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Trois essais pour une économie politique du 21e siècle

De
206 pages
Ce livre présente les résultats d'études quantitatives avancées dans le domaine des sciences politiques et économiques sur quatre problèmes majeurs de notre époque : 1) les effets de la mondialisation sur l'instabilité cyclique du capitalisme mondial, 2) ses effets négatifs sur le développement social mondial, 3) la tendance poussant le système mondial vers le conflit et la guerre, 4) l'exclusion sociale de groupes entiers de population, comme les musulmans d'Europe.
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Arno TAUSCH
Philippe JOURDON

Trois essais pour une économie
e
politique du 21 siècle

Questions contemporaines

Trois essais pour une économie
e
politique du 21 siècle

QuestionsContemporaines
Collection dirigée par J.P.Chagnollaud,
B. Péquignot etD. Rolland

Chômage, exclusion, globalisation… Jamais les « questions
contemporaines » n’ont été aussi nombreuses et aussi complexes à
appréhender. Le pari de la collection « QuestionsContemporaines » est
d’offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs,
militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées
neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.

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Maurice T. MASCHINO,CetteFrance qu’on ne peut plus aimer, 2011.
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La visée hégémonique de laChine, 2011.
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2011.
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construction autogestionnaire avec le dépérissement de l’État,2011.
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Comprendre pour décider, 2011.
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TheurietDireny,Idéologie de construction du territoire, 2010.
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Frédéric MAZIERES,Les contextes et les domaines d'interventions de
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Noël NEL,Pour un nouveau socialisme, 2010.
Jean-Louis MATHARAN,Histoire du sentiment d'appartenance en
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France.DuXIIsiècle à nos jours, 2010.
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Vincent TROVATO,Marie Madeleine.Des écrits canoniques auDa
VinciCode, 2010.

Arno TAUSCH
Philippe JOURDON

Trois essais pour une économie
e
politique du 21 siècle

Mondialisation, gouvernance mondiale,
marginalisation

L’Harmattan

© L’HARMATTAN, 2011
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-54400-0
EAN : 9782296544000

Présentation

Sommaire

7

(1) Polarisation sociale à l'ère de la
mondialisation : la pertinence
continue du modèle de la dépendance
quantitative. Modèle deBornschier
17

(2) Notre vingt-et-unième siècle
pourra-t-il stopper le cycle long de
guerre ? 61

(3)Exclusion sociale, Processus de
Lisbonne et Musulmans d’Europe105

Sources Internet

Bibliographie

Table desMatières

5

139

141

199

Ce livre est une invitation pour que les sciences sociales de
langue française se mettent d'accord, en termes quantitatifs, avec
trois des défis les plus urgents auxquels nous sommes confrontés
e
dès aujourd’huiau21 siècle–les effets sociaux et économiques
de la mondialisation, la question de l'instabilité du monde et la
gouvernance mondiale, et la question de la marginalisation en
Europe.

Trois grandes traditions théoriques et empiriques, qui ont
malheureusement été largement ignorées par les sciences sociales
du domaine rattaché au langage français, jouent un rôle clé dans
cette entreprise–l'application de l'approche du sociologue suisse
VolkerBornschierd'étudier les effets de la pénétration des
capitaux transnationaux à l'échelle mondiale, les études
scientifiques deJoshuaGoldstein(Etats-Unis) sur les liens entre
les cycles de guerre et les cycles économiques au sein du système
capitaliste mondial, et le riche potentiel du"European Social
Survey"[l'Enquête sociale européenne] pour étudier les effets de la
mondialisation enEurope.

Maintenant, au lieu d'écrire, comme tant d'autres, la énième
tirade contre la doctrine néolibérale, nous tenons à présenter un
processus d’exploration scientifique plus axiomatisé,celui d’un
système de l'entente mondiale empirique autour des processus en
cours.

L'Europe peut beaucoup apprendre de l'Amérique latine
(chapitre 1).Dans le chapitre 1, nous montrons enfin que la
crise actuelle de l'Europe n'est pas causée par ce qu’en disent
des termes de néolibéraux, un « manque d'ouverture
économique au monde » , mais plutôt bien au contraire par la
quantité énorme de mondialisation subie passivement par
l'Europe–en collaboration avec l'Amérique Latine–ces
dernières années.

Depuis la belle époque du capitalisme mondialisé et le «Siècle
de laPaix» s’étirant entre 1817 et1914, qui ont échoué
lamentablement dans la crise mondiale ultime, terrible, de
19141945, l'idée que la mondialisation, le progrès humain et le

7

capitalisme libéral allaient main dans la main, et que les
augmentations du commerce, des communications et des
investissements étrangers directs étaient les meilleurs et plus sûrs
moyens de garantir la paix, le bien-être et la prospérité d'un
nombre maximum d'habitants de notre planète, n'est pas allée
incontestée.La «GrandeTransformation » deKarlPolanyi (1944)
fut le véritable point de départ d'un débat sur « la gouvernance des
systèmes mondiaux » (chapitre 2).Polanyi a en effet été le premier
à montrer que le principe même de marché libéral était responsable
de la tendance centrale du système allant vers la guerre, si ce
système–mondial–est capitaliste.Et dans ces conditions, un tel
système n'est compatible à la fin ni avec le bien-être, ni avec la
paix ou la durabilité écologique à long terme.

Contrairement à la révolution léniniste de son époque,Polanyi a
prévu un système démocratique et réglementé combinant
l’économie de marché –mais pas la société de marché–et la
démocratie.Les œuvres d’auteurs telsSamirAmin,Fernando
HenriqueCardoso etRaulPrebisch ont à leur tour été largement
bien reçues dans le monde, et–en particulier auxÉtats-Unis
d'Amérique– les savants recourant à des méthodes d’explorations
quantitatives statistiques, ont repris l'idée suivant laquelle la
dépendance vis-à-vis des structures du centre, ne conduit pas
nécessairement vers un processus de développement à la fois
équilibré et réussi, dans chacune des périphéries du monde.

On peut craindre que l'Europe Occidentale tout comme
l’Europe Orientale, (de même quel’Amérique Latine, ainsi que
le Japon)–qui tous doivent leur ascension au sein de la société
mondiale, après 1945, à leurs stratégies de substitution aux
importations–deviennent les grands perdants de la
mondialisation, au cours des décennies à venir.Une ré-analyse des
données existantes pour les années 1990’montre clairement que
les gagnants et les perdants de la mondialisation seraient en effet
très inégalement répartis autour du globe.

Nous ne pouvons ici que souligner ce point, énoncé par
l'éminent stratège militaireUSGrayS.Colin, architecte de la

8

stratégie d'armement du présidentRonaldReagan, dans les années
1980’:

«La menace majeure, même si elle n'est pas nécessairement
déterminante, serait que la guerre interétatique sera forcément de
retouren même temps que nos peurs, si il venait à l’idée des
grandes puissances rivales de défier l'hégémonie américaine. Si
vous avez lu Thucydide, ouDonaldKagan,n’oubliez pas
l'influence mortelle et éternelle des trois motifs clefs conduisant à
la guerre : « la peur, l'honneur, l'intérêt ». » (Gray, 2005: 22-23)

Suite à un raisonnement inspiré par la théorie du système
mondial et entraînant des recommandations sur sa gouvernance,
« l'Occident » devrait tenter de s'accommoder le mieux possible
avec les aspirations légitimes des puissances montantes du monde
musulman, telles notamment que l'Indonésie, laTurquie, l'Arabie
Saoudite,l’Égypte, leBangladesh, laMalaisie, l'Algérie ou bien
encore leMaroc.Il n’yapas d'alternative à lapolitique d’adhésion
de laTurquie à l'UnionEuropéenne–à condition toutefois que la
Turquie respecte les conditions fixées, en conjoncture, en tendance
et dans le respect des critères moraux de la construction
européenne– et dans tous les cas il n’existeaucunealternative à
une politique européenne de voisinage avec les pays
méditerranéens, résolument confiante, amicale, attachée aux
objectifs du développement pour chacun et du bien-être pour tous.

Un argument important qui met en garde contre l'idée que
la gouvernance mondiale néolibérale induirait un bien-être
global, est le fait que le développement capitaliste est de nature
cyclique, avec de fortes fluctuations tous les 50 ans (chapitre 2).
Les cycles deKondratiev, il est vrai, résonnent un peu comme un
mot « sale » dans les professions de sciences sociales, commes’il
était ontologiquement lié à quelque « théorie de la dépendance ».
Néanmoins,nous nous permettrons d’initierune nouvelle tentative
sur l'étude de ces cycles, nous appuyant sur de nouvelles données
au sujet de la production industrielle mondiale, de 1740 jusqu'en
2004, situant ainsi l'analyse où il faut s'attendre àl’être dans le
monde : une recherche sur les systèmes, au niveau de l'économie
capitaliste mondiale toute entière.

9

Mais les littératures contemporaines massives et historiques
concernant ces « cycles »–ou, selon d’autres traditions
terminologiques, ces « vagues »–ne peuvent bien sûr toujours pas,
simplement, être négligées.

DmytriyevichNikolaïKondratiev (1892-1938) a travaillé à
l'Académie d'Agriculture, et auBusinessResearchInstitute à
Moscou.Il a analysé les prix de gros, puis les taux d'intérêt, ainsi
que les salaires et le commerce extérieur, au sein des principales
économies occidentales :États-Unis,Grande-Bretagne,Allemagne
etFrance.Enfin, il a aussi analysé les données sur la production et
la consommation de charbon, la fonte et le plomb.Il a ajusté les
chiffres de production pour tenir compte de la variation de
population, et utilisé une moyenne mobile (sur neuf ans) afin de
neutraliser le « bruit statistique ».

Le travail deNicolaïKondratiev, et la dimension de son
entreprise, ont bien fini par recevoir une reconnaissance
internationale méritée.Kondratievn’ajamais cédé à la pression
exercée sur lui par le régime stalinien de son temps visant à le faire
renoncer à ses idées, mais il fut tué en 1938, au goulag.Finalement
son pays d’origine, laRussie, a entièrement réhabilitéKondratiev.
Elle le considère comme un de ses plus grands chercheurs en
sciences sociales de tous les temps.Elle lui consacre désormais un
institut de recherche d'Etat à son nom afin de poursuivre ses
investigations scientifiques.

Les phases « down swing »–la crise, la dépression–du cycle
Kondratiev, se sont toujours révélées particulièrement graves au
sein de la périphérie russe du système mondial.Les hauts et les bas
de la réforme liée à la recentralisation cyclique de l'administration,
y apparaissent ainsi étroitement liés au cycle deKondratiev.Les
fluctuations cycliques de la périphérie sont de loin plus marquées
que dans leCentre, les dépressions y sont plus sévères.Le niveau
d'inégalité est historiquement plus élevé dans la périphérie qu'au
centre, mais l'inégalité finit par augmenter aussi dans « les
centres ».Ces éléments de comparaisons nous invitent clairement à
considérer trois tendances :

10

a) d'abord, une croissance plus rapide dans les périphéries au cours
de la phaseB, qui est le début du cycle deKondratiev
b) puis, une dépression plus sévère dans les périphéries que dans le
Centre
c) enfin, la périphérie connaît une reprise plus tardive

La logique même des processus industriels et des innovations
de base, et les modèles de société qui y sont reliés, suggèrent la
conception des fluctuations cycliques dans des théories plus
générales du développement (Amin, 1997).Hauts fourneaux et
autres éléments importants du processus industriel, aussi, ont un
certain cycle de vie, comparable au cycle deJuglar (une dizaine
d’années)et à celui deKuznets (génération de capital), tout comme
les innovations techniques sont éparpillés dans un mode non
aléatoire le long du temps, qui coïnciderait quant-à-lui avec le
cycle deKondratiev (Bornschier, 1988 et 1995, pour un résumé
très completScandella, 1998).Il y a des instabilités à court terme
d'une durée de 3 à 5 ans (cyclesKitchin), 8-11 ans (cyclesJuglar),
18-22 ans (vagues deKuznets), et à plus long terme encore, 40-60
années les « ondes » deKondratiev.Le schéma suivant pourrait
donc être proposé, à la lumière de la tradition issue de la théorie de
Schumpeter (Scandella, 1998).Le capitalisme mondial depuis
1740 aurait eu, selon nous, des cycles suivants deKuznets (nos
calculs sont basés sur les taux non transformés de la croissance
mondiale de la production industrielle, de 1740 à 2004), suivant
mathématiquement des expressions polynômiales d'ordre 6 (selon
des dérivées sixièmes) :

1741-1756;R^ 2 = 23,5%
1756-1774;R^ 2 = 36,1%
1774-1793;R^ 2 = 34,8%
1793-1812;R^ 2 = 39,7%
1812-1832;R^ 2 = 16.4%
1832-1862;R^ 2 = 25,7%
1862-1885;R^ 2 = 36,3%
1885-1908;R^ 2 = 56,2%
1908-1932;R^ 2 = 44,2%
1932-1958;R^ 2 = 19.1%

11

1958-1975;R^ 2 = 60,9%
1975-1992;R^ 2 = 75,8%

Nous avons eu tendance à analyser la période entre 1756 et
er
1832 comme le 1 cycle deKondratiev de l'ère industrielle, la
e
période entre 1832 et 1885 le 2 cycle deKondratiev, la période
e
entre 1885 et 1932 le 3 cycle deKondratiev, et la période entre
1932 et 1975 en tant que 4e cycleKondratiev.Ainsi, selon cette
ème
logique, nous sommes maintenant dans la dépression du 5 cycle
Kondratiev de l'ère industrielle.

SelonBornschier, les phases suivantes sont présentes dans
leKcycle :

9
9
9
9
9
9

reprise
prospérité
prospérité relative (malgré la récession)
crise
récupération temporaire
dépression

Pour nous, 1756, 1832, 1885, 1932 et 1975 apparaissent comme
les vrais débuts des nouvelles vaguesKondratiev, tandis que 1756,
1774, 1793, 1812, 1832, 1862, 1885, 1908, 1932, 1958, 1975 et
1992 signent les points de retournement (les creux) des cycles de
Kuznets.

Mais une des fonctionnalités les plus intrigantes du capitalisme
contemporain reste que les phases d'expansion vigoureuse ont
besoin d'être soutenues par un bien nouvel ordre politique mondial,
hégémonique et bien organisé, alors que la force de la baisse
d'activité, et la sévérité des dépressions, sont au contraire toujours
fonction décroissante de l’ordrepolitique mondial.On a
l’impression d’un petit navire, au milieu d’une mer agitée, avec des
vagues issues de marées très fortes et qui poussent le navire le plus
loin des côtes.Toutes les dépressions majeures dans le système
mondial ont été de fait des phases de transition hégémonique.

12

Toutes ces crises majeures ont ainsi présenté le caractère de ce que
nous appellerons un « tsunami » de la politique mondiale, lié à de
terribles bouleversements sociaux, telles les dépressions et les
survenues de guerres de forteamplitude, voire, d’amplitude
dévastatrice.Ainsi le grand krach du début des années 1340, a
marqué le début de l'ère génoise (selonArrighi) oul’âge portugais
et génois (d’aprèsModelski)… le krach desannées 1560a marqué
le début de l'ère néerlandaise, la dépression des années 1750 et
1760 marquait le début de l'ère britannique, et laGrande
Dépression des années 1930 enfin, a été la crise terminale de la
domination du monde britannique capitaliste (Arrighi, 1995).

Pour la première fois dans la littérature en science sociale de
langue française, nous expliquons l'interconnexion entre ces deux
mondes… lemonde de la politique, et celui des vagues
économiques du type « tsunami » : d'une façon plus systématique.

En ré-analysant les dernières données scientifiques disponibles
sur les conflits (nombres de morts au combat lors de toutes les
guerres les plus importantes,Goldstein, 1988 etUNODI/PRIOR,
2005) de 1495 à 2002, et en tant que données de l'ONUDIencore
inédites sur la croissance de la production industrielle mondiale de
1740 à 2004, il est démontré que le long « des balançoires » de
Kuznets, et au long des cycles deKondratiev du développement
capitaliste mondial, qui jouent un rôle important dans l'analyse de
la guerre mondiale depuis 1495, le phénomène étudié est toujours
présent après la fin du système communiste.Et l'instabilité, et non
pas la stabilité, caractérise l'économie mondiale.Les formes en
«W» de la répétition du conflit mondial, depuis 1495 ne se sont
pas achevées par la fin de la guerre froide.Les hégémonies
globales qui se succédant caractérisent le fonctionnement du
capitalisme mondial, existent toujours, et à chaque fois trouvent
leurs fins en étant remplacées par de nouvelles.

Alors, où en sommes-nousaujourd’hui?En 1870 ? 1913 ?
1938 ?La théorie du système mondial est emplie de spéculations
au sujet de l'avenir, et beaucoupd’auteurs étudiant le système

13

mondial estiment élevée laprobabilité de survenance d’une guerre
mondiale aux alentours de 2020 ou 2030.

«Dans mon livre datant de 1988, j'ai signalé la période autour
des années 2020 comme une zone de danger potentiel, et cette
perspective continue de m’inquiéter ». (Goldstein, 2005 : 8)

Leleadershipde la politique américaine sur la politique
mondiale a diminué.Cela suggère que l'ère de la puissance
mondiale dominée par lesÉtats-Unis, créée depuis 1945, arrive
certainement proche de sa fin.Notre époque serait alors semblable
à celle de 1850 à 1878, caractérisée par la dé-légitimation de la
direction britannique, puis par la déconcentration du système
international et l'ère des coalitions entre 1878-1914… cette
dernière s'est terminée, comme nous le savons tous trop bien, dans
la catastrophe de 1914.

Le chapitre final (3) met en lumière la question de
« l'intégration des musulmans » enEurope, du point de vue récent
de l'intégration sociale des non-ressortissants de l'UE, proposé par
laCommission européenne (2007).Bien qu'il existe de plus en
plus un débat sans fin surl’Islam, l'islamisme, le terrorisme
islamiste et l'identité de l'Europe face aux communautés
musulmanes vivant sur son sol, il n'existe quasiment aucunes
données transversales à partir de données nationales,
concernant la portée réelle de la menace islamiste qui
attendrait l’Europe,ni sur les conditions sociales qui
conduisent ou peuvent conduire au radicalisme islamiste.Nos
résultats quantitatifs rigoureux, basés sur l'utilisation systématique
des données se rapportant à la communauté musulmane, contenues
dans la très sérieuse «EuropeanSocialSurvey » [EnquêteSociale
Européenne] (ESS), soutiennent l’approchesocio-libérale attachée
à prendre au sérieux les termes de « migration » et « intégration »,
jamais sans rapport l’unavec l’autre, cecien contradiction notoire
avec le discours politique actuel très alarmiste actuellement
répandu enEurope occidentale.

Nos matériaux actuels, fondés sur l'ESS, apportent un soutien
fort à l'hypothèse que le soutien passif jouant pour le radicalisme

14

islamiste enEurope, et la méfiance complète dans la démocratie
qui lui est généralement assortie, ne doit probablement pas excéder
400.000 personnes.Aussi regrettable que l'extrémisme islamiste en
Europe pourrait être, c'est une manière loin d'être aussi alarmiste
que celle qui présente "l'islam" enEurope en tant que telle comme
incompatible avec l'avenir de la démocratie.

Nous constatons également quel’aliénation économique et
sociale des musulmans enEurope correspond largement à des
carences avérées danslamise en œuvreà ce jour du processus de
Lisbonne.

Nous partageons l'analyse du diplomate américainTimothyM.
Savage, selon lequel les décideurs européens ont complètement
omis d'aborder la détresse sociale de larges couches (5%
aujourd’hui, et 20% prévisibles en 2050)de la population
européenne, que constituent les musulmans résidant enEurope
occidentale.Cependant, le message fondamental de la présente
publication est qu’une politique prospective quiadhèrede fait aux
objectifs fixés par le processus deLisbonne, avec ses exigences
d'une politique axée sur la cohésion sociale, sera parfaitement en
mesure de répondre aux questions fondamentales de l'intégration.

Inutile de dire ici que la pauvreté, de grande envergure, et hélas
aussi en croissance, de la population musulmane enEurope,
apparaîtrait carrément en contradiction avec les principes essentiels
du processus deLisbonne qui vise, comme il est bien connu, une
élévation de la croissance économique à un taux de 3 pour cent par
an,ceciafin d’accroître l'emploi et pouvoir lutter contre le
chômage, réduire l'exclusion sociale et la pauvreté, et améliorer
l'environnement.

Àcommencer par l'héritage du professeurHaroldDwight
Lasswell (13Février 1902 à 18Décembre 1978), scientifique
américain, leader politique et théoricien des communications : on
définit la politique comme « qui obtient quoi, quand, où et
comment », et les communications comme « qui le dit (who says),
dit quoi (what), à qui, par quel canal, avec quel effet ».En gardant
à l'esprit que nous,Européens, devons le mot « algèbre » à la

15

culture musulmane et à la langue arabe, notre objectif sera de
présenter des matériaux solides–quantitatifs–sur une question
provoquant actuellement de vifs débats politiques enEurope.Notre
but est de nous poser la question en termes quantitatifs : de ce que
les musulmans enEurope pensent, et de ce qu'ils reçoivent, à partir
des systèmes politiques–et avec quels effets ?

Nous utilisons l'instrument puissant de l'EnquêteSociale
Européenne pour la première fois afin d'étudier la situation des
communautés musulmanes enEurope.L'ESS, financée par la
Commission européenne, avec lesEtats nationaux comme
Co-partenaires, est la clé en matière de sciences sociales, pour la
collecte des données communautaires–en dehors des habituels
Eurostat et recueil de donnéesEurobaromètre.Les données brutes
sont ainsi disponibles gratuitement sur l'Internet, et peuvent être
téléchargées avec les logiciels statistiquesSAS, ou lesSPSS
avancées.

16

(1) Polarisation sociale à l'ère de la
mondialisation : la pertinence
continue du modèle de la dépendance
quantitative. Modèle deBornschier

Bien que la sociologie française a longuement débattu la question
de la mondialisation, il est surprenant de constater que, jusqu'à ce
jour, et à toutes fins utiles, elle a négligé la tentative internationale
la plus cohérente pour mesurer quantitativement et étudier les
effets de la pénétration du capital transnational sur le
développement économique et social des pays d'accueil, proposée
par le sociologue suisse VolkerBornschier, dès les années 1980.
Notre article analyse les estimations duFMIconcernant la
croissance économique actuelle dans 180 pays (FMI, 2009), plus
neuf autres indicateurs clefs du développement social mondial
actuel.Il montre la pertinence de cette approche deBornschier par
1
la pénétration des sociétés multinationales–MNC–(1976, 1980,
1981, 1982, 1983, 2002),Bornschier /Ballmer-Cao (1979),
Bornschier /Chase-Dunn (1985),Bornschier /Chase-Dunn /
Rubinson (1978).Notre article montre les effets significatifs de
pénétration desMNCpour la mortalité maternelle ajustée, la
croissance économique 1990-2005, la survie des femmes à 65 ans,
l'indice de compétitivité mondiale, les prévisions de croissance
économique pour 2010 (FMI), l'inégalité, la mortalité infantile,
l'espérance de vie, la mortalité infantile en dessous de l’âge de
cinq ans et le chômage.Ainsi que l’a correctement prédit
Bornschier, la pénétration desMNCreflète la puissance, que les
oligopoles transnationaux exercent sur les économies locales,
apportant des effets négatifs sur les performances sociales des

1
MNC:MultinationalCorporation.

pays accueillant la pénétration des capitaux transnationaux, tout
en affectant positivement la croissance économique dans le cycle
économique précédent 1990-2005 et également la compétitivité
économique mondiale.Aujourd'hui, la polarisation sociale et la
stagnation augmentent, comme conséquences du modèle de
développement basé sur la pénétration élevée desMNC.

1. INTRODUCTION

La profondeur de la crise économique mondiale actuelle,
notamment dans la région euro-atlantique-nord de notre globe, et
l'apparent revirement dans le centre de gravitation de l'économie
mondiale, s’éloignant de l'Atlantique tout en s’approchant de
l'océanIndien et de l'océanPacifique, renouvellent l'intérêt pour les
modèles centre-périphérie dans la tradition dePrebisch (1950,
1983, 1988) pour les théories de la dépendance dans la tradition
d’auteurs tels queCardoso (1977,1979),Cardoso /Faletto (1971),
Furtado (1963, 1964, 1976, 1983),Sunkel (1966, 1973, 1978),
ainsi que pour la recherche quantitative inspirée par ces théories, à
savoir :Galtung (1971),Sunkel (1973), et plus tard,
Chase-Dunn (1975),Bornschier /Chase-Dunn /Rubinson (1978),
etBornschier /Ballmer-Cao (1979).Tous ces théoriciens ont fait
valoir que les rapports de dépendance bloquent la croissance
économique à long terme et amènent un développement
socialement déséquilibré, malgré les courtes poussées de
croissance économique.

Du point de vue européen, surtout dans uneUnion européenne
élargie, qui compte désormais 27 pays, beaucoup d'entre eux avec
un profil typique de ce que la science sociale latino-américaine
classique pourrait appeler une « semi-périphérie » la question
fondamentale est de savoir si l'insertion dépendante dans
l'économie mondiale est encore une recette générale valable pour
un développement sain et efficace ?Ou bien y a-t’il une leçon à
tirer de l'expérience de la périphérie et de la semi-périphérie du
monde, ainsi que de la recherche quantitative classique sur la
dépendance, qui a été généralement critique vis-à-vis des effets de
polarisation sociale à long terme dus aux rapports de dépendance ?
Dans un « non-papier » récent proposé par la présidence suédoise
de l’UE, en 2009, nous lisons ce qui suit :

«Le commerce et l'intégration économique, combinés avec les
nouvelles technologies, rapprochent les nouveaux marchés, les
concurrents et les partenaires commerciaux.Ils aident à diminuer
la pauvreté, promouvoir les valeurs démocratiques et accroître la

19