Usurpation de l'identité citoyenne dans l'espace public

De
Des manifestants rémunérés ? Un groupe d’intérêt prétendument « citoyen », mais fondé et financé par une entreprise privée ? Une lettre d’opinion, autogénérée à votre insu, portant votre signature ? Voilà des exemples d’astroturfing, une stratégie de communication dont la source réelle est occultée et qui prétend à tort être d’origine citoyenne.
La parole citoyenne, symbolisant l’opinion publique aux yeux de plusieurs, bénéficie d’une grande crédibilité au sein des sociétés. Plusieurs acteurs décident ainsi de se l’arroger, espérant atteindre plus facilement leurs objectifs communicationnels. Ce type de fraude, sans être nouveau, connaît une recrudescence grâce au Web et à l’appropriation du 2.0.
Cet ouvrage révèle 99 cas d’astroturfing qui ont été dénoncés au cours des 25 dernières années. Leur analyse permet de dresser un portrait de ces stratégies, de leurs initiateurs, de leurs objectifs, de leurs cibles et des moyens de communication employés. Utilisé autant par les entreprises privées que par les partis politiques et les gouvernements, l’astroturfing influence les agendas public, médiatique et politique, ce qui lui octroie un rôle de premier plan dans la gouvernance des sociétés.
Parce que l’astroturfing corrompt l’espace public et mine le processus de délibération inhérent à la création de l’opinion publique, il importe de le connaître, de le reconnaître et de le dénoncer.
Publié le : mercredi 11 février 2015
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EAN13 : 9782760542082
Nombre de pages : 218
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C
Préface deThierry Giasson
Usurpation de l’identité citoyenne dans l’espace public Astroturfing, communication et démocratie
Sophie Boulay
Presses de l’Université du Québec
Usurpation de l’identité citoyenne dans l’espace public
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Usurpation de l’identité citoyenne dans l’espace public Astroturfing, communication et démocratie
Sophie Boulay
Préface de Thierry Giasson
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Boulay, Sophie, 1978-
Usurpation de l’identité citoyenne dans l’espace public : astroturfing, communication et démocratie (Communication, relations publiques) Présenté à l’origine par l’auteur comme thèse (de doctorat — Université du Québec à Montréal), 2012. Comprend des références bibliographiques. ISBN 978-2-7605-4206-8
1. Médias – Aspect politique. 2. Espace public (Science politique). 3. Publicité mensongère. 4. Relations publiques. I. Titre. II. Collection : Collection Communication et relations publiques. P95.8.B68 2015 302.23 C2014-942264-4
Les Presses de l’Université du Québec reconnaissent l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada et du Conseil des Arts du Canada pour leurs activités d’édition.
Elles remercient également la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) pour son soutien financier.
Conception graphique RIçhà HoŝoN Image de couverture IStoçk Mise en pages LE GàphE
E Dépôt éà : 1 tImEŝtE 2015  Bibliothèque et Archives nationales du Québec  Bibliothèque et Archives Canada
©2015 – PEŝŝEŝ E ’UNIvEŝIté û QûébEçTous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés
Imprimé au Canada
PRÉFACE
Ce livre que vous commencez à lire, c’est une bombe. Son contenu sera pour plusieurs d’entre vous déstabilisant, choquant, voire révoltant. Ce livre fait le récit de la duperie érigée en système et du mensonge comme pratique professionnelle. Ce livre est un réquisitoire contre la fausseté, un appel à l’éveil des consciences. Son auteure nous appelle à la vigilance.
Ce à quoi Sophie Boulay vous convie dans les pages qui suivent est un nécessaire exercice de mise en lumière de pratiques douteuses de communication et de relations publiques. Pour la première fois dans un ouvrage francophone, Sophie Boulay démystifie le troublant phéno-® mène de l’astroturfing, une. Le terme anglophone réfère à l’AstroTurf surface de gazon artificiel qui recouvre de nombreux terrains sportifs. Cette solution est privilégiée, car elle est moins coûteuse en entretien et imiterait la sensation de la pelouse. Plusieurs sportifs ne sont toutefois pas de cet avis, ces surfaces artificielles étant fréquemment source de brûlures et d’éraflures sérieuses produites à la suite de chutes. L’imitation végétale implique donc certains risques pour ses utilisateurs.
Dans son application au monde des communications, l’expres-sion est utilisée en référence à des pratiques qui s’opposent à des mou-vements dits de «grassroots», c’est-à-dire des initiatives citoyennes, ou qui les imitent. Concrètement, faire de l’astroturfingen communica-tion implique de créer de toute pièce un faux mouvement citoyen afin d’atteindre des objectifs de mobilisation ou de conditionnement de l’opinion publique. Par la tromperie et l’usurpation d’identité, ces actions stratégiques concertées sont mises au service de groupes d’inté-rêts, de lobbys, de partis politiques, d’entreprises, de gouvernements ou d’associations qui veulent modifier les attitudes, les opinions et les comportements de citoyens ou d’institutions réfractaires à leurs intérêts. Ces manipulations insidieuses de l’opinion publique ne se déroulent pas dans des régimes totalitaires. Comme nous l’illustrent les nombreux exemples mis en lumière par Sophie Boulay, elles sont menées tous les jours au sein de régimes démocratiques industrialisés.
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Usurpation de l’identité citoyenne dans l’espace public
Chez vous ! Et elles sont le fruit du conseil professionnel de communi-cants, de relationnistes ou de consultants en communication œuvrant au sein des plus grandes firmes de communication et d’affaires publiques. Certains de ces praticiens font fi de toute règle élémentaire d’éthique, méprisent les citoyens et vendent du mensonge. La démocratie, la vérité, la connaissance n’ont aucune valeur à leurs yeux. Ce livre, cette bombe que vous vous apprêtez à lire, c’est la mise en accusation de ces stratégies mensongères et trompeuses, qui minent une industrie entière.
L’association entre le mensonge et la communication n’est pas nouvelle, en particulier en ce qui concerne la communication politique. 1 Dans son essaiLe syndrome de Pinocchio, publié en 1997, le journaliste André Pratte soulignait brillamment le recours argumentaire perpétuel des politiciens aux diverses formes du mensonge. De l’usage de la demi-vérité au mensonge par omission en passant par l’opaque langue de bois, Pratte rappelait à ses lecteurs que les politiciens sont les maîtres toutes catégories de la duperie et des faux-semblants. Un titre bien triste à porter. Néanmoins, Pratte laissait ses lecteurs sur une note optimiste en disant espérer que la vérité triomphe et que les citoyens fassent preuve de courage en devenant plus exigeants envers leurs dirigeants afin d’éviter que le règne du mensonge ne vienne inexorablement pour-2 rir la démocratie et « émasculer l’État ». L’ouvrage de Pratte se faisait sonnette d’alarme, alertant la population à ce syndrome de la tromperie qui mine la vie politique et lançant un appel à la mobilisation citoyenne contre ce régime du mensonge politique.
Le livre de Sophie Boulay doit être reçu de la même façon. Les nombreux exemples de pratiques mensongères et d’actions antidémocra-tiques et trompeuses qu’il décrit permettent de bien saisir l’étendue et la diversité du phénomène. Ces gestes d’astroturfingsont autant d’atteintes à la démocratie. Ces initiatives pervertissent l’engagement civique, dupent les consommateurs, trahissent la participation citoyenne. À l’instar des sportifs qui subissent les blessures du gazon artificiel, les citoyens ne sortent pas indemnes de la tromperie communicationnelle de l’astroturfing. Des entreprises et des lobbys déploient actuellement au Québec des stratégies de communication afin de limiter l’action de véritables mouvements citoyens mobilisés contre certains projets dans les domaines de l’énergie, du développement et de l’exploitation des ressources naturelles. Ces plans de communication ont tous en com-mun d’avoir comme objectif premier d’orienter le débat public et de
1.
2.
André Pratte,Le syndrome de Pinocchio. Essai sur le mensonge en politique, Montréal, Boréal, 1997. Ibid., p. 159.
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