Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 17,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

Un ethnologue à l'OMC

De
250 pages
Bienvenue dans les couloirs de la gouvernance internationale, au coeur de l’OMC, lieu où se pratique la diplomatie à l’échelle planétaire. Après avoir, des mois durant, sillonné ses bureaux de Genève, Marc Abélès et son équipe signent la première étude anthropologique sur une organisation à la fois connue et mystérieuse. Le regard d’ethnologues étonnés et curieux, loin des traités arides habituellement consacrés à cette institution dont le mode de fonctionnement offre un formidable condensé des relations humaines.L’OMC rassemble des représentants de cultures et de traditions politiques très différentes, qui travaillent à l’harmonisation des législations et à la construction d’un projet englobant. Enjeux de pouvoir, règlement des conflits, transparence et secret : les pratiques juridiques, diplomatiques et politiques de l’OMC se déploient selon des rythmes hétérogènes, entre l’urgence et la lente durée. Les auteurs montrent que la référence à l’état de crise fait partie des représentations familières à l’intérieur de l’organisation comme dans son environnement immédiat. Un regard iconoclaste sur un milieu humain jaloux de ses secrets.
Voir plus Voir moins
Présentation de l’éditeur : Bienvenue dans les couloirs de la gouvernance internationale, au cœur de l’OMC, lieu où se pratique la diplomatie à l’échelle planétaire. Après avoir, des mois durant, sillonné ses bureaux de Genève, Marc Abélès et son équipe signent la première étude anthropologique sur une organisation à la fois connue et mystérieuse. Le regard d’ethnologues étonnés et curieux, loin des traités arides habituellement consacrés à cette institution dont le mode de fonctionnement offre un formidable condensé des relations humaines.L’OMC rassemble des représentants de cultures et de traditions politiques très différentes, qui travaillent à l’harmonisation des législations et à la construction d’un projet englobant. Enjeux de pouvoir, règlement des conflits, transparence et secret : les pratiques juridiques, diplomatiques et politiques de l’OMC se déploient selon des rythmes hétérogènes, entre l’urgence et la lente durée. Les auteurs montrent que la référence à l’état de crise fait partie des représentations familières à l’intérieur de l’organisation comme dans son environnement immédiat.Un regard iconoclaste sur un milieu humain jaloux de ses secrets.
Anthropologue et ethnologue, Marc Abélès est directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et directeur de recherche au CNRS. Il est notamment l’auteur de Un ethnologue à l’Assemblée(2000), Les Nouveaux Riches : un ethnologue dans la SiliconValley (2002),Politique de la survie(2006) et plus récemment d’une Anthropologiede la globalisation(2008).
Des anthropologues à l’OMC
Des anthropologues à l’OMC
Scènes de la gouvernance mondiale
Sous la direction de Marc Abélès
CNRS Éditions 15, rue Malebranche – 75005 Paris
© CNRS Éditions, Paris 2011
Sommaire
Remerciements .......................................................................... Préfacepar Pascal Lamy........................................................... Introductionpar Marc Abélès...................................................
Chapitre 1. Les maîtres du clair-obscur : transparence et secret dans la communication par Lynda Dematteo................................................................. Chapitre 2. Le régime d’invisibilité des experts par Máximo Badaró................................................................. Chapitre 3. Le global-politique et ses scènes par Marc Abélès....................................................................... Chapitre 4. Un para-site à l’OMC : en quête de lumière dans laGreen Room par Hadi Nicholas Deeb et George E. Marcus ................................................................ Chapitre 5. Explorer le pouvoir par Jae Chung.......................................................................... Chapitre 6. La Chine, un éléphant tranquille sur la scène des échanges internationaux par Hua Cai.............................................................................. Chapitre 7. «In ordinem adducere» L’Organe de règlement des différendspar Paul E. Dima......... Chapitre 8. Crises à l’OMC, crise de l’OMC par Mariella Pandolfi et Phillip Rousseau..............................
Présentation des contributeurs ..................................................
9 11 15
33
81
111
141
171
201
231
255
285
Chapitre 3
Le global-politique et ses scènes
Marc Abélès
Mon intérêt pour l’OMC est lié à un questionnement plus général sur la nature du global-politique. S’il recoupe le domaine traditionnel des « relations internationales », le global-politique le déborde de tous côtés. Le global-politique (Abélès 2008, 2010) ne se limite pas à un ensemble d’instances de négociation et de prise de décision. Il est aussi la scène où se concrétise une puissance collective, faite de tensions, voire d’affrontements, mobilisant des protagonistes issus de strates hétéroclites. On ne saurait aplatir la dimension nouvelle du global-politique en s’en tenant à une vision purement institutionna-liste. Le global-politique nous projette dans un régime d’anticipation et porte le signe de l’incomplétude. Il ne peut pas être circonscrit en termes de rapport de forces, ni pensé comme une forme supra-étatique, mais comme un inducteur de normes, de concepts transver-saux, de paramètres de discussion, de termes de négociation qui se diffusent dans les pores des sociétés et infusent les esprits qui les gouvernent. Le global-politique n’est pas seulement un espace où s’échangent des arguments ; on y négocie des orientations qui vont progressivement s’imposer aux niveaux local et national. Cette activité a un impact direct sur les agendas des gouvernants. Elle produit aussi des outils nouveaux, des « grilles conceptuelles » qui per-mettent de reformuler les orientations de la gouvernementalité par-delà les frontières nationales. Pour toutes ces raisons, l’étude d’organisations transnationales comme l’OMC présente l’intérêt de nous projeter au cœur d’un dispositif où, tout en affirmant la primauté des États-nations, la nécessité d’élaborer des règles communes et la mise en place d’un organisme de règlement des différends impliquent qu’on dépasse les intérêts nationaux pour construire un mode de régulation commun.
112
Des anthropologues à l’OMC
Mais l’OMC fonctionne sous le régime de la diplomatie, et la production d’un « commun » entre en tension avec les prétentions des États à régir la scène internationale. C’est cette tension qui est particulièrement intéressante à réfléchir, sachant qu’à l’intérieur même du Secrétariat cohabitent des représentations différenciées de ce que doit être le rôle de cette organisation. Car, dans le domaine du commerce international, eu égard aux déséquilibres économiques, l’idéal d’une ouverture maîtrisée des échanges est inséparable d’un univers de rapports de force qui impliquent la confrontation entre des points de vue souvent inconciliables. La diplomatie, l’expertise et la politique sont imbriquées et interfèrent en permanence avec des considérations techniques et juridiques. Ajoutons que l’OMC se veut un espace de débat, développe une vaste activité de communication et a créé un rendez-vous annuel spécifique, le WTO Public Forum. La difficulté d’un travail ethnographique à l’intérieur de cette organisation réside dans la représentation que se font les acteurs de leur propre pratique. Ils sont censés ouvrir, libéraliser les échanges, et en même temps ils instituent des normes. Ces deux exigences créent à elles seules une tension forte, chacun voulant profiter de l’ouverture, mais acceptant mal de se voir appliquer certaines régula-tions. Par ailleurs, l’OMC vit au rythme très lent d’une négociation, le cycle de Doha, dont les protagonistes reconnaissent qu’elle est décalée par rapport à la temporalité réelle de l’économie. L’irruption de la crise financière a ainsi constitué un facteur de déstabilisation, remettant brutalement en cause les principes mêmes du libéralisme dont se réclame l’OMC et faisant apparaître les limites de la capacité d’anticipation et de la réactivité des grandes organisations internatio-nales face à un événement de cette ampleur. Il est vrai que l’OMC en tant qu’instance de négociation n’a pasa priori vocation à exercer une fonction de gouvernance. Cependant, dans les faits, la transfor-mation du GATT, conçu comme un instrument au service des puis-sances hégémoniques occidentales, en une organisation où se confrontent désormais pays riches et pays pauvres, où s’affirment les grandes puissances émergentes, a fait de l’OMC un lieu incontesta-blement politique.
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin