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Une fête républicaine à Dijon en l'an V - Une tempête à propos de mouches

De
106 pages

Nous sommes au 28 fructidor an IV ; quelques jours nous séparent du 1er vendémiaire an V, et tous les bons républicains s’apprêtent à célébrer l’anniversaire de la fondation de la République « avec tout l’éclat que commande une époque aussi glorieuse, et aussi chère à tous les bons Français. »

L’administration municipale est réunie ; chargée des dispositions à prendre pour fêter dignement ce jour qui est « l’époque de la régénération des Français, » elle arrête le programme suivant :

Vu l’arrêté du Directoire exécutif, en date du 13 fructidor an IV, qui enjoint à toutes les communes de célébrer, avec la pompe et l’éclat que les localités pourront permettre, l’anniversaire de la fondation de la République et prescrit la forme avec laquelle on doit y procéder,

Arrête ce qui suit :

En exécution de l’art.

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Philibert Milsand

Une fête républicaine à Dijon en l'an V

Une tempête à propos de mouches

INTRODUCTION

Liberté, Egalité, Fraternité, ou la mort !

ON a beaucoup écrit et on écrira encore beaucoup sur notre première Révolution : amis et ennemis de cette époque sublime et atroce à la fois n’ont pas dit leur dernier mot, pour louer ou blâmer les actes des différentes factions qui se sont emparées du pouvoir de 1789 à l’an VIII.

Quant à nous, laissant de côté la politique qui divise et aigrit, nous ne voulons nous occuper que des fêtes instituées pendant la première République, fêtes très nombreuses, car l’anniversaire de chaque mouvement révolutionnaire donnait lieu à l’institution annuelle d’une réjouissance publique.

FÊTES NATIONALES

Sous la Constituante et la Législative, il n’y avait qu’une seule fête nationale, celle de l’anniversaire de la prise de la Bastille.

Cet anniversaire, sous le nom de Fédération, fut célébré pour la première fois le 14 juillet 1790 avec une pompe inusitée. Une députation de toutes les Gardes nationales de la France et de l’armée avait été convoquée à Paris. Les Fédérés réunis à la Garde nationale parisienne se rendirent au Champ-de-Mars, disposé pour cette cérémonie. On avait là élevé un vaste amphithéâtre pour le roi, la famille royale, les ambassadeurs et les députés.

Après une messe célébrée par l’évêque d’Autun, escorté de trois cents prêtres, Lafayette, à la tête de l’état-major de la milice parisienne et des députés des armées de terre et de mer, monte à l’autel et jure au nom des troupes et des Fédérés d’être fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi.

Jamais on n’avait vu pareil enthousiasme, la joie était peinte sur tous les visages, on ne parlait que de fraternité et de concorde.

Mais cette joie ne devait pas durer longtemps, les événements marchaient avec rapidité, et la tourmente révolutionnaire eut bientôt emporté ces serments de fraternité et de fidélité à la loi et au Roi.

La Convention nationale succède à l’Assemblée législative, le 20 septembre 1792. Nous sommes en république. L’échafaud se dresse, les églises sont pillées, les prêtres incarcérés et, tandis que chacun tremble pour ses jours, la Convention institue des fêtes nationales.

Elle maintient d’abord celle du 14 juillet et en décrète trois nouvelles :

  • 1° L’anniversaire du 10 août 1792, époque de la déchéance de Louis XVI ;
  • 2° L’anniversaire du 21 janvier 1793, jour de l’exécution du Roi ;
  • 3° L’anniversaire du 31 mai 1790, jour de l’arrestation des Girondins1.

Après la chute de Robespierre, un nouvel anniversaire est à fêter, et la Convention décrète, le 2 pluviôse an III, que le 9 thermidor sera célébré dans toutes les communes de la République.

Le 5 brumaire an IV (25 octobre 1795), sept nouvelles fêtes nationales furent instituées :

  • 1° Celle de la fondation de la République, le 1er vendémiaire (22 septembre) ;
  • 2° Celle de la Jeunesse, le 10 germinal (30 mars) ;
  • 3° Celle des Epoux, le 10 floréal (29 avril) ;
  • 4° Celle de la Reconnaissance, le 10 prairial (29 mai) ;
  • 5° Celle de l’Agriculture, le 10 messidor (28 juin) ;
  • 6° Celle de la Liberté, les 9 et 10 thermidor (27 et 28 juillet) ;
  • 7° Celle des Vieillards, le 10 fructidor (27 août).

Le Directoire, qui succéda à la Convention, détermina par différents arrêtés la manière dont ces fêtes seraient célébrées2. Un autel à la patrie ; — des chants patriotiques ; — une place d’honneur pour les vieillards ; — des jeux et des exercices publics, tel était le canevas adopté, sauf quelques rares exceptions, pour toutes les solennités nationales. Il y avait aussi le discours obligatoire « analogue à la fête ; » l’orateur devait peindre la royauté sous les plus sombres couleurs, vanter les bienfaits de la République et faire un appel à la concorde et à la fraternité.

Malheureusement l’enthousiasme faisait défaut et tout le zèle déployé par les administrations ne put le provoquer.

Le 18 fructidor an V devait aussi avoir son anniversaire, et une loi du 2 fructidor an VI3 (19 août 1798), en ordonne la célébration.

Enfin, une loi du 13 pluviôse an VI4 décrète la célébration annuelle de la fête de la Souveraineté du Peuple qui devait avoir lieu le 30 ventôse (20 février), jour précédant la réunion des assemblées primaires pour la nomination des électeurs.

Le Directoire est renversé le 18 brumaire an VIII, et le 3 nivôse suivant (24 décembre 1799), sur la proposition des Consuls, une loi est rendue qui ne conserve comme fêtes nationales, que l’anniversaire du 14 juillet 1789, jour de la conquête de la liberté sur le despotisme, et le 1er vendémiaire, jour anniversaire de la fondation de la République, conquise le 10 août 1792, « seules fêtes nationales, dit la loi, qui ont été accueillies par tous les Français, sans laisser aucun souvenir qui tende à faire naître des divisions parmi les amis de la République. »

Si le bonheur d’un peuple dépend du nombre de ses fêtes nationales, les Français, pendant une période de dix années, n’eurent rien à envier aux autres nations.

De nos jours, la République française, par la loi du 6 juillet 1880, a adopté la date du 14 juillet comme fête nationale.

Il n’y a plus d’autels à la patrie, ni de vieillards couronnés de fleurs, on se contente de déployer des drapeaux aux fenêtres, de faire chanter la Marseillaise aux enfants des écoles laïques qui s’en vengent le soir en faisant partir des pétards dans les jambes des promeneurs.

Tels sont les divertissements réservés aux populations pour ce grand jour de fête.