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UNE RECONNAISSANCE PROGRESSIVE DU PLAISIR SEXUEL

De
273 pages
Notre attitude aujourd'hui en ce qui concerne la sexualité et le plaisir est-elle libre ? Les limites morales, religieuses et laïques ne sont-elles pas enracinées dans nos comportements ? Du début du 20e siècle à Mai 68, les modes de vie des couples, hétéros ou homos, ont progressivement changé de sens, mais la sexualité reste toujours aujourd'hui considérée si elle n'a pas une visée reproductrice. Les militants de la libéralisation sexuelle ont dénoncé certains tabous et interdits tout en soulignant les méfaits des principes autoritaires et conquérants.
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Une reconnaissance progressive du plaisir sexuel (1956-2000)
Sexes, morales et politiques Tome 2

Collection Questions Contemporaines dirigée par J.P. Chagnollaud, A. Forest, P. Muller, B. Péquignot et D. Rolland

Chômage, exclusion, globalisation... Jamais les « questions contemporaines» n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines» est d'offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.

Dernières parutions

Thierry BENOIT, Parle-moi de l'emploi... d'une nécessaire réflexion sur le chômage à des expériences pratiques pour l'emploi, 2001. Lauriane d'ESTE, La planète hypothéquée ou l'écologie nécessaire, 2001. Christian BÉGIN, Pour une politique des jeux, 2001. Alia RONDEAUX, Catégories sociales et genres ou comment y échapper, 2001. Jacques LANGLOIS, Le libéralisme totalitaire, 2001. Vincent PETIT, Les continentales, 2001. Gérard LARNAC, La police de la pensée, 2001. François- Xavier ALIX, Insertion et médiation: à la recherche du citoyen, 2001. Vincent ROUX, Le capitalisme utopique: propriété privée et destination universelle des biens, 2001. Désirée PARK, Problèmes contemporains: la société pluraliste, 2001. Christine MARSAN, En quoi le mal nous rend plus humain?, 2001. Lise GREMONT, Une politique publique d'emploi pour les jeunes: le parcours professionnel des emplois-jeunes, 2001. Collectif, Tempête sur le réseau: l'engagement des électricien(ne)s en 1999,2001. Jean-Joseph REGENT(dir.), Démocratie à la nantaise, 2001. Edwidge KHAZNADAR, le Féminin à lafrançaise, 2002. Lydie GARREAU, L'amour conjugal sous lejoug : quelques faits et discours moraux sur la vie intime des français (1880-1956), tome l, 2002.

Lydie Garreau

Une reconnaissance progressive du plaisir sexuel (1956-2000)
Sexes, morales et politiques Tome2

L'Harmattan 5-7, file de l'École-Polyteclmique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

~L'Hannattan,2001 ISBN: 2-7475-1887-6

PROLOGUE

Mes investigations, pour l'élaboration du premier tome: L'amour conjugal sous le joug, m'ont conduite à lne delnander COlnment pourrait se résoudre cette énorme contradiction entre l'adoption par la majorité des individus de la modelmté et leurs préjugés archaïques. En effet, le mariage est un phénomène culturel; un fossé sépare le mariage mOdellle du lnariage traditionnel car ils sont radicalement opposés. Autrefois, le mariage indissoluble était d'abord une institution qui avait pour but notamment d'instaurer un système d'échanges et d'alliances pour assurer la stabilité du couple. De nos jours, on accorde plus de place à l'amour qu'auparavant. Dans le passé, l'homme épousait plus une fatnille qu'une feffilne. Aujourd'hui, on accorde plus de crédit à la sexualité, à l'érotislne au plaisir ou à plus d'intimité, de tendresse et d'affection. En délestant le mariage de tout son poids institutionnel, la société moderne pense avoir libéré les conjoints d'une Inorale étouffante qui ne porte qu'un regard spirituel dans la relation d'amour entre l'holnme et la femme.

Prologue

Mais, est-il possible à l'individu de vivre sans lnorale ? Le mariage traditionnel, cOlrune le mariage lnoderne ont promis le bonheur parfait. Les réalités ouvrent souvent la pOlie du désenchantement; les réveils sont souvent difficiles et les échecs nOlnbreux. Pourquoi les moralistes, laïques ou religieux, cherchentils obstinément à contrôler la vie privée? Est-ce l'intérêt de la société ou des individus qu'ils recherchent ou simplement leurs propres intérêts? Nombreux sont ceux qui recherchent dans la famille la sécurité, mais le coût à payer pour en bénéficier n'est-il pas trop élevé? Cette sécurité accordée en contre partie d'une perte de la liberté individuelle n'est-elle pas illusoire? Comment parler de sécurité dans un monde où la mobilité et l'insécurité professionnelle sont prégnantes? Bien entendu, mon intention n'est pas celle de jouer les rabat- joie. De toute manière, il ressort de nombreuses enquêtes que l'avenir du mariage n'est guère compromis malgré l'antinomie de cette institution archaïque et invariable avec un monde moderne en mouvement, cOlnposé d'individus qui cherchent à vivre par euxmêmes et à trouver, au moyen d'expériences nouvelles, un état con"espondant le mieux à leurs désirs. Consciemment ou inconsciemment, ils savent, pour la plupart, que les solutions ne viennent jamais d'en haut et qu'ils sont les premiers fondateurs de l'organisation sociale. Les plus avertis ne se contentent ni de baulnes, ni de grandes théories, ni de recettes dont ils n'ont aucune nécessité. Ils se méfient des systèmes passe-partout qui risquent de les paralyser et de les empêcher de vivre dans une société complexe, en constante évolution qui demande beaucoup d'énergie. Les donneurs de bonnes leçons ne font plus recette, certes, mais cela n'a pas empêché les individus de raisonner et de chercher, non seulement à établir un ensemble cohérent de règles de conduite, mais surtout à fournir à cet ensemble une justification valable pour que celles-ci soient appliquées. On peut critiquer la morale laïque qui a ses limites, mais il faut reconnaître que les moralistes n'avaient pas pour objectif d'élaborer des principes figés, en dehors 6

Prologue

du temps, n1ais de concevoir des préceptes liant la réalité et la science de leur époque à la morale ou à l'éthique. Le danger alors était celui de remplacer un dogme par un autre dogtne sans fondelnent réel. La sexualité de l'Occident des telnps modernes traduit les paradoxes d'une vie bouillonnante, elle conduit à de nombreuses inten.ogations. La morale n 'est-elle pas le produit de l'antilogie entre l' affilmation de nos pouvoirs et nos renoncements à ceux-ci? Ne pourrait-on pas voir dans la réflexion lTIorale l'envers du sentiment d'un pouvoir infini? A partir du moment où l'on passe du dOluail1e subjectif à des sentiments altruistes ne limite-t-on pas notre liberté tout en augmentant nos intérêts? Deux conceptions s'opposent à ce sujet, celle des utilitaristes qui prônent l'amour d'autrui pour soi, et celle des positivistes qui prêchent l'amour d'autrui pour autrui. Dès le 19ème siècle, certains philosophes aideront les individus à passer du monde de la vertu, de la souffrance et de la passivité à celui de l'acte créateur et libérateur. C'est ainsi que chez Guyau et Nietzsche, l'un français, l'autre allemand, nous rencontrons, vers 1885, une conception, pour Guyau d'une Inorale sans obligations ni sanctions; c'est une morale qui exclut la récompense, le châtiment et la crainte de la mort. Au contraire, elle exalte la vie bien remplie et l'accomplissement de l'individu qui effectue simplelnent sa tâche. Pour Nietzsche, le Inonde moderne est régi par une éthique grégaire, aussi, pour que l'individu vive pleinement, celui-ci doit-il se situer au-delà du bien et du mal. Il pense, effectivement, que les valeurs Inorales sont fonction de la vitalité individuelle. A cette époque, nous l'avons observé dans le premier tome, s'installait un clitnat réactionnaire pour assurer la persistance d'un mode de vie patriarcal. Les moralistes conservateurs laissaient entendre par exelnple que la felnme était extrêmelnent bien défendue par son protecteur naturel Les temps ont changé, et, bien que nous soyons passés de l'autorité paternelle à l'autorité parentale, l'ordre actuel relève 7

Prologue

toujours du principe masculin. Aujourd'hui, en France, on sait à qui échoient en général dans un couple les tâches domestiques. En outre, on n'ignore guère les disparités de salaires existant entre un homme et une femme lorsqu'ils exercent tous deux le même métier. Quant à l'activité politique de la femme, elle est quasiment inexistante. De nos jours, nous pourrions croire que les nouvelles Inœurs sont la cause d'une désaffection pour le mariage. Pas du tout. Malgré les rapports sexuels précoces des jeunes, la déchristianisation, la démocratisation de l'enseignement, cette institution familiale est toujours vivante. Les observateurs sont unanimes à ce sujet. Pourquoi se marie-t-on ? Est-ce pour posséder plus sûrement et s'assurer de la possession elle-même? L'amour devrait suffire, pourquoi l'étayer de dispositions légales et sociales? Pour certains, c'est une question de sécurité, l'image des parents présents et unis pour le bénéfice de leurs enfants les conduit à légaliser leur union. Pour d'autres, c'est une lutte contre l'isolement ou une recherche d'un havre heureux sur la route aride de la vie. D'une manière générale, les contraintes sociales comportent quelque élément mythique, un peu surnaturel, qui dépasse l'individu et fait entrer l'union dans le cadre des grandes lois

naturelles avec toutes les ambiguités qu'elles véhiculent. Pourtant,
la plupart des individus sont conscients de certaines réalités puisque la Inajorité des couples mariés sont malheureux après trois ans de vie commune. Pour des raisons qui leur sont propres, religion, morale, enfants, situation fmancière etc.., les conjoints décident parfois de rester ensemble tout en vivant une sorte de divorce. Durant le 20èmesiècle, les structures économiques, politiques et religieuses ont contribué à la subordination des individus, particulièrement des femmes, aux exigences sociales. Ainsi, leur cOlnportement sexuel dépendait de l'institution de normes et de valeurs morales répressives fortement décriées par les défenseurs de la libération sexuelle. La liberté du choix d'une vie conjugale peut paraître illusoire. En réalité, les décisions des individus sont prédétenninées par l'éducation, le milieu, la formation d'habitudes, 8

Prologue

qui ont leur origine dans la société civile et religieuse. Avec la déchristianisation, il est évident que les couples ne recherchent pas précisément un encadrement religieux, seulelnent les nouveaux époux n'ont-ils pas besoin de se référer à une structure prééablie dont les modalités sont souvent indépendantes de leurs attentes ou de leurs volontés? A quelle morale se rapporte justement cette société laïque? Le législateur doit-il prendre en compte les mœurs des individus, ou est-ce que ceux-ci ont le devoir de se plier à une législation intransigeante? Dans son ouvrage sur Le démariage, IrèneThéry se demande s'il ne faut pas réinventer la loi pour la protection de la vie privée. On sait que, depuis 1975, de nouvelles lois ont été promulguées pour réfonner, dans un sens plus pennissi£: le mariage et la sexualité. Doit-on dire pour autant que les législateurs suivent le comportement des individus et qu'ils tendent simplement à légaliser les mœurs? Des groupes de pression, attachés à certaines valeurs traditionnelles et à l'idéal familial, ne font-ils pas obstacle à des réfonnes législatives? Nul n'ignore que la question de la famille reste de nos jours un enjeu d'affrontements idéologiques. En effet, la politique fatniliale reflète des divergences tant entre le camp des conservateurs et le catnp des progressistes mais également, en raison des différentes sensibilités politiques, à l'intérieur même de ces deux partis de droite et de gauche. En outre, la politique fmniliale reproduit de nombreuses contradictions. Le discours politique actuel sur les mœurs n'apparaît-il pas progressiste et en même temps conservateur? Ce discours semble libéral sur les Inœurs, puisque l'on crée le Pacs et que l'on dédratnatise le divorce, mais en même temps on se rattache à une vision révolue et thomiste de la famille. Aussi, n'hésite-t-on pas actuellement à vouloir réintroduire dans la famille la notion de bien commun. Par ailleurs, faut-il nier les conflits entre, d'une part ceux qui veulent rétablir le mariage traditionnel, et d'autre part, ceux qui n'entendent pas se plier aveuglément ou naïvement à des 9

Prologue

obligations occultant leurs libertés individuelles, y compris ceux qui revendiquent aujourd'hui fennement leur droit à l'indifférence? L'émancipation sexuelle ne s'est pas effectuée sans heul1s. Les députés de droite comme de gauche ont montré récemment que la sexualité des adolescents reste un tabou. Cependant, une loi fut votée, en octobre 2000, pour autoriser les infilTIlièresà délivrer aux jeunes la pilule du lendemain, sans l'autorisation préalable des parents et sans prescription Inédicale. Il faut dire que la contraception comme l'I.V.G. souvent confondues, ont toujours été considérées COInlne immorales par la hiérarchie catholique française. Dès le début du 20èmesiècle, et particulièrement depuis la révolution culturelle de 1968, les modes de vie des couples ont progressivement changé de sens. Les exigences des couples, de sexe opposé ou du même sexe, ont été réhabilitées ainsi que leurs besoins et leurs instincts. Aussi les morales, condamnant les relations sexuelles, ont-elles été remplacées par celles mettant en évidence l'hygiène mentale liée au plaisir sexuel considéré, désonnais, comme licite et non comme un péché. Affranchis de la malédiction du désir sexuel et de ses lourdes chaînes intérieures, les individus, d'une manière générale, abandonneront la moralisation sexuelle. Ils veulent être plus partenaires qu'adversaires. C'était le combat des militants de la libération sexuelle qui ont contribué à faire reconnaître l'égalité des droits sexuels et le respect du sexe. La même lutte se poursuit de nos jours car les faits ne s'accordent pas toujours avec les discours égalitaires.

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PREMIERE PARTIE

UNE REFORME

DIFFICILE

DES COMPORTEMENTS

SEXUELS

CHAPITRE 1

Un mouvement pour le planning familial contre les médecins ultramontains

L'analyse des expériences du Mouvement français pour le planning familial (M.F.P.F.) et du C~entrede liaison des équipes de recherches (CLER) révèle, d'une part la remise en cause de certains conditionnements traditionnels, d'autre part les objectifs politiques de ces deux mouvements. Pour lutter contre les avortements clandestins, le docteur Marie Andrée Lagroua Weill-HaIlé eut l'idée de fonder en 1956 une association: Maternité heureuse, qui deviendra en 1960 le M.F.P.F. Son objectif est d'obtenir la révision de la loi de 1920 en ce qui concerne l'usage et l'enseignement de la contraception et de créer des centres d'infonnation.

Un mouvement pour le planning/amilial...

L'avortement et la propagande anticonceptionnelle de la première à la seconde guerre mondiale
L'interdiction pour la femme d'avorter remonte à 1810, lorsque Napoléon conçoit son code. Après la première guerre mondiale, la Chambre, à majorité conservatrice, vote la loi de 1920 qui réprime la provocation à l'avortement et la propagande anticonceptionnelle. Officiellement, l'objectif de cette loi était d'ordre démographique, mais les partisans de la régulation des naissances y voient une subordination de l'Etat à l'Eglise catholique et à sa doctrine, alors que d'autres voudraient remettre en cause la séparation des Eglises et de l'Etat. Au total, cette législation a fait l'objet de 626 condatnnations prononcées en trois ans seulement de 1920 à 1923 (1). Les mouvements laïques, anarchistes, féministes, les partis communistes et socialistes tenteront de dénoncer cette loi sans aucun succès, même quand la gauche sera au pouvoir en 1936. En effet, certaines condamnations de l'UFF sur l'amour libre, le néo-malthusianisme et même la contraception, conduiront certaines militantes à se poser certaines questions. Pourtant elles défendaient la «mère-épouse» et la famille en général. Mais l'UFF est, après la seconde guerre mondiale, un relais du parti communiste français qui est alors sous l'orbite de l' UR. S.S,. de sorte que leur programme d'action est particulièrement orthodoxe; leur bible, c'est Staline. Or, depuis le grand virage des années 30 contre la libération des mœurs, quand l'Union soviétique a annulé toutes les décisions féministes prises après la révolution d'octobre 1917, le «petit père des peuples» écrivait: «Nous avons besoin d'hommes. L'avortement qui détruit la vie est inadmissible dans notre pays. La femme soviétique a les mêmes droits que l'homme, mais cela ne l'affranchit pas du grand et honorable devoir qui lui est dévolu par la nature: elle est 14

lIn 1nOl/Velnent pour le planningfàmilial...

tnère, elle donne la vie. Et ceci n'est certainement pas une affaire privée, tnais une affaire d'une haute importance sociale» (2). Lorsque Jacques Derogy, proche du parti communiste, publie en 1956 : [Yes enfants nIa/gré nous, préfacé par le docteur Weil1- HaIlé, il est accusé par Maurice Thorez d'être un «néotnalthusien anarchiste et petit bourgeois». La répression au sujet de l'avortement se poursuit bien après la première guerre mondiale, puisqu'en 1939, le premier Code de la farnille est voté par le gouvernement Daladier. Il faut dire que de 1923 à 1940, le taux de la nuptialité est en baisse constante. C'est une occasion pour les plus frileux d'annoncer le déclin de la fronille. Ainsi, des mesures draconiennes seront prises, plus pour la conservation des valeurs traditionnelles, que pour assurer sa protection. En effet, l'ro1icle 82 du Code de la .farni/le punit non seulement l' avo11ement, mais également toute tentative d'avortetnent, même inefficace. La situation est dramatique pour les femmes qui veulent se faire avorter, car elles sont pourchassées par des bligades de police spécialisées dans la poursuite des « faiseuses d'anges». Dans la mêlne voie répressive, la loi du 15 février 1942 assimile l'avortement à un crime contre la sûreté de l'Etat. C'est un crime entraînant, soit la peine de mort, soit les travaux forcés. Aussi a-t-on enregistré plus de 15.000 condalnnation.s entre 1942 et 1944. En outre, des sages-femmes et des infmnières sont condaInnées.

L'action contestée du docteur Weill-Hailé dans les années 50
Dans les années cinquante, le docteur Weill-HaIlé, souhaitant aider les femmes en difficulté, demanda une révision de la loi de 1920. Elle ne sera abolie qu'en 1965 par François Mitterrand. C'est elle qui ouvrira le débat relatif à la question de la limitation des 15

Un nlouvelnent pour le planning/àmilial...

naissances. En effet, dès le 3 mars 1955, elle cOlnmuniqua à l'Acadéfnie des sciences nlorales et politiques un rapport sur l'utilisation des méthodes anticonceptionnelles. L'année suivante, elle créa l'association Maternité heureuse et, cinq ans plus tard, le tnouvement pour le planning familial. La réaction des catholiques ne tarda pas, puisque le jésuite S. de Lestapis, professeur à l'Institut catholique de Paris, constituait en 1956 un épais dossier sur le contrôle des naissances qui sera publié le premier tnai de la même année par les Inforrnations catholiques internationales (1.(~.J.). Notons qu'il est perçu par certains catholiques comme un journal progressiste. A propos de ce dossier sur le contrôle des naissances, ce journal publie donc cette conclusion: «Le contrôle des naissances, tel que l'entendent les néo-malthusiens, est, à tous égards, une n1esure de facilité, une porte ouve11e, un alibi. On voudrait le faire passer pour une étape indispensable dans l'évolution du monde, alors qu'il relève d'une attitude généralement égoïste et fondamentalelnent conservatrice. Loin d'être une panacée, c'est une menace de sclérose sociale et de stérilité spirituelle ». Un autre journal, La France catholique, montre égaletnent son hostilité à l'action du docteur Weill-Hallé en affmnant dès mars 1956 : « Il faut arrêter une campagne néfaste et absurde» (3). A cette époque, quelques voix timides essaient de se faire entendre dans le milieu catholique, notatnlnent celle de Gabriel Marcel, auteur d'une pièce intitulée: Croissez et multipliez qui fut dénoncée à ROIne. Il est infonné en juillet 1956 de cette dénonciation par Mgr Feltin qui lui demande de renoncer à la mettre en scène. Il finit par se soumettre aux hautes autorités romaines. L'année précédente, il avait exprimé certaines critiques à l'égard de l'Eglise catholique dont les principes lui semblaient trop rudes et dangereux. Elles furent publiées par l'hebdomadaire Carrefour en Inars 1955 : « J'ai dit à l'Académie, et je ne puis que répéter, que je suis quelque peu effrayé de voir l'Eglise catholique maintenir une attitude aussi ligide sur ce problème du contrôle des naissances qui, médicalement, psychologiquement, 16

Un mouvement pour le planning,familial...

démographiquelnent, me paraît être d'une extraordinaire gravité» (4). Cette question du contrôle des naissances est révélateur de divergences idéologiques entre les catholiques. Panni eux se trouvent, disons pour sitnplifier, d'une part des catholiques partisans d'une application rigoureuse de la morale conjugale catholique qui impose un idéal de la vie conjugale basé sur la chasteté et l'abstinence, d'autre part, des catholiques qui essaient d'adapter la doctrine catholique aux réalités conjugales, qui est en fait, inadaptable. Comment s'adapter au monde moderne quand on regarde en arrière? Les catholiques sociaux avaient étudié dès 1953, ce que S. de Lestapis appelait «le mythe de la surpopulation» et constituèrent un dossier à l'automne 1953 sur le «problème malthusien». En effet, la C~hronique sociale de France rapporte la réponse à cette question de Joseph Vialatoux qu'il a puisée dans la doctrine de saint Thomas d'Aquin. Pour lui, la solution était dans «une économie sociale, politiquement organisée selon les exigences de la justice sociale». Il faut dire qu'à cette époque, les catholiques « novateurs» sont soutenus par des démographes connus et reconnus. Nous avons vu dans le premier tome que R. Prigent avait dirigé des travaux de recherche sur Le renouveau des idées sur la .famille. Cet ouvrage collectif, publié en 1954, était préfacé par Alfred Sauvy. Celui-ci était conscient de la menace de la surpopulation dans le monde lorsqu'il publia De Malthus à Mao tsé tong. Il préconisait une contraception en prévenant des dangers d'un abus des moyens contraceptifs. Il publiera des articles dans Le Monde des 30 et 31 mai 1956 pour dénoncer certaines croyances laïques et souligner les dangers de l'action du MFP.F Il dénonçait «les illusions des partisans du Planning fmnilial : croyance à la contraception lniracle, croyance à la suppression de l'avortement, exagération des répercussions de l'avortement, croyance en une amélioration qualitative» et rappelait que la suppression des article 3 et 4 de la loi de 1920 réprilnant la propagande anticonceptionnelle pouITait remettre en cause le redressement démographique fi.mlçais. 17

Un mouvement pour le planning/amilial...

11 lui semblait, que dans ce domaine, il fallait être très prudent et, Inettant l'accent sur l'effet pervers de l'abolition de cette loi, il reconnaît néanmoins que c'est « une loi attardée ». E. Tesson, publiera dans la revue des jésuites Etudes de juillet-août 1959 un article sur la Limitation des naissances pour dénoncer le pragmatisme d'A. Sauvy et « le défaut d'une méthode qui prétend juger des phénomènes où la personnalité humaine est engagée, sans vouloir prendre position sur la nature et la destinée de l'homme» (5). S. de Lestapis, sj. professeur à l'Institut catholique de Paris prétendant apporter en spécialiste une synthèse pour adapter la morale aux questions délnographiques, publie la même année, en 1959, un ouvrage remarqué dans le milieu catholique: La limitation des naissances. Pour lui, il y a un choix à faire entre une civilisation chrétienne et la « civilisation de la contraception» qui rejette les valeurs catholiques. Malgré la reconnaissance que peut avoir M. Sevegrand à l'égard du jésuite qui lui a ouvert ses archives pour la confection de son ouvrage: Les enfants du bon Dieu (6), elle reconnaît néanmoins le moralisme des discours du spécialiste des questions fatniliales qu'elle oppose au discours de Paul Ricœur qu'elle juge novateur dans le domaine de l'éthique de la sexualité, car avec la reconnaissance légale de la contraception les cOlnportements sexuels vont changer. Le danger pour S. de Lestapis, c'est qu'avec la contraception la sexualité devient une «capacité de jeu érotique au service du couple». Le problème essentiel pour lui, c'est que l'ordre familial est menacé, notamment l'autorité du chef de famille. P. Ricœur communiqua son point de vue publié dans un numéro spécial, en novembre 1960 sur la régulation des naissances de la revue Esprit, auquel participèrent également S. de Lestapis et un médecin Inoraliste catholique, Paul Chauchard. Dans sa communication P. Ricoeur rejette l'ordre sacré ancien pour proposer un renouvellement du sacré par la tendresse qu'il distingue du plaisir sexuel, lequel lui semble être pauvre par rapport à la richesse de l'amour: «Si la sexualité eITante est à la fois insignifiante et itnpérative COIllinerevanche, il reste à la 18

Un mouvement pour le planning,familia!...

rendre intéressante... D'où la recherche d'un fabuleux sexuel. Cette recherche libère une possibilité fondamentale de la sexualité humaine que nous avons déjà évoquée: celle de séparer le plaisir non seulement de sa fonction de procréation (ce que fait aussi l'arnour tendresse), mais de la tendresse elle-même. Voilà l'homme engagé dans une lutte exténuante contre la pauvreté psychologique du plaisir lui-même, qui n'est guère susceptible de perfectionnement dans sa brutalité biologique» (7). Tous ces discours remettent en question le plaisir sexuel qui est pour la morale catholique un acte pervers et hoITible. L'abbé Marc Oraison affirmait en 1962 dans son ouvrage intitulé L 'Harrnonie du couple humain: « Engager l'acte sexuel en période féconde de manière anticonceptionnelle est moralement un acte intrinsèquement mauvais et, littéralement, du seul point de vue biologique, une monstruosité» (8). D'autres catholiques, moins intransigeants, comme Paul Chanson, conseiller de l'Association pour le mariage chrétien par exemple, pourtant très attaché à la doctrine catholique, fut considéré par ceux qui le dénoncèrent à Rome comme un «obsédé sexuel» parce qu'il préconisait aux couples l'étreinte réservée et« une lente et loyale éducation des époux à la Inaîtrise chaste de leur instinct» (9). La question de la contraception allait faire resurgir de sérieuses divergences idéologiques entre les catholiques plus ou moins intransigeants. Un jésuite belge, René Carpentier, professeur de théologie morale à l'université de Louvain publiait en mai 1950, dans la Nouvelle revue théologique, un compte rendu très favorable des ouvrages de P. Chanson, considérant ses ouvrages sur «l'art d'aimer» d'inspiration «vraiment chrétienne». Après l'avertissement romain en 1952, il demanda qu'en soit limité sa portée (10).

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Un mouvement pour le planning familia!...

Emergence

d'une association pour la défense des valeurs familiales

Le Centre de Liaisons des Equipes de Recherches
Face à la campagne du docteur Weill-Hallé pour le contrôle des naissances, S. de Lestapis fut l'un de ceux qui répondront par une contre campagne organisée avec des médecins catholiques et moralistes. Aussi s'empressa-t-il de fonder le CLER (Centre de Liaisons des Equipes de recherches) pour que l'on n'oublie pas, d'une part, les valeurs de la civilisation chrétienne, d'autre part, la place de l'Eglise catholique dans les foyers français. Le discours de Jean-Paul II à la délégation du CLER en 1979 met en évidence les objectifs visés depuis une vingtaine d'années par S. de Lestapis lorsqu'il décida de fonder ce centre de recherches et d'action. Pour le pape « la doctrine de l'Eglise est un idéal sur lequel il faut maintenir le cap; il ne faut pas tricher avec la doctrine de l'Eglise, telle qu'elle a été clairement exposée... C'est sur cet idéal des relations conjugales, maîtrisées et respectueuses de la nature et des finalités de l'acte matrimonial qu'il faut sans cesse maintenir le cap, et non pas sur une concession plus ou moins large, plus ou moins avouée au principe et à la pratique des mœurs contraceptives. Dieu appelle les époux à la sainteté du mariage pour leur propre bien et pour la qualité de leur témoignage ». Le CLER est au point de vue civil, une association sans but lucratif fondée en 1962, conforme à la loi de 1901 et déclarée au Journal officiel du 20 avril 1962. L'article I de ses statuts précise ainsi son but général : «Promouvoir la création d'équipes de recherches se proposant d'étudier les questions qui se rapportent à la régulation des naissances, notamment sous leur aspect médical, et offrir dans un but éducatif: à ceux qui en manifestent le désir, des

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[ln mouvelnent pOlir le planningfamilial...

renseignements sur les problèmes de la vie conjugale et familiale» (11). Si le CLER est officiellement créé en 1962, c'est en réalité l'année précédente que ce centre d'éducation familiale fut fondé. En effet, au mois de juin 1961 s'ouvrait à Grenoble le premier Centre français du planning familial, il provoqua un tollé dans le Inilieu catholique. Toute la presse catholique se mobilisa pour dénoncer la Inanœuvre politique des protagonistes du contrôle des naissances. La hiérarchie catholique, les religieux, et leurs militants étaient très inquiets de l'attraction exercée par le MFP.F. sur certains catholiques, peu enclins à suivre aveuglément les directives papales. Ils voyaient d'un mauvais œil l'intérêt manifesté pour ce lllouvement, non seulement par des femmes, mais également, ce qui leur paraissait être un scandale, par certains prêtres. A la suite de la publication dans le bulletin du Planning familial de virulentes critiques de felnmes catholiques contre des moralistes jésuites, les infidèles seront invitées à suivre les consignes hiérarchiques et à retourner au bercail. Al' opposé, des tnédecins intransigeants, Michel et François Guy, de Grenoble, écrivent régulièrement à S. de Lestapis pour lui adresser des rapports «inquiétants» sur le premier centre de Planning créé dans leur ville. C'est dans ce contexte que le jésuite pense nécessaire la création d'un centre de liaison. Il veut « devant le désarroi et le malaise provoqués par les campagnes de presse sur le contrôle des naissances, ou par l'ouverture de centres de Planning familial, aider toutes les bonnes volontés désireuses de trouver des solutions humainement et spirituellement acceptables aux problèmes posés par la régulation de la fécondité ». 11est aidé pour l'ouverture de ce centre d'action et de recherches par l'aumônier national du Centre de préparation au lnariage, le jésuite Alphonse Reilly et par les docteurs Charles et Elisabeth Rendu ainsi que les docteurs François et Michèle Huy. En avril 1962 la hiérarchie catholique reconnaissait le CLER comme cotnmission spécialisée de l'Association saint [.IUCdes médecins catholiques, devenue en 1963 le Centre catholique des 21

Un mouvement pour le planning/amilial...

médecins .français. Le CLER fut ensuite rattaché au secrétariat de la pastorale familiale aninlé par Mgr Marcel Gaudillière et se mit ainsi au service de l'Eglise. Après quelques années d'action, S. de Lestapis, estima officiellement que son rôle était tenniné puisque les laïcs avaient pris en main l'association. Il donna donc sa démission en 1969. Un conseiller ecclésiastique le remplacera, l'abbé Denis Sonet de Troyes. Ainsi le CLER sera composé en 1973 principalement par : - Le docteur C. Rendu, président, co-fondateur du CLER, médecin, chef de service à l'hôpital saint Joseph à Paris, Directeur d'enseignement clinique à l'Unité d'enseignement et de recherche de Broussais Hôtel Dieu et membre du Comité pontifical pour la .famille. - Les docteurs F. et M. Guy, vice-présidents, fondateurs du service de documentation conjugale de Grenoble. Mr et Mme Rouche, vice-présidents, chargés d'enseignement à la faculté des lettres et sciences humaines de Lille et chargés de cours à la Sorbonne. - Le doctew. Elisabeth Rendu, co-fondatrice du CLER; elle fait partie du conseil d'administration, conseillère familiale, elle est également Inelnbre du Comité pontifical pour la.famille (12). L'objectif de S. de Lestapis au début de son action était de rappeler la conduite sexuelle des catholiques. Pratiquement, il fallait mettre en place des équipes de laïcs (médecins, infinnières, éducateurs, enseignants...) qui, sous la direction de la hiérarchie, devaient aider les foyers en difficulté. Aussi, la vocation conjugale devait-elle être celle de procréer, et cette « mission de fécondité» du couple catholique est, pense-t-il, une source d'équilibre. Bien entendu, les couples fidèles sont appelés « à la sainteté », et pour y parvenir, ils ont besoin de l'aide des prêtres qui sont les seuls à connaître les moyens de conduire les époux au « bonheur» (13). «Nous ne pouvons, en ces matières, dit-on au Centre d'études, nous en tenir à nos propres vues ni à nos propres expériences». S'appuyant sur le concile Vatican I et sur l'encyclique de Pie XI sur 22

Un mouvelnenf pour le planningfamilial...

le tnariage chrétien, les moralistes du CLER soutiennent que l'Eglise est la « gardienne et maîtresse de toute la vérité, tant de la religion que des mœurs ». Aussi, Inettent-ils l'accent sur la sécurité et la cet1itude de l'enseignement de l'Eglise qui est à l'abri de l'erreur (14). Lors du Concile Vatican II, ces certitudes étant quelque peu reluises en question, les religieux du CLER rappellent la doctrine infaillible de Pie XI sur le mariage chrétien et les commentaires du cardinal Suenens affitmant que: « Dans l'Eglise, une vérité ne peut être que traditionnelle, aucun progressisme ne peut contredire cette continuité essentielle... ». Ils ne manquent pas de souligner cette continuité dans le discours de Paul VI du 12 février] 966, à propos d'une commission spéciale sur les questions conjugales. Comme Pie XI, il rappelait la doctrine sûre de la loi naturelle et divine: « Le lnagistère de l'Eglise ne peut proposer des nonnes morales que lorsqu'il est certain d'interpréter la volonté de Dieu ». Comme ses prédécesseurs, Paul VI présente la chasteté des couples comme « une vertu à cultiver» qui les protège et les « purifie des égoïsmes de la chair)}. Lorsqu'il s'adresse aux femmes catholiques, il leur delnande d'être un «signe de la sainteté de l'Eglise» en étant fidèles à leur mission de mère «la plus naturelle et la plus attachante,... leur plus sûre garantie de salut et de récompense» (15).

Une circulaire de l'Ordre des médecins
Lorsque le (~onseil national de l'Ordre des médecins analyse différents périodiques des années 1961 à 1964, période conciliaire, sur le contTôle des naissances, c'est pour en conclure que « c'est une ère d'une certaine rancœur contre la morale que l'Eglise maintient ». Cette question soulève de telles considérations d'ordre social, moral ou religieux, qu'il leur semble impossible de prendre position rapidement (16). 23

Un mouvelnent pour le planningfamilial...

quiaccuse le Conseil national de l'Ordre des médecins d'avoir ordonné aux médecins de se désintéresser du planning familial. En effet, pour le MF.P.F., ce Conseil est responsable, non seulement du retard de la France en matière de contraception, mais également de la paralysie du corps médical qui, pendant plus de douze ans fut soumis à l'Ordre des médecins (17). Celui-ci n'avaitil pas en 1962 obligé les médecins à rester étrangers à la régulation des naissances telle qu'elle était pratiquée par le MF.P.F.? Il communiquait cette année-là ses directives aux médecins qui étaient obligés de les suivre, toute désobéissance était soumise à de sévères sanctions: « En raison de la création récente, en France, des centres dits de planning familial, le Conseil national de l'Ordre attire l'attention des médecins sur leur attitude en ce domaine. 1°) Le médecin n'a aucun rôle à jouer et aucune responsabilité à assumer dans l'application des moyens anticonceptionnels, dans les conseils au public ou les démonstrations relatives à l'emploi de ces moyens. Le médecin n'a pas le droit d'utiliser sa qualité pour cautionner l'activité de ces centres de planning familial. 2°) Au cas où les centres fourniraient aux usagers une liste de médecins consultants, ceux-ci tomberaient sous le coup des règles déontologiques interdisant aux praticiens tout racolage de clientèle et toute publicité. Le seul fait pour un praticien d'accepter de recevoir des clients qui lui seraient adressés dans de telles conditions le rendrait passible de graves sanctions disciplinaires ». Mais le C:onseil de l'Ordre des médecins observe que les tnentalités changent lorsqu'il adresse une circulaire aux praticiens en 1965. En effet, l'abolition de la loi de 1920 avait déjà fait l'objet d'une campagne de presse en 1955-56, elle s'est poursuivie au début des années soixante. Il fallait se rendre à l'évidence, les titres des journaux tels que Paris Presse, Constellation, Lectures pour tous, Science et vie indiquaient bien le vif désir des Français de 24

Ce n'est pas l'avis du MFP.F

lln mouvelnent pour le planning/amilial...

changer de modes de vie. La pilule contraceptive n'est plus 11laudite titrait Paris Presse le 3 avril 1962. La période conciliaire incite de nOlnbreuses femmes à faire certaines revendications à Rome. Marcelle Auclair décide, pour la revue Marie Claire, de se faire entendre à Rome. La revue Elle, également, présente le 29 octobre 1964 La supplique des 150 adressée au pape et aux pères du Concile en ces termes: «Puisque vous ne pouvez brusquement approuver ce que vous condamniez hier, au Inoins gardez le silence...Vous savez que beaucoup de chrétiens sincères pensent comme nous, que l'Eglise ou bien modifiera sa doctrine en matière de relations conjugales, ou bien s'enlisera dans l'impasse où, déjà, elle est engagée ». Le journal Le Monde remet en cause également en 1964 la doctrine de l'Eglise qui propose une « unique solution» au problème de la régulation des naissances: «la continence». L'année suivante, à la fin du mois de mai, la revue Candide rapporte également La révolte des catholiques contre la doctrine de l'Eglise sur le contrôle des naissances. Par ailleurs, S. de Lestapis également observe que les Français ne sont plus fidèles comme par le passé à la morale conjugale catholique. Une stratégie nouvelle est donc nécessaire POW"eur faire admettre les principes immuables de la loi naturelle l et divine. Lorsqu'il sera invité par Lucien Neuwirth avec des protestants et des israélites (les musuhnans ne semblent pas avoir été invités à participer à la réfonne de la loi de 1920), il communiquera la position des catholiques sur la régulation des naissances. Il lui parait évident que les valeurs catholiques intéressent la grande majorité des Français dans un pays où 90% de la population déclarent appartenir cette religion. Il est d'accord sur ce point avec Lucien Neuwirth lorsque celui-ci constitue son Dossier de la pilule qui estime nécessaire la collaboration de l'Eglise catholique. Ainsi, dans un contexte de libération de mœurs sexuelles, il rappo11e dans son dossier les principes catholiques. A ce sujet, S. de Lestapis affmne, soutenu par Mgr Marcel Gaudillière, secrétaire général de la famille à la Commission sociale 25

(ln 1110uvelnenf pour le planningfamilia/...

de l'Episcopat: «L'Eglise demande avec insistance aux pouvoirs publics que la législation de demain veille à ne pas mettre sous les mêlnes schèlnes institutionnels le droit qu'elle reconnaît aux couples de réussir une régulation efficace de sa fécondité et le droit supposé, de la jeunesse à des libertés sexuelles hors mariage prises sans contrôle des techniques contraceptives» (18). De nOlnbreuses personnalités, vingt et un prix Nobel dont le pasteur Martin Luther King, prix Nobel de la paix, le pasteur André Dumas, professeur d'éthique à la faculté de théologie protestante, auxquels Lucien Neuwirth avait demandé un rapport pour la constitution de son dossier sur la pilule, lancent un appel le 2 juin 1966 à Paul VI pour qu'il adapte sa doctrine à la nouvelle conjoncture sociale. Cet appel avait été rédigé par le docteur Edward Tatum, prix Nobel de médecine en 1958 et par le docteur John C. Bennet, président de l'Union theological Summary de New-York (19). Une autre pétition, signée par des personnalités religieuses et scientifiques lui avait été adressée six mois plus tôt. Les signataires, originaires de divers pays dans le monde, estimaient que l'avenir de 1'humanité était menacé, moins par la maladie que par un taux de reproduction excessif: soutenant que la qualité de vie des générations à venir exige une «régulation raisonnée de la feliilité». D'un cotnlnun accord, ils demandaient une participation de Paul VI à la réalisation d'un nouveau consensus sur une question qui leur semblait vitale et essentielle pour l'hulnanité tout entière. Pour maintenir ses positions doctrinales, Paul VI publiera le 25 juillet 1968 l'encyclique Hunlanae Vitae, une année après la dépénalisation en France de la contraception (28 décembre 1967) et l'autorisation de vendre la pilule, loi votée par Lucien Neuwirth, député UDR, après les élections législatives de 1967, avec, toutefois, l'interdiction de faire de la publicité anticonceptionnelle. Cette loi fut appuyée notamment par le docteur Pierre Simon, Grand maître de la Loge de France et par une partie de la presse, notamment le journal Le monde qui réservait ses colonnes au docteur Claudine Escoffier26

[ln 'nOl/veinentpour le planning/amilia/...

Lambiotte. Ces événements vont provoquer de sérieux débats entre ceux qui sont favorables à l'application de cette loi autorisant la vente des cotnpritnés contraceptifs et ceux qui y sont totalement opposés. Quelques mois avant la promulgation de cette loi autorisant la contraception, un premier éclatement se produit au MF.P.F. lors de son congrès national. Sa présidente fondatrice, le docteur Weill-HaIlé, détnissionne en déclarant notamment: « Désonnais, l'organisation du Planning familial en France n'est plus une affaire d'opinion... Le Planning familial entre maintenant dans une deuxième phase d'organisation technique..., il ne peut se développer efficacement que dans les mains d'un petit nombre de personnes hautement qualifiées sur le plan psychologique, médical et sociologique... Il ne s'agit plus maintenant que d'organisation et plus encore, d'organisation de compétences» (20). Les participants à ce Congrès prenaient conscience que rien n'était encore gagné sur le plan de l'éducation sexuelle et du changement des mentalités. Les congressistes mettent en place Le Mouvement d'éducation populaire et pennanente qui sera officiellement reconnu en 1971 par le ministre de la Jeunesse et des sports.

Pour ou contre la pilule?
Après sa démission du MFP.F, le docteur Weill-Hallé poursuit inlassablement son combat. Lorsque des éditeurs lui detnandent de participer à une publication sur le Planning familial, sous la rubrique Pour ou contre, elle n'y voit aucun inconvénient, bien que le fait d'être la partenaire du docteur Paul Chauchard ne l'enchante guère car c'est un médecin ultramontain dont elle connaît les positions intransigeantes sur la question de la morale conjugale. Ce combat l'agaçait, mais elle n'avait pas le choix; elle devait répondre à certaines attaques, comme elle l'avait fait déjà à l'Académie ties Sciences morales en dénonçant une confusion de disciplines: «Des arguments de biologie pour déterminer la 27