//img.uscri.be/pth/4e81f58a3664d06ce13f6d52dfef77814381c835
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 9,49 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Travail, espaces et professions

De
82 pages
Le volume intitulé « Travail, espaces et professions » inclut des articles issus de présentations réalisées lors des séminaires spécialisés du GEDISST. Trois de ces contributions portent sur la division sexuelle du travail et la ségrégation des emplois ; elles sont particulièrement intéressantes, car elles soulignent que l'on observe un déplacement des frontières de cette division sexuelle, bien davantage qu'une disparition. Peu de travaux ont été faits dans cette perspective ; notre propre recension de ces travaux, il y a un an, ne nous avait permis que de trouver un nombre assez limité de textes sur cette thématique de l'évolution de la division sexuelle du travail, d'où l'intérêt de publications sur ce thème.
Voir plus Voir moins

Cahiers

du Gedisst

Groupe d'Études sur la Division Sociale et Sexuelle du Travail

n° 19 -1997

Travail, espaces

et

professions
Séminaire du Gedisst 1996-97

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y I K9

Directrice de publication Jacqueline Heinen Secrétaire de rédaction Ghislaine Vergnaud Comité de rédaction Madeleine Akrich, Béatrice Appay, Danielle Chabaud-Rychter, Pierre Cours-Salies, Dominique Fougeyrollas-Schwebel, Françoise Laborie, Bruno Lautier, Hélène Le Doaré, Christian Léomant, Pascale Molinier, Catherine Quiminal, Catherine Teiger, Annie Thébaud-Mony, Pierre Tripier, Philippe Zarifian, Marie-Hélène Zylberberg-Hocquard. Comité de parrainage Christian Baudelot, Alain Bihr, Pierre Bourdieu, Françoise Collin, Christophe Dejours, Annie Fouquet, Geneviève Fraisse, Maurice Godelier, Monique Haicault, Françoise Héritier, Jean-Claude Kaufinann, Christiane Klapisch-Zuber, Nicole-Claude Mathieu, Michelle Perrot, Eleni Varikas, Serge Volkoff. Correspondants à l'étranger Carme Alemany (Espagne), Boel Berner (Suède), Zaza Bouziani (Algérie), Paola Cappellin-Giuliani (Brésil), Cynthia Cockburn (Grande-Bretagne), Alisa Dei Re (Italie), Virginia Ferreira (Portugal), Ute Gerhard (Allemagne), Jane Jenson (Canada), Sara Lara (Mexique), Bérengère Marques-Pereira (Belgique), Andjelka Milic (Serbie), Machiko Osawa (Japon), Renata Siemienska (Pologne), Birte Siim (Danemark), Angelo Soares (Canada),

Diane Tremblay(Canada),
Assistante de publication Louisa Bétouche

~

Louise Vandelac (Canada), Katia Vladimirova (Bulgarie).

Abonnements et vente Tarifs 1997 pour 3 numéros: France 260 F - Étranger 300 F Les demandes d'abonnement sont à adresser à l'Harmattan 5-7 rue de l'École-Polytechnique Vente au numéro B 'ibrairie L'Harmattan et dans les librairies spécialisées

@ L'Harmattan,

1997

ISBN: 2-7384-5847-5 ISSN : 1165-35Sf.1

Sommaire

5 7

Introduction Boel Berner - L'ingénieur ou le génie du mâle: masculinité et enseignement technique au tournant du XXesiècle Clevi Elena Rapkiewicz l'informatique

27 49

- Femmes

et métiers de

77 95 115 139 149 153 155

Rose-Marie Crampton et Nicky Le Feuvre - Choisir une carrière, faire une carrière en France et en GrandeBretagne Jacqueline Coutras - À propos de la construction sexuée de l'espace urbain Nicolas Dodier L'activité technique, les fonnes d'organisation du travail, et la question de la société

-

Mary Nash -Redéfmition de la maternité et de la citoyenneté dans l'Espagne contemporaine Comptes rendus Congrès Abstracts Auteurs

Ce numéro a été réalisé avec le concours du service des Droits des Femmes

Introduction
Ce volume reprend une partie des présentations faites au séminaire du GEDISST en 1996-97. Trois des contributions traitent de la ségrégation des emplois dans des professions à dominante masculine,' et toutes soulignent que la féminisation qu'on y observe a davantage tendu à déplacer les frontières de la division sexuelle du travail qu'à en entamer les fondements. Cela ressort de l'étude de Boel Berner sur le métier d'ingénieur en Suède, dont les femmes ont longtemps été exclues, an nom même du contenu des programmes, des pratiques éducatives et des rites culturels perçus comme antithétiques avec la « nature féminine ». Or elle observe que leur entrée dans ce secteur d'activité s'est opéré conjointement à un cloisonnement des spécialisations et au maintien de formes de sociabilité, proches de celles du début du siècle, qui placent les femmes dans un statut d'infériorité salariale et professionnelle vis-à-vis des hommes. Les notations de Clevi Rapkiewicz à propos du secteur de l'informatique, au Brésil et en France, confortent cette même idée: on y note une dévalorisation des emplois auxquels les femmes ont accès, les activités prestigieuses restant pour l'essentiel l'apanage des hommes. Et le fait que nombre d'entre elles intériorisent les schémas idéologiques dominants quant à leurs soi-disant « handicaps techniques» contribue à les exclure des lieux de pouvoir symboliques. L'étude comparative de Rosemary Crompton et de Nicky Le Feuvre sur la profession médicale en Grande-Bretagne et en France montre pour sa part qu'en dépit de différences sensibles dans la répartition hommes/femmes selon les spécialisations ou le type de structures (libérales ou hospitalières) les processus de socialisation différenciée en fonction du sexe sont très similaires entre les deux pays. Ici et là, le maintien des inégalités (en termes de salaires, de hiérarchie, de prestige) leur font conclure que la présence massive des femmes ~

6

Introduction

ne modifie guère certains traits essentiels et masculinistes de la profession. À propos de la ségrégation encore, mais concernant l'espace urbain, Jacqueline Coutras note de son côté des permanences frappantes. Quand bien même l'assignation des femmes à l'espace résidentiel (une construction idéale) a perdu toute réalité, alors que la plupart d'entre elles occupent un emploi éloigné de leur domicile, les représentations quant au « devoir spatial» des femmes (vis-à-vis de la famille, de la vie sociale dans le quartier) gardent leur actualité. C'est le signe que la ville impose des inégalités sexuées renvoyant à la séparation entre activité marchande et activités domestiques, laquelle est au fondement de la division sexuelle du travail, mais aussi de l'organisation des cités modernes dont il importe d'analyser le fonctionnement dans toutes ses dimensions - économique et idéologique, notamment. Tout autre est le propos de Nicolas Dodier qui s'intéresse au rapport entre la «solidarité technique» et le type d'organisation du travail (planifiée ou flexible), ainsi qu'aux possibilités pour les opérateurs, dans l'un et l'autre cas, de se percevoir comme un collectif. L'obligation de respecter la règle qui caractérise le système taylorien fait place, dans le schéma flexible, au besoin de savoir négocier et de s'adapter aux aléas du fonctionnement - ce qui valorise la capacité d'initiative et gomme les hiérarchies. Mais a contrario, les chances que naisse une solidarité collective sont amoindries et les opérateurs les moins bien placés éprouvent de grandes difficultés à faire valoir leurs compétences. Quant à l'article de Mary Nash, il a trait au rôle central de la maternité (comme donnée politique et comme vécu) dans la définition de l'identité de genre et de l'identité collective des Espagnoles. Le discours des médecins du début du siècle, fondé sur l'essentialisme biologique, qui présente la maternité comme le destin social des femmes et prend ainsi le relais des croyances religieuses, a contribué à légitimer la notion de citoyenneté différenciée selon le genre. Il a pesé de manière directe sur les orientations des courants féministes, comme en témoigne le symbole de la «mère combattante» dans la Guerre civile. L'expérience historique, marquée par le genre, apparaît ainsi étroitement liée aux choix des femmes en tant qu'actrices sociales, dans l'Espagne contemporaine.

L'ingénieur ou le génie du mâle: masculinité et enseignement technique au tour.nant du XXesiècle

Boel Berner Résumé
Dans cet article, j'examine comment l'expertise technique est constituée comme un domaine masculin. L'objet de l'étude est l'enseignement technique supérieur en Suède au tournant du siècle,! son programme, ses méthodes pédagogiques, ses relations et rites d'homosociabilité. Ces pratiques contribuaient à créer une identité masculine d'ingénieur, caractérisée par la distinction envers le monde des femmes et la supériorité vis-à-vis d'hommes dépourvus des connaissances techniques scientifiques. Des liens de solidarité et de communauté masculine se créaient entre ces futurs ingénieurs hautement sélectionnés, destinés à assumer des postes de direction au sein d'un e nouvelle élite.

Dans notre société, la technologie est socialement construite comme un domaine masculin: seuls les hommes sont censés posséder la compétence technique, et la maîtrise de la technologie est fortement identifiée à la masculinité. Dans cet article, j'examinerai comment cette identification s'est constituée dans une activité technique dominée par les

hommes: l'ingénierie l .

La profession et la formation d'ingénieur ont fait l'objet de nombreuses études, mais rares sont celles qui les ont abordées dans une perspective de genre. Le cas échéant, il
1 D'après B. Berner, 1996a; voir aussi B. Berner & Vif Mellstrom, 1997.

8

Boel Berner

s'agissait bien souvent d'examiner la manière dont les femmes ingénieurs sont traitées au sein de la corporation. À l'heure actuelle, on trouve de nombreux travaux sur l'exclusion, plus ou moins volontaire, des femmes du métier d'ingénieur, sur leur expérience des études d'ingénieur, et leur 2 carrière ou absence de carrière . Dans ces études, l'accent est mis sur l'exception - les quelques femmes qui pénètrent dans le monde des ingénieurs plutôt que sur la règle générale. La place apparemment « naturelle» occupée par les hommes dans cette profession n'est pas suffisamment problématisée. Comment - par quels moyens théoriques et empiriques - appréhender la profession d'ingénieur en tant qu'activité masculine? C'est cette question que je traiterai ici, à partir d'une analyse de l'enseignement technique supérieur en Suède, au tournant du vingtième siècle, époque où l'ingénierie était institutionnalisée en tant qu'activité masculine spécialisée et reconnue socialement. Je soutiendrai que la sexuation de la profession d'ingénieur - comme celle de tous les métiers - doit être considérée comme une pratique sociale en cours, une «histoire en devenir». L'identité professionnelle de l'ingénieur s'est construite selon une logique sexuée, à travers les pratiques quotidiennes, l'organisation institutionnelle et les représentations symboliques propres à des milieux déterminés. Elle est modelée par des relations routinières et institutionnalisées. Une éducation réservée aux « jeunes hommes»

La période qui nous intéresse ici (1880-1920) était une ère d'expansion, mais aussi de contradictions. La Suède s'industrialisait très rapidement et les nouvelles technologies étaient au cœur de la croissance industrielle et de la réorganisation de la vie quotidienne. En conséquence, la profession d'ingénieur se développait, gagnait en prestige et attirait une élite orientée vers la modernisation du pays.
2 En ce qui concerne les pays scandinaves, voir, par exemple, Kvande & Rasmussen 1990; Wahl 1993.