Une fille = un garçon ?

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Les huit études présentées s'ancrent dans le Programme d'action pour la promotion de l'égalité femmes-hommes, de l'interculturalité et de l'inclusion sociale de la Communauté française de Belgique. Ce programme vise à promouvoir l'égalité et la mixité des sexes dans l'enseignement. Les articles partent de la constatation d'un écart entre l'égalité formelle et réelle en matière d'orientation. L'hypothèse qui se dégage est que tous les acteurs scolaires participent à la dynamique genrée de construction des perspectives d'avenir des élèves.
Publié le : mercredi 1 décembre 2010
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EAN13 : 9782336275673
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UNE FILLE = UN GARÇON ? Identifier les inégalités de genre à l’école pour mieux les combattre

Dans la collection « Compétences interculturelles »
A. MANÇO et C. BOLZMAN (éds), Transnationalités et développement. Rôles de l’interculturel, 2010, 222 p. K. HADDAD, A. MANÇO, M. ECKMANN (dir.), Antagonismes et dialogues interculturels. Du constat des polarisations à la construction des cohésions, 2009, 250 p. E. TAŞ, Kısmet ! Belgique/Turquie : regards croisés sur mariages et migrations, 2008, 144 p. M. SARLET, A. MANÇO (éds), Tourismes et diversités : facteurs de développement ?, 2008, 158 p. B. TISON, Des Indiennes en Europe. Valeurs et stratégies identitaires : comparaisons Paris-Londres, 2008, 176 p. J. DEPIREUX, A. MANÇO (éds), Formation d’adultes et interculturalité. Innovations en pays francophones, 2008, 158 p. A. MANÇO (éd.), Valorisation des compétences et co-développement. Africain(e)s qualifié(e)s en immigration, 2008, 236 p. K. HADDAD, L’intégration des musulmans en Suède. Un défi singulier pour une société multiculturelle ?, 2008, 125 p. S. de TAPIA, S. AKGÖNÜL (éds.), Minorités discrètes, diasporas en devenir ? Kalmouks, Kazakhs et Tibétains en France, 2008, 322 p. A. CHAOUITE, L’interculturel comme art de vivre. Fragments critiques, 2007, 152 p. H. SAIDI (éd.) Les étrangers en France et l’héritage colonial. Processus historiques et identitaires, 2007, 154 p. J. DE CHANGY, F. DASSETTO, B. MARECHAL, Relations et co-inclusion. Islam en Belgique, 2007, 240 p. M. BORN et coll.(éds), Recomposer sa vie ailleurs. Recherche-action auprès des familles primoarrivantes, 2006, 214 p. A. MANÇO, Processus identitaires et intégration. Approche psychosociale des jeunes issus de l’immigration, 2006, 188 p. A. MANÇO (coord.), Turcs en Europe. L’heure de l’élargissement, 2006, 129 p. E. PRIEUR, E. JOVELIN et M. BLANC (coord.), Travail social et immigration. Interculturalité et pratiques professionnelles, 2006, 312 p. A. ELIA, Réseaux ethnocommunautaires des Foulbé en Italie. Recherche de visibilité, logiques associatives et stratégies migratoires, 2006, 115 p. S. AKGÖNÜL, Religions de Turquie, religions des Turcs. Nouveaux acteurs dans l’Europe élargie, 2005, 193 p. L. MULLER et S. de TAPIA (éds), Un dynamisme venu d’ailleurs : la création d’entreprises par les immigrés, 2005, 311 p. A. MANÇO et S. AMORANITIS (éds), Reconnaissance de l’islam dans les communes d’Europe. Actions contre les discriminations religieuses, 2005, 200 p. Traduit en anglais. Ch. PARTHOENS et A. MANÇO, De Zola à Atatürk : un « village musulman » en Wallonie. CheratteVisé, 2005, 174 p. J. GATUGU, S. AMORANITIS et A. MANÇO (éds), La vie associative des migrants : quelles (re)connaissances ? Réponses européennes et canadiennes, 2004, 280 p. U. MANÇO (dir.), Reconnaissance et discrimination : présence de l’islam en Europe occidentale et en Amérique du Nord, 2004, 371 p. Traduction italienne en cours. A. MANÇO (éd.), Turquie : vers de nouveaux horizons migratoires ?, 2004, 308 p. M. VATZ LAAROUSSI et A. MANÇO (éds), Jeunesses, citoyennetés, violences. Réfugiés albanais en Belgique et au Québec, 2003, 312 p. D. CRUTZEN et A. MANÇO (éds), Compétences linguistiques et sociocognitives des enfants de migrants. Turcs et Marocains en Belgique, 2003, 126 p. A. MANÇO, Compétences interculturelles des jeunes issus de l’immigration. Perspectives théoriques et pratiques, 2002, 182 p.

« Compétences Interculturelles » est une collection destinée à présenter les travaux théoriques, empiriques et pratiques des chercheurs scientifiques et des acteurs sociaux qui ont pour but d’identifier, de modéliser et de valoriser les ressources et les compétences interculturelles des populations et des institutions confrontées à la multiplicité des référents socioculturels et aux contacts entre différentes cultures. Les compétences interculturelles se révèlent capitales, notamment dans le double effort d’intégration des personnes issues de migrations, qui doivent à tout le moins se positionner à la fois par rapport à la société d’accueil et par rapport aux milieux d’origine, eux-mêmes en constante transformation. Les travailleurs sociaux au sens large, les enseignants, d’autres intervenants, mais également les décideurs chargés des politiques d’accueil et d’intégration des migrants et des minorités culturelles sont concernés par ce type de compétences professionnelles pour mener, à destination de ces publics, des actions de développement social et pédagogique efficaces. Même si l’objectif de la présente collection est prioritairement de faire connaître les travaux de l’Institut de Recherche, Formation et Action sur les Migrations (IRFAM) et de ses nombreux partenaires internationaux, cet espace d’expression est ouvert aux équipes pluridisciplinaires qui souhaitent contribuer à l’approfondissement des savoirs et des savoir-faire en matière de développement interculturel. Les publications en préparation couvrent divers domaines parmi lesquels : o o o o Interculturel, activités créatives et insertion ; Migrations et prévention des violences ; Pour une éducation aux migrations équitables ; Psychologie et migrations : vers une synthèse.

La collection bénéficie des apports d’un Comité scientifique international qui a pour rôle d’évaluer les ouvrages et les chapitres d’ouvrage proposés pour publication, ainsi que d’initier des thèmes nouveaux. Le Comité participe à l’orientation de la politique d’édition, de diffusion et de promotion de la collection. Les membres du Comité sont : Barras Christine, Bruxelles Bilge Sirma, Université de Montréal Bolzman Claudio, Haute Ecole Spécialisée de la Suisse Occidentale, Genève Bultot Alain, Conseil de l’Education et de la Formation, Bruxelles Cohen-Emerique Margalit, Paris Coslin Pierre, Université de Paris V de Tapia Stéphane, Centre National de Recherche Scientifique et Université M. Bloch, Strasbourg Dehalu Pierre, Haute Ecole Namuroise Catholique Etienne Caroline, Namur Franchi Vijé, Université de Paris V Fortin Clément, Université du Québec Gatugu Joseph, Centre d’Action Interculturelle de Namur Germain Annick, Institut National de Recherche Scientifique, Montréal Gerstnerova Andrea, Université Charles de Prague Gjeloshaj Kolë, Université Libre de Bruxelles Helly Denise, Institut National de Recherche Scientifique, Montréal Jacques Paul, Institut Wallon de Santé Mentale, Namur Kesteloot Christian, Université Catholique flamande de Louvain Lahlou Mohamed, Université de Lyon II Liégeois Jean-Pierre, Université de Paris V Louis Vincent, Université de Liège Manço Ural, Facultés Universitaires Saint-Louis de Bruxelles Ogay Tania, Université de Fribourg Raya Lozano Enrique, Université de Grenade Rigoni Isabelle, Université de Poitiers Santelli Emmanuelle, Centre National de Recherche Scientifique, Lyon Tisserant Pascal, Université de Metz Villan Michel, Direction Générale de l’Action Sociale et de la Santé, Namur Vulbeau Alain, Université de Paris X Zemni Sami, Université de Gand Assistance technique : Kévin Haddad, 4Motion, Esch-sur-Alzette __________ Collection « Compétences Interculturelles » __________ Fondée et dirigée par Altay A. Manço

Des mêmes auteures

Gavray C. (sous la direction de) (2008). Femmes & Mobilités, Marcinelle : Cortext. Casman M., Gailly P. et Gavray, C. (1992). Police-immigrés. Bruxelles : Van Den Broek.

© L'HARMATTAN, 2010 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13223-8 EAN : 9782296132238

Sous la coordination de Claire Gavray et Alexandra Adriaenssens

UNE FILLE = UN GARÇON ? Identifier les inégalités de genre à l’école pour mieux les combattre
Constats et recommandations suite à différentes recherches menées en Communauté française de Belgique

Photos : Altay Manço

C. Gavray et A. Adriaenssens (coord.), Une fille = un garçon ?

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Sommaire
Présentation générale. Claire Gavray et Alexandra Adriaenssens Le genre à l’école maternelle : développement d’un outil pour l’enseignement. Barbara Brunisso et Katlijn Demuynck Valeurs et attitudes stéréotypées à l’adolescence : quels enjeux en matière de réussite et d’insertion scolaire ? Claire Gavray L’axe formation dans l’affranchissement des modèles de sexe en vue d’une meilleure réussite scolaire. Dina Sensi et Altay Manço Réussir au pluriel. Facteurs et logiques de La différenciation sexuée des trajectoires scolaires dans le secondaire. Emmanuelle Lenel 39 9

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Les CPMS aux prises avec le genre. Isabelle Poulet Filles et garçons face à l’orientation scientifique : stéréotypes en tous genres. Christelle Goffin, Valérie Quittre, Dominique Lafontaine Etude des représentations des jeunes par rapport à leur avenir professionnel et à leur future conciliation vie familiale – vie professionnelle Annie Cornet, Marine Maréchal, Christine Delhaye L’égalisation des chances pour tous et toutes à l’école ne peut pas s’abstraire des rapports sociaux de sexe, de classe et de « race ». Magdalena Le Prévost Conclusions et recommandations. Alexandra Adriaenssens Présentation des auteur-e-s Présentation de l’IRFAM

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Avec le soutien de la Communauté française de Belgique.

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Présentation générale

Claire Gavray et Alexandra Adriaenssens Les études qui vous sont présentées au sein de cet ouvrage s’ancrent dans le Programme d’action gouvernemental pour la promotion de l’égalité femmes-hommes, de l’interculturalité et de l’inclusion sociale, adopté le 25 février 2005 par le Gouvernement de la Communauté française de Belgique. Un des objectifs spécifiques de ce programme visait en effet à promouvoir l’égalité et la mixité des sexes dans l’enseignement obligatoire et supérieur à partir de deux constats. Le premier constat a trait aux tendances générales observées en termes de scolarité sexuée : les filles réussissent en moyenne mieux que les garçons à l’école, mais restent cantonnées dans des filières moins porteuses d’emploi et prometteuses en termes de carrière tandis que les garçons présentent un taux d’échec scolaire plus important que les filles. Le deuxième constat visait le déficit de recherches menées, en Communauté française, sur la question des inégalités des filles et des garçons dans le système éducatif. En effet, la majorité des études de référence disponibles en Belgique francophone provenaient de France et/ou du Québec et, en cela, ne permettaient pas aux décideurs de disposer d’informations suffisantes pour dresser un constat circonstancié et pour développer des politiques soucieuses d’égalité entre les sexes en matière d’enseignement. C’est dans ce cadre qu’en mai 2008, la Direction de l’Egalité des Chances a lancé un appel à projets visant à encourager la recherche de genre portant sur les inégalités entre les filles et les garçons dans l’enseignement en Communauté française de Belgique. L’occasion était donnée de contextualiser les questions liées à l’orientation des filles et des garçons, à l’échec et/ou à la réussite des filles et des garçons et aux autres questions liées aux inégalités entre filles et garçons dans l’enseignement obligatoire. Ces études devaient pouvoir repérer et expliquer les facteurs d’inégalités, tant pour les filles que pour les garçons, en vue d’y remédier. Quatorze projets ont été déposés par différentes universités et centres de recherche. Sept d’entre eux ont été sélectionnés et financés d’octobre 2008 à novembre 2009. Chaque projet a été suivi par un comité d’accompagnement spécifique, composé de représentant-e-s de la

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Direction de l’Egalité des Chances du Ministère de la Communauté française, de l’AGERS (Administration générale de l’Enseignement et de la Recherche Scientifique) et des Ministres ayant en charge l’Egalité des Chances et l’Enseignement obligatoire. Ce comité a veillé à la cohérence des objectifs poursuivis tandis que des rencontres réunissant à plusieurs reprises les sept équipes de recherches ont permis des échanges fructueux entre les différent-e-s chercheur-e-s impliqués. Les différents résultats des recherches ont été présentés lors d’un colloque à Bruxelles le 27 avril 20101. Ils continuent d’être l’objet de présentations lors de conférences, journées d’études et colloques, ainsi qu’à travers des publications. Ces recherches se distinguent tout d’abord au niveau des diverses méthodologies employées, le plus souvent combinées les unes aux autres : analyse de textes et décrets (comme en témoigne la recherche de l’Université des femmes), recherche quantitative (option prise par la recherche menée par l’IRFAM et l’Université de Liège) ou qualitative (méthode plus souvent choisie), focus groups et animations (pratiquées par EGID et l’IRFAM) ou interviews individuelles (courantes dans les dispositifs de recherche), observations participantes (comme celles effectuées dans les conseils de classe lors de l’enquête ethnographique du Centre d’Etudes Sociologiques des Facultés Universitaires Saint-Louis de Bruxelles), et recherche-action (telle que pratiquée par l’IRFAM, par exemple). Différents niveaux d’enseignement ont été investigués : du niveau maternel (dans l’étude de Genderatwork) aux classes supérieures du secondaire (dans la recherche d’EGID). La palette d’acteurs approchés est également très large : élèves, parents (ces deux acteurs ont été conjointement investigués dans la recherche de l’IRFAM/ULg), directions d’école, enseignants (dont certains plus spécifiquement comme les professeurs de sciences interrogés par l’équipe de l’ULg–aSPE), et agents des centres psycho-médico-sociaux (le focus a été mis exclusivement sur ces derniers par l’équipe de Synergie). Tantôt, le point d’entrée dans la problématique a consisté en des éléments objectifs (comme les résultats de l’étude PISA analysés dans la recherche des pédagogues de Liège, ULg–aSPE) ; tantôt les chercheurs ont investigué les valeurs, attitudes (spécifiquement celles des adolescents interrogés à propos de leurs stéréotypes sexués) ou la vision d’avenir des jeunes (investigués dans la recherche d’EGID).

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http://www.egalite.cfwb.be/index.php?id=fille_garon.

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Au niveau des thèmes abordés, la plupart des articles consignés dans cet ouvrage partent de la constatation d’un écart entre l’égalité formelle et réelle en matière d’orientation scolaire et professionnelle. D’un côté, les textes officiels reconnaissent un droit à l’égalité des filles et des garçons en matière d’accès à tous les types d’études et de formations, sans distinction de sexe. D’un autre, on remarque sur le terrain une orientation toujours très différenciée des filles et des garçons, teintée par le genre dans les choix de cours (littéraires/scientifiques), d’études et de professions. Christelle Goffin, Valérie Quittre et Dominique Lafontaine (Université de Liège, aSPE) dans le chapitre intitulé « Filles et garçons face à l’orientation scientifique : stéréotypes en tous genres » dressent et discutent les constats qui peuvent être faits à ce niveau au départ des données PISA. L’hypothèse générale qui se dégage des différents textes est que tous les acteurs scolaires (les différents professionnels, les jeunes eux-mêmes et leurs parents) participent à leur façon, et souvent en dehors de toute conscience, à la dynamique genrée de construction des goûts, des compétences, des choix et des perspectives d’avenir des élèves, et cela depuis la petite enfance. Témoigne de cette perspective développementale à prendre en compte l’article de Katlijn Demuynck (Gender at work) « Le genre à l’école maternelle : développement d’un outil pour l’enseignement ». De son côté, Claire Gavray, Université de Liège investigue les valeurs et attitudes stéréotypées à l’adolescence ainsi que leurs enjeux en matière de réussite et d’insertion scolaire. Toujours dans ce même prolongement temporel, Annie Cornet, Christine Delhaye et Marine Maréchal (Université de Liège, EGID) s’interrogent sur le caractère genré des « représentations des jeunes par rapport à leur avenir professionnel et à leur future conciliation vie familiale – vie professionnelle ». Ces différentes constatations ne limitent pas pour autant la réflexion à un cadre déterministe. Dans leur démarche de recherche, Claire Gavray et Emmanuelle Lenel (Facultés Universitaires Saint-Louis de Bruxelles), tout comme EGID dans son article « Réussir au pluriel. Facteurs et logiques de la différenciation sexuée des trajectoires scolaires dans le secondaire », font l’hypothèse de rapports sociaux de sexe qui ne sont pas totalement figés mais qui évoluent dans le temps. Dans ce cadre, les acteurs contemporains, et notamment les jeunes filles, font preuve de ressources et de capacités à prendre leurs distances par rapport aux normes genrées et travailler à leur propre destinée. Parmi les différents acteurs impliqués en matière d’orientation scolaire et professionnelle, on s’intéresse d’emblée aux professionnel-le-s incontournables de l’orientation que sont les agent-e-s P.M.S. Isabelle Poulet (Synergie, Bruxelles) dans un article intitulé « Les CPMS aux prises avec le genre » s’intéresse à la conception que ces derniers ont de leur travail et à la conscience qu’ils ont des enjeux inégalitaires qui

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découlent des pratiques en cours et des idées qui les guident. Ces mêmes questions se posent à propos des enseignants et des outils à mettre à leur disposition pour travailler sur leurs propres stéréotypes comme sur ceux des élèves. Dina Sensi et Altay Manço (IRFAM, Liège) discutent concrètement « l’axe formation dans l’affranchissement des modèles de sexe ». Ils réfléchissent aux conditions requises pour arriver à des résultats positifs significatifs pour les adultes et les jeunes. Parmi ces conditions, la volonté des responsables et de la société contemporaine à chercher les vraies raisons et réponses aux questions qui se posent. A ce propos, Magdalena Le Prévost (Université des Femmes, Bruxelles), dans le chapitre intitulé « Les enjeux de l’intégration du genre dans la pratique enseignante : les injonctions paradoxales du décret ‘Missions’ », interroge un changement actuel de paradigme qui discréditerait peu à peu une approche en termes d’inégalités et de genre. Ainsi toutes les études présentées dans cet ouvrage témoignent d’un souci commun des équipes de recherche : mettre en lumière les inégalités sexuées, mais également les raisons de ces dernières. En décembre 2000, Jacques Ardoino1 décrivait le concept de pratiques sociales ainsi : « les comportements, habitus, coutumes et croyances exprimant et traduisant des systèmes de valeurs culturels et sociaux, que les membres d’une société, d’une communauté, données, peuvent agir ensemble, tout à la fois individuellement et collectivement, en incluant ainsi la part de variation, d’interprétation personnelle, de création, voire de transgression, que comporte toujours l’observance des lois et des règles de vie mutuellement reconnues et acceptées ou subies. » Psychosociologue et consultant pour l’UNESCO, ce spécialiste publiait déjà en 1965 « un ouvrage intitulé ‘Propos actuels sur l’éducation’. Dans une des annexes, il signale que tant les enseignants que les promoteurs de réformes seraient bien avisés de prendre en compte toute la complexité de la réalité scolaire. Celle-ci comporte, selon lui, cinq niveaux qu’il s’agit tout à la fois de distinguer et de prendre simultanément en considération, si l’on ne veut pas laisser subsister des lacunes dans cet effort de compréhension et hypothéquer ainsi les chances de voir se concrétiser les changements escomptés »2. Selon Claudine Drion, la grille d’Ardoino permet particulièrement bien de cerner les enjeux des rapports sociaux de sexe dans la mesure où, à chaque niveau, elle permet de tester le niveau de conscience des inégalités sexuées dont font preuve les différents acteurs et de faire émerger les arguments de dénégation et de résistance individuels et collectifs. Il

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Ardoino J. (2000), Les avatars de l’éducation. Paris : PUF.

Présentation du texte de Drion C. (2005), Genre et niveaux d’intelligibilité du social, accès : http://genre.francophonie.org/spip.php?article530.

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apparait que l’ensemble des recherches exposées dans cet ouvrage se donnait cette double mission en donnant la parole aux acteurs et en analysant le discours et les opinions de ces derniers. A ce niveau, Ardoino insiste sur la tentation à en appeler à l’individualité (1) des personnes et de recourir à l’argument psychologique ou de nature pour expliquer les inégalités. Au niveau des interactions et du groupe (2), un raisonnement courant consiste à penser qu’« à partir du moment où le respect et la négociation existent entre les deux personnes ou différents groupes, il n’y a plus de problème » (3), et à ignorer jusqu’à quel point la répartition traditionnelle des rôles, des fonctions, des ressources et du pouvoir se rejoue régulièrement dans les interactions entre deux personnes (en famille, à l’école …), au sein des différents groupes et dans le fonctionnement de toute organisation (4). Toujours selon Ardoino, plus largement au niveau institutionnel (5), la tendance existe de penser « qu’aujourd’hui, il n’y a plus d’inégalités, que tout a été acquis puisque l’égalité est même inscrite dans la législation et les réglementations. » Plusieurs articles dans ce volume donnent une preuve incontestée du fossé qui persiste entre les valeurs prônées et les réalités et de la déformation qui est faite d’un objectif d’égalité qui reste fragile. Aux cinq niveaux d’analyse qui viennent d’être évoqués, Drion ajoute un sixième niveau, celui de l’historicité, considéré comme la capacité collective à agir sur les rapports de genre et emprunté à Alain Touraine1. Les manifestations différenciées de l’historicité dans les deux groupes sexués d’adolescents sont discutées à propos des valeurs et attitudes que ces derniers véhiculent. Par ailleurs, un symptôme d’amnésie collective transparait à la lecture de son ouvrage. Il concerne la façon dont la préoccupation d’égalité genrée a permis de transformer la société par une « révolution tranquille » et d’arriver, sur une période courte, à considérer comme normal que les individus, qu’ils soient homme ou femme, puissent s’épanouir dans la société en ayant les mêmes droits. L’article de Magdalena Le Prévost va plus loin dans ses dénonciations. Il met en garde contre les changements de vocabulaire et de projet de société qui, sans crier gare, amènent à prendre de la distance par rapport à l’approche ‘genre’ et aux impératifs d’égalité et de justice sociale, pour légitimer le seul concept de gestion de la diversité. Cette évolution qui risque de replacer les droits des personnes derrière ceux dévolus ou concédés à une communauté d’appartenance (sexuée, sociale, ethnique, ...) au profit de la performance économique2 dépasse largement le champ scolaire. Elle est à
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Drion C. (2005), Genre et niveaux d’’intelligibilité http://www.mondefemmes.org/pdf/docpdf/genrnivsoc.pdf.

du

social,

accès :

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Meynaud H-Y, Fortino S. et Calderon J. (2009), « La mixité au service de la performance économique : réflexions pour penser la résistance ». Cahiers du Genre, n° 47, 15-33.

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distinguer de l’objectif de diversification et d’extension des registres et choix possibles par la réduction des inégalités. Elle reflète, selon l’auteure, une transformation des référents idéologiques à ne pas sousestimer1. Si chaque recherche amène des propositions de matériel pédagogique (comme dans le cas de l’IRFAM ou de Synergie) et des réflexions concrètes en matière de recommandations, le lecteur comprendra la nécessité d’articuler ces dernières en fonction du niveau d’analyse et de celui d’intervention auxquels elles réfèrent. C’est à cet exercice que se livre Alexandra Adriaenssens de la Communauté française WallonieBruxelles en conclusion de cet ouvrage qui, nous l’espérons, ouvrira des perspectives intéressantes de changements de pensée et d’action.

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Si l’intervention sociale montre en effet que derrière le concept de « diversité » il existe souvent des luttes inter- ou intra-institutionnelles dans lesquelles les groupes humains sont inégalement situés, on peut en revanche se demander s’il n’y a pas un danger d’ethnocentrisme à scotomiser totalement cette dimension. Les luttes et les intérêts collectifs ne sont pas lus de la même manière par tous et c’est sans doute un non sens pour toute philosophie de la liberté que d’imposer à chacun une seule façon de les lire. Ainsi, au côté des outils de lutte contre les inégalités, n’est-il pas également intéressant d’avoir d’autres compléments tels que la « valorisation des diversités » au bénéfice de tous ?

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Le genre à l’école maternelle : développement d’un outil pour l’enseignement

Barbara Brunisso et Katlijn Demuynck

Introduction En 2008, l’orientation des filles et des garçons est encore très fortement sexuellement différenciée dès l’enseignement secondaire. Cette différence d’orientation n’évolue que très lentement et semble profondément enracinée dans les normes et les valeurs de notre société, malgré les désavantages qu’une telle orientation sexuée représente pour les deux sexes. L’identité ‘genre’ mène à des inégalités (taux de réussite plus bas pour les garçons, choix de filières moins valorisées pour les filles, violences entre les filles et les garçons…) et malgré ce fait, cette identité genrée n’est pas ressentie comme problématique, ni par les filles et les garçons, ni par leur environnement. En effet, la construction de cette identité genrée à partir du plus jeune âge est ressentie et comprise comme quelque chose de « naturel ». Il est important d’intervenir le plus tôt possible dans la construction des stéréotypes sur les femmes et les hommes avant qu’ils ne soient ancrés dans l’identité des enfants. Pour ce faire, il faut conscientiser les enseignant-e-s, les futur-e-s enseignant-e-s et les directeur-trice-s sur l’impact sous-estimé des stéréotypes sur les filles et les garçons dans l’enseignement en leur fournissant des outils pratiques et simples pour gérer la dimension de genre de manière constructive. Méthodologie et objectif Le projet consiste en une recherche-action pour laquelle l’équipe de Genderatwork asbl se base sur les nombreuses recherches et expériences qui ont été menées à ce sujet pour les transformer en outil pratique moyennant un processus interactif sur le terrain. Genderatwork a donné ainsi un rôle central aux acteurs de terrain, c’est-à-dire les enseignant-e-s et les directeur-trice-s du niveau maternel, par le biais d’entretiens individuels et en groupe. Ces divers entretiens ont offert la possibilité aux

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acteurs de terrain de participer activement au développement de l’outil pratique de sensibilisation. L’objectif du projet vise la création d’un outil pratique de sensibilisation sur la dimension de genre dans l’enseignement maternel intitulé ‘Filles et garçons à l’école maternelle. Reconnaître la différence pour faire l’égalité’. Ce guide, disponible sur le site de Genderatwork www.genderatwork.be ainsi que sur celui de la Direction de l’Egalité des Chances du Ministère de la Communauté française www.egalite.cfwb.be offre aux enseignant-e-s et directeur-trice-s des conseils pratiques sur la gestion constructive de la dimension de genre à l’école maternelle. Déroulement Le projet s’est déroulé de janvier 2009 à octobre 2009. 70 écoles maternelles (sélectionnées arbitrairement) du réseau officiel et du réseau libre de la Région Bruxelles-Capitale et de la Province de Liège ont été invitées à participer au projet. Au final, 3 écoles de la Région BruxellesCapitale et 3 écoles de Liège et de ses environs ont participé au projet. Les entretiens ont ainsi impliqué 45 enseignant-e-s (44 femmes, un homme) et six directrices. Approfondissement de la question et hypothèses Durant trois mois, nous avons fait l’inventaire des facteurs de genre pouvant jouer un rôle dans la classe maternelle sur base de l’expérience de Genderatwork et de la recherche existante. Une série d’hypothèses à destination des enseignant-e-s ont été émises et ont permis de constituer un guide d’entretiens. Ces hypothèses portaient sur : - Les différences entre les filles et les garçons perçues de manière générale par les enseignant-e-s et l’interaction des enseignant-e-s avec les enfants - Le choix du matériel : jeux, jouets, livres - Le choix des activités - La disposition de la classe - L’interaction avec les parents - Les messages véhiculés sur les hommes et les femmes - Une autre série d’hypothèses à destination des directrices ont été émises et portaient sur : - La vision pédagogique de l’école en matière d’égalité entre les filles et les garçons - Le choix du matériel didactique - La cour de récréation - La planification des activités pour les enfants - La composition du personnel - L’interaction avec les parents

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Rassemblement des données de terrain Ensuite, nous avons réalisé des entretiens individuels avec les enseignant-e-s et les directrices puis des concertations en groupe, par école, pour vérifier la pertinence des facteurs genre et l’étendue de leur impact en classe et dans l’école. Les enseignant-e-s et les directrices ont non seulement pu nous faire part de leurs expériences et de leurs premiers constats en matière d’égalité entre les filles et les garçons, mais ils ont également pu confronter entre eux leur vision sur l’égalité entre les filles et les garçons en général et en lien avec leur pédagogie. Ces entretiens individuels et ces concertations ont ainsi fait ressortir les bonnes pratiques que les enseignant-e-s et directrices mettaient déjà en œuvre dans leur classe et établissement et ont également mis en lumière les questionnements que les stéréotypes de genre suscitent. Développement de l’outil Nous avons ensuite transformé le matériel de base et les données de terrain en un premier projet d’outil qui a été ensuite discuté et amélioré par le comité d’accompagnement. Ce guide mis au point vise ainsi à recadrer la problématique et suggère des pistes pour une approche réfléchie et adaptée à l’environnement changeant de notre société. Test de l’outil L’outil a été lu et testé par les écoles participantes. Lors de concertations de groupes constitués des directrices et des enseignant-e-s – dont certain-e-s nouveaux-elles qui n’avaient pas participé au entretiens individuels – nous avons discuté l’outil et pris en compte leurs remarques afin de l’adapter par la suite. L’outil a donc été adapté et amélioré avec l’input du comité d’accompagnement, des enseignant-e-s et des directrices. Dissémination L’outil a été publié à 500 exemplaires à destination des écoles de la Communauté Française et une version électronique est téléchargeable sur le site web de Genderatwork www.genderatwork.be ainsi que sur celui de la Direction de l’égalité des chances du Ministère de la Communauté française www.egalite.cfwb.be. Résultats Cette recherche-action a permis d’élaborer l’outil « Filles et garçons à l’école maternelle. Reconnaître la différence pour faire l’égalité ». Constitués de différentes parties (les définitions des concepts, les constats des enseignant-e-s et directrices, les commentaires et conseils de l’équipe

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