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Une glorieuse campagne

De
144 pages

Florence, 10 avril 1859.

Ma bonne mère,

Je n’étais à Rome que depuis huit jours quand j’ai reçu ta lettre, à laquelle j’ai répondu par ces deux mots : Je pars. Je tenais à t’assurer de ma prompte obéissance, et j’avais tant à faire, qu’il m’eût été impossible de t’écrire longuement. Aujourd’hui que j’ai un peu plus de temps à moi, nous allons causer ; car je ne t’ai rien dit du voyage que je viens de faire.

Ma dernière lettre — je ne compte pas celle que je t’ai adressée en réponse à la tienne — était datée de l’abbaye du Mont-Cassin, où je m’étais arrêté en me rendant de Rome à Naples.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

BIBLIOTHÈQUE MORALE
DE
LA JEUNESSE
PUBLIÉ
AVEC APPROBATION

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SCÈNE DE MACENTA.

Céline Fallet

Une glorieuse campagne

Souvenirs de la guerre d'Italie

Les Ouvrages composant la Bibliothèquemorale de la Jeunesse ont été revus et ADMIS par un Comité d’Ecclesiatiques nommé par MONSEIGNEUR L’ARCHEVÊQUE DE ROUEN.

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L’Ouvrage ayant pour titre : Une glorieuse Campagne, a été lu et admis.

 

Le Président du Comité,

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Avis des Éditeurs

Les Éditeurs de la Bibliothèque morale de la Jeunesse ont. pris tout à fait au sérieux le titre qu’ils ont choisi pour le donner à cette collection de bons livres. Ils regardent comme une obligation rigoureuse de ne rien négliger pour le justifier dans toute sa signification et toute son étendue.

Aucun livre ne sortira de leurs presses, pour entrer dans cette collection, qu’il n’ait été au préalable lu et examiné attentivement, non-seulement par les Éditeurs, mais encore par les personnes les plus compétentes et les plus éclairées. Pour cet examen, ils auront recours particulièrement à des Ecclésiastiques. C’est à eux, avant tout, qu’est confié le salut de l’Enfance, et, plus que qui que ce soit, ils sont capables de découvrir ce qui, le moins du monde, pourrait offrir quelque danger dans les publications destinées spécialement à la Jeunesse chrétienne.

Aussi tous les Ouvrages composant la Bibliothèque morale de la Jeunesse sont-ils revus et approuvés par un Comité d’Ecclésiastiques nommé à cet effet par MONSEIGNEUR L’ARCHEVÊQUE DE ROUEN. C’est assez dire que les écoles et les familles chrétiennes trouveront dans notre collection toutes les garanties désirables, et que nous ferons tout pour justifier et accroître la confiance dont elle est déjà l’objet.

INTRODUCTION

Au mois de septembre 1858, un jeune artiste de nos amis partait pour Rome, où il comptait se perfectionner par l’étude des chefs-d’œuvre de Michel-Ange, de Raphaël et de tant d’autres génies qui ont enrichi de leurs travaux la capitale du monde chrétien. Son intention était de passer en Italie deux années au moins ; mais au moment où la guerre devint imminente entre la Sardaigne et l’Autriche, sa mère le rappela ; car elle craignait que les événements ne le retinssent trop longtemps éloigné d’elle.

Bien décidé à obéir, le jeune homme se mit en route et écrivit pour annoncer son prochain retour. Mais qui peut dire ce que l’avenir lui garde ? Notre ami arrivait en Piémont au moment où les troupes françaises y entraient par les Alpes et par Gênes. En se trouvant au milieu d’une armée do laquelle il avait autrefois fait partie, le jeune peintre se sentit pris d’une belliqueuse ardeur, dont il essaya vainement de triompher. Il retarda son départ sous divers prétextes, puis il finit par avouer à sa mère qu’il ne pouvait résister au désir de faire la campagne ; mais, pour la rassurer et la consoler, il promit de lui écrire souvent.

Ces lettres, que la bonne et courageuse mère â bien voulu nous communiquer, nous ont paru mériter d’être reproduites, autant par les généreux sentiments dont elles renferment l’expression, que par les détails qu’elles donnent sur les événements d’une guerre si glorieuse pour nos armés.

UNE GLORIEUSE CAMPAGNE

I

Florence, 10 avril 1859.

   Ma bonne mère,

 

Je n’étais à Rome que depuis huit jours quand j’ai reçu ta lettre, à laquelle j’ai répondu par ces deux mots : Je pars. Je tenais à t’assurer de ma prompte obéissance, et j’avais tant à faire, qu’il m’eût été impossible de t’écrire longuement. Aujourd’hui que j’ai un peu plus de temps à moi, nous allons causer ; car je ne t’ai rien dit du voyage que je viens de faire.

Ma dernière lettre — je ne compte pas celle que je t’ai adressée en réponse à la tienne — était datée de l’abbaye du Mont-Cassin, où je m’étais arrêté en me rendant de Rome à Naples. L’aspect de cet édifice, qui ressemble à un joyau enchâssé dans les rudes montagnes des Apennins, m’avait séduit ; mais ce qui surtout m’avait décidé à faire une halte dans cette célèbre abbaye, c’était le désir de prier pour mon père sur le tombeau de son patron. Les cendres de sainte Scholastique reposent auprès de celles de saint Benoît, sous le maître-autel de l’église ; les précieux restes du frère et de la sœur sont réunis ici-bas comme leurs âmes dans le ciel. Cette chapelle est toute décorée des marbres les plus éclatants. Les appartements des pères et les salles des colléges sont admirablement placés pour la vue, qui s’étend à d’incroyables distances, et l’extérieur de l’abbaye est orné de portiques et de statues qui en font un très-remarquable monument.

Le lendemain, je me remis en route, me dirigeant vers Capoue. Là, les Apennins s’effacent : une plaine ornée de pieds de vignes croissant près des mûriers, autour desquels ils s’enroulent, offre aux regards étonnés la végétation la plus magnifique. On comprend que les délices de ce beau pays aient amolli les soldats d’Annibal.

Enfin, ou aperçoit un géant couronné d’une aigrette de fumée blanche. C’est le Vésuve, qui vous annonce Naples. Ce qu’il y a de beau à Naples, ce n’est pas la ville, qui est cependant très-importante ; mais ce sont les quais, le golfe et les campagnes environnantes. Le golfe est l’un des plus beaux, sinon le plus beau du monde. Les voyageurs en ont laissé de brillantes descriptions, les poëtes l’ont chanté ; je ne pourrais donc essayer de le dépeindre sans rester bien au-dessous des tableaux qu’ils en ont faits ; je me contenterai de te dire qu’ils n’ont pu trop vanter ces bords enchanteurs et ces eaux où se reflètent toutes les splendeurs du plus beau ciel de l’Italie.

J’ai fait l’ascension du Vésuve. Si tu l’avais su, bonne mère, tu te serais Inquiétée, j’en suis sûr. Pourtant cette ascension n’offre pas de dangers, quand on est un peu prudent, et je t’ai déjà dit que je le suis beaucoup. Le vieux cratère ne donne plus que de la fumée ; mais la lave enflammée sort du flanc de la montagne, et, dès que le soleil se couche, elle se colore et ressemble à des ruisseaux de feu prête à envahir la campagne. C’est ce qui arrive dans les crises ; mais maintenant la lave se contente de couler lentement, se recouvrant elle-même de couches successives, comme la terre soulevée par là charrue et qui retombe de l’autre côté du sillon.

Sans trop m’arrêter à Naples, où jë devais revenir, jé passai en Sicile. C’est un pays que les artistes doivent visiter ; l’architecture y offre des monuments des plus belles époques, et la peinture trouvé dans le mélange des types grecs, espagnols et normands, de même que dans la nature orientale de ces lieux, une source de grandes études. Mais je voulais être de retour à Rome pour les fêtes de Pâques, dont on m’avait vanté la merveilleuse solennité ; je ne restai donc que peu de temps à Palerme, et après une douce traversée, je me retrouvai à Pompéi.

Tu as entendu parler de cette antique cité, endormie pendant dix-sept siècles sous les cendres du Vésuve, et revenue au jour avec les grâces et la fraîcheur d’une jeune léthargique. Sauf les toits des maisons, tout est là ; vous vivez pleinement de la vie privée et publique des anciens dominateurs du monde. Je passai quinze jours à Pompéi, puis je revins à Rome par mer.

Cette excursion semblait m’avoir disposé à goûter mieux que jamais les merveilles de l’art, rassemblées dans la ville éternelle comme dans leur véritable patrie ; je m’étais remis à l’étude avec une ardeur toute nouvelle ; j’étais heureux, j’étais fier ; car il me semblait, pauvre atome, que, moi aussi, je pouvais faire Quelque chose de beau ; et je rêvais à ce quelque chose quand ta lettre m’est parvenue. Elle était si pressante ta lettre, ma bonne mère, elle exprimait de si vives inquiétudes, que j’ai tout quitté pour t’obéir.

Je puis dire que je t’ai fait un grand sacrifice ; mais tu n’as plus que moi à aimer, tu ne vis plus que pour moi, et je me reprocherais sévèrement de te laisser en proie aux angoisses que tu m’exprimais. Je crois pourtant, mère, que tu t’exagères les difficultés de la situation ; les événements pourront encore avoir une solution pacifique, et je suis presque fâché d’être parti si vite. J’aurais pu rester encore au moins huit jours à Rome, le temps de dire un rapide adieu aux chefs-d’œuvre que je ne reverrai sans doute jamais, et d’obtenir une audience du saint-père. Je n’aurais pas voulu rentrer en France sans m’être agenouillé devant le souverain pontife, sans avoir reçu sa bénédiction, et me voici bien loin de Rome, et, avant la fin de la semaine prochaine, je serai à Paris, où tu m’attends avec Impatience. C’est bien le cas de dire : L’homme propose.... Enfin, je me consolerai, si ce prompt départ te prouve tout le désir que j’ai de t’épargner la moindre peine et la résolution que j’ai prise depuis longtemps de sacrifier toujours mon plaisir à ton bonheur. Oui, sache-le bien, bonne et tendre mère, tu peux disposer de moi comme tu l’entendras ; je t’appartiens, et, quoi que je puisse faire pour t’être agréable, je ne te rendrai jamais tout le dévouement et tout l’amour que tu m’as prodigués.

Mais je te fais là des protestations inutiles, tu me connais aussi bien que je me connais moi-même. Donc, je reviens à mon voyage.

Je visitai presque sans m’y arrêter Viterbe, Orviète, Pérouse. C’est à Pérouse que se trouvent les premiers essais de Raphaël et les belles madones de Piétro Vanucci, son maître, plus connu sous le nom du Pérugin. Je ne m’arrachai pas sans peine à la contemplation de ces chefs-d’œuvre ; tous ceux que j’ai vus n’ont fait, je crois, qu’augmenter on moi la soif d’en voir d’autres. Nulle peine, nulle fatigue ne me coûte, quand il s’agit de recueillir le fruit des efforts et des inspirations des immortels génies que le monde admire. Si l’on me disait qu’il y a quelque part un magnifique tableau, mais que, pour le voir, il faut braver des dangers sérieux, je les affronterais sans crainte. Me vois-tu, transformé en chevalier errant, marcher, l’épée à la main, à la conquête d’un chef-d’œuvre inconnu ? Tu ris, bonne mère ; eh bien ! oui, je suis toujours l’enfant dont la tête s’exalte, mais qu’une douce et sage parole, moins que cela, un sourire, un regard ramène à la raison.

Après Pérouse, j’ai vu Sienne, la poétique ville de sainte Catherine, la rivale quelquefois heureuse de Florence. Sienne possède de précieux monuments, et, fière de l’antiquité de ses écoles, elle prétend ne le céder en rien à la noble capitale des États toscans.

Que te dirai-je de Florence ? Comment pourrais-je te peindre en deux mots cette admirable ville, que je n’ai fait encore qu’entrevoir et dont la magnificence m’éblouit ? Ses musées sont les plus beaux du monde, ses monuments sont superbes, son nom est la bannière de la civilisation italienne, sa. langue est douce comme le miel. Elle a produit autant de grands hommes que les plus puissantes nations. Salut donc à Florence, reine des arts, poétique berceau des plus illustres génies !

18 avril.

J’ai continué d’explorer la ville et je l’ai trouvée plus riche encore que je ne le croyais en chefs-d’œuvre de toutes sortes. Mais je dois t’avouer, ma bonne mère, que les préoccupations politiques m’ont empêché de jouir paisiblement de ces trésors amassés depuis des siècles. Il peut se faire que la France ne prenne aucune part aux querelles de la Sardaigne et de l’Autriche ; quelques personnes qui se disent bien informées le prétendent ; mais ce qu’il y a de certain, c’est qu’une guerre entre les Italiens et les Autrichiens ne saurait être évitée.

Le traité de Vienne a quadruplé les possessions de l’Autriche en Italie, en ajoutant au duché de Milan, qui lui appartenait avant la Révolution, les États de la république de Venise, la portion des États romains située sur la rite gauche du Pô, enfin la Valteline. L’Autriche ne s’est pas contentée de ce vaste territoire ; elle a étendu son pouvoir sur le reste de l’Italie par tous les moyens possibles. Ainsi elle a conclu des traités avec le grand-duc dé Toscane, avec les ducs de Parme et de Modène, et, en vertu de ces traités, elle fait à peu près ce qu’elle veut dans l’Italie centrale.

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