Un filet et des sports

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La pratique du sport répond-elle à des normes culturelles ? Peut-on établir une correspondance avec des valeurs sociales quand l'espace de jeu est séparé et le contact impossible comme dans le cas des sports de franchissement de filet par un projectile ? Pourquoi ces pratiques se sont tant développées au cours du XXème siècle ? Notre intérêt porte sur les sports de franchissement de filet et particulièrement leur sociomotricité. Dans une approche comparative, ce livre porte un regard attentif sur les aspects sociaux en incluant également des éclaircissements historiques et prospectifs.
Publié le : mardi 1 janvier 2008
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EAN13 : 9782296187894
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UN FILET ET DES SPORTS © L'Harmattan, 2007
5-7, rue de l'Ecole polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattanl@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-04632-0
EAN : 9782296046320 Stéphane Méry
UN FILET ET DES SPORTS
Approches
sociologique — historique — prospective — comportementaliste
L 'Harmattan Logiques Sociales
Collection dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si
la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend
favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale.
En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à
promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une
expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes
sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique,
voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels
classiques.
Dernières parutions
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Yann LE BIHAN, Construction sociale et stigmatisation de la
« femme noire », 2007.
Jérôme DUBOIS, La mise en scène du corps social. Contribution
aux marges complémentaires des sociologies du théâtre et du
corps, 2007.
Laroussi AMRI (sous la dir.), Les changements sociaux en Tunisie
(1950-200), 2007.
Le complexe, contribution à Emmanuel M. BANYWESIVE,
l'avènement de l'Organisaction chez Edgard Morin, 2007.
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missions : perspectives sociologiques, 2007.
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2007. femmes et les entreprises : le serpent de mer de l'égalité,
2007. Suzie GUTH, Histoire de Molly, San Francisco 1912-1915,
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mémoire et l'émotion, 2007.
2007. Eguzki URTEAGA, Études sur la société française,
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2007. professionnels et 1 'internet,
Vies nocturnes, 2007. Magdalena JARVIN,
Jean-Yves CAUSER, Roland PFEFFERKORN et Bernard
WOEHL (sous la dir.), Métiers, identités professionnelles et genre,
2007.
Fabrice RAFFIN, Friches industrielles, 2007. SOMMAIRE 7
LISTE DES ABREVIATIONS 10
INTRODUCTION 11
1 - CONCEPTS ET NOTIONS 15
1-1 DÉFINITION DU SPORT 15
1-2 LA SOCIOMOTRICITÉ DE PIERRE PARLEBAS 17
1-3 PRATIQUES SPORTIVES ET ORIGINE SOCIALE 21
1-4 ÉTHOLOGIE 29
1-4-1 L'école objectiviste 31
1-4-2 Le développement des conceptions actuelles 33
1-4-3 La communication gestuelle
Cas des communications non verbales 35
1-4-4 L'agressivité et l'agression 44
Le cas particulier du comportement agonistique chez l'homme 45
L'envie de gagner : des instincts qui nous gouvernent 47
1-5 NAISSANCE DE LA RÈGLE : UN FAIT PSYCHOLOGIQUE ET SOCIAL 51
2 HISTORIQUE 55
2-1 PÉRIODISATION DES ACTIVITÉS PHYSIQUES ET SPORTIVES JUSQU'AU XIX'
SIÈCLE 55
2-2 JEUX DE BALLE DES ORIGINES AU XIX' SIÈCLE 57
2-3 APPARITION DES SPORTS MODERNES EN EUROPE À PARTIR DU XIX'
SIÈCLE 66
2-4 L'APPROCHE SOCIOHISTORIQUE DU TENNIS 78
2-5 L'APPROCHE SOCIOHISTORIQUE DU TENNIS DE TABLE 88
2-6 L'APPROCHE SOCIOHISTORIQUE DU BADMINTON 89
2-7 L'APPROCHE SOCIOHISTORIQUE DU JEU DE PAUME 91
2-8 L'APPROCHE SOCIOHISTORIQUE DU VOLLEY 91
3 METHODOLOGIE 93
3-1 LE TERRAIN DE RECHERCHE 93
3-2 ELABORATION DES OUTILS 94
3-2-1 Recueil et traitement des données 94
3-2-2 Approche expérimentale 94
3-2-3 Pré-enquête 95
3-2-4 Elaboration des outils pendant la pré-enquête 95
3-2-5 Finalisation des outils pour la recherche 101
3-2-6 Description de quelques variables 103
3-3 LE DIFFÉRENCIATEUR SÉMANTIQUE 107
4 LES UNIVERSAUX 109
4-1 LE RÉSEAU DE COMMUNICATIONS 109
4-2 LE RÉSEAU DES INTERACTIONS DE MARQUE 110
4-3 LE RÉSEAU DES SCORES 1 1 1
Caractéristiques des sports étudiés 113
Influence de la logique externe 116
4-4 LE SYSTÈME DES RÔLES SOCIOMOTEURS 117
4-5 LE SYSTÈME DES SOUS-RÔLES SOCIOMOTEURS 120
7
4-6 LE RAPPORT À L'ESPACE ET AU TEMPS 128
4-6-1 L'espace de jeu intimement lié au temps 129
Un espace séparé en deux parties 129
4-6-2 Les transformations d'un espace de jeu 139
1860 à 1883: un espace encore mal défini pour le tennis et le badminton 139
Nouvelles tactiques et techniques sources du changement des règles 143
4-6-3 Expérience de reconstitution d'anciens terrains de tennis 160
4-7 LE RAPPORT À AUTRUI 166
4-7-1 Incertitude de l'adversaire 166
4-7-2 La distance d'interaction 167
4-7-3 Les gestèmes, une approche éthologique et sociologique des comportements 168
Les comportements du tennisman entre les points 169
Les comportements du joueur de paume entre les points 176
Les comportements du joueur de tennis de table entre les points 177
Les comportements du joueur de badminton entre les points 178
Les comportements des volleyeurs entre les points 179
Récapitulatif de l'ensemble des comportements entre les points 181
4-8 LE RAPPORT À L'OBJET 200
4-8-1 La tenue vestimentaire 200
4-8-2 Le projectile 202
4-8-3 La raquette 204
5 FACTEURS AGISSANT SUR LE CHOIX DES PRATIQUES 207
6 - PROSPECTIVES 219
6-1 UN TENNIS ÉVOLUTIF 220
220 Un espace adapté
Un matériel adapté 220
6-2 FAIRE VENIR LES JOUEURS À LA COMPÉTITION 222
La maîtrise du temps : des formats de jeu différents 222
223 Le point décisif (no-ad)
224 Des matches très courts
Un classement évolutif et pour tous 228
231 Des tournois conviviaux
232 6-3 TOUJOURS PLUS DE SPECTACLE
233 Temps de repos et pages publicitaires
234 Sous les projecteurs
235 Un spectacle sous « chapiteau »
236 Une vitesse de jeu contrôlée
237 Les Shorts Sets, un spectacle garanti
238 Nouvelle hiérarchie des tournois et des joueurs
238 Tournois internationaux
239 Tournois plébiscités par les villes et encouragés par la FFT
240 Une course pour la place de N° 1
240 Vers une suprématie des matches par équipes
241 6-4 LA SYMBOLIQUE DES GRANDS TOURNOIS
242 6-5 DES JOUEURS TRÈS 'PROS'
242 Sérieux et entourés
244 Le niveau de jeu se resserre
8
Pas beaucoup plus de très jeunes champions 245
Pas forcément une taille de géant 248
6-6 ARBITRAGE : L'HOMME ET LA MACHINE 252
6-7 UNE ÉVOLUTION CONTROLÉE DU MATÉRIEL 256
CONCLUSION 257
BIBLIOGRAPHIE 262
ANNEXES 273
Classement des dix départements les plus et moins représentatifs par CSP 273
Classement des dix départements les plus et moins représentatifs par sport 275
Jeux de balle à différentes époques 277
Jeux de balle et de raquette au Pays Basque 287
Tennis, chronologie du règlement, des techniques et des tactiques de jeu 291
Tennis, chronologie de l'évolution du matériel 297
Tennis, chronologie liée à la spectacularisation du tennis 300
Badminton, chronologie du développement 305
Jeu de courte paume, chronologie du développement 307
Tennis de table, chronologie du développement '308
Volley, chronologie du développement 310
Évolution de la tenue vestimentaire au tennis 312
Réglementation du marquage autorisé sur les vêtements 314
Réglementation pour les raquettes '315
Étymologie 318
L'évolution de quelques mots à travers les dictionnaires 321
Les réseaux des scores dans les cinq sports 335
L'origine du système de comptage des points à la courte paume 340
Le réseau des scores du jeu de paume à l'origine du classement au tennis 344
Les comportements en images au tennis 348
Les comportements en images à la paume 353
Les comportements en images au tennis de table 355
Les comportements en images au badminton 357
Les comportements au tennis après la victoire 392
Les comportements à la courte paume après la victoire 400
Les comportements au volley après la victoire 411
413 Plans de neuf courts de courte paume
417 Plans de vingt-sept courts de tennis à différentes époques
9
LISTE DES ABREVIATIONS
adv : adversaire
ATP : Association des Tennismen Professionnels
avt : avant
CSP : Catégories Socioprofessionnelles
Chpts : Championnats
CIO : Comité International Olympique
cm : centimètre(s)
COSEC : Complexe Sportif et Evolutif Couvert
cpts : comportements
DTN : Direction Technique Nationale
ENSEP : Ecole Nationale Supérieure d'Education Physique
FFLT : Fédération Française de Lawn-Tennis
± 1 : Fédération Française de Tennis 1-
FILT : Fédération Internationale de Lawn-Tennis
FIT : Fédération Internationale de Tennis
FITT : Fédération Internationale de Tennis de Table
franchi : franchissement(s)
g : gramme(s)
h : hauteur
IBF : Internationale Badminton Fédération
ITF : Internationale Tennis Fédération
ITTF : International. Tennis de Table Fédération
JO : Jeux Olympiques
kg : kilogramme(s)
1 : largeur
L : longueur
m : mètre(s)
mm : millimètre(s)
mn : minute(s)
moy : moyenne
mvt : mouvement
nb : nombre
sec : seconde(s)
USFSA : Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques
WTA : World Tennis Association
10 INTRODUCTION
Pop, disco, rock ou classique, thriller, documentaire ou comédie,
musiciens et réalisateurs ont un vaste répertoire d'actions possibles. Or, leur
champ d'exercice est généralement restreint et ils atteignent l'excellence dans
un seul domaine. La gamme de pratiques sportives est aussi hétéroclite que
celle de la musique ou du cinéma. L'individu dispose d'une multitude de
disciplines pour s'accomplir. Le non-initié définit le monde des activités
physiques sous le terme générique de sport. Pourtant, n'y a-t-il pas de
différences importantes entre un cent mètres, une descente en vélo tout terrain,
un combat de boxe et un match de tennis, de volley ou de football ?
Le terrain de jeu et le nombre de participants varient disproportionnellement.
Les protagonistes peuvent se confronter physiquement avec violence ou au
contraire n'avoir aucun contact.
Comme entre un rock et un slow ou un thriller et une comédie, suivant le sport,
l'action motrice varie en tempo et en chocs physiques.
Nous n'assistons pas aux mêmes esclandres verbaux et physiques des joueurs
et du public au Parc des Princes que sur la terre battue de Roland Garros. Déjà
au moyen âge, il existe de telles différences. Les jeux de paume mêlant savoir-
vivre et rigueur s'opposent par exemple à la soul, jeu sans limite de violence.
L'euphorie du public, la mise en scène, la spectacularisation et les sommes
dépensées varient sans communes mesures d'un sport à un autre lors d'un
championnat national.
Les sports sont donc contrastés. L'espace de jeu et son interpénétration ou non
engagent un rapport à autrui différent. Au tennis par exemple, les joueurs n'ont
pas le droit de pénétrer dans le camp opposé. D'ailleurs, un filet partage le
terrain. Nous rencontrons des sports où le contact est autorisé et d'autres où il
est proscrit, des sports où les joueurs extériorisent leurs émotions et d'autres où
ils les masquent. Le paysage sportif est bigarré. Une variété d'utilisations de
l'espace, de rapports sociaux et de comportements illustrent ce patchwork des
pratiques. En France, celles-ci sont réparties de manière disparate. Par exemple,
pourquoi est-ce dans les Yvelines que nous trouvons le taux de joueurs de
tennis le plus important alors que celui de la pratique du volley y est moindre et
celui du football au plus bas ? Ou encore pourquoi y a-t-il davantage de
licenciés au tennis qu'au volley ?
Comment et pourquoi apparaissent de telles différences ? La pratique du sport
répond-elle à des normes culturelles ? Peut-on établir une correspondance avec
des valeurs sociales quand l'espace de jeu est séparé et le contact impossible
comme dans le cas des sports de franchissement de filet par un projectile ?
Pourquoi ces pratiques se sont tant développées au cours du XX e siècle ?
Notre intérêt porte sur les sports de franchissement de filet et particulièrement
leur sociomotricité. Dans une approche comparative, nous y portons un regard
attentif sur les aspects sociaux en incluant également des éclaircissements
historiques et prospectifs.
11 Le fil conducteur de notre recherche est le tennis. Les autres sports que nous
étudions sont le jeu de paume, ancêtre attitré du tennis, le badminton, cousin
germain du tennis, le tennis de table, probablement fils du tennis et du
badminton, et le volley, descendant des jeux de paume traditionnels.
Avec les concepts de la praxéologie motrice que développe Pierre Parlebas et
dans le champ des sciences sociales que sont la sociologie et l'éthologie, nous
analysons alors les comportements et conduites sociomotrices du joueur.
Aborder l'histoire de l'évolution des cinq sports jusqu'à leur actualité la plus
récente est essentiel. Pouvons-nous établir une comparaison entre l'évolution
de ces sports et la mondialisation de la société sur le plan économique ?
Si l'on établit une prospective sur les vingt années à venir, il est probable que
l'avenir du sport sera marqué par la mise en scène grandissante de celui-ci. La
spectacularisation s'accentue depuis les débuts de la radio et s'amplifie avec les
retransmissions télévisées d'événements sportifs sponsorisés par les
gargantuesques sociétés commerciales. Allons-nous vers une modification des
règles en fonction de l'évolution des attentes sociales ?
La logique interne du jeu, que Ferdinand de Saussure appelait la grammaire du
jeu, permet d'appréhender les évolutions de nos cinq sports. Comme traits
distinctifs de cette logique interne, nous observons les rapports que le jeu et les
joueurs entretiennent avec l'espace, le temps, autrui et les objets. Un joueur
accomplit une action motrice qui représente un ensemble de comportements
moteurs en relation avec autrui et le contexte dans lequel il évolue.
Les traits distinctifs mis en parallèle avec l'évolution sociale nous servent pour
étudier les modifications que nos cinq sports ont connues. La logique interne
agit-elle aussi sur les gestes et les paroles du joueur ? Peut-on établir un lien
entre nos règles de comportements sociaux et le code gestèmique modélisable
par des méthodes empruntées à la psychosociologie et l'éthologie ?
Le sport est bien intégré dans la société. Quels en sont les mécanismes
d'évolution ? Pourquoi certains individus se dirigent-ils vers des disciplines
sociomotrices de duel avec partenaires alors que d'autres choisissent d'être
seuls ? À quelle forme d'attente la pratique sportive répond-elle pour chaque
individu ? Quels phénomènes sont à la base des rapports que le joueur
entretient avec l'espace, le temps, autrui et les objets ? Une nouvelle donne
sociale ou culturelle en interaction avec les pratiques sportives provoque-t-elle
des changements dans la logique interne des sports ? L'apparition du jeu décisif
au tennis, du point attribué à chaque coup au volley et la nouvelle taille de la
balle au tennis de table sont des signes révélateurs de changements qui méritent
d'être étudiés. Quelques explications amorcent des réponses mais il faut
chercher plus en profondeur. Outre la volonté d'augmenter le nombre de
licenciés et l'envie de pratiquer, n'y a-t-il pas d'autres raisons ?
Comme le préconise Émile Durkheim, nous écartons les prénotions, les fausses
évidences et définissons les choses dont nous allons traiter. Ce qui est trop
souvent prisé dans une démarche d'acquisition de connaissances est
12 malheureusement le jugement premier, donc de valeur, alors que c'est le
scientifique qui devrait primer. Dans La naissance de l'esprit scientifique',
Gaston Bachelard annonce : « On ne peut rien fonder sur l'opinion : il faut
d'abord la détruire. Elle est le premier obstacle à surmonter. »
Notre travail repose sur des théories et des méthodes de mise à l'épreuve de nos
hypothèses avec des données objectives et contrôlables.
Selon Henri Poincaré, « On construit la science avec des faits comme une
maison avec des pierres. Mais une accumulation de faits n'est pas plus une
science qu'un tas de pierres n'est une maison. » L'objectif réel de la science ne
peut pas être l'étude de l'action dans sa singularité ou pour elle-même. Il faut
une modélisation pour dégager des processus généraux. Elle a une capacité
heuristique de simplifier le réel pour le rendre explicable. La méthodologie est
donc importante puisque c'est d'elle que dépend la qualité de la modélisation et
sa pertinence par rapport au sujet traité.
N'hésitons pas à puiser des renseignements dans les travaux d'autres
scientifiques qui amènent des compléments à notre recherche. Comme le
souligne Auguste Comte, « L'humanité est faite de plus de morts que de
vivants. » Mais lorsqu'il s'agit d'exploiter les travaux de nos prédécesseurs,
tout ne peut être pris pour argent comptant. La critique post-recherche est donc
nécessaire. Cette étude nous oblige à être pluridisciplinaire tout en dégageant
un objet original. La praxéologie motrice développée par P. Parlebas rend
l'ensemble cohérent.
1 BACHELARD Gaston, La formation de l'esprit scientifique, Contribution à une psychanalyse
de la connaissance objective, Paris, Librairie philosophique J. Vrin, 1977, p. 14.
13 1 - CONCEPTS ET NOTIONS
1-1 DÉFINITION DU SPORT
Chaque matin, un enfant se dépêche de parcourir les cinq cents mètres
qui séparent son logis de l'abribus pour ne pas être en retard à l'école. Un
gendarme nage et court tous les soirs afin d'intégrer une section d'élite. Lors
d'un après midi ensoleillé à Saint-Mandrier, un estivant joueur de pétanque en
triplette discute stratégie avec ses collègues. Un champion cycliste s'échappe
du peloton dans le Ventoux. Tous ces exemples sont autant de situations
différentes et de pratiques physiques variées. Ces personnes ont une activité
motrice pertinente pour atteindre leur objectif : éviter une remontrance du
maître, réussir un concours, gagner une partie non officielle, gagner une étape.
Font-ils tous du sport ? Peut-on mettre sous la même appellation le pratiquant
occasionnel de tennis pendant les vacances et le champion de Roland Garros ?
Certains résultats statistiques les rassemblent. Ainsi, nous avons plus de la
moitié des Français qui pratiqueraient une activité physique. Pour l'opinion,
pour le sens commun, ils font du sport. Il s'agit maintenant de rester sérieux.
Tous ces individus ne peuvent être rangés sous la même étiquette de sportif. Il
faut donc donner une définition au sport. Mais en existe-il une bien établie et
reconnue de tous ?
Nous n'en avons pas trouvée de reconnue officiellement. Même le ministère
des sports n'a pas de réelle définition.
Bien entendu, derrière les statistiques, il y a des enjeux politiques et financiers.
Suivant l'organisme qui demande l'enquête, les résultats divergent. Un
ministère a tout intérêt à montrer que la population est 'sportive', dynamique et
utilisatrice potentielle des structures existantes et de celles à venir.
Pour notre étude, nous prenons la définition du sport que P. Parlebas 2
L'ensemble des situations motrices codifiées sous donne dans son lexique : «
forme de compétition et institutionnalisées ».
La définition est simple, concise et permet immédiatement de classer des
pratiques physiques dans la catégorie sport. Si l'on veut affiner des variables
sur les pratiquants, il suffit de connaître la fréquence et la durée des pratiques
compétitives, des entraînements correspondants, etc.
Les définitions du terme 'sport' sont multiples comme P. Parlebas le formule :
« C'est peu de dire que le sport est polysémique : il devient pansémique. »
Quelques-unes retiennent toutefois notre attention pour les termes employés et
l'importance que prend ainsi le concept sport. Celle de Bernard Jeu 3 donne bien
2 PARLEBAS Pierre, Jeux, sports et sociétés, Lexique de praxéologie motrice, INSEP, 1 ère
fme édition 1998, p. 355. édition 1987,
3 JEU Bernard, Le sport, l'émotion, l'espace, Paris, Vigot, 1977, p. 9.
15 le ton polysémique, pansémique mais aussi transhistorique, peut-être même
trop à notre goût :
« Création collective, instinctive, continue, dynamique grandiose de
l'imaginaire, le sport traverse avec assurance l'histoire des peuples et n'a pas
été inventé, au cours des âges, sur décision des princes ou recommandation des
philosophes. Il est vivant, populaire, spontané. Il est émotion. Il est passion.
C'est par là d'ailleurs qu'il échappe. Les bonnes raisons ne le touchent qu'en
surface. »
Deux autres définitions resserrent un peu plus notre cadre d'investigation :
Michel Caillat 4 : « Le sport est la religion des temps modernes, arômes
spirituels d'un monde qui a besoin d'illusion. »
Claude Pineau 5 : « Unique et multiple, le sport est une communion qui
s'accompagne de pétitions de principe sur les vertus qui lui sont attachées. »
L'étude étymologique du mot 'sport' nous indique ses filiations avec
d'autres termes et reconstitue son ascendance.
Le mot 'sport' est d'origine française. Le Dictionnaire Historique de la Langue
Française 6 en donne l'origine suivante :
n.m. est un emprunt (1828) à l'anglais sport n. (XV siècle) 'Divertissement',
puis au pluriel (XVIe siècle), s'appliquant à des activités corporelles effectuées
par plaisir, souvent dans un esprit de compétition. L'anglais vient d'une
aphérèse de disport n. 'passe-temps, récréation' et 'jeu' (XIV' siècle) lui-même
emprunté à l'ancien français desport pur siècle) variante de deport
`divertissement' (vers 1130) ; ce mot est le déverbal de l'ancien français (se)
déporter 's'amuser, se divertir'.
George Petiot indique que le terme `desport' est employé dans un roman
normand du xlle siècle dans le sens de tout genre d'amusement.
Pour le Littré, il s'agit d'un mot anglais employé pour désigner tout type
d'exercice en plein air, comme les courses de chevaux, le canotage, la chasse à
courre, le tir, la pêche, le tir à l'arc, la gymnastique, l'escrime...
C. Roggero 8 donne une approche historique intéressante du parcours
géographique du terme `desport' et 'sport', ceci en se référant à Jacques
Ulmann 9. À ses débuts, le concept désigne des activités physiques liées à la
4 CAILLAT Michel, L'idéologie du sport en France, Paris, Les éditions de la passion, 1989, p. 73.
5 PINEAU Claude, Introduction à une didactique de l'éducation physique, Dossier EPS n° 8,
Paris, Publications INSEP, 1990, p. 8.
6 REY Alain, TOMI Marianne, HORDE Tristan, TANET Chantal, Dictionnaire Historique de
Langue Française, Paris, Robert, 1995, p. 2010.
La langue des sports, In La banque des mots, n°10, Paris, PUF, 1990, 7 PETIOT Georges,
pp. 155-186.
ROGGERO Claude, Sport et désir de Guerre, Paris, L'Harmattan, 2001, pp. 61-71. 8
De la gymnastique aux sports modernes, Histoire des doctrines de 9 ULMANN Jacques,
l'éducation physique, Paris, Vrin, 1977, p. 324.
16 noblesse. En France, au XIII' siècle, il désigne « l'ensemble des moyens grâce
auxquels le temps se passe agréablement : conversation, distraction, badinage
aussi bien que jeux ». En passant en Angleterre au XIV e siècle, le sport désigne
les jeux et la manière de vivre de la noblesse. Au XIX' siècle, il réapparaît en
France avec le sens du terme anglais, celui du délassement des nobles.
La consultation de dictionnaires d'époques différentes (voir annexe) nous
donne une vision plus dynamique de l'évolution du terme 'sport'. Nous avons
ainsi une photographie, une sorte d'instantané de la représentation sociale et
des moeurs, à une époque. À la fin du XIX' siècle et au début du XX e siècle, le
terme 'sport' est d'abord lié au turf (courses hippiques) puis à des pratiques de
détente. Un glissement de sens intervient puisqu'à partir des années 1920, il
devient une activité permettant le développement physique et moral des
individus. Au fil du temps, la notion d'entraînement et de pratique plus
institutionnalisée remplace celle de l'amusement. Dans l'ensemble de notre
recherche étymologique et lexicographique (voir annexe), nous ne négligeons
pas non plus d'autres termes liés aux sports étudiés. Le mot 'tennis' retient
toute notre attention. Sa première trace dans un dictionnaire est dans le
Larousse de 1887. Le terme lawn-tennis' (tennis sur gazon) est le premier à
apparaître puis le transfert au mot 'tennis' se produit dans les années 1930.
Ceci est compréhensible par le fait que le tennis n'a pas conservé comme
spécificité de se jouer sur gazon. Aujourd'hui, seuls quelques tournois anglais
se jouent encore sur herbe.
Il n'en est pas de même pour le hockey qui se joue sur gazon ou sur glace d'où
le maintien des deux termes 'hockey sur gazon' et 'hockey sur glace'.
1-2 LA SOCIOMOTRICITÉ DE PIERRE PARLEBAS
P. Parlebas donne une dimension nouvelle à l'éducation physique. Il ne
la considère pas uniquement en tant que fait social ni uniquement d'un point de
vue biomécanique.
La conduite motrice est définie comme un mode de relation entre
l'environnement physique et humain puis considérée en tant que
communication.
Il analyse les séquences de jeu de sports collectifs pour déterminer les
interactions partenaires- adversaires en tant que communication.
Son analyse est interne et basée sur le sujet adulte qui joue :
« La sociomotricité est dans chaque geste, dans un démarquage, dans un corps
obstacle, dans un dribble, dans une passe. En ce sens, une passe au cours d'un
match de basket, par exemple, est fondamentalement différente de la même
passe au cours d'un exercice à deux ».
Le sujet est imprégné de sa culture et la laisse poindre mais c'est lui seul qui
agit. Ses dimensions personnelles transparaissent aussi.
17 Voici comment P. Parlebas définit la sociomotricité : « Champ et
caractéristiques des pratiques correspondant aux situations sociomotrices
Situation motrice mettant en jeu une interaction motrice essentielle (ou
communication praxique). >>10
L'action motrice n'est pas à confondre avec le mouvement considéré sous sa
forme mécanique. Nous parlons alors de sémiotique" sociomotrice et la
praxéologie motrice est le nom qu'il donne à la science de l'action motrice.
P. Parlebas construit donc un modèle basé sur l'analyse des différentes formes
de jeux sportifs et y discerne des structures fondamentales.
Ces quelques phrases donnent un aperçu de sa méthode : « Quitter le domaine
du poétique pour entrer dans celui de l'analyse, toujours menacé de lourdeur
(...) mettre en évidence les structures fondamentales discernables sous des
formes différentes dans toutes les situations ludo-motrices et qui représentent
les systèmes opératoires du jeu sportif ».
Les structures nommées « universaux », « représentent des contraintes et des
possibilités qui sont, à des niveaux différents, les modèles dans lesquels
cheminent obligatoirement les joueurs et les jeux ».
C'est par des structures universelles qu'il va classer les jeux sportifs.
La première structure est le réseau de communications motrices au sein des
jeux qui agit en communication entre les partenaires et en contre-
communication entre les adversaires.
La charge affective entre les acteurs est renforcée dans les jeux traditionnels où
la communication et la contre-communication peuvent changer de sens, comme
dans le cas des parties de pétanque surprises où le partenaire d'une partie peut
devenir l'adversaire de la prochaine.
À l'opposé, les jeux institutionnalisés n'autorisent pas les acteurs à changer de
partenaires et d'adversaires. Ils privilégient la cohésion du groupe et
l'adversité, comme une équipe de football lors d'une rencontre de
championnat.
La deuxième structure est le réseau des interactions de marque qui définit les
interactions agissant sur l'évolution du score ou les changements des rôles.
La troisième structure concerne le système des scores. Différentes formes
d'organisation existent : celle au score limite, comme le tennis ; celle au temps,
comme le handball et celle avec une variabilité entre score et durée, comme les
fléchettes.
Jeux sports et sociétés, Lexique de praxéologie motrice, INSEP, l è" 10 PARLEBAS Pierre,
édition 1987, 2ème édition 1998.
11 Sémiotique : en linguistique, relatif à la théorie générale des signes, à leur signification sous
toutes les formes.
18 La quatrième structure met à l'épreuve les deux premières par rapport à la
ne prend corps conduite motrice du joueur, qui a un rôle « sociomoteur », qui «
que dans l'originale interprétation d'une conduite motrice personnalisée (...)
la notion de rôle ne définit donc pas des individus mais des classes d'action
motrice » I2. Par exemple, l'individu a le statut de serveur et l'action motrice est
le service. En fonction de son statut, l'individu a des droits et des contraintes
définis par le règlement, c'est à dire les institutions. Ils peuvent être répartis
dans quatre domaines d'actions que sont les rapports du joueur à autrui, avec
l'espace, avec les objets médiateurs et le temps. Les règlements définissent
alors des droits d'agir sous les contraintes de ces rapports.
cinquième structure est le réseau de changement des « sous-rôles » La
constitués par les différents modes d'interactions entre les acteurs. Les « sous-
rôles » sont les constituants des jeux. Leur invariance forme les comportements
« sociomoteurs » des jeux institutionnels tandis que leur évolution, donc leur
changement, est le fait des jeux traditionnels.
Lister tous les sous-rôles permet de constituer un « lexique » des jeux sportifs.
Le rôle ne prend pas en charge le côté tactique. Pour nos cinq sports, nous nous
limitons aux rôles de serveur, de relanceur et de joueur d'échange. Nous
pouvons davantage détailler chaque rôle en intégrant des sous-rôles.
La sémiotique sociomotrice des jeux sportifs se développe en analysant les
la mise en jeu unités qui la constituent. Cette sémiotique sociomotrice est «
d'un système de signes corporels et moteurs actualisés par les joueurs en
interaction tactique sur le terrain ».
Les sixième et septième structures sont les systèmes constitutifs de la
conduite motrice.
Le système gestèmique représente l'attitude ou le geste qui permet de
communiquer une attention tactique sans la parole. Un gestème est par exemple
le geste du bras du libéro au football qui veut faire reculer ou avancer sa
défense pour mettre en défaillance l'adversaire. Le système praxèmique est le
comportement moteur, l'action par elle-même. Pour P. Parlebas, le praxème est
`le' jeu.
Il ne répond pas à des règles précises de mise en pratique. Effectivement, un
comportement de l'adversaire ou du coéquipier n'engage pas chez chaque
individu un praxème identique. Un même signifiant peut donc avoir des
signifiés opposés.
Jeux sports et sociétés, Lexique de praxéologie motrice, INSEP, 1 ère 12 PARLEBAS Pierre,
ème édition 1998 édition 1987, 2
19 La complexité de la structure des unités amène alors à analyser le praxème sur
trois niveaux :
- Celui du code biomécanique qui correspond au signifiant : par exemple, la
position du corps lors d'un tir au but.
Celui du code spécifique qui fait référence à la logique interne de chaque
sport. Par rapport aux règles du jeu, le code biomécanique peut avoir des
significations différentes. Par exemple, un joueur de football qui fait un saut
ne le fait pas pour les mêmes raisons qu'un joueur de handball.
- Celui du code stratégique qui correspond aux feintes mises en place par les
acteurs : par exemple, au handball, la double prise d'appui pour passer à
gauche ou à droite du défenseur ou au tennis, la modification au dernier
moment de l'orientation de la raquette lors d'une volée.
Ces trois codes sont bien entendu liés dans le jeu et intégrés à l'organisation
sémiotique mais, pour un besoin d'analyse, il faut les distinguer.
L'organisation sémiotique est le constituant du « code praxèmique » qui peut
s'appréhender de deux points de vue : cognitif et affectif.
Dans les jeux institutionnels, la dimension cognitive par l'intelligence
sociomotrice prédomine. À notre avis, dans les sports d'équipe, la dimension
affective est non négligeable. Il existe bien des antagonismes et des affects
entre les membres d'une équipe.
Cette considération est aussi à prendre en compte lors de rencontres
internationales dans lesquelles des joueurs évoluant dans les mêmes équipes de
clubs se retrouvent adversaires ou coéquipiers.
La dimension affective intervient tout de même plus couramment dans les jeux
traditionnels où les acteurs changent souvent de rôles, comme dans le jeu du
béret ou de l'épervier.
Mais, nous pensons également que dans les jeux institutionnels, pour
développer les contacts entre les membres d'un club, l'organisation d'équipes
surprises qui se réorganisent plusieurs fois dans la journée lors d'un tournoi
amical amène une dimension affective prédominante.
Certes, la dimension institutionnelle se perd par la création de règles
ponctuelles d'organisation pour l'événement mais l'esprit de compétition peut
toujours être présent par l'attribution de points aux joueurs qui remportent le
plus de parties et la conservation des règles du jeu sur le terrain.
20 1-3 PRATIQUES SPORTIVES ET ORIGINE SOCIALE
Suivant l'origine sociale à laquelle ils appartiennent, les individus
pratiquent-ils des activités sportives qui leur sont propres ? Pourquoi
retrouvons-nous en France des régions où certaines CSP et disciplines sportives
sont plus présentes que d'autres ?
C. Pociello présente le sport comme « un produit social et culturel » qui attire
diverses CSP dans ses variétés de pratiques.
Nous n'intervenons pas dans une analyse anthropologique qui supposerait de
traiter l'ensemble de la culture propre à chaque groupe humain : ethnies dans
les sociétés traditionnelles, classes sociales ou par exemple, classes d'âge dans
les sociétés industrielles. Pour cela, il faudrait que nous prouvions l'existence
de relations signifiantes entre l'ensemble des comportements corporels
symboliques ou les pratiques propres à un groupe.
À travers chaque sport, il existe des modalités de pratiques variées
correspondant aussi à des CSP différentes. Par exemple pour l'équitation, il
existe le concours complet, le cross-country, le jumping, le dressage, le saut
d'obstacles ou la randonnée.
C'est également la même chose pour la gymnastique et le cyclisme.
Les pratiques se sont diversifiées au cours du XX e siècle par l'apparition de
sports issus de différents pays.
L'apparition de ses sports coïncide souvent avec des changements
économiques et sociaux : par exemple, l'apparition du judo au moment de la
montée en puissance du Japon, le développement des sports de combats dans
les quartiers difficiles, celui des sports en salle comme le volley ou le handball
dans le système scolaire après l'explosion du nombre de collèges et donc de
COSEC.
Ces sports sont maintenant solidement implantés en France et subissent peu de
modifications. Dans le milieu des années 1970, de nouveaux sports
apparaissent avec un public bien particulier à chaque type de pratique. Ces
sports venus de Californie, comme le surf, le skate-board, le free style, le
roller... ou des sports dérivés de pratiques existantes comme le ski hors piste,
le monoski, le surf, ont conquis au départ un public de fils rebelles des
populations aisées ou de jeunes autochtones.
Ce sont plus des jeunes en quête d'identification qui se sont regroupés dans ces
nouvelles pratiques sous forme de bandes. Dans le film américain Point
break'3 , comme l'indique sa critique, « l'ambiance de la plage et de la bande
de surfeurs est parfaitement recréée. » Ce film présente une communauté de
surfeurs qui ont des codes de vie spécifiques.
Film de Kathryn Bigelow (1991) avec Patrick Swayze et Keanu Reeves.
21 C'est la même chose pour le parachutisme qui, au départ, est issu de l'armée et
qui est décliné maintenant en plusieurs disciplines avec des groupes bien
établis, des règles et des rites.
Cette multitude de nouvelles pratiques créées depuis une trentaine d'années et
leur organisation systématique en sorte de « groupe ethnique » représentent
pour leurs pratiquants une identité culturelle. À chaque pratique correspond un
mode de vie.
Ces nouvelles formes de pratiques et la relation au corps qu'elles entretiennent
ont une dimension sociale que Howard Becker a mis en lumière dans
Il montre que les sensations suscitées par l'absorption de marijuana Outsider".
ne peuvent être attribuées à un effet purement physiologique de la drogue.
L'accès au plaisir est dépendant d'un processus d'apprentissage. L'initié
apprend alors à reconnaître les effets de la drogue et à aimer des sensations. La
séduction est renforcée par les conditions sociales dans lesquelles elles sont
expérimentées (consommation en groupe lors de soirées).
Ceci suggérerait donc une sociologie des styles de vie et des goûts pour
comprendre des phénomènes collectifs apparemment hétéroclites, qu'il s'agisse
des nouvelles pratiques sportives ou des activités de pleine nature.
Enfin, H. Becker souligne l'intérêt de la distinction entre le fait même de la
déviance et sa perception. Ce qui compte, en effet, ce n'est pas le seul
comportement de l'acteur mais aussi la réponse qu'il suscite de la part des
autres membres du système social.
La réflexion de sens commun « qui se ressemble s'assemble » prend alors tout
son sens. Par expérience (non vécue mais observée !), les soirs d'été, sur les
plages des Pyrénées-Atlantiques, des groupes se rassemblent pour surfer mais
aussi pour discuter autour d'un feu en buvant et fumant des « produits
illicites ». Le point d'attache est la pratique sportive.
Comme d'ailleurs dans un milieu social différent, les joueurs de tennis du
Racing club de France se rassemblent toujours sur la terrasse après avoir joué
une petite heure. Ils recherchent la convivialité.
Pour certains clubs, nous parlons encore de « cercle ». Le dictionnaire 15 indique
à ce sujet :
« Groupe de personnes disposées en cercle. Division administrative ou
militaire, dans certains pays. Réunion de personnes autour d'un événement (le
cercle des badauds). Lieu de réunion pour les membres d'une association.
Limite des activités, des connaissances. »
14 BECKER Howard, Outsiders : Studies in the Sociology of Deviance, Glencoe, 1963.
traduction française, Métailié, Paris, 1985. Outsiders,
15 Larousse 1971.
22 Il y a bien un lien entre les CSP et le rapport culturel qu'elles ont avec des
disciplines : par exemple, comme nous l'énonçons dans la partie historique, les
aristocrates qui se sont regroupés sous forme de cercles privés et fermés après
avoir démocratisé la boxe.
Au tennis, à partir de la moitié des années 1980, nous avons pu remarquer le
glissement de licenciés vers le golf dans quelques clubs parisiens et rémois.
Nous employons glissement car il ne s'agit pas d'une fuite ni d'un transfert
massif vers le golf mais bien un transfert culturel organisé, et ceci d'un type de
public particulier.
Il s'agit généralement de personnes âgées de plus de 45 ans, bien implantées
dans le club, faisant du tennis depuis une trentaine d'années. Elles ont des
professions libérales comme médecins, notaires, vétérinaires, magistrats ou
chefs d'entreprises familiales importantes.
Ces personnes vont d'abord au golf sur l'invitation d'un ami. Celui-ci, sur
place, fait la présentation de ses amis golfeurs de même statut social.
À la même époque, une population, moins bourgeoise, plus jeune, fait son
apparition sur les courts. Les années 1980 sont en effet les années de
massification du tennis avec une très légère démocratisation.
Cet afflux massif de nouvelles personnes avec des tenues bariolées et un
comportement festif ne correspond plus à ces anciens « gentlemen » des courts.
La distance sociale qui caractérisait ce sport est en train de diminuer.
Maintenant, le technicien ou le cadre d'une entreprise peut rencontrer son
supérieur hiérarchique.
Ceci ne déplaît peut-être pas au technicien qui se voit approcher un milieu
social supérieur mais ce n'est pas du même avis que la bourgeoisie appréhende
ce rapprochement.
Il est alors fréquent d'entendre de la part des doyens du club la remarque
suivante : « Le tennis c'est plus de mon âge, je me suis mis au golf et puis il y a
x et y et... qui jouent aussi, puis là sur les courts, il y a de moins en moins de
place. » Il y a une sorte de gêne à avouer que le club n'est plus assez
fréquentable pour eux. Petit à petit, sauf dans certains clubs très sélects comme
celui de la Croix Catalan ou du Polo Country club, ce type de public bourgeois
et aristocrate disparaît complètement.
Il y a comme un enjeu social à ne plus faire de tennis mais plutôt du golf qui
redevient un point de rencontre pour cette population. Durant ces cinq dernières
années, le golf connaît à son tour une massification avec un afflux de cadres, de
techniciens supérieurs et de professions libérales.
Sur la région rémoise, un ou deux clubs de tennis avec des vocations plus
multisports se sont constitués et rassemblent de riches vignerons et directeurs
d'entreprises de textile.
Ce genre de club ne recherche absolument pas la compétition mais la
convivialité. Le week-end, ces personnes se retrouvent en famille autour de la
piscine et des terrains de tennis avec tout le confort (restaurant, sauna, salle de
musculation, salle de gymnastique).
23 Contrairement aux clubs de golf, ces clubs sont dans la ville au sein d'un parc.
L'adhésion se fait par parrainage d'au moins deux personnes. Le prix n'est pas
forcément excessif mais il faut être reconnu socialement par les membres pour
pouvoir y adhérer.
La distinction sociale y est bien présente. Ceci se rapproche encore une fois des
cercles de gymnastique et de boxe du XIX e et du début du XX e siècle.
Les pratiques sportives dites de prestige, comme le tennis, tendent à se
démocratiser de même que la boxe, le football et le rugby l'ont fait à la fin du
XIXe. Cette popularisation se fait par glissement de CSP et peut difficilement
être contrée.
La trop forte popularisation peut même entraîner une perte importante de
pratiquants comme ce fut le cas pour le jeu de paume ou la courte paume.
Les fédérations sont toutefois vigilantes et font tout pour augmenter leur
nombre de licenciés et éviter la fuite vers d'autres sports. Ainsi, comme nous le
verrons, la logique interne des sports peut être modifiée pour rendre la
discipline plus attrayante.
Des sports comme le football sont davantage pratiqués par les CSP basses ou
moyennes tandis que les sports comme le tennis ou le golf le sont par des CSP plus
aisées.
Il existerait deux types de pratique correspondant à deux idéologies opposées,
relatives au rapport au corps qu'ont des groupes sociaux différents.
Les catégories populaires ont plus tendance à valoriser les sports d'équipe, de
contact, de force. Ce rapport au corps particulier trouve sa source au moyen âge
dans la culture ouvrière et agricole. Si l'on remonte au XV e siècle, les
villageois pratiquent la soul, activité d'équipe aux contacts violents. Ce jeu
côtoie les durs travaux des champs où, durant l'été, la moisson rassemble les
villageois.
Les nobles, quant à eux, pratiquent des joutes ou le jeu de paume. L'adversaire
n'est pas en contact direct. Il utilise un instrument.
De manière plus récente, nous pouvons faire la même distinction entre, d'un
côté, le rugby et le football américain et, de l'autre, l'escrime, le tennis ou le
golf.
La violence dans l'investissement corporel et dans le contact n'est pas la même
dans ces deux types de sports de même que le rapport au corps lié à l'activité
professionnelle des pratiquants.
Il y a aussi opposition entre la solidarité populaire que l'on peut retrouver dans
le milieu ouvrier ou agricole et l'individualisme des dirigeants.
Les groupes populaires souhaitent préserver leur sport tel quel car ils en tirent
des satisfactions sociales. Ils ne désirent pas une appropriation de la classe
dominante de leur pratique par risque de modification et de réduction de leur
chance de réussite.
24 Quant aux classes dominantes, elles préfèrent des sports dont elles restent
maîtres dans l'organisation et dans leur pratique. Par expérience, il est
beaucoup plus facile d'organiser des tournois de tennis dans les milieux
sociaux intermédiaires que dans les milieux bourgeois où les personnes exigent
de nombreuses modifications horaires.
C'est aussi pour cela qu'il y a de moins en moins de joueurs de tennis
compétiteurs dans les CSP élevées et qu'ils se dirigent vers le golf où la
compétition n'est pas régulière et dure une journée ou deux.
Parmi les critères sélectifs dans le choix d'une pratique sportive nous recensons
donc la distance de garde, l'utilisation ou non d'un objet, l'esthétisme du geste,
la source d'énergie (le corps ou la machine) et la flexibilité des horaires de
pratique. En jouant sur l'importance de ces critères, la pratique sportive
correspond aux habitus sociaux des pratiquants.
C'est bien l'habitus, donc la culture incorporée dès la prime enfance, qui
conditionne l'usage et le rapport au corps dans la pratique sportive.
Marcel Mauss I6 est le premier auteur à utiliser le concept d'habitus pour le
sport et à parler de « techniques du corps ». Il confiait à la Société de
Psychologie le 17 mai 1934 :
« J'ai donc eu pendant de nombreuses années cette notion de la nature sociale
de 'l'habitus' (...). Ces `habitudes' varient non pas simplement avec les
individus et leurs imitations, elles varient surtout avec les sociétés, les
éducations, les convenances et les modes, les prestiges (...) montés par et pour
l'autorité sociale (...) se rangent dans un système de montages symboliques
» L'individu les apprend de « la société dont il fait partie, à la place qu'il
y occupe ».
Il intervient, par là même, dans un domaine déjà occupé par la biologie et par la
psychologie, deux sciences contre lesquelles son oncle, E. Durkheim, avait dû
précisément lutter pour faire reconnaître l'existence de faits sociaux.
Le choix du sport dépend donc largement du niveau culturel. Pierre Bourdieu et
Jean-Claude Passeron indiquent une violence symbolique dans Les héritiers en
1964 puis La reproduction en 1970. En fait, le système scolaire et le sport
permettent une reproduction socioculturelle de la famille qui sert alors de
modèle culturel aux générations suivantes. Ainsi, si la CSP est élevée, les
enfants ont donc une grande probabilité de faire un sport de type tennis ou golf.
C'est ce que nous appelons le déterminisme probabiliste.
L'habitus se définit donc par l'ensemble des schémas de perception, de pensée,
d'appréciation et d'action qui se construit en fonction du milieu familial. C'est
une façon intériorisée plus ou moins consciente de se conduire.
P. Bourdieu trouve dans le sport une bonne représentation de l'habitus'''. Il
18 . parle de « valeur distinctive » Il oppose les pratiques aristocratiques aux
16 Marcel Mauss, sociologue, anthropologue et philosophe français (1872-1950).
17 BOURDIEU Pierre, La Distinction, Editions de Minuit, 1979, pp. 230-248.
25 pratiques populaires. Les premières sont empreintes par la «forme et la
manière ». Les situations motrices sont « euphémisées ». Le style, la retenue, la
tenue et l'ordre y sont les maîtres mots.
Les secondes, marquées par la puissance, la force, la discipline collective et la
douleur, sont bien en opposition aux premières.
C. Pociello s'inspire de P. Bourdieu. Ses travaux sont d'ordre heuristique et
tentent de répondre aux problématiques qui sous-tendent la théorie de l'habitus.
L'autre travail est celui de Christian Baudelot et Roger Establet dans L'école
capitaliste en France' 9 . Ils montrent que la société est une lutte entre deux
classes sociales en prenant pour exemple l'école qui, malgré sa volonté
d'égaliser les chances, ne fait qu'organiser deux réseaux de scolarisation qui
reproduisent la société.
À l'opposé de ces deux travaux, dans L'égalité des chances en 1973, Raymond
Boudon ne privilégie pas la puissance de la structure sur l'individu. Il estime
que l'acteur opère des choix qui varient selon son niveau social et son niveau
d'études. C'est lui-même qui se positionne dans un espace qui est tout de même
fonction de son milieu social d'origine mais qui peut varier considérablement
suivant la volonté de réussite sociale de l'acteur. L'inégalité des chances est
produite par la stratification sociale et peu par l'héritage culturel.
P. Parlebas, dans Eléments de la sociologie du sport, et R. Boudon se
rapprochent.
Pour une même pratique à la base, une discipline sportive peut se diversifier.
Dans cet éclatement, de nouveaux sports apparaissent avec des logiques
internes différentes.
Ainsi, dans la pratique motocycliste, il y a une différence entre une course de
moto-cross en circuit bien délimité ou de trial en salle sur un espace restreint et
les raids de grandes distances comme le Paris-Dakar. Pour ces modalités de
pratiques, il faut un capital financier adapté. Chaque sport engendre
effectivement des coûts financiers différents, les sports mécaniques étant
certainement les plus onéreux. Comme nous l'avons vu précédemment, les
sports choisis dépendent éminemment du capital socioculturel.
Se basant sur l'analyse factorielle à correspondances multiples, P. Bourdieu et
Monique de Saint Martin, en 1976, construisent deux axes en fonction du
capital économique et du capital culturel. Il est alors possible de placer les
pratiques sportives sur ces axes. En montant dans l'espace social et plus
particulièrement dans le niveau des diplômes, la pratique sportive fait appel de
plus en plus à des instruments ou à des machines. Le statut même de la pratique
change.
15 BOURDIEU Pierre, Choses dites. Programme pour une sociologie du sport, Editions de
Minuit, 1987, p. 203.
19 BAUDELOT Christian, ESTABLET Roger, L'école capitaliste en France, Paris, Maspero, 1971.
26 Elle n'est plus dans l'effort physique ou la violence seule mais dans la
technique gestuelle et instrumentale.
Ainsi, l'individualisation de la pratique est plus grande. Il y a une distance avec
1' adversaire.
Le tennis paraît à ce titre « comme l'un des sports les plus culturalisés » 20 . La
violence des coups est contenue. C'est la maîtrise du technique et le contrôle du
corps qui comptent.
Ce rapport au corps et la maîtrise fine de l'instrumentation sont le propre des
pratiques sportives des classes au capital culturel élevé. C. Pociello fait
référence à un athlète lanceur de marteau qui, à une question sur la pratique de
l'équitation, a répondu : « Le jour où le cavalier prendra son cheval sur le dos,
» 21 alors ce sera du sport !
Cette réponse marque la variabilité des approches que les différentes catégories
sociales ont par rapport à des sports ne faisant pas partie de leur champ.
Ainsi, nous observons, en campagne, sur un complexe sportif d'un village à
dominance ouvrière et agricole, un match de football et à côté un tournoi de
tennis dont l'importance par rapport au club est démesurée. L'équipe de
football locale évolue dans une basse division départementale et le tournoi de
tennis, qui en est à sa phase finale, oppose des joueurs négatifs et une première
série, le niveau de jeu est donc élevé. En observateurs, entre le terrain de tennis
et celui de football, nous entendons les commentaires des deux types de
spectateurs.
Les propos sont assez fleuris et correspondent bien à l'opposition culturelle du
tennis et du football. Les spectateurs du tennis invoquent la brutalité des
joueurs de football et le non respect des supporters envers l'arbitre, les juges de
touche et les adversaires qui se font insulter de «fillettes », de « danseuses »...
Quant aux spectateurs du football, qui ne doivent pas se rendre compte du
niveau de jeu des matches de tennis, ils disent : « Ils ont l'air de savoir jouer,
mais ce n'est quand même pas violent.»
Quelques-uns de ces spectateurs côtoient le tennis (car les deux terrains sont
mitoyens). Ils nomment sarcastiquement les tennismen « les buveurs d'eau »,
faisant référence aux « troisièmes mi-temps » empreintes de boissons
alcoolisées, que les tennismen ne pratiquent pas ou peu.
Pour P. Parlebas, les pratiques sportives ne se répartissent pas au hasard. Elles
s'insèrent et interagissent avec la structure sociale. La théorie de l'habitus n'est
toutefois pas aussi simple chez P. Parlebas comme chez R. Boudon. « L'agent
social » se transforme davantage en « acteur ». Le sujet ne subit pas son destin
social comme un héritage culturel de son environnement. Pour P. Parlebas, la
théorie de l'habitus obéit donc à des concepts basés sur les caractéristiques
20 POCIELLO Christian, Sports et sciences sociales, Paris, Vigot, 1999.
21
27 motrices de pratiques des individus. Dans Eléments de la sociologie du sport, il
l'explique ainsi : « Il convient d'analyser le contenu spécifique des situations
motrices en dégageant les maîtres éléments de leur logique interne : distance
de garde, modalités de contre-communications, présence d'incertitude,
position sur la dimension domestication/ sauvagerie, jeu « pervers »,
ritualisations prononcées... »
C'est donc au « croisement » de la sociologie et de la praxéologie qu'il faut
examiner les pratiques sportives pour être pertinent. Sinon, comment expliquer
ce qui semble au premier abord paradoxal comme la pratique d'une discipline
par des CSP opposées ? Par exemple, les cyclistes du Bois de Vincennes ou de
Boulogne, le dimanche matin, regroupent des passionnés avec un matériel de
professionnel. Ils forment une sorte de clan de niveau social élevé alors que les
cyclotouristes des villages de campagne sont en général des ouvriers.
Ce non-conformisme ne peut être seulement expliqué par l'habitus social.
28 1-4 ÉTHOLOGIE
L'éthologie est l'étude scientifique des comportements des espèces
animales dans leur milieu naturel. L'approche éthologique dans le sport n'a pas
ou proue été exploitée. Nous l'abordons dans plusieurs champs connexes voire
redondants que sont la sociobiologie, la sémiologie, la sociomotricité, la
kinesthésique et la proxémique.
L'éthologie humaine est une discipline qui complète la linguistique en étudiant
les modes de communication non verbale (mimique, posture, geste et
vocalisation). Comme en éthologie animale, les recherches se déroulent sur les
cadres de vie d'adulte ou d'enfant dans différents contextes. L'éthologie est
une science interdisciplinaire qui étudie l'homme dans son environnement
écologique et social.
Comme les autres sports, le tennis s'est imposé comme un facteur de
socialisation, un moyen propice à créer des affinités. Le sport révèle une
authenticité que la vie sociale masque. Il est un média de communication
porteur d'affectivité. Nous allons identifier ces signes porteurs explicites et
implicites de communication à travers les comportements des joueurs.
Il est important de définir le terme 'comportement' puisqu'il est générique et
mérite d'être paramétré pour notre étude. Nous entendons par 'comportement'
l'ensemble des gestes et des attitudes corporelles qu'a l'individu observé
pendant certaines situations. Il peut être un acte moteur, une manière d'être,
d'agir, un mouvement, une attitude, une émission chimique ou sonore. Le
comportement provient d'une stimulation interne ou externe. Nous pouvons
séparer les comportements en deux groupes : les comportements instinctifs
(innés) et les comportements d'adaptation (acquis par apprentissage).
En 1951, Nikolaas Tinbergen pose quatre champs de questionnements pour
expliquer les comportements : la causalité des comportements (action d'un
processus physiologique face à des stimulations externes et des états internes),
leur ontogenèse, leur phylogenèse et les avantages d'adaptation, de survie, de
succès reproducteur apportés par le comportement. Il est possible de regrouper
ces questionnements en deux sous-ensembles : savoir comment en étudiant les
mécanismes de contrôle internes et externes et l'ontogenèse puis savoir
pourquoi en étudiant l'adaptation par la fonction biologique et l'étude de la
phylogénétique.
29 22 établissent une échelle de complexité En 1964, Gaston Dethier et Eliot Stellar
des comportements.
- Réflexes : réponses motrices obligatoires à certains stimuli
Comportements taxiques : réactions aux stimuli élémentaires de -
l'environnement (lumière, chaleur..).
- Comportements instinctifs : réponses modulées par un état interne à des
stimulations complexes.
- Comportements acquis : ils résultent de l'expérience individuelle.
- Comportements intelligents `problem solving': utilisés afin de résoudre un
nouveau problème.
Il faut être vigilant dans la description des observations. Par exemple, un joueur
qui parle à son adversaire n'est pas la description d'un comportement
proprement dit. Parler à son adversaire ne nous renseigne pas sur l'attitude de
l'interlocuteur observé. Parler en étant le dos tourné et la tête baissée, ce n'est
pas avoir la même attitude que de parler de face en regardant droit dans les
yeux. Dans ce deuxième cas, nous disons qu'il y a davantage désir de
communication que dans le premier. Quoique manifester son désir de non
communiquer est aussi un acte de communication.
Justement, nous utilisons aussi largement le mot 'communication'. Même si
tout est communication, nous mettons aussi des limites à ce terme. Pour nous,
`communiquer' c'est parler avec quelqu'un, expliquer, faire partager une
connaissance, être en relation avec et/ou transmettre par contact. Nous
entendons par 'communiquer' l'action de parler et de faire durer cette action.
Un sourire pouvant engendrer une communication est donc aussi un acte de
communication. Donc, l'acte qui introduit une éventualité de communication
est alors par extension acte de communication.
Le comportement humain est étudié depuis longtemps par les psychologues et
les psychiatres, notamment sur des aspects importants du développement de
l'enfant. Déjà en 1620, le père Bary se soucie de l'éloquence du corps. En
1754, l'Abbé Dinouart établit une typologie des gestes du corps et détermine
des gestes d'accompagnement et de substitution. Le terme éthologie apparaît
chez les naturalistes en 1856 avec Isidore Geoffroy Saint-Hilaire pour désigner
l'étude du comportement des animaux.
C. Darwin passe de l'observation à la théorie. La riche préface de Jacqueline
L'expression des émotions chez l'homme Duvernay-Bolens pour la réédition de
23 nous indique toute la démarche méthodologique de C. Darwin et les animaux
ainsi que les bases théoriques sur lesquelles il s'appuie.
22 Echelle de complexité des comportements (G. Dethier et E. Stellar, 1964) Raymond Campan
& Felicita Scapini, Ethologie — approche systémique du comportement, De Boeck Université,
2002, pp. 254-255.
L'expression des émotions chez l' homme et les animaux, Paris, 1872, 23 DARWIN Charles,
Réédition du CTHS, 1998.
30 Arnold Gesell (1953) a constitué une véritable embryologie du comportement
par des observations sur la différenciation progressive des mouvements du bébé
né à terme par rapport au prématuré. En parallèle, des éthologistes dressent un
répertoire des unités de comportements de l'enfant depuis les années 1967-
1968. Les recherches abordent plusieurs thèmes. Par exemple, Irenaus Eibel-
Eibesfeldt identifie dans ce répertoire les unités de comportements de l'espèce
humaine inscrites dans le patrimoine génétique. D'autres décrivent finement
des unités de comportements et leurs combinaisons sans se prononcer sur leur
déterminisme, tout en comparant parfois les mécanismes de communication des
enfants à ceux des autres primates. Les méthodologies de ces éthologistes ont
un point commun : les scientifiques étudient le comportement de l'enfant en
réponse aux stimulations, non seulement de son environnement physique mais
aussi de son environnement social, pendant des activités libres ou dans des
situations qui ne limitent pas la motricité de façon contraignante.
Les recherches en psychologie expérimentale sont donc ainsi complétées par
les éthologistes de l'enfant. Par exemple d'un côté, des psychologues étudient
l'orientation de la tête du bébé par rapport à deux sons émis en même temps ou
successivement par deux haut-parleurs, en faisant varier les différents
paramètres sonores (intensité, fréquence, durée, etc.). De l'autre, les
éthologistes abordent le même type de problème mais avec deux autres
préoccupations : analyser le stimulus sonore dans le contexte des relations entre
individus et les observer dans des situations familières, peu contraignantes.
Ceci a pour but de cerner, dans l'expression d'un comportement en conditions
habituelles de vie, ce qui revient aux facteurs écologiques et sociaux, aux
expériences individuelles, aux facteurs physiologiques et aux facteurs de
structure. L'éthologie humaine eut donc comme champ d'étude privilégié
l'éthologie de l'enfant qui apparaît comme une discipline liant les naturalistes,
les psychologues, les psychiatres et les linguistes se penchant sur le
développement de l'enfant. Dans un domaine plus pointu, un lien se crée entre
les naturalistes et les neurophysiologistes qui étudient la genèse des structures
et du fonctionnement du système nerveux. Il s'agit bien alors d'une étude de
l'adaptation lorsque l'acte inconscient d'adaptation est défini comme une
capacité de réponse et de dialogue de l'organisme avec son environnement
physique et social.
1-4-1 L'école objectiviste
Dans le cadre de l'éthologie objectiviste dont les deux principaux
chercheurs sont Konrad Lorenz (1903-1989) et N. Tinbergen (1907-1988),
c'est sûrement le psychanalyste René Spitz (1887-1974) qui fut le précurseur
de l'éthologie humaine.
R. Spitz étudie en effet le comportement du bébé humain avec la méthodologie
de l'éthologiste animal. Il montre qu'un visage présenté de face déclenche le
sourire du bébé alors que présenté de profil, le même visage le fait disparaître.
La présentation de masques plus ou moins horribles ou souriants déclenche
31 aussi le sourire du bébé s'ils sont vus de face. R. Spitz conclut que la
configuration 'yeux-nez-bouche' constitue dans l'espèce humaine un
déclencheur du comportement 'sourire'. Cette action serait fixée dans le
patrimoine génétique. Le déclenchement proviendrait d'un mécanisme nerveux
génétiquement programmé (Innate Releasing Mechanism). Pour K. Lorenz, ces
expériences prouveraient que les comportements qui règlent les relations
sociales seraient programmés dans le patrimoine génétique de l'espèce
humaine.
Que le sourire soit de l'influence seule des informations génétiques reste
toutefois difficile à prouver aujourd'hui.
Les relations mère-enfant à un âge précoce influenceraient ensuite à l'âge
adulte la plupart des comportements sociaux, surtout les comportements
sexuels. Actuellement, cette considération doit être nuancée car il pourrait y
avoir irréversibilité de l'empreinte. Quant à Harry Harlow, il montre que la
privation sociale totale ou partielle pendant six mois après la naissance entraîne
chez le macaque rhésus des troubles irréversibles des comportements
relationnels.
Après les observations de R. Spitz sur le déclenchement du sourire chez le bébé
humain, les recherches se rattachant à l'éthologie objectiviste sont celles de
I. Eibel-Eibesfeldt (fondateur du premier institut d'éthologie humaine à
Seewiesen Max-Planck-Institute en Allemagne fédérale en 1970). Au début des
années 1970, il publie plusieurs livres dans ce domaine 24. Elève de K. Lorenz,
ses conclusions sont toutefois plus nuancées.
I. Eibel-Eibesfeldt cherche à isoler chez le bébé humain des comportements
innés, indépendants de toute expérience individuelle. Il filme alors des enfants
nés aveugles et sourds. Il compare leur expression faciale à celle d'enfants sans
déficit sensoriel au cours d'une situation de colère ou de joie. Il constate qu'il
n'y a aucune différence dans le sourire, le rire, les pleurs, les froncements de
sourcils. Ce qui prouve que tous les enfants ont les mêmes dispositions innées
quelles que soient les informations extérieures recueillies.
Il révèle ainsi chez les enfants un répertoire de mouvements expressifs à
adaptation phylogénétique et des comportements sociaux universels n'ayant
pas d'origine culturelle.
Lors de ses voyages, il étudie un grand nombre de populations : Bushmen,
Yanomami, et notamment les insulaires des îles Trobriand. Il montre que le
relèvement des sourcils apparaît chez l'adulte qui accueille un visiteur, quelle
que soit son appartenance ethnique. Pour I. Eibel-Eibesfeldt, cette universalité
est la preuve que le comportement de relèvement des sourcils appartient au
patrimoine génétique de l'espèce humaine et qu'il existe ainsi des universaux.
24 EIBEL-EIBESFELDT Irenaus, Contre l'agression, contribution à l'histoire naturelle des
comportements élémentaires, Stock, 1972.
EIBEL-EIBESFELDT Irenaus, Ethologie, biologie du comportement, Stock, 1972. L'homme programmé, Flammarion, 1976.
32 De même, à l'approche d'un étranger, tous les bébés d'ethnies différentes ont
les mêmes réactions de crainte et de détournement. Pour ne pas perturber les
individus étudiés aux cours de ses voyages, il imagine une camera avec un
dispositif de miroir. Il peut alors filmer en étant le dos tourné au sujet.
À la vue de ces expériences et des conclusions proches des théories innéistes,
on peut observer qu'il y a complémentarité entre la démarche en éthologie et
celle en psychologie expérimentaliste. La première science étudie les réponses
de l'être humain à des stimuli dans son environnement habituel socialisé.
La seconde étudie les réponses de l'être humain à des stimuli physiques dans
des conditions standardisées en laboratoire.
1-4-2 Le développement des conceptions actuelles
À partir des concepts et des données de l'éthologie, John Bowlby
(1907-1990) fonde la théorie de l'attachement. Partant de la notion de survie de
l'espèce, J. Bowlby considère que la recherche et l'approche de la mère par le
bébé sont des comportements de protection du bébé vis-à-vis des prédateurs
potentiels de l'espèce. J. Bowlby s'écarte ainsi des conceptions
psychanalytiques classiques qui considèrent que l'attachement de l'enfant à sa
mère répond à la satisfaction des besoins alimentaires et de la recherche de la
satisfaction sexuelle.
Ainsi, les interactions mère-enfant sont envisagées en fonction des stimulations
de l'environnement et des facteurs physiologiques de croissance.
À cette époque, on recherche dans le comportement animal des modèles
d'explication des conduites humaines. Dans ces concepts reviennent les termes
d'empreinte et de déclencheurs sociaux du comportement pour des périodes
situées près de la naissance. Ces termes rendent compte de l'importance de la
présence ou non des stimulations sociales sur le comportement. Viennent aussi
les notions de dominance et leadership dans la hiérarchisation des relations et
fonctions sociales.
Cette recherche de points communs entre le comportement humain et le
comportement animal profite à l'éthologie. De nombreux colloques et ouvrages
enrichissent cette science nouvelle.
En 1967, la Suède accueille la conférence internationale d'éthologie. Elle est
importante dans la reconnaissance réelle de l'éthologie humaine. D'autres
méthodologies apparaissent pour observer le comportement humain. Elles
privilégient l'étude dans l'environnement habituel sans limite de motricité. Ce
sont les unités de comportements (item) qui sont relevées et qui répondent à
des taxinomies : par exemple, le mouvement provoqué par la mise en action
d'un muscle ou d'un petit groupe de muscles (mimique faciale, modification du
diamètre de la pupille, ...), la posture du corps, le déplacement des membres du
corps.
En fonction du contexte et des réponses des autres, les combinaisons d'unités
de comportements sont plus fonctionnelles. Elles permettent davantage l'étude
des systèmes de communication. Ce sont les systèmes de communication de
33 l'enfant qui sont étudiés comme les comportements de sollicitation, de
coopération, de menace et d'agression.
Les comportements innés ne sont pas forcément recherchés et isolés.
Contrairement à I. Eibel-Eibesfeldt, des chercheurs comme C. Grant (1969) et
William Clement Mac Grew (1970) inventorient très finement des
comportements de l'enfant dans la globalité, tout en faisant une comparaison
avec le comportement animal.
W.C. Mac Grew (1972) tente de classer les unités de comportements en
groupes anatomo-fonctionnels. Il référencie cent dix unités de comportements
du jeune enfant de trois à six ans dans des groupes anatomiques comme les
expressions du visage, les expressions de la tête, les gestes des membres, les
mouvements corporels globaux, les postures et les comportements de
locomotion.
Dans une étude plus fonctionnelle du comportement des enfants, W.C. Mac
Grew et N.G. Blurton Jones les observent en activités libres dans des nurserys.
Ils étudient comment, en fonction de la situation vécue, se succèdent les unités
de comportements. Les deux chercheurs débouchent ainsi sur l'étude des
systèmes de communication et des comportements sociaux des enfants,
entraînant un nombre croissant d'éthologistes mais aussi de psychologues, de
psychiatres, d'anthropologues et de linguistes.
Par la suite, l'étude du comportement de l'enfant devient plus fonctionnelle.
Jean-Claude Rouchouse (1978-1979) présente une classification de cent
quarante-huit unités de comportements en huit catégories :
- Conduites alimentaires et excrétrices
- Sommeil et repos
- Régulation thermique
- Respiration et réactions neuro-végétatives
- Soins corporels et auto-contacts
- Conduites manipulatrices d'objets et conduites locomotrices
- Développement gestuel
- Communication et socialisation
Le comportement est disséqué en unités le plus élémentairement possible.
L'émergence des unités est repérée au cours du développement.
L'éthologie humaine apparaît désormais comme une discipline qui apporte des
connaissances originales sur le développement et les comportements sociaux de
l'espèce humaine.
34 1-4-3 La communication gestuelle
Cas des communications non verbales
L'éthologie est au croisement de la psychologie, de la communication
et de la linguistique. Il est difficile d'en cerner chaque part et l'influence de
chacune dans la démarche des éthologistes, des psychologues et des linguistes.
Les 'universaux' du comportement humain seraient le fruit d'une adaptation
sélectionnée au cours de la phylogenèse. Pour I. Eibel-Eibesfeldt, il existerait
une 'grammaire universelle' du comportement social de l'homme. Des études
comparatives du comportement chez les primates montrent un grand nombre
d'homologies chez l'homme. Le sourire humain et le comportement silencieux
des singes (découvrir les dents), le rire humain et la mimique du chimpanzé
(bouche ouverte relâchée et détendue) seraient des comportements analogues.
Dans des populations de cultures différentes, I. Eibel-Eibesfeldt compare les
interactions sociales. Il répertorie une quantité importante de comportements
« universaux » ayant la même structure et les mêmes fonctions dans les mêmes
contextes, comme par exemple le relèvement des sourcils, le baiser (il
dériverait de l'approvisionnement bouche à bouche des mammifères infra-
hominiens) et l'enchaînement regard-sourire détournement de la tête en
baissant les yeux (chez une personne timide au moment d'une entrée en
contact avec une personne étrangère).
De nombreuses expressions du visage sont interprétées de façon similaire par
des individus de cultures différentes. Des mécanismes innés déclenchent des
réponses identiques à de nombreux comportements expressifs.
En 1975, Edwards Osborne Wilson crée la sociobiologie qui explique comment
les structures sociales et le comportement contribuent à la survie du patrimoine
génétique des espèces. Elle explique la sélection des comportements sociaux.
Ces comportements altruistes auraient été programmés par adaptations
successives au cours de la phylogenèse. L'élargissement à l'espèce humaine
suscite de vives contestations et la plupart des éthologistes ne postulent pas que
les adaptations phylogénétiques déterminent aussi le comportement de
1..?;
l'homme.
Figure n° 1 : Les six émotions de base
suivant Paul Ekman
Un autre des arguments de l'universalité
des mimiques humaines est un argument
ontogénétique, démontré par les
données de l'observation. C.
Darwin avait déjà entrepris une enquête
sur les colonies britanniques de
l'époque. Récemment Carroll Izard,
Paul Ekman 25 et Wallace Friesen (1986)
25 Psychologue américain de l'université de San Francisco.
35
font interpréter des photographies de mimiques faciales dans dix cultures
différentes (Estonie, Grèce, Hongkong, Japon, Ecosse, Turquie, USA,
Allemagne, Sumatra). Ils trouvent 90% de concordance pour la joie, 89% pour
la surprise, 85% pour la tristesse, 80% pour la peur, 75% pour le mépris et
73% pour le dégoût.
Déjà dans les années 1970, P. Ekman parle d'un langage des émotions. Il a
défini six émotions de base que l'on retrouve chez tous les peuples : la colère, la
peur, la surprise, le dégoût, la joie et la tristesse comme le montre la figure ci-
26
contre .
C. Izard en ajoute six autres : l'intérêt, le mépris, la culpabilité, la honte, la
timidité et l'hostilité envers soi-même. P. Ekman répertorie quarante-six
composants de base des expressions du visage humain (Facial Action Coding
System) intégrant les mouvements des yeux, de la bouche, du nez...
Il existe des expressions universelles du visage avec les mêmes significations
chez tous les peuples. Nous pourrions émettre des doutes face à cette thèse
puisque certains peuples ont peu d'expressions visibles sur leur visage. Or, ceci
proviendrait d'interdits sociaux. Mais les mimiques faciales réapparaissent
lorsque le verrou social qui restreint l'extériorisation des émotions saute,
comme par exemple pendant une rencontre sportive.
L'émotion fait partie d'un processus porteur de modifications physiologiques.
Pour preuve, quand des comédiens expriment des émotions, P. Ekman constate
que, selon celles demandées, les mouvements des muscles du visage
correspondent à la réalité. Sans plus de précisions, l'auteur affirme que
quelques changements physiologiques se réalisent en fonction de la mimique
reproduite ou lorsque les gens revivent mentalement des événements intenses.
La fonction du processus émotionnel est d'adapter l'organisme face au
changement de l'environnement. L'émotion se situe entre la réception d'un
stimulus et la réaction de l'individu. Elle permet d'ajuster le comportement
avec flexibilité.
L'émotion est donc l'ébauche rapide d'une réponse corporelle face à un
stimulus. Cette réponse s'établit en fonction de l'expérience passée face à une
situation similaire et du besoin de l'organisme. C'est une préparation
physiologique et psychologique de l'action qui va suivre. L'émotion génère
rapidement une communication. L'expression du visage et la posture se
modifient. Ces changements sont immédiatement identifiés par autrui et
transmettent un message.
Les sportifs sont dans des situations de surmenage physique intense et d'afflux
d'émotions plus ou moins agréables. Ils sont en situation de stress. Ce terme
usité est employé la première fois par le docteur Hans Seyle. Dans une
approche biologique, le stress est un syndrome général d'adaptation. Le corps
réagit donc face à un existant que H. Seyle nomme le stressor. Celui-ci peut
prendre différentes formes. Dans notre étude, il agit sur le système nerveux.
26 I
mages qui proviennent du site de 1'UCSC Perceptual Science Lab.
36 Trois phases peuvent se succéder : une réaction d'alarme, un effort de
résistance et une phase d'épuisement.
La première produit un changement corporel au premier contact du stressor.
Celui-ci peut déjà être fatal à l'individu s'il est trop élevé. Si le joueur s'adapte,
il rentre dans la deuxième phase mais l'effort d'adaptation au même stressor ne
peut être continu. Le joueur perd son potentiel physique et psychologique à
résister. Il rentre alors dans une phase d'épuisement. Les signes physiques de la
réaction d'alarme réapparaissent et nuisent irréversiblement à l'individu. C'est
à ce moment que le joueur craque et que certains comportements sont
fortement exacerbés et disproportionnés à la situation.
Jacques Cosnier étudie la mimogestualité des adultes en situation duelle (1974,
1978). Il distingue quatre grandes catégories :
- Les quasi-linguistiques : gestes utilisés pour communiquer sans parole au
sein des communautés culturelles (environ 150 unités gestuelles par
population).
- Les coverbaux : mimiques, gestes et postures qui soulignent l'intonation ou
illustrent la parole.
- Les synchronisateurs : regards, hochements de tête, etc., destinés à attirer ou
à maintenir l'attention du partenaire.
Les extra-communicatifs : mouvements centrés sur soi-même (grattages,
manipulations de zones corporelles, etc.) et mouvements de confort ou
d'inconfort.
J. Cosnier étudie les différentes catégories de mimogestualité entre deux
individus, la position des communicants (face à face, dos à dos, etc.) en même
temps qu'il enregistre chez eux des paramètres physiologiques
(électrocardiographie, réponse électrodermale).
Ce fonctionnaliste a pour objectif aujourd'hui d'analyser le plus finement
possible les aspects comportementaux qui organisent la communication
humaine dans leur structure, leur fonction et leur signification neurologique,
neuro-endocrinienne ou psychologique.
Nous choisissons d'étudier la communication gestuelle sur deux facettes, la
kinésique et la proxémique.
La kinésique
La kinésique étudie les mouvements du corps dans les pratiques
sociales, notamment le langage. Les gestes peuvent renforcer la parole de façon
redondante ou complémentaire. Ils sont donc polysémiques et nous leur
accordons plus de force qu'à nos mots. Un signifié peut s'exprimer par plusieurs
signifiants et un signifiant reçoit des signifiés différents.
L'intensité des gesticulations varie suivant les sociétés. Nous avons des
cultures à haute ou basse fréquence kinésique.
37 En 1952, dans Introduction à la kinésique, Ray Birdwhistelle explique que
nous communiquons par nos gestes et postures. Nous réalisons différents gestes
dans la vie quotidienne :
- Des gestes innés ou naturels (apparentés aux gestes que l'on peut trouver
chez les animaux) en situation de soumission, de peur, de domination...
- Des gestes culturels propres à une société : salutations, rituels, rapports
hiérarchiques, menaces...
La proxémique
La proxémique s'intéresse au rôle joué par l'espace dans la
communication. Elle étudie les distances, les positions, les orientations des
individus dans leurs relations au sein d'une culture donnée. La taille de l'espace
autour d'un être vivant prend toute son importance dans l'interaction entre les
êtres d'une même espèce. L'utilisation de cet espace n'est pas anodine. La
distance entre les interlocuteurs est définie par le corps. Le choix de la zone,
donc la distance qui est établie avec l'interlocuteur, implique déjà une intention
dans le message. Les espaces hiérarchisés dans lesquels s'effectuent tous nos
gestes sont définis par K. Lorenz pour les animaux, tandis que Edward Hall est
l'un des premiers à les définir pour l'homme.
Dans La dimension cachée 27 et La danse de la vie28, E. Hall distingue à ce
propos, dans les années 1970, plusieurs types de zones en face à face. Elles
varient selon la culture des individus mais elles sont toujours échelonnées de la
même manière :
- La zone intime (45 cm) est une zone affective, propre aux émotions. Les
personnes se sentent en sécurité et sont en contact direct. Les dilatations et
contractions de la pupille sont visibles ainsi que la respiration et le souffle
des individus. Ce n'est pas une zone agressive puisque la distance d'attaque
est trop courte pour donner un coup violent.
Pour se saluer dans cette zone, les Noirs Américains se donnent une tape
dans la main. Cette coutume proviendrait d'un comportement ancien, lors des
rencontres des premiers groupes d'hommes, pour tester les intentions de leurs
homologues. La faible distance permettait de sonder nettement les intentions
sur le visage.
- La zone personnelle (45 à 120 cm) est une limite de l'homme sur son
interaction tactile avec le monde physique.
- La zone sociale (120 à 350 cm) est une distance proche de la limite de la
zone personnelle. Elle permet de communiquer avec un groupe de quatre à
dix personnes.
- La zone publique (au delà de 350 cm) est au-delà de la distance sociale.
27 HALL Edward, La dimension cachée, Seuil, 1971.
2K La danse de la vie, Seuil, 1984.
38 Le non-respect de ces distances peut être assimilé à une impolitesse voire une
menace. Ces distances varient avec ampleur d'une culture à l'autre. Par
exemple, les Américains se tiennent trop loin pour les peuples latins ou arabes,
mais trop près par rapport aux Japonais. Dans le système des castes hindous,
les membres doivent respecter une distance précise d'interaction avec les autres
castes : Brahmins — Nayars : 2m, Nayar-Iravans : 8m, Iravan-Cherumans : 10
m et Cherumans-Nayadis : 20m. Ces distances opèrent d'ailleurs de façon
additive puisqu'un Nayadi ne doit pas approcher un Brahmin de plus de vingt
mètres 29 .
Pour communiquer, l'homme peut utiliser un répertoire de signaux en
communication verbale ou non verbale. La communication verbale se forme de
trois composantes primordiales :
- La sémantique
- L'intonation portée sur les mots
- La communication non verbale ou gestuelle qui l'accompagne
Cette dernière joue un rôle important dans la compréhension des messages
puisque nous sommes d'abord vus avant d'être entendus et compris.
Dans notre culture, l'homme réduit au maximum ses gestes instinctifs, ceux qui
paraissent le plus animal, pour se concentrer sur la seule valeur des mots.
Pourtant, la communication n'est pas faite que de mots. Des principes doivent
régir la compréhension et l'élaboration d'un message :
- La communication verbale s'accompagne d'une communication non verbale
- La communication non verbale peut exister sans communication verbale
- Le refus de communiquer s'accompagne d'une communication non verbale
- Notre communication non verbale est souvent inconsciente
La communication non verbale accompagne donc souvent, sans en avoir
conscience et donc sans pouvoir le maîtriser totalement, la communication
verbale. Cette gestuelle est donc révélatrice de notre état psychologique réel et
de la cohérence du discours tenu. Elle est un paralangage qui complète et
accompagne le message verbal et s'exprime par le corps en action dans des
espaces hiérarchisés.
Une bonne interprétation des signaux émis au sein de la sphère corporelle
personnelle doit au préalable être le fruit d'observations correctes sur trois
points :
- Le degré de conformité entre le message verbal et la zone utilisée pour
émettre le message
- La zone préférentielle dans laquelle émet l'individu
- La fréquence et le moment des passages et des déplacements d'une zone à
une autre
Premier point : le degré de conformité peut être total. Dans ce cas, l'émetteur
est sincère et en conformité dans sa zone avec ce qu'il exprime dans ses
29 ARGYLE Michael, Bodily Communication, Londres, Methuen, 1975.
39 paroles. Le message émis peut être en total discordance avec la zone utilisée.
Cette non-conformité peut être intentionnelle ou inconsciente.
Si elle est intentionnelle, c'est pour apporter un correctif au message émis. Ce
correctif peut être humoristique ou hypocrite. Deux exemples nous semblent
nécessaires pour éclairer ces deux cas :
À l'occasion d'un match de tennis en double, le partenaire rate une balle très
Ils t'ont payé combien facile. Le coéquipier en zone publique s'esclandre : «
pour rater ce point ? » Ce message humoristique atténue l'aspect du
mécontentement tout en faisant le reproche.
À la fin d'une réunion dans laquelle un locuteur n'a pas été convaincant et
soutenu, une personne s'en approche et lui glisse discrètement : « Ce que tu as
dit est tout à fait pertinent. » Ce correctif de leurre est peu persuasif pour le
récepteur qui peut douter de l'honnêteté de ce message.
Si la non-conformité (distorsion) est inconsciente, elle peut se produire lorsque
l'individu manque de conviction ou d'assurance. Celui-ci s'autocensure en se
déplaçant par rapport à son message ; par exemple quand une personne dit à
une autre de rester près d'elle tout en s'écartant.
En outre, lors d'une conversation, quand se crée une rupture avec nos paroles et
nos gestes, le non verbal imprègne davantage le récepteur.
Deuxième point : l'observation de la zone préférentielle consiste à repérer
l'allongement ou le raccourcissement de la distance qui relie les interlocuteurs.
Certaines personnes préfèrent être en zone intime, comme ceux qui sont en
contact permanent avec leur interlocuteur (prise des mains ou des bras, appui
sur l'épaule). Ainsi, la distance réduit les obstacles, renforce la chaleur et fait
passer le message dans un rapport affectif tout en diminuant le côté rationnel et
logique.
D'autres se tiennent toujours à distance pour éviter que l'on rentre dans leur
zone intime. Cela marque un détachement, un désaccord ou une gêne selon la
nature du message.
Troisième point : les déplacements et les passages d'une zone à l'autre ne sont
pas si distinctifs qu'il ne le paraît. Ils sont camouflés par des glissements et des
changements d'appuis sur l'une ou l'autre jambe. Ils traduisent des décalages
de cohérence interne. C'est une manière d'accepter ou de refuser ce qui est dit
ou entendu. Les changements constants de zone reflètent une incertitude dans
la conduite à tenir face à son interlocuteur. Il est ainsi impossible de se fixer sur
les intentions de celui-ci. Les changements de zone peuvent renforcer le
contenu des messages. S'approcher d'un timide peut favoriser la
communication.
Tous ces changements de zone sont bien entendu plus faciles à observer quand
les interlocuteurs sont dans la position debout. Les postures affectent cinq
grandes zones du corps : la tête, le buste, le bassin, les jambes et les bras.
Il est à noter la différence importante entre geste et posture. Une posture est
une position statique alors qu'un geste est un mouvement.
40 Le corps en action se manifeste donc par les postures, les gestes et les
mimiques du visage. Les ordres d'action proviendraient des zones primaires du
cerveau, en quelque sorte de ce qui reste encore « d'animal » chez l'homme.
Chaque espèce possède son répertoire de comportements expressifs appelé
schème d'activité spécifique. Il est sous la dépendance des facteurs génétiques
et non de l'individu seul.
Ce répertoire est soumis aux lois de l'évolution phylogénétique. Existe-t-il
alors une parenté entre les mimiques humaines et les mimiques des autres
primates ?
J.A.R.A.M. Van Hoof3° pense que oui en ce qui concerne le rire et le sourire.
Cette hypothèse doit toutefois être relativisée pour plusieurs raisons. La mise
en jeu des mêmes muscles d'action rend un aspect différent puisque
l'anatomique faciale des primates est variable selon les espèces. De plus,
chaque espèce a intérêt à se différencier car le répertoire des signaux permet à
l'animal de reconnaître ceux de la même espèce. Pour J.A.R.A.M. Van Hoof, il
semble donc inutile de vouloir faire de l'anthropomorphisme en comparant les
expressions des autres primates avec nous.
Le zoologiste britannique Desmond Morris 31 , auteur de nombreux ouvrages 32
sur l'être humain, étudie l'homme comme le ferait un zoologue sur n'importe
quelle autre espèce animale. Tous nos comportements proviendraient donc de
la lignée des primates. Nous sommes ici dans une hypothèse évolutionniste qui
se base sur des comparaisons avec le comportement des primates.
L'être humain est un singe, un animal arboricole vivant en forêt dans une
micro-collectivité hiérarchisée. Ces types d'animaux ont des traits
caractéristiques. Un mâle dominateur défend le groupe contre l'extérieur et gère
les conflits internes. Grâce au régime alimentaire arboricole, il n'est pas
attaché à un territoire. Alors, il n'y a pas forcément d'esprit de coopération car
la nourriture est constamment présente. Le toilettage collectif renforce les liens
de paix au sein du groupe. Si l'on se place dans cette thèse, le singe fut
contraint de sortir de la forêt et d'aller en plaine (théorie de l'East Side Story 33).
30 VAN HOOF J. A. R. A. M. , The facial display of the catharrhine monkeys and apes, in D.
Morris (Ed.), London: Weidenfield & Nicholson, Primate ethology, 1967, pp. 7-68.
HOOF J.A.R.A.M. van (1982).- Categories and sequences of behaviour methods of
description and analysis. in Handbook of methods in nonverbal behaviour research, K.R.
Sherer & P. Ekman ED. Cambridge University Press.
3
1 Demond Morris, né en 1928, étudia à Oxford. Il dirigea le service de télévision puis le
département des mammifères du zoo de Londres.
32Le singe nu, L'éthologie des primates, La magie du corps, Le couple nu, La clé des gestes, Le
bébé révélé, Parlons chat, Le chat révélé, Des animaux et des hommes, partager la planète,
Le langage des gestes. Un guide international.
33
En 1981, le paléoanthropologue Yves Coppens émet une hypothèse géologique et climatique
pour expliquer ce changement. Il y a 8 millions d'années vivent sur l'est du continent Africain de
grands singes hominoïdes dans des forêts. Du fait de la pression des plaques tectoniques, la
région est géologiquement instable. Une faille immense, la Rift Valley, s'effondre du nord au sud
et partage en deux la population de grands singes. Les bouleversements sur le climat et la
41 Pour se nourrir, il a fallu s'adapter. Il s'est redressé et est devenu chasseur
carnassier dans les steppes. D. Morris explique comment l'espèce humaine s'en
est sortie bien que peu armée, ne possédant pas toutes les qualités requises pour
être un carnassier redoutable (odorat, endurance, sprint). Il met en avant la
station debout qui entraîne la libération des mains et l'accroissement du volume
du cerveau d'où le développement des outils et des techniques de chasse.
D. Morris invoque la néoténie. C'est un processus grâce auquel certains des
caractères juvéniles se poursuivent à l'état adulte. Effectivement, la croissance
cérébrale se poursuit environ dix ans après la maturation sexuelle alors que
pour les autres primates, elle s'achève bien avant.
Le nouveau milieu de vie et la dépendance tardive des enfants eurent des
répercussions sociales. Le groupe se scinde en deux : celui des mères qui
élèvent les enfants et celui des mâles qui partent pour la chasse en coopérant.
Ceci conduit à la territorialisation du groupe et à l'amélioration du confort
(abris solides, réserves de nourriture, mesures d'hygiènes).
Le groupe se scinde également en structure familiale. Alors, les femelles sont
liées chacune à un mâle et leur sont fidèles pendant qu'il chasse. Comme la
rivalité sexuelle entre les mâles diminue, l'esprit de coopération se développe.
Les communautés viriles que nous retrouvons dans les équipes sportives
comme le rugby sont la survivance mimétique du lien de mâle à mâle dans le
groupe de chasse. Actuellement, la chasse ou la tauromachie sont encore
l'expression interne de l'instinct de chasseur. L'homme est bien encore adapté à
cette vie en plaine et en groupe restreint. Chaque individu recrée autour de lui
le groupe ancestral originel. Nous pouvons parler de groupe tribal.
La croissance de la communication et de la coopération (éducation et chasse)
au sein de l'espèce est aussi un facteur d'évolution.
D. Morris pense également que l'homme, comme les autres espèces animales, a
un système d'inhibition à la violence. C'est une forme d'instinct de
préservation qui permet à l'espèce de ne pas s'anéantir. Il est rare que le
combat entre deux individus d'une même espèce s'achève par la mise à mort.
Le processus d'inhibition se déclenche quand le vaincu émet des signaux
visuels, auditifs et olfactifs spécifiques. Chez l'homme, ces signaux ne sont pas
toujours perçus puisque les distances d'attaques sont de plus en plus éloignées
végétation sont importants. A l'est, la sécheresse va transformer la forêt en savane. En
conséquence, les grands singes habitués à un environnement boisé abritant une nourriture
abondante vont se retrouver dans un milieu où il faut se déplacer longuement pour trouver à
manger. La bipédie est alors le moyen le plus pratique et rapide pour se mouvoir. La libération
des membres avant entraîne de nouvelles fonctions. Le cerveau se développe. À l'ouest, il n'y a
pas de changement climatique. La nourriture est toujours abondante en forêt. Les grands singes
(panidés) n'évoluent pas puisqu'ils trouvent suffisamment de nourriture. Ils utilisent
ponctuellement la bipédie. Cependant, deux faits mettent en doute cette hypothèse. Abel (1995)
et Toumaï (2002) furent découverts à 2500 kilomètres à l'ouest de la fracture du Rift. Ces deux
individus, peut-être perdus ou isolés, représentent bien peu par rapport au plus des 3000 autres
découverts à l'Est. Cependant, cela suffit à Yves Coppens lui-même à admettre, dans la revue
La Recherche (février 2003), que « l'East Side Story n'existe plus ».
42 grâce aux technologies d'armement. Avec l'évolution des techniques, l'homme
peut s'anéantir. Le processus de conciliation réduit cette possibilité. Cette idée
rejoint celle de Norbert Elias et de l'accroissement de la civilité dans Sport et
Civilisation.
W. C. Mac Grew et N.G. Blurton-Jones utilisent chez des enfants de moins de
cinq ans les méthodes éthologiques jusque là réservées à l'animal. Ils essaient
avec des éthogrammes de faire une liaison entre les comportements agressifs de
l'enfant et ceux d'autres primates.
W.C. Mac Grew distingue le comportement agonistique du comportement
quasi-agonistique.
Chez les primates, les rough-&-tumble play seraient une des façons les plus
fréquentes de jouer. Il se rangerait dans les comportements quasi-agonistiques.
Les Rough-&-tumble play sont caractérisés par les items suivants :
-fall (tomber) : chutes répétées dans de nombreux jeux, difficile de savoir si
elles sont volontaires ou non.
-jump (sauter) : jeux sociaux avec des sauts. Ils apparaissent vers quatre et six
mois chez le babouin.
- pull (tirer à soi) : l'action est précédée d'atteindre et d'attraper.
-tickle (chatouiller) : comportement dirigé sur n'importe quelle partie du corps
(particulièrement les surfaces latérales du tronc ou la plante des pieds). Chez
les chimpanzés, il s'agit de jeux d'adultes avec les petits.
- stamp (taper du pied) : provoque un bruit fort qui chez les primates a valeur
d'attaque.
- quick hop (piétiner) : chez les primates, c'est une réponse à la frustration.
- wrestle (lutter) : il s'agit de maintenir l'autre dans une position d'infériorité
en le gardant au-dessous de soi.
- chase (poursuivre) : contribuerait à la socialisation.
- flee (se sauver) : réponse comportementale la plus offerte en réponse à une
poursuite ludique.
- run (courir)
Ces comportements sont en partie des comportements agonistiques mais ils se
retrouvent dans le jeu quand ils sont accompagnés d'un autre contexte et
exprimés dans un autre mode. Ajoutons à ces rough-&-tumble play quelques
autres éléments que Mc. Grew relève sous une appellation ludique :
- play face (visage ludique) : la bouche est grande ouverte et les commissures
des lèvres tournées vers le haut. Les dents sont couvertes par les lèvres ou
seulement partiellement visibles. C'est l'expression du rire mais sans le son.
J.A.R.A.M. Van Hoof décrit cette expression comme étant le « visage relâché
avec la bouche ouverte » (relaxed-open-mouth-face) chez les primates non-
humains. J.-C. Rouchouse, chez le nourrisson, le nomme « visage joueur »:
Les sourcils sont en position régulière, normale. Les yeux sont brillants par
sécrétion lacrymale, les coins externes des yeux peuvent être plissés.
La bouche s'ouvre largement et rapidement en prenant une forme ovale selon
un axe vertical. Les dents sont invisibles ou très peu visibles. Les lèvres sont
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