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Un missionnaire en Californie

De
121 pages

JE suis arrivé depuis huit jours à San-Francisco ; ma famille a voulu me suivre et partager avec moi ma bonne ou ma mauvaise fortune. Plaise au ciel que cette terre, où tant de gens maltraités par la fortune viennent demander une meilleure existence, me soit plus favorable que la terre natale, où les miens et moi n’avons trouvé que des amertumes et des malheurs !

Ma famille se compose de ma femme, déjà sur le retour de l’âge, mais encore forte et résignée aux décrets de la Providence ; de trois garçons robustes et laborieux, et d’une fille, qui est la plus jeune de la famille.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
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BIBLIOTHÈQUE RELIGIEUSE, MORALE, LITTÉRAIRE, POUR
gr PUBLIÉE AVEC APPROBATION DE M L’ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX
P. Lavayssière
Un missionnaire en Californie
INTRODUCTION
LA terre et les trésors qu’elle renferme à sa surfa ce et dans son sein ont été donnés par la bonté de Dieu à l’humanité entière ; mais cet inépuisable apanage leur impose une condition, un devoir, une loi. Dieu dit à l’homme : Tu cultiveras la terre à la sueur de ton front ; autrement elle ne te produira que des épine s et des chardons. Cette loi fut imposée à l’homme déchu de sa pureté, de sa grandeur primitive. La bonté de Dieu se manifestait même dans la punition du coupable ; s’il lui imposait un rude labeur, il lui laissait la force, l’intelli gence pour l’accomplir, et lui livrait les richesses inépuisasables du vaste domaine qu’il avait à exploiter. Mais, dès le principe, l’humanité fit fausse route ; au lieu de suivre les traditions divines, elle se livra aux caprices, aux entraînements de ses aveugles passion s, et mérita une seconde fois de devenir un exemple terrible de la punition céleste. Le déluge fit disparaître de la surface de la terre une race coupable et obstinée. La famil le du juste survécut seule à ce cataclysme, dont l’histoire est restée écrite en caractères ineffaçables sur le sol et dans les entrailles de la terre. Ce que devint l’humanité, après cette épouvantable punition, son histoire écrite par elle-même le dit assez : elle passa d’erreurs en er reurs, de tyrannies en tyrannies, de misères, d’oppressions et de calamités de toute nature, sans pouvoir améliorer son sort. L’humanité avait encore fait fausse route. Le Chris t vint, et lui enseigna la voie qui conduisait au seul bonheur possible sur la terre. Les passions égarées ont élevé la voix, ont disputé le terrain pied à pied. Qu’ont-elles en fanté ? la continuation des désordres, des troubles, des guerres, ces grandes hécatombes h umaines, le mépris des droits les plus sacrés, et en définitive elles ont ensemencé l es tempêtes dans les champs de l’avenir. Dans le récit suivant, nous avons voulu démontrer q ue le christianisme seul pouvait réunir les hommes, assujétir les natures les plus o pposées au joug le plus facile à supporter, et, en définitive, préparer l’union de l a grande famille humaine. Si l’on peut comparer les petites choses aux grandes, nous démon trerons dans notre récit qu’une petite association d’hommes, composée des éléments les plus contraires, dont la combinaison a été reconnue presque toujours impossible, s’est constituée, dans un état prospère et paisible, sous l’influence du christianisme. Qu’on ne prenne point ce récit pour un roman dont l’imagination a fait seule les frais ; s’il en eût été ainsi, sa marche, ses développements eussent été disposés pour produire de l’effet. Non, ce n’est point un roman, c’est un épisode du drame qui se développe au-delà des mers, dans ces contrées où l’or a appelé toutes les cupidités de la terre, toutes les soifs inextinguibles et tous les éléments du désordre et de la confusion. L’Europe est trop tourmentée pour s’occuper de ce qui se passe au-delà des mers, dans un petit coin de terre, qui tôt ou tard produira sa moisson et ap prendra encore aux hommes ce que peut et ce que produit le christianisme. Les noms seuls ont été changés, par respect pour une famille honorable qui recherche l’obscurité et la paix dans la pratique de la relig ion, et surtout celle des bonnes œuvres qu’elle recommande.
1. — SAN-FRANCISCO. — AVENTURES
JE suis arrivé depuis huit jours à San-Francisco ; ma famille a voulu me suivre et partager avec moi ma bonne ou ma mauvaise fortune. Plaise au ciel que cette terre, où tant de gens maltraités par la fortune viennent demander une meilleure existence, me soit plus favorable que la terre natale, où les miens et moi n’avons trouvé que des amertumes et des malheurs ! Ma famille se compose de ma femme, déjà sur le retour de l’âge, mais encore forte et résignée aux décrets de la Providence ; de trois garçons robustes et laborieux, et d’une fille, qui est la plus jeune de la famille. Les débris de ma fortune que j’ai apportés sur cette terre de l’or, ne me conduiront pas bien loin : ici tout se vend à un prix fabuleux. Il faut que j’utilise ce qui me reste, et que je lutte encore une fois contre le malheur. Mes premiè res démarches n’ont pas été heureuses ; ici, plus encore qu’en Europe, chacun ne songe qu’à soi ; il faut aussi que je songe à ma femme et à mes enfants. C’était dans une petite chambre remplie de malles e t de caisses, que monsieur Durand, naguère riche armateur, mais ruiné par la perte de plusieurs vaisseaux chargés de denrées coloniales, faisait ces réflexions accablantes lorsque son fils aîné, Georges, entra tout effaré et annonça à sa famille que la rue qu’ils habitaient était en feu, et qu’ils n’avaient que le temps de sauver leurs effets, car l’incendie s’avançait rapidement le long de ces maisons toutes construites en bois. Ils se m irent activement en devoir de soustraire au feu ce que leur avait laissé la mer ; mais, au milieu de la confusion et du tumulte, ils ne savaient de quel côté se diriger, ni où chercher un asile. Cette population de la nouvelle ville, composée en grande partie d’aventuriers de toutes les parties du monde, inspirait à Durand tro p peu de confiance pour ne pas prendre toutes les précautions possibles afin de n’être ni dévalisé, ni peut-être assassiné. Après des efforts inouïs ils parvinrent dans un aut re quartier ; mais ils tombèrent dans une nouvelle confusion ; les chercheurs d’or, revenus des placers (nom donné aux lieux où l’on creuse la terre pour y chercher de l’or), c es hommes revenus des placers pour acheter à la ville les choses dont ils avaient besoin, s’étaient pris de dispute et se livraient un véritable combat. La mêlée était si terrible, l’ acharnement si grand que la famille Durand fut dispersée ; les malles et les caisses furent renversées, brisées, et leurs effets livrés au pillage d’une populace sans probité et sans frein. Le père et les trois fils parvinrent à se réunir, à disputer aux voleurs leurs malles et leurs effets. La partie n’était point égale ; privé s d’armes, ils battirent en retraite devant des hommes armés de revolvers, emportant tout ce qu e lui et ses trois fils purent arracher aux pillards ; ce ne fut pas leur plus gra nd malheur. La mère et la fille avaient disparu dans le tumulte. Durand fut un instant accablé de ce nouveau malheur ; mais, reprenant courage, il retourna dans le quartier témoin de la lutte des aventuriers, abandonnant à la probité d’un petit marchand chinois le peu qu’ils avaient sauvé du pillage. Leurs recherches furent inutiles ; la rue se trouvait débarrassée des comba ttants ; la population y circulait, mais était trop occupée de ses propres affaires pour répondre à leurs questions. Les voisins, dès le commencement du combat, avaient fermé leurs portes, et personne ne put donner de renseignement qui les mît sur la voie des recherches. Que faire dans une ville sans lois, sans forces suffisantes pour réprimer le brigandage, où l’individu se trouve réduit à ses propres forces ? Ils retournèrent accablés chez le marchand chinois. Les portes du petit magasin étaient fermées ; ils eurent beau heurter, frapper, on ne les ouvrit point : enfin un voisin eut le
temps de leur répondre ; ils apprirent que Je march and venait de s’éloigner, traînant, à l’aide de trois autres Chinois, une petite charrette chargée de malles et d’effets, et que probablement il changeait de quartier. Ce dernier coup les anéantit ; leur douleur toucha le voisin du petit magasin, il sortit de sa maison et les fit entrer chez lui. Il était Français et né dans les environs de Bordeaux. Quand il eut appris ce qui était arrivé à ses malheureux compatriotes, il resta quelque temps en silence, puis s’adressant à Durand, il lui demanda quel était l’âge de sa femme et de sa fille. Il parut un peu rassuré lorsqu’il e ut appris que la jeune Durand n’avait encore que dix ans. Ne désespérez de rien, leur dit-il ; dans la mêlée on aura épargné la mère et la fille. Votre sort m’intéresse ; suivez m es conseils et vous pourrez savoir ce qu’elles sont devenues. Le plus pressé est de courir après le Chinois qui a, je n’en puis douter, emporté ce que vous lui aviez confié. Il ouvrit un grand coffre solidement ferré, en retira quatre revolvers, deux sabres et trois baïonnettes.  — Prenez ces armes, dit-il, et suivez-moi. Il étai t lui-même bien armé, car à San-Francisco on sort avec des armes, et on couche environné d’armes. C’est une population qui de la civilisation est tombée à l’état des sauvages. Ils descendirent rapidement une rue boueuse, où les traces des roues étaient aussitôt effacées par le passage des nombreux piétons, et se rendirent au quartier où les Chinois s’étaient cantonnés. Il y avait encombrement dans la rue, on y entendait des cris, des vociférations, et de temps en temps des coups d’armes à feu...  — Ne nous effrayons pas de ce tapage, leur dit leu r guide. Tenez vos armes à la main ; faites bonne contenance et avançons... Ils s’ouvrirent un chemin à travers une populace qu ’à son langage ils reconnurent composée d’Américains, et purent connaître la cause du tumulte. Des matelots américains s’étaient plaints d’avoir été volés dans un marché fait avec des Chinois, et venaient les armes à la main leur demander réparation de leurs friponneries,..  — Ah ! s’écria leur guide, qui se nommait Givel, n ous trouvons ici du renfort ; nous n’aurons qu’à reconnaître votre voleur, et nous lui ferons rendre gorge, avec les intérêts. Givel parlait très bien l’anglais : il s’adressa aux Américains et leur dit :  — Camarades, nous aussi avons un compte à régler a vec les porte-queues, et nous allons vous donner un coup de main solide. En parlant ainsi il indiquait ses quatre compagnons dont l’extérieur annonçait des hommes résolus et bien armés. Les Américains poussèrent un grand cri et hurlèrent des menaces de mort contre les Chinois. — En avant ! cria Givel, et s’avançant lui-même suivi des quatre Durand et de la foule, ils brisèrent de petites barricades de bambous dont les Chinois avaient fermé l’entrée de leur quartier, et se jetèrent comme un torrent dans cette rue étroite. Tout-à-coup Givel saisit le bras de Durand père, et lui montrant dans un enfoncement obscur une petite charrette encore chargée, il lui dit :  — Voilà la charrette de votre fripon, que vos enfa nts aillent s’en emparer, et laissez-moi faire.  — Camarade dit-il en se tournant vers les Américains, la restitution commence, voilà le bien de mes amis, laissez passer, et allons trou ver les autres fripons. Quelques matelots voulurent s’opposer au passage de la charrette, Givel leur dit :  — Si vous êtes venus ici pour piller les porte-que ues, et non pour obtenir restitution d’une friponnerie, je me retire avec mes amis ; mais sachez que nous saurons défendre notre bien contre quiconque s’opposera à ce que nous nous rendions justice. — Laissez passer ! cria la foule, et allons aux autres voleurs.
Elle s’ouvrit, et Givel dit à Durand père : — Suivez vos fils, vous ne serez pas trop pour protéger votre marche. Rendez-vous à mon logis et attendez-moi quelque temps. Si avant u ne heure je ne suis pas de retour, vous reviendrez ici pour savoir ce que je suis devenu. Ils purent revenir au logis de Givel, non sans maint et maint encombre, mais enfin sans trop fâcheux accidents. La charrette fut cachée sous un hangar par deux ass ociés de Givel, et aussitôt déchargée. Quel fut l’étonnement de Durand, en reco nnaissant presque tous les objets qui leur avaient été enlevés dans la bagarre du matin !  — Que cela ne vous étonne point, leur dit-on ; ce Chinois est un recéleur qui s’est établi dans le voisinage où sont ouvertes les tavernes fréquentées par les aventuriers qui arrivent des placers, et il reçoit et paie, à vil p rix, tous les objets volés durant les luttes dont vous avez été les témoins ce matin. Quand il c roit avoir fait une bonne journée, il emporte tous les objets dans le cantonnement chinois. Il serait revenu vers la nuit dans son petit réduit, dans l’espoir de voir encore arriver des vendeurs d’objets dérobés. Durand laissa ses fils s’occuper des effets retrouv és et prit des renseignements au sujet de l’enlèvement de sa femme et de sa fille  — Si nous ne nous disposions pas à partir pour l’intérieur des terres, lui dit l’associé de Givel, nous aurions pu vous aider dans vos recherches ; mais nous sommes ici pour faire fortune, notre temps vaut de l’or... C’est malheureux, ajouta-t-il d’un ton qui marquait de l’intérêt, ici l’autorité est impuissante. Cepen dant il faut que vous alliez porter votre plainte... mais voici Givel.
II.LES DEUX AVENTURIERS ET LES OURS
Givel entra, ses habits étaient en désordre et sa figure ensanglantée.