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C O L L E C T I O NF O L I O
Marie Ferranti
Une haine de Corse
Histoire véridique de Napoléon Bonaparte et de Charles-André Pozzo di Borgo
Gallimard
© Éditions Gallimard, 2012.
Marie Ferranti est née en 1962 à Bastia. Elle a enseigné la littérature avant de se consacrer entièrement à l’écriture. Son premier roman,Les femmes de San Stefano, a reçu le prix Fran çois Mauriac en 1995.La princesse de Mantouea été couronné par le Grand Prix du roman de l’Académie française en 2002. La chasse de nuita obtenu le Grand Prix des lecteurs de Corse en 2004 etUne haine de Corsele prix du Livre corse 2012 et le Grand Prix du mémorial de la ville d’Ajaccio.
À ma mère. À Lucien et à Maria. À mes amis.
AV E RT I S S E M E N T A U L E C T E U R
Ce livre est un livre d’amateur et il est fort à craindre qu’il ne satisfasse personne. Dans la préface à saVie de Napoléon,Stendhal évoquait déjà les difficultés présen tées par cette sorte d’ouvrage: « Chacun a une pensée arrêtée sur Napoléon et il est également difficile de satis faire les lecteurs en écrivant sur des objets ou très peu ou trop intéressants. » Au vrai, je dois de l’avoir écrit à JeanPaul Poletti, en compagnie de qui je dînais un soir de juillet, sur les quais de SaintFlorent. Il parla avec beaucoup de feu et d’élo quence de la haine qui lia, plus sûrement que ne l’aurait fait la plus sincère des amitiés, CharlesAndré Pozzo di Borgo à Napoléon Bonaparte. Il m’encouragea à racon ter cette histoire, m’assurant que cela n’avait jamais été fait. Làdessus, il se trompait : je me rappelais avoir lu, avec grand plaisir, le roman d’Yvon Toussaint,L’Autre Corse, dont c’était justement le thème. Par la suite, je découvris que le sujet avait été maintes fois pris et repris,comme je m’apprêtais à le faire moi même, mais il me sembla trop vaste pour être jamais épuisé et le point de vueétriquéde la haine que Pozzo et Napoléon se vouaient, cetteréduction — qui est le contraire de l’épopée — me fascinait. J’hésitais cependant. J’avais depuis toujours repoussé l’idée d’écrire quoi que ce soit touchant à Napoléon. Je craignais d’être obnubilée par la passion de Napoléon,
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tels certains historiens ou certains rêveurs qui la nour rissent leur vie durant. J’avais peur de me perdre dans cette foule. Du reste, qui sait, alors que je trace ces lignes, si cela n’est pas déjà advenu ? Mais enfin, comme je ne déteste pas les labyrinthes, l’envie de raconter,a modo mio, cette histoire extraordinaire l’emporta. La littéra ture est aussi un jeu, me répétaije. J’ai emprunté le titre à Talleyrand, non tant par goût de la provocation — ou pas seulement —, mais parce que Talleyrand, composant sesMémoireset se souvenant de Pozzo, a, comme toujours, le motjuste: « M. Pozzo di Borgo, écritil, est un homme de beaucoup d’esprit, aussi Français que Bonaparte, contre lequel il nourrissait une haine qui avait été la passion unique de sa vie, haine de Corse. » On appréciera, au passage, le coup de griffe de Talley rand à NapoléonredevenuBonaparte après sa chute et considéré quasiment comme un étranger. Pour le prince de Bénévent, « haine de Corse » relève d’une idéeexo-tiquede la sauvagerie, d’une violence de sentiment étran gère à ce grand aristocrate d’Ancien Régime. Il est vrai qu’il était un maître dans la modération même si cette haine de Corselui fut,in fine, fort utile. Cependant, huit mois après la mort de Napoléon, le 21 décembre 1821, encore que l’expression de la haine soit fortement atté nuée et même effacée, CharlesAndré Pozzo di Borgo, dans une lettre à Hudson Lowe, ne dit pas autre chose : « Il a été, pour ainsi dire, avouetil, le thème de toute ma vie. »
J’oublie sûrement des auteurs par légèreté, ingrati tude ou paresse, mais ce livre doit beaucoup à Yvon Tous saint, Las Cases, Jean Tulard, Marc Fumaroli, François Furet, la comtesse de Boigne, John M. P. McErlean, Jean Jacques Rousseau, le prince Charles Napoléon, Antoine Marie Graziani, Michel VergéFranceschi, JeanPaul Kauffmann, James Boswell, Voltaire, Francis Beretti, FrançoisRené de Chateaubriand, Mme de Staël, Victor Hugo, Stendhal, Talleyrand, et il doit presque tout à
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