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Vaincre la sorcellerie en Afrique

De
155 pages
La lutte contre la sorcellerie est un préalable au vrai développement de l'Afrique noire. Pour bien combattre ce fléau, il est impérieux de rétablir la vérité concernant le mystère africain. L'auteur, se basant sur la société kongo, replace dans leur vrai contexte les valeurs spirituelles africaines faussement qualifiées de sorcellerie, permettant de ce fait aux Africains de voir la problématique de leur développement scientifique, culturel et politique sous un nouveau jour.
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Vaincre la sorcellerie en Afrique
Une étude de la spiritualité en milieu kongo

2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharrnattan.com diffusion.harrnattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-09495-6 EAN:9782296094956

Kiatezua Lubanzadio

Luyaluka

Vaincre la sorcellerie en Mrique
Une étude de la spiritualité en milieu kongo

L'Harmattan

Etudes Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa

Dernières parutions Constant SOKO, Les modèles de micro finance en Côte d'Ivoire. Origine, organisation et impact, 2009. Joseph GAMANDZORI (dir.), Congo-Brazzaville: Etat et société civile en situation de post-conjlit, 2009. Christian GRET, Le système éducatif africain en crise, 2009. Hygin Didace AMBOULOU, Les libéralités et les successions en droit congolais, 2009. Ngindu LUKUSA, Le mariage et ses implications chez les Luluwa de la République démocratique du Congo, 2009. Etanislas NGODI, Enjeu électoral et recomposition politique au Congo-Brazzaville,2009. Jean-Alexis MFOUTOU, Les antonymes du français écrit et parlé au Congo-Brazzaville, 2009. Louise TCHAMANBE DJINE, Les faillites bancaires en Afrique subsaharienne, 2009. Simon-Pierre Ezéchiel Mvone Ndong, Médecines et recherche publique au Gabon, 2009. Monique Aimée MOUTHIEU épouse NJANDEU, L'intérêt social en droit des sociétés, 2009. Joseph-Roger MAZANZA KINDULU et Jean-Cornelis NDULU-TSASA, Les cadres congolais de la 3e République, 2009. Alfa Oumar DIALLO et Claudine LARCHER, Enseignement et apprentissage en Afrique. Perspectives au collège en GuinéeConakry,2009. Essè AMOUZOU, Pourquoi la pauvreté s'aggrave-t-elle en Afrique noire? 2009. Essè AMOUZOU, Pouvoir et société: Les masses populaires et leurs aspirations politiques pour le développement en Afrique noire,2009. Amady Aly Dieng, Les Grands Combats de la Fédération des étudiants d'Afrique noire, 2009. Zeyni El Abidine SV, Géographie de l'insalubrité urbaine :le cas de Saint-Louis du Sénégal, 2009. Philippe AS SALE, Les dessous de la crise ivoirienne. D 'Houphouët à Guéï, 2009.

En dernier ressort, nous Africains seuls connaissons ce qui ne va pas chez nous. Qui plus est, nous seuls, en tant qu'Africains, pouvons-nous se le dire comment cela est. Notre destiné en fm de compte repose sur nos propres mams. Général Olusegun Obasanjo (The ChrÙtian ScienceMonitor, le 6 Septembre

1995)

1.INTRODUCTION
L'année 1482 fut un tournant dans l'histoire de l'Afrique noire. En effet, cherchant la route des Indes, un navigateur portugais, Diego Caô, découvrit l'embouchure du fleuve Congo. Cette découverte marqua la rencontre entre l'Occident et l'Afrique bantoue. Des Bantous avaient érigé au cœur de l'Afrique un royaume dont la prospérité allait bientôt faire écho en Europe. Vite, le Royaume Kongo enverra des ambassadeurs au Portugal, en Hollande, au Vatican et en Espagne.! La force de ce royaume démocratique était dans son système religieux et initiatique où le ntotila (roi élu) gouvernait sous la conduite éclairée du grand-prêtre. Dans ce royaume, la politique et la science étaient soumises à la religion et l'éducation incluait aussi bien les connaissances spirituelles, politiques et scientifiques, que le développement des facultés éthériques de l'homme. Ces connaissances (souvent ésotériques) et ces facultés éthériques formaient alors un savoir et un pouvoir qui étaient appelés par les autochtones le kindoki. La rencontre entre l'Occident et le continent noir s'est faite au détriment des traditions religieuses africaines qui bientôt allaient être l'objet d'une campagne systématique de sape - par malveillance ou par ignorance - œuvre du courant rationnel qui, se déferlant sur le continent, imposa une vision occidentale du savoir. Ainsi les traditions religieuses africaines furent vite taxées de diaboliques et le kindoki devint synonyme de la sorcellerie nonobstant la différence entre ces deux notions.

1 Venant du nord de l'Afrique, les Besikongo formèrent d'abord le Royaume de Kongo dia Mpangala, pays à climat chaud, comme son nom l'indique (mpangalavient de mbangala mot kikongo désignant la canicule), situé dans la partie méridionale de l'actuel Angola. Puis par une avancée circulaire dans le sens contraire aux aiguilles d'une montre ils créèrent le Kongo dia Mulaza au nord-est dont une partie est l'actuelle province de Bandundu dans la République démocratique du Congo et le Kongo dia Mpanzu ou toute la partie nord-ouest jusqu'en République du Congo. Ce vaste empire eut comme capitale Mbanza Kongo, ville située dans la partie centrale de l'empire appelée Zita dia Nza. (Confer: Void lesJagas de R. Batshikama, premier chapitre.) Le contact de cet empire avec l'Occident amena la traite des Noirs et son cortège de malheurs: intrigues des superpuissances d'alors contre l'autorité de l'Etat, guerres fratricides, sécessions... Ceci a ruiné l'empire et l'a réduit aux dimensions d'un petit royaume situé à cheval entre l'Angola, la République démocratique du Congo et la République du Congo. Dans cet ouvrage il est fait allusion à ce dernier royaume lorsque nous parlons du Royaume Kongo ou Kongo dia Ntotila.

Cette diabolisation du kindoki allait semer la peur et la haine dans les esprits des Africains. Ce qui était un instrument de prospérité, assimilé à la sorcellerie, allait devenir un instrument de destruction massive. Le Royaume Kongo allait vite sombrer dans la confusion et le chaos. Dès lors, l'histoire de la quête religieuse profonde chez les Besikongo (habitants du Royaume Kongo, le peuple kongo), comme dans toute l'Afrique noire, a toujours été la tentative de ramener le kindoki sur le droit chemin. Ce qui amena Bureau à écrire: « On peut dire que la majorité des prophètes qui se sont levés et se lèvent encore en Afrique noire pour sauver leur peuple ou leur race tout entière se sont attaqués au problème majeur de la sorcellerie et ont cru à la possibilité d'une conversion individuelle et sociale: faire passer les forces de la nuit au grand jour ou leur donner une application positive. Si les foules importantes les suivent c'est dans l'espoir de se décharger de ce poids insupportable. »2 Le but de cet ouvrage est de restituer au kindokl~ la sagesse initiatique africaine, sa vraie valeur sémantique, de montrer la distance qui le sépare de la sorcellerie et de la magie, de montrer ce que devrait être l'apport du Christianisme au kindoki et de montrer la haute valeur de la pensée intuitive (la pensée animique) et sa différence par rapport à la pensée rationnelle. Tout ceci dans le but de permettre l'évolution positive des mentalités religieuses profondes de l'Afrique et son développement réel. J'ai choisi de baser mon étude sur la que je connais le mieux. Mais aussi, expériences missionnaires du Royaume paradigmes qui ont été appliqués plus L'étude ainsi faite pourra aider à l'examen conclusions auxquelles j'arrive au terme presque toutes les nations nègres. société kongo, parce que c'est celle parce que c'est des premières Kongo que furent établis des tard dans toute l'Afrique noire. d'autres sociétés africaines, car les de mon étude sont valables pour

Les idées contenues dans cet ouvrage ne rencontreront certes pas l'assentiment universel. Mais, j'ose le croire, elles permettront aux Africains et aux vrais amis de l'Afrique de commencer à voir sous un jour nouveau la problématique du kindoki.

2 Bureau, R, Sorcellerieetprophétisme enAfrique noire,in Etudes, Paris, n° 4 Avril 1967, pp 467481. On peut aussi lire ceci dans Vie et époquede Mbuta Mahaniah de professeur Kimpianga Mahaniah : « Pour les prophètes, le kingunza était à la fois le mouvement de résistance qui libérerait l'Africain de la domination coloniale et le mouvement d'ablution ou de purification qui éradiquerait l'envoûtement, la sorcellerie, la magie, le fétichisme des sociétés africaines. » (p. 163) 8

II. LE KINDOKI ELUCIDE
A. Le concept application de la sorceUerie dans la pensée erronée à la culture négro-africaine occidentale et son

La sorcellerie est une pratique qui remonte jusqu'à la genèse même de la race humaine. Se référant aux écrits de lexicographes occidentaux nous pouvons comprendre la sorcellerie comme: « Les opérations magiques d'une personne qu'on croit en relation avec le diable pour faire des maléfices. »3 Le Webster New Collegiate Dictionnary définit le terme sorcellerie comme: « L'usage du pouvoir obtenu par l'assistance ou le contact des mauvais esprits spécialement pour la divination. »4 Il en donne comme synonyme la nécromancie. De ces défmitions ressort le fait que dans l'entendement de l'Occidental la sorcellerie implique une relation avec le diable et de ce fait, elle ne peut être susceptible qu'à faire du mal, même si elle peut revêtir un aspect positif. Car l'essence du diable c'est le mal. La nature maléfique de la sorcellerie fait d'elle une pratique qui trouble l'ordre public; ce qui amena l'Occident à aller en guerre contre elle.s Il s'ensuit que la sorcellerie est un concept péjoratif et c'est cette connotation que la pensée occidentale a collée à toute notion à laquelle elle a attribué ce nom, quelle que soit l'idée que s'en faisaient les autochtones. L'Afrique n'a pas échappé à cette coloration des valeurs locales, surtout que celle-ci était menée, entre autres, dans le but de mater les nations (entendez tribus) africaines et poser les bases d'une domination qui allait établir une nouvelle configuration géographique et politique. e est ainsi que dans le Royaume Kongo des termes comme: nganga, mpungu et mpandu, désignant respectivement: un prêtre ou un expert, une puissance et un rite, passés sous l'influence chromatique du mot sorcier, devinrent des termes répugnants évoquant l'image d'un flirt avec des esprits
3 Petit LarouSJe iI/uJtré, Paris 1983.

4 WebsterNew CollegiateDictionnary, Massachusetts, 1977. 5 L'Enryclopédie Rumba/di 360 Pans Match écrit de la sorcellerie: « Au Moyen Age, la puissance même de la religion entraîne celle de la sorcellerie et celle-ci accroît le nombre de ses adeptes; la foi renforce la crainte, la crainte justifie la répression et la répression entretient la haine. En 1260 le Pape Alexandre IV, en définissant les 13 chefs d'accusation qui visent ceux qui se livrent à la magie noire, donne un premier portrait du sorcier. Les tortures de l'inquisition arrachent aux suppliciés un luxe de détails et le malleuJ ma/eficarum, publié en 1486 par deux inquisiteurs dominicains, devient un véritable guide de la chasse aux sorcières où rien n'est omis des aveux qu'il faut, de gré ou de force, obtenir des coupables. (...) On estime que près de trois cent mille malheureux furent exécutés du XVèrneau XVIlèrne siècle. »p. 209. 9

maléfiques. Avec cet avilissement des valeurs locales, les prêtres et les guérisseurs kongo devinrent finalement des vulgaires banganga6 n'kisi (faussement traduit par féticheurs ou sorciers), surtout lorsque au-delà du simple verbe, des herbes et des minéraux, ils utilisent des rites. Les termes kindoki et ndoki n'ont pas échappé à cette vague occidentale de sape. Cet état de choses n'était pas sans susciter et exacerber la crainte et la méfiance chez les Besikongo vis-à-vis de leurs compatriotes. Cette peur allait fmalement plonger les esprits dans des ténèbres dévastatrices. Ce qui poussa G. W. Carpenter à écrire, parlant des ténèbres comme la quatrième grande barrière à l'évangélisation du Congo: « Mais le vrai "cœur des ténèbres" était la pratique universelle de la sorcellerie. De ceci Montiero écrivit: « La sorcellerie est leur principale ou seule croyance: tout ce qui advient a été causé par elle; tous les cas de sécheresse, de maladie, de décès, de flétrissure, d'accidents et même les circonstances les plus triviales sont attribuées à l'influence maléfique de la sorcellerie ou du fétiche. « Un féticheur est alors consulté et un certain misérable malchanceux est accusé, il est soit tué sur le champ, soit vendu en esclavage et dans la plupart de cas, toute sa famille même et tous leurs biens sont confisqués et partagés à toute la ville. Dans d'autres cas, cependant, une lourde amende est imposée et l'incapacité de la payer entraîne l'esclavage; l'option de l'épreuve du poison est parfois accordée à l'accusé, qui souvent la demande avec empressement, telle est leur ferme croyance en elle. »7 Un siècle d'évangélisation et d'instruction rationnelles n'a pas permis aux puissances colonisatrices d'éradiquer la crainte du kindoki que leurs prédécesseurs ont semée en Afrique. Cette crainte, aux origines sémantiques, ne peut être vaincue qu'en replaçant les termes dans leur contexte originel et en défmissant les concepts africains non selon la connotation que la pensée occidentale leur accorde, mais selon le sens profond que l'esprit africain leur attribuait avant même l'arrivée des explorateurs blancs. Certains chercheurs ont essayé de remédier à l'erreur qu'implique l'usage du mot sorcier en lieu et place de ndoki en remplaçant le terme mage. Mais cela ne résout pas le problème.

B. Carences qu'entraîne l'usage place de ndoki et kindoki

des mots mage et magie

en lieu et

Le mot mage vient du grec magos, terme employé dans la Bible pour désigner les sages, c'est-à-dire les savants, de l'Orient ancien. Ce terme est
6 Pluriel de nganga.

7 G. W. Carpenter, Highwqysfor God in Congo,Leopoldville, 1954, p. 18. 10

parfois proposé par certains chercheurs pour traduire le mot sorcier employé positivement. Or, le problème n'est pas de blanchir le terme sorcier, mais de donner aux termes ndoki et kindoki la connotation qui leur est propre dans l'entendement profond du N'kongo (l'homme kongo), voire de l'Africain. L'usage du terme mage pour désigner le "bon" sorcier, lorsque appliqué au terme ndoki, implique l'existence de deux bindoki (pluriel de kindokt) : l'un bienfaisant équivalent à la magie blanche et l'autre maléfique équivalent à la magie noire. Cependant, comme nous le verrons plus loin, le kindoki en soi est un savoir, il n'est pas donc sur le plan intrinsèque bienfaisant ou maléfique. La comptabilité est un savoir neutre, mais l'usage qu'on en fait peut être constructif ou criminel. Ainsi en est -il aussi du kindoki. Le terme magie appliqué au kindoki met ce dernier en porte-à-faux vis-àvis de l'Eglise qui généralement considère la magie comme une déviation condamnée par les Ecritures Saintes. Le kindoki est une valeur qui interpénètre tellement la société africaine qu'en parler comme étant de la magie équivaut à parler d'une société "magique", comme malheureusement certains le préconisent aisément. Mais si le qualificatif "magique" se rapporte au mot mage, alors l'Afrique est une société savante. Assertion que les sympathisants de l'Afrique "magique" hésiteraient d'aff1rmer. Par contre si l'usage du qualificatif "magique" se réfère à la magie noire, nous sommes loin de sortir des ténèbres où nous a plongés la traduction du mot ndoki par sorcier. On se consolerait peut-être à l'idée que l'expression "Afrique magique" se réfère à la magie blanche, mais alors son usage n'effacera jamais l'ombre de la magie noire qui viendra toujours embrouiller les esprits. Il ne reste plus ainsi qu'une solution valable: repartir à la case de départ, c'est-à-dire à la case de l'ancêtre Ne Kongo à Kongo dia Ntotila et voir les choses comme elles se présentent dans son entendement. Beaucoup peuvent se dire que cette recherche revêt un caractère difficile car seule la tradition orale peut nous fournir les éléments d'approche. Mais cette argumentation oublie certaines traces indélébiles laissées par la tradition profonde. Tel un sphinx qu'on voit muet, ces traces parlent à la civilisation moderne nonobstant la censure du temps. C. Le concept du kindoki a. Le kindoki dans la pensée kongo profonde

tel que défini par le N'kongo

Aucune notion chez les Besikongo n'est aussi voilée que celle du kindoki. Cependant tous en parlent, bien que à quelques exceptions près nul n'accepte s'y baigner. Pourtant, aux dires de certains initiés, il y a plus des bandoki que des bampansu (les non-initiés) chez les Besikongo. Le kindoki, un 11

univers de savoir initiatique, a toujours été protégé par le serment de silence, même si des langues maladroites ne manquent jamais de lâcher des bribes de phrases qui peuvent bien aider le chercheur avisé. Le silence du ndoki, bien que lui imposé par son initiation, toute violation entraînant des représailles, est aussi le fait du danger qu'il aurait à courir dusse-t-il avouer son appartenance à l'univers d'initiés; car le moindre cas de fatalité en famille ou dans son entourage l'exposerait à être l'auteur présumé du forfait et ceci d'autant plus que même le "vrai" coupable pourrait profiter de son aveu pour se faire un bouc émissaire. Cependant, même lorsqu'un initié arrive à briser le serment de silence sciemment, souvent le doute dans la pensée empêche le non-initié de croire à ce qui parait invraisemblable. Si pour l'Occidental la sorcellerie est une pratique maléfique, ce qui se justifie, pour le N'kongo O-e Mwesikongo, l'habitant du Royaume Kongo, l'homme kongo) le kindoki est un savoir (nzailu), un pouvoir (lendo), une intelligence (ngangu) et une ouïe doublée d'une vue (nguiluye mbueno).8

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Un savoir secret que seuls les initiés disposent et qui leur permet d'accéder à des connaissances applicables dans l'univers des communs des mortels. Un savoir qui permet au ndoki d'entrer en contact avec le monde de l'autre "rêve", le "nocturne". Une connaissance du bien à faire et du mal à éviter; la connaissance des techniques aussi bien positives que négatives. Car le ndoki étant un gardien de la population, doit savoir la protéger contre les actes barbares de nkadi ampemba O-e diable). D'où il doit connaître aussi les techniques de ce dernier et savoir lui riposter avec des armes appropriées O-aprière, l'incantation, l'hypnotisme, les pièges alchimiques.. .). Mais, il ne devra utiliser ces armes que pour se défendre, défendre les siens, réprimer et prévenir les actes criminels, sinon il devient un n 'kuan 'soki (un malfaiteur, un . sorCier. ) 9

8 Dans la Problématiquecrocodilienne Luo:;j le professeur Kimpianga Mahaniah écrit: « Pour à influencer le monde invisible ou nocturne, l'homme a besoin du pouvoir magique appelé mqyelama mpimpa [intelligence nocturne] ou kindoki. « Par ailleurs, le mqyela mampimpa était un savoir, une technique, une spécialité ou un pouvoir surnaturel potentiel. Il fallait encore libérer sa puissance et lui donner une direction. » pp. 29,30. 9 Bahelele Ndimisa, dans son livre Lusansuye fu bia N'kongo, après avoir admis que les initiés kongo du Kinkimba (l'une des académies initiatiques kongo) étaient des gens sacrés (ndongokele ku kinkimba i muntu wan'Iongo,p. 47) et des gens sur qui les chefs comptaient pour la sagesse et les conseils (... bampilayqyo babadika luta silwa vuvu kwa :;jmfumu za nsi muyuvulwa ndwengoso vo nsamu wampasi ufweti dedukuswa mu fu kia nsi, p. 49), ajoute cependant que ces initiés apprenaient aussi des mauvaises choses. Il cite comme exemples: 12

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Un pouvoir qui permet à l'initié de surpasser l'humain; de transcender les limitations physiques et même de produire certains phénomènes qualifiés à tort de surnaturels par le commun des mortels. Une conscience cachée au mpasi-muntu (le commun des mortels) ; l'état de cette conscience permet à l'initié de se déplacer pendant que son corps physique repose sur le lit ; les Besikongo disent: «sikama kasikamanga mu mpimpa. » (Il se réveille la nuit.) Mais comment quelqu'un peut-il se déplacer alors que son corps est immobile dans un lit ? Le ndoki vous répond: « mu Zqyi wa mpimpa. » (par la conscience "nocturne".) Car le kindoki sur ce point n'est qu'un rêve lucide, un songe dans lequel l'initié est conscient de rêver. L'univers diurne et l'univers "nocturne", où les initiés seuls ont accès (du moins à ce qu'ils croient), ne sont que deux rêves lucides qui se relayent. Une intelligence qui permet au ndoki d'être un vrai sage. On raconte que dans la nation kongo un vrai chef de clan doit être un initié (un ndokt), car il doit diriger le clan aussi bien la journée que la "nuit" ; il doit protéger les siens et leur rendre visite chaque JO fois. Mais comment peut-il le faire alors que les membres du clan sont dispersés? La réponse est toujours la même: « la nuit par le kindoki. » Un oncle était toujours fustigé: « kai!)li lunda nzo ko, nzo kasisanga muasi. » (11ne sait pas garder la famille élargie, il

Voler sans se faire repérer. Dire des mensonges pour éviter un problème. S'initier au n'kisi (p. 50). En réalité, l'initié devait savoir; comment les malfaiteurs opèrent, en vue de pouvoir les contrer; choisir le moindre de deux maux, même si cela implique dire un mensonge dans le but de préserver la paix. Quant au n'kisi, Bahelele part de l'idée erronée qu'on se fait de ce concept et que je corrige plus loin. la Le clan est soit un ensemble des familles élargies ou lignages (nzo) ou un ensemble de lignages (;;,jnzo,pluriel de nzo). Lors des cérémonies de mariage chez les Bantandu, les membres d'une des tribus kongo, on demande dans la dot un « vunga dia ndoki a kanda » (la couverture du ndoki du clan). Ici le mot ndoki se réfère à celui qui veille sur le clan et à qui l'époux doit de la reconnaissance car il a veillé pendant des nuits sur la mariée.

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en laisse l'accès

libre.)

Il

En d'auttes

termes:

il ne savait pas

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utiliser le kindoki la nuit pour protéger la famille. Une ouïe et une vue, conune le disait une dame à ma mère : « kutu lenda kuani wa diambu kuanda, » (l'oreille peut entendre un propos au loin), ou cet autte monsieur qui parlant d'un enfant dit : « Meso menayani. » (Il a des yeux.) Quoi de plus normal diraiton, mais le vieux se réfère à une autte vue qui permet à l'enfant de voir l'invisible.

Un jour j'ai demandé à ma mère pourquoi elle ne pouvait pas êtte aussi éloquente que maman Ziola, une fenune célèbre en matière de palabres parmi les Besingombe12 à Kinshasa. Elle m'a répondu sans hésitation: « Ce sont ses ancêttes qui parlent en elle. » Le kindoki selon le N'kongo est un savoir et une faculté généralement acquis par le secours des esprits des ancêttes. D'où l'attachement de l'Africain aux restes de ses "morts" et sa dévotion à enttetenir soigneusement la dernière demeure des n 'kukUt!Jungu ancêttes ayant dépassés le premier plan éthérique, la ttansition entte le monde physique et le deuxième plan éthérique pouvant bien durer des années; le "mort" restant prisonnier à kanga, le pays "nocturne" des bandoki. Les morts sont donc vivants, la mort en soi n'est qu'une ttansition, un voyage sans retour immédiat, à moins que le voyageur rencontte un n'kulu (ancêtte) qui le refoule: « vutuka, kua nani sisidi bqy'aku ? » (Rentte, à qui as-tu laissé les tiens ?) L'autte jour un cousin m'a dit qu'un ancêtte est venu lui montter en "rêve" les limites de nos terres claniques, offrant ainsi la solution à un conflit foncier qui opposait deux clans. Dans un "rêve" ! Ce langage prête à équivoque. A en juger par sa certitude, il peut aussi s'agir d'une "visite" de l'ancêtte au pays "nocturne" des bandoki. Ces "renconttes" dans l'autte monde justifient la certitude des guérisseurs kongo quand à leurs potions: « On me les montte quand je dors,» disent-ils. Dans ce cas le guérisseur n'a pas besoin d'un essai au laboratoire; car, pourquoi douter de la parole émanant d'une sagesse nettement céleste? Le kindoki est donc une faculté qui permet à l'initié de puiser le savoir chez ces esprits évolués que sont les n'kuku1!Jungu. Il serait donc vain d'aller
11 Ceci était dit de mon feu oncle, il faut comprendre par ces paroles qu'il ne savait pas utilisé son kindoki pour veiller la "nuit" sur la famille. Ma mère raconte que son père perçu une nuit l'approche de quelqu'un venant d'un autre village dans l'intention de nuire. Il alia à la rencontre de l'intrus à la rivière et lui intima de rebrousser chemin. A entendre ma mère, le profane croirait qu'il s'agissait d'une simple scène nocturne. En fait c'en était une, mais dans le monde invisible ou mieux encore : dans un rêve lucide. 12 Les Besingombe sont les membres d'une des tribus kongo.
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en guerre contre le kindoki comme le Blanc l'a fait contre la sorcellerie. Mais plutôt, il appert qu'il faille mettre en lumière la vraie nature du kindoki de manière à montrer à l'initié les conséquences d'un mauvais usage du kindoki et comment il peut s'élever au-dessus d'une telle tentation, mais aussi de manière à aider le non-initié à éliminer sa crainte du kindoki. Il faut donner au mot kindoki sa vraie valeur sémantique. Quand j'ai souligné ce fait dans une rencontre d'amis, l'une parmi eux m'a posé cette question: « Ne vois-tu pas que le terme en soi est péjoratif? » C'est désolant que je n'eusse pas eu une réponse satisfaisante pour elle, mais j'en ai une pour vous.

b. Le kindoki : concept non-péjoratif dans l'entendement du Mwesikongo La sorcellerie, comme nous l'avons vu plus haut, est une pratique maléfique; la traduction du mot kindoki par" sorcellerie" a transmis à ce terme kongo la connotation péjorative inhérente au mal. Ainsi, aujourd'hui le mot ndoki se réfère faussement à un individu marchant à contre courant du progrès de la société, pourtant on peut démontrer que pour les Besikongo le concept du kindoki n'était pas péjoratif comme le prouvent clairement certains faits:

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Le Le Le du

symbolisme du chat. fait que le kindoki n'est qu'un savoir et une faculté. respect dont jouissait le grand-prêtre auprès du ntotila (roi élu Royaume Kongo).

1. Le symbolisme du chat Les Besikongo appellent le Dieu Créateur: Mbumba Lowa. Le verbe bumba, d'où provient le mot mbumba, veut dire créer, façonner, d'où l'usage du terme mbumba pour désigner Dieu en tant qu'intelligence créatrice. Mais ce terme désigne aussi en langue kongole chat. Le chat voit le jour comme la nuit à l'instar de Dieu qui voit tout, même ce qui est caché dans les ténèbres de la conscience humaine, rien n'est caché à l'intelligence divine qui discerne tout. Ainsi le chat pour les Besikongo est le symbole parfait de l'omniscience de Dieu. En outre, cet animal qui voit le jour comme la nuit symbolisait aussi l'initié (le ndokz). Pour les Besikongo le ndoki était donc le représentant par excellence de l'omniscience du Dieu Créateur (Mbumba Lowa) par son savoir et ses facultés exceptionnelles. Il s'ensuit que le kindoki était pour les Besikongo une manifestation de l'omniscience de Dieu et ne pouvait donc pas être péjoratif dans leur entendement.

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