Transnationalités et développement : rôles de l'interculturel

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Ce livre regroupe diverses contributions illustrant les complémentarités entre les notions du développement local d'une part, et du transnationalisme, d'autre part. Ces préoccupations sont articulées à l'aune d'une approche interculturelle. Les interventions interculturelles dans les situations de transnationalité sont abordées, ainsi que la pratique des formations en contexte transnational.
Publié le : mardi 1 juin 2010
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EAN13 : 9782296934566
Nombre de pages : 223
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Transnationalités et développement : rôles de l’interculturel

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A. Manço et C. Bolzman (coord.), Transnationalités et développement

Dans la collection « Compétences interculturelles »
K. HADDAD, A. MANÇO, M. ECKMANN (dir.), Antagonismes et dialogues interculturels. Du constat des polarisations à la construction des cohésions, 2009, 250 p. E. TAŞ, Kısmet ! Belgique/Turquie : regards croisés sur mariages et migrations, 2008, 144 p. M. SARLET, A. MANÇO (éds), Tourismes et diversités : facteurs de développement ?, 2008, 158 p. B. TISON, Des Indiennes en Europe. Valeurs et stratégies identitaires : comparaisons Paris-Londres, 2008, 176 p. J. DEPIREUX, A. MANÇO (éds), Formation d’adultes et interculturalité. Innovations en pays francophones, 2008, 158 p. A. MANÇO (éd.), Valorisation des compétences et co-développement. Africain(e)s qualifié(e)s en immigration, 2008, 236 p. K. HADDAD, L’intégration des musulmans en Suède. Un défi singulier pour une société multiculturelle ?, 2008, 125 p. S. de TAPIA, S. AKGÖNÜL (éds.), Minorités discrètes, diasporas en devenir ? Kalmouks, Kazakhs et Tibétains en France, 2008, 322 p. A. CHAOUITE, L’interculturel comme art de vivre. Fragments critiques, 2007, 152 p. H. SAIDI (éd.) Les étrangers en France et l’héritage colonial. Processus historiques et identitaires, 2007, 154 p. J. DE CHANGY, F. DASSETTO, B. MARECHAL, Relations et co-inclusion. Islam en Belgique, 2007, 240 p. M. BORN et coll. (éds), Recomposer sa vie ailleurs. Recherche-action auprès des familles primoarrivantes, 2006, 214 p. A. MANÇO, Processus identitaires et intégration. Approche psychosociale des jeunes issus de l’immigration, 2006, 188 p. A. MANÇO (coord.), Turcs en Europe. L’heure de l’élargissement, 2006, 129 p. E. PRIEUR, E. JOVELIN et M. BLANC (coord.), Travail social et immigration. Interculturalité et pratiques professionnelles, 2006, 312 p. A. ELIA, Réseaux ethnocommunautaires des Foulbé en Italie. Recherche de visibilité, logiques associatives et stratégies migratoires, 2006, 115 p. S. AKGÖNÜL, Religions de Turquie, religions des Turcs. Nouveaux acteurs dans l’Europe élargie, 2005, 193 p. L. MULLER et S. de TAPIA (éds), Un dynamisme venu d’ailleurs : la création d’entreprises par les immigrés, 2005, 311 p. A. MANÇO et S. AMORANITIS (éds), Reconnaissance de l’islam dans les communes d’Europe. Actions contre les discriminations religieuses, 2005, 200 p. Traduit en anglais. Ch. PARTHOENS et A. MANÇO, De Zola à Atatürk : un « village musulman » en Wallonie. CheratteVisé, 2005, 174 p. J. GATUGU, S. AMORANITIS et A. MANÇO (éds), La vie associative des migrants : quelles (re)connaissances ? Réponses européennes et canadiennes, 2004, 280 p. U. MANÇO (dir.), Reconnaissance et discrimination : présence de l’islam en Europe occidentale et en Amérique du Nord, 2004, 371 p. Traduction italienne en cours. A. MANÇO (éd.), Turquie : vers de nouveaux horizons migratoires ?, 2004, 308 p. M. VATZ LAAROUSSI et A. MANÇO (éds), Jeunesses, citoyennetés, violences. Réfugiés albanais en Belgique et au Québec, 2003, 312 p. D. CRUTZEN et A. MANÇO (éds), Compétences linguistiques et sociocognitives des enfants de migrants. Turcs et Marocains en Belgique, 2003, 126 p. A. MANÇO, Compétences interculturelles des jeunes issus de l’immigration. Perspectives théoriques et pratiques, 2002, 182 p.

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« Compétences Interculturelles » est une collection destinée à présenter les travaux théoriques, empiriques et pratiques des chercheurs scientifiques et des acteurs sociaux qui ont pour but d’identifier, de modéliser et de valoriser les ressources et les compétences interculturelles des populations et des institutions confrontées à la multiplicité des référents socioculturels et aux contacts entre différentes cultures. Les compétences interculturelles se révèlent capitales, notamment dans le double effort d’intégration des personnes issues de migrations, qui doivent à tout le moins se positionner à la fois par rapport à la société d’accueil et par rapport aux milieux d’origine, eux-mêmes en constante transformation. Les travailleurs sociaux au sens large, les enseignants, d’autres intervenants, mais également les décideurs chargés des politiques d’accueil et d’intégration des migrants et des minorités culturelles sont concernés par ce type de compétences professionnelles pour mener, à destination de ces publics, des actions de développement social et pédagogique efficaces. Même si l’objectif de la présente collection est prioritairement de faire connaître les travaux de l’Institut de Recherche, Formation et Action sur les Migrations (IRFAM) et de ses nombreux partenaires internationaux, cet espace d’expression est ouvert aux équipes pluridisciplinaires qui souhaitent contribuer à l’approfondissement des savoirs et des savoir-faire en matière de développement interculturel. Les publications en préparation couvrent divers domaines parmi lesquels : o o o o o Interculturel, activités créatives et insertion ; Migrations et développement : le rôle des associations ; Migrations et prévention des violences ; Pour une éducation aux migrations équitables ; Psychologie et migrations : vers une synthèse.

La collection bénéficie des apports d’un Comité scientifique international qui a pour rôle d’évaluer les ouvrages et les chapitres d’ouvrage proposés pour publication, ainsi que d’initier des thèmes nouveaux. Le Comité participe à l’orientation de la politique d’édition, de diffusion et de promotion de la collection. Les membres du Comité sont : Barras Christine, Bruxelles Bilge Sirma, Université de Montréal Bolzman Claudio, Haute Ecole Spécialisée de la Suisse Occidentale, Genève Bultot Alain, Conseil de l’Education et de la Formation, Bruxelles Cohen-Emerique Margalit, Paris Coslin Pierre, Université de Paris V de Tapia Stéphane, Centre National de Recherche Scientifique et Université M. Bloch, Strasbourg Dehalu Pierre, Haute Ecole Namuroise Catholique Etienne Caroline, Namur Franchi Vijé, Université de Paris V Fortin Clément, Université du Québec Gatugu Joseph, Centre d’Action Interculturelle de Namur Germain Annick, Institut National de Recherche Scientifique, Montréal Gerstnerova Andrea, Université Charles de Prague Gjeloshaj Kolë, Université Libre de Bruxelles Helly Denise, Institut National de Recherche Scientifique, Montréal Jacques Paul, Institut Wallon de Santé Mentale, Namur Kesteloot Christian, Université Catholique flamande de Louvain Lahlou Mohamed, Université de Lyon II Liégeois Jean-Pierre, Université de Paris V Louis Vincent, Université de Liège Manço Ural, Facultés Universitaires Saint-Louis de Bruxelles Ogay Tania, Université de Fribourg Raya Lozano Enrique, Université de Grenade Rigoni Isabelle, Université de Poitiers Santelli Emmanuelle, Centre National de Recherche Scientifique, Lyon Tisserant Pascal, Université de Metz Villan Michel, Direction Générale de l’Action Sociale et de la Santé, Namur Vulbeau Alain, Université de Paris X Zemni Sami, Université de Gand Assistance technique : Kévin Haddad, 4Motion, Esch-sur-Alzette __________ Collection « Compétences Interculturelles » __________ fondée et dirigée par Altay A. Manço

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Des mêmes auteurs
Manço A., Bolzman C. (éds), Diversité et développement, Bruxelles, Ed. Les politiques sociales, 2009, 128 p. Traduction en espagnol en cours. Mottet G., Bolzman C., L’école et l’élève d’origine étrangère. Genèse d’une catégorie d’action publique, Genève, Les Editions IES, 2009, 239 p. Vatz Laaroussi M., Bolzman C., Lahlou M. (Sous la direction), Familles migrantes au gré des ruptures. Tisser la transmission, Lyon, Ed. L’Interdisciplinaire, 2008, 334 p. Bolzman C., Carbajal M., Mainardi G. (Sous la direction), La Suisse au rythme latino. Dynamiques migratoires des Latino-Américains : logiques d’action, vie quotidienne, pistes d’intervention dans les domaines du social et de la santé , Genève, Les Editions IES, 2007, 350 p. Bolzman C., Vial M., Migrants au quotidien : les frontaliers. Pratiques, représentations et identités collectives, Genève et Zurich, Ed. Seismo, 2007, 261 p. Bolzman C., Fibbi R., Vial M., Secondas-Secondos. Le processus d’intégration des jeunes adultes issus de la migration espagnole et italienne en Suisse, Zurich, Ed. Seismo, 2003, 240 p. Poinsot M., Ahi-Gründler Y., Coslin P. et Manço A. (éds) Les violences exercées sur les jeunes filles dans les familles d’origine étrangère et de culture musulmane : le développement des capacités de négociation interculturelle et de la prévention (Allemagne, Belgique et France), Paris, Agence pour le Développement des Relations Interculturelles (A.D.R.I.), 2002, 110 p. Traduit en allemand. Manço A., Amoranitis S. (éds) Diversité, jeunesse et développement social. L’insertion des jeunes d’origine étrangère à l’aube du XXIè s., Bruxelles, Communauté Wallonie-Bruxelles, 2002, 79 p. (Epuisé). Bolzman C., Poncioni R., Rodari S., Tabin J. P., La précarité contagieuse. Les conséquences de l’aide sociale sur le statut de séjour des personnes de nationalité étrangère, Genève et Lausanne, Les Editions IES & EESP, 2002, 212 p. Gatugu J., Manço A., Amoranitis S., Valorisation et transfert des compétences : l’intégration des migrants au service du co-développement. La population africaine de Wallonie, Paris, Turin, Budapest, L’Harmattan, coll. « Logiques sociales », 2001, 165 p. Eckmann M., Salberg A. C., Bolzman C., Grünberg K., De la parole des victimes à l’action contre le racisme. Bilan d’une recherche-action, Genève, Les Editions IES, 2001, 336 p. Manço A., Sociographie de la population turque et d’origine turque : 40 ans de présence en Belgique (1960-2000). Dynamiques, problèmes, perspectives, Bruxelles, Centre des Relations Européennes, Ed. Européennes, 2000, 230 p. Traduit en turc et en néerlandais. (Epuisé). Feld S., Manço A., L’intégration des jeunes d’origine étrangère dans une société en mutation. L’insertion scolaire, socioculturelle et professionnelle en Belgique francophone, Paris, Montréal, L’Harmattan, coll. « Logiques sociales », 2000, 218 p. Manço A., Amoranitis S. (éds), Délégation par abandon, Mons, Ed. Les politiques sociales, 1999, 128 p. Traduit en espagnol. Manço A., Intégration et identités. Stratégies et positions des jeunes issus de l’immigration, Bruxelles, Paris, De Boeck-Université, coll. « L’Homme/L’Etranger », 1999, 245 p. (Epuisé). Bolzman C., Tabin J. P. (Sous la direction), Populations immigrées : Quelle insertion? Quel travail social?, Genève et Lausanne, Les Editions IES & EESP, 1999, 224 p. Manço A., Valeurs et projets des jeunes issus de l’immigration. L’exemple des Turcs en Belgique, Paris, Montréal, L’Harmattan, coll. « Logiques sociales », 1998, 158 p. Béday-Hauser P., Bolzman C. (Sous la direction), On est né quelque part, mais on peut vivre ailleurs. Familles, migrations, cultures, travail social, Genève, Les Editions IES, 1997, 423 p. Wicker, H. R., Alber J. L., Bolzman C., Fibbi R., Imhof K., Wimmer A. (Sous la direction), L’altérité dans la société. Migration, ethnicité et Etat, Zurich, Ed. Seismo,1996, 442 p. Eckmann M, Bolzman C., de Rham G., Jeunes sans qualification. Trajectoires, situations et stratégies, Genève, Les Editions IES, 1994, 314 p. Bolzman C., Sociologie de l’exil : une approche dynamique, Zurich, Ed. Seismo, 1996, 333 p. Bolzman C., Les métamorphoses de la barque. Les politiques d’asile, d’insertion et de retour de la Suisse à l’égard des exilés chiliens, Genève, Les Editions IES, 1993, 143 p. Manço A. et Manço U. (sous la direction), Turcs de Belgique. Identités et trajectoires d’une minorité, Bruxelles, Info-Türk et C.E.S.R.I.M., 1992, 288 p. (Epuisé). Manço A. (en collaboration avec Thirion A.-M., Dacos-Burgues M.-H., Delange B.), Pauvreté et scolarisation. L’exclusion socioscolaire au niveau de l’enseignement fondamental en Belgique francophone, Bruxelles, Ed. de la Fondation Roi Baudouin, 1992, 165 p. (Epuisé).

Sous la direction de

Altay A. Manço et Claudio Bolzman

Transnationalités et développement : rôles de l’interculturel

L’Harmattan

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Sommaire

INTRODUCTION Présentation de l’ouvrage. Altay Manço et Claudio Bolzman

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Interculturalité et travail social : nouvelles réalités internationales et nouveaux défis transnationaux. Vues d’Espagne … transposables ailleurs … Montserrat Feu 19 DEVELOPPEMENT LOCAL ET TRANSNATIONALITE Interculturalité, interdisciplinarité et développement : les enjeux pour la formation et les pratiques en travail social. Michèle Vatz Laaroussi Le co-développement en Belgique : identification des acteurs, des pratiques et des besoins dans un cadre international. Altay Manço et Claudia Florio Les réseaux diasporiques africains de Suisse entre « intégrationnisme » et transnationalisme. Jules Bagalwa Mapatano Emigrations vers la Belgique : quels effets sur Emirdağ (Turquie) ? Hakkı Yazıcı, Nusret Koca et Murat Köktepe INTERVENTIONS INTERCULTURELLES ET TRANSNATIONALITE Gouvernance locale des diversités et solidarités internationales : perspectives liégeoises. Altay Manço, Andrea Gerstnerova et Danièle Crutzen Melilla : enclave espagnole anachronique ou laboratoire de l’interculturalité ? Robert Scarpa Les Malgaches face à la bonne gouvernance. Emmanuel Jovelin FORMATIONS ET INTERVENTIONS TRANSNATIONALES La formation des étudiants : réalités et obstacles à la mobilité transnationale dans les rapports Nord-Sud. Claudio Bolzman et Ibrahima Guissé Aide au développement des pays du Sud en ingénierie de formation en travail social : un espace d’ajustement interculturel France/Afrique. Ahmed Lemligui L’ingénierie de formation au risque de l’Afrique : l’exemple tchadien. Antoine Hamon et Robert Bambé Réseau Liège/Tanger : partenariat entre écoles d’action sociale. Claire Walthéry 31

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CARTE BLANCHE Rencontre des civilisations : chronique des opportunités gâchées. Hedi Saïdi Présentation des auteurs Présentation de l’IRFAM

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Les photos qui illustrent cet ouvrage sont de Claire Walthéry.

Les auteurs tiennent à remercier chaleuresement Mme Sylvia Garcia et Mr Andrés Gomensoro de la Haute Ecole Spécialisée de la Suisse Occidentale (HES-SO) pour leur relecture attentive de l’ouvrage.

Avec le soutien de la Communauté française de Belgique.

INTRODUCTION

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Présentation de l’ouvrage
Altay Manço et Claudio Bolzman

Parti de la volonté de donner un retentissement international à divers travaux sur les notions complémentaires du développement local, d’une part, et du transnationalisme, d’autre part, ce livre regroupe diverses contributions illustratives articulées à l’aune des apports à ce champ de l’approche interculturelle.

Un premier noyau des textes présentés dans ce volume fut produit à l’occasion du troisième congrès de l’AIFRIS (Association Internationale pour la Formation, la Recherche et l’Intervention Sociale). Ce congrès fut tenu du 21 au 24 avril 2009 à Hammamet en Tunisie. Il avait une question pour thème général : « Quelles références pour quelles pratiques en intervention sociale dans un monde en mutation ? »
L’AIFRIS est une association internationale sans but lucratif de droit belge situé à Bruxelles. Elle fut créée à la suite des deux premiers congrès internationaux des formateurs en travail social et des professionnels francophones de l’intervention sociale (Caen en 2005, Namur en 2007), les participants ont décidé de se structurer en la créant le 28 juin 2008 à Paris. Elle a pour but de promouvoir le développement scientifique, pédagogique, professionnel et le rayonnement international de l’intervention sociale. Elle vise, dans un esprit pluraliste, à développer les moyens d’échange entre formateurs, chercheurs et professionnels de l’intervention sociale. Elle propose des espaces de rencontre pour faire le point d’une part sur les recherches scientifiques, les expériences pédagogiques et les pratiques professionnelles, et d’autre part sur les transformations socio-économiques contemporaines. Elle se propose notamment d’organiser tous les deux ans un congrès international. Le prochain congrès se tiendra durant l’été 2011 à Genève. La langue française est la langue de l’association. Les partenaires fondateurs de l’AIFRIS viennent de Belgique, France, Mali, Québec, République démocratique du Congo, Roumanie, Suisse, Tunisie.

Un congrès … Le Troisième Congrès international des formateurs et des professionnels de l’intervention sociale de l’AIFRIS a permis le rassemblement de près de 500 participants (chercheurs, enseignants universitaires, formateurs spécialisés, administrateurs, agents de l’intervention sociale divers) provenant de France, Belgique, Québec, Suisse, Tunisie, Mali, Portugal, Roumanie, Turquie, Tchad, République Démocratique du Congo, Maroc, Algérie. Les thématiques abordées ont porté sur les articulations entre pratiques sociales et référentiels, dans les champs larges de l’intervention sociale et du développement. Le congrès s’est voulu un lieu d’analyse et d’échanges réflexifs par rapport à l’évolution des interventions sociales

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dans le contexte mouvant des politiques sociales, afin, d’une part, de saisir et de décoder les pratiques se développant sur le terrain de la réalité sociale et, d’autre part, d’appréhender les relations qu’entretiennent les pratiques actuelles avec celles d’hier et celles d’ailleurs, permettant ainsi, par l’apport des regards divers et variés de praticiens, formateurs et chercheurs de l’intervention sociale des différents pays et dresser dans une perspective internationale une véritable topographie du travail social. Les travaux présentés dans ce volume ressortissent plus particulièrement de la session « Entre mutations sociales, mutations politiques de développement et transformation des références, quelles articulations ? ». Cet axe explore les influences complexes et réciproques qu’entretiennent les contingences de la sphère politique et les transformations du rôle de l’Etat, les « métamorphoses de la question sociale » et en particulier le développement de nouvelles vulnérabilités sociales, et les changements de paradigme et de valeurs en matière d’intervention sociale et de développement. Dans un esprit de dialogue, le volume s’ouvre également à quelques travaux hors congrès qui ont pour but de compléter le corpus et de l’ouvrir au débat international selon les thématiques clés qui sont les nôtres, à savoir : l’interculturel, le développement local, les relations transnationales et le travail social, au sens large. Le livre … L’ouvrage Transnationalités et développement local : rôles de l’interculturel est structuré en cinq parties. Après l’introduction qui précise les enjeux des débats, une partie discute des liens entre développement local et transnationalité à travers quatre contributions. Suit la partie sur les interventions interculturelles dans des situations de transnationalité. Une partie est consacrée à la pratique des formations en contexte transnational. Quatre exemples sont présentés. Enfin, une carte blanche sur les relations interculturelles clôture le volume. Le texte « Interculturalité et travail social : nouvelles réalités internationales et nouveaux défis transnationaux. Vues d’Espagne … transposables ailleurs … » de Montserrat Feu de l’Université Ramon Llull de Barcelone introduit le livre. Pour Feu, les travailleurs sociaux espagnols se sont trouvés confrontés, ces dernières années, à des réalités sociales nouvelles et changeantes. Des transformations économiques, politiques et sociales importantes se sont produites en Espagne, parallèlement au développement du système démocratique, avec des répercussions à tous les niveaux de la société. Dans le même temps, le pays, habitué plutôt à l’émigration de ses ressortissants, a également été confronté à d’importants mouvements migratoires venus de multiples

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contrées, mais surtout des pays d’Amérique latine et d’Afrique. Si l’Espagne est devenue un des points de passage majeur vers le reste de l’Europe, ce pays reste lui-même très attractif, malgré ses lois d’immigration et sa politique des frontières très restrictives. On peut ainsi dire que la société espagnole s’est largement « multiculturalisée ». Face à cette nouvelle réalité, les structures sociales et de développement local ont rencontré et rencontrent encore de multiples difficultés, l’objectif étant de favoriser l’accueil et l’intégration des migrants et d’assurer une certaine cohésion sociale, notamment à travers des comparaisons transnationales. La partie « Développement local et transnationalité » s’ouvre avec la contribution « Interculturalité, interdisciplinarité et développement : les enjeux pour la formation et les pratiques en travail social » de Michèle Vatz Laaroussi de l’Université de Sherbrooke. A partir d’une présentation des grandes tendances de l’intervention interculturelle contemporaine, l’auteure s’intéresse à deux dimensions : l’interdisciplinarité comme vecteur de transformation des pratiques et le développement social comme finalité dans des sociétés en mutation. Partant de pratiques visant la citoyenneté, l’intégration et la reconnaissance, elle réfléchit sur quelques référents conceptuels liés au développement social, et ce, dans le cadre de sociétés dites développées, mais aussi pour celles dites en développement : émancipation, participation, conscientisation, prise de pouvoir, mais également « décolonisation des savoirs » et « réancrage du pouvoir d’agir ». Cette réflexion, enrichie par plusieurs exemples de pratiques d’intervention sociale avec des migrants, des réfugiés et des réseaux dans les pays d’origine et d’accueil, permet d’analyser les diverses articulations conceptuelles et pratiques de ce trio : interculturalité, interdisciplinarité et développement. Vatz Laaroussi identifie en particulier trois articulations originales : l’une place le développement au cœur de l’interculturalité et de l’interdisciplinarité dans un rapport d’échanges et de réciprocité. La deuxième situe l’interculturalité comme le résultat du développement avec la contribution de la perspective interdisciplinaire. La troisième, enfin, situe l’interculturalité et l’interdisciplinarité comme les antécédents logiques du développement. L’ensemble de cette réflexion repose sur des recherches, formations et actions menées avec des immigrants et réfugiés de diverses communautés, mais aussi avec des intervenants au Québec, plus largement au Canada et dans le cadre de collaborations avec des collègues de divers pays d’accueil comme la Belgique, la Suisse et l’Espagne, mais aussi des pays d’origine comme le Sénégal, le Maroc et la Colombie. L’article suivant, « Le co-développement en Belgique : identification des acteurs, des pratiques et des besoins dans un cadre international » proposé par Altay Manço et Claudia Florio de l’IRFAM, est un survol

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des visions et des acteurs associatifs, situés principalement en Belgique francophone, et impliqués dans des actions de « co-développement ». Une définition de ce concept est construite à travers l’étude des textes politiques, ainsi qu’une réflexion quant aux critères d’évaluation des actions menées en cette matière. La démarche s’intègre dans une recherche plus vaste visant la constitution d’outils d’information, de même que d’outils d’évaluation et de formation pour intervenants sociaux et responsables associatifs dans ce domaine. Jules Bagalwa Mapatano est l’auteur de l’article « Les réseaux diasporiques africains de Suisse entre ‘intégrationnisme’ et transnationalisme ». Il montre que les théories dominantes des migrations internationales ont longtemps perçu le destin des immigrés sous un seul prisme : leur intégration, voire leur assimilation complète dans leurs sociétés d’accueil et leur rupture avec leurs sociétés d’origines. Plusieurs facteurs ont concouru à la création de cette réalité qui est de plus en plus dévolue aujourd’hui. En effet, si cette vision n’a pas totalement disparu de certaines analyses, si elle est prescrite dans des discours politiques, force est de constater, avec l’auteur, que la nouvelle dynamique des processus migratoires est à « l’écartèlement » stratégique plus au moins équilibré des immigrés. Ils investissent dans des logiques visant leur intégration dans les pays d’accueil au Nord, en même temps qu’ils reconstruisent des liens forts avec leurs sociétés d’origine au Sud. Le premier terme permettant souvent au deuxième de se réaliser avec succès. Les relations que les immigrés reconstruisent avec leurs groupes d’appartenance au Sud impliquent divers types de bénéfices partagés avec divers « partenaires ». Les travaux phares de Portes sur le développement par l’exil, à partir de l’exemple des immigrés latino-américains aux Etats-Unis, théorisent ces dynamiques au cœur des nouvelles diasporas. Dynamiques que cet auteur désigne par transnationalisme. Une équipe turque y apporte une illustration dans son « Emigrations vers la Belgique : quels effets sur Emirdağ (Turquie) ? ». Hakkı Yazıcı, Nusret Koca et Murat Köktepe de l’Université d’Afyon rappellent que l’origine géographique des citoyens turcs vivant dans différents pays d’Europe renvoie spécifiquement à certaines localités. La commune d’Emirdağ en est un bon exemple : environ 40 % des Turcs et personnes originaires de Turquie vivant en Belgique sont de cette commune du centre de l’Anatolie. Le fait n’est pas sans influencer de façon importante la structure culturelle, économique et sociale de la commune. Dans cette étude, les chercheurs tentent d’identifier ces influences transnationales et leurs conséquences. La section « Interventions interculturelles et transnationalité » commence avec « Gouvernance locale des diversités et solidarités internationales :

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perspectives liégeoises » par Altay Manço, de l’Institut de Recherche, Formation et Action sur les Migrations, Andrea Gerstnerova de l’Université Charles de Prague et Dany Crutzen, Initiative Locale d’Accueil d’Assesse. A l’est de la Belgique francophone, Liège n’est certes qu’une « petite ville » comparée aux métropoles européennes. Pourtant, Liège a « tout d’une grande » en matière d’immigration ! Centre d’industrialisation de la première heure en Europe, elle a vu déferler de très nombreuses vagues de migrants internes et externes à la Belgique, d’abord, puis, très vite, internes et externes au continent européen. Ces migrations ont pendant plus d’une centaine d’années modelée la population de cette cité du charbon et de l’acier. Les générations de migrants n’ont pas hésité à transmettre certaines de leurs diversités à leurs jeunes occasionnant, dans certains cas, des phénomènes de concentration géographiques (marché du logement), sectoriels (marché de l’emploi), etc. aidés en cela par la structure même de ces marchés pas toujours ouverts de la même manière à tous les publics. Les concentrations des populations immigrées se manifestent encore par une autre figure, selon les auteurs : c’est la possibilité pour elles de se structurer en associations, de se donner des représentants, d’établir leurs commerces, etc. se rendant ainsi de plus en plus visibles dans l’espace public. Les populations issues des migrations suscitent alors le débat sur leur présence, légitimité, diversités, adaptabilité, replis, … La ville, ses institutions et d’autres pouvoirs et entités locaux ont ainsi développé des instruments et des politiques afin de participer et de gérer ce débat autour de l’immigration. Cette petite ville dispose, par exemple, de plusieurs institutions spécifiques travaillant autour des questions d’immigration, d’intégration, d’exclusion, de discrimination, … Elle compte plusieurs centres de recherche spécialisés dans le domaine, de très nombreuses associations occupant le champ du travail avec les populations immigrées, réfugiées, et bien d’autres ressources encore. Le développement, à Liège, d’instances de pilotage en est un des signes, comme la possibilité de lier cette dynamique au niveau européen. « Melilla : enclave espagnole anachronique ou laboratoire de l’interculturalité ? » de Robert Scarpa de la Haute Ecole de Namur est une autre étude locale. Melilla est une ville autonome espagnole enclavée sur la côte méditerranéenne du Maroc, au nord-est du Rif. L’agglomération est divisée en trois zones : la première est constituée du vieux port fortifié. La seconde s’est construite au début du 20e siècle et possède des édifices classés. La troisième zone est la ville moderne, ellemême divisée en quartiers chics proches du centre et quartiers populaires situés dans la périphérie. Melilla est liée au monde militaire et aux guerres, ainsi qu’aux conquêtes médiévales espagnoles au Maroc.

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L’auteur montre comment la ville cherche à valoriser ses ressources interculturelles. La gouvernance locale est aussi le sujet de « Les Malgaches face à la bonne gouvernance » d’Emmanuel Jovelin de l’Université Catholique de Lille. En effet, le thème entretient la conscience collective des Malgaches depuis longtemps. Le discours sur la gouvernance dans son sens moderne est né, quant à lui, aux Etats-Unis, au lendemain de la crise de 1929. On pose, toutefois, la question de la validité épistémologique de la gouvernance. La gouvernance est cependant, selon Jovelin, un concept, partagé par de nombreux Etats, dont Madagascar. Bien que les idées qui s’y rapportent aient été déterminées dans un monde de culture anglosaxonne, la gouvernance a dû se frotter à l’histoire contemporaine pour gagner des galons. Le cheminement de la réflexion pour faire de la gouvernance un mode de pensée plus complet et plus englobant trouve sa source dans l’expérience du développement en Afrique. La partie « Formations et interventions transnationales » s’ouvre avec l’article de Claudio Bolzman et Ibrahima Guissé de la Haute école spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO) sur le thème de « La formation des étudiants : réalités et obstacles à la mobilité transnationale dans les rapports Nord-Sud ». D’après les auteurs, la mobilité transnationale des étudiants est considérée comme une valeur importante par les établissements d’éducation supérieure et les gouvernements européens. Le fait d’effectuer une partie ou la totalité des études à l’étranger est perçu comme une opportunité d’accroître le capital humain des étudiants et, par là, leur employabilité sur un marché du travail devenu plus concurrentiel et flexible. Toutefois, lorsque l’on observe la situation de la majorité des étudiants en provenance des pays africains et latino-américains dans les Etats européens, on constate une certaine précarisation de leurs conditions de vie pendant les années de formation, et ceci tant sur le plan du statut juridique que sur le plan économique, ce qui peut avoir des effets sur leur rendement académique. De plus, certains Etats n’autorisent pas l’accès à l’emploi de ces étudiants une fois leur formation achevée. Ils ne peuvent souvent pas non plus trouver un travail en lien avec leur diplôme dans leur pays d’origine. Ainsi, plutôt que l’accroissement de leur employabilité, on observe un phénomène de gaspillage de cerveaux ou alors une mobilité obligatoire vers des Etats tiers, notamment d’Amérique du Nord ou d’Océanie, où les risques de déqualification sont aussi bien présents. Les auteurs se demandent si dans ce cas, plutôt que d’envisager les rapports Nord-Sud en termes de « brain drain » ou de « brain gain », on ne devrait pas plutôt s’interroger sur l’émergence d’une forme de « brain waste ».

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« Aide au développement des pays du Sud en ingénierie de formation en travail social : un espace d’ajustement interculturel France/Afrique » est un texte d’Ahmed Lemligui de l’IRTS de Bretagne. Pour l’auteur, les initiatives d’aide au développement des pays du Nord au profit des pays du Sud ont pris un essor important dans le secteur économique. Elles ont connu une diversification de leur nature, notamment par une prise en compte de la dimension sociale comme élément fondateur concourant au développement. Dans cette optique, la promotion de la formation des acteurs locaux du social est devenue prioritaire. Cet axe suscite de plus en plus l’intérêt des formateurs en travail social des pays du Nord qui cherchent à construire des projets de formation auprès des travailleurs sociaux des pays du Sud. Et c’est dans cette perspective que s’inscrivent les expériences que Lemligui relate. Les expériences menées marquent le début d’un processus qui demande à être étendu dans le respect d’un ensemble de principes qui prennent en compte notamment les particularités historiques et culturelles des pays dans lesquels s’envisagent les actions de formation. Le propos se veut un témoignage et un reflet d’expériences de mise en place de programmes d’aide au développement en matière d’ingénierie pédagogique et d’organisation de séquences de formation continue en travail social en Afrique. La première a lieu auprès de travailleurs sociaux intervenant pour une dizaine d’ONG marocaines qui oeuvrent auprès des enfants des rues. La seconde concerne des travailleurs sociaux du Congo Brazzaville. L’article « L’ingénierie de formation au risque de l’Afrique : l’exemple tchadien » d’Antoine Hamon, Institut Régional du Travail social de Basse-Normandie, et de Robert Bambé, Ecole Nationale des Agents sanitaires et sociaux du Tchad, relate des expériences similaires à l’article précédent. Le texte est à deux voix et retrace la coopération entre deux écoles. Il pose les enjeux des échanges entre des formateurs supposés partager au départ une même vision du travail social, mais très vite l’asymétrie des positions des uns et des autres et les différences culturelles nécessitent la mise en place des processus garantissant un véritable échange interculturel pour assurer le succès de la coopération. Illustrer et analyser des échanges entre écoles est aussi le propos de Claire Walthéry, de la Haute Ecole HELMO/ESAS. Son article « Réseau Liège/Tanger : partenariat entre écoles d’action sociale » est une contribution peu conventionnelle. Elle explique : « Nous écrivons à plusieurs mains en nous basant sur de courts textes de diverses personnes ayant participé au projet de partenariat. Nous allons vous raconter une histoire, l’histoire en évolution d’un projet de partenariat entre deux instituts de formation en travail social ». C. Walthéry illustre également l’ensemble de l’ouvrage avec ses photos portant sur l’expérience de son école : « Signes, designs, matières, temps, mouvements, sourires, reflets,

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liens, plaisirs, attentes, désirs, voyages, histoires, vêtements, couleurs, lumières, regards … petits instants vivants captés par ma boîte magique tout au long de cette aventure transnationale et interculturelle entre Tanger et Liège. » Enfin, en guise de conclusions de ce cahier sur le transnationalisme et le développement, nous avons confié à l’historien à Hedi Saidi, membre associé du Groupe d’Etudes et de Recherches en Travail social à l’Institut Lille-Vauban et chercheur invité à l’Université de Tunis I, une chronique historique libre : « Rencontre des civilisations : chronique des opportunités gâchées ». L’auteur nous retrace, à travers de nombreux exemples liés aux relations entre le monde musulman et l’Occident, la vaine recherche de supériorité des peuples et la nécessité de construire des ponts entre cultures et rives de la Méditerranée.

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Interculturalité et travail social : nouvelles réalités internationales et nouveaux défis transnationaux Vues d’Espagne … transposables ailleurs …
Montserrat Feu

Les travailleurs sociaux espagnols se sont trouvés confrontés, ces dernières années, à des réalités sociales nouvelles et changeantes. Des transformations économiques, politiques et sociales importantes se sont produites en Espagne, parallèlement au développement du système démocratique, avec des répercussions à tous les niveaux de la société. En temps, le pays a également été confronté à d’importants mouvements migratoires venus de multiples contrées, mais surtout des pays d’Amérique latine et de l’Afrique. Si l’Espagne est devenue un des points de passage majeur vers le reste de l’Europe, ce pays reste lui-même très attractif, malgré ses lois d’immigration et sa politique des frontières très restrictives. En 2007, la population de l’Espagne comptait 8,79 % d’étrangers en situation légale, soit 4 millions de personnes : depuis 1998, ce chiffre a été multiplié par pratiquement cinq, soit une augmentation annuelle moyenne de 21,26 %. En Catalogne, plus particulièrement, la croissance de l’immigration légale durant les 18 dernières années a été spectaculaire. En 2007, la région autonome comptait 13,4 % des étrangers sur un total de 7 millions d’habitants. Bien entendu, il ne s’agit pas uniquement des migrants du Sud, le contingent compte également de nombreux Européens du Nord venus s’établir sous le soleil ibérique. Quant aux irréguliers, il est impossible de les comptabiliser avec exactitude. On peut ainsi dire que la société espagnole s’est largement « multiculturalisée ». Face à cette nouvelle réalité, les structures sociales et de développement local ont rencontré et rencontrent encore de multiples difficultés, l’objectif étant de favoriser l’accueil et l’intégration des migrants et d’assurer une certaine cohésion sociale.

1. Migrations dans un contexte international Le processus de multiculturalisation présente en Europe des formes très différentes selon les Etats (Zapata, 2004). Les Etats du Nord de l’Europe sont d’anciennes démocraties dans lesquelles l’Etat providence s’est construit avec la contribution de la main-d’œuvre étrangère, après la Seconde Guerre mondiale. Tandis que les pays du sud de l’Europe, comme l’Espagne, sont caractérisés, notamment, par des échecs de la gestion de la question coloniale, une situation de frontière avec des Etats tiers et une construction récente des systèmes de protection sociale. On constate également que les Etats du sud de l’Union européenne sont sujets aux mouvements migratoires les plus amples de ces dernières décennies, ainsi que le terreau d’un certain nombre de réactions racistes violentes envers les populations étrangères. Parallèlement et en relation avec le contexte de mondialisation et de globalisation de l’économie, les pays du sud de l’Europe se trouvent confrontés à des nouvelles situations d’inégalité qui touchent la vie

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quotidienne des populations qui assistent, impuissantes, à l’érosion du modèle social européen qu’elles avaient comme référence. En témoigne cette réaction de John Monks, secrétaire général de la Confédération européenne des Syndicats (CES), selon qui l’Europe sociale « bat actuellement en retraite ». Pour le syndicaliste, la situation ne pourra être dépassée qu’avec un projet politique de consensus entre les pays de l’Union qui transcende les règles purement économiques. La CES a ainsi présenté une proposition d’ajout au Traité de Lisbonne : il s’agit d’un Protocole dit de « progrès social » afin d’assurer la priorité des droits sociaux fondamentaux sur les libertés économiques. Pourtant, la tendance des années 60 et 70 de certains pays européens visant le progrès social et les efforts des années 80 et 90 pour arriver à un certain équilibre entre les pays membres de l’Union semblent actuellement laisser la place à une sorte de « compétition de modèles sociaux nationaux ». Ce changement de paradigme montre la prévalence de plus en plus forte des thèses ultralibérales anglo-saxonnes, dont un exemple significatif est la Directive européenne sur l’immigration. Cette directive approuvée par le Parlement et le Conseil européens en mai 2008 est rebaptisée par certains « la directive de la honte ». En effet, elle limite le droit à la circulation des personnes issues de pays hors Union européenne. On y généralise une politique d’internement, avec une possible détention jusqu’à 18 mois de personnes en situation illégale de séjour. Diverses ségrégations ainsi que des politiques de retour ou d’expulsion y sont encouragées, tout en réduisant le migrant à une simple « force de travail » dont l’accueil est strictement soumis aux besoins économiques des pays européens. Si l’immigration intraeuropéenne est encouragée, la directive cache sous un apparent consensus des divergences régionales importantes. Ainsi, les pays du sud de l’Europe comme l’Espagne, l’Italie, le Portugal et la Grèce se voient imposer les volontés en matière d’immigration des pays européens du nord qui ont une ancienne tradition de réception. Les pays du sud de l’Europe se voient en outre imposer l’obligation de mieux contrôler leurs frontières avec les Etats tiers au moyen de mesures de plus en plus sécuritaires, tâche qu’ils partagent désormais avec des partenaires tiers comme, par exemple, le Maroc, la Tunisie ou la Turquie. Chaque pays hérite ainsi de contradictions économiques, politiques et sociales qu’il est censé traduire sur le terrain. En Espagne, la reprise du pouvoir par le gouvernement socialiste, après un gouvernement de droite (2000-2004), avait permis de reprendre un discours positif sur l’immigration. Celui-ci soulignait l’apport des migrants à l’économie nationale, leurs contributions au système de Sécurité sociale, à la croissance démographique, etc. Le discours incorporait également la

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nécessité de gérer la diversité culturelle à travers la mise en place d’un modèle « interculturel ». Mais on note en 2008-2009 un changement de langage politique et médiatique à propos de l’immigration. On en subodore les raisons électorales à un moment de confrontation aiguë avec la crise économique mondiale. Le propos actuel souligne l’importance de « contrôler », de « sélectionner », surtout de « traiter » la question des irréguliers, notamment par l’expulsion. Le risque est l’établissement d’une fausse équation : « population migrante = chômage de la population autochtone », désignant à faible coût les « coupables » de la crise de nos économies ! La structure politique de l’Etat espagnol, fortement décentralisé, suppose, par ailleurs, devant le fait migratoire, un partage des compétences entre les différentes administrations : la centrale, l’autonome et la locale. Ce fait provoque des difficultés indéniables, tout en offrant une possibilité de souplesse politique à qui sait s’en accaparer. L’administration de l’Etat central a, ainsi, la compétence exclusive de déterminer les flux migratoires, la concession d’asile et de refuge politique, l’attribution de la nationalité espagnole et des permis de travail et de résidence. Cette compétence est toutefois contingentée par les directives européennes. Les autres administrations des communautés autonomes et municipalités locales ont, en revanche, des compétences en relation avec l’accueil et le processus d’insertion ou de cohésion sociale sur leur territoire. On imagine aisément les difficultés, les lourdeurs et les contradictions ainsi générées pour atteindre le degré de cohésion politique nécessaire afin de gérer positivement cette nouvelle réalité migratoire. 2. Développement du système de protection sociale Il faut souligner la jeunesse relative du système de protection sociale espagnol. Encore en développement, ses réponses sont insuffisantes face à ces nouveaux besoins en comparaison des politiques sociales des autres pays européens avec une plus ancienne histoire d’immigration. Il s’agit d’incorporer dans ce système en devenir les nouveaux arrivés, leur donner les mêmes droits que les nationaux aux services et aux prestations, mettre en place des nouveaux dispositifs spécifiques pour l’accueil et l’insertion des migrants, … Les municipalités sont les instances les plus proches des citoyens et, de ce fait, se trouvent confrontées de plein fouet à ces nouveaux défis. Ils accusent le besoin d’une meilleure préparation, tant des élus politiques que des professionnels, afin de faire face à la problématique de l’insertion et de l’intégration des populations immigrées, mais aussi, afin d’arbitrer

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au mieux les conflits d’intérêts naissant de la confrontation sur leur territoire des autochtones et des migrants. Les questions posées sont :
comment gérer les mouvements migratoires sur le territoire ? comment susciter de nouveaux modèles de partage, de solidarité et de cohésion au sein des populations de plus ne plus diversifiées ? comment adapter les structures sociales à une plus grande diversité culturelle ; quelles nouvelles méthodes et quel nouveau cadre institutionnel créer afin d’augmenter l’emprise des structures sociales ?

Selon les directives des Plans locaux pour la gestion de l’immigration et de la diversité, on constate que l’on ne dispose point d’un modèle spécifique et unique de référence dans ce secteur si complexe. Le « modèle » est clairement la « combinaison de différents modèles » au sein de chaque municipalité ou de chaque territoire, selon ses spécificités. En sachant que les choix ainsi effectués auront des répercussions dans les politiques sociales sectorielles comme la scolarisation, le logement, les services sociaux, la santé, la gestion des pratiques religieuses, etc. En sachant également que les acteurs de chaque secteur auront une marge d’interprétation des dits choix politiques en fonction des moyens dont ils disposent. En Catalogne, on peut affirmer que l’action sociale visant l’intégration des migrants est relativement ancienne et soutenue par un réseau non négligeable d’organisations et associations, en dépit de l’absence de recherches spécifiques faites sur ses apports (Feu, 2006). L’histoire démarre avec les efforts de quelques assistants et assistantes sociaux/sociales ayant travaillé dans les années 60, dans les quartiers défavorisés des grandes villes catalanes. Ces professionnels assistent à l’arrivée de plus en plus massive de l’immigration procédant du sud et du centre de l’Espagne en réponse au processus d’industrialisation des grandes villes de la Catalogne. Ils assistent également au rappel des migrants catalans se trouvant en Allemagne, en Suisse, en France … Ces acteurs, sensibles aux diversités culturelles, se sont ainsi engagés à embrasser les difficultés de l’intégration de diverses populations à la société catalane de l’époque. Au niveau méthodologique, ils ont procédé à la remise en cause de l’assistance sociale traditionnelle ou de la bienfaisance. Ils ont pris part à la construction du discours, alors innovant, sur le « travail social communautaire ». Leurs influences étaient celles du mouvement de « reconceptualisation du travail social » latino-américain, avec comme devise « el asistente social como agente de cambio ». On peut affirmer que ces pionniers ont grandement contribué à la transformation de la profession et au changement des structures politiques et sociales de l’époque.

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