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Travail social et terrains d'enquête : le sens caché des relations

150 pages
Sommaire. Editorial : L'outrepassement / Si tu t'imagines : Médiastres, face au Dictionnaire universel des Créatrices à l'oeuvre contre / Entretien avec : Gérard Haddad / La chronique de David Le Breton : Accompagnement des dernières heures / Coup de gueule : Il est interdit d'interdire ! / Le dossier du trimestre : Travail social et terrains d'enquête : le sens caché des relations / Hors champ / Initiatiques / (Re)Découvrir / Lu et vu / Le Billet.
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SOMMAIRE
ÉDITORIAL : L’outrepassement - Thierry Goguel d’Allondans
SI TU T’IMAGINES… Médiastres, face au Dictionnaire universel des Créatrices à l’œuvre
contre - Roger Dadoun
ENTRETIEN AVEC… Gérard Haddad
LA CHRONIQUE de David Le Breton - Accompagnement des dernières heures
COUP DE GUEULE. . . Il est interdit d’interdire ! - Yan Godart
LE DOSSIER DU TRIMESTRE : « TRAVAIL SOCIAL ET TERRAINS D’ENQUÊTE : LE SENS CACHÉ DES RELATIONS »
sous la direction de Viviane Cretton
- Se soumettre aux normes des employeurs. L’exemple de quelques pratiques
professionnelles de placement en emploi - Véronique Antonin-Tattini
- « Médiation scolaire » et « travail social en milieu scolaire » : le cas d’un
positionnement professionnel - Hans-Peter von Aarburg
- Quand l’art se saisit du social : « donner » ou « prendre » la parole - Barbara Waldis
- De l’aide à l’expulsion, un social d’exception. Quelques injonctions paradoxales au
N ° 3 0 - A v r i l 2 0 1 4cœur du dispositif Asile en Suisse - Viviane Cretton 30
- « Savez-vous où vous mettez les pieds ? » Enquêter dans un Centre éducatif fermé
pour mineurs - Arnaud Frauenfelder, Eva Nada, Géraldine Bugnon
- Les millefeuilles du pouvoir. Une recherche auprès des officiers d'état civil
en Suisse - Anne Lavanchy
- De la symétrie à l’ordinaire. Vers une conversion du regard de l’observateur -
Éric Chauvier
Dossier coordonné par Viviane Cretton
HORS CHAMPS : Dans l’ombre de Laïos - Alain Matoug
« Travail social et terrains d’enquête : INITIATIQUES : Construire l'altérité : des « Français » perçoivent les « Arabes » -
Catherine Gallais le sens caché des relations »
[Re]Découvrir… Adrien Pasquali - Jacques Roman
LU & VU
LE BILLET de l’Association des amis de Cultures & Sociétés
9 7 82360850525
ISBN 9 7 8 - 2 - 36085 - 052 - 5 / ISSN 195 1 - 66 7 3
P r i x : 1 6 €
« Travail social et terrains d’enquête : le sens caché des relations » Cultures_et_Societes_30_MEP_OK_corr_26_mars_OK.indd 1 26/03/2014 13:28:40Cultures_et_Societes_30_MEP_OK_corr_26_mars_OK.indd 2 26/03/2014 13:28:40N° 30 - avril 2014
Cultures_et_Societes_30_MEP_OK_corr_26_mars_OK.indd 3 26/03/2014 13:28:40Comité scientifique
Michel Autès (Lille), Georges Balandier (Paris), Cai Hua (Pékin), Boris
Cyrulnik (La Seyne sur Mer), Christine Delory-Momberger (Paris-13),
Pierre-André Dupuis (Nancy), Jean Duvignaud (1921-2007), Paul Fus-
tier (Lyon), Remi Hess (Paris-8), Françoise Hurstel (Strasbourg), Mar-
tine Lani-Bayle (Nantes), François Laplantine (Lyon-2), Cosimo Marco
Mazzoni (Sienne), Guy Ménard (Montréal), Jean Oury (La Borde),
André Rauch (Strasbourg), Claude Rivière (Paris-V), Christoph Wulf
(Berlin).
Comité de rédaction
Rédacteur en chef : Thierry Goguel d’Allondans
Directeur de publication : Xavier Pryen
Président de l’Association des amis de la revue : Jean-François Gomez
Comité de rédaction : Roger Dadoun, Sylvestre Ganter (Pin Sylvestre),
Philippe Hameau, David Le Breton, Yolande Touati, Renaud Tschudy
Collaborateurs : Yan Godart, Pascal Hintermeyer, Jocelyn Lachance,
Nancy Midol
Corrections ortho- et typographiques : Isabelle Le Quinio
Couverture et mise en pages : L’Harmattan
Cultures_et_Societes_30_MEP_OK_corr_26_mars_OK.indd 4 26/03/2014 13:28:41Sommaire
ÉDITORIAL L’outrepassement
Thierry Goguel d’Allondans 7
SI TU T’IMAGINES… Médiastres, face au Dictionnaire universel
des Créatrices à l’œuvre contre
Roger Dadoun 11
ENTRETIEN AVEC… Gérard Haddad 19
LA CHRONIQUE de David Le Breton
Accompagnement des dernières heures 27
COUP DE GUEULE Il est interdit d’interdire !
Yan Godart 31
LE DOSSIER DU TRIMESTRE : « TRAVAIL SOCIAL ET TERRAINS D’ENQUÊTE :
LE SENS CACHÉ DES RELATIONS » 35
Sous la direction de Viviane Cretton
Se soumettre aux normes des employeurs. L’exemple de quelques
pratiques professionnelles de placement en emploi
Véronique Antonin-Tattini 41
« Médiation scolaire » et « travail social en milieu scolaire » :
le cas d’un positionnement professionnel
Hans-Peter von Aarburg 48
Quand l’art se saisit du social : « donner » ou « prendre » la parole
Barbara Waldis 55
De l’aide à l’expulsion, un social d’exception.
Quelques injonctions paradoxales au cœur du dispositif Asile en Suisse
Viviane Cretton 61
Cultures_et_Societes_30_MEP_OK_corr_26_mars_OK.indd 5 26/03/2014 13:28:41« Savez-vous où vous mettez les pieds ? »
Enquêter dans un Centre éducatif fermé pour mineurs
Arnaud Frauenfelder, Eva Nada, Géraldine Bugnon 68
Les millefeuilles du pouvoir.
Une recherche auprès des ofciers d’état civil en Suisse
Anne Lavanchy 75
De la symétrie à l’ordinaire.
Vers une conversion du regard de l’observateur
Éric Chauvier 81
HORS CHAMPS Dans l’ombre de Laïos
Alain Matoug 87
INITIATIQUES Construire l’altérité :
des « Français » perçoivent les « Arabes »
Catherine Gallais 99
[Re]Découvrir… Adrien Pasquali
Jacques Roman 109
LU & VU 113
LE BILLET de l’Association des amis de Cultures & Sociétés 139
Cultures_et_Societes_30_MEP_OK_corr_26_mars_OK.indd 6 26/03/2014 13:28:42L’outrepassement
Thierry Goguel d’Allondans
Jean Oury que nous avons eu, Jean-François Gomez et moi-même,
le plaisir d’interviewer pour le numéro 26 de Cultures & Sociétés, a
l’habitude de dire, sur un ton espiègle mais sérieux, qu’il marche sur
deux jambes : Freud et Marx, le premier lui permettant de penser
l’aliénation psychique, le deuxième l’aliénation sociale. On pourrait
dire autrement – pour moins personnaliser les champs – l’expérience
de la psychanalyse et une lecture marxiste de la société. J’aurais
tendance à penser que « mes » deux jambes – qui me permettent de
marcher et, symboliquement, de tenir debout – sont le travail social
et l’anthropologie. Le travail social me permet de penser la rencontre
avec le sujet, un sujet jamais, au grand jamais, réductible à son
symptôme. L’anthropologie, au-delà de la découverte et de l’exploration
de différentes cultures, me permet, nécessairement avec d’autres, de
penser le « vivre ensemble ». Cette tension ouvre aux dialectiques
tradition/modernité, individu/collectif, norme/déviance, etc.
C’est donc avec bonheur – une petite gorgée de bière fraîche dans
le désert du grand Erg oriental – que j’ai accueilli la proposition il y a
quelques mois, et découvert aujourd’hui, dans tous ses détails, le très
beau dossier coordonné par Viviane Cretton. Elle a réuni autour d’elle
des chercheurs passionnés et passionnants, suisses pour bon nombre,
qui ont en commun d’articuler anthropologie et travail social. Il faut
noter d’ailleurs qu’a contrario de la France qui, avec ses clivages
disciplinaires, méconnaît largement cette articulation, la Suisse, avec
quelques initiatives (présence d’anthropologues dans les Hautes écoles
en travail social, journées d’étude et congrès, recherches…), fait figure
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ÉDIT ORIAL8 n°30 – a vril 2014
de précurseur. Je n’ai pas connaissance, en tous les cas pour les espaces
francophones, d’une telle réflexion. Mais peut-être que nos lecteurs
belges, québécois ou ivoiriens me contrediront.
J’ai toujours trouvé qu’il y avait quelques similitudes dans les aventures
anthropologiques et éducatives et que, dans leurs formations respectives
(chercheurs en sciences sociales et travailleurs sociaux), l’observation
participante n’était certainement pas l’apanage d’une seule discipline.
Comment – très simplement dit – gagner la confiance d’individus, voire
de groupes d’individus, au-devant desquels nous allons pour effectuer
un travail (et qu’il soit d’enquête ou d’assistance n’a finalement qu’une
importance secondaire) ? Dès lors, et c’est tout l’enjeu épistémologique du
dossier de ce trimestre, comment entrer en relation ?
Dans le travail social tout particulièrement, la question de la bonne
distance (une position mouvante et rarement acquise), pour pertinente
qu’elle soit dans l’absolu, a nourri bien des égarements et des dérives.
Et l’on peut assurément mesurer de bonnes distances dans des postures
néocolonialistes, y compris d’anthropologues ou de travailleurs sociaux !
Du coup, évoquer, comme le font Viviane Cretton et ses co-auteurs, une
quête de symétrie dans le travail de relations, ouvre, de manière bien
plus subversive, à bien d’autres élaborations. On sait qu’une approche
respectueuse, que des relations longues et entretenues, peuvent nourrir,
y compris dans un champ professionnel et contractualisé, des formes
de complicité entre « aidant » et « aidé », « enquêteur » et « enquêté ».
Jean Oury parle de connivence qui, là encore, ouvre à bien plus de
réflexions que la fort banale empathie. Évidemment, dans cet espace
sensible des relations humaines, les premiers instants, l’accueil – même
si dire au-revoir c’est encore de l’accueil – sont primordiaux. Et les
auteurs du dossier évoquent leurs propres tâtonnements, parfois même
leurs bourdes, qui font écho à nos propres erreurs de débutant ou même
de confirmé.
Que dire ou ne pas dire ? Que faire ou ne pas faire ? S’autoriser,
demander, proposer… peuvent ouvrir à bien des possibles ou fermer
définitivement toutes portes, tous passages. L’entrée en relation est une
appréhension ; c’est aller vers l’autre, prudemment, repérer de multiples
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facettes, des aspérités propices ou non à des accroches… Dans ces
temps de la rencontre, surviennent aussi des « hasards objectifs »
(encore une expression d’Oury) que je traduis, imparfaitement,
comme un improbable qui fait sens, un projet incongru qui dépasse
nos espérances, l’un ou l’autre permis par un contexte, un collectif,
une certaine ambiance, une « odeur d’ambiance », des espaces et temps
protégés, parfois suspendus.
Il y a donc aussi – allez, on y vient ! – la magie de la rencontre, c’est-
à-dire ce qui, nécessairement, nous échappe. Bien sûr l’on pourra évoquer
le transfert et le contre-transfert ou – de manière plus large – tous les
débats et travaux sur l’intersubjectivité. Il n’en reste pas moins qu’au-
delà – pour le dire en langage « jeunes » – « de lui lâcher la grappe », il y
a parfois la nécessité du « lâcher prise », du risque de la rencontre. De la
difficulté d’abandonner sa petite méthode si pratique et si confortable…
C’est cette piste que je voulais – modeste contribution à ce dossier –
commencer à frayer avec vous ce trimestre. Et si, parfois, il fallait
outrepasser ? L’outrepassement n’étant évidemment pas un passage à
l’acte sauvage et unilatéral, mais juste un entrouvert pour ne pas passer
à côté de l’humain.
Ces débats et bien d’autres pourront trouver leurs prolongements
dans les diverses rencontres que vous proposeront, cette année, les
animateurs de l’Association des Amis de Cultures & Sociétés, dans
les Cévennes au printemps, dans le Bordelais cet automne (voir les
précisions à la fin de ce numéro).
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ÉDIT ORIALCultures_et_Societes_30_MEP_OK_corr_26_mars_OK.indd 10 26/03/2014 13:28:49Médiastres, face au
Dictionnaire universel des Créatrices
à l’œuvre contre
Roger Dadoun
Il convient de disposer d’une petite table basse, ou de quelque modeste
console, d’une surface suffisante pour pouvoir poser, déployant leurs
vastes ailes (les-“Elles” – Herland, selon le livre superféministe de
Charlotte Gillman, écrivaine et théoricienne américaine, Hartford
1860-Pasadena 1935), les trois forts volumes du Dictionnaire universel
des Créatrices, et aller ainsi, tournant posément et diligemment les
5 000 pages, textes sur deux colonnes serrées, à la découverte des
10 000 entrées couvrant planétairement et millénairement tout le
champ des savoirs et des pratiques humaines. Six années de recherches
et d’écritures, six kilos, centaines d’auteurs, cent soixante-cinq euros.
Voilà, nous avons le poids et le prix, qu’allègent, succulent accès
visuel, les gracieuses lettrines colorées de Sonia Rykiel. D’elles la
gaieté s’égrène grêle et claire – ludique. Ludique, oui, le mot est requis
pour (avant de jouer contre) – il donne le ton et délivre fragrances et
gestuelles (la femme est un être dansant, grossesse incluse). Il n’est
nulle page qui ne soit source de la joie des jeux du savoir (jeu – digital,
oculaire, cérébrant – de la tournée ou du tournis des pages). Le lecteur,
serait-il le plus érudit, le plus énormément encyclopédique, va, quels
que soient pages et thèmes, à la rencontre de ses ignorances, déficiences,
lacunes et abîmes – plus exactement, car il s’agit de création, il plonge
dans les abysses de la connaissance. Elle n’est pas de tout repos,
cette voie qui s’ouvre à l’infini de la connaissance des Créatrices de
connaissances, tous territoires prospectés – arts, sciences, littératures,
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  SI TU T ’ IMA GINES …12 n°30 – a vril 2014
politiques, histoires, techniques, métiers, etc. Suprême et grave en est
le gain : il s’avère, en excellence et insolence, que la femme existe – est
un être profond.
Quand les Médiastres déraisonnent
Avant d’en proposer quelques illustrations, pour une saisie immédiate
et globale de ce grand œuvre, il y a lieu de signaler un premier
accueil – premier écueil dressé contre les femmes créatrices –, celui
de la bêtise médiastrique, des désastres et déraisons de la trique ou
du tricotage médiatiques. Les éditions des femmes me font parvenir
un court article du Monde des livres, 5 décembre 2013, traitant des
« Trésors des dictionnaires », en termes qui interpellent (sic) notre
modeste « Si tu t’imagines… » et le renvoient vers quelque bestaire :
« L’amour du dictionnaire – cet ordre raisonné de la langue et du monde
– serait-il devenu déraisonnable ? Rarement les publications n’ont
été aussi pointues, qui recensent toutes les marottes, les obsessions,
les curiosités. Tenez, en cette rentrée, il en a été publié sur les chats,
le vin, Versailles, le cinéma fantastique, l’assurance, les symboles
maçonniques, les trésors du Musée de l’air et de l’espace, les citations
d’économie, la Grande Guerre, les protestants français, les cépages, le
tango, les créatrices… »
Ronflant, époustouflant, non ? Le monumental Dictionnaire
universel des Créatrices rangé illico presto, sans même avoir été ouvert,
c’est quasiment sûr, dans le « déraisonnable », entre « marottes » et
« obsessions » ? À pisser de rire et pleurer de misère ! Voici les femmes
créatrices – femmes et créatrices, ça affole ? – logées par milliers en
queue d’énumération, après chats vin symboles maçonniques cépages
tango – et c’est quatre femmes mousquetaires qui, cochères, d’un
coup de fouet claquant à la Zorro, s’en pavanent, signent. De ce coup
bas asséné à l’œuvre phénoménale (le phénomène femme – femen) à
peine née, les éditions des femmes antoinette fouque s’émeuvent et
s’effarouchent, et sollicitent une réaction, que je rédige brièvement et
leur adresse – quelques mots vites où l’on peut entendre litote :
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ô nausée,
nausée qui tant abonde,
or donc à quatre elles se sont mises en quatre,
pétantes mises du Monde,
Julie, Raphaëlle, Macha, Catherine,
brairant telles ânesses égarées entre Schéol (l’enfer, le diable) et Salomon
(le sage),
pour faire le pied-de-grue à la porte des 10 000 entrées,
entasser 10 000 créatrices en niche cryptée entre chattes et chiennes,
vinasses et viandasses,
pour une gloriole, ô misère, de scoop-bidon
– qui débecte.
En post-scriptum je citais, en l’italiquant, le dense et pertinent
diagnostic sur notre temps de notre franc contemporain Péguy – auquel
on s’intéresse présentement pour la mise en commémoration (j’allais
taper « commisération ») du centenaire de sa mort : « Le Monde qui
fait le malin ». C’est exactement l’impression que donnent les notules
expéditives du journal Le Monde. Le « malin » péguyen, bien déplié, se
révèle porteur d’à peu près toute la gamme du spectre que le poète aurait
sans doute placé sous l’appellation – qu’il utilise – de « presse infâme » :
afféterie, cuistrerie, flagornerie, frivolerie, hâblerie, hystérie, incurie,
veulerie – l’envie kleinienne ! Ce ne serait là qu’ordinaire farcissure des
médiastres, si la désinvolture (l’inconscient) des chroniqueuses ne les avait
amenées, pour faire bon poids, surfant sur « dictionnaire », à introduire en
bout de course, comme en surplomb, plombé, « les créatrices ». [Le terme
« Médiastres », ici proposé, voudrait laisser entendre le mot « astres »,
soit les « stars » ou « icônes » proliférant comme idéal-type social, et
faire signe vers ce qui prend figure de « désastre » de la culture. À ne
pas confondre avec « médias » ou « médiatique » en tant que formation
courageuse, lucide, rare et risquée attachée à la recherche de la vérité
et à la reconnaissance de la création – dont le modèle pourrait être le
journalisme à la Péguy : car « tu es journaliste », se dit à lui-même le
créateur des Cahiers de la quinzaine, qui estimait, en une exacte formule,
que le journal est la plus belle invention depuis la création du monde.]
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  SI TU T ’ IMA GINES …14 n°30 – a vril 2014
Ainsi, en jetant, déraisonnablement, dans un confus cocktail de
dictionnaires, ce nom de « créatrices » (mais pourraient s’insurger aussi
bien « étrangers » que « symboles maçonniques » ou « Grande Guerre »),
le fugace fast book du Monde révèle un des visages les plus communs et
les plus désastreux de la culture – contre lequel précisément se dresse,
avec peu d’autres, l’œuvre innovante, pro-créatrice, solidement construite
et méditée qu’est le Dictionnaire universel des Créatrices (D.u.C.).
Un continent clair
Le D.u.C. met au monde, met au jour, met en lumière ce qui n’a, à notre
connaissance, jamais été réalisé jusqu’à présent : mettre en scène,
dans leurs incontestables et concrètes productions, tout un univers de
femmes qui, à travers le temps et l’espace, ont contribué de diverses
façons à la création de la culture humaine. L’ouvrage est publié par
les éditions des femmes, où l’inspiration psychanalytique ne manque
pas. Mais si nous croyons utile de citer ici l’obscure expression
ressassée de Freud, disant de la femme qu’elle est un « continent
noir » (il préfère les blondes ?), c’est pour lui opposer ce qui nous
paraît être l’apport exceptionnel et illuminateur du Dictionnaire : la
femme est un continent clair.
Il n’est que d’ouvrir – et lire. Déjà, le texte d’ouverture « Geste »
signé Antoinette Fouque comporte une succession de sous-titres qui
constituent autant de lignes de force caractéristiques du projet, des
orientations et de l’esprit de l’ouvrage – soit, dans l’ordre : Donner lieu
au non lieu - Un lieu germinatif - Une intelligence encyclopédique - Un
manifeste d’existence - Pro-création, compétence géni(t)ale des femmes
- La geste des femmes - Solidaires - Libération. (Rappelons que déjà,
dans Le Torchon brûle, journal du mlf, n° 6, 1973, était formulé le projet
d’une « encyclopédie sur les femmes »)
La dimension encyclopédique s’expose dès les premières entrées,
après quelques notices individuelles, lesquelles ouvrent d’emblée les
perspectives où trouvent à s’engager nos curiosités et réflexions. Vol. I,
A à G : « Aalto, Aino (née Marsio) (Helsinki 1894-id. 1949). Designer,
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