Un engagement à l'épreuve de la théorie

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Geneviève Poujol, sociologue, est l'auteur de livres de référence sur l'animation, l'éducation populaire et le militantisme associatif. Geneviève Poujol a su faire de ses engagements militants un terrain scientifique, dans l'expérimentation aussi bien que dans la théorisation. Ce livre montre comment elle fut insérée dans des réseaux politiques, culturels et protestants.
Publié le : dimanche 1 juin 2008
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EAN13 : 9782336270302
Nombre de pages : 256
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Itinéraires et travaux de Geneviève Poujol

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Collection Débats Jeunesses
dirigée par Bernard Roudet

La collection de livres « Débats Jeunesses » a été créée en appui à Agora Débats/Jeunesses, revue trimestrielle de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire publiée par les éditions L’Harmattan. Le comité de rédaction de la revue constitue le comité éditorial de la collection. Le secrétariat de rédaction est assuré par Apolline de Lassus. La collection comme la revue souhaitent répondre à l’une des missions de l’INJEP : diffuser et valoriser les savoirs et les connaissances sur les questions de jeunesse, mais aussi de vie associative et d’éducation populaire. De manière ouverte, sans privilégier aucune discipline ou école, la collection « Débats Jeunesses » rend compte de travaux récents en sciences sociales, souvent réalisés par de jeunes universitaires, témoignant ainsi d’une recherche vivante et active. Les livres publiés sont issus de travaux (thèses, rapports ou programmes collectifs de recherche…), réécrits et remaniés pour s’adresser à un public dépassant la seule communauté scientifique. Les sujets abordés peuvent prolonger et développer certains thèmes traités dans des articles de la revue. Les professionnels de la jeunesse, responsables des services de l’État ou des collectivités territoriales, élus, bénévoles associatifs, animateurs, travailleurs sociaux, comme les enseignants, chercheurs et étudiants, trouveront dans ces ouvrages matière à une meilleure compréhension de la jeunesse et de sa place dans nos sociétés. En s’intéressant tant aux comportements et modes de vie des jeunes qu’aux politiques publiques les concernant, en France et dans le monde, la collection se propose de créer du débat, de constituer des outils de réflexion et d’action pour ses lecteurs. La liste des ouvrages publiés dans la collection « Débats Jeunesses » se trouve à la fin de ce volume. Une actualisation des parutions et une présentation de chaque titre peuvent être consultées en ligne sur le site de la collection, à l’adresse suivante : www.injep.fr. Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire
Établissement public du ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports 11, rue Paul-Leplat, F 78160 - Marly-le-Roi 01 39 17 27 27

© L’Harmattan, 2008 ISBN : 978-2-296-05258-1

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Sous la direction de

Francis Lebon, Pierre Moulinier, Jean-Claude Richez et Françoise Tétard

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Itinéraires et travaux de Geneviève Poujol

L’HARMATTAN

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TABLE DES MATIÈRES

Introduction Mélanges dialectiques, par Francis Lebon, Pierre Moulinier, Jean-Claude Richez et Françoise Tétard . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11

PREMIÈRE PARTIE ITINÉRAIRES . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
CHAPITRE I Geneviève Poujol, une vie, par Jean-Marie Mignon . . . . . . 17 CHAPITRE II De l’éducation populaire à l’animation, par Raymond Labourie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47 CHAPITRE III Des vertus de la Volkswagen, par Jean-Marie Mignon . . . . 51 CHAPITRE IV Geneviève Poujol, prosopographe, par Claude Pennetier . . 61

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DEUXIÈME PARTIE COMPAGNONNAGES . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
CHAPITRE V Des intellectuels sécants ? Enquête sur les auteurs des Cahiers de l’animation (1972-1987), par Francis Lebon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71 CHAPITRE VI Se nourrir de nos différences, par Michel Simonot . . . . . . . 93 CHAPITRE VII Lettre privée à Geneviève Poujol, par Augustin Girard . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101 CHAPITRE VIII Par d’étranges chemins, par Chantal Guérin . . . . . . . . . . . 105 CHAPITRE IX De la documentation aux associations, par Sylvie Fayet-Scribe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109 CHAPITRE X Entre l’empathie du militant et le doute du chercheur, par Claude Paquin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 119

TROISIÈME PARTIE LA « LOI DE POUJOL » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 123
CHAPITRE XI La galaxie des associations de loisirs : les « dynamiques » en questions, par Jean-Pierre Augustin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125 CHAPITRE XII Des femmes et des associations à l’aune de la « loi de Poujol », par Évelyne Diebolt . . . . . . . . . 141 CHAPITRE XIII De la sociogenèse des associations à l’histoire de la Ligue de l’enseignement, par Jean-Paul Martin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 157

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TABLE DES MATIÈRES

QUATRIÈME PARTIE DIALOGUES . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 173
CHAPITRE XIV Sur les fondements d’une politique. Retour sur le débat culturel/socioculturel, par Pierre Moulinier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 175 CHAPITRE XV Le nouveau visage des associations depuis les années 1970 : entre pouvoirs publics et acteurs économiques, par Chantal Bruneau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 189 CHAPITRE XVI L’investissement militant des parents d’élèves de la FCPE (1991-2001), par Martine Barthélemy . . . 201 CHAPITRE XVII Peut-on encore parler d’éducation populaire ? Idéal éducatif, engagements publics et socialisation politique, par Jacques Ion . . . . . . . . . . 221 Conclusion Unité d’une femme, par Francis Lebon . . . . . . . . . . . . . . . 231 Liste chronologique des travaux publiés par Geneviève Poujol (1960-2005), par Francis Lebon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 237

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INTRODUCTION

Mélanges dialectiques
Francis LEBON, Pierre MOULINIER, Jean-Claude RICHEZ et Françoise TÉTARD

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beau jour de l’année 2003, Jean-Claude Richez sollicite Françoise Tétard pour lui faire une proposition : rédiger un livre de « mélanges » qui seraient offerts à Geneviève Poujol. Il veut mieux comprendre le parcours de cette personnalité qui fait référence dans le monde de l’éducation populaire et qu’il n’a pas connue personnellement. Par ailleurs, il a pris des responsabilités à l’INJEP depuis peu et c’est aussi pour lui, peut-être, une manière de cerner cette institution parfois complexe avec laquelle Geneviève a entretenu une relation affective, si ce n’est passionnelle, et dont – incontestablement – elle a été l’un des piliers. C’est du moins une interprétation possible de ce premier geste. Françoise Tétard prend le temps de réfléchir à cette proposition. Elle ne conçoit pas ce projet autrement que partagé avec tous ceux qui travaillent ou ont travaillé avec la chercheuse, au plein sens du terme, qu’est Geneviève Poujol. Elle contacte un fidèle compagnon de route de Geneviève : Pierre Moulinier. Un trio est dès lors constitué puis, à l’initiative de Françoise, Francis
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– GENEVIÈVE POUJOL

Lebon se trouve rapidement associé au projet et le groupe de pilotage se transforme progressivement en quatuor. Le genre « mélanges » relève d’une tradition universitaire ancienne, classique, académique même, très à la mode au siècle dernier et qui, par contraste, devient originale lorsque l’on cherche à évoquer le parcours plutôt atypique de Geneviève Poujol. Nous n’avions pas, a priori, envisagé que Geneviève s’impliquerait elle-même dans la conception de ces mélanges, et plus encore, qu’elle en orchestrerait, d’une certaine façon, la réalisation. Il fut cependant difficile de lui cacher notre projet, et nous fîmes assez vite le deuil de l’effet de surprise. Si elle sut toujours garder sur ce dossier une discrétion de bon aloi, elle s’est néanmoins tout de suite montrée active sur le projet. C’est au coin d’une table de bistrot de la rue de la Jonquière, dans le XVIIe arrondissement – café fréquenté par les chercheurs de l’IRESCO, le laboratoire de sciences humaines où Geneviève était rattachée à ce moment-là – que s’est joué le deuxième acte de cette entreprise. Ce jour-là, elle a transmis à Pierre Moulinier et Françoise Tétard le nom des personnes qui avaient compté dans sa vie : les importantes, les indispensables, les fortuites, et les autres. Elle indiqua celles qui l’avaient influencée, celles aussi qu’elle pensait avoir influencées. Sur ses conseils, nous fîmes ainsi une liste et nous nous mîmes en quête des adresses. Nous avons ensuite envoyé plusieurs courriers à ces auteurs potentiels qui viendraient alimenter de leur point de vue l’ouvrage collectif. Certains renoncèrent, d’autres différèrent, mais beaucoup répondirent à l’appel. Nous leur avons suggéré des textes libres, cela nous a semblé être le genre qui convenait le mieux et qui était la raison même de ce type d’initiative. Ce n’est pas un ouvrage « en hommage à », c’est un ouvrage « en dialogue avec ». En effet, Geneviève, sans forcément nous en informer, a mené sa barque dans cette entreprise, ce qui lui ressemble bien. Elle a exprimé quelques souhaits, elle a fait quelques confidences, pas les mêmes aux uns et aux autres d’ailleurs. Elle a confié divers documents à ceux qui le souhaitaient, elle a déposé une grande partie de ses archives, qu’elle a mises à disposition. Elle a souligné ce qui lui paraissait essentiel (elle aime toujours aller à l’essentiel !). Jean-Claude Richez aurait souhaité que ce livre soit le point de rencontre entre Geneviève Poujol et l’éducation 12

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INTRODUCTION

populaire. Mais si l’on consulte la bibliographie exhaustive de ses nombreuses productions (ouvrages, articles, rapports, etc.) établie par Francis Lebon, à l’évidence le champ de l’éducation populaire n’est pas le seul qu’elle ait investi. Une vie, une œuvre ne se résument pas à un seul champ de recherche, fût-il fécond. Elle s’est penchée avec bonheur sur d’autres thèmes de réflexion, tels que les associations, l’animation, le militantisme, le féminisme, le protestantisme… La première partie de l’ouvrage, « Itinéraires », montre de quelles façons Geneviève est une femme de réseaux. Si ses filiations protestantes sont incontestables et qu’elle les assume pleinement, d’autres liens sont aussi indéfectibles : les mouvements auxquels elle a appartenu, les convictions militantes qui sont les siennes et dont elle ne s’est jamais départie. JeanMarie Mignon nous en livre une biographie détaillée. Si Raymond Labourie se remémore une figure « historique » de l’éducation populaire et de l’animation, Claude Pennetier pour sa part évoque une Geneviève Poujol elle-même passionnée de l’art prosopographique, qu’elle a pratiqué avec ferveur dans le dictionnaire signé avec Madeleine Romer, et qui est aujourd’hui dans toutes les bonnes bibliothèques. Dans la deuxième partie, intitulée « Compagnonnages », sont regroupés les témoignages et les analyses de sa garde plus ou moins rapprochée, notamment autour des Cahiers de l’animation (Francis Lebon). On y trouve Michel Simonot, alors spécialiste de cet espace professionnel émergent, Augustin Girard, responsable des études au ministère de la Culture, Chantal Guérin, collègue qui a travaillé durant vingt ans à l’INEP, Sylvie Fayet, jeune documentaliste à l’INEP au début des années 1980, Claude Paquin, l’un de ses anciens étudiants. Dans la troisième partie, que nous avons appelée « La “loi de Poujol1” », sont rassemblés les contributeurs qui ont souhaité ici tester, chacun à leur manière, la théorie de Geneviève sur la genèse des associations, théorie à laquelle elle se montre très attachée. Il s’agit de Jean-Pierre Augustin avec les associations de loisirs, Évelyne Diebolt avec les associations de femmes, Jean-Paul Martin à propos de la Ligue de l’enseignement.
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POUJOL G., « La dynamique sociale des associations », Les Cahiers de l’animation, n° 39-I, février 1983.

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La dernière partie du livre, « Dialogues », regroupe les textes des collègues, jeunes et moins jeunes, qui ont travaillé sur des thèmes proches de ceux de Geneviève : Jacques Ion pour l’éducation populaire, Martine Barthélemy et Chantal Bruneau pour les associations, Pierre Moulinier pour la politique culturelle. C’est au croisement – un mot que Geneviève affectionne tout particulièrement – que naissent et se développent l’inventivité et la créativité des chercheurs. Geneviève, plus que d’autres, a su faire de ses engagements militants un terrain scientifique, non seulement dans l’expérimentation, mais aussi dans la théorisation et dans l’énoncé des problématiques. À l’inverse, ou en réciprocité, elle a toujours cherché à introduire de la réflexion dans le militantisme qu’elle a fréquenté. Dialectique est bien le mot qui convient.

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PREMIÈRE PARTIE

ITINÉRAIRES

Chapitre I - Geneviève Poujol, une vie, Jean-Marie Mignon Chapitre II - De l’éducation populaire à l’animation, Raymond Labourie Chapitre III - Des vertus de la Volkswagen, Jean-Marie Mignon Chapitre IV - Geneviève Poujol, prosopographe, Claude Pennetier

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CHAPITRE I

Geneviève Poujol, une vie
Jean-Marie MIGNON

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biographie est essentiellement écrite à partir des entretiens que j’ai eus avec Geneviève Poujol, dans son appartement parisien et dans sa maison de Vébron entre août 2003 et août 2004, ainsi qu’à partir de ses diverses archives personnelles. Elle-même a enrichi et précisé directement, dans cette biographie qui lui a été soumise, certains éléments de cette période, avec l’appui de son fils Francis Rocard, de son frère Jacques Poujol et d’Arlette Dozol qui fut la secrétaire de rédaction des Cahiers de l’animation et qui la rejoint régulièrement dans sa demeure lozérienne. L’empathie que je ressens à son égard ne peut que renforcer sa propre empreinte sur ce texte. Néanmoins, les précisions apportées par JeanClaude Richez, cet écrit questionné et revu avec rigueur, finesse et vigilance par Françoise Tétard, relu par Francis Lebon et Michelle Laporte, offrent une définition de la vie de Geneviève Poujol qui ne manque pas de relief. Depuis son adolescence, à la place où elle s’est trouvée, comme femme, militante associative et politique, chercheuse et toujours aujourd’hui débatteur, elle a été et elle est spectatrice et actrice impliquée dans des événements sociaux et politiques qui ont traversé et qui traversent la France. Tant par ses travaux que par ses engagements, elle a marqué de son regard le champ de l’éducation populaire et la question socioculturelle.
ETTE

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– GENEVIÈVE POUJOL

Enfance Geneviève Poujol est née à Toulon le 2 novembre 1930, dans une famille protestante et cévenole. Elle restera, tout au long de sa vie, profondément attachée à son milieu d’origine. Son grand-père paternel, Bénoni Poujol1, était né en 1854 dans le Gard. Ingénieur aux Chemins de fer de l’Ouest, il s’occupait avec passion d’une association de lutte contre l’alcoolisme. Il a participé à la création de l’université populaire de la rue Mouffetard2, dans le Ve arrondissement de Paris. Il est mort à Paris en 1904. Son épouse, Marie, institutrice, était diplômée de l’École normale de Nîmes (Gard). Visiteuse bénévole d’hôpital, elle a suivi de près l’engagement de son mari, tout en développant son propre militantisme. Elle est morte à Toulon en 1934. Geneviève Poujol a travaillé sur le Journal de Marie que celle-ci rédigea de 1889 jusqu’à sa mort3. Son grand-père maternel, Émile Teissier, était propriétaire foncier, juriste, magistrat à Nîmes, et maire de Vébron4 (Lozère). Le village familial, qui tient une grande place dans la vie de Geneviève Poujol, est situé sous le causse Méjean, au pied de l’Aigoual. Il est bâti aux portes des gorges du Tarn, à douze kilomètres au sud-ouest de Florac. Émile Teissier fut aussi conseiller général du canton de Barre-des-Cévennes à 28 ans. Il meurt en 1919, et a été inhumé à Vébron, tout comme son épouse, Isaure de Caladon, morte également en 1919. Son père, Pierre Poujol, né en 1889, après de brillantes études secondaires au lycée Henri-IV à Paris, est agrégé de lettres. Professeur de français latin grec à Toulon, il fut ensuite nommé professeur honoraire à Paris, au lycée Henri-IV, en
Cf. Dictionnaire biographique des militants. XIXe-XXe siècles. De l’éducation populaire à l’action culturelle, L’Harmattan, Paris, p. 312, 1996. 2 Ibid., p. 312 sur l’université populaire de la rue Mouffetard. 3 « Le journal d’une bénévole », qu’elle présentera dans un cours de Michèle Perrot, sera publié dans Vie sociale, publication bimestrielle du réseau Histoire du travail social, CEDIAS. Musée social, 5 rue Las Cases, 75007 Paris. 4 Cf. POUJOL R., Vébron, histoire d’un village cévenol, Édisud, Aix-en-provence, 1981, sur Vébron. Vébron compte aujourd’hui un peu plus de 200 habitants. La commune fut autrefois beaucoup plus prospère, elle a eu jusqu’à 15 000 habitants au milieu du XIXe siècle. Elle a été le siège d’une florissante industrie lainière. Profondément marquée par la Réforme et les guerres de religion, à l’esprit « camisard », elle est une terre de refuge qui a toujours été sensible à la défense des persécutés.
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1934, jusqu’à sa retraite. Membre de la SFIO, militant du christianisme social5, il a fondé, en 1911, à Paris, une des premières troupes protestantes d’Éclaireurs unionistes françaises, et en 1930 à Toulon, une troupe laïque d’Éclaireurs de France. En 1933, au Jamboree de Gödöllö6, Baden Powell lui confie la responsabilité d’écrire les premières années de l’histoire du scoutisme en France7. Son père représente, pour elle, un « modèle éthique d’une pédagogie non directive », le « premier modèle du militant capable de prendre des risques8 », une personne dont le souci moral de ne jamais mentir l’a profondément marquée. Il meurt en septembre 19699. Sa mère, Marie Eudoxie Teissier de Caladon, après ses études secondaires, devient infirmière bénévole à l’hôpital militaire de Nîmes pendant une partie de la Première Guerre mondiale. Elle meurt le 1er janvier 1944. Pierre et Marie ont eu quatre enfants : Jacques, né en 1922, Robert en 1923, Denise en 1926 et Geneviève, « plus tardivement », en 1930. Comme on vient de le dire, le père de Geneviève ayant été nommé en 1934 à Paris, au lycée Henri-IV, sa famille vient s’installer au 18 boulevard Arago, dans le XIIIe arrondissement. Le rez-de-chaussée du bel immeuble est le temple. Elle a alors quatre ans. Tous les étages sont habités par des familles nombreuses protestantes. Elle se lie d’amitié avec Marguerite Bonifas qu’elle retrouvera plus tard, mariée à Michel Deshons, travaillant auprès de Bertrand Schwartz10. Elle joue aussi avec
5 Le christianisme social s’est développé en France dans les dernières années du XIXe siècle à l’initiative du pasteur Tommy Fallot qui fonde, en 1882, le Cercle socialiste de la libre pensée chrétienne. L’initiative de Tommy Fallot convergera en France avec celles de « l’école de Nîmes » qui préconise le développement du mouvement coopératif. En 1896 paraît la Revue du christianisme social qui gardera ce titre jusqu’en 1972 ; elle deviendra Parole et société puis, jusqu’en 2003, Autre temps. 6 Jamboree de Budapest-Gödöllö (Hongrie, 1er-15 août 1933). 7 Les écrits de Pierre Poujol n’ont pas été publiés. 8 Selon l’expression de Geneviève Poujol. Ce qui est entre guillemets dans le texte est, sauf indication différente, son expression propre lors des entretiens. 9 Cf. la biographie de Pierre Poujol dans le Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, t. XLIV. 10 Ce sera au contact de Michel Deshons et de Bertrand Schwartz qui dirige alors le Centre universitaire de coopération économique et sociale (CUCES) de Nancy, que Geneviève Poujol percevra la première fois, dans les années 1950, toute l’importance de l’éducation permanente et de la formation des adultes.

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Jean-Daniel Fabre, le fils du pasteur du temple, qui restera toute sa vie en contact avec elle. Les tendances schizophrènes de ce garçon l’enverront, alors qu’il a une vingtaine d’années, quatre ou cinq ans à l’hôpital de Laborde, où Félix Guattari sera son psychiatre. Il téléphonera à Geneviève deux fois par semaine pendant cinquante ans, jusqu’à sa mort récente, car, disait-il, elle savait l’écouter11. Le décès de sa mère, alors qu’elle a 13 ans, est un grand choc pour elle : la chaleur maternelle lui a manqué trop vite. Elle en garde tardivement des attitudes enfantines, si bien qu’elle est nommée longtemps « Bébé » dans sa famille. Entrée dans la classe primaire du collège Sévigné de Paris, elle continue sa scolarité au petit lycée Henri-IV. Quand son père est mobilisé en 1940, elle entre à l’école primaire protestante de Montpellier. Elle retourne définitivement à Paris en 1944, et rentre en 6e à Sévigné. Son parcours scolaire est assez heurté. Elle fréquente tour à tour plusieurs lycées : Victor-Hugo à Paris, Marie-Curie à Sceaux, puis Fénelon à Paris. Son professeur de philosophie, nièce de Gabriel Marcel, lui fait découvrir l’existentialisme. Ses cours l’incitent à « dévorer » Jean-Paul Sartre. Cette époque est aussi le début d’une amitié avec Francesca Solleville, une camarade de classe qu’elle ira écouter chanter, à ses débuts, place de la Contrescarpe, située en haut de la rue Mouffetard dans le Ve arrondissement, derrière le Panthéon. C’est dans cette même rue Mouffetard que se trouvait l’université populaire de son grand-père paternel Bénoni. Elle est admise au bac philosophie à 20 ans, en 1951.

Années d’apprentissage Les premiers engagements de Geneviève Poujol passent par le scoutisme. À Montpellier, elle a 10 ans quand ses parents la font entrer dans une troupe d’Éclaireurs unionistes, où elle est «petite aile». Retournée à Paris, elle s’inscrit au scoutisme unioniste du foyer de l’Âme de la Bastille, dans un XIIe arrondissement alors

11 Jean-Daniel Fabre écrira plusieurs ouvrages de poèmes : Touchez pas à Fabre (L’Herne, 1969) et Paroles attestées par le cristal (Mai hors saison, 1987) dont un que Geneviève Poujol préfacera.

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populaire, où Jean-Jacques de Félice12 est l’un des animateurs. C’est une période majeure de prise de responsabilité. À 16 ans, en 1946, elle est l’adjointe d’une cheftaine de louveteaux, Jacqueline Wagner13. Geneviève Poujol, « Moineau fantaisiste » de son nom de totem, va dans les jardins publics, autour de la Bastille, recruter de futurs louveteaux dont plusieurs puiseront dans cette formation les outils d’une ascension sociale. Elle participe à plusieurs camps de ski de chefs et de cheftaines dans le Queyras (Hautes-Alpes). Lors d’un de ces camps, à la fin des années 1940, elle rencontre un chef éclaireur, Michel Rocard14, qu’elle épousera cinq ans plus tard. Né le 23 août 1930 à Courbevoie, il est le fils d’Yves Rocard et de Renée Fabre. Yves Rocard avait été un résistant durant la Seconde Guerre mondiale. Agrégé de mathématiques et agrégé de physique, directeur du laboratoire de physique de l’École normale supérieure, il travaille quelque temps avec le Commissariat à l’énergie atomique. Issu d’une famille catholique, il est agnostique. La mère de Michel, Renée, a été élève de l’École normale de Sèvres. Elle s’était convertie au protestantisme alors qu’elle avait une vingtaine d’année. Elle dirige le centre universitaire féminin Concordia15, dans le Ve arrondissement. Ils divorceront plus tard. Michel Rocard a reçu une
12 Jean-Jacques de Félice deviendra un grand avocat. Entré au barreau de Paris en 1952, il se distinguera tout au long de sa vie par ses engagements militants, depuis la guerre d’Algérie jusqu’à aujourd’hui, dans l’affaire Cesare Battisti. Il sera militant de la Ligue des droits de l’homme et du GISTI (association de soutien aux travailleurs immigrés). Son père a été ministre et secrétaire d’État sous la IVe République. Sur cette période évoquée par Geneviève Poujol, JeanJacques de Félice se souvient: «Je me suis d’abord spécialisé dans la défense des mineurs, j’ai défendu beaucoup d’enfants parce que j’avais été responsable de mouvements éclaireurs unionistes, de scouts protestants, et puis responsable de colonies de vacances. Je m’étais beaucoup attaché à l’injustice sociale. Je faisais ça dans les quartiers de l’Est parisien qui étaient les plus défavorisés, donc j’ai pris conscience de l’inégalité sociale qui m’est apparue éclatante, et j’ai défendu beaucoup de mineurs» (cité dans Plein Droit, nos 53-54, revue du GISTI, mars 2002). 13 Jacqueline Sers, née Wagner, restera toute sa vie une militante associative présente dans les médias protestants : dans la revue Réforme, dans l’émission Présence protestante, sur Radio Notre-Dame. 14 Cf. ROCARD M., WAINTRAUB J., Michel Rocard. Entretien, p. 14, 2001 : « Mon père était de famille catholique, lui-même complètement agnostique mais sociologiquement catholique. […] Ma mère s’est convertie au protestantisme quand elle avait 20 ou 21 ans, probablement sous l’influence d’un professeur de philosophie. » 15 Concordia, 41 rue Tournefort, 75005 Paris.

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éducation protestante. Issu d’un milieu social aisé, ayant acquis si fortement de sa mère le goût de la discipline, sa méthode de scoutisme est d’une telle rigueur, dans le style de la troupe du Luxembourg qu’il anime, qu’il en est moqué. Il y a aussi, dans ces camps, d’autres éclaireurs que Geneviève continuera à fréquenter, ainsi Robert de Caumont16, au militantisme plus tourné vers la question sociale. Ce camp est l’occasion des premières discussions politiques. Ils débattent avec le commissaire national des Éclaireurs unionistes, Robert Costil. Malgré ses choix politiques de droite, Robert Costil exerce une certaine fascination sur Michel Rocard, lui-même entraînant Geneviève dans l’attrait de la vie politique. Michel Rocard adhère en 1949 aux Étudiants socialistes, mouvement très autonome vis-à-vis de la SFIO, ce qui les met en conflit avec les Jeunesses socialistes dirigées par Pierre Mauroy17. Geneviève Poujol restera cheftaine plusieurs années encore, jusqu’à 23 ans, quelques mois au-delà de son mariage, fin 1954. Avant de quitter cette responsabilité, elle appliquera la règle qui veut que l’on ne parte qu’après avoir formé son successeur : Josée Katz, son adjointe depuis 1952, future épouse de Jean-Jacques de Félice, la relaiera18. En juin 1951, Geneviève Poujol s’inscrit en prépa de médecine, mais ne va pas plus loin que sa première année de PCB (physique chimie biologie) : elle n’y trouve pas son chemin. Désireuse d’une plus grande autonomie, elle arrête ses études et trouve son premier emploi, en octobre 1952, à la maison d’édition du Christianisme au XXe siècle, un hebdomadaire protestant19. Elle y restera deux ans. En octobre 1953, elle retourne de nouveau à l’université et s’inscrit en droit20. Elle trouve un emploi à l’association rivale

16 Robert de Caumont, énarque, sous-préfet, il sera l’un des principaux animateurs des GAM (groupes d’action municipale) dont la ville de Grenoble sera le laboratoire le plus médiatisé. Collaborateur de l’ADELS (Association pour la démocratie locale et sociale), il sera, entre autres, directeur de l’Institut d’urbanisme de Paris. 17 Michel Rocard prend rapidement la responsabilité des Étudiants socialistes. Il sera secrétaire national des Étudiants socialistes de 1953 à 1955. 18 Josée Katz épousera Jean-Jacques de Félice vers 1952. 19 Christianisme au XXe siècle, 14 rue Cœur-de-Vey, 75014 Paris. 20 Faculté de droit de Paris, rue Soufflot.

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de la Corpo de droit, qui, elle, est très à droite. Elle y est de sept à huit heures par jour, ce qui lui donne un petit apport financier pour poursuivre sa deuxième année d’études, jusqu’à ce que l’association se trouve sans argent. Haut lieu historique, la boulangerie, qui se trouvait à l’angle de la rue Soufflot et de la rue Saint-Jacques, a joué le rôle important de point de regroupement des minoritaires de « l’Anti-Corpo de droite ». La période des études de droit (1953-1956) est capitale pour sa maturation politique. Son premier militantisme politique se forge avec la rencontre du militantisme jéciste. Avec Claude Quin21 notamment, pour qui elle nourrira une grande amitié, elle met sur pied, avec l’appui de l’Anti-Corpo, la première édition de cours de droit, ce qui est alors une innovation, en publiant le cours d’économie politique de Georges Lasserre. Elle fait la connaissance de Paul Thibaud22. Elle se lie d’amitié, aussi, avec Henri Leclerc, futur avocat (dont celui du PSU) qui présidera la Ligue des droits de l’homme, avec Georges Suffert, futur journaliste chrétien, avec trois autres futurs avocats : Jacques Aaron et Roland Rappaport lequel deviendra avocat communiste, Georges Pinet, jéciste qui sera, comme de Félice, membre du GISTI23, avec Hubert LesireOgrel, porte-parole des étudiants de Sciences-Po24, d’autres encore… Les combats contre Jean-Marie Le Pen et ses amis – l’enjeu étant la prise de l’UNEF tenue à cette époque par la droite, avant qu’elle ne passe à gauche, plus tard – tiennent une grande place dans le souvenir de ces années. Les distributions de tracts à l’entrée de la faculté de la rue d’Assas étaient parfois plus que houleuses.

Cf. FORT J., « Claude Quin n’est plus », L’Humanité, 8 mai 2004 sur Claude Quin (1934-2004). Militant de la JEC, il adhérera peu après au PCF dont il sera longtemps l’un des cadres dirigeants. « Intellectuel de grande qualité, docteur en sciences économiques, il sera membre de la section économique du PCF, rédacteur en chef d’Économie et Politique, élu au Conseil de Paris de 1977 à 1981 et président de la RATP de 1981 à 1986. » 22 Paul Thibaud, philosophe, sera directeur de la revue Esprit de 1977 à 1988. 23 Groupe d’information et de soutien aux travailleurs immigrés. 24 Hubert Lesire-Ogrel entrera en 1973 à la commission exécutive de la CFDT, puis il remplacera Jacques Moreau à la responsabilité du secteur politique de la CFDT. En mai 1981, il sera chargé de mission auprès du ministre de la Solidarité (cf. HAMON H., ROTMAN P., La deuxième gauche, Le Seuil, coll. « Points », Paris, 1984).

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Elle rencontrera également à cette époque Jacques Bugnicourt, jaciste, qui est aussi inscrit à la faculté de droit de Paris, tout en restant fortement attaché à sa campagne picarde. Tellement attaché qu’il se présentera à Sciences-Po comme exploitant agricole25, seul, sans doute, à s’inscrire sous cette dénomination socioprofessionnelle. Michel Rocard était entré en 1952 à Sciences-Po. C’est à cette période qu’au scoutisme, où il milite encore, s’est ajouté progressivement l’engagement syndical et politique. Il avait pris une carte d’étudiant en droit uniquement pour pouvoir militer mais, aiguillonné par le succès de Geneviève reçue en 1953 en première année, il passe à son tour avec succès les épreuves d’entrée en droit. Il est diplômé de Sciences-Po en juin 1954. Il ne réussit qu’à la troisième tentative le concours d’entrée à l’ENA (École nationale d’administration), à la rentrée 1956. Geneviève Poujol et Michel Rocard se marient le 26 juillet 1954 à Vébron. À la fin de l’été, en septembre 1954, le couple, rentré à Paris, habite toujours boulevard Arago, mais il a emménagé au 15, face à l’immeuble de son enfance. En effet, ils ont échangé leur grand appartement du 18 contre deux petits appartements qu’ils partagent avec le père de Geneviève, toujours très proche. Son mariage n’empêche pas Geneviève Poujol de continuer ses études, mais elle ne va pas au-delà de la deuxième année de droit. Elle prend un emploi en janvier 1955, à l’Union internationale de chimie, où elle travaille aux tables de constantes physiques chimiques, destinées à alimenter le Chemical Abstract26. Elle est refusée à l’entrée en troisième année, à la veille d’accoucher de son premier enfant, Sylvie, en juin 1956. À cette époque, elle adhère à la Fédération des industries chimiques de

25 Jacques Bugnicourt sera notamment docteur ès lettres (géographie), docteur en économie, diplômé de l’IEP, de l’ENFOM et du Centre d’étude des programmes économiques. 26 Les tables de constantes sont un ensemble de données numériques de certaines grandeurs pouvant servir à caractériser un corps pur ou un mélange. Elles les présentent de façon à pouvoir être aisément consultées. L’Union internationale de chimie est une association financée par l’État, intégrée plus tard à l’université Paris-VII, rue Saint-Jacques à Paris. Le Chemical Abstract est une revue généraliste de chimie organique.

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la CFDT, tout en étant inscrite à l’UNEF. Son engagement syndical ne la détourne pas de l’engagement politique. Dans ces mêmes années, Geneviève, accompagnant Michel Rocard, fréquente la nouvelle gauche de la SFIO et Michel quitte les Étudiants socialistes. Tous les deux s’investissent dans le PSA (Parti socialiste autonome) créé en septembre 1958, à la suite du congrès de la SFIO à Issy qui se déchire sur la question de la guerre d’Algérie. C’est à ce moment que Michel Rocard abandonne ses responsabilités aux Éclaireurs unionistes. Bien qu’ayant sa carte, elle ne s’engage que « mollement » dans la sixième section (VIe arrondissement) du PSA. Les réunions politiques se tiennent parfois dans une loge franc-maçonne, mais il arrive souvent qu’elles se passent chez eux. Plutôt que la section du parti, Geneviève préfère la fréquentation de ceux qui viennent partager leur table. À cette période, ils reçoivent beaucoup d’amis, des militants venus du scoutisme et du monde étudiant dont de nombreux auront des carrières publiques de premier plan. Les premiers connus et les amis chers : Claude Quin et Henri Leclerc déjà évoqués, Jean Poperen27, Hubert Prévot28 étudiant à l’ENA et parrain de leur fille. Mona et Jacques Ozouf, les Pézot, François Furet, Simon Nora, futur inspecteur des finances et son frère cadet Pierre29, avec lequel ils partageront achats de bateaux et croisières en mer. Marc Heurgon30 aussi, dont la « mécanique intellectuelle prodigieuse » la fascinait particulièrement et dont Michel Rocard « ingurgitait les idées ». Au tout début de l’année 1957, enceinte, elle prend un congé de maternité qu’elle arrête après la naissance de son second enfant, Francis, fin mai 1957. Le soin de ses enfants occupe la plus grande partie de son temps, entre l’été 1956 et septembre 1960.
Jean Poperen sera membre du secrétariat national du Parti socialiste. Hubert Prévot implantera le syndicat CFTC au ministère des Finances. Il sera notamment directeur du FAS (fonds d’action social pour les travailleurs et leurs familles), commissaire au Plan, secrétaire général à l’intégration, aujourd’hui président de la CPCA (Conférence permanente des coordinations associatives). 29 Pierre Nora, futur historien, directeur d’études à l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales) et éditeur chez Gallimard, sera élu à l’Académie française. 30 Marc Heurgon, enseignant d’histoire et dont l’action marquera la politique du CEDETIM, fut « un camarade de route » très proche du couple. Il était fortement impliqué dans la vie du PSU.
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