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Un curé janséniste à Vitry au XVIIe siècle

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111 pages

SOMMAIRE :

Considérations générales sur le Jansénisme et sur le rôle Joué par Vitry dans la propagation de la secte. — Matthieu Feydeau. — Ses Mémoires manuscrits. — Débuts et tendances du Jansénisme. — Particularités de cette secte. — L’évêque de Châlons, Félix Vialart. — Son caractère et ses tendances. — Son rôle dans les luttes du Jansénisme. — Il offre à Matthieu Feydeau la cure de Vitry. — Hésitations de ce dernier. — Il accepte enfin.

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Camille Gilardoni

Un curé janséniste à Vitry au XVIIe siècle

CHAPITRE PREMIER

SOMMAIRE :

Considérations générales sur le Jansénisme et sur le rôle Joué par Vitry dans la propagation de la secte. — Matthieu Feydeau. — Ses Mémoires manuscrits. — Débuts et tendances du Jansénisme. — Particularités de cette secte. — L’évêque de Châlons, Félix Vialart. — Son caractère et ses tendances. — Son rôle dans les luttes du Jansénisme. — Il offre à Matthieu Feydeau la cure de Vitry. — Hésitations de ce dernier. — Il accepte enfin. — Premières difficultés. — Ses ennemis. — Ses principes en matière de Jeûne et de pénitence. — Assemblées de charité. — Les dames de Vitry. — Leur attitude vis-à-vis du curé. — Mme Nolin. — Son caractère et ses intrigues. — Commencement des complots formés contre Matthieu Feydeau.

Le passé de la ville de Vitry a été l’objet de toutes sortes d’études dans ces derniers temps. On a suivi le mouvement qui pousse, non seulement les villes, mais encore les provinces et les nations à fouiller leurs origines, et à évoquer les principaux événements de leur vie à travers les siècles. On s’est avisé que le monde ne vit pas d’hier, que nos pères et nos aïeux ont eu leurs passions, qu’ils ont lutté et souffert pour ce que les uns ou les autres croyaient être le bon combat. Si l’objet de leurs querelles ne nous passionne plus guère, il faut nous dire que dans cent ou deux cents ans on traitera de misères toutes les questions qui nous émeuvent si fort aujourd’hui ; et c’est là un des plus grands profits de l’étude de l’histoire de nous faire considérer dans leur vraie perspective les grands événements et les grandes querelles du jour. En voyant les hommes toujours les mêmes à travers les âges, avec leurs passions, leur zèle souvent désordonné, leurs ambitions, leurs manèges, leurs déceptions, on s’intéresse à toutes les questions où ces mobiles des actions humaines ont joué un rôle, en même tempsqu’on devient plus indulgent pour les querelles mesquines, les égarement ou les enthousiasmes plus ou moins exagérés de nos jours. On s’écrie avec le poëte :

Nihil humant a me alienum puto.

En un mot, l’étude de l’histoire est à la fois la plus attrayante, la plus consolante et la plus philosophique de toutes celles auxquelles l’esprit humain puisse se livrer.

La période de l’histoire de Vitry la moins étudiée jusqu’à nos jours est celle que Vitry devrait tout particulièrement connaître, car les influences s’en sont fait sentir jusqu’au commencement de ce siècle : c’est la période Janséniste. On sait vaguement que cette ville a été l’une des citadelles du Jansénisme, mais qui connaît seulement le nom de Matthieu Feydeau ? Cet homme qui a failli évangéliser le Perthois et une partie de la Champagne, et qui y a soulevé des orages terribles, a laissé des Mémoires manuscrits qui n’ont tenté jusqu’aujourd’hui aucun éditeur, mais nous serions bien étonnés si la soif de l’inédit ne les faisait pas exhumer et imprimer un jour. Et certes ils en vaudraient la peine, tant pour la candeur et la chaleur du style, que pour la peinture morale qu’il fait de Vitry au milieu du dix-septième siècle. En attendant, ils sont enfouis à la Bibliothèque Mazarine à Paris1 ; et c’est en les feuilletant que nous avons eu le plaisir de faire connaissance avec l’un des esprits les plus enthousiastes, les plus aimables et les plus honnêtes que l’histoire des sectes religieuses puisse offrir. Cet apôtre, qui a été persécuté toute sa vie, l’a été aussi bien par les Jansénistes qui se disaient ses amis, que par les Jésuites et la Cour qui les appuyait. On peut dire de lui que, plus que tout autre, il a appris à connaître les hommes, et c’est là (car les doctrines sont aujourd’hui bien oubliées) le grand intérêt décès Mémoires perdus depuis deux siècles dans les rayons d’une bibliothèque.

Le Jansénisme qui, sous une forme de secte théologique, n’a été qu’un épisode de l’éternelle lutte des doctrines fatalistes contre les doctrines libérales, le Jansénisme avait commencé à troubler les esprits dans les premières années du dix-septième. siècle. Le grand problème qu’il s’agissait de résoudre était de savoir si l’homme peut faire son salut de lui-même, ou s’il a besoin, pour cela, d’un secours surnaturel de Dieu qu’on appelle la grâce. Les conséquences du parti qu’on pouvait prendre sur cette question étaient très graves. Si l’on abondait dans le premier sens, on professait que l’homme peut se rendre meilleur sans le secours de Dieu, ce qui était rendre Dieu presque inutile. Si l’on abondait dans l’autre, il fallait conclure que, la grâce, étant une faveur particulière de Dieu, il a ses privilégiés, ses élus ; que Jésus-Christ n’est pas mort pour tous les hommes. D’un côté triomphait la liberté humaine avec ses aspirations illimitées au perfectionnement ; de l’autre dominait le sombre fatalisme, la résignation passive aux volontès de Dieu. La Réforme avait tranché violemment le problème en faveur du fatalisme. Le Concile de Trente avait été la protestation de l’Eglise contre ces doctrines de désespoir. Mais des querelles aussi vieilles que le monde ne se tranchent pas ainsi par un coup d’autorité. L’Eglise en était restée profondément troublée. Ce qui tourmentait beaucoup de consciences, c’est que les Apôtres et les Pères de l’Eglise, du moins les plus illustres d’entre eux, Saint Paul, Saint Augustin et Saint Thomas, s’étaient prononcés ou semblaient s’être prononcés en faveur de la grâce, dans le sens le plus fataliste du mot. L’Eglise aurait-elle erré dans le cours des siècles ? Aurait-elle répudié la pure doctrine des Apôtres et des Pères ? S’il en était ainsi, c’était à l’Eglise à faire un retour en arrière, à s’abreuver de nouveau aux sources vives de la foi. Les vrais fils de l’Eglise étaient ceux qui restaient fidèles à ses dogmes. Pas de rupture ouverte : il n’y avait eu déjà que trop de schismes ; mais un changement de direction dans la marche de l’Eglise. Il ne fallait pas que ses enfants lui fussent infidèles, mais l’amenassent à s’amender. Telle a été l’idée fondamentale du Jansénisme. La Réforme avait rompu avec l’Eglise ; le Jansénisme excommuniait l’Eglise en quelque sorte, et recommençait le Christianisme à sa place.

De là, les caractères particuliers à cette secte, la fierté toute cornélienne de ses adeptes qui se croyaient les dépositaires de la vraie foi, et en même temps le manque d’audace et de logique, de l’entêtement mêlé à beaucoup de souplesse, des vertus austères s’alliant à une diplomatie très fine, des prodiges d’équilibre dans une situation très fausse. Après qu’on eut violemment tranché le problème, comme l’avaient fait les réformateurs, des esprits plus doux voulaient essayer de le résoudre. La controverse théologique succéda à la guerre à main armée. On chercha, dans des distinctions, des arguties, des subtilités, de quoi satisfaire les consciences agitées. De là, des demi-mesures, des velléités de révolte suivies de soumission, des moments d’enthousiasme suivis de défaillances ; des contradictions, des inconséquences, des fluctuations, des réticences, du mystère, un flux et un reflux d’opinions manquant de la base nécessaire pour se fixer ; de beaux et de grands caractères, mais manquant de je ne sais quoi de fort et d’inébranlable qui fait les grands hommes et les grands Apôtres. Ce fut là le caractère propre du Jansénisme. Il a été la houle qui suit les grandes tempêtes.

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