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Une histoire populaire du sport aux États-Unis

De
400 pages
Fin août 2016, le joueur de football américain Colin Kaepernick pose un genou à terre au moment de l’hymne national pour protester contre les violences policières racistes, ce qui lui vaut des éloges pour son courage, mais aussi de violentes critiques, notamment de la part de Donald Trump. On s’est beaucoup étonné qu’un athlète professionnel plonge ainsi le monde du divertissement dans la tourmente politique. Pourtant, l’histoire des États-Unis regorge d’athlètes hors norme qui ont eu le courage d’affronter les injustices et les préjugés de leur époque.
C’est la vie et les exploits de ces héros, parfois méconnus, souvent adulés, que raconte Une histoire populaire du sport aux États-Unis. De Moses Fleetwood Walker, baseballeur afro-américain qui, dans les années 1880, a dû affronter supporters et coéquipiers racistes pour pouvoir jouer dans la première ligue, à Alice Coachman, première femme noire à gagner une médaille d’or aux Jeux olympiques en 1948, en passant par Joe Louis, Jesse Owens, Jackie Robinson et Muhammad Ali, Zirin raconte l’histoire de ces athlètes qui ont su à la fois galvaniser les foules et transformer la société en profondeur.
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La collection «Mémoire des Amériques» est dirigée par David Ledoyen
Dans la même collection
– David Austin,Nègres noirs, Nègres blancs. Race, sexe et politique dans les années 1960 à Montréal – Laura Castellanos,Le Mexique en armes. Guérilla et contre-insurrection 1943-1981 – Frederick Douglass,Mémoires d’un esclave – Martin Duberman,Howard Zinn. Une vie à gauche – FLQ,Manifeste d’Octobre 1970 – Daniel Francis,Le péril rouge. La première guerre canadienne contre le terrorisme 1918-1919 – Eduardo Galeano,Mémoire du feu – Charles Gagnon,Feu sur l’Amérique. Écrits politiques, volume 1 (1966-1972) – John Gilmore,Une histoire du jazz à Montréal – Jean-Pierre Le Glaunec,L’armée indigène. La défaite de Napoléon en Haïti – Ross Higgins,De la clandestinité à l’affirmation. Pour une histoire de la communauté gaie montréalaise – Michael Petrou,Renégats. Les Canadiens engagés dans la guerre civile espagnole – Howard Zinn,Une histoire populaire des États-Unis. De 1492 à nos jours
En couverture: Le boxeur américain Cassius Clay arrive à Londres pour affronter le Britannique Henry Cooper, le 17 mai 1963. © Keystone-France/Gamma-Keystone/Getty Images
© Dave Zirin, 2008 Titre original:A People’s History of Sports in the United States The New Press, New York
© Lux Éditeur, 2017 www.luxediteur.com
e Dépôt légal: 2 trimestre 2017 Bibliothèque et Archives Canada Bibliothèque et Archives nationales du Québec
ISBN (ePub): 978-2-89596-711-8 ISBN (papier): 978-2-89596-242-7 ISBN (PDF): 978-2-89596-899-3
Ouvrage publié avec le concours du Conseil des arts du Canada, du programme de crédit d’impôts du gouvernement du Québec et de la SODEC. Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada, par l’entremise du Programme national de traduction pour l'édition et du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition.
AVERTISSEMENT DE L’ÉDITEUR
SUR LA TRADUCTION
L EST QUESTIONce livre de certains sports – le football américain, le dans I basketball, le baseball, la crosse – qui ont vu le jour en Amérique et que les francophones qui habitent ce continent pratiquent depuis toujours. Certains athlètes qui y sont racontés – pensons au joueur de baseball Jackie Robinson – ont ainsi accompli leurs premiers exploits à Montréal, dans un contexte francophone. Pourtant, sauf en de rares exceptions les traducteurs littéraires en France n’ont jamais tenu compte de cette existence, en Amérique, d’un vocabulaire en usage dans la pratique de ces sports. De sorte qu’on retrouve aujourd’hui, dans notre langue, deux manières de parler de leurs objets, règles et actions. Nous avons décidé de traduire systématiquement les termes relatifs aux sports américains dans le français en vigueur sur le continent d’où ils sont issus, confiants que nos lecteurs d’Europe, curieux et intelligents, seront ravis d’élargir leurs connaissances.
PRÉFACE
E GRAND HOWARD COSELLa dit un jour, dans une critique acerbe du monde L des sports, que la règle numéro un de la culture sportive est qu’il ne faut jamais mélanger le sport et la politique. Le sport devait donc être mis en quarantaine, loin de cet enfer épouvantable où les idées politiques et les conflits sociaux étaient de véritables trouble-fêtes, il devait s’en tenir à l’activité physique et aux annonces publicitaires de bière légère. Aujourd’hui encore, de nombreux journalistes sportifs crient au scandale dès qu’un athlète se prononce sur une question politique. Leur réaction est encore pire quand des gens extérieurs au monde des sports osent le critiquer – par exemple, lorsque le pasteur Jesse Jackson a dénoncé les pratiques d’embauche des équipes sportives de l’université de l’Alabama. Ils affirment que le sport et la politique n’appartiennent pas au même code postal, au même pays, au même univers. Et il n’est pas seulement question des journalistes sportifs; cette même opinion est omniprésente dans la plupart des journaux régionaux. Même E.J. Dionne, journaliste auWashington Postréputé pour ses positions libérales, a écrit en 2003: «La plupart des amateurs de sports préfèrent oublier la politique quand ils regardent un match. Les sports, comme bon nombre d’activités volontaires, créent des liens qui transcendent les opinions politiques. Tous les Américains qui prennent pour les Red Sox pendant la Série mondiale seront mes amis ce mois-ci, peu importe l’idéologie à laquelle ils adhèrent.» La prémisse de Dionne est la suivante: le sport est un espace neutre, apolitique. Le problème avec Dionne, le cahier des sports, et tous ceux qui essaient de dissocier ces deux mondes, c’est qu’ils essaient de nous vendre du mythe. Ils veulent nous faire croire que le mélange entre le sport et la politique est une combinaison aussi désagréable que le serait Mitt Romney avec une coupe afro ou Hillary Clinton se mettant à chanter un rythme de salsa. On comprend vite pourquoi beaucoup de gens acceptent volontiers cette idée. Nombre d’entre nous écoutent la chaîne sportive ESPN pour oublier, coûte que coûte, le flot incessant de mauvaises nouvelles à C-SPAN. Or, à une époque où la construction de stades financés par les fonds publics est au centre de la planification urbaine; où les gouvernements municipaux érigent ces monuments au nom de la cupidité des entreprises privées, siphonnant du même coup des millions de dollars tandis que les écoles, les hôpitaux et les ponts se désagrègent, on ne peut vraisemblablement pas dire que le sport existe dans un monde parallèle à celui de la politique. Lorsque le cahier des sports – rempli d’histoires sensationnalistes de stéroïdes, de batailles de chiens (je pense à Michael Vick), de corruption chez les arbitres, et de poursuites judiciaires pour harcèlement sexuel – ne suffit plus pour contenir le cahier des sports, il est évident que nous avons besoin d’un nouveau cadre, d’une nouvelle perspective qui nous permettra de séparer ce que nous aimons de ce que nous détestons à propos du sport. Voilà qui est impératif si nous voulons le transformer pour le mieux.
Cela dit, les sports sont bien plus qu’une plateforme pour discuter de guerre, de corruption et de moralisme abrutissant. Ils créent également des espaces où l’inspiration devient la politique, des espaces où nous regardons nos rêves et nos aspirations se réaliser sur écran géant. La politique est étrangère à la grande majorité des gens; mais la surface de jeu est l’endroit où nous projetons nos pensées, nos espoirs et nos craintes. Nous voulons croire que s’il existe un endroit où nos habiletés déterminent à elles seules la perception que les autres ont de nous, c’est bien celui-là. Ceux et celles qui sont capables de jouer joueront, peu importe la couleur de leur peau, leur classe sociale et leur identité sexuelle. Voilà pourquoi les boxeurs comme Joe Louis et le grand Muhammad Ali, les vedettes olympiques comme Wilma Rudolph et Jim Thorpe, les joueuses de tennis Billie Jean King et les sœurs Williams, et même Tiger Woods (même s’il s’en défendrait) sont reconnus, consciemment ou non, comme des êtres politiques – les porteurs du rêve selon lequel la surface de jeu, pour nous tous, serait plus juste que le reste du monde. Ce livre vise à ressusciter le cœur politique qui bat dans le monde des sports; à offrir une histoire qui jette un regard critique sur les forces politiques et les relations de pouvoir qui le gouvernent. Il s’inscrit fièrement dans une tradition de dissidence progressiste au sein des sports, tradition perpétuée par nombre d’intervenants qui ont transformé le monde des sports en plateforme pour faire circuler des idées de résistance. Ceux-ci ont refusé de laisser la politique du sport moderne aux États-Unis appartenir à ceux qui le contrôlent financièrement – et à ceux, au gouvernement, qui exploitent la plateforme au passage. Ce livre est dédié à tous les athlètes rebelles. Jockeys ou basketteurs, petits ou grands, ils sont les géants qui portent sur leurs épaules l’histoire cachée qui suit.
CHAPITRE 1
e AVANT LE XX SIÈCLE
VANT LE JEU, IL Y AVAIT LA DANSE. Dans la tribu des Chactas, on A commençait à se préparer plus de quatre mois avant un match de crosse. Chacun y mettait du sien, se préparait et, avant que la balle touche le sol, la danse commençait. Tous ceux qui le souhaitaient et qui en étaient capables participaient à cette danse: hommes et femmes, petits et grands, jeunes et vieux. Ils brandissaient leurs longues crosses en direction des cieux, chaque équipe implorant les dieux de lui insuffler un peu de leur force, pendant que des victuailles et des boissons étaient servies à profusion. Au début de la partie, les athlètes se démarquaient des danseurs. Ils enlevaient les mocassins de leurs pieds et entouraient leur taille d’un morceau de tissu auquel était attachée une ceinture ornée et tressée. Dans leur dos, une «queue» en poils d’animaux et en plumes. Ils arboraient sur leur tête des coiffes élaborées faites de plumes et de tissus multicolores. Tout cela n’avait toutefois rien d’impressionnant comparativement au jeu en soi. Un observateur anglophone du nom de George Catlin avait admiré ce spectacle, époustouflé: «Lorsque la balle est en jeu, et qu’ils essaient tous de l’attraper [...] (ils sont des centaines à courir dans tous les sens, à bondir, parfois par-dessus la tête de leurs adversaires, et à se faufiler entre les jambes de ceux-ci, trébuchant et se déjouant de toutes les manières possibles, chaque voix s’élevant en cris aigus et en jappements stridents!), les exploits et les incidents s’enchaînent rapidement, et quiconque a la chance singulière d’en être témoin s’émerveille et s’amuse au-delà de toute attente.» Du sport comme il n’en avait jamais vu; du sport qui l’enthousiasmait et le répugnait en même temps. Excitation et dégoût: malgré tous les changements au cours des siècles, notre réaction vis-à-vis du spectacle sportif est demeurée [1] remarquablement constante . Les Amérindiens ne jouaient pas seulement à la crosse. Ils participaient aussi à ce que nous reconnaîtrions aujourd’hui comme des formes de lutte, de football, de course et de chasse. Même si l’objectif premier de ces activités était le divertissement, les sports remplissaient également une pléthore de fonctions sociales. Le sport constituait notamment une méthode d’entraînement collectif en vue de parfaire les habiletés agricoles et militaires. Il faisait aussi souvent partie des cérémonies religieuses. Les divisions entre ces différentes fonctions étaient pratiquement inexistantes. Même lorsque les rôles étaient séparés entre spectateurs et participants, les spectateurs se donnaient corps et âme, à l’instar [2] de n’importe quelle foule pendant la Série mondiale de baseball . Lorsque les passagers duMayflowersont tombés sur les jeux de ce prétendu Nouveau Monde, l’ironie de la situation leur a sans doute fait l’effet d’une douche