Vers une culture médi@TIC?

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Nouveaux dispositifs numériques, nouveaux modes de production de l'information, crise économique du secteur de la presse... le paysage médiatique évolue en profondeur. Comment aujourd'hui penser les médias, leurs publics et le rôle de chacun dans la société? Au travers de douze articles, cet ouvrage met en évidence une grande diversité dans les objets, les méthodes et de courants face aux évolutions socio-technologiques qui traversent le monde des médias et du journalisme.
Publié le : lundi 1 juin 2015
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EAN13 : 9782336382487
Nombre de pages : 192
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SOCIÉTÉ FRANÇAISE
DES SCIENCES DE
L’INFORMATION ET DE SFSIC
LA COMMUNICATION
Nouveaux dispositifs numériques, nouveaux modes de
production de l’information, crise économique du secteur
de la presse… le paysage médiatique évolue en profondeur.
Comment aujourd’hui penser les médias, leurs publics et le
rôle de chacun dans la société ?
Au travers de douze articles, cet ouvrage, issu d’une sélection
edes communications proposées au XIX Congrès de la SFSIC
(Société Française des Sciences de l’Information et de la
Communication) à Toulon en juin 2014, met en évidence une
grande diversité dans les objets, les méthodes et de courants
face aux évolutions socio-technologiques qui traversent
le monde des médias et du journalisme. Organisés autour
de quatre axes, les articles abordent les transformations
du journalisme à l’ère du numérique, les questions liées aux
publics et à la réception de l’information en ligne, le web VERS UNE
considéré comme une nouvelle médiation de l’information
et enfi n l’information face à la reconfi guration de l’espace
public et aux transformations politiques. CULTURE
Au total, le cyberespace numérique tend à transformer en
profondeur, non sans susciter des phénomènes d’inertie et de MEDI@TIC ?résistance, les organisations médiatiques et les pratiques de
leurs professionnels. Mais il n’est non plus sans incidences sur
les modèles et méthodes des chercheurs qui les étudient, ce
qui produit une certaine resynchronisation de la recherche Médias,Médias,Médias,Médias,Médias,Médias, journalisme et journalisme et journalisme et journalisme et journalisme et journalisme et
française avec son homologue anglosaxonne. espace espace espace pubpubpublic lic lic à à à l’éprl’éprl’épreuveuveuveee
de la nde la nde la numérisationumérisationumérisationDocteure en SIC et Vice-présidente de la Commission Formation de
la SFSIC, Elise Maas a été directrice de la communication du groupe
hospitalier Paris-Île de France Ouest et a exercé pendant 20 ans
diverses responsabilités communicationnelles en entreprise (Areva
notamment).
Co-animateur de la Commission Recherche de la SFSIC, Nicolas
Pélissier est Professeur à l’Université Nice Sophia Antipolis où il co-dirige
SOUS LA DIRECTION DEle département des SIC et le master 2 DISTIC. Il est responsable du pôle
de recherche CREAMED et du séminaire doctoral du laboratoire I3M.
NICOLAS PÉLISSIER ET ELISE MAAS
ISBN : 978-2-336-30733-6
19,50 €
Illustration de couverture : Fotolia © Robert Kneschke
VERS UNE CULTURE MEDI@TIC ?
Sous la dir. de Nicolas PÉLISSIER et Elise MAASVERS UNE CULTURE
MEDI@TIC ?
MÉDIAS, JOURNALISME ET
ESPACE PUBLIC À L’ÉPREUVE
DE LA NUMÉRISATIONCréation et mise en page
Atelier Congard
www.atelier-cd.fr
© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-336-30733-6Sous la direction de
Nicolas PÉLISSIER et Elise MAAS
VERS UNE CULTURE
MEDI@TIC ?
MÉDIAS, JOURNALISME ET
ESPACE PUBLIC À L’ÉPREUVE
DE LA NUMÉRISATION
ÉDITIONS L’HARMATTANSommaire
Avant-propos 7
Daniel Raichvarg, Christian Le Moënne et Nicolas Pélissier
Vers une culture Medi@TIC ? Médias, journalisme et
espace publicà l’épreuve de la transformation numérique 11
Nicolas Pélissier et Elise Maas
LES TRANSFORMATIONS DU JOURNALISME
À L’ÈRE DU NUMÉRIQUE
Les enjeux du refus de la diffusion sur Internet :
l’exemple du Canard enchaîné 25
Didier Halloy
Réorganisation des médias : la « presse » d’information
en France, entre destructions et créations 37
Patrick-Yves Badillo
Les pratiques professionnelles des journalistes de la PQR
(Presse Quotidienne Régionale) : analyse de quelques
permanences et de certaines évolutions à travers
le cas de La Dépêche du Midi 51
Franck Bousquet
PUBLIC ET RÉCEPTION DE L’INFORMATION EN LIGNE
Comptez les tous, chaque joueur reconnaîtra les siens !
Les mesures d’audience de joueurs en ligne :
des formats aux débats 65
Bruno Vétel
Images, sons et mots dans l’e-publicité :
traitements « implicites et non conscients »
chez les adultes et pré-adolescents 81
Didier Courbet, Marie-Pierre Fourquet-Courbet & Julien Intartaglia
LE WEB, UNE NOUVELLE MÉDIATION DE L’INFORMATION
La réorganisation de l’espace médiatique sur internet 97
Sébastien Rouquette
5Vers une culture Medi@TIC ?
Le passage de l’alphabet écrit à l’alphabet
oral sur les réseaux sociaux 111
Horea Mihai Badau
Journalisme numérique et actualisation du public :
au-delà de la « main visible » du lecteur 125
Gloria Awad
Champs éditoriaux du Web : dispositifs participatifs
et systèmes de pertinence135
Evelyne Broudoux
INFORMATION EN LIGNE, ESPACE PUBLIC
ET TRANSFORMATION POLITIQUE
La relation dynamique entre technologie et démocratie
est-elle évidente ? Le cas des révolutions – dites Web 2.0 –
pour la démocratie dans les pays arabes 155
Tourya Guaaybess
Médias et débat démocratique : de la reprise
à l’atténuation des cadres, le cas du mariage pour tous 167
Lucien Castex et Claire Popineau
TIC et espace public :
les leçons du printemps tunisien 179
Éric Dacheux (avec l’aide de K. Zouari)
Liste des auteurs 189
6Avant-propos
1 2Daniel Raichvarg , Christian Le Moënne
3et Nicolas Pélissier
ous trouverez ci-après l’un des cinq ouvrages issus des actes
edu XIX  Congrès de la Société Française des Sciences de l’In-Vformation et de la Communication (Université de Toulon,
juin 2014). Ce Congrès, qui se tient tous les deux ans, est un
événement scientifque majeur dans la structuration de notre discipline et
de ses champs de recherche. Il rend compte de la diversité des travaux
de chacun et témoigne de la place des Sciences de l’Information et de
la Communication au sein des Sciences Humaines et Sociales. Il est
moment clef d’expression et de débat mais aussi de représentations et
d’afrmation de notre appartenance à une communauté de savoirs.
À Toulon, lieu d’implantation de la plateforme Télomédia dédiée aux média
numériques, la SFSIC avait choisi d’éclairer l’identité des SIC en valorisant
des problématiques et des recherches sur les pratiques sociales confrontées
aux évolutions des dispositifs techniques et technologiques. Il s’agissait non
seulement d’analyser les efets de la mutation numérique, mais également la
façon dont celle-ci travaille et recompose nos relations aux systèmes tech -
niques antérieurs. Il s’agissait de mettre en évidence à la fois les recherches
sur les technè et sur les praxis, sur les relations aux outils et sur les savoir-faire
pratiques. Trois types d’interrogations ont structuré les échanges.
D’une part, comment penser la genèse des technologies d’informa -
tion-communication ? Que doivent-elles à la technique et à la science,
deux grands registres dont certaines analyses estiment qu’ils ont été
teenus séparés jusqu’au xix  siècle, avant qu’ils ne se rencontrent pour former
les technosciences ? Et que dire encore des choix, des contraintes, de la
1. Professeur Université de Bourgogne (laboratoire CIMEOS), Président du Comité
eScientifque du XIX  Congrès et actuel président de la SFSIC.
2. Professeur Université Rennes II (laboratoire PREFICS), Président de la SFSIC lors du
eXIX  Congrès et actuel Président d’Honneur.
3. Professeur Université Nice Sophia Antipolis (laboratoire  I3M), Président du Comité
ed’organisation du XIX  congrès et coordonateur éditorial des cinq ouvrages issus de ce congrès.
7P. Rasse
part de créativité, des agencements qui ont conduit à ce qu’elles sont
aujourd’hui ? Bref que savons-nous sur les façons dont elles se construisent ?
D’autre part, que fontles techno logies d’information et de communi -
cation à la société ? Comment transforment-elles notre façon d’être
ensemble, d’échanger ou de nous diviser, au travail, dans la sphère
domestique, dans les espaces multiples d’apprentissages, sur les scènes
de mouvements sociaux, des pratiques culturelles ? Quels en sont les
usages passifs ou actifs, les détournements, les fractures ? Comment
transforment-elles le rapport de chacun au Monde et à ce qui le fait
exister (intimité, publicité, contrôle, secret, lien social,
représentations…) ? Comment sont-elles questionnées par l’art et la création,
réinventées dans les loisirs, mobilisées par les politiques publiques ?
Enfn, comment lesSci ences de l’Information et de la Communication
conçoivent et mettent-elles en place les enseignements universitaires
théoriques et pratiques nécessaires aux acteurs et futurs acteurs chargés
de développer les usages des technologies de l’information et de la com -
munication ? Quels savoirs et savoir-faire professionnels, extra-prof- es
sionnels ou socioculturels faut-il mobiliser pour les maîtriser et quelles
sont les formations adaptées au développement de ces compétences ?
Les textes proposés ici mettent en évidence la contribution féconde
des travaux en sciences de l’information et de la communication
aux réponses à ces diverses et importantes interrogations. Ils ont
été retenus à l’issue d’une sélection exigeante par le Conseil
d’Administration de la SFSIC. Publiés en cinq volumes thématiques
correspondant aux diférents axes du Congrès de Toulon, ils sont bien
edistincts des actes en ligne du XIX  Congrès disponibles sur la
plateforme www.SFSIC2014.sciencesconf.org.
Ces volumes inaugurent une nouvelle collection de la SFSIC
distribuée par les Éditions l’Harmattan, qui ont un rôle de premier plan
dans la valorisation des travaux français en sciences de
l’information et de la communication. Cette coopération éditoriale inédite
a pour objectif essentiel d’assurer la difusion la plus large possible,
sur le territoire national et surtout dans le bassin francophone,
des recherches présentées dans le cadre des grandes manifesta -
tions organisées ou labellisées par notre société savante : congrès,
journées doctorales, colloques thématiques, assises… Une mention
particulière mérite d’être faite au Prix Jeune Chercheur, qui récom -
pense tous les deux ans une thèse singulière soutenue dans notre
discipline, et dont le gagnant voit aussi son travail publié dans la
présente collection.
8Introduction
eLes cinq ouvrages issus du XIX Congrès
(Toulon, juin 2014)
Vers une culture médi@TIC ? Médias, journalisme et espace public à
l’épreuve de la numérisation, sous la direction de Nicolas Pélissier et
Elise Maas
Art et création au prisme des TIC, sous la direction de Mélanie
Bourdaa, Julia Bonnacorsi et Daniel Raichvarg
Numérique, éducation et apprentissage : Les Enjeux
communicationnels, sous la direction de Laurent Collet et Karsten Wilhem.
Sciences, techniques et société  : recherches sur les technologies
digitales, sous la direction de Paul Rasse et Cyril Masselot
Organisations digitales  : individus, santé, déontologie en contexte
numérique, sous la direction de Élizabeth Gardère et Christian
Le Moënne
9Vers une culture Medi@TIC ?
Médias, journalisme et espace public à
l’épreuve de la transformation numérique
Un terrain fécond pour la recherche
Les recherches sur les médias et le journalisme (Media and Journalism
Studies dans les pays anglosaxons) et leur incidence sur l’espace public
constituent l’un des domaines d’investigation privilégiés des
chercheurs en sciences de l’information et de la communication (SIC).
En témoignent le nombre élevé de propositions relevant de ce
domaine lors des deux derniers congrès et journées doctorales de la
SFSIC (Société Française pour les Sciences de l’Information et de la
Communication), mais aussi l’apparition récente de nouvelles revues
spécialisées (Sur le Journalisme, Télévision, French Journal for Media
Studies…) et d’un Groupe d’Études et de recherches de la SFSIC
intitulé GER-Médias (2014), sans oublier la publication de dossiers de
synthèse par des revues de référence telles que Réseaux, Questions
de Communication, Communications et Langages… Quant à la Revue
Française des Sciences de l’Information et de la Communication (RFSIC),
elle a consacré son numéro 5 (2014) à un état des savoirs sur
l’information médiatique dans les SIC francophones.
Les coordonnateurs de ce dernier dossier évoquent d’ailleurs un
« domaine foisonnant de recherches » (Walter et Fleury, 2014) que
le volume apparemment grandissant de travaux sur les usages des
technologies, le e-marketing, les nouvelles médiations de l’art et de la
culture, les nouveaux processus d’apprentissage des connaissances ou
les diférentes formes de communication organisationnelle humaine
ou technique ne semblent pas avoir marginalisé, tant s’en faut : «  s’il y
a crise du côté des médias – au vu des commentaires et analyses portés à
leur sujet –, côté recherche, les travaux sur l’information médiatique sont
riches et nombreux. Ils suivent les évolutions contextuelles, s’attachent à
11N. Pélissier et E. Maas
des terrains et perspectives variés et s’enrichissent d’apports disciplinaires
divers ». Selon Jacques Walter et Béatrice Fleury, ces travaux des
chercheurs en SIC « ne cèdent pas non plus à un optimisme béat devant la
magie techniciste. Ils tentent au contraire de comprendre les pratiques et
de les inscrire dans le temps » (Walter et Fleury, p. 14).
Cette inscription dans la durée relativise en efet, comme nous le
verrons dans le dernier chapitre de cet ouvrage, les discours
prophétiques sur le caractère révolutionnaire des nouveaux dispositifs
socionumériques. Pas plus qu’ils ne « font » la révolution, les médias d’hier
comme d’aujourd’hui ne « sont » une révolution et surtout LA
révolution. Certes, leur rôle dans les changements politiques et sociétaux
majeurs n’est plus à démontrer. Mais cette infuence gagnerait aussi
à être évaluée avec davantage de fnesse et de circonspection, comme
l’ont prouvé un certain nombre de chercheurs en SIC au cours de ces
dernières années, notamment à l’occasion des secousses déclenchées
par les multiples Printemps Arabes (Daghmi et alii, 2013).
Une resynchronisation de la recherche française ?
Mais le dynamisme actuel des French Media Studies doit lui aussi
être relativisé. Certes, de nombreux auteurs et penseurs français ont
été pionniers dans la recherche sur les communications de masse :
eGabriel Tarde et Gustave le Bon dès la fn du xix siècle ; Jean Stoëtzel
dans les années 1930 ; Jacques Kayser, Fernand Terrou et l’Institut
Français de Presse dans les années 1950 ; Georges Friedmann, Edgar
Morin, Roland Barthes et le CECMAS dans les années 1960 ; Jean
Cazeneuve, Francis Balle et André-Jean Tudesq dans les années 1970 ;
Louis Quéré, Armand Mattelart et Jean-Gustave Padioleau dans les
années 1980, etc. Cependant, les difcultés récurrentes rencontrées
par ces pères fondateurs d’une pensée française sur les médias au sein
de leurs propres instances académiques ont aussi montré que ce
domaine de recherche a longtemps été considéré, pour des raisons tant
idéologiques que politiques et institutionnelles, comme illégitime et
indigne de susciter des travaux de premier plan en sciences humaines
et sociales. En témoigne l’itinéraire personnel de Pierre Bourdieu,
qui a longtemps fait preuve de scepticisme vis-à-vis des moyens de
communication de masse… avant de s’engager franchement dans ce
domaine de recherche et dans le militantisme au sein de médias
alternatifs dans la dernière décennie de sa vie académique (Olivesi, 2008).
De ce fait la recherche sociale française spécialisée a longtemps connu
un certain déphasage (terme que nous préférons à celui de « retard »)
12Vers une culture Medi@TIC ?
par rapport à son équivalente en Amérique du Nord, et même en
Europe du Nord (Royaume-Uni, Pays-Bas, Allemagne en particulier).
Ce décalage a été particulièrement notable dans deux sous-champs de
la recherche sur les médias.
D’une part, les travaux portant sur les producteurs d’information
d’actualité que sont les journalistes et assimilés : alors que la
sociologie du journalisme connaît un véritable décollage dans les États-Unis
des années 1930 (travaux de Robert Park à Chicago notamment) puis
dans le Royaume-Uni des années 1970 (avec la fgure emblématique
de Jeremy Tunstall), la France doit attendre la deuxième moitié des
années 1990, sous l’efet notamment de l’intervention controversée
de Pierre Bourdieu dans l’arène médiatique, pour connaître un tel
essor des travaux spécialisés (Pélissier, 2008).
Il est possible de faire un constat similaire à propos d’un autre
sous-champ, celui de la réception des médias, notamment
audiovisuels (Ségur, 2010). Cette tradition de recherche, longtemps
marquée par le paradigme empirico-fonctionnaliste a été dominante
aux États-Unis pendant près d’un demi-siècle (notamment en
raison de puissants fnancements en provenance de l’industrie et de
l’État), qu’il s’agisse des travaux fondateurs de Lasswell, Lazarsfeld
et Berelson dans les années 1930-1940 ou de leur rafnement dans
les années 1980 autour des Usages et Gratifcations d’Elihu Katz. En
France, ce n’est que depuis la fn des années 1980, sous l’impulsion
des chaînes publiques et d’organismes d’État tels que le CNRS et
l’EHESS, que ces travaux se sont vraiment développés (voir le rôle
du Centre d’Études des Mouvements Sociaux  : Pasquier, Mehl,
Chalvon-Demersay, etc.).
Une mention particulière mérite d’être accordée aux Cultural and
Gender Studies : pendant près de trois décennies, la recherche fran -
çaise a sous-estimé voire ignoré l’impact considérable de ce courant
théorique et politique, notamment sur les questions de réception
de l’information ou du divertissement, pour toute une série de rai -
sons, tant politiques que scientifques, bien explicitées par Maigret
et Macé (2005). Sans conteste, ce « rendez-vous manqué entre SIC et
CS » (Albertini et Pélissier, 2009) a eu des incidences non négligeables
sur la recherche française sur les médias et le journalisme, qui a vécu
un décalage croissant avec un monde académique anglo-saxon où se
sont multipliés les départements de Media and Cultural Studies dans
les universités, avec de nouveaux croisements de type Black Media
Studies ou encore Women Media Studies (Hartley, 2003).
13N. Pélissier et E. Maas
Une diversifcation des objets, courants et méthodes
Cependant, depuis la fn des années 1990 et surtout le milieu des an -
nées 2000, les « French Media Studies » intègrent de plus en plus les
variables culturelles et de genre dans leurs préoccupations, comme
l’attestent notamment des dossiers récents de revues telles que Sciences
de la Société Réseaux, Mots, RFSIC… Ce faisant, les travaux français ont
élargi leur palette d’intervention, avec « une multiplication des notions
parfois ambivalentes telles que lectorat, audience, usagers, internautes, in -
fonautes », constatent Jacques Walter et Béatrice Fleury, qui rajoutent :
« cette multiplication a pour efet de complexifer le rapport que les cher -
cheurs entretiennent avec les catégories qu’ils utilisent… d’autant que
chacun y va de son système d’investigation : enquêtes quantitatives,
baromètres, méthodes expérimentales » (Walter et Fleury, p. 7). Le cas de ces
dernières est particulièrement remarquable, au regard au regard des ef -
forts constant déployés par Claude Chabrol, et plus récemment Didier
Courbet et Marie-Pierre Fourquet, pour les développer en France.
Ce renouvellement en profondeur des travaux français est largement
le fruit d’une infuence croissante des travaux mainstream produit
par la recherche anglo-saxonne et ses revues spécialisées (Journalism
Studies, Media, Culture and Society puis New Media and Society, etc.)
ainsi que de groupes d’études en Media Studies d’associations
internationales telles que l’ECREA, l’IAMCR ou l’ICA auxquelles contribuent
un nombre croissant de chercheurs en SIC. Sans oublier l’apport plus
discret mais efectif d’une littérature étrangère francophone à l’image
de celle produite au Québec, un territoire de croisement qui a
constitué un laboratoire fécond pour tester des notions telles que l’hyper -
concurrence ou le journalisme de communication (Pélissier et Demers,
2014). Par ailleurs, des travaux tels que ceux réalisés par Marc Lits et
Gérard Derèze en Belgique, Uli Windisch et Patrick Amey en Suisse
romande, Jean-Chrétien Ekambo au Congo ou Larbi Chouika en
Tunisie, ont contribué à un décentrement des regards sur la
mondialisation de l’information médiatique. Dans un cadre plus « national »,
les recherches francophones menées aux Antilles (Bruno Ollivier,
Olivier Pulvar…) et dans les Îles de l’Océan Indien (Jacky Simonin,
Bernard Idelson…) ont permis de mettre à l’épreuve des notions
fécondes telles que les ethno-genres médiatiques, l’espace public
mosaïque, l’hybridation des contenus médiatisés…
Cependant, une telle transformation a aussi été rendue possible par
les caractéristiques même d’une jeune discipline académique telle que
les SIC, qui ont fait preuve d’ouverture et de plasticité en intégrant le
14Vers une culture Medi@TIC ?
plus souvent les innovations technologiques à leurs préoccupations
deepuis le milieu des années 1970 (voir la problématique du XIX  Congrès
de Toulon dont est issu cet ouvrage). Comme l’ont noté Aubert et
Froissart (2014, p. 10) : « les chercheurs en SIC ont donc pu passer sans
difcultés de la radio à la télévision, au premier ordinateur, aux premiers
réseaux télématiques qui se sont prolongés en l’holiste Internet que nous
connaissons aujourd’hui. Sur le plan de l’information, le resserrement des
réseaux électroniques a participé à la modifcation du champ […] ; de
même, l’analyse des idéologies et autres utopies occupe une place non
négligeable du champ d’études ; l’utilisation de nouveaux supports, en particulier
en mobilité, ont permis enfn une nouvelle description des usages ».
Du métamédia au transmédia : dispositifs
et écritures au déf du numérique
Ainsi, les Internet Studies ont participé activement à une reconfgu -
ration ambitieuse de la recherche en SIC sur les médias et le
journalisme. Notamment parce qu’Internet n’est pas un média semblable
aux précédents, il semble plutôt relever d’une catégorie singulière,
celle d’un « méta-média » (Sébastien Rouquette) englobant et
intégrant tous les autres, au bénéfce et au détriment de ces derniers et de
leurs professionnels et activistes que sont les journalistes ou assimilés,
mais aussi producteur, animateurs, etc. Nous en voulons pour preuve
les résultats ambivalents des travaux portants sur le webjournalisme,
le journalisme en réseaux ou journalisme participatif et citoyen (voir
la synthèse de Mercier et Pignard-Cheynel, 2014).
Enfn, la transformation numérique a conduit les médias à tenter de
difuser leur production sur des circuits et des écrans de plus en plus
diférenciés, mais aussi complémentaires, en intégrant les innovations
ascendantes en provenance des audiences actives, alors que la
convergence des industries de la culture, des réseaux numériques, de la
communication et de la création favorise des nouveaux répertoires de dif -
fusion « multi-screen » tels que le cross-média ou transmédia, dans la
lignée des prophéties autoréalisatrices d’Henry Jenkins au MIT (2007).
Ces transformations ont eu par ailleurs de nombreuses incidences sur
l’écriture médiatique elle-même. Pour les chercheurs en SIC, il s’agit
désormais de montrer que les hyper-narrations de certains sites
participatifs ou Fan Fictions, les nano-ons produites sur Twitter
ou les tentatives néo-réalistes de certains courants du journalisme
d’investigation (revue XXI par exemple : voir Pélissier et Eyries, 2014)
peuvent constituer des contre-récits émancipatoires par rapport
15N. Pélissier et E. Maas
au storytelling dominant des grandes organisations mondialisées.
Précisément parce que le récit, qu’il soit médiatique ou transmédia,
est lui aussi un dispositif à la fois contraignant et libératoire, qui
détermine son public tout en étant déterminé par lui, comment l’ont
montré il n’y a pas si longtemps Paul Ricœur ou Umberto Eco, et
plus récemment les travaux de l’Observatoire du Récit Médiatique de
Louvain (Lits, 2012).
Présentation de l’ouvrage
Les douze contributions présentées dans cet ouvrage et consacrées
aux travaux de recherche sur les médias face à l’évolution des tech -
nologies de l’information, se structurent en quatre grandes théma -
tiques : les transformations du journalisme à l’ère du numérique
(Badillo, Bousquet, Halloy), les questions liées aux publics et à la
réception de l’information en ligne (Badau, Courbet et Fourquet, Vétel),
le web considéré comme une nouvelle médiation de l’information
(Awad, Broudoux, Rouquette) et enfn l’information face à la
reconfguration de l’espace public et aux transformations politiques (Castex
et Popineau, Dacheux, Guaaybess).
L’ouvrage est donc organisé en quatre chapitres distincts qui
reprennent chacun trois articles traitant de ces thématiques
émergentes d’un point de vue épistémologique et/ou pragmatique.
Transformation du journalisme à l’ère du numérique
Dans le premier chapitre, les communications questionnent les
transformations du journalisme et du métier de journaliste à l’ère du
numérique : enjeux des origines et de la difusion de l’information sur
le web, modifcations des pratiques d’investigations et de rédaction,
modèle économique qui se cherche.
Avec un angle singulier, Didier Halloy et Franck Bousquet évoquent
chacun les contraintes pour la presse papier d’évoluer, ou pas, vers
un support d’information online. On pourrait en efet penser
qu’aujourd’hui la majorité des supports de presse disposent d’édition
online. Ce n’est pas le cas : Le Canard Enchaîné demeure uniquement
en support papier tout en revendiquant ce positionnement sur sa
page web. Pour Didier Halloy, il s’agit là d’une mise en scène de choix
et de pratiques dans l’espace public. À partir de l’exemple du Canard
Enchaîné, l’auteur s’interroge sur la construction de l’information et
ses sources et sur la maîtrise de sa circulation sur le net.
16Vers une culture Medi@TIC ?
Frank Bousquet, quant à lui, s’appuie sur la création d’une version
numérique d’un journal de la PQR, La Dépêche du Midi, pour évoquer les
évolutions socio-techniques du métier de journaliste à l’heure de la
production multi-supports. Il observe les résistances au changement
et les tensions vécues par les journalistes en lien avec leur rapport de
proximité avec leur environnement politique, social et économique
face à la volonté de la direction d’évoluer vers un modèle de journa -
lisme soumis au diktat de la concurrence. Il développe ainsi l’idée
d’un « journalisme de communication » répondant à des critiques
économiques prépondérantes dans les choix efectués par les rédac -
tions des journaux.
Patrick-Yves Badillo développe ce sujet de la rentabilité économique
des médias. Avec l’événement de l’information en ligne, la presse
écrite d’information traverse depuis quelques années une crise ma -
jeure de son modèle économique : développement de la presse
gratuite, multiplication des supports online, regroupement et disparition
de nombreux supports… L’auteur évoque un « double mouvement
de destruction et d’innovation ». Entre liberté de l’information et
contrainte de rentabilité des médias, quel rôle peut aujourd’hui jouer
la presse d’information dans la démocratie ? En s’appuyant sur les
diférentes théories largement développées par les Sciences de l’In -
formation et de la Communication dont l’économie du journalisme
et des médias constitue un objet de recherche largement questionné,
Patrick-Yves Badillo propose d’observer et de mesurer les forces
destructrices et créatrices en puissance dans la réorganisation actuelle
des médias d’information. La balance des forces permettra-t-elle de
maintenir le pluralisme, la diversité et la qualité de l’information ?
Publics et réception de l’information en ligne
Les transformations du journalisme découlent, mais également
induisent, des évolutions socio-culturelles des publics et de leurs
pratiques de lecture. Multiplication des supports de lecture,
développement de l’échange d’images, rédactionnel restreint. Twitter,
Instagram, Facebook… modifent les rapports des individus à l’in -
formation. Dans le chapitre deux, les communications concernent
plus particulièrement les publics et la réception de l’information.
S’inscrivant dans le courant de recherche sémiotique et
linguistique de la réception des médias, Didier Courbet, Marie-Pierre
Fourquet et Julien Intartaglia s’intéressent à la réception des
e-publicité chez les adultes et les pré-adolescents. Bien que l’internaute
17N. Pélissier et E. Maas
n’alloue que peu voire aucune ressource cognitive à l’e-publicité,
des efets non-conscients peuvent être observés et analysés d’un
point de vue des processus socio-cognitifs. À partir de deux études
empiriques, les auteurs mettent en évidence les traces cognitives
non conscientes globalement positives laissées en mémoire par
des publicités de type bandeau ou pop-up plusieurs jours, puis
plusieurs mois après sur la perception de la marque et le passage
à l’acte d’achat. Ils questionnent également l’infuence diférente
que vont avoir les images, les mots et les sons utilisés dans les
publicités sur Internet.
Horea Badau, dans son article, poursuit ce questionnement et
développe l’hypothèse d’un passage d’un « alphabet écrit » à un
« alphabet visuel » lié au développement des médias sociaux. À
partir de l’analyse de textes et d’images d’une centaine d’articles
de sites d’information sportives en Roumanie, www.prosport.ro
et www.gsp.ro, il étudie l’évolution des habitudes de cryptage et
de réception de l’information dans les médias. Il met en évidence
les modifcations des types de messages proposés par les médias
sociaux en lien avec une évolution des habitudes de lecture des
internautes : textes à messages nucléaires illustrant le visuel sans
apporter d’information supplémentaire, images mettant en scène
essentiellement les émotions… sont proposées aux lecteurs qui,
d’après lui, en décodent le sens au même titre qu’avec un message
de type texte.
La troisième contribution de ce chapitre aborde la notion de
communauté en ligne. Bruno Vétel se penche sur le comptage
des joueurs de jeu de rôle en ligne massivement multijoueurs
(MMORPG). Selon ses créateurs, la société Ankama, le jeu Dofus
réunirait dans le monde 50 millions de joueurs en 2012. Pour ses
fabricants, l’annonce de ce chifre est censée participer de
l’engouement pour le jeu et de la création d’une communauté. Or,
certaines communautés de joueurs réfutent ce mode de
communication globalisant et travaillent à leurs propres outils de mesure
même s’ils savent ces outils fnalement peu fables, les sources
étant contrôlées par Ankama. Au-delà du quantitatif, par cette
approche d’une certaine « quantifcation de soi, le «  quantifed self »
(Granjon, Nikolski et Pharabod, 2012 ; Licoppe, 2014), les joueurs
contestataires vont tenter de légitimer certaine pratiques de jeu
par rapport à d’autres et l’appartenance à diférentes communau -
tés constitutives d’un collectif reconnu.
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