Travailleurs sociaux en recherche-action

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Des travailleurs sociaux prennent la parole sur leurs pratiques, en publiant ici les résultats de leur recherche-action. Ce livre aborde dans une première partie la question du traitement social de l'enfance. Dans une seconde partie des travailleurs sociaux s'interrogent sur leur action dans les processus de socialisation, que ce soit avec des adolescents déscolarisés, des adultes toxicomanes, des immigrants ou les membres d'une association d'Education populaire.
Publié le : mardi 1 juin 2010
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EAN13 : 9782336262772
Nombre de pages : 219
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TRAVAILLEURS SOCIAUX EN RECHERCHE-ACTION
Éducation, insertion, coopération

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12266-6 EAN : 9782296122666

Sous la direction de

Marie-Anne DUJARIER

Travailleurs sociaux en recherche-action
Éducation, insertion, coopération

Frédéric BALLIÈRE, Cécile FLEURET-CELLE, François LE CLÈRE, Sandra LOUIS, Martine PALMATO-GUILLEMIN, Jean-Marie SANCHEZ, Silvia VALENTIM, Cécile VILLENEUVE

Collection

Recherche-action en pratiques sociales

Éditions L’Harmattan
5-7, rue de l’École-Polytechnique 75005 PARIS FRANCE

Collection « Recherche-action en pratiques sociales »
Dirigée par Pierre-Marie MESNIER et Philippe MISSOTTE

Cette collection se propose de faire connaître des travaux issus de recherches-actions. Les unes sont produites dans un dispositif de formation par la recherche, créé dès 1958 par Henri Desroche à l’École des hautes études ; il associe depuis vingt ans Collèges coopératifs et Universités (Diplôme des hautes études en pratiques sociales) ; d’autres sont issues de nouvelles formes d’intervention : ateliers coopératifs de recherche-action visant le développement social, formations à l’accompagnement collectif ou individuel de projets ; d’autres enfin s’élaborent à partir d’expériences de terrain et/ou de travaux universitaires. Revendiquer aujourd’hui l’actualité de la recherche-action relève du paradoxe. D'un côté, notamment dans le champ de la formation, elle est marquée par des courants qui remontent aux années soixante et ont donné lieu à bon nombre de publications jusque dans les années quatre-vingt. De l’autre, on constate actuellement un retour de publications et, dans de nombreux secteurs — entreprise, travail social, formation, politique de la ville, actions de développement au Nord comme au Sud —, des formes de parcours apparentées à la rechercheaction, qui apparaissent d’ailleurs souvent sous un autre nom : formation-action, recherche-formation, formation-développement, diagnostic partagé, auto-évaluation, praxéologie… D’où l’importance, au travers des formes que prend aujourd’hui la recherche-action, de promouvoir, y compris à contre-courant, ses valeurs fondatrices. La recherche-action porte en elle une vision de l’homme et de la société. Elle permet la production et l'appropriation par les acteurs de savoirs reliés à leurs pratiques, ce que la recherche classique ne sait pas faire. Derrière la recherche-action se profile un réajustement du savoir et du pouvoir au profit des praticiens. Elle leur permet aussi de donner une visibilité plus construite à leurs pratiques. Elle transforme le sujet en acteur. Elle est transformation du social.

Sommaire
Présentation des auteurs .................................................................................. 7 Introduction La recherche-action, un moyen de penser et de transformer ses pratiques ................................................................... 17
Marie-Anne DUJARIER

Histoire du DHEPS ................................................................................................. 21
Philippe MISSOTTE

1 – L’enfance et sa prise en charge : les échanges au cœur des pratiques Sur le chemin des origines : la quête virtuelle des adoptés du Liban ............. 47
Cécile VILLENEUVE

Socialisation et autonomie des enfants dans une crèche privée .................... 65
Martine PALMATO-GUILLEMIN

Développer la pensée pour mieux travailler : le cas des professionnels de la petite enfance ................................................... 81
Silvia VALENTIM

Proposer ou imposer aux familles la saisine du juge des enfants ................. 101
Cécile FLEURET-CELLE

2 – Au-delà des dispositifs prescrits : des pratiques sociales innovantes ............................................................. 119 « Une défaite sans se battre ». Embrouilles et débrouilles des adolescents déscolarisés .............................. 121
François LE CLÈRE

Reconnaissance des acquis de l'expérience : le cas des usagers de drogues accompagnés par des assistants sociaux ....... 147
Sandra LOUIS

Quand l’expérience d’exil prend corps… Usages socio-politiques du soin chez les demandeurs d’asile ....................... 173
Frédéric BALLIÈRE

Un Intranet de l'Éducation populaire, analyseur des rapports de force ...... 187
Jean-Marie SANCHEZ

Résumés des articles ...................................................................................... 207

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Travailleurs sociaux en recherche-action

Recherche-action en pratiques sociales
Collection dirigée par Philippe MISSOTTE et Pierre-Marie MESNIER

Ouvrages déjà parus
● Pierre-Marie MESNIER, Philippe MISSOTTE, La recherche-action, une autre manière

de chercher, se former, transformer, 2004.
● Bernadette AUMONT, Pierre-Marie MESNIER, L’acte d’apprendre, 2005. ● Éliane CHRISTEN-GUEISSAZ, Geneviève CORAJOUD, Michel FONTAINE, Jean-Bernard

RACINE, Recherche-action, processus d’apprentissage et d’innovation sociale, 2006.
● Christian HERMELIN, L’acora (atelier coopératif de recherche-action), construction

collective de savoirs d’acteurs en société, 2009. André MORIN, Cheminer ensemble dans la réalité complexe. La recherche-action intégrale et systémique (RAIS), 2010.


Présentation des auteurs

L

es auteurs de ce livre sont des adultes en activité ayant réalisé une recherche-action sur leur pratique. Ils l’ont accomplie dans le cadre d’un diplôme d’Université, le « DHEPS » (Diplôme des hautes études des pratiques sociales) ou de son équivalent, en Master 1.1

Frédéric BALLIÈRE
Cadre pédagogique à l’IRFFE (Institut Régional de Formation aux Fonctions Éducatives) de Picardie, Frédéric Ballière a exercé en qualité d’assistant social dans une Permanence d’Accès aux Soins de Santé pendant sept ans. Intéressé par l’articulation des questions sanitaires et sociales, il travaille autour des enjeux du soin chez les publics en situations de précarité. Sa recherche-action a été réalisée dans le cadre d’un DHEPS au Collège coopératif RhôneAlpes, sous la direction de Béatrice Deries. Elle rend compte de la façon dont des demandeurs d’asile s’approprient la question médicale à des fins sociales et identitaires. Cette réflexion sera développée dans un ouvrage à paraître en 2010 chez l’Harmattan, dans la collection Le travail du social.

Cécile FLEURET-CELLE
Cécile Fleuret-Celle a exercé pendant une dizaine d’années comme conseillère technique à la Direction Régionale Rhône– Alpes/Auvergne de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ). Elle a obtenu un Diplôme des hautes études en pratiques sociales (DHEPS) à partir d’une recherche intitulée : « Proposer ou imposer aux mineurs ou à leurs parents la saisine du juge des enfants ». Membre du laboratoire de Praxéologie au Collège coopératif de Lyon, elle a publié dans la collection Cahier de praxéologie : « Du pouvoir d’influence des assistantes de service social. Approche praxéologique de la saisine du juge des enfants », aux éditions du Collège coopératif Rhône-Alpes.
1 - Master 1 « Formateur d’Adultes » — ou DEPRA à partir de 2009 (cf. infra note 4, p. 17) — à l’Université Paris III pour les promotions 2005-2009.

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Travailleurs sociaux en recherche-action

François LE CLÈRE
Éducateur spécialisé depuis dix ans, François Le Clère est responsable d’une équipe de prévention à Argenteuil. Doctorant-chercheur affilié au CIRCEFT, Laboratoire de Sciences de l’Éducation de l’Université Paris VIII, il travaille aux côtés de Laurence Gavarini sur des questions liées à l’adolescence. Articulant son expérience de terrain et son travail de recherche, il développe une approche clinique et pédagogique des questions d’éducation et de la relation d’accompagnement. Il présente ici son premier travail de recherche mené dans le cadre d’un Diplôme des hautes études en sciences sociales (DHEPS) réalisé à l’Université Paris III sous la direction d’Odile Martin-Saint-Léon.

Sandra LOUIS
Assistante sociale de formation, Sandra Louis est chef de service d’un Centre de Soins Spécialisés en toxicomanie depuis 2008. Elle a mené une recherche-action au Collège coopératif de Paris sur la reconnaissance des savoirs des usagers de drogues, sous la direction de Mehdi Farzad. Elle développe la notion d’insertion en s’appuyant sur l’ethnométhodologie et tente de comprendre les savoirs acquis dans le parcours de vie des usagers de drogues en situation de précarité. Les résultats de cette recherche l’amènent à se questionner sur la pertinence de proposer à ce public une Validation des Acquis de l’Expérience dans le cadre d’un accompagnement social.

Martine PALMATO-GUILLEMIN
Infirmière puéricultrice de formation, Martine Palmato-Guillemin a travaillé trente années dans des organismes de crèche, publics et privés. Elle en a été directrice de 1979 à 2009. Elle a fait un Master 1 en 2005-2007, à la Sorbonne Nouvelle. Démissionnaire de son dernier poste, du fait d'une trop grande tension entre sa conception du

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Présentation des auteurs

métier et celle portée par les dirigeants de sa crèche, elle est actuellement en phase d'élaboration d'un nouveau projet d'activité. Elle a développé une méthodologie originale de formation des personnels de crèche, visant à la reconnaissance et à l’extension de leur créativité dans le travail, et ce pour le bénéficie des enfants qui leur sont confiés.

Jean-Marie SANCHEZ
Animateur et agent de développement au sein d'un mouvement d'Éducation populaire, Jean-Marie Sanchez a réalisé des missions départementales, régionales et nationales sur le thème de l'appropriation des Technologies de l'Information et de la Communication (TIC) par le milieu associatif. Diplômé du DHEPS - Paris III en 2006, il est maintenant accompagnateur VAE (Validation des Acquis de l'Expérience) pour les diplômes du ministère de la Jeunesse et des Sports liés aux métiers de l'animation. Tuteur à distance dans diverses formations de mouvements d'Éducation populaire en partenariat avec le Collège coopératif de Paris et l'Université de Paris VIII, il poursuit en 2009 ses études en Master 2 recherche « Éducation, formation, intervention sociale » du laboratoire EXPERICE (Centre de Recherche Interuniversitaire Expérience Ressources Culturelles Éducation). Ses travaux portent actuellement sur l'évolution des métiers de l'animation des mouvements d’Éducation populaire dans le contexte omniprésent des TIC, comme suite à la rechercheaction présentée dans cet ouvrage.

Silvia VALENTIM
Silvia Valentim est Éducatrice de Jeunes Enfants (EJE) depuis dix ans. Elle a exercé au Brésil puis en France. Après avoir réalisé une recherche-action entre 2005 et 2007 dans le cadre du DHEPS, elle a intégré le domaine de la formation d’adultes, en qualité de Responsable Pédagogique du CAP Petite Enfance, à l’Union Départementale d’Animation du département du Val-de-Marne (94).

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Travailleurs sociaux en recherche-action

Depuis septembre 2009, elle est formatrice à Institut du Travail Social (IRTS) de Paris dans la filière Éducateurs de Jeunes Enfants. Elle s’intéresse particulièrement au concept d’émancipation de la pensée dans le travail des professionnels de la petite enfance. Sa recherche lui a permis de se questionner davantage sur les apports possibles de la formation continue à ce processus.

Cécile VILLENEUVE
Doctorante à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (E.H.E.S.S.) et affiliée au Laboratoire d’Anthropologie Sociale (LAS), Cécile Villeneuve travaille actuellement sur la question de la filiation dans le monde arabo-musulman. Assistante sociale en exercice et bénévole au sein d’un Organisme Autorisé pour l’Adoption (OAA), elle assure le suivi post-adoptif des enfants confiés à l’adoption internationale. C’est dans ce cadre qu’elle a participé entre 2007 et 2009 au projet financé par la Région Ile-de-France intitulé : « La Mission adoption de Médecins du Monde et la question des origines des adoptés : bilan et perspectives ». L’article présenté dans cet ouvrage est issu de son premier travail de recherche-action, à Paris III, sous la direction de Christine Castelain-Meunier. Il relate la manière dont une communauté virtuelle d’adoptés originaires du Liban s’est constituée pour retourner en pays d’origine.

Cet ouvrage a été dirigé par

Marie-Anne DUJARIER
Sociologue du travail et des organisations, chercheur au LISE (Laboratoire Interdisciplinaire pour la Sociologie Économique, UMR CNAM /CNRS), Marie-Anne Dujarier est maître de conférences au département de la Formation continue de la Sorbonne Nouvelle Paris III. Depuis 2005, elle est coresponsable pédagogique2 du
2 - Avec Mehdi Farzad, directeur du Collège coopératif de Paris, partenaire de ce Master 1.

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Présentation des auteurs

Master 1 « Formateur d’Adultes » — Master renommé « DEPRA » (cf. infra note 4, p. 17) à partir de 2009 — héritier du DHEPS. Praticienne de la recherche-action sur des objets tels que l’organisation des services de masse (L’idéal au travail, PUF, 2006) ou l’évolution de la division du travail (Le travail du consommateur, La Découverte, 2008), elle privilégie une approche clinique des phénomènes sociaux. Elle a dirigé cet ouvrage.

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Introduction

La recherche-action, un moyen de penser et de transformer ses pratiques
Marie-Anne DUJARIER3

« Grâce à la recherche-action, j'ai eu en main les outils qui m'ont permis de prendre de la hauteur. Le DHEPS fut un vrai tourbillon dans ma vie. Aujourd'hui, je mesure à quel point ce cursus m'a permis de me réemparer de mon existence, mieux redistribuer un savoir pour la communauté de pairs dans laquelle je m'inscris... ». (Témoignage d’une étudiante deux ans après sa formation)

Des étudiants en recherche-action : la tradition du « DHEPS »

D

ans ce livre nous présentons les résultats de recherches-actions réalisées par des travailleurs sociaux : éducateurs spécialisés, éducatrice de jeunes enfants, assistantes sociales, infirmière, animateurs, directrice de crèche. Les articles ont été écrits par d’anciens étudiants ayant obtenu leur Diplôme des hautes études en pratiques sociales, plus connu sous l’acronyme DHEPS4. Cette formation
3 - Sociologue du travail. Responsable pédagogique pour la Formation continue de l’Université Sorbonne Nouvelle - Paris III, du Master 1 issu du DHEPS, en partenariat avec le Collège coopératif de Paris. 4 - Pour les étudiants parisiens, ce diplôme d’université est devenu un Master 1 à partir de 2005 sous l’intitulé « Formateur d’Adultes » puis, à partir de 2009, sous le nom de « Développement des pratiques professionnelles et sociales par la recherche-action » (DEPRA). Notons que le Master 2 forme à l’accompagnement à la recherche-action individuelle et collective.

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Travailleurs sociaux en recherche-action

d’adultes existe depuis un demi-siècle (voir page 21 l’encadré sur l’histoire de ce diplôme, par Philippe Missotte). Son fondateur, Henri Desroche, a concrétisé un projet éducatif dans la mouvance de l’Éducation populaire, des organismes de promotion sociale du travail et des pédagogies actives. Ce diplôme (niveau bac+4) a d’abord été délivré de 1957 à 1989 par la VIe section de l’École Pratique des Hautes Études5, dans laquelle Desroche était directeur de recherche. Il a ensuite été démultiplié dans d’autres institutions académiques. Entre les années 1970 et 1980, Henri Desroche a fondé des associations de formation et notamment les Collèges coopératifs, toujours très actifs dans le champ de l’éducation permanente6. Ils sont partenaires des universités. Ce diplôme a essaimé en Europe. Les auteurs de ce livre sont donc les héritiers de cette longue tradition. Ils ont mené leur recherche-action en deux ou trois ans, dans le cadre de formations réalisées en partenariat entre des Collèges coopératifs et des Universités7, à Paris et à Lyon8. La recherche-action ambitionne de produire des savoirs nouveaux sur les pratiques, en vue de les développer. Elle est une démarche formative et transformative : par elle, chaque praticien peut devenir l’auteur d’un savoir distancié, objectivé, référencé et renouvelé sur son activité. Elle est héritière de divers courants en sciences humaines et sociales, qu’ils soient américains (École de Chicago, Kurt Lewin), allemands (avec Heinz Moser), anglais (Tavistock Institute notamment) ou francophones (analyse institutionnelle, sciences de

5 - Cette VIe section dite « des sciences économiques et sociales » (créée en 1947) est devenue l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (E.H.E.S.S.) en 1975 abritant un grand nombre de centres de recherche : histoire, sociologie, économie, psychologie sociale, anthropologie. 6 - Les Collèges coopératifs de Paris, Rhône-Alpes, Bretagne, Provence-Alpes-Méditerranée ont constitué un groupement. Il s’inscrit lui-même dans un réseau international, le RIHEPS, groupement d'intérêt scientifique du Réseau des Hautes Études des Pratiques Sociales (RHEPS) créé en 1977 à l'initiative de Henri Desroche. 7 - À Paris, la Formation continue de l’Université Paris III est en partenariat avec le Collège coopératif de Paris depuis 1985. À Lyon, il s’agit d’une convention entre le Collège coopératif RhôneAlpes (CCRA) et l’Université Lyon II ISPEF (Institut des Sciences des Pratiques Éducatives et de Formation). 8 - Merci à Eve Gardien, Responsable du DHEPS au Collège coopératif Rhône-Alpes pour sa coopération à cet ouvrage.

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La recherche-action, un moyen de penser et de transformer ses pratiques

l’éducation, sociologie clinique, psychosociologie, psychologies cliniques du travail…). De nombreux ouvrages et articles sont disponibles sur l’histoire, l’épistémologie, la méthodologique et la dimension politique de la recherche-action9. Ce livre leur est complémentaire, en ce qu’il propose d’exposer des résultats de la recherche-action, plus qu’un commentaire sur la manière de la mener. Car bien que la recherche soit, dans cette formation, un moyen, elle aboutit également à une production de savoirs nouveaux. Huit travailleurs sociaux « immergés » dans leurs pratiques ont produit sur elles des savoirs originaux sur les questions d’éducation, d’insertion et de pratiques coopératives dans le cadre de leur formation.

Devenir auteur
Les auteurs de cet ouvrage se sont portés volontaires pour transformer leur mémoire de Master 1 en un article publiable, adressé à un grand public. Ce changement d’adresse et de forme représente en fait un travail d’écriture assez consistant. Ils ont procédé à des remaniements importants, menant parfois à des développements imprévus et heureux du côté de la théorie comme de leur pratique. En ce sens, cette publication renoue avec ce que l’École (sociologique) de Chicago préconisait : la publication, comme un prolongement de la démarche de recherche en formation. Publier les résultats d’une recherche-action n’est pas anodin. C’est finalement assez inaccoutumé, notamment dans le travail social. Ceux qui parlent et publient à propos de ces professions (éducateur, assistant social, puériculteur…) et activités (prévention, éducation, care, animation, pratiques coopératives…) ne sont généralement pas ceux qui l’exercent. Ce phénomène de captation du discours se vérifie également dans d’autres champs professionnels et pratiques sociales. Dès lors, être acteur, chercheur et auteur c’est
9 - Voir notamment : Dubost et Levy, 2002 ; Hess R., 1983 ; Barbier R., 1996 ; Liu, 2000. Sur la recherche-action pratiquée dans le cadre des formations DHEPS, voir plus spécifiquement : Mesnier P.-M. et Missotte Ph., 2004, ainsi que Christen-Gueissaz E. et alii, 2007.

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Travailleurs sociaux en recherche-action

prendre une place originale et nécessaire dans le champ de la recherche comme des rapports sociaux. Lorsqu’un praticien écrit un mémoire ou un article, il participe à une « reconquête de la parole perdue » (Farzad, 2002, p. 84). L’histoire de la sociologie est ainsi parsemée de recherches remarquables, réalisées par des sujets qui ont eu une longue expérience d’une pratique sociale avant de devenir chercheurs. Ils la connaissent « par cœur » et même « par corps ». Ils l’ont prise comme objet de recherche afin de produire un savoir distancié sur une pratique dans laquelle ils ont été fortement impliqués. L’École de Chicago, à laquelle les auteurs s’adossent d’ailleurs fréquemment, constitue un courant de référence à cet égard. Ce qui a fait école, dans ce courant, ce fut sans doute la conviction que la sociologie consiste à apprendre à voir le monde avec « d’autres yeux », en saisissant simultanément la dimension sociale des changements (urbains, professionnels…) et les états subjectifs qui leur sont liés. L’ouvrier Donald Roy a, par exemple, produit parmi les plus belles pages de la sociologie du travail industriel (Roy D., 2006). Il nous offre de comprendre la manière dont un individu peut « tenir » un travail très pénible et répétitif, sous contrainte de quotas. Il explique très finement, parce qu’il l’a fait avant même de savoir l’expliquer, le freinage et les relations de travail dans ce contexte. Hélène Weber (2005) a mené une recherche sur une question très similaire, pourraiton dire, mais dans une situation de service contemporain en France : après avoir travaillé comme équipière chez Mac Donald’s, elle s’est interrogée en psychosociologue sur la problématique de « l’adhésion » des employés à l’enseigne et à cette activité, pourtant ingrate. Sa recherche décrit d’une manière inédite ce qu’est ce travail et propose une explication de cet engagement paradoxal. Son expérience préalable de cette « adhésion » et l’analyse distanciée qu’elle a pu en faire servent de point d’appui à cette recherche. Elle s’inscrit dans le courant de la sociologie clinique, lorsqu’elle pratique des recherches impliquées (Gaulejac V. (de) et alii, 1993 et 2007 ). Ces exemples de recherches-actions, inscrites dans diverses traditions disciplinaires et écoles, ont pour point commun de permettre à un praticien engagé dans une activité socialisée, de devenir chercheur et auteur à propos de sa propre situation et de son activité.

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La recherche-action, un moyen de penser et de transformer ses pratiques

Histoire du DHEPS
DHEPS est l’acronyme de Diplôme des Hautes Études des Pratiques Sociales. « Hautes Études » marque son origine : l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, dans une histoire étroitement liée à son fondateur, Henri Desroche. Religieux dominicain, sociologue des religions, Desroche est mis à l’index par Rome en 1950 à cause de son livre Signification du marxisme. Il quitte les Dominicains. À partir de la sociologie des phénomènes religieux, Desroche s’est passionné pour les mille manières dont les hommes s’associent, notamment dans les coopératives de travail. Son champ d’étude s’élargit à toute l’économie sociale, dont il devient un des meilleurs analystes. Il observe combien les savoirs d’action des acteurs du social peuvent être reconnus et théorisés. En 1958, Desroche est directeur de recherche à l’École Pratique des Hautes Études. Il crée un laboratoire de recherches coopératives et un institut de formation de praticiens adultes, le Collège coopératif. Aux portes du Collège, se pressent des dizaines d’acteurs du social, notamment du développement, originaires des pays du Tiers-monde, avec souvent pour tout bagage une pratique de plusieurs décennies, « au ras du sol ». Desroche tire de son parcours une proposition pédagogique originale, enracinée dans ses multiples expériences. Il propose aux praticiens de se faire chercheurs pour conduire leur action en l’observant et en l’analysant et auteurs d’un mémoire qu’ils soutiennent pour le diplôme de l’E.H.E.S.S.. La démarche, VAE quarante ans avant la lettre, s’inspire de la recherche-action de Kurt Lewin — quand on cherche on change —, de la pédagogie du projet de Célestin Freinet ou de Paulo Freire, des modes d’apprentissage et du chef-d’œuvre des Compagnons du Tour de France, autant que du studium dominicain du Saulchoir ou d’Économie et Humanisme où il a conduit ses recherches. Le chercheur part de sa pratique. Expert dans son domaine, le praticien est accompagné « à la carte » — Desroche dixit — pour conduire une recherche scientifique et en rendre compte avec la rigueur requise. Entre 1958 et 1988, Desroche — et son équipe, Manificat, Colin, Belloncle, Lerbet — accompagne des centaines de praticiens des cinq continents dans leur parcours en recherche-action. Sa manière de reconnaître les savoirs de ces hommes et de ces femmes d’action, dans une extraordinaire recharge de liberté, crée la confiance et suscite la transformation des individus et des groupes. Nombreux sont les praticiens qu’il accompagne jusqu’au doctorat. La retraite approchant, Desroche perçoit au milieu des années quatre-vingt, que l’E.H.E.S.S. ne le suivra pas dans son projet de créer une « Haute École des Pratiques Sociales ». S’il a une réputation d’utopique inlassable, Henri Desroche a les pieds sur terre. Il crée un « Réseau des Hautes Études des Pratiques Sociales » réunissant des universités, des instituts de promotion sociale, les quatre Collèges coopératifs (Paris, Lyon, Aix-en-Provence, Rennes). Chacun propose un parcours d’études supérieures par la recherche-action sur le modèle du diplôme de l’E.H.E.S.S. : le Diplôme des Hautes Études des Pratiques Sociales. Ph. M.

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