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Tu ne plagieras, point

142 pages
Sommaire. Editorial : Pâles copies et palimpsestes - T. Goguel d'Allondans / Si tu t'imagines... "Mariage pour tous" ? Elle est retrouvée. - Quoi ? - L'Humanité ! - R. Dadoun / Entretiens avec... D. Depoutot / La chronique de D. Le Breton : Quand le monde se transforme en copie / Echo du terrain : La question de la ruée vers le foncier rural en Côte d'Ivoire. L'exemple de la région ouest forestière - J. Seka Aman / Le dossier du trimestre : "Tu ne plagieras, point" sous la dir. de M. Bergadaa...
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N° 28 - octobre 2013
Comité scientifique
Michel Autès (Lille), Georges Balandier (Paris), Cai Hua (Pékin), Boris Cyrulnik(La-Seyne-sur-Mer),ChristineDelory-Momberger(Paris-13),Pierre-André Dupuis (Nancy), Jean Duvignaud (1921-2007), Paul Fustier (Lyon), Remi Hess (Paris-8), Françoise Hurstel (Strasbourg), Martine Lani-Bayle (Nantes), François Laplantine (Lyon-2), Cosimo Marco Mazzoni (Sienne), Guy Ménard (Montréal), Jean Oury (LaBorde), André Rauch (Strasbourg), Claude Rivière (Paris-V), Christoph Wulf (Berlin)
Comité de rédaction
Rédacteur en chef: Thierry Goguel d’Allondans
Directeur de publication: Jean Ferreux
Président de l’association des Amis dela revue: J.-François Gomez
Comité de rédaction :Roger Dadoun, Sylvestre Ganter (Pin Sylvestre),PhilippeHameau,DavidLeBreton,YolandeTouati,RenaudTschudy
Collaborateurs :Yan Godart, Pascal Hintermeyer, Jocelyn Lachance, Nancy Midol
Couverture: LGStudioGraphique
Corrections ortho- et typographiques & mise en pages: Isabelle Le Quinio
Photos: © Pin Sylvestre.
Sommaire
ÉDITORIALPâles copies et palimpsestes Thierry Goguel d’Allondans
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SI TU T’IMAGINES...?« Mariage pour tous » ? Elle est retrouvée. – Quoi L’Humanité ! Roger Dadoun9
ENTRETIEN AVEC... DANIEL DEPOUTOT13
LA CHRONIQUEde David Le BretonQuand le monde se transforme en copie
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ÉCHO DU TERRAINLa question de la ruée vers le foncier rural en Côte d’Ivoire. L’exemple de la région ouest forestière Justin Seka Aman21 LE DOSSIER DU TRIMESTRETU NE PLAGIERAS, POINT. sous la direction de Michelle Bergadaà31 Ouverture Michelle Bergadaà32 Penser le plagiat pour réapprendre à penser en créantChristian Heslon42 Vive le plagiat! De l’invitation au plagiat au plaisir d’être plagié Jean Ferreux49 Les douze travaux deCaptain Marvel :un « plagiat » américain à rebondissements Philippe St-Germain52 Le plagiat et l’éthique scolaire Denis Jeffrey60 La génération Y : entre tendresse et plagiat Hugues Derycke70
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La culture recyclée en dix chapitres réutilisables Philippe St-Germain76 La littérature au second degré Bernard Montaclair79 HORS CHAMPSL’alcoolisme, « un bienfait pour l’humanité » Erick Jean-Daniel Singaïni89
COUP DE GUEULELe travail comme étai Jean Ferreux99
INITIATIQUESInsertions économiques des migrantes brésiliennes en Guyane française Dorothée Serges
LU & VU
LE BILLET DE L’ASSOCIATION DES AMIS DE LA REVUE
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Pâles copies et palimpsestes
Thierry Goguel d’Allondans
À l’instant d’écrire cet éditorial, il me revient un lointain et amusant sou-venir. J’avais, au siècle dernier, publié le recueil de poésies d’un ami, par ailleurs psychanalyste, qui, pour me remercier, m’avait invité chez lui. Celui-ci – excusez du peu – avait un château, non en Espagne, mais en Bourgogne, à une ou deux encablures de Saulieu, avec La Côte d’Or, le fameux restaurant de Bernard Loiseau, où j’avais eu le plaisir de dîner et de sympathiser avec le talentueux chef cuisinier, ami de mon ami, c’est dit ! Je passais donc quelques vacances psycho-gastronomiques– et néanmoins digestes – entre Aloxe-Corton, Gevrey-Chambertin et autres Puligny-Montrachet. L’octogénaire et pétulante mère de l’ami-psy nous avait rejoints. Son fils, pas peu fier, lui avait – évidemment ? – offert et dédicacé son recueil de poésies. Le soir, au dîner, mon ami bougon-nait sans que j’en comprenne immédiatement la raison. Au bout d’un moment, n’y tenant plus, il lança à sa mère : « M’enfin, maman, tu n’es pas contente du premier livre de ton fils ? » Il est vrai que, jusque là, la vieille dame n’avait fait aucun commentaire. Elle le regarda – Jocaste n’aurait pas fait mieux ! – et lui répondit tout à trac : « Mon fils, je serai fière de toi quand tu seras cité » (sic). Je ne sais si, sous nos latitudes, la sagesse vient toujours avec l’âge, mais cette Pythie sans pitié ne manquait pas de clarté. À quoi rêve tout auteur – du moins qui cherche à être publié et à sortir du journal intime? À être lu, sans nul doute. Et quel signe plus éclatant
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– au-delà du million d’exemplaires vendus et des multiples traductions, of course– que celui d’être cité ? Avec Jean Ferreux, notre directeur de publication, notreCaptain Marvel(clin d’œil à Philippe St-Germain), également au siècle dernier – fichtre, cornegidouille ! – nous avions réa-lisé une enquête auprès d’étudiants se destinant au travail social pour savoir quels étaient les auteurs contemporains les plus cités, notamment dans leurs mémoires de fin d’étude. Dans la même prospective, cette année, j’ai proposé à un groupe d’étudiants de travailler, individuelle-ment, sur l’auteur contemporain dont il pouvait dire, à l’instant où je leurs parlais, que c’était celui ou celle qui avait, à ce jour, le plus nourri leurs réflexions. Il y eut de beaux travaux mais, à ma grande surprise – il parait que je serais un grand naïf – un bon nombre (pas la majorité heureusement) de leurs auteurs « fétiches » était, à mes yeux, pour la moitié des « vendeurs de soupe », pour l’autre moitié des « sales cons » ! Mais à quoi tient, sans effort, la notoriété ? Certains s’achètent une particule – je tiens à préciser que la mienne est fort honorable et héréditairement confirmée depuis 1364 même si, pour garder nos têtes, moi et mes aïeux, avons dû renoncer aux terres ancestrales. D’autres s’achètent une thèse… Titres, sous-titres, titrés, atti-trés, à juste titre, à titre gratuit, à quel titre ? « Ci-gît Piron qui ne fut rien, pas même académicien » – épitaphe que voulut le poète Alexis Piron (1689-1773) lui-même, à la suite de son éviction de l’Académie française. Soyons bons (comme Christian Heslon), nous n’évoquerons donc pas ici, un conseiller politique et essayiste, un grand rabbin, une ministre de l’éducation d’un pays proche, une ministre de la justice (pas l’actuelle que je salue au passage pour sa grande classe; clin d’œil au mariage pour tous et à Roger Dadoun), trois auteures à succès embrouillées, et quelques autres plagiaires – plagieurs (préfère Michelle Berdagaà) – et surtout pâles copies d’eux-mêmes. Car il y a de la détresse – même derrière la superbe; du doute – même derrière l’arrogance; une piètre image de soi – même derrière la faconde; de la faiblesse y compris intellectuelle – même derrière le pouvoir affiché… Il y a un temps pour tout et, sauf à évoquer l’infantilisme des grandes personnes, les plagiats évoqués dans le dossier de ce trimestre
« Tu ne pl a g i e r a s .P o i n t .»
n’ont rien à voir avec les gamineries, les triches enfantines (cf. la contri-bution de Denis Jeffrey), les « pompes » qui sont souvent un excellent travail de copiste au bout duquel on en n’aurait plus besoin! Non, ces plagiats d’adultes sont hors sens, ils sont un empêchement, un non-devenir, une inscription brute sur le côté… Ils sont, néanmoins, dans l’air parfois nauséabond du temps : une course effrénée pour y arriver plus vite, un pare-être. Et l’on évoquera dans ce dossier, les thèses de complaisance. Mais tout aussi bien, aurait-on pu parler desvae(vali-dation des acquis de l’expérience) orchestration monumentale de la complaisance et de l’arasement de la pensée (même s’il y a, parfois, quelques beaux parcours mais qui tiennent alors plus du sujet, de sa démarche processuelle, que de l’infâme procédure). D’entrée de jeu, on n’est pas, on le devient. Il est difficile d’être acteur, bien plus périlleux encore d’être auteur. Vinification, maturation, sublimation… Pas très loin de la détresse (évoquée par Michelle Berdagaà), il y a la tendresse (évoquée par Hugues Derycke), entre l’hommage au maître et la difficulté d’être soi. David Le Breton l’évoque, avec un sourire ému qui ne vous échappera pas, dans sa chronique : il y a du trans-fert ! Et quelques uns de copier les vieux singes, sans même s’en rendre compte !C’est là un mouvement, qui fait partie de la transmission, de l’initiation parfois, et qui, le plus souvent, est référencé. Parfois même, c’est le corps qui parle : Dominique de V.vsJacques C., François H.vsFrançois M., etc. On prête à Einstein cette boutade : « Il n’y a qu’une idée par siècle et j’ai la prétention d’en avoir eu une. » Manières de dire – comme l’évoquent quasiment tous les contributeurs – que l’originalité est telle un edelweiss (clin d’œil à nos lecteurs suisses) sur quelque sommet impro-bable et que, pour filer les métaphores, nous ne faisons que, à la suite de brillants prédécesseurs, poursuivre le chemin, creuser le sillon, élargir l’horizon… ce qui – somme toute – n’est déjà pas rien ! Nous n’écrivons que sur des palimpsestes (cf. l’article de Bernard Montaclair). C’est au Moyen Âge, du fait de la rareté et de la valeur des parchemins, que des moines en grattèrent quelques anciens pour y écrire de nouveaux textes : le palimpseste était né. Parfois, les techniques scientifiques
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permettentderemettreenlumièreletextedorigine.Cestainsiquen1906 fut retrouvé, à Constantinople, un palimpseste dont le texte origi-nal était d’Archimèdehimself! De toute éternité, il arrive que l’élève dépasse le maître – un bon maître attend ça avec quelque impatience quand il commence à blan-chir sous le harnais – et que les variations soient plus enlevées que le tempo original. Les sociétés traditionnelles, souvent, avaient compris cela. Dans les cultures de tradition orale, la force du conteur réside dans sesvaria. Il n’y a pas de fidélité au texte. Chez les Kòongó (Congo Brazzaville), par exemple, le léopard et le lièvre sont des personnages centraux des contes, mais chacun peut poursuivre la saga, comme il lui sied. À l’ère d’internet, la situation, en matière de plagiats, se complique et chaque camp essaie de déjouer les entreprises adverses. Et pourtant, hic et nunc, les connaissances, malgré tout, se diffusent aussi par ce nouveau média. Alors, amies lectrices, amis lecteurs, loin de l’injonc-tion, un seul choix : ouvrez les « guillemets » !
Le violon d’Ingres, Man Ray, 1924. DR
« Mariage pour tous »? Elle est retrouvée. – Quoi? – L’Humanité
Roger Dadoun
Ce qui, au vu des affrontements et incidents qui ont caractérisé l’affaire du « mariage pour tous », persiste de plus flagrant, c’est la confusion – lourdement grevée, nul besoin de le souligner, d’obsession sexuelle. En décantant à l’extrême, on parviendrait, au mieux, à distinguer deux pôles antagonistes. Un pôle que l’on peut qualifier de « biologique », consis-tant à privilégier les pratiques et l’existence même du couple homme-femme (on dirait plutôt, en l’occurrence et en « positivant » toute honte bue : copulation mâle-femelle) dont la fonction, galamment qualifiée de « vocation » ou « mission » (faut-il renvoyer ici, par analogie, à la posi-tion coïtale dite du « missionnaire »?) serait d’accomplir l’acte sexuel en vue de produire des enfants – émouvante et glorieuse finalité. Autour de ce pôle « organique » s’agglutinerait une dite « droite » : traditiona-listes, chrétiens, ump, extrême-droite et divers éléments disparates. À l’opposé, un pôle, globalement « culturel », classé à « gauche », reven-dique l’élargissement à tous les couples, homosexuels cités en première ligne, des droits afférents au mariage institutionnel. Sous le jeu plus ou moins frelaté de conflits censés être inexpiables et de mouvements pavloviens de masse censés militer pour le sort de l’humanité, ces deux pôles n’ont en vérité aucune raison de se contra-rier, dès lors que nul n’empiète véritablement sur les positions de l’autre – on pourrait même considérer qu’ils se complètent, donnant ainsi son sens arithmétique à la notion de « mariage pour tous », dont l’amplitude