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Troubles mentaux et interprétations informatiques

De
225 pages
L'informatique envahit notre vie quotidienne, contribue à son accélération, et modifie les relations interhumaines. Cet ouvrage montre qu'une rencontre fructueuse est possible entre la clinique psychiatrique et l'informatique. Ces apports qui dépassent les seuls aspects techniques, permettent de mieux préciser les rapports de l'esprit et de ses automatismes, les risques encourus en se soumettant aveuglément à ces derniers, et les moyens d'y remédier.
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TROUBLES MENTAUX

ET

INTERPRÉTATIONS INFORMATIQUES

Contribution à l’étude du fonctionnement psychique

Psychanalyse et Civilisations Série Trouvailles et Retrouvailles dirigée par Jacques Chazaud Renouer avec les grandes œuvres, les grands thèmes, les grands moments, les grands débats de la Psychopathologie, de la Psychologie, de la Psychanalyse, telle est la finalité de cette série qui entend maintenir l’exigence de préserver, dans ces provinces de la Culture et des Sciences Humaines, la trace des origines. Mais place sera également donnée à des Essais montrant, dans leur perspective historique, l’impact d’ouverture et le potentiel de développement des grandes doctrines qui, pour faire date, continuent de nous faire signe et nous donnent la ressource nécessaire pour affronter les problèmes présents et à venir. Dernières parutions W. D. WHITNEY, La vie du langage, 2010. N. VASCHIDE, Le sommeil et les rêves, 2010. É. BOUTROUX, William James, 2010. M. DE FLEURY, Les fous, les pauvres fous et la sagesse qu’ils enseignent, 2010. H. MAUDSLEY, Le crime et la folie, 2009. P. MARCHAIS, L’esprit. Essai sur l’unité paradoxale des flux énergétiques de la dynamique psychique, 2009. L. GOLDSTEINAS, Du diagnostic en clinique psychiatrique : essai d’une approche des nouvelles disciplines, 2008. W. BECHTEREW, L’activité psychique et la vie, 2008. H. DELACROIX, Les grandes formes de la vie mentale, 2008. A. LEMOINE, L’aliéné, 2008. C. POIREL, La neurophilosophie et la question de l’être, 2008. P. JANET, Les névroses, 2008. M. HIRSCHFELD, Anomalies et perversions sexuelles, 2007. C. DAVIRON, Elles. Les femmes dans l’œuvre de Jean Genet, 2007. J. POSTEL, Éléments pour une histoire de la psychiatrie occidentale, 2007. Dr DUBOIS, Les psychonévroses et leur traitement moral, 2007.

Pierre MARCHAIS et Alain CARDON

TROUBLES MENTAUX ET
INTERPRÉTATIONS INFORMATIQUES

Contribution à l’étude du fonctionnement psychique

L’HARMATTAN

OUVRAGES DE PIERRE MARCHAIS Psychopathologie en pratique médicale. Voies d’entrée. Thérapeutique. Paris, Masson, 1964. Les Processus névrotiques. Paris, L’Expansion scientifique, 1968. Glossaire de Psychiatrie. Paris, Masson, 1970 (Prix Bordin de l’Académie Française). Psychiatrie et Méthodologie. Paris, Masson, 1970 (Prix Ritti de l’Académie de Médecine). Introduction à la psychiatrie théorique. Paris, Masson, 1971. Psychiatrie de synthèse. Paris, Masson, 1973. Métapsychiatrie. Paris, Masson, 1974. Magie et mythe en psychiatrie. Paris, Masson, 1977. Les Processus psychopathologiques de l’adulte. Toulouse, Privat, 1981. Les Mouvances psychopathologiques. Essai de psychiatrie dynamique. Toulouse, Erès, 1983. Permanence et relativité du trouble mental (participation d’A. Randrup). Toulouse, Privat, 1986. Le Phénomène moral (avec la participation d’A. Randrup). Toulouse, Privat, 1989. Le Nouvel esprit psychiatrique (avec la participation d’A. Randrup). Paris, Frison-Roche, 1996. Le Processus de connaissance (avec la participation de J.-B. Grize). Paris, Frison-Roche, 2000. L’Activité psychique. Paris, L’Harmattan, 2003. La Conscience humaine. Paris, L’Harmattan, 2007. L’Esprit. Paris, L‘Harmattan, 2009. En traduction italienne : Métapsichiatria. Roma, Il Pensiero scientifico. 1976 (Trad. L. Gentille). En traduction portugaise : Introducao a una methodologia geral em psiquiatria. Rio de Janeiro, Brazil, Édit. Roche. 1982 (Trad. Luiza Lahmeyer Leite Ribeiro et Angela-Maria Bastos-Alves). Modelos operatorios em psicopatologia. Rio de Janeiro, Brazil, Édit. Roche. 1983 (Trad. AngelaMaria Bastos-Alves). En traduction espagnole : Procesos psicopatologicos del adulto. Mexico, Pr. Med. Mex. S.A., 1985 (Trad. Pérez-Rincon). En traduction japonaise : Seishin Katsudo. Tokyo, Sozo Syuppan, 2010 (Trad. Toshiro Fujimoto). Ouvrages collectifs: Dictionnaire français de Médecine et de Biologie. Paris, Masson, 1970. Logique, discours et pensée. Mélanges offert à Jean-Blaise Grize. Berne, P. Lang, Suisse, 1997. La lecture du monde. Livre d’hommages à Yves Pélicier. Paris, PUF, 1998. La Psychopathologie et la philosophie de l’esprit au Salon. Paris, L’Harmattan, 2001.

OUVRAGES D’ALAIN CARDON

Introduction à l’algorithme et à la programmation (avec C. Charras). Ellipses, Paris, 1996. Conscience artificielle et systèmes adaptatifs. Paris, Eyrolles, 2000. http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2001/mar/a_cardon.html Initiation à l’algorithme objet : modélisation en UML et exemple en Java et C++ (avec C. Dabancourt). Paris, Eyrolles, 2001. Entre science et intuition : la conscience artificielle (avec J.-P. Baquiast). Automates Intelligents, 2003. http://www.automatesintelligents.com/collection/entreseti.html Modéliser et concevoir une machine pensante - Approche de la conscience artificielle. Paris, Vuibert, 2004. Prix AFISI 2004. http://www.automatesintelligents.com/collection/cardon1.html La complexité organisée. Systèmes adaptatifs et champ organisationnel. Paris, Hermès-Lavoisier, 2005. http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2005/fev/complexite.html

© L'HARMATTAN, 2010 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12708-1 EAN : 9782296127081

Avertissement

« Il ne faut pas se méconnaître : nous sommes automate autant qu’esprit ; et de là vient que l’instrument par lequel la persuasion se fait n’est pas la seule démonstration... ». Blaise Pascal (Pensées, 470)

Cet ouvrage est le second volet d’une recherche concernant les rapports de l’informatique avec la clinique des troubles mentaux et le fonctionnement de l’appareil psychique1. La rencontre de ces deux disciplines de nature différente soulève en réalité de nombreuses difficultés. Notamment, son étude peut se faire selon deux modes différents. Le premier est une perspective pluridisciplinaire qui incite à appliquer directement l’informatique classique aux troubles mentaux apparents pour les transcrire sans tenir compte de leurs particularités constitutives ; les différences de nature avec la clinique ne peuvent alors que limiter l’intérêt et la validité de telles données. Le second consiste à adopter une perspective interdisciplinaire qui tente d’adapter l’informatique aux particularités dynamiques apparentes et cachées du psychisme humain. Il convient alors de conjuguer la

1

Le premier volet de cette étude concerne une modélisation informatique du système

psychique. Il est traité par Alain Cardon dans un ouvrage intitulé : « Système psychique artificiel. Modélisation constructible. Préface de P. Marchais » (11).

9

clinique et l’informatique pour constituer un mode de connaissance mixte, ago-antagoniste, qui harmonise leurs démarches, afin de mieux pénétrer dans le fonctionnement psychique. Cette approche ne peut alors que retentir sur chacune de ces disciplines (11, 32, 38). C’est cette seconde perspective, plus difficile à suivre mais nettement plus enrichissante, que nous avons retenue pour cet ouvrage. Pour tenter de la rendre plus aisément compréhensible, nous avons schématisé les données cliniques et rappelé seulement les grandes lignes de la démarche informatique qui a déjà été précisée par ailleurs, le but de ce second ouvrage étant d’orienter une nouvelle lecture rationnelle du fonctionnement psychique normal et pathologique. * * *

La clinique et l’informatique abordent de nos jours la complexité de la pensée humaine et ses troubles avec des résultats susceptibles de retenir l’attention. Néanmoins, de nombreuses questions se posent. Comment procéder ? Convient-il d’associer indistinctement la clinique et l’informatique ou dans quel ordre ? Faut-il les maintenir en leur état actuel ou les modifier ? Que convient-il de retenir ou d’écarter en chacune d’elles ? Quelles certitudes en avoir ? Quels effets espérer sur la connaissance ? Quel est leur retentissement mutuel ? Autant de questions aux réponses, nullement évidentes a priori, qui remettent en cause à la fois le monde réel et le monde virtuel, ainsi que leurs rapports. Un profond débat surgit alors, introduisant d’innombrables interrogations d’ordre psychologique, psychopathologique, technique, informatique, logique, mathématique, physique, philosophique, sociologique, et même éthique, qui nous plongent d’emblée au coeur de l’interdisciplinarité. L’homme est dès lors renvoyé ipso facto aux sources 10

de sa pensée, de ses propres connaissances, et à l’idée qu’il se fait de sa destinée. Afin d’éviter toute méprise ou toute réaction de rejet a priori, précisons d’emblée qu’il ne s’agit pas d’évoquer ici une quelconque science-fiction qui identifierait l’homme à la machine, ou une simple simulation théorique du psychisme humain, à l’image d’une machine de Turing à l’aide d’entrées-sorties préalablement établies. Il s’agit de développer une étude interdisciplinaire à partir de règles permettant à ces disciplines de se rencontrer. Or, l’expérience nous a montré que ceci peut se faire par l’intermédiaire d’une approche clinique logique nouvelle et d’un système générateur de pensée artificielle pour en rapprocher les données respectives, tout en en précisant les différences. Une reformulation logique de la clinique, entreprise depuis une quarantaine d’années à l’aide de la méthode systémale, nous a permis un tel rapprochement. Elle fait surgir des processus et des modèles en bien des points comparables à ceux qui sont élaborés en informatique constructiviste. La mise au point d’un système psychique artificiel par Alain Cardon incite ainsi à rapprocher ses données de cette clinique et à envisager ses éventuelles transcriptions informatiques. Il est à souligner que l’informatique est ici conçue comme la science du calculable, qu’elle est vue, au niveau minimal des calculs, comme l'activité de nuées de processus contrôlables en temps réel dans une architecture très spécifique. L’analyse d’un tel rapprochement suppose évidemment l’élaboration de modèles cliniques et informatiques susceptibles d’être confrontés. Or, l’assimilation ou l’intégration de ces modèles n’est pas évidente a priori, puisque ceux-ci ne sont pas de même nature et se rapportent à des phénomènes différents. Rappelons que la clinique part des réalités observées pour en extraire des modèles par une suite d’analyses comparatives et différentielles, révélant des propriétés 11

invariantes ; l’informatique part de notions théoriques concernant des agents logiciels proactifs pour reconstituer un système artificiel de pensée par des modèles calculables, conçus d’un point de vue constructiviste. Leurs démarches sont donc croisées, mais elles se sont avérées capables d’enrichissements respectifs. Dans les deux cas, l’objectif a été de pouvoir reconstituer une modélisation du fonctionnement psychique qui réponde à la fois à une certaine réalité automatisée et vécue. Cette double approche vise ainsi, d’une part, une amélioration progressive de l’observation du psychisme humain et de ses troubles en cherchant à délivrer le clinicien de conceptions préalables limitées, et, d’autre part, une validation des simulations nées du fonctionnement d’un système informatique original pour assurer son propre cheminement. La clinique des troubles mentaux conduit ainsi à admettre le rôle de processus automatisés par l’extraction d’invariants fonctionnels organisés, orientés par une force énergétique qui les active et les vivifie (25-28). L’informatique, conçue à la fois comme une science et une technique, permet d’envisager un système autonome de processus de pensées artificielles, construction dynamique centrée sur une « sensation de penser » débouchant sur un esprit artificiel (7, 9). Cette rencontre n’est d’ailleurs pas sans rappeler la pensée de Blaise Pascal stipulant que l’homme est à la fois automate et esprit (39). Or, une telle symbiose semble de nos jours pouvoir se préciser et se réaliser tout au moins partiellement. La stratégie utilisée pour cette étude vise donc le rapprochement de processus intégratifs isolés tant par la clinique que par l’informatique. Les modèles élaborés incitent au repérage de similitudes. Ces dernières permettent enfin une extraction de données interdisciplinaires susceptibles d’affiner les données des disciplines concernées tout en en soulignant les spécificités (Figure 1). 12

INFORMATIQUE

Données

CLINIQUE

interdisciplinaires Mise en Différences et similitudes processus entre modèles

STRATÉGIE D’ÉTUDE INTERDISCIPLINAIRE

Figure 1 Au delà de différences phénoménologiques et herméneutiques certaines, ces deux courants de connaissance, loin de s’exclure, peuvent néanmoins s’enrichir et se renforcer l’un l’autre par les analogies étroites qui en résultent. À défaut d’identité possible pour un système naturel et un système artificiel, cet ouvrage devrait donc inciter à progresser dans la connaissance des dysfonctionnements psychiques par des réalisations techniques nouvelles, et conduire à une réflexion plus approfondie sur la nature de la pensée. Tels sont, au delà des avancées cliniques et des performances informatiques d’ores et déjà réalisées, le sens et les limites de ce travail. * * *

Le plan de cet ouvrage vise donc à mettre en parallèle les nouvelles données d’une clinique et d’une informatique constructiviste, afin d’en saisir les rapprochements et les différences, permettant ainsi de mieux préciser la nature des troubles mentaux et du fonctionnement psychique. 13

Il comporte quatre chapitres. Le premier concerne un rappel des outils utilisés, tant théoriques que pratiques. Ainsi nous évoquons, d’une part pour la clinique, la méthode systémale, mode original d’analyse clinique et de synthèse que nous avons affinée depuis une trentaine d’années, et, d’autre part pour l’informatique, le système générateur de pensées artificielles spécifiant la perspective constructiviste d’Alain Cardon (1, 3). Le deuxième chapitre envisage, sur un mode objectivable élémentaire, des troubles mentaux relativement superficiels qui forment les troubles névrotiques classiques. Ils sont reformulés en processus isolés ou complexes, et transcrits par des modélisations informatiques. Le troisième chapitre évoque de la même façon des modélisations cliniques pour les troubles plus profonds que constituent les principaux états psychotiques classiques. Ceux-ci sont également conçus en processus isolés ou complexes et interprétés sur un mode informatique. Le quatrième chapitre souligne les nombreuses conséquences de cette double démarche simplificatrice et en rappelle les diverses étapes. Non seulement cette démarche permet de préciser les infrastructures automatisées des troubles mentaux et du fonctionnement psychique, mais elle incite aussi à mieux prendre conscience de la nature de l’esprit qui anime la pensée naturelle et une pensée artificielle tout en permettant de les distinguer. Une conclusion évoque l’importance des effets ago-antagonistes de cette approche. Ils se retrouvent non seulement dans l’étude clinique de la pathologie mentale, mais aussi dans le fonctionnement du système psychique à tous ses niveaux d’organisation, dans ses propriétés intrinsèques et ses diverses productions. * * 14 *

Cette rencontre s’inscrit ainsi dans une voie interdisciplinaire. Et si elle est le fruit d’une longue et fructueuse collaboration avec notre ami Alain Cardon, nous ne saurions passer sous silence le rôle des liens multiples établis avec des chercheurs et collègues qui nous ont aidé en amont à la réalisation de ce projet. Nous pensons particulièrement à notre regretté ami Axel Randrup biochimiste au Sct Hans Hospital à Roskilde au Danemark, Présidentfondateur du Centre international de recherche interdisciplinaire en psychiatrie - avec lequel nous avions entrepris les applications de la méthode systémale. Celle-ci avait été assurée par des démarches logicomathématiques avec l’aide du Professeur Jean-Blaise Grize de l’Université de Neuchâtel en Suisse, et développée ensuite ces dernières années par des emprunts à la théorie des catégories, notamment aux travaux du Professeur Andrée Ehresmann, de Jean-Paul Vanbremeersch et de René Guitart. Face aux automatismes impersonnels de la pensée humaine, elle ne pouvait évidemment ignorer une orientation éthique indispensable qui fut approfondie lors de nombreux échanges avec nos regrettés amis René Largement et Robert Prévost, ainsi qu’avec le Professeur Adrien Demoustier. Notre détermination à développer cette voie interdisciplinaire a été en outre renforcée par le soutien appréciable et constructif de nos collègues Claude-Jacques Blanc, Jacques Birenbaum, Robert Palem, et du Professeur Toshiro Fujimoto de Tokyo, ainsi que par la rencontre avec les dynamiques structurelles d’œuvres artistiques, notamment celles du sculpteur Jean Campa qui a d’ailleurs illustré nos derniers ouvrages. Enfin, nous exprimons nos sincères remerciements au Docteur Jacques Chazaud pour son soutien éditorial à nos travaux sur le fonctionnement psychique. Que tous ces chercheurs et amis veuillent bien trouver ici l’expression de notre plus vive reconnaissance. P. M. 15

INTRODUCTION

Cet ouvrage est le fruit d’une perspective interdisciplinaire qui tente d’établir des ponts entre la clinique et l’informatique. Son objectif est de permettre une rencontre entre les troubles mentaux et les dysfonctionnements d’un système psychique artificiel, afin d’apprécier leurs éventuelles relations, sans pour autant les confondre. Par suite, il conduit à une meilleure saisie de la nature du fonctionnement psychique. Toutefois, la clinique se heurte à la complexité du psychisme, à la subjectivité d’autrui, à l’intersubjectivité, aux difficultés d’application des démarches peuvent donc l’observateur à sécheresse de logiques aux phénomènes vécus ; tous ces facteurs ne que limiter la connaissance du réel et contraindre des approximations. L’informatique, de son côté, par la ses automatismes ne permet apparemment qu’une

simulation approchée du vécu holistique, mouvant et sensible du sujet, et ne peut être a priori que réductrice. Il convient donc de préciser ce terrain de rencontre et les conditions requises à cet effet, avant de pouvoir effectuer cette confrontation entre les dysfonctionnements de la pensée humaine et ceux d’une production artificielle visant à la reproduire2. Le terrain de rencontre La clinique et l’informatique ne relèvent pas du même ordre de réalité. Rien n’autorise donc a priori de postuler que le fonctionnement d’un système artificiel puisse être similaire à celui d’un système naturel. Aborder leurs rapports reste en fait un délicat problème à résoudre, les

2

Toutes les interprétations informatiques des troubles mentaux dans cet ouvrage ont été

conçues et rédigées par A. Cardon.

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corpus des systèmes envisagés et les moyens d’investigation n’étant pas de même nature. Tout au plus est-il possible de tenter une saisie des phénomènes qui concernent aussi bien le fonctionnement psychique que celui d’un système artificiel. L’appropriation du réel peut alors se faire de deux façons différentes et complémentaires, soit de façon directe quelque peu naïve, soit sur un mode indirect en recourant à une dérivation par l’intermédiaire du monde virtuel. En effet, l’observateur peut déjà essayer de saisir directement, sur un mode sensible, les objets qui l’entourent, ou les conduites à partir de leurs aspects apparents. Cette appropriation fait alors appel aux capacités naturelles du système neural qui se réalisent notamment par l’intermédiaire des neurones-miroirs (42), oubliant souvent que ce réel reste en fait voilé, sinon caché. Elle peut encore se faire de façon indirecte, plus intellectuelle, à l’aide de modèles virtuels représentatifs, lesquels seront renvoyés sur l’objet ou sur un autre sujet, et réciproquement. Cette seconde saisie et cette connaissance en boucle peuvent alors s’effectuer par les démarches logiques, dont l’observateur dispose, et par les outils techniques qu’il se crée, notamment par les modélisations tant cliniques qu’informatiques. Ainsi, en suivant cette seconde modalité, l’observateur peut-il essayer de soulever le coin du voile qui cache la réalité du fonctionnement psychique de deux façons. Il peut le faire, soit en partant de ce réel pour aller vers sa traduction virtuelle en s’adressant à la clinique des troubles mentaux, soit en partant d’un fonctionnement virtuel du système psychique pour aller vers sa rencontre avec le réel à l’aide de modélisations informatiques constructivistes. Les liens créés entre le monde réel vécu et le monde virtuel font ainsi intervenir diverses attitudes possibles de l’observateur, les théories auxquelles il se réfère, et les outils dont il dispose, qu’il s’agisse du langage, des démarches, des méthodes ou des techniques utilisés. Ces 18

outils serviront à schématiser, sur un mode dérivé et abstrait, les propriétés du phénomène caché pour mieux le reconstruire. Or, l’expérience montre que la réalisation de telles rencontres est possible dans la mesure où l’observateur et l’informaticien assurent en parallèle des intégrations dynamiques pathologiques du système naturel de pensée et celles d’un système psychique artificiel, à la recherche de symétries naturelles entre le fonctionnement psychique et ses productions en recourant à des modélisations. Dès lors des similitudes peuvent se manifester. Nous verrons qu’elles portent notamment sur les automatismes de pensée qui sous-tendent les processus pathologiques, même si des différences subsistent. Des passages d’un système à l’autre deviennent alors possibles. Des transcriptions informatiques de troubles mentaux peuvent être réalisées. Un nouvel éclairage sur le fonctionnement psychique s’ensuit. Les conditions cliniques. A cet effet, la clinique doit déjà concevoir les troubles mentaux sur un mode nouveau. L’observateur ne peut plus se contenter de les envisager de l’extérieur sous la forme d’entités ou de syndromes plus ou moins figés, qui sont incompatibles avec le vécu mouvant des sujets. Il doit aussi les concevoir sous une forme plus globale, associant à leurs manifestations apparentes leurs dynamiques sous-jacentes, afin de mieux traduire ce vécu et de rencontrer les diverses notions calculables d’une construction informatique. Une telle mutation conceptuelle des formes abordées ne saurait surprendre, car elle a jadis déjà connu d’illustres exemples. Ainsi dès la fin du XIXe siècle, rappelons que Pierre Janet s’était livré à une étude objective de certains troubles psychiques ; il avait souligné l’existence de dynamiques subconscientes déterminant les formes conscientes, en précisant le rôle des automatismes (20). Sigmund Freud avait ensuite montré, de façon plus sensible et analogique, l’existence de topiques psychiques ; il avait isolé les concepts d’inconscient, de préconscient et 19

de conscient, puis du Çà, du Moi et du Surmoi, notions désormais bien connues (15). Cependant, l’extraction de ces dynamiques dépend de la méthode utilisée. Il est bien évident qu’on ne peut rapprocher avec succès que ce qui est comparable. Dès lors, en l’occurrence, cette extraction doit être obtenue de façon similaire, c’est-à-dire sur un mode suffisamment logique qui autorise la création de modèles justifiés, aussi bien pour l’approche clinique qu’informatique. Cette question de modélisation reste centrale, car c’est elle qui permet des comparaisons entre des disciplines de nature différente. En ce sens, la clinique doit donc être entièrement repensée, et délaisser la conception classique en maladies (entités et syndromes) pour une conception plus souple en processus. De même, l’approche critériologique, malgré sa notoriété contemporaine, s’avère insuffisante, car elle ne permet pas, avec ses regroupements de critères positifs et négatifs, l’approche dynamique processuelle interdisciplinaire envisagée ici. Pour parvenir à cette reformulation, une nouvelle méthode d’observation est nécessaire. C’est ce que nous avons réalisé avec la méthode systémale. Toutefois, une reconnaissance des divers types de troubles ne peut se dispenser de classification. Afin de ne pas désorienter le lecteur, nous établirons ces rapprochements à partir de classes bien connues, qui ont été établies depuis longtemps par la nosographie classique. Nous conserverons donc les grands traits des classifications traditionnelles (névroses et psychoses), sans entrer dans le détail des diverses sousclasses possibles. Il sera toujours temps de revenir ultérieurement sur des études de cas particuliers. Il ne s’agit donc pas ici de se livrer à une interprétation informatique systématique de tous les troubles mentaux observés, que ce soit sous leur forme classique ou sous leur forme critériologique. Ce projet trop vaste serait difficilement réalisable. Le but visé est ici plus 20

simple. Il s’agit de tenter de faire comprendre, à partir des plus connus d’entre eux, pourquoi et comment ces mêmes troubles, qui s’expriment sous forme de manifestations symptomatiques, syndromiques et évolutives, sont en fait sous-tendus par des processus automatisés, reproductibles par un système générateur de pensée artificielle. Les conditions informatiques. De son côté, l’informatique classique reste fondée sur des systèmes avec des relations causales directes entrées-sorties (5). Elle se livre par là à de la programmation à partir de structures préétablies qui traduisent finalement un fonctionnement causal bien prévisible, ce qui ne saurait conduire à une traduction satisfaisante des mouvances et des transformations possibles des troubles mentaux. Pour simuler convenablement un système psychique, l’informatique doit donc se plier aux exigences dynamiques et mouvantes de la pensée humaine et à cet effet délaisser ses formes premières. Or, il s’avère possible, comme l’a bien montré A. Cardon, d’adopter une attitude constructiviste fondée sur la génération de représentations ressenties par le système qui les produit, à partir de données sensorielles obtenues par une corporéité artificielle comprenant de multiples capteurs (9). Le modèle informatique de système psychique se base alors sur des éléments proactifs qui communiquent, s'agrègent les uns aux autres et évoluent ; ils génèrent des formes d'activités relationnelles, utilisent un certain degré de liberté sous l’effet d'un contrôle très distribué opéré par des régulateurs et des attracteurs divers. Ainsi se forme un ensemble de flux processuels et de représentations qui traduisent plus efficacement le fonctionnement psychique naturel. Un tel système, très souple, plus ouvert aux réalités vécues et situé à un bon niveau d'observation, offre ainsi des corrélations faciles avec les données de la clinique.

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La mise en parallèle des données cliniques et informatiques. Une analyse d’ensemble ago-antagoniste permet alors de mieux rendre compte des similitudes et des différences existantes (2). En effet, la mise en relation des éléments des systèmes naturels et artificiels montre leurs analogies, tout en ne les confondant pas. Ainsi, afin de mieux se rendre compte des rapprochements éventuels entre les modélisations obtenues - sans pour autant rejeter les différences entre les deux systèmes- il convient de mettre en parallèle les données qui montreront les éventuelles symétries de leurs relations internes, au delà de leurs divergences apparentes. Les rapprochements possibles effectués signent dès lors une réalité commune ; ils autorisent, par là, une transcription informatique des troubles mentaux. Les différences qui subsistent témoignent des spécificités respectives, lesquelles évitent de confondre la nature des données de ces deux systèmes. Ces relations entre éléments distincts et pourtant superposables apparaissent ainsi comme une réalité profonde et essentielle, celle-ci ne pouvant que renvoyer aux sources de la pensée, aux processus énergétiques qui l’animent et que l’on dénomme esprit. Ainsi ce type d’étude permet-il d’avancer non seulement dans l’analyse du psychisme et de ses dysfonctionnements, mais aussi dans une problématique, d’ordre philosophique et éthique, aux diverses réponses possibles.

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