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Venu de Bucovine

De
168 pages
Né avec la nationalité autrichienne en Bucovine en 1907, arrivé en France avec la nationalité roumaine en 1926, puis médecin français pendant la deuxième guerre mondiale, on dit que les chats ont sept vies, Albert Ebner, lui, en a eu trois. Il a su traverser indemne deux guerres mondiales, échapper à la Shoah, et survivre tout en restant fidèle à ses principes d'humanisme et de tolérance. C'est cet itinéraire de vie hors norme et cette volonté sans faille que son fils Olivier a voulu faire partager en publiant ses mémoires.
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Olivier Venu de Venu de Ebner
Bucovine
BucovineItinéraire d’un survivant
raconté par son ls
Itinéraire d’un survivant
raconté par son ls
Né avec la nationalité autrichienne en Bucovine en 1907,
arrivé en France avec la nationalité roumaine en 1926, puis
médecin français pendant la deuxième guerre mondiale, on
dit que les chats ont sept vies, Albert Ebner, lui, en a eu trois.
Grâce à une volonté sans faille, il a su traverser indemne deux
guerres mondiales, échapper à la Shoah, et survivre pour
se reconstruire tout en restant dèle à ses principes, faits
d’humanisme et de tolérance. Quand on a la chance d’être
un « survivant », on apprécie chaque moment de sa nouvelle
vie…
C’est cet itinéraire de vie hors norme que son ls Olivier,
trente ans après avoir recueilli ses mémoires, vous propose
de découvrir, pour que l’histoire jamais ne s’efface …
erOlivier Ebner est né le 1 mai 1960 à Châteauneuf
en thymerais (28) de parents médecins généralistes.
Il passe toute son enfance en Eure et Loir dans la
campagne beauceronne, pour ensuite obtenir le
diplôme de Docteur en pharmacie à l’université de
Rennes. Il vit en Bretagne depuis 35 ans et réalise
en n son envie de faire connaître quel homme était
son père.
Illustration de couverture :
Olivier Ebner et son père Albert Ebner.
ISBN : 978-2-343-01932-1
16,50 € Graveurs de MémoireG Série : Récits de vie / EuropeGraveurs de Mémoire
Cette collection, consacrée essentiellement aux récits
de vie et textes autobiographiques, s’ouvre également
9 782343 019321aux études historiques.
Olivier Ebner
Venu de Bucovine



Venu de Bucovine

Itinéraire d’un survivant
raconté par son fils


Graveurs de mémoire

Cette collection, consacrée à l’édition de récits de vie et de
textes autobiographiques, s’ouvre également aux études
historiques. Depuis 2012, elle est organisée par séries en
fonction essentiellement de critères géographiques mais
présente aussi des collections thématiques.

Déjà parus

Jaspard (Alain), Florent Fels ou l’Amour de l’Art, 2013.
Culas (Adeline), En Bresse autrefois… Souvenirs de la vie d’antan,
2013.
Atchénémou (Avocksouma Djona), Enterrons la veuve avec
l’enfant. Orphelin en pays tchadien, 2013.
Benacerraf (Armand), Cardiologue et cardiaque. Au cœur d’une vie,
2013.
Brovelli (Claude), De l’AFP à la télé, mes sept vies sur les points
chauds du globe, 2013.
Barbe (Jean- Edouard), Cinquante ans au Quartier latin. Une vie
en musique et en chansons, 2013.
Cathelin (Anne), La Joselito à l’âge d’or du flamenco. Ethnologie
d’une passion, 2013.
Mero (Yannette), La petite fille des baraquements. Une enfance à
Saint-Nazaire, 2013.
Pochulu (Marie-Françoise), Lucien Bertin, un Français d’Egypte.
Les routes de l’exil, 2013.


Ces huit derniers titres de la collection sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée Olivier EBNER


Venu de Bucovine

Itinéraire d’un survivant
raconté par son fils




























© L'HARMATTAN, 2013
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-01932-1
EAN : 9782343019321




REMERCIEMENTS



Je tiens tout particulièrement à remercier Joëlle, mon
épouse, Luc, mon fils pour l’aide qu’ils ont bien voulu
m’apporter, Alain, mon frère, pour son soutien et ses en-
couragements, ainsi que mes deux sœurs, Florence et
Christine, pour les précisions qu’elles ont pu me donner.
Je remercie les éditions de l’Harmattan de la confiance
qu’ils ont bien voulu m’accorder.
Je tiens également à remercier mon défunt père d’avoir
accepté il y a trente années de cela, de m’ouvrir la porte
de ses souvenirs.
Je lui dédie donc cet ouvrage à titre posthume et je
pense ainsi avoir honoré sa mémoire.

7



PRÉFACE



Je me souviens d’un fait qui m’a beaucoup marqué
lorsque j’étais adolescent, lycéen, interne au lycée Rotrou
à Dreux. Un matin, mes copains de classe m’avaient ra-
conté ce qui s’était passé la veille vers 17 heures alors
qu’ils attendaient leurs cars qui devaient, comme tous les
soirs, les ramener chez eux.
Une bande de jeunes qui n’avaient rien à faire là s’en
était pris tout à fait gratuitement à deux élèves, qui pa-
tientaient comme les autres avant le départ du bus. Les
voyous les avaient « dérouillés », pour le plaisir ou par
sadisme tout simplement sans qu’aucun élève, parmi plus
d’une centaine, ne lève le petit doigt et sans qu’un seul
des chauffeurs de car ne s’interpose.
J’en parlai à mon père lors de mon retour dans notre
maison de Châteauneuf et lui fis notamment part du fait
que je trouvais cela choquant.
Il me fit alors un grand discours sur la lâcheté hu-
maine. Pour lui, le monde et l’homme étaient malheureu-
sement faits ainsi.
Sachant toutes les épreuves qu’il avait traversées dans
sa vie, et le courage dont il avait fait preuve dans des si-
tuations extrêmes, je ne pus m’empêcher de lui demander
s’il serait intervenu. Il me répondit :
9 « Oui, bien sûr ! » sans aucune hésitation.
Nous étions en 1975, mon père, Albert Ebner, médecin
à la retraite, avait alors soixante-huit ans et moi quinze.
Je me suis posé la question, ensuite, à de nombreuses
reprises :
« Se serait-il réellement interposé ? Etait-il réellement
aussi courageux qu’il semblait l’être ? »
J’allais finalement avoir la réponse à toutes ces interro-
gations, cinq ans plus tard, un jour d’avril 1980.
J’étais alors étudiant en pharmacie à Rennes et je reve-
nais environ une fois par mois voir mes parents à Châ-
teauneuf en Thymerais en Eure et Loir. Ma mère Marie-
France exerçait toujours la médecine générale – c’était sa
dernière année – et mon père savourait déjà sa retraite.
Je passais donc le week-end dans la maison qui m’avait
vu naître, en compagnie de Joëlle, future épouse et mère
de mes enfants, également étudiante en pharmacie.
Nous avions mangé le dimanche midi un rôti de bœuf
sauce béarnaise, cuisiné par mon père (il adorait cuisiner).
Après le repas, il était, comme à son habitude, parti faire
sa sieste d’une demi-heure, sur le divan du salon.
Cette sieste journalière du début d’après-midi consti-
tuait un véritable rituel pour lui. A son réveil, je vins lui
proposer une sortie :
« Papa, il fait un temps magnifique, cela te dirait
d’aller au stade de la Pajotterie voir l’équipe de foot lo-
cale ? Il y a un match à 14h30. »
Mon père était passionné de foot et avait été dirigeant
du club de l’AST Châteauneuf de nombreuses années
après la deuxième guerre mondiale. Mais écoeuré par la
10 mentalité des « footeux » et comme mon frère et moi
avions abandonné le football, il n’était plus allé voir un
match de son ancien club depuis quatre ou cinq ans et
suivait simplement les résultats de l’équipe dans le jour-
nal. Il me répondit donc simplement :
« Tu sais Olivier, cela ne m’intéresse plus du tout.
- Allez papa, fais un effort, il fait un temps splendide et
cela me ferait vraiment plaisir d’y aller avec toi ! Et puis je
suis sûr que cela te rappellerait de bons souvenirs ».
Il jeta un coup d’œil dehors et se rendit compte par lui-
même que c’était une belle journée de printemps. Il prit
son chapeau fétiche, son imper brun-crème. Ma mère qui
jardinait, comme à son habitude, en nous voyant nous
diriger vers sa Peugeot 304, nous demanda d’un air éton-
né :
« Où allez-vous comme ça ?
- On va voir jouer Châteauneuf.
- Alors là ! Tu m’en bouches un coin. Comment as-tu
réussi à le faire décoller de son fauteuil ? »
J’étais vraiment très heureux d’avoir réussi à le con-
vaincre de venir avec moi car il avait un peu tendance à se
replier sur lui-même, en particulier à cause d’une certaine
surdité qu’il se refusait à admettre. Et même si j’ai tou-
jours trouvé fantastique d’avoir des parents comme les
miens, j’ai aussi un peu souffert d’avoir, en tant que petit
dernier, eu des parents âgés qui auraient très facilement
pu être mes grands-parents. Le revers de la médaille, était
que de nombreuses activités communes, surtout avec lui,
n’avaient pas été possibles du fait de son âge. J’ai souvent
eu l’impression d’avoir été élevé par mon grand-père et
11 ma grand-mère et d’avoir sauté une génération au niveau
de mon éducation. D’où ma joie ce jour-là !
En arrivant au stade, mon père dût faire face à
l’étonnement des gens de le revoir au stade…Tout le
monde connaissait le docteur Ebner à Châteauneuf.
« Docteur, vous voilà de retour ! ça fait plaisir de vous
voir ! On ne vous voyait plus ! Ah ! ça fait du bien de sa-
voir que vous êtes toujours supporter de votre équipe ! »
Voilà en gros le florilège des différentes réflexions
auxquelles il dût répondre.
Poignées de main, salut poli, mon père ne passait pas
inaperçu avec son imper, son chapeau, ses chaussures
noires cirées. Je dois signaler qu’il officia à une époque
comme juge de touche et je pense n’avoir jamais vu
quelqu’un le faire en costume, cravate, comme il le fit !
Cela semble incroyable mais c’est véridique et personne
ne lui a jamais demandé de se mettre en short ou en tenue
d’arbitre. C’était quelqu’un qui en imposait…
Ce jour-là, le match opposait l’équipe locale à un club
de quartier de Dreux où les maghrébins étaient très nom-
breux. Beaucoup de supporters des deux camps étaient
présents, ce qui ne manquait pas de l’étonner. Il était ac-
coudé à la rambarde blanche qui faisait office de main
courante tout autour du terrain, comme il l’avait toujours
fait et vivait intensément le match. Je me disais que pour
quelqu’un qui ne s’intéressait soi-disant plus aux couleurs
de sa ville, il était resté bien passionné. Il rentrait totale-
ment dans la partie, et lorsqu’il regardait une rencontre
c’était comme s’il était sur le terrain : Il mimait les actions,
grimaçait et faisait même mine de shooter dans le ballon.
Là s’exprimait toute sa frustration de n’avoir jamais pu
jouer au foot du fait de son infirmité, de sa jambe malade.
12 J’étais parfois un peu gêné de le voir ainsi se montrer en
spectacle et ce jour-là, cela ne rata pas. Des enfants
avaient repéré ses gestes et mimiques et ricanaient en
l’observant. Ils s’amusaient de le voir shooter dans un
ballon imaginaire, tantôt du pied droit, tantôt du pied
gauche. Plus la rencontre avançait, plus l’ambiance se
dégradait. Le match était serré et les accrochages entre
joueurs se multipliaient. L’état d’esprit des supporters des
deux camps n’était pas meilleur. L’équipe de Dreux était
soutenue par toute une cohorte d’immigrés maghrébins
ou arabes qui semblaient très agressifs et conspuaient
régulièrement l’arbitre. Quant aux supporters locaux, ils
ne se comportaient pas mieux en vociférant et insultant
les joueurs de Dreux. Ils y allaient même de leurs insultes
racistes du genre :
« Sales arabes ! Rentrez chez vous ! Etc… »
La mi-temps arriva sur un score de zéro à zéro et
j’espérais que les esprits allaient se calmer.
Pierre Sans dit « papa Pierre ou Pedro » vint nous re-
joindre. Il était le père du mari de ma demi-sœur Nicole.
C’était lui aussi un homme de fort caractère, ancien
boxeur, catalan d’origine, qui avait fait la guerre
d’Espagne et qui, lui aussi, était né en 1907. Tous deux
étaient de grands amis qui se respectaient. Ainsi, avaient-
ils pris l’habitude de se retrouver une fois par semaine
pour faire une partie de jacquet.
« Alors Albert, je n’en crois pas mes yeux, tu es venu
au match ! »
Comme d’habitude il me broya la main en me la ser-
rant, mais pas celles de mon père qui étaient grandes et
puissantes et dont la force m’avait toujours impression-
née.
13 Il lui répondit :
« Oui c’est pour faire plaisir à Olivier, mais je regrette
déjà. Je ne pensais pas que le foot était devenu comme ça.
Et que dire de l’ambiance ! Ces insultes racistes à l’égard
de l’équipe adverse me sifflent aux oreilles.
- Moi pareil. Ce match risque de mal se terminer, sur-
tout pour l’arbitre. »
Le match reprend et cela ne s’arrange vraiment pas.
Les joueurs sont plusieurs fois prêts de se battre entre
eux. Châteauneuf ouvre la marque, les supporters locaux
jubilent et narguent ceux du camp adverse. A un quart
d’heure de la fin, alors que les décisions de l’arbitre sont
systématiquement contestées par les joueurs adverses et
ceux qui les soutiennent, on les entend plusieurs fois in-
vectiver l’arbitre et lui dire qu’ils vont lui faire la peau, lui
casser la gueule…
Je me demande vraiment ce que l’on fait là :
« Papa, tu ne crois pas que l’on devrait rentrer ? Ce
match est vraiment très désagréable. »
Il se tourne vers papa Pierre :
« Hum ! Non je crois plutôt que l’on va devoir rester. »
Papa Pierre acquiesce de la tête et me regarde, l’œil vif
et pétillant, en prenant l’attitude d’un boxeur.
Aïe, aïe, je me dis quelle galère. Pourquoi ai-je eu cette
idée de venir au stade aujourd’hui ? Dès que la fin de la
partie est sifflée, les supporters de l’équipe visiteuse se
ruent sur la pelouse et entourent l’arbitre d’un air mena-
çant. Certains sortent même des couteaux.
Comme par hasard, alors que celui-ci est originaire du
canton et connu de tous, les gens du cru s’en retournent
14 chez eux en feignant de ne pas voir ce qui se prépare.
C’est à ce moment que mon père se tourne vers papa
Pierre :
« On y va ! »
Et je vois les deux papys de soixante-treize ans se diri-
ger d’un pas décidé vers le centre du terrain. Je leur dis :
« Vous êtes fous ! N’y allez pas ! »
Ils entourent monsieur Alexandre, l’arbitre de la ren-
contre, et s’adressent à lui.
« On va t’accompagner jusqu’au vestiaire pour que tu
puisses te changer et récupérer tes affaires. »
Les agresseurs sont très énervés et vraiment mena-
çants :
« Poussez-vous les vieux qu’on lui fasse la peau ! »
Papa Pierre, dans son style, leur répond :
« Venez vous battre petits merdeux ! »
Mon père, dans son style à lui, lance à un jeune
maghrébin :
« Si tu veux te battre, vas donc te battre en Abyssinie. »
Là, c’est l’insulte suprême car le jeune n’a rien compris,
il bredouille, ne sait pas quoi répondre, pour finalement
rétorquer :
« De toute manière, nous on tape pas sur des vieux gâ-
teux !! »
Papa Pierre ne peut s’empêcher de le provoquer :
« Viens donc te frotter aux poings du vieux gâteux, ri-
golo ! »
Papa le regarde d’un air mécontent :
15