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Un monde en sursis

De
199 pages
La crise de la finance mondiale de 2008 a conduit à la faillite un grand nombre de banques, affaibli des entreprises et appauvri des Etats, tandis qu'elle a mis au défi des organisations internationales comme le FMI ou l'OMC. Aujourd'hui, elle continue de faire des ravages dans toutes les sociétés. Comment une telle violence économique a-t-elle été possible et quels sont les mécanismes structurels qu'il convient d'appréhender pour comprendre une spirale aussi destructrice ?
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Remerciements Cet ouvrage représente l‟aboutissement de réflexions engagées lors d‟un colloque international qui s‟est tenu au Palais du Luxembourg le 15 juin 2009. À ce titre, nous tenons tout particulièrement à remercier très chaleureusement madame Odette Herviaux, Sénatrice du Morbihan et viceprésidente de la Commission de l‟Économie, du Développement durable et de l‟Aménagement du territoire du Sénat, qui a apporté un soutien sans faille à cette entreprise intellectuelle. Nous voudrions également saluer la mobilisation et l‟investissement des partenaires de Chaos International dans l‟organisation de ce symposium : l‟Institut Supérieur de l‟Armement et de la Défense, l‟Institut CDC pour la Recherche et CEAGlobal Campus. Nous adressons par ailleurs nos plus vifs remerciements à madame Isabelle Laudier et monsieur Scott Blair, respectivement responsables de l‟Institut CDC pour la Recherche et directeur du CEAGlobal Campus, qui ont personnellement accompagné ce projet. Cet événement a en outre bénéficié de l‟appui de plusieurs revues et médias : L’Économie politique, Alternatives internationales, France Culture et le quotidien Le Monde. À cet égard, nous tenons à rendre hommage à la forte implication de messieurs Thierry Garcin, Antoine de Ravignan et Christian Chavagneux. Josepha Laroche Directrice de Chaos International

La mise en forme du manuscrit a été réalisée par Simon Uzenat

Sommaire
Remerciements.....................................................................................9 Liste des contributeurs........................................................................13 La course à l’abîme Josepha Laroche....................................................................................................15

Partie I - Risques sans retour, retour sur les risques................39
Les architectes de la crise financière mondiale André Cartapanis............................................................................................41 Protéger le capitalisme des capitalistes Philip G. Cerny................................................................................................53 Multifonctionnalité et opacité des paradis financiers Ronen Palan.....................................................................................................67 L'éthique, une nécessité globale Michel Rainelli.................................................................................................77

Partie II - Un multilatéralisme sous contrainte….……………91
La mondialisation prise au piège de l’OMC Franck Petiteville.............................................................................................93 Une opportunité pour le multilatéralisme américain Thomas Lindemann.....................................................................................109 Confiance et solidarité entre monstres froids Jean-Jacques Roche......................................................................................119 Le FMI, un conte de fées à Washington D.C. Marc Raffinot................................................................................................127

Partie III - La sécurité humaine en péril.................................141
L’APD, entre effondrement et sursaut Philippe Ryfman............................................................................................143 Vers une intensification des flux migratoires Catherine Wihtol de Wenden......................................................................155 Le retour de l’accumulation primitive Saskia Sassen..................................................................................................169 L’autorité morale en temps de crise Daniel Drache...............................................................................................185

Liste des contributeurs
André Cartapanis Professeur de sciences économiques, IEP d‟Aix-en-Provence Philip G. Cerny Professeur d‟économie politique internationale, Rutgers University of New Jersey Daniel Drache Professeur de science politique, Associate Director, Robarts Centre for Canadian Studies, York University Josepha Laroche Professeur de science politique, Université Paris I Panthéon-Sorbonne Thomas Lindemann Professeur de science politique, Université d‟Artois, IEP de Paris Ronen Palan Professeur d‟économie politique internationale, University of Birmingham Franck Petiteville Professeur de science politique, IEP de Grenoble Marc Raffinot Maître de conférences de sciences économiques, Université Paris-Dauphine Michel Rainelli Professeur de sciences économiques, Université de Nice Sophia-Antipolis Jean-Jacques Roche Professeur de science politique, Directeur de l‟ISAD, Université Paris II Panthéon-Assas Philippe Ryfman Professeur de science politique associé à l‟Université Paris I Saskia Sassen Professeur de sociologie, Department of Sociology, and Committee on Global Thought, Columbia University Catherine Wihtol de Wenden Directrice de recherche au CERI/CNRS

La course à l’abîme*
Josepha Laroche
« On n’agit jamais davantage qu’en résistant aux représentations, en s’opposant aux opinions » Cicéron

Vingt-et-un siècles après avoir été écrit, ce texte de Cicéron que nous avons souhaité placer en exergue, nous invite rien moins qu‟à la résistance devant les opinions, sources de tous les aveuglements et de tous les emportements. Aujourd‟hui encore, il appelle à la déconstruction d'un sens commun, si dangereusement familier. Il nous exhorte à chasser sans relâche les routines de la pensée, les évidences faussement rassurantes. Bien plus que d‟une simple entreprise heuristique, il s‟agit en fait d‟un véritable « sport de combat », pour reprendre le mot célèbre de Bourdieu, pour qui « rien n’était plus dogmatique qu’une doxa »1. Produire des biens de connaissance critiques, tel est l‟objectif épistémologique de Chaos International et tel est par conséquent celui de cette entreprise collective. Autant dire qu‟à chaque fois qu‟il y aura lieu, notre démarche n‟hésitera pas à bousculer les définitions socialement construites comme légitimes et à emprunter les chemins féconds d‟une episteme hétérodoxe.

Cependant, pour aussi ambitieux que soit ce programme, sachons rester modestes en gardant toujours présent à l‟esprit que « tout savoir scientifique qui se constitue doit accepter d’être vulnérable et partiellement contesté » comme le rappelle Georges Balandier2. Ajoutons que toute accumulation de savoirs, portant sur des objets aussi vastes que la mondialisation ou la crise actuelle, doit pouvoir dépasser le carcan des patriotismes disciplinaires afin de s‟appuyer sur une interdisciplinarité maîtrisée. C‟est précisément l‟objectif de l‟ouvrage Un Monde en sursis. Composé de trois parties, il esquisse tout d‟abord, une sociogenèse de ce « partage violent du monde »3, pour reprendre le mot de Fernand Braudel à propos du capitalisme. Pour ce faire, dans une première partie Risques sans retour, retour sur les risques, André Cartapanis, Philip G. Cerny, Ronen Palan et Michel Rainelli reviennent sur les intrications existant entre le politique, l‟économique et l‟éthique. En l‟occurrence, à partir d‟objets de recherche aussi différents que les théoriciens de la finance mondiale ou bien les paradis financiers, ils se livrent à une évaluation des déterminants de la crise, permettant ainsi aux lecteurs de dépasser leur apparente opacité. Puis, Franck Petiteville, Thomas Lindemann, Jean-Jacques Roche et Marc Raffinot abordent la question de la gouvernance mondiale en traitant du multilatéralisme sous contrainte qui oscille suivant les acteurs – organisations internationales, hegemon, et États – entre reconfiguration et régression. Sont alors examinées différentes options de gouvernance, les contributeurs en venant immanquablement à aborder la question de la structuration de la scène internationale. Enfin, dans un troisième ensemble intitulé La sécurité humaine en péril, Philippe Ryfman, Catherine Wihtol de Wenden, Saskia Sassen et Daniel Drache s‟attachent à la globalité même de la donne financière pour en souligner les effets dévastateurs extrêmement diversifiés au plan social. Mais avant de traiter directement des éléments constitutifs d‟une situation mondiale qui ne cesse de s‟aggraver, empruntons tout d‟abord un chemin de traverse dont l‟hétérodoxie pourrait bien – contre toute attente – épargner aux

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lecteurs les fausses pistes que ne manque jamais de produire la force de l‟évidence factuelle et énumérative. Après le Krach de 1929, Keynes aimait à dire combien il n‟existait pas de phénomènes purement économiques, qui fussent soumis à des lois naturelles comme dans le monde physique. En fait, il a toujours appréhendé l‟économie, comme une sphère éminemment politique, sociale, psychologique et culturelle. N‟a-t-il pas lui-même fréquemment utilisé les termes psychologie et psychologique, en particulier dans la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, théorie fondée sur trois facteurs fondamentaux : la propension psychologique à consommer, l'attitude psychologique relative à la liquidité et l‟évaluation psychologique du rendement futur des capitaux4? Gageons que le dialogue entre la science économique et les autres sciences sociales pourrait être aussi stimulant et fécond que le fut le rapprochement intellectuel accompli par Keynes et Freud eux-mêmes, avec la perspective d‟une meilleure connaissance de leurs œuvres respectives pour mieux comprendre le monde5. Nous voudrions ici convaincre de la nécessité d‟une approche interdisciplinaire, sans oublier, pour ce qui concerne cette partie introductive, la psychanalyse. En effet, les concepts forgés par cette discipline permettent un examen au plus près des acteurs. Ils éclairent en particulier leur insatiabilité financière (I), leurs passions comme leurs émotions, tout en offrant un cadre d‟analyse susceptible de rendre compte de la structuration actuelle des relations internationales. Ainsi, par exemple, la notion de pulsion de mort nous paraît particulièrement féconde. Rappelons brièvement qu‟elle a été introduite par Sigmund Freud en 1920 dans Au-delà du principe de plaisir, où il y désigne toutes les tendances à la destruction d‟autrui et à la destruction de soi. La pulsion de mort se manifeste également, selon lui, par des orientations agressives, un désir d‟emprise et une volonté de puissance. Elle présente un caractère régressif, en tirant l‟humain vers l‟en-deçà, vers l‟infra culturel, voire l‟infra humain. Pour Freud, c‟est elle qui maintient les hommes dans un état antérieur, pré-culturel, barbare ou qui, le cas échéant, les reconduit vers cet état. Autant dire que la régression vers la pulsion de
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mort apparaît donc directement corrélée au risque d‟une anomie aujourd‟hui mondialisée (II). I. L’insatiabilité de la mondialisation financière

Fondée sur une confiance illimitée en la stabilité et l'autorégulation des marchés, la course au profit s‟est opérée dans la plus parfaite démesure, affranchie de toute exigence éthique. Les fluctuations et les incertitudes liées aux devises ainsi qu'aux mécanismes de réserves ont notamment illustré l‟incapacité des institutions financières à réguler le système. La désorganisation qui en a mécaniquement résulté n‟a pas pour autant été perçue par les principaux protagonistes comme dysfonctionnelle ni, a fortiori, comme un risque. Au contraire, leur désir de richesses s‟est d‟autant plus facilement étendu qu‟il a pu emprunter les voies d‟une accumulation incontrôlable. Dans Le Philèbe6, Platon situait déjà l‟origine de l‟insatiabilité du désir non pas dans une prétendue essence, mais dans son objet qui – par définition – lui échapperait toujours. Dès lors, cette inaptitude au contentement et à la satisfaction a pris la forme d‟une recherche de profits jamais interrompue par des pertes pourtant abyssales qui, en toute circularité, appelaient toujours plus de profits. 1. Une organisation de la désorganisation Les relations internationales se caractérisent désormais par une profonde hétérogénéité. Mais deux éléments – le secret et la complexité – structurent cependant la mondialisation financière, antérieure à la crise de 2008-2009. Deux facteurs qui ont concouru à organiser un système désorganisé ; un système perçu comme tel par les non-initiés et qui leur était de ce fait inaccessible7. Ces différentes formes du secret ont été le plus souvent institutionnalisées et présentées comme indispensables au bon
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fonctionnement des échanges financiers8. Ce faisant, elles ont eu pour effet de dresser une barrière invisible, une hiérarchie entre les hommes, entre les initiés et les profanes, entre ceux qui étaient dans le secret et ceux qui ignoraient même jusqu‟à son existence. Alan Greenspan – surnommé par la presse, « l'économiste des économistes » ou bien encore le « Maestro »9 – président de la FED (Federal Reserve Bank, la Réserve fédérale des États-Unis) de 1987 à 2006 – a incarné mieux que quiconque cet ordonnancement érigé en véritable doctrine, garante d‟une expansion économique sans limites. Enfin, la règle du secret – voire des sociétés secrètes10 – a pu parfois aussi se confondre avec la loi du silence en vigueur dans les organisations mafieuses. Quant à la complexité, elle réside dans la judiciarisation et la technicisation de la sphère économico-financière. Celle-ci se caractérise en effet par un empilement, un enchevêtrement des règles de droit international public et de Soft Law, de politiques publiques nationales et internationales, de législations, de dispositions juridiques privées/publiques, d‟accords de droit privé et de contraintes réglementaires qui apparaissent bien souvent en contradiction les uns avec les autres et composent une configuration d‟interactions complexes11. Vient dupliquer et renforcer cette logique la sophistication extrême des innovations informatiques et financières – titrisation, vente à terme, etc. – qui a connu une progression sans précédent ces dernières années. Enfin, mentionnons également la complexité juridicoinstitutionnelle et procédurale dont sont en charge les firmes transnationales du droit au premier rang desquelles celles du Magic Circle – les cabinets Allen & Overy, Clifford Chance, Freshfields Bruckhaus Deringer, Linklaters et Slaughter and May – ou bien encore les cabinets Rosen&Katz (WLRK), Quinn Emanuel Urquhart et Oliver & Hedges, auxquels il convient d‟ajouter les big four, c‟est-à-dire les quatre plus grands groupes d'audit au plan mondial : Deloitte, anciennement Deloitte Touche Tohmatsu (DTT), Ernst & Young (E&Y), KPMG et PricewaterhouseCoopers (PwC)12.

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