le cas d'une personne parmi ses proches, Madame G. Elle développe, dit-il, « un délire religieux)}. Le même diagnostic a été avancé par divers soignants. Madame G. a « beaucoup consulté)} et a été traitée à plusieurs reprises, selon différentes approches, sans résultats. notables. Son état est « aggravé par des accès de rhumatismes)}. Madame G. vient me rencontrer. Elle a soixante-quatorze ans, elle est frêle, sourit sur un mode triste, craint de me « déranger pour rien)}. Elle raconte: « J'ai été soignée à plusieurs reprises. Je suis victime, dit-on, d'un délire religieux que personne ni moi-même ne parvient à enrayer... En même temps, je souffre de rhumatismes. Ma souffrance est grande et je dois d'être restée en vie à mes croyances religieuses qui 9

interdisent le suicide. Les rhumatismes s'installent dès que je décide de m'activer, avant même que je ne m'active... » Questionnée sur «le délire », Madame G. hésite à répondre, me considère longuement, puis décide de parler:

« Vous allez à votre tour me prendre pour une folle et
pourtant je n'ai jamais complètement raconté mon histoire... Voilà... Au début cela n'advenait que l'après-midi, après le déjeuner, au moment où les rhumatismes étaient au plus aigu... Le Christ me parlait. (Madame G. prend le temps de considérer ma réaction. Elle constate que je ne suis
aucunement surpris avant de poursuivre) Je l'entendais sans le voir, je reconnaissais Il me parlait distinctement. sa présence.

Il me répétait chaque fois les mêmes paroles. Il me disait qu'il avait projeté devant moi un cercle de lumière et m'incitait à entrer dans ce cercle pour être soulagée de mes douleurs. Je n'ai jamais osé pénétrer dans ce cercle. Alors, deux mois plus tard, le Christ s'est mis à me parler en continu, dès le matin au réveil, toute la journée, même dans mon sommeil, jusque dans mes rêves. Je ne rêvais plus depuis longtemps et c'est à cette époque que j'ai recommencé. J'ai cru que je devenais folle. J'ai décidé de ne plus en rien dire à personne Je savais que le Christ avait une tache considérable avec toutes les souffrances dont I 'humanité est accablée. 10

Comment pouvais-je prétendre qu'il passait tout son temps

avec moi?
Mon orgueil sans limites me semblait pure folie.

De plus, le prêtre auquel j'avais pris I 'habitude de me confier et qui m'écoutait avec une grande gentillesse, venait de mourir.
Je n'avais plus personne à qui parler.

Je n'ai plus personne à qui parler. Mes douleurs me font de plus en plus souffrir. Pourtant la solution m'est donnée. Mais je n'ai jamais eu le courage de répondre à l'invite du Christ. Je n'ai toujours pas ce courage.

Et me voilà face à vous, face à un jeune homme qui se demande bien à qui ilpeut avoir affaire.»
l'élabore, sans y penser, tout un arsenal de diagnostics. Aucun ne me contente. Je parviens seulement à me dire que les difficultés, psychiatriques et rhumatologiques, ne font qu'une. Je suis en proie à un véritable sentiment d'impuissance que je me surprends à évoquer à voix haute. Madame G. ne semble ni étonnée ni troublée. Après nombre de questions « d'ordre général », c'est sur un mode proche de l'automatique que je lui demande.
- Chère Madame, que pouvez-vous attendre de moi?

- Je ne sais pas. Vous m'avez écoutée sans poser de question... Vous n'avez jamais rencontré de cas semblable je pense... croyez bien que je ne tire aucune gloire de cette particularité. 11

Quepuis-je attendre de vous? Peut-être pourriez-vous m'accompagner lors de cette attente?

me décide à obéir à Notre Seigneur. Peut-être pourriez-vous être là, simplement là, et nous attendrions ensemble que je me décide.
- Que vous vous décidiez?

-De quelle attente Madame? -Il faudra bien qu'un jour ou l'autre je

- Que je sois prête à pénétrer dans ce cercle de lumière où je vais rencontrer mon bien-être... où je suis sûre de rencontrer mon bien-être.
- Comment envisagez-vous que cela se passe?

- Eh bien, (Madame G. répond sans hésiter), nous laisserions ce cercle de lumière se répandre ici (elle désigne un espace dans mon bureau), et puis je me situerais devant, dans l'attente de me lever et d y Pénétrer. - Mais ne vous disposez-vous pas ainsi chez vous, quand bon vous semble et aussi longtemps que vous le désirez?

-Je n'ose pas

m'aventurer

toute seule.

J'ai besoin que quelqu'un soit là. Pas n'importe qui. J'ai besoin que vous soyez là. (Un long silence) 12

Pourquoi vous? Je ne sais pas. C'est à mus que j'ai envie de demander ce service. Je vous préviens en toute honnêteté, je sais qu'il me faudra du temps et que vous devrez vous armer de patience.

Je ne réfléchis pas. Au moment où je la prononce, je constate que je donne une réponse positive à la demande de Madame G. Nous convenons ensemble du rythme et des horaires de nos rencontres: deux fois par semaine, en début d'après-midi. Je fais en sorte que nous ne soyons pas tenus par une heure limite. Lors de la première rencontre, Madame G. fixe elle-même « le décor}) et les modalités de notre travail qui sont demeurés immuables jusqu'au dénouement intervenu trois mois plus tard. Elle est assise sur une chaise (de profil par rapport à moi) face à un espace vide. - C'est là, dit-elle désignant cet espace, qu'il yale. cercle

de lumière.
Bien sûr vous ne pouvez pas le voir, mais il est bien là. (Elle se lève, accomplit un petit tour dans la pièce avant de reprendre sa place sur la chaise.) Lors de cette première rencontre, Madame G. demeure sur la chaise durant une quarantaine de minutes face à « ce cercle de lumière». Elle se lève d'elle-même, me dit sa « satisfaction que les choses se déroulent ainsi », confirme le rendez-vous à venir, puis sort.

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1--

Je n'ai pas prononcé la moindre parole. Je suis quelque peu abasourdi. Une fois seul, des questions advenues pendant la rencontre resurgissent: Ne suis-je pas, de par mon attitude, complice de l'installation d'un délire « sans espoir de retour» ? Pourquoi cette femme m'a-t-elle désigné pour ce rôle? At-elle pressenti mon incompétence et l'utilise-t-elle pour atteindre un but de «folie définitive» ? La décision est prise, je mettrai le plus rapidement possible un terme à ces rencontres. Deux jours ont passé. Madame G. se présente à l'heure dite. Tranquillisé par la décision d'en terminer avec nos rencontres, je la laisse agir sans lui apporter la moindre indication. Son parcours dans la pièce dessine un cercle, le même cercle que deux jours plus tôt. Puis, face au cercle, elle prend place sur la chaise après l'avoir reculée de quelques centimètres. Puisque mes fonctions avec cette femme vont prendre fin, je me sens libéré de toutes charges, disposé à observer de l'extérieur... finalement et à mon insu, disponible à répondre à l'attente de Madame G.. Je remarque, durant les quarante-cinq minutes que dure la rencontre, que Madame G. a, au départ, pris une position repliée sur elle-même, le menton sur la poitrine. Puis, sans que je puisse noter la moindre progression tant elle agit dans la lenteur, elle a redressé la tête, pris un temps pour passer en position debout avant de sortir sans attendre. «Madame G. met près de trois-quarts d 'heure pour redresser la tête! ». J'en suis là de mes remarques et je 14

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