Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 10,50 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Traverses freudiennes

De
170 pages
De l'énigme du Rêve au Malaise dans la Civilisation, de la Grande Nécrose à l'Essor du Génie, de la Topographie du psychisme aux Pulsions meurtrières et aux structures de l'Expression, l'excursion ici entreprise, balisée par les repères de l'Analyse, progresse en randonnée traversière sans autre prédestination que celle de la rencontre avec cet errant étrange et familier : l'Homme. Avec le recul des lisères, l'aventure se poursuit à la découverte des sentiers du langage verbal et non verbal qui fraye la voie dans les forêts de l'Inconscient.
Voir plus Voir moins

Jacques CHAZAUD

TRAVERSES

FREUDIENNES
Essais

de psychanalyse

Préface de Jean-Claude Benoit

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

Du même auteur chez L'Harmattan

Idées en folie Médecine des philosophes

et philosophie

médicale.

TABLE DES MATIÈRES

PRÉFACE, jean-Claude Benoit. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . INTRODUCTION.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

7 13

1. RÊVE,TRAUMATISME, NAISSANCE.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . Un cas d'insomnie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
U ne réhabilitation du traumatisme de la naissance?

17
19

......

21
25

Une tentative de ré-interprétation.

...................

Nouvelles versions, une hypothèse terminale? 2. HySTÉRIQUES

27 35 63
65
70 75 78 83

3. CRIME ET CHATIMENT

Loi et psychanalyse. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Idéal du ça. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Clinique et criminologie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Limites d'une schématisation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4. LE PRÉCONSCIENT. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Difficultés théoriques et pratiques du « topisme»
La modélisation du rêve dans le Pcs

85
91
96

...................
. . . . . . . . . . . . ..

Pcs et psychosomatique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Vers une métapsychologie des psychoses.

101
107 107
108

5. LA PULSION LINGUISTIQUE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . L'obsédé des mots. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. Un isomorphisme. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..
L'arbitraire du signe. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

108

La valeur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. La forme. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. Le système. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. Rencontres. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. La philosophie symbolique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..
Post-scriptum: 0/ A

1-09 110 111

112 114

116
119

6. DE POULOUÀ]EAN-PAULSARTRE. . . . . . . . . . . . . . . . . ..

Question de méthode. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. Les mots. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. Situation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. La facticité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. L'élaborationsecondaire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..
Philobate, ou le complexe acrobatique. . . . . . . . . . . . . . . .. Comme ça, comme si : le soi inauthentique. . . . . . . . . . . ..
7. MALAISE DANS LA CIVILISATION
~Vers

119 122 125 128 136

143 145

un freudo- nietzschéisme

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

151
152

Position et réalité du sujet. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. Le plaisir: une structure d'illusion. . . . . . . . . . . . . . . . . . .. Le coup de l'art. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. Intermède: Dionysos. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..
Plaisir-désespoir-humour

153
154 155

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

156

Intermède: du beau, du vrai et du bien. . . . . . . . . . . . . . .. Retour à l'art. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

159
161

INDEX NOMINUM

163

A la Grand-Mère d'Amélie d'Antoine de Pierre-Antoine de Louise

PRÉFACE

Puisqu'ici les langages forment la trame de ces essais, voici :une simple analyse étymologique du mot traverse; à savoir l'association paradoxale des racines: trans, « franchir des limites» et vers, « tourner »...
On pense à certains signes chinois associant le yin et le yang, ou la rivière et la montagne. Au pluriel, traverses nous montre le même pèlerin, deçà, delà, en de multiples observ~tions. Tandis qu'il trace la carte de ce monde à plusieurs dimensions, tout en le parcourant, Jacques Chazaud, dans ces remarquables complexités, s'appuie heureusement et avec bonheur sur lès écrits freudiens, ceux du Maître et ceux des nombreux autres explorateurs de notre univers du dedans, le seul vraiment à notre disposition permanente, notre psychisme. On dira concerne la l'orthodoxie de transfert beaucoup de bien d'un tel livre. Une première remarque qualité du travail du psychanalyste, en particulier dans de la cure, dans la création et la réduction d'une névrose chez son client.

Autre remarque: on voit bien ici que le monde psychique se montre tout d'abord, à l'image du monde naturel, dans ses trois dimensions. Rappelons ce souvenir que doit avoir tout étudiant en médecine: notre corps avec les volumes de ses organes. Une imagination particulière doit s'utiliser pour entrer dans le thorax et dans le cœur, voire l'intestin! Mais plus encore en ce qui concerne le cerveau. Il faut transformer tout ce que le scanner nous montre « en coupes », en un espace où les hémisphères et leurs surfaces corticales prennent volumes et circonvolutions, absolument fixés par l'évolution des espèces. Le psychanalyste - et plus généralement peute - ajoute à cela la quatrième dimension: 7 tout psychothérale temps de la vie

TRAVERSES FREUDIENNES

personnelle. Que de traverses alors nécessaires pour appréhender ces réalités intérieures et, de plus, intimes, souvent cachées. Ce livre montre bien certaines d'entre elles. Un autre thème principal d'un auteur si bon pédagogue chemine d'un chapitre à l'autre, la libido. Le mystère du succès de ce mot tient au génie clairvoyant du père de la psychanalyse. Freud offre à ses élèves, depuis bien des générations, l'appui constant de ces « mots-notions », disons boussoles pour tenir ferme non seulement sur le terrain, à côté du divan, mais aussi dans les colloques professionnels et les écrits. Jacques Chazaud utilise, avec clart~ et ténacité, cette ambiguïté précieuse: la libido se transforme constamment et très généralement dans l'espace psychique et, en même temps, anime et transforme celuici. Cette fée nous donne le désir et nous aide au même moment à transformer ce désir en une diversité évidente de pensées, d'actes, de créations. Là se mêlent le biologique et la transformation de celui-ci en cet organisme mental que nous sommes. Une énergie qui crée aussi des formes. Dira-t-on alors que le monde extérieur et que les autres individus ont moins d'existence? Rencontrons-nous ainsi les limites de la psychanalyse, du psychanalyste et de son divan, créateurs d'une nouvelle névrose, éventuellement curable? S'agit-il de traverses qui vont tourner en rond, arrêtées par des limites définies au départ? Le travail de Freud et celui de bien d'autres auteurs cités dans ce livre tentent souvent de préciser le sens de cette question et d'ouvrir l'espace thérapeutique vers la « réalité », grâce à un retour sur soi actif et difficile. Le psychanalyste, lui-même, saura analyser sa... névrose de contre-transfert. Avec sa forte lucidité, Freud a montré maintes fois comme il faut retourner celleci même vers soi. Ce livre semble uni - au-delà de sa diversité, ici clinique et là théorique, et au-delà de la richesse de son vocabulaire parfois inquiétante pour le profane - par le thème moderne, et pourtant si continu dans l'histoire des sciences humaines, de l'échange. Lien interhumain (Hesnard) langages, communication: les relations et leurs formes 8

PRÉFACE

appellent le psychanalyste à situer ainsi la demande d'un individu souffrant: un échange, et malgré la neutralité: une bienveillance... Ces chapitres successifs montrent en particulier des territoires où le thérapeute apporte une connaissance de la langue affective, cette langue universelle du désarroi, du désir et de la défaillance relationnelle. Il faut accepter le fait historique que la psychanalyse, malgré ses infinies « pérégrinations» - à défaut de mieux dire - s'accroche au sens des êtres individuels, à leurs valeurs enfantines persistantes et aux ridicules tragiques de toute existence qui se livre sans trop de retenue. Dans une seconde partie de cette trop brève préface - qui répond à la demande affable de Jacques Chazaud pour mon intrusion de noninitié dans ces dédales savants -, nous conseillerons à tous lecture et relecture. L'unité de ces chapitres apparaît lorsqu'une familiarité suffisante ouvre des portes successives sur des faits de plus en plus clairs. Une grande cohérence organise la succession des « médiateurs» évoqués: l'image onirique, le phantasme névrotique, le passage à l'acte, la zone où tout «ça» et «moi» se combinent (le préconscient), la pulsion linguistique, «les mots» d'un littérateur révéré, la crise culturelle. Reconnaissons déjà la simplicité claire du schéma pour mieux nous perdre, un moment, dans chacune des «traverses» proposées, avec ses aléas et avatars. De façon très globale, même lorsque domine le verbal, l'auteur fait percevoir, ressentir, participer le lecteur. Sa psychanalyse prarique et théorique laisse unis le concret et le savoir. Non sans analogies, mais avec rigueur. Pour nous étonner, peut-être, il nous propose d'abord un retour au mythe vécu d'une naissance. Le rêve surprend nos hésitations et répète ses vérités. Un héros, une odyssée, des obstacles: «polysémie des mythes fondamentaux ». L'image onirique, fortune des psychothérapies et... des psychothérapeutes. Les hystériques - dont trois hommes, malgré tout, ici - nous assurent une moisson, assez « réaliste» certes, mais efflorescente, qui légitime toutes les Écoles de l'archaïsme, du sexuel et du divan érotique. La question de la réalité a explosé sous l'avalanche des traumatismes précoces ou plutôt de l'invasion d'un imaginaire infantile. Cette seconde 9

TRAVERSES FREUDIENNES

découverte de Freud fonde pour chaque psychanalyste sa connaissance de la névrose de transfert et son effort de se tirer d'un passé capturant. Cet effort constitue la cure. Le brio de Jacques Chazaud s'anime grâce aux qualités de sa. clientèle. Mais aussi, quel solide rationalisme nécessaire face au retour du refoulé! Si l'on passe à IJacte, il s'agit plutôt de violences. Le concret du crime affronte la Loi. Même si la civilisation veut justifier le juge, il n'empêche: la justice «crée en tout cas le criminel ». Difficile paradoxe. Le psychiatre formulant cela va douter d'une exemplarité alléguée de la peine. Pour lui, un criminel même « sans pathologie» n'assume pas moins, transitoirement ou durablement, «une certaine faiblesse de l'Idéal du Moi ». Et le psychanalyste devine quelque faille du côté de sa « relation d'objet ». En France, les étudiants en psychologie doivent apprendre «les topiques» pour réussir leurs examens. Je leur conseille cet excellent travail sur le préconscient (chap. 4). J. Chazaud s'excusait du sérieux de ces beaux paragraphes, lorsque nous parlions de ce livre naissant. Je le félicitai au contraire. Un vrai chapitre de traité, construit, solide et nuancé, marque le médian de notre lecture. L'approfondir semble possible à chaque nouveau contact. Ne s'agit-il pas d'un thème foncier de la psychothérapie, très généralement dite? Qui d'entre nous ne souhaite utiliser et parfois mieux comprendre les forces et les formes intriquées qui se tissent là, dynamiquement et, aussi, interactionnelles. Pour une réflexion sur la « théorie de la communication », cette zone évoque toute la valeur de l'interface, où les individus créent leurs rencontres (mot issu d'« encontre », in et contra, curieuse opposition I). Donc, le préconscient nous intéresse tous et ce que chaque « École» trouve là. Il fallait un chapitre sur la pulsion linguistique, exemplaire chez un patient qui « nous fait remarquer qu'on n'a peut-être pas suffisamment relevé que le langage, stricto sensu, apparaît à un âge précis: celui du plein développement de la phase anale dont il est synchrone ». Citons aussi: le langage, selon Cassirer, est « une nouvelle main ». 10

PRÉFACE

Chacun peut laisser son esprit vagabonder grâce à des images aussi physiquement nôtres. Avec son Lautréamont, Gaston Bachelard nous montrait dans Les chants de Maldoror un éveil en soi des sympathies musculaires, «une hygiène de la volonté pure », la sthénicité de l'impulsion verbale poétique. Accompagnons ainsi, en littérature, tout naturellement, le psychanalyste fasciné par Les mots de Jean-Paul Sartre. « Poulou », tel qu'il se décrit aux années d'enfance s'enfermait dans la bibliothèque du terrible grand-père Karl Schweitzer. «Nous préférons suivre l'Homme-Sartre quand il se penche sur son destin, sans le détour d'une élaboration abstraite» : à propos de ce texte, avec Jacques Chazaud, nous avons parlé d'iconoclasie, puis aussi de respect, à propos de cet enfant inventant sa liberté. « Philobate »... C'est-à-dire? Selon Michael Balint, un philobate «trouve sa forme de sécurité dans les espaces vides, dans l'indépendance et la compulsion à ne compter que sur soi» (cf. p. 120). Cette compulsion, quelques-uns l'assument, à tout prix : se faire reconnaître au risque de s'engager. Enfin, Freud et Nietzsche, et la créativité artistique: « une illusion qui se connaît comme telle », selon Jacques Chazaud. Ces zones «où le Surmoi est un avatar du Ça ». Parfois la beauté de l'inutile ou de la laideur. Métaphores et dialectiques: que chacun prête conscience aux études psychanalytiques. Je souhaite que beaucoup de lectrices et de lecteurs partagent cette rencontre dans les traverses freudiennes.

Jean-Claude

BENOIT

Il

INTRODUCTION

« La réalité, qui est la transition. »
H. BERGSON

Traverses freudiennes... «Essais de métapsychologie» aurait été plus exact; mais la lourdeur d'un tel titre n'est pas conforme à ma nature vagabonde qui préfère le risque et l'audace associative au théorique didactisé d'un conformisme sans surprise. « Freudaines », qui m'aurait facilement tenté, j'ai craint malgré tout qu'il ne heurte trop et laisse supposer que mon intention ne soit pas sérieuse. Au demeurant, le label était déjà pris par un volume de la « Série noire» alors que, je l'espère, rien dans ce recueil n'inspire l'angoisse pour autant que je cherche à en lever le suspense.
~

J'ai publié à ce jour une douzaine d'ouvrages sur des sujets relevant de la psychiatrie adulte et infantile, de la psychanalyse, des rapports entre la psychopathologie et les phénomènes culturels. Celui-ci est, je crois, fort différent. Il n'a pas été prémédité. Produit de l'incitation amicale de J.-C. Benoit, il réactualise des causeries, à l'exception près inédites, faites devant des publics de pairs, de collaborateurs, d'élèves, à leur demande déjà. Les reprendre pour partie me donne la bienheureuse illusion que j'aurai eu, un petit moment, une petite place dans le grand commerce des esprits. J'ose croire pourtant que ces contributions sélectionnées ont encore un avenir. En des styles variés, parfois familier, ailleurs surveillé, elles abordent des sujets graves qui mettent en jeu la praxis. Par sa présence patente ou latente, ici le «client », là le « patient », s'y trouvent référés. Rêve, hystérie, justice, appareil de l'âme, pulsion linguistique, esquissent les contours de sa présence insistante en autant de chapitres qui cheminent de clinique en théorie et de théorie en applications. De fait, à rétablir, comme il se doit, l'ordre 13

TRAVERSES FREUDIENNES

des choses, il est clair que la « psychanalyse clinique» n'est elle-même qu'une application, même si elle est originaire, même si elle est celle qui m'implique quotidiennement, de la psychanalyse générale. Celleci reste pour moi, cependant, une aventure en mouvement. Et cela justifie finalement mon titre. Je ne fais pas allusion, à travers lui, à mon «travers» partisan pour le freudisme. J'indique, concernant le champ analytique, mon allégeance à la définition du Dr Émile Littré:
« Traverses: ... chemin qu'il y a à faire d'un lieu à un autre... Route particulière... menant à un lieu auquel le grand chemin ne mène pas... en dehors de la voie directe, du courant ordinaire. »

Si l'on se souvient que Littré était positiviste, une telle référence devrait garantir que rien n'interdit, pour atteindre l'objectif, de sortir parfois des sentiers rebattus. Mais, aussi libre que se veuille la promenade, elle ne part de, ni n'aboutit, n'importe où. Retracer un parcours en révèle, ne serait-ce que dans un repérage après coup, la motion et le but. L'itinéraire se montre ici relier les stations du langage verbal et non verbal où s'entrecroisent les expressions de l'inconscient. Le premier chapitre trouve, dans le langage du rêve, un récit imagé de l'origine. Le second voit, dans le langage du symptôme, la mise en
jeu et en enjeu des mots autour du figuraI corporel.

te

troisième

envisage le crime comme un rêve d'action en perte de communication. Le quatrième chapitre situe, au lieu-dit du préconscient, la zone intermédiaire entre le langage acto-symbolique des représentationschoses et l'économie du verbe. Rêve, acte, symptôme, liaison, cela vaut, en contre-point du dit, que soit étudiée la nature de l'énergie qui se structure dans l'articulation signifiante: c'est l'objet du cinquième chapitre qui traite de la pulsion linguistique. Essai d'interprétation de récrit sartrien, le chapitre suivant voit le philosophe donner tout leur poids aux mots pour soutenir son projet de (re)création. Le septième et dernier chapitre apparaît moins évidemment lié au thème directeur, mais c'est qu'il y touche de façon proprement nodale: il n'y va pas 14

INTRODUCTION

moins que d'y confronter le principe dionysien du désir erratique au principe apollinien de la halte réflexive dans l'animation du Logos et dans la recherche d'un au-delà pacificateur des discours... Discours, discursif, ex-cursif, excursion... L'entreprise psychothérapique est bien celle de la traversée pro et disgressive du sens et de ses apparences. Puisse ici le lecteur l'entreprendre avec moi pour le plaisir. Printemps 1989.

15

1.

RÊVE, TRAUMATISME, NAISSANCE

« Si le monde est ma projection, il en va de même pour le devenir-conscient de cette projection, ma naissance. »
o. RANK, âgé de 20 ans, dans son Journal

Il existe, on le sait, deux interprétations du rêve chez Freud. Selon l'une, le rêve est la « tentative d'accomplissement d'un vœu (refoulé) ». Selon l'autre, avant que l'objectif du principe du plaisir puisse être réalisé, le rêve a d'abord une fonction économique. Il réalise la liaison de l'excès d'excitation traumatique. Cette dernière est alors déchargée par petites quantités fractionnées. Le rêve traumatique opère ainsi, par répétition, une liaison après coup de l'angoisse défaillante. Tandis que l'angoisse elle-même (celle qui a manqué pour entraîner la mise en œuvre des défenses contre l'envahissement traumatique) doit être considérée, à son tour, comme «symbole mnésique» d'un traumatisme. D'un traumatisme cette fois inaugural; précisément: celui de la naissance, dont l'angoisse apparaît comme un équivalent « hystérique somatique ». Deux autres remarques freudiennes doivent encore être prises en considération. La situation psychanalytique, réactualisant les traumatismes anciens, les fait entrer dans le cadre de la répétition dans la cure. On voit alors émerger le souvenir, ou la reprise, de séries de rêves traumatiques du passé. Sur un autre plan, Freud fait du sommeil (que vient troubler le rêve) une régression vers l'état prénatal. 17